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19/10/2014

De la table rase juridique européenne.

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droit.jpgDepuis plusieurs décennies, les pouvoirs politiques à la tête des différents états d’Europe ont pris, sans consulter le peuple et/ou sans veiller à lui livrer une information objective et complète des enjeux et des conséquences de leur politique, des décisions qui mettent en danger l’avenir de notre civilisation, de notre continent. Par irresponsabilité, par incapacité de voir plus loin que le bout de leur nez, ou au service conscient au contraire d’une idéologie liberticide, ils ont engagé l’Europe dans un processus mortifère et ce dans tous les domaines. Ils ont en clair créé en Europe les conditions propices à l’effondrement de notre civilisation, à la fois en ouvrant les frontières du continent à des flux migratoires post-coloniaux qui portent atteinte à notre identité de peuple européen, et en favorisant en interne les matérialisations classiques de la décadence telles que dénoncées déjà il y a près de deux millénaires par Juvénal dans ses Satires. Le « mariage pour tous » en est une illustration parmi tant d’autres.

Pour involuer ce déclin, un pouvoir politique national devrait engager un programme qui contreviendrait à un des principes fondamentaux du droit, qui est le principe de non-rétroactivité. Certes, il le ferait au nom d’une légitimité populaire, mais en dehors du cadre de la légalité. Il n’est donc simplement pas possible d’envisager dans le cadre national, que cela soit celui de la France ou de l’Allemagne, de revenir en arrière. Aucun gouvernement, même nationaliste, n’envisagera sérieusement d’annuler les décisions prises par ses prédecesseurs. Ainsi on sait très bien que l’UMP ne reviendra pas sur le « mariage pour tous » ni sur les politiques migratoires passées depuis trois ou quatre décennies. Mais on sait aussi que le FN, même s’il prétend en paroles le contraire, n’en ferait rien non plus, à supposer qu’il puisse arriver au pouvoir.

Si une politique n’est pas possible dans le cadre d’un référentiel politique donné, elle est possible si on choisit un tout autre cadre, par exemple celui d’un nouvel Etat qui ne saurait être la continuité de l’Etat précédent. En droit international, il existe un principe de continuité juridique liée à une continuité territoriale. Pour être plus clair, un Etat est contraint d’assumer la politique de l’Etat qui existait précédemment sur le même territoire. Même la révolution française en 1789 a maintenu de nombreux cadres de l’ancienne monarchie. Elle n’a pas pu faire table rase, même si elle a innové sur de nombreux sujets.

L’idée générale est donc que l’Europe naisse en tant qu’état-nation, à partir de l’Union Européenne actuelle, mais élargie à l’ensemble du continent. Cette nouvelle nation, qui se constituera ex nihilo, même si elle reposera par ailleurs sur une base objective, sera vierge juridiquement. Elle ne sera en soi liée à aucune politique décidée par les anciens Etats, qui auront cessé purement et simplement d’exister. C’est ce que j’appelle la table rase juridique européenne.

L’Europe se construira politiquement sans être engagée par les moindres traités ou conventions internationales, que ce soit les traités « européens » ou les constitutions nationales. Elle n’aura pas à « assumer » les politiques néfastes qu’auront auparavant décidées des gouvernements « nationaux » que ce soit en matière de définition de la nationalité ou bien de définition du mariage. Les politiques migratoires passées ou les innovations « matrimoniales » comme le « mariage pour tous » n’auront plus aucune valeur puisqu’elles auront été décidés par des Etats qui n’existent plus, et que le nouvel Etat, l’Europe unie, n’en tiendra donc pas compte. Un autre avantage de l’émergence de cet Etat vierge du point de vue du droit, c’est qu’il n’aura pas de dettes extérieures, alors que les Etats européens actuels sont globalement endettés.

L’Europe unie a une réelle légitimité d’existence en raison de la profonde parenté qu’il existe entre les Européens, au-delà de particularismes réels qu’il convient bien sûr de préserver. Les nations en tant qu’identités nationales et/ou régionales existent. Mais les Etats ne sont que des conventions institutionnelles qui peuvent apparaître ou disparaître au gré de l’histoire. L’Etat européen unitaire pourrait réussir là où les anciens Etats « nationaux » ont échoué. Et il permettrait surtout un redémarrage, un « reboot » total, où tout redeviendrait possible, où la politique que nous estimons absolument nécessaire pourrait être menée dans le respect du droit.

Cela s’apparente d’une certaine manière au passage d’un système informatique à un autre. Comment fait-on ? On sauvegarde d’abord toutes les données qu’on souhaite conserver et uniquement celles-là. Ensuite on réinitialise le disque dur, effaçant l’ancien système ainsi que toutes ses caractéristiques. Puis on installe un nouveau système et on y recopie les données sauvées. Ces données, c’est la civilisation européenne, sa culture, son patrimoine, son histoire, la population de notre continent d’avant ce que nous estimerons être son dévoiement. Le nouveau système informatique c’est l’Etat européen. Il aura ses règles et ses particularités, ses institutions, sa nationalité et son état civil. Ce ne seront pas ceux des anciens Etats, qui auront disparu avec les données endommagées et que nous n’avons donc pas conservées.

La table rase juridique permettra concrètement à l’Europe de reprendre sa marche en avant, considérant comme nuls et non avenus les égarements coupables des anciens Etats et les multiples trahisons des anciens gouvernements « nationaux ». Elle est d’un point de vue juridique la solution la plus satisfaisante.

Thomas FERRIER (PSUNE)

09/06/2014

L'état de l'Europe (2/2)

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Les voyants sont rouges.

La situation de l’Europe est de plus en plus critique, tous les voyants sont au rouge. Assaillis sur leurs côtes par des vagues de miséreux (Lampedusa, Malte, Ceuta et Melilla), contre lesquelles aucune mesure de fermeté n’est prise, de peur d’être accusé de racisme, alors que les maternités se vident d’enfants d’Europe et parfois se remplissent de la descendance de ces migrants qui s’imposent aux indigènes, qui ne souhaitent par leur venue, qui ne l’estiment pas nécessaire, malgré la propagande, alors qu’ils viennent de pays qui n’ont pas eu de cesse de vouloir chasser le colonisateur européen depuis les années 50.

Cameron, Sarkozy et Merkel l’ont dit officiellement, l’ont reconnu. Le multiculturalisme (« multikulti ») est un échec et était donc une erreur, une erreur qui aurait pu pourtant être évitée en écoutant les lanceurs d’alerte qui depuis un demi-siècle ont mis notre continent en garde contre ce remake en pire de la fin de l’empire romain. Mais qu’ont-ils fait pour mettre fin à cette politique ? Quelles mesures ont-ils pris pour inverser le processus ? Aucune.

Si l’électorat allemand croit en conservant Angela Merkel s’assurer un sort meilleur, il se trompe. Merkel ne suscite aucun baby boom dans son peuple, bien au contraire, et les inégalités sociales n’ont jamais été aussi fortes. L’Allemagne certes s’en sort mieux que ses voisins dans la mondialisation, mais en vivant de ses exportations à l’intérieur du continent, et elle est de plus en plus contestée. La grogne, fondée ou infondée, contre l’Allemagne, monte, parce qu’elle exige de ses partenaires qu’ils se calquent sur sa politique, sans avoir par ailleurs les moyens de leur imposer.

Economie en berne, diplomatie sous tutelle, croissance médiocre, dette explosive, l’Europe est incapable de remonter la pente, qu’elle reste dans cette Union Européenne atone ou qu’elle en sorte. Elle laisse les américains dicter sa politique en Ukraine, au risque de diviser et pour longtemps notre continent, alors que tout devrait au contraire nous encourager à nous rapprocher de la Russie. Et Poutine en retour, lassé d’avoir tendu la main sans que personne en Europe n’ait le courage de la prendre, se tourne vers de faux alliés, se raccrochant à ce qu’il peut pour contrer les manœuvres de Washington.

Un renouveau qui passe par une révolution politique et culturelle.

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Dans la situation actuelle, on aura compris que les deux choix qu’on nous propose, le populisme ou le « systémisme », ne changeront rien à la situation de notre continent. La « gauche » et la droite nous emmèneront au tombeau, mais la droite nationale, nostalgique d’une Europe des années 50, à supposer qu’elle soit en mesure d’arriver au pouvoir, ce qu’elle ne pourrait faire qu’en faisant de telles compromissions qu’elles en annuleraient l’intérêt, ne freinera même pas le processus d’auto-destruction de la civilisation européenne.

Ce n’est que par l’émergence d’un courant nouveau au niveau continental que l’espoir renaîtra. Ses meneurs, qui devront réussir à être à la fois des théoriciens et des praticiens, des rhéteurs et des acteurs, devront parvenir à susciter le sentiment d’unité qui manque aux Européens, rappeler la profonde parenté qui les lie, souligner qu’ils ont les mêmes ennemis et qu’ils sont victimes des mêmes maux. Il faudra réveiller les consciences endormies, réorienter aussi les consciences éveillées vers une vraie voie de salut, et non vers le non-choix nationaliste. L’Europe ne pourra s’en sortir qu’unie mais elle ne pourra surtout s’en sortir qu’en étant enfin dirigée par de vrais chefs d’état, des visionnaires ayant une ambition démesurée pour la civilisation européenne, sûrs de son génie et prêts à s’imposer à nouveau à la face du monde.

Sortir les sortants et pour longtemps. Aborder les vrais problèmes sans tabou. Avec habileté certes mais sans atermoiement. Oser penser l’impensable. Se battre pour l’essentiel, redonner la maîtrise de l’Europe aux Européens, relancer la natalité européenne et enfin inverser les flux migratoires, afin de restituer à l’Europe son visage d’origine, en mettant fin à l’utopie mondialiste et à l’aberration « multi-culturaliste ».

En somme, il faut repenser notre logiciel mental afin de retrouver en nous l’assurance d’un sort meilleur, d’un avenir brillant pour les jeunes Européens, d’une Europe rénovée, régénérée, sortie enfin des maux qui la rongent, substitution de population et chômage de masse, corruption morale et communautarismes, oligarchies parasitaires et misère de rue.

Cela ne peut passer que par une véritable révolution culturelle, la remise en cause de toutes les fausses évidences auxquelles on veut nous soumettre, de tous les mensonges inventés par un pouvoir politico-médiatique aux abois car contesté en profondeur, mais sans que le peuple n’ait encore trouvé le moyen de le mettre à bas.

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C’est pourquoi je crois que notre avenir passera nécessairement par un parti unitaire européen, par un mouvement de défense des intérêts des Européens, des indigènes/natifs d’Europe pour être précis, une force de salut continental envisageant son combat politique de l’Islande à la Russie. Nous n’en sommes qu’aux prémices mais c’est la voie qu’il faut tracer. C’est par l’union des Européens au nom de la plus longue mémoire commune, au nom d’un héritage que nous partageons entre frères nés d’un même sang, fils d’une même tradition, que nous vaincrons. Mais cette union doit être animée par une foi inébranlable dans le génie européen, dans la capacité de notre peuple, même en situation d’hiver démographique, même vieillissant, de se sublimer afin de redevenir maître chez lui, souverain absolu de sa terre, doté de chefs dignes de l’être, prêts à tout sacrifier pour le salut de notre civilisation.

Là est en vérité le combat de tous les vrais Européens ! Et c’est pour une telle Europe que les Européens seront prêts à se battre et à mourir. Alors viendra la renaissance de l’Europe qui, une nouvelle fois, étonnera le monde. A ceux qui vous vendent une souveraineté de papier, un fétiche impuissant face au mondialisme, à ceux qui vous promettent les lendemains qui chantent mais en vérité dans des nations subverties, opposez non seulement un front du refus mais une véritable foi. Cette foi, c’est en la certitude que l’Europe va s’éveiller et renaître à nouveau triomphante. Ayez foi en l’Europe, en son peuple, en son génie, en son avenir. Mais faites de cette foi qui n’est qu’une petite flamme aujourd’hui un incendie demain. L’Europe renaîtra plus forte que jamais, tel un jeune phénix sorti étincelant du feu salvateur.

Thomas FERRIER

PSUNE, le Parti des Européens

L'état de l'Europe (1/2)

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Un consensus mou.

Au parlement européen, depuis trois décennies, « gauche » sociale-démocrate (PSE puis ADSE) et droite libérale-démocrate (PPE) se partagent le pouvoir et les postes, aucun des deux camps n’aspirant à une victoire nette et à une majorité claire dans le cadre d’une coalition cohérente. Ce qui est vrai à Strasbourg est aussi vrai dans plusieurs pays d’Europe, et notamment en Allemagne et en Autriche. Les libéraux allemands de la FDP se sont effondrés, empêchant toute coalition de droite à Berlin, et à Vienne, les raisons sont exactement opposées, puisqu’il s’agit d’empêcher le FPÖ de Strache, autour de 20% des électeurs, d’accéder au pouvoir.

Ce consensus mou, cette volonté de maintenir à tout prix un éternel statu quo, se retrouve en réalité dans tous les pays d’Europe, les différences programmatiques entre les deux principaux partis de chaque pays étant mineures, en particulier quand l’un comme l’autre alterne le pouvoir. Blair (Labour) n’a pas moins été libéral que Thatcher. Il a consciemment saboté la fonction publique britannique, et soumis le peuple à la puissance absolue de la City. Gordon Brown a quitté le pouvoir piteusement, ce qui sera sans doute le cas de David Cameron et de sa politique d’austérité, contre-modèle que l’Allemagne de Merkel souhaite élargir au continent entier, apportant le désastre en Espagne, au Portugal et bien sûr en Grèce. Cette austérité, que François Hollande entend appliquer aux Français, mais sans toucher aux avantages sociaux considérables accordés aux populations d’importation qui habitent les banlieues de nos villes, véritables vaches sacrées auquel il est prêt à sacrifier les Français autochtones.

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Même si de nombreux électeurs se font encore prendre par ces vieilles ficelles, cédant aux sirènes de quelques habiles démagogues du système en place, aussi vite rejetés qu’ils auront été encensés, comme Sarkozy et Berlusconi hier, Renzi aujourd’hui, pauvres en idées mais riches en arrivisme, c’est de moins en moins le cas. A moins de se doter de formes modernes d’autocrates, comme Orban en Hongrie, qui cachent leur bilan économique médiocre par des coups de menton, les électeurs n’ont le choix qu’entre deux mauvaises solutions, basculant de l’une à l’autre sans constater le moindre changement. A l’inefficacité de Sarkozy, néanmoins habile en paroles, a suivi l’inefficacité de Hollande, démuni même de cette seule qualité. Les électeurs français mais c’est vrai de leurs voisins, à l’exception des Allemands, ne pardonnent plus les errements d’une classe politique médiocre, corrompue et formant une sorte d’oligarchie entendant régir la vie des citoyens, y compris et même surtout contre leur gré. Les Européens constatent, rageurs, que des autistes les dirigent et les emmènent sereinement dans le mur si ce n’est dans l’abîme.

L’impasse populiste.

De nombreux électeurs, écœurés, choisissent alors de se tourner vers les « bons petits diables », à savoir les partis populistes, que la classe politique « bienséante » rejette avec mépris aux extrêmes. Selon les pays et les situations, ces partis représentent une gauche radicale, chauvine bien que se réclamant de l’internationalisme marxiste, ou une droite radicale, arcboutée sur la souveraineté nationale et parfois sur l’identité nationale, dans une version fétichisée.

Au Royaume-Uni, le mouvement UKiP de Nigel Farage récupère ces électeurs, même s’il n’a pas encore réussi à obtenir des représentants au parlement, en raison d’un mode de scrutin outrageusement favorable aux deux partis principaux, mais qui pourrait coûter la victoire à Cameron. En France, le FN de Marine Le Pen, qui a obtenu 25% des voix aux élections européennes mais ne dispose que de deux députés à l’assemblée nationale, s’est imposé comme troisième force du pays, et même la première en mai 2014.

En Italie, c’est Beppe Grillo, le dirigeant du « Mouvement 5 Etoiles », qui dépasse les 20%, même si son ascension a été freinée par la confiance que 40% des électeurs italiens ont accordé pour le moment à Renzi, et connaît un succès persistant. En Espagne, ce sont les nationalistes catalans qui profitent de la ruine du crédit accordé au PSOE et au PPE, mais aussi un mouvement gauchiste.

La Grèce réussit l’exploit de réunir en elle les deux formes de populisme, entre le gauchisme démagogique d’un Tsipras (Syriza), en tête des élections européennes, et la violence de rue de l’Aube Dorée, néo-fasciste. La « gauche » classique a disparu, tandis que les Conservateurs résistent tant bien que mal à cette poussée à droite.

Mais le populisme n’est pas une solution, pas même le signe d’une prochaine guérison de la psychê européenne. C’est un symptôme, celui d’une Europe qui ne sait plus qui elle est, où elle s’arrête, et vers quoi elle souhaite aller, une Europe soumise à l’influence délétère des USA qui, se suicidant, alors que les descendants des pères fondateurs européens ont élu deux fois un Obama, et seront minoritaires sur leur sol dès les années 2040, veulent nous emporter avec eux dans la tombe. Alors qu’Erdogan, le premier ministre turc, bafoue des principes élémentaires, dans un pays qui ne devrait jamais s’être vu accorder le statut de candidat à l’adhésion à l’Union Européenne, et qui se permet de faire campagne auprès de son électorat turc à Berlin et à Vienne, provoquant les dirigeants de ces pays sans que ceux-ci osent le lui reprocher, on diabolise Poutine qui a le tort de ne pas vouloir céder aux injonctions de Washington, et qui défend avec ses moyens son espace politique. Ce qu’on pardonne à Erdogan, qui musèle la presse, monte des procès pour décapiter les chefs de l’armée « laïcarde », réprime des manifestations contre ses excès autocratiques, on ne leur pardonne pas à Poutine, qui est pourtant allé beaucoup moins loin en ce sens. Nos dirigeants veulent repousser la Russie en Asie, puisque c’est ce que leurs maîtres américains souhaitent et la Russie commet en retour l’erreur de jouer la carte mortifère de la Chine.

Le populisme n’est populaire que par défaut, parce que les Européens sont désemparés et ne supportent pas la destruction de l’identité plurimillénaire de notre civilisation par des flux migratoires indésirables, encouragés par l’inertie des pouvoirs publics et nouveaux « héros » d’un christianisme en pleine déliquescence et d’un marxisme sénescent. Ils y répondent comme ils le peuvent, en votant pour ce qu’on leur présente mensongèrement comme « le mal ». Face à l’absence de réponse politique, de talent, de compétence, face à la lâcheté voire la trahison de nos dirigeants, les Européens ne savent plus vers qui se tourner.

31/05/2014

Marine Le Pen sur la trajectoire de François Hollande ?

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article_lepenhollande.jpgA l'issue des dernières européennes, la présidente du Front national se voit un destin présidentiel. Elle va disposer d'une tribune en Europe sans risquer de décevoir quiconque, puisqu'elle ne pourra pas infléchir le cours des décisions et ne sera donc pas touchée par le discrédit croissant qui va inévitablement affecter des institutions usées. Par ailleurs iI est raisonnable de penser que les quelques municipalités contrôlées par son parti s'en sortiront honorablement. Comme de plus en plus de Français souhaitent faire l'essai du Front national, si elle ne commet pas d'impair majeur, tout porte à croire que son audience va donc augmenter. Ce sera d'autant plus le cas si son parti continue d'être diabolisé par une partie de la classe politique, celle-là même dont les Français ne veulent plus.

Supposons donc que, les circonstances aidant, le parti socialiste disparaissant du jeu et l'UMP explosant en vol, Marine Le Pen arrive au pouvoir avec une assemblée hétéroclite, mais prête à tenter autre chose avec elle. Dans cette situation peu probable, mais loin d'être impossible, une chose est sûre. La présidente du Front national ne resterait pas longtemps en situation de gouverner.

En effet elle tiendrait alors son élection du même mécanisme que celui qui a mis au pouvoir François Hollande et le PS, à savoir un mensonge électoral absolu. C'est ce mensonge qui va rendre intenable la fin du mandat du président actuel. Et c'est ce mensonge qui ferait tomber la présidente bien plus vite encore.

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22/05/2014

Thomas Ferrier, invité du journal de TV Libertés du 20/05/2014

A partir de 15' 48''.

15/03/2014

De la Crimée et de l’Europe

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Entre un article du Monde sur les extrémistes ukrainiens décérébrés qui occupent la mairie de Kiev et la vue d’une image d’un défilé moscovite de partisans russes du rattachement de la Crimée à leur pays portant une tenue sur laquelle est dessinée l’ancienne Union Soviétique, avec la mention URSS 2.0 qui plus est, je me dis que la propagande « nationaliste » au sens classique de ce dernier terme rend vraiment les gens aveugles.

Que dire en effet de ces nationalistes ukrainiens nostalgiques d’une occupation allemande qui a coûté la vie à nombre de leurs compatriotes il y a plus d’un demi-siècle, considérés comme des sous-hommes par un Reich slavophobe ? Que dire en outre de ces nationalistes russes teintant leur discours d’antifascisme néo-stalinien, passant sous silence le fait que les figures nationalistes russes les plus éminentes, à l’instar du professeur Doubrovine, ont été tuées par la police politique des bolcheviks, l’infâme Tcheka ?

Dans cette affaire, où beaucoup se trompent, et où certains mentent de manière effrontée, tous camps confondus, il est bien difficile de garder son calme et de maintenir sa neutralité au service de la réconciliation des Ukrainiens et des Russes, et bien sûr de tous les Européens. Et pourtant, ce que la politique au sens noble du terme impose, c’est de savoir se placer au-dessus de la mêlée afin d’y voir plus clair.

D’un côté, à la manœuvre depuis le début, les Etats-Unis d’Amérique. C’est eux qui depuis des décennies gouvernent la politique étrangère de l’Union Européenne. Dans le traité entre l’Union Européenne et l’Ukraine, que Yanoukovitch finit par refuser, le sort des bases ruses de Crimée semblait scellé, malgré les accords précédents pris par Kiev envers Moscou. Par ailleurs, l’idée d’un rapprochement avec l’OTAN était bel et bien présente. Ces éléments à eux seuls justifient l’inquiétude de la Russie et la peur de la simple idée d’une Crimée se ralliant au « camp atlantiste ».

La Crimée est, selon les données de 2001, peuplée de 24% d’Ukrainiens, de plus de 60% de Russes et de 12% de Tatars de Crimée, descendants probables des autochtones indo-européens de la région, mais turquifiés sous le joug ottoman. Cela signifie que bien que les Russes y soient majoritaires, que l’armée russe soit présente, bien avant les derniers évènements, que la Russie dispose d’une grande base navale à Sébastopol, ce n’est pas au sens strict une province russe. La volonté majoritaire de cette province de se rattacher à la « maison-mère », aussi légitime soit-elle, n’est pas le souhait de l’ensemble de la population de cette péninsule. On sait bien que le référendum en Crimée de demain manifestera comme résultat un tel souhait et non l’indépendance pure et simple. Il n’est pas encore sûr de savoir ce que la Russie de Poutine fera, mais on sent bien qu’elle est prête à assumer cette annexion aux yeux du monde entier.

Il faut donc dès maintenant anticiper les conséquences de cette annexion plus que probable de la Crimée par la Russie, avec le soutien, précisons le, d’une grande partie de la population. Cette annexion ne sera pas reconnue par la communauté internationale, et la Crimée rejoindra ainsi la liste des états sans reconnaissance, comme l’Ossétie du sud, qui pourrait demain demander son rattachement à la Russie et à la région d’Ossétie du nord, l’Abkhazie et la Transnistrie moldave. Nous payons là les soubresauts de l’effondrement rapide de l’Union Soviétique et des Etats qui naquirent de sa ruine, dans les frontières  des anciennes républiques soviétiques, frontières en grande partie artificielles.

Face à une Union Européenne inféodée aux intérêts outre-atlantiques, sans un De Gaulle ou un Adenauer pour proposer une voie médiane, la Russie s’est sentie obligée, afin de plaire à son opinion publique, de jouer la carte du nationalisme, ce qui n’est pas la démonstration d’un régime russe serein au pouvoir, et de protéger les intérêts réels ou supposés des russophones d’Ukraine, d’intervenir d’une manière décisive dans cette crise ukrainienne, y défendant d’abord sa propre stratégie. La Russie a le sentiment en effet que les USA veulent l’étouffer en l’entourant d’ennemis. Elle réagit donc en forteresse assiégée ayant toutefois encore les moyens de faire d’efficaces sorties, en Géorgie en 2008, en Ukraine en 2014. Lorsque l’on veut priver un ours de son pot de miel, il faut s’attendre à recevoir de sérieux coups de griffe. En outre, la Russie, qui a le sentiment d’avoir été trahie lors de la crise du Kosovo, ne fait que renvoyer à son adversaire les coups que celui-ci lui a auparavant envoyés.

Au lieu de jouer la carte de manière sincère de la nouvelle Russie, les Occidentaux ont profité de sa faiblesse pour mettre en œuvre une politique qu’ils n’auraient jamais osé faire du temps de l’Union Soviétique. Les années Eltsine ont été ruineuses pour la Russie, le paradoxe étant que cet ancien président est celui qui a mis le pied à l’étrier à un certain Vladimir Poutine. Les Russes savent d’où ils viennent et à quoi ils ont échappé. Mais la Russie de 2014, certes fragile, a retrouvé une partie de ses forces et suffisamment de volonté pour se faire respecter a minima. Malheureusement cette stratégie a un coût, à savoir qu’elle risque bien d’élargir encore l’espace entre la Russie et le reste de l’Europe, au plus grand plaisir des USA.

Si la Russie n’avait rien fait dans l’affaire de Crimée, elle aurait assisté impuissante au démantèlement de ses bases. Elle aurait perdu tout crédit auprès de ses alliés. Mais en agissant elle s’éloigne de l’Europe alors que son avenir est en son sein. Elle n’a rien à attendre de bon d’une alliance contre-nature avec la Chine.  Dans les deux cas, qu’elle agisse ou qu’elle n’agisse pas, elle était perdante. Alors, elle a préféré agir.

C’est nous, Européens de l’ouest et du centre, qui devons réagir intelligemment dans cette affaire. Mais nous ne pourrons le faire que par une révolution politique nous permettant de nous libérer de ceux qui aujourd’hui président pour notre malheur à nos destinées. Contre un François Hollande, rejeté par l’écrasante majorité des Français, mais qui se maintient au pouvoir d’une manière autiste, et une Angela Merkel, au service des intérêts privés, qui souhaite accélérer l’union économique transatlantique, aberration totale qui nous lie encore davantage à une puissance étrangère qui ne souhaite pas notre épanouissement, nous sommes impuissants, tant que nous ne renverserons pas ceux qui sont au pouvoir pour les remplacer par des gens au service de l’Europe et des Européens, et d’eux seuls !

La solution de la crise en Crimée n’est pas du côté des Russes, qui font ce qu’ils estiment nécessaire, même si le résultat aboutit à les éloigner encore davantage de nous, ce qui est une erreur majeure, pour eux comme pour nous, et elle n’est pas non plus du côté des Ukrainiens, jeune démocratie n’ayant eu à sa tête que des gens médiocres et corrompus. La solution est européenne, mais elle passe par notre affranchissement, afin que les Européens soient à nouveau maîtres chez eux, souverains de leur avenir, au sein d’une grande Europe unie et européenne, sociale et démocratique, allant des fjords de l’Islande jusqu’aux montagnes de l’Oural et par extension jusqu’aux volcans du Kamchatka.

Si la Russie a en face d’elle une union européenne politique amie, dirigée par des gens responsables, honnêtes et au service des seuls Européens, elle saura évoluer dans un sens qui nous plaira davantage, dans le même temps que nous évoluerons aussi dans son sens. L’avenir de l’Europe n’est pas dans l’extension de la décadence « occidentale » au continent tout entier, mais dans une involution de cette décadence, involution à laquelle la Russie pourra œuvrer utilement.

Nous devons donc faire preuve d’une amitié indéfectible tant vis-à-vis des Ukrainiens que des Russes, et vis-à-vis des habitants de Crimée, qu’ils choisissent l’Ukraine, la Russie ou l’indépendance. Notre problème n’est pas à l’est. Notre problème est à l’ouest de l’Océan Atlantique et au sud de la Mer Méditerranée, avant qu’il ne soit au-delà du fleuve Amour.

 

Thomas FERRIER

Secrétaire général du PSUNE

02/03/2014

Pour la paix en Ukraine et la réconciliation avec la Russie

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Flag-Pins-Ukraine-Russia.jpgCela fait plusieurs semaines maintenant que la crise ukrainienne occupe nos écrans radar, avec son lot de suspens et de retournements. Désormais, la Russie s’apprête à lancer une intervention armée, non pour rétablir le sinistre Yanoukovitch, démonétisé de Paris à Moscou, mais pour protéger ses intérêts en Crimée et éventuellement dans les autres régions dans lesquelles les russophones sont nettement majoritaires. Une telle action unilatérale, acceptée lorsque la France souhaite intervenir en Centrafrique ou au Mali, devient inacceptable dès lors que c’est la Russie qui est à la manœuvre. Le gouvernement ukrainien provisoire, qui parle d’un casus belli et annonce mobiliser, n’est probablement pas menacé.

Cette crise présente plusieurs dimensions qu’il faut bien avoir à l’esprit lorsqu’on prétend l’analyser. Il faut se garder d’un jugement partisan de principe, pro-ukrainien ou pro-russe, car qui ne voit que la position d’un des camps ne voit rien.

Du point de vue ukrainien

D’un côté, des manifestants mobilisés, réunissant des citoyens de l’extrême-gauche à l’extrême-droite, en passant par tout le spectre politique, veulent chasser un président certes élu mais qui a tout d’un autocrate, corrompu à l’extrême, et au bilan économique des plus médiocres. Sa volonté de s’aligner sur la Russie, en rompant tout rapprochement avec l’Union Européenne, a mis le feu aux poudres. Certains militants sont prêts à des actions violentes auxquelles répond une contre-offensive gouvernementale encore plus violente. Le sang coule et c’est par dizaines, peut-être par centaines, que des Ukrainiens  meurent. Il s’agit surtout de militants de Svoboda ou du « Pravyi Sektor », des nationalistes radicaux prêts à en découdre avec le pouvoir.

Même si l’Ukraine et la Russie prennent leurs racines communes dans la Rus’ de Kiev, au Xème et XIème siècles, elles ont connu de longues périodes où elles étaient séparées. Si l’ukrainien et le russe ne diffèrent guère, ce sont tout de même deux langues distinctes. Et sous les tsars et plus encore sous le régime soviétique, une russification linguistique et culturelle a été très vigoureuse. L’identité ukrainienne est celle d’un peuple meurtri, et s’apparente à la situation des Irlandais face à l’empire britannique.

Pour toutes ces raisons et pour bien d’autres, l’Ukraine est coupée en deux, entre les russophones qui se sentent indéfectiblement liés à la Russie voisine, et des ukrainophones qui tentent de se rapprocher de l’Europe occidentale et prétendent rejoindre l’Union Européenne, même si les nationalistes de Svoboda sont en vérité des souverainistes, pour marquer une rupture plus nette avec la Russie.

Mais ce nationalisme reste animé d’un esprit revanchard et la preuve en est la décision du parlement de supprimer le statut de langue officielle du russe au profit du seul ukrainien. C’est un acte d’une maladresse extrême, alors qu’il fallait au contraire rassurer les russophones dès la chute de Yanoukovitch. L’effondrement du Parti des Régions ne devait pas faire place à des vexations outrancières contre les russophones.

Du point de vue russe

Pour Vladimir Poutine, aucun doute n’est permis, les russophones d’Ukraine et les russes de Crimée sont potentiellement menacés d’une répression à leur encontre. La chute de Yanoukovitch a amené à des manifestations de soutien de nombreux Ukrainiens des régions orientales du pays en faveur d’une action russe, voire d’une sécession.

Poutine n’entend pas perdre la Crimée, qui bénéficie d’un statut particulier et qui a conservé des liens politiques et même militaires avec la Russie, abritant sur son sol de nombreux soldats russes et des navires de combat. Il a tout à gagner à une intervention armée, qui permettra de stabiliser sa frontière occidentale, d’unir par un élan patriotique le peuple russe derrière lui, faisant taire les contestations internes, et de rappeler aux occidentaux que dans son espace il entend être respecté.

L’Union Européenne a été très mal avisée de négliger la susceptibilité russe en la matière. En apportant un soutien sans discernement aux manifestants de Maïdan, dont certains expriment une russophobie explicite, au-delà de la question du départ d’un dirigeant médiocre, en laissant faire une forme de coup d’état à Kiev, sans respecter les accords mis en œuvre dans lesquels les Russes avaient été partie prenante, les occidentaux ont gravement attenté aux intérêts vitaux de la Russie. Poutine devait donc réagir et il ne pouvait le faire par des demi-mesures. Même s’il n’a pas encore donné son feu vert officiel à une intervention que son parlement soutient, maîtrisant les risques à provoquer d’une manière trop brutale les USA, il ne fait aucun doute qu’il entend se faire respecter. S’il annonce vouloir conserver l’unité de l’Ukraine, refusant ainsi de céder à toute tentative d’annexion, on sent bien se profiler une Transnistrie II, un partage non officiel de l’Ukraine en deux parties, la seconde pouvant être limitée à la Crimée ou élargie à Donetsk et même Kharkiv.

Rappelons dans le cas de la Crimée que son rattachement à la république soviétique d’Ukraine en 1954 était purement arbitraire car ne tenant pas compte du caractère massivement russe de la population de cette presque-île. Lorsque l’URSS s’est effondrée, la nouvelle Ukraine a conservé les frontières dont elle disposait sous le régime précédent. C’était une erreur qui aujourd’hui est en train d’être réparée au forceps.

Des accusations d’extrémisme qui sonnent faux

Toute crise comme celle que vit l’Ukraine apporte son lot de discours extrémistes. Mais il serait trop facile d’opposer de bons russes à des néo-nazis, ou de bons patriotes ukrainiens à des communistes. Aux  provocations extrémistes du « Pravyi Sektor » où s’affiche le portrait de Stepan Bandera, répondent les nostalgies néo-communistes, certains vieux membres de l’Armée Rouge allant jusqu’à monter la garde devant une statue de Lénine, pourtant responsable de la mort de nombreux ukrainiens… et russes. Ni le drapeau à croix gammée ni le drapeau soviétique ne devraient être brandis, ça n’a aucun sens.

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En fait, les extrémistes sont l’alibi que chaque camp envoie à l’autre pour justifier l’un de son éloignement de la Russie, l’autre de son action militaire. L’antifascisme promu par certains russophones sonne faux. L’anticommunisme de certains ukrainiens sonne tout autant faux. C’est la preuve d’une immaturité politique profonde de certaines franges de la population, dans un pays pauvre, miné par la crise économique, et tiraillé entre deux tendances lourdes agissant comme deux centrifugeuses.

Une Europe absente, des USA trop présents

Dans cette équation, il ne faudrait pas non plus négliger le rôle détestable des Etats-Unis, qui récupèrent à leur profit cette crise ukrainienne pour continuer leur stratégie d’endiguement de la Russie, finissant par celle de l’anaconda, de l’étranglement pur et dur. A Washington, on s’interroge déjà sur des sanctions à prendre contre Moscou. Mais la Russie n’agit pas d’une manière différente de celle des USA qui interviennent lorsque leurs intérêts sont menacés sans se préoccuper de l’opinion internationale. On peut regretter que Moscou ait choisi cette voie et on aurait pu espérer une démarche plus rassurante. Mais la Russie s’adapte à ses interlocuteurs d’en face.

Or l’Union Européenne, une fois de plus, est incapable de répondre d’une seule voix, et se montre impuissante. C’est bien sûr le cas des pantins de Bruxelles, qui n’ont que le pouvoir que les gouvernements leur accordent, c'est-à-dire aucun, mais c’est surtout celui des dirigeants même des Etats. Hollande a eu un rôle totalement marginal, Cameron et Merkel ont été dépassés. Ils ont laissé leur « allié » américain mener la dance. On se souviendra du mot d’une responsable américaine disant en privé que l’Union Européenne pouvait « aller se faire foutre ».

Tant que l’Union Européenne ne sera pas capable de se doter à sa tête d’autres personnes qu’un Barroso aujourd’hui ou un Schulz demain, elle ne sera pas prise au sérieux et n’aura son mot à dire en rien. Elle assistera démunie, si ce n’est complice, aux actions des USA sur son sol ou à ses frontières.

Seul un européisme pur et dur pourra ramener la paix

Il n’y a qu’une seule position tenable dans ce conflit, une voix de la raison à faire entendre, c’est celle de la paix et de la réconciliation en Ukraine et entre Ukrainiens et Russes. Ce n’est de l’intérêt de personne que ce pays implose, créant des séquelles pouvant mettre des décennies à être digérées. Nous devons reconnaître à la fois la pleine légitimité du peuple ukrainien dans sa volonté de chasser du pouvoir un président corrompu et celle des russophones qui expriment une inquiétude non feinte quant à leur avenir dans l’Ukraine actuelle. Il aurait été nécessaire qu’ils soient rassurés et ménagés, associés de plein pied dans la reconstruction politique du pays.

russie,ukraine,réconciliation,crimée,atlantisme,europe,thomas ferrierVouloir régler le problème ukrainien sans associer la Russie à cette démarche était non seulement illusoire mais relevait d’une faute d’analyse grave. C’est autour d’une table que les responsables du mouvement « Euromaïdan », des représentants sérieux de l’Union Européenne et des représentants de la Russie que l’avenir du pays devait se décider. Les inquiétudes russes devaient être écoutées et prises en compte. Le statut de la Crimée devait être garanti, tout comme celui de la langue russe.

L’absence d’Europe politique, l’inféodation des dirigeants des Etats européens de l’ouest ou des « dirigeants » de l’Union Européenne aux USA, tout cela est détestable. C’est malheureux de voir l’Europe, une fois de plus, manipulée et instrumentalisée afin de la maintenir divisée.

Si, comme je le pense, l’avenir de l’Europe se joue dans une convergence Union Européenne/Russie, jusqu’à la fusion qui transformerait notre continent en première puissance mondiale, alors cette division au cœur de l’Ukraine n’est pas acceptable. Et tout doit être fait pour y remédier dans les meilleurs délais et avec le moins de victimes possible. Il n’y a qu’une seule façon de décourager Poutine de mener une intervention armée, c’est de lui proposer une alternative acceptable pour lui comme pour les russophones. Mais surtout, il faut que ce soit les Européens ensemble, Russes et membres de l’UE, qui dialoguent, les USA devant être écartés de toute discussion et réduits à un rôle de spectateur extérieur.

Contrairement à ce que prétendent les souverainistes, la crise ukrainienne montre qu’une Europe divisée sera toujours une proie et l’instrument de sa propre destruction. Une démarche vraiment européiste, c’est de défendre tous les Européens, et donc de défendre et les positions ukrainiennes et les positions russes en même temps. On peut dire que cela demande un certain talent d’équilibriste, mais c’est la seule attitude responsable. C’est ainsi que nous pourrons garantir une paix sincère et durable, et ensuite une réconciliation dans l’honneur.

Si la Russie intervient en se limitant à des objectifs légitimes, la protection de la Crimée et des régions russophones, il faudra considérer cette action comme un mal, mais comme un mal nécessaire. Il faudra trouver les mots pour que cette situation temporaire trouve une résolution acceptable par tous.

Poutine a tendu la main depuis 2005 à l’Union Européenne, évoquant l’Europe « de l’Islande à l’Oural et par extension jusqu’au Pacifique ». Mais cette main, personne n’a pu et n’a su la saisir. Au contraire, la Russie a le sentiment, à tort ou à raison, que le reste de l’Europe est dans une situation de décadence bien plus avancée, qu’il est sous tutelle, et qu’il s’efforce de refouler la Russie en Asie. C’est notre faiblesse qui inquiète les Russes, non « nos » menaces pathétiques dictées par « nos » maîtres.

Face à une Europe politique unie, puissante, responsable, libre et souveraine, la Russie pourra dialoguer d’égal à égal, en toute franchise, et nous trouverons ensemble des solutions qui satisferont tous les citoyens de notre continent. Et l’Ukraine redeviendra un pont de l’amitié entre nous. Alors la Russie et le reste de l’Europe s’uniront pour forger le XXIème siècle européen, pour la paix et la prospérité, de Reykjavik à Moscou.

Je ne peux que souhaiter que les Ukrainiens et les Russes trouvent assez de ressources en eux pour sortir grandis de cette crise. Ils méritent mieux. Et je ne peux qu’inviter les dirigeants des autres pays européens à agir avec davantage de prudence à l’avenir, à respecter nos frères de l’est et à se libérer de chaînes « outre-atlantiques » de plus en plus insupportables. Malheureusement, je sais que ceux qui actuellement président à nos destinées n’en feront rien. C’est pourquoi il faudra les chasser du pouvoir, tout comme les Ukrainiens ont su chasser Yanoukovitch. Vive la Russie, vive l’Ukraine et vive l’Europe libre, bientôt libre !

Thomas FERRIER (PSUNE/LBTF)

Nota Bene: la troisième image est celle du drapeau de la Rus de Kiev, où on retrouve le rouge et or de la Macédoine antique et de la Rome républicaine.

02/02/2014

L’Ukraine prise en tenailles entre l’Occident et la Russie

ukraine,russie,union européenne,alliance euro-russe,thomas ferrier,psuneLa situation de l’Ukraine s’est profondément dégradée pendant le mois de janvier, alors que la résistance aux décrets liberticides votés par les parlementaires en catimini n’avait jamais été aussi forte. Des morts regrettables, des violences militantes autant que policières, ont entaché de sang un mouvement politique complexe, aux formes multiples, regroupant des libéraux occidentalistes aussi bien que des nationalistes radicaux.

La réaction du président Yanoukovitch est celle d’un pouvoir aux abois, sans la légitimité populaire d’un Poutine lui permettant de conserver son calme, et qui a été contraint de reculer. Il a contraint son premier ministre à démissionner, proposant l’ouverture à ses adversaires, à l’exception d’Oleh Tiahnybok, le dirigeant de Svoboda. Les députés ont aboli les lois qui restreignaient le droit de manifester. C’est un recul total ou presque, Yanoukovitch se refusant toutefois pour le moment à modifier le calendrier électoral et ainsi à prendre le risque d’être politiquement balayé, même s’il reste fort dans les zones russophones.

Yanoukovitch risque bien de subir le même désaveu que l’orangiste Sakashvili en Géorgie et pour les mêmes raisons, à savoir la volonté de mettre en place un régime restreignant les libertés. Or le souvenir de l’Union Soviétique n’est pas si loin. Poutine sait d’ailleurs ménager sa popularité en Russie en libérant ses adversaires, comme l’ex-milliardaire Khodorkovski ou les Pussy Riot, et en respectant en tout cas dans les formes les principes de la démocratie moderne. Mais il est vrai qu’il a le peuple derrière lui. Ce n’est pas le cas des tyranneaux des anciennes républiques soviétiques, qu’ils soient pro-USA ou pro-Russie.

L’Ukraine se trouve, on l’a dit, dans un positionnement géo-stratégique difficile, coupé en deux par un tropisme européen à l’ouest et par un tropisme russe à l’est, ravivant cette opposition, fondamentalement factice néanmoins, entre « occidentalistes » (zapadniki) et « slavophiles ». Entre volonté de rejoindre l’Union Européenne et crainte de perdre les avantages acquis de la relation ukraino-russe, le gouvernement en place n’a pas pu faire un choix clair entre deux options qui lui sont apparues comme incompatibles. La Russie a une part de responsabilité dans le sens où elle fait monter la pression vis-à-vis de l’Union Européenne, mais cette dernière a une responsabilité bien plus importante en se faisant le relai des intérêts américains dans la région. Poutine a très bien compris la politique de l’endiguement (« anaconda ») que les USA veulent mener contre la nouvelle Russie, comme ils l’ont fait dans le passé contre l’Union Soviétique.

Formé par le KGB, Vladimir Poutine sait très bien démasquer derrière des stratégies opaques les véritables chefs d’orchestre, ce qui ne veut pas dire qu’il faut tomber dans un autre piège qui est celui du « complotisme » et voir des plans ourdis par de mystérieux commanditaires derrière ce qui se passe aujourd’hui.

Tourner le dos à l’Union Européenne serait pour l’Ukraine une grosse erreur, mais cela en serait également de tourner le dos à la Russie. Ce serait comme tenter de s’unir en commençant par se couper en deux. Ces deux composantes, « europhiles » et « russophiles », ne devraient pas être opposées mais servir pour une synthèse originale, faisant alors de sa géographie une force et non plus une faiblesse.

Un gouvernement ukrainien digne de ce nom devrait se présenter comme un pont entre l’Union Européenne et la Russie, un espace intermédiaire d’échanges, un lieu où surtout Russes et (autres) Européens pourraient se parler et enfin s’entendre. Ceux qui sèment la division, là où les vrais européistes parlent d’unité, ce sont les USA et ceux qui leur servent de courroies de transmission. L’alliance Bruxelles/Moscou (ou Strasbourg/Moscou d’ailleurs) contre Washington, voilà qui aurait une autre « gueule », et dans un tel cadre, la situation de l’Ukraine serait nécessairement pacifiée et le pays en bien meilleure posture.

Yanoukovitch devrait s’en aller, comme Ioutchenko avant lui, et pour la même raison, qui est l’aliénation du pouvoir ukrainien à des intérêts étrangers, qui plus est des intérêts qui instrumentalisent le pays pour mener des manœuvres géopolitiques « conflictuelles ».

Car cette opposition que j’évoquais entre « occidentalistes » et « slavophiles » en Russie, comme en Ukraine, avec la mise en avant du courant « eurasien » qui relève de la seconde idéologie, est une idiotie conceptuelle totale. Les Slaves, et les Russes au premier plan, sont des Européens, tout comme les Français ou les Allemands. En affirmant leur slavité et leur orthodoxie, ils ne tournent pas le dos à l’Europe, mais ils s’y rattachent en vérité. Ivan Groznyi et Pierre le Grand ont toujours été du même camp, celui d’une Russie européenne dans une Europe européenne, une Russie qui certes s’étend à l’est de l’Oural mais toujours au nom d’une Europe expansive. Car si on gratte le russe, on trouve un varègue ou un bogatyr slave mais jamais un tatar.

L’Ukraine devra avoir l’audace de s’inventer un régime nouveau, avec une personnalité courageuse mais restant modeste, capable de maîtriser les dissensions et de susciter un « rêve ukrainien », celui d’une réconciliation entre l’ouest et l’est, mais aussi entre l’Union Européenne et la Russie. Cela implique de bien distinguer la volonté de rejoindre l’UE et tout lien avec l’OTAN. En clair, le gouvernement ukrainien devra veiller à rassurer le frère russe tout en orientant le frère européen (de l’ouest et du centre) dans le sens des intérêts strictement européens, qui sont ceux d’une grande alliance, en attendant une fusion, entre l’Union Européenne et la Russie. Et de la même façon, le tropisme atlantiste de Cameron, comme auparavant celui de Thatcher, de Majors, de Blair et de Brown, qui se cache derrière cette volonté de rupture avec l’UE, n’est pas au service du peuple britannique, ce dernier ayant vocation à restaurer son européanité au sein d’une Europe unie, en rompant avec le Commonwealth. C’est là où des mouvements comme UKiP servent manifestement la stratégie américaine en Europe, au nom d’une souveraineté britannique pervertie.

 

Thomas FERRIER (PSUNE/LBTF)

01/12/2013

L’Ukraine entre Union Européenne et Russie

Ukraina.jpgL’Ukraine connaît une situation géopolitique originale puisqu’elle unit deux peuples slaves en un seul. Bien qu’elle ait recherché l’indépendance à deux reprises au XXème siècle, mais sans succès, tentant de s’allier d’abord avec les « blancs » pendant la guerre civile puis avec les allemands pendant le seconde guerre mondiale, elle n’y a accédé que dans les derniers soubresauts de la fin de l’Union Soviétique.

Berceau du peuple russe, Kiev fut le lieu de jonction entre les Ruthènes et les Suédois, entre le monde slave et le monde germano-scandinave, et c’est là que le tsar Vladimir choisit de rénover le panthéon traditionnel puis de se convertir au christianisme. Kiev et Novgorod, les deux grandes capitales de l’ancienne Rus’, sont à nouveau séparés par l’histoire, mais la Russie contemporaine souhaite mettre fin d’une manière ou d’une autre à ce divorce.

L’Ukraine occidentale cultive ses différences, car elle a été historiquement liée à l’Europe centrale, à l’Autriche-Hongrie comme à la Pologne libre de 1918. L’orthodoxie y affronte le courant chrétien uniate. C’est là qu’est d’ailleurs le fief principal du parti nationaliste Svoboda. L’Ukraine orientale, comme la Crimée d’ailleurs, a en revanche subi une russification très forte. On y parle donc le russe et on rêve de rejoindre la Mère Russie. Le Parti des Régions du président Yanoukovitch y domine, en partage avec les néo-communistes. Kiev est entre les deux feux.

Parfois, c’est le courant « occidentaliste » et atlantiste qui domine, avec la coalition Ioutchenko/Timochenko. Mais depuis quelques années, le courant « orientaliste » a repris le dessus. L’Ukraine rêve de deux unions contradictoires, l’Union Européenne et son marché intérieur d’une part, l’Union Eurasienne en gestation de Poutine d’autre part. Elle voudrait avoir les avantages de l’une et de l’autre, mais la politique de Bruxelles et celle de Moscou sont loin de converger. Parce qu’elle n’a pas su prendre la main de Poutine lorsque celui-ci évoquait la « grande Europe » (2005) ni œuvrer pour la « maison commune » espérée par Gorbatchev, l’Union Européenne a raté une occasion historique de réconcilier l’ensemble du continent. Au contraire, elle joue la carte américaine en cherchant à isoler la Russie, à la « repousser en Asie », comme le souhaitaient à leur manière les doctrinaires nazis.

Ce n’est pas l’autoritarisme, médiatiquement exagéré, de Poutine, que l’Union Européenne devrait dénoncer mais sa propre mise sous tutelle américaine. Ce ne sont d’ailleurs pas les services russes qui ont écouté les téléphones de François Hollande ou d’Angela Merkel, mais ceux de Washington. Sarkozy et Berlusconi avaient su au contraire se concilier Poutine.

La Russie de Poutine est devenue méfiante envers l’Union Européenne, pourtant son peuple se sait européen et craint l’Asie autant que les USA, mais ses dirigeants préfèrent jouer la carte de l’Inde et même de la Chine, pour leur malheur. Car si l’Union Européenne a tort de rejeter la Russie, la Russie a également tort de ne pas vouloir dépasser les mauvaises querelles. Et l’Ukraine se retrouve une fois de plus entre les deux feux, faute d’avoir des dirigeants visionnaires.

Yanoukovitch, face à la contestation urbaine de l’opposition, a reculé en expliquant que le peuple ukrainien était un peuple européen et qu’il aspirait lui aussi à l’adhésion à l’Union Européenne, mais dans le respect et l’égalité. Il n’a pas voulu céder aux injonctions de l’UE concernant le cas Timochenko, ce qui a permis à Poutine de reprendre la main dans ce bras de fer bien inutile. La Russie veut elle aussi être respectée et en particulier à ses frontières. Elle ne veut pas que demain l’Ukraine rejoigne l’OTAN, comme les républiques baltes l’ont fait. C’est d’ailleurs pourquoi elle ménage l’autocrate de Minsk. Et elle a raison de le faire.

L’Union Européenne avait les moyens de proposer un accord honnête à l’Ukraine, que même la Russie de Poutine aurait été prête à admettre, pour peu que des garanties lui soient offertes. Mais elle n’est pas crédible, ni dans son mode de fonctionnement, ni dans ses objectifs. Il faut bien comprendre que le « partenariat oriental », n’y intégrant pas la Russie, est une insulte permanente pour les autorités du Kremlin. Les Russes veulent être ménagés et écoutés et, pour le moment, ils n’ont pas confiance.

Pour que l’Ukraine et le Belarus, mais aussi la Moldavie et la Géorgie, n’aient pas à souffrir de cette situation géopolitique intolérable, l’Union Européenne et la Russie doivent se réunir autour d’une table. Mais quel pourrait être l’interlocuteur crédible de Poutine du côté de l’UE ? Il n’y en a malheureusement aucun, et ce par la faute des gouvernements « nationaux », eux-mêmes inféodés aux intérêts américains. Voilà une raison de plus pour laquelle les vrais européistes doivent exiger une réorientation en profondeur de la construction européenne dans un sens eurocentré. Il est plus que temps, depuis la fin de la guerre froide, de mettre fin à l’OTAN, qui a perdu toute raison d’être si ce n’est nous maintenir sous une insupportable tutelle, et de construire l’armée européenne. Il convient aussi d’affirmer haut et fort la vocation européenne de la Russie, qu’importe la nature de son gouvernement.

Pour que l’Union Européenne et la Russie puissent travailler en bonne entente, il faut donc changer les têtes de l’UE, les institutions aussi, et l’émanciper tant de la gouvernance « mondiale » que du contrôle des Etats membres. Il faut que l’UE rompe avec le libertarisme maladif qui la gangrène, avec la folle ouverture de ses frontières aux flux migratoires issus des anciens empires coloniaux. Les manifestants ukrainiens qui brandissent le drapeau de l’Union Européenne, ce que je ne cesse de préconiser aux européistes identitaires, ont raison d’affirmer leur européanité mais ne doivent pas être dupes sur la nature actuelle de cette Union. Je ne pense pas que le « mariage pour tous », l’ « ouverture des frontières », la « théorie du gender » et le laxisme judiciaire, toutes idées fausses qui dominent l’Europe occidentale, soient enviables. Et d’ailleurs les électeurs croates viennent de donner un formidable coup d’arrêt symbolique à cette décadence morale favorisée par les ennemis de l’Europe.

Lorsqu’on constate le comportement absolument lamentable des « Femen », hébergées à nos frais par un gouvernement « socialiste » qui encourage leurs actions provocatrices, comme celles de salir la mémoire de Dominique Venner, d’agresser des familles avec poussettes, et désormais d’uriner sur les photographies du président ukrainien en exercice, ce n’est pas cette Ukraine là qu’on a envie d’aimer.

Pour toutes ces raisons, Yanoukovitch tergiverse et s’il veut se ménager Moscou, ne cherche pas non plus à rompre avec Bruxelles. Mais le soutien « occidental » aux manifestants de ces derniers jours n’aidera pas au rapprochement et n’est pas un facteur de paix pour la région. Tant que la Russie verra l’élargissement à l’Est comme une menace, elle fera tout son possible pour l’en empêcher, au prix de tourner le dos à l’Europe matricielle, dont elle n’est qu’une extension. Au contraire, en rappelant que la Russie est européenne, et ne cessera jamais de l’être, en ménageant ses susceptibilités, et surtout en réaffirmant de notre côté l’européanité de l’Europe, c'est-à-dire en rompant ouvertement et de manière unilatérale avec l’atlantisme et avec le mondialisme, nous pourrons œuvrer vers cette fusion UE/Russie à quoi tous les patriotes russes et tous les européistes authentiques aspirent. La Russie n’acceptera jamais toutefois de rejoindre une UE décadente. Il faut donc « muscler notre jeu » afin de crédibiliser à nouveau ce rêve d’une grande Europe, de l’Islande à l’Oural, et par extension jusqu’à Vladivostok.

La Russie doit rompre avec l’Asie alors que dans le même temps le reste de l’Europe rompra avec l’Amérique. Et demain, dans l’Europe unie, Russes et Ukrainiens se retrouveront en frères, aux côtés des Allemands et des Français, des Italiens et des Espagnols… et même des Britanniques. Levons bien haut le drapeau de l’unité et de la réconciliation, le drapeau d’une Europe régénérée, d’une Europe à nouveau conquérante, une Europe avec les Russes, et non contre eux. La situation de l’Ukraine nous rappelle en tout cas qu’à Bruxelles et à Strasbourg nous n’avons pas les hommes (et les femmes) qu’il faut.

Thomas FERRIER (PSUNE)

29/10/2013

Droit du sang, une définition de la nationalité qui fait polémique

 
Rappel historique des faits.

droit du sang,nationalité européenne,Périclès,ius sanguinisLe droit du sang (ius sanguinis) définit la nationalité d’un individu en fonction de la nationalité de ses ascendants, par opposition au droit du sol (ius soli), qui la définit en fonction de son lieu de naissance ce qui, en période de pression migratoire, lui fait perdre beaucoup de son sens.

Le droit du sang correspond à la conception démocratique de la citoyenneté. Il a été introduit dans la constitution d’Athènes en 451 avant J.C par Périclès en personne. C’est parce que la citoyenneté athénienne avait été bradée par les tyrans Pisistratides, offerte à leurs partisans étrangers, que le dirigeant principal d’Athènes estima nécessaire de restaurer cette citoyenneté. Il décida ainsi que dorénavant ne serait citoyen athénien que celui né de deux parents eux-mêmes citoyens d’Athènes et mariés en conformité avec les lois de la cité. Ironie de l’histoire, ses propres enfants, nés de sa relation avec Aspasie, qui n’était pas athénienne, ne purent pas devenir citoyens du fait de la règle introduite par leur père. Périclès ne se contenta toutefois pas de cette seule règle puisqu’il l’appliqua de manière rétroactive afin de réviser les listes de citoyens et de revenir sur les abus de pouvoir de Pisistrate en la matière.

Le droit du sol, qu’on lui oppose, relève en revanche d’une conception impériale, dans un empire romain de plus en plus cosmopolite, car c’est en 212 après J.C que l’empereur Caracalla, d’origine nord-africaine, concéda la citoyenneté romaine à l’ensemble des hommes libres de l’empire, et pas seulement d’ailleurs à ceux nés sur le sol romain. Ce fut l’une des raisons qui incita de nombreux Germains à franchir les frontières de l’empire, sachant qu’ils pourraient ensuite bénéficier de cet édit.

En France, le droit du sol correspond au droit féodal et monarchique, selon le principe que « tout serf né sur les terres d’un seigneur est serf du dit seigneur ». Contrairement aux dirigeants politiques contemporains qui affirment que le « droit du sol » est un droit républicain, c’est exactement le contraire. Il correspond au droit en vigueur dans des autocraties s’exerçant sur un territoire peuplé d’une population hétérogène, ce qui n’est pas le cas des républiques, fondées normalement sur l’homogénéité du corps des citoyens.

En 1789, la révolution française, qui se veut une révolution universelle, ne remet pas immédiatement en cause la règle en vigueur sous la monarchie. Il est vrai que cette dernière n’est abolie qu’en 1792 et que la jeune république a d’autres priorités que de modifier son code de la nationalité. A une époque où l’immigration était de toute façon marginale et européenne, il n’y avait pas d’urgence.

Sous le consulat, Napoléon Bonaparte doit trancher cette question. Les juristes révolutionnaires et ceux s’inspirant du droit romain sont partisans de l’adoption du droit du sang par la république, pour rompre avec l’héritage royal. Bonaparte se rallie à leur position et intègre cette disposition. Par la suite, elle sera adoptée au cours des décennies qui suivent par presque tous les pays européens, par la Grèce indépendante en 1830, par l’Italie et par l’Allemagne. Cette dernière, en 1913, adoptera même la version athénienne du droit du sang dite « intégrale », à savoir patrilinéaire et matrilinéaire à la fois.

En résumé, historiquement, le droit du sang est le droit démocratique par excellence, reposant sur l’idée qu’une république, se confondant alors avec la notion de « nation », homogène, par opposition à un empire. Si, en 1889, le droit du sol est ajouté au droit du sang en France, c’est pour des raisons contextuelles, la France abritant alors sur son sol de nombreux autres européens, parents en tous points des Français, qui ne sont pas soumis au service militaire et qui seraient pourtant bien utiles en cas de nouvelle guerre contre l’Allemagne. Après 1945, ce droit contextuel aurait dû sagement être abrogé.

La polémique actuelle.

La droite depuis le milieu des années 80 prône la restauration du seul droit du sang comme accès à la nationalité française, donc l’abrogation du droit du sol. C’est ce que réclama ainsi Valéry Giscard d’Estaing en 1991 dans un célèbre entretien accordé au Figaro Magazine où il dénoncera d’ailleurs l’immigration comme « invasion », mais c’était aussi le cas du programme du RPR en 1986 et bien sûr du FN lorsque celui-ci émergera à l’issue des élections européennes de 1984.

La « gauche » depuis une trentaine d’années attaque systématiquement le ius sanguinis en raison de son idéologie internationaliste et libertaire. C’est sous le gouvernement Schröder qu’en 2000 l’Allemagne introduira le droit du sol pour en faire bénéficier les nombreux Turcs nés en Allemagne à partir de la première génération de migrants venue en 1963 à l’appel d’un gouvernement allemand à la solde du grand patronat. Le gouvernement Prodi en Italie, vers 2005, a souhaité la même évolution mais a été chassé du pouvoir à temps, même si le gouvernement Letta en 2013 a l’intention de remettre cette question sur le tapis. Le « socialiste » Papandréou en Grèce, avant de démissionner, avait également saboté les règles d’accès à la nationalité grecque selon la même logique en 2010.

Lorsque François Fillon prône le droit du sang comme principale voie d’accès à la nationalité dans son programme de cet été, lorsque Jean-François Copé, dans le contexte de l’affaire « Leonarda », s’interroge sur le bien fondé du droit du sol lorsque celui-ci permet à des migrants clandestins de rester sur notre territoire, la droite ne fait que remettre en avant un thème qu’elle avait abandonné. Rappelons qu’en Allemagne, le candidat CDU/CSU Edmund Stoiber, finalement battu, avait courageusement indiqué qu’il reviendrait sur la loi Schröder, ce qu’Angela Merkel, élue en revanche, s’est bien gardée de faire.

Alors que le gouvernement français s’apprêtait à ouvrir son marché d’emplois à des travailleurs étrangers, qui plus est en provenance d’un autre continent, il aurait dû préalablement blinder son code de la nationalité, comme le font les pays du Golfe persique. C’est parce qu’il ne l’a pas fait que la situation migratoire de notre pays est devenue ingérable.

Néanmoins, restaurer aujourd’hui le droit du sang comme accès privilégié à la nationalité française serait nettement insuffisant car bien trop tardif. La lâcheté des gouvernements précédents, sans parler de celui actuellement en exercice, a été funeste. Par ailleurs, les autres pays d’Europe sont tombés dans le même piège car, au lieu d’imiter le Japon, ils ont imité la France et ont ainsi dénaturé leur nationalité comme nous avons dénaturé la nôtre. C’est là que l’idée d’une nouvelle nationalité, européenne, indépendante des nationalités des anciens Etats, et s’inspirant de la démarche originelle de Périclès, qui avait agi pour les mêmes raisons, a tout son sens.
 
Thomas FERRIER (PSUNE)

27/10/2013

Guillaume Faye et le PSUNE (3)

6487.pngNous avons interrogé Guillaume Faye et sollicité son opinion concernant le projet européiste du PSUNE. Tel est son avis sur l'utilité de notre modeste mouvement.

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LBTF: L’Europe ? De l’Islande à la Russie, ou sans la Russie ? Avec le Caucase ou sans ? Avec la Turquie ?

Guillaume FAYE: La Grande Europe, c’est-à-dire l’idée impériale, doit évidemment inclure la Russie. J’avais nommé cela l’ « Eurosibérie ». Mais mes amis russes de l’association Athenaeum, notamment le Pr. Pavel Toulaev, proches de l’Académie des Sciences de Russie, a préféré le terme d’ « Eurorussie ». Bien préférable au terme « Eurasie ». Les mots comptent car ils sont l’interface entre l’esprit humain et les choses. Une union entre l’Europe péninsulaire, l’Europe centrale et la partie est-ouralienne de la Fédération de Russie (en gros UE-Russie), constituerait le plus grand ensemble ethno-économique de la Terre. La question centrale, c’est l’affectivité d’appartenance, qu’on nomme aussi « patriotisme ». Tant que les peuples apparentés de souche, de même origine globale ethno-culturelle, « de l’Ibérie à la Sibérie », de Dublin à Vladivostok ne se sentiront pas membres d’un même homeland, d'un même volk global, les choses seront difficiles. Et puis, dans l’histoire, il a été démontré qu’il faut aussi la conjonction d’une menace globale perçue et d’un égregor, un chef mobilisateur.

La fantastique « union de peuples apparentés » qu’est l’Union Européenne, après tant de guerres entre nous, ne pourra jamais être féconde dans la mollesse prosaïque de réglementations économiques. C’est vrai, on peut penser que l’UE est un début, position dialectique hégélienne défendue par certains mais on peut aussi estimer que c’est une impasse. C’est-à-dire une mauvaise voie pour un bon projet. Il est extrêmement difficile de conclure. L’idée européenne est un grand projet et comme tout grand projet, sa solution demande de pouvoir sortir du labyrinthe.

L’idée européenne est un chantier, un chantier très difficile. Même s’il est assez mal parti, on ne peut pas y échapper. Votre projet, au PSUNE, me semble en tout cas différent dans son orientation idéologique de celle de l’eurocratie actuelle, qui correspond d’ailleurs exactement à l’idéologie des gouvernements des États membres et qui ne s’impose nullement à ces derniers, contrairement à ce que prétendent les souverainistes. Dans mon essai Mon Programme (Éd. du Lore), je formule une critique acerbe des institutions de l’UE, qui ne doit pas du tout être prise comme un renoncement à l’idée européenne.

LBTF: Que pensez-vous du projet européiste révolutionnaire du PSUNE ? Et (facultativement) de son dirigeant ?

Guillaume FAYE: C’est une belle initiative. Elle est nécessaire parce que les grandes idées doivent nécessairement à leur début avoir un caractère impensable et irréalisable. De Gaulle en 1940 avait une position impensable mais qui s’est révélée gagnante. L’essentiel est de bien sentir la réalité et de soumettre l’idéologie à la praxis, ce que n’a pas fait Lénine, contrairement à ce qu’il avait écrit. La vraie révolution suppose une certaine froideur, une analyse rigoureuse des faits. Un pragmatisme. Mais en même temps une vision, un idéal à long terme. Le PSUNE me semble posséder ces caractères. Thomas Ferrier, son dirigeant, s’inscrit dans un profil humain à la fois idéaliste et réaliste, ce qui correspond aux deux jambes de la démarche politique. Le PSUNE, à côté d’une démarche politique, doit penser à faire un long travail métapolitique d’influence.

LBTF: Que pensez-vous de l’idée de « nationalité européenne » qui permettrait de refonder sur des bases juridiques une citoyenneté que les Etats ont dévoyée en la conférant à n’importe qui ? La tabula rasa, qu’implique la naissance d’une Europe-Nation vierge juridiquement ne permettrait-elle pas de rendre tout possible, nous libérant non seulement de traités internationaux contraignants mais aussi des constitutions des Etats, véritables machines à enfermer et à trahir le peuple ?

Guillaume FAYE: Cette solution est parfaite d’un point de vue théorique, mais il est long le chemin de la coupe aux lèvres. D’autre part, attention : c’est aujourd’hui Bruxelles qui défend une ouverture des frontières à l’immigration, avec l’accord des États membres qui pourraient le refuser, et ce, pour la fausse bonne raison de compenser le déficit démographique européen. Fausse bonne raison, car le Japon, qui est dans la même situation refuse l’immigration. Il n’en meurt pas, au contraire, cela l’incite à l’innovation . Comme je l’expose dans « Mon programme » (Éd. du Lore), il faut revoir de fond en comble le fonctionnement de l’Union européenne. L’idée est bonne, mais la forme ne l’est pas. Par exemple, la garde à vue simplifiée pour les clandestins exigée par la Commission européenne et les mesures pro-immigration exigées par la Cour européenne de justice sont catastrophiques pour l’Europe elle-même. En l’état actuel, un pouvoir français qui, par exemple, appliquerait en matière d’immigration, d’expulsions, de statut des étrangers, etc. quelques unes des mesures que je prône, serait obligé d’affronter les institutions européennes et de contrevenir aux règles juridiques de l’UE.

Dans l’absolu, une nationalité européenne différente d’une citoyenneté nationale-étatique, plus restrictive que cette dernière, et donnant droit à des statuts juridiques spécifiques, supposerait un processus de rupture révolutionnaire par rapport à la philosophie du droit de l’UE. Il y aurait « rupture d’égalité ». Car refuser la nationalité européenne aux citoyens non-européens d’origine des États-Nations ne s’inscrit pas dans les principes généraux du droit de l’actuelle UE. Je suis donc bien d’accord : il s’agirait d’un passage en force révolutionnaire. Abolissons l’édit de Caracalla !

07/10/2013

Il faut une alternative au Front national !

alternatif.jpgCe dimanche 22 septembre, Jean-Pierre Elkabbach, Mickaël Darmon et Arnaud Le Parmentier du journal Le Monde, accueillaient Marine Le Pen sur la chaîne i>TELE entre 10 et 11 heures, dans le cadre de l’émission « Le grand rendez-vous » en partenariat avec la station Europe 1 et Le Monde.

Dans la première moitié de l’émission, consacrée aux affaires mondiales et la sécurité, Marine Le Pen, sans pour autant montrer une quelconque finesse d’analyse, a tenu tête à des journalistes enfermés dans des stéréotypes éculés, juste capables de lui envoyer des remarques caricaturales, pour renforcer finalement son emprise sur le débat.

Dans la seconde moitié, les mêmes journalistes, rouges de colère, n’ont cessé de l’interrompre, posant question sur question dans un total désordre, sans parvenir à la déstabiliser vraiment, lui rendant service au contraire. Dans cette partie, consacrée notamment à l’Europe, on aurait pu penser le terrain défavorable à l’invitée. Or ses opposants n’ont rien réussi contre elle.

Cette émission, après bien d’autres, a fait apparaître une évidence. Désormais, en France, face au Front national de Marine Le Pen, il n’y a plus de pensée politique. Cela fait un moment qu’on s’en doutait, vu que les partis dits de gouvernement étaient incapables de se définir autrement que par rapport au Front. Le PS ne sait rien proposer d’autre que de lutter contre lui --- alors qu’il en assure la promotion par ses paroles et ses actes. L’UMP, au dire de certains de ses dirigeants, aurait comme ligne fondatrice la barrière qu’il défend et qui le sépare dudit parti.

Déjà on a souvent dit que le Front national aurait le monopole du réel. Il serait le seul à oser parler ouvertement de la situation explosive dans les banlieues, de l’exécution très relative de peines pourtant réduites au minimum, de l’absence de respect de la laïcité et de quelques autres anomalies qui montrent le décalage entre la réalité et le discours officiel.

Il faut désormais ajouter que, dans une classe politique médiocre, le Front national de Marine Le Pen se verrait, paradoxalement, concéder une sorte de monopole de la cohérence. C’est, de fait, l’incohérence de ses adversaires que l’auditeur pouvait constater lors de l’émission dons nous parlons.

L’incohérence en politique extérieure.

A propos de l’attentat à Nairobi, Marine Le Pen n’a eu aucune peine à expliquer que nous déplorons ici l’action de ceux que nous avons soutenu ailleurs. Alors que nous combattons les terroristes islamistes au Mali, nous les avons aidés en Libye et nous ne cessons de les aider en Syrie, avec les conséquences que l’on peut craindre en retour sur notre territoire. Elle a expliqué notre aide aux « rebelles » syriens par l’allégeance au Qatar, dont la France serait devenue la « catin » par le choix de ses dirigeants. Elle aurait pu ajouter que notre position au Mali, certes plus cohérente avec nos intérêts, n’était guère plus glorieuse, puisque dictée par une vision colonialiste, qu’on désigne sous le néologisme de Françafrique ; elle ne l’a pas fait parce qu’elle partage, hélas, cette vision. Heureusement pour elle, ses contradicteurs n’ont rien relevé, puisqu’ils la partagent aussi, comme la classe politique dirigeante.

L’incohérence en matière sécuritaire.

Sur le terrain de la sécurité, abordé à propos de la montée de la criminalité de sang à Marseille, Marine Le Pen n’a eu aucune peine non plus à dénoncer le double langage des dirigeants, fermes dans leurs allocutions, certains élus allant jusqu’à appeler l’armée, mais timorés sur le terrain, interdisant à la police d’exercer son métier. En effet si l’on a peur que des délinquants poursuivis se réfugient dans un transformateur ou s’aventurent sur la voie ferrée, que leur scooter conduit à sa limite vienne buter un véhicule, si l’on a peur qu’une intrusion policière dans certains quartiers suscite des révoltes, si l’on ne veut en aucun cas construire des prisons, alors il faut interdire à la police d’agir et à la justice de sévir. Cependant Marine n’a pas été très claire sur ce que devraient assumer des dirigeants qui renonceraient au laxisme. Bien sûr, ses contradicteurs ne pouvaient la mettre en défaut là-dessus puisqu’ils nient en bloc tous les problèmes.

L’incohérence en matière européenne.

On s’attendait surtout à voir Marine Le Pen en difficulté sur les chapitres de l’économie et de l’Europe. Or il n’en a rien été non plus. Il est vrai qu’elle a su modérer un peu son discours, se contentant de présenter quatre exigences qu’elle voudrait négocier, notamment, avec Angela Merkel :

- la possibilité, pour la France, de recourir à un protectionnisme intelligent,
- le retour aux frontières nationales pour contrôler les entrées des personnes,
- la priorité des lois nationales,
- le patriotisme économique, avec notamment la restriction des marchés publics.
 
Là où Le Pen est moins claire, c’est quand elle dit qu’elle espère obtenir ces dérogations avant de proposer un référendum sur la sortie de l’Euro. Ou bien ces points sont compatibles avec l’Euro et il n’est plus besoin d’en sortir. Ou ils ne le sont pas et il ne sert à rien de négocier ; on sort alors de l’Euro d’abord.
 
Pour autant, ses critiques envers le discours dominant sont justifiées. Son programme est cohérent, si l’on n’y regarde pas de trop près, ce qui ne veut pas dire qu’il soit pertinent. Ses adversaires, contradicteurs d’un jour ou classe politique nationale, ne sont pas cohérents du tout. C’est bien normal puisque tous sont europhobes, autant qu’elle et juste différemment. Ils sont mondialistes et ne voient l’Europe que comme une étape sans intérêt propre. La façon dont les médias dénigrent le modèle allemand, qui ne serait bon que pour des teutons, la façon dont François Hollande fait la guerre à Angela Merkel, comparée à Bismarck de ce côté du Rhin, tout cela en dit long sur l’absence de sentiment européen chez nos élites.

Evidemment personne n’a demandé à Marine Le Pen si elle serait favorable à une union un peu protectionniste, à un contrôle sans faiblesse des frontières européennes par une police européenne, à un parlement européen votant les lois et représentant démocratiquement les citoyens de l’union, à un patriotisme économique européen. Dans ces conditions, que peut-on lui reprocher ?

Et alors ?

Compte tenu de ce qui vient d’être dit, on pourrait s’attendre à une déferlante "Front national" lors des prochaines élections. Elle n’aura pas lieu parce que la propagande relayée par les médias est toujours très puissante. Etant donnée la médiocrité des autres, l’électeur ne pourrait logiquement que voter pour ce parti, mais on saura l’en dissuader.

En tout cas, si le Front national venait à gagner une élection majeure, ce ne serait pas un scandale en soi. Ce serait un fait de démocratie banal, un acte républicain comme beaucoup d’autres. Etant donné ce que sont ses adversaires, le dit parti l’aurait simplement mérité.
 
Alors, où est le problème ? Il est dans le fait que les solutions proposées par Marine Le Pen s’appuient sur une analyse erronée ; elles sont fondamentalement inadaptées. Mettre le Front national aux commandes ne pourrait que conduire à une impasse et ce parti ne se maintiendrait alors pas longtemps. Nous allons voir tout cela de plus près.

Une erreur d’analyse sur la politique française.

Marine Le Pen ne parle que de l’UMPS, renvoyant dos-à-dos les deux grands partis de gouvernement. Elle n’a pas tort sur tout. Dans bien des cas, l’UMP est tétanisée par le discours de la « gauche » et les mêmes consignes proviennent des mêmes loges. Mais elle n’a pas raison non plus.

Son attitude a deux explications toutes simples. D’un côté, c’est au PS de François Mitterrand que le FN doit son démarrage électoral. De l’autre, l’UMP, comme avec Nicolas Sarkozy, chasse souvent sur ses propres terres et lui dispute les électeurs. Pour toutes ces raisons, en 2012, le FN a favorisé l’élection de François Hollande.
 
Cependant l’UMPS n’avait de traduction concrète qu’avec le Front républicain. Ce dernier a été une création du PS pour piéger la droite. La stratégie exigeait en même temps la diabolisation du FN, stratégie que l’UMP a bêtement relayée. Dès lors que le FN ne voudrait plus être diabolisé, il ne devrait plus parler d’un UMPS qui le marginalise. Il devrait être un parti parmi d’autres. Avec l’assouplissement du discours de l’UMP vis-à-vis du FN, l’occasion devrait être saisie par ses dirigeants.
 
Plus fondamentalement, on ne peut pas identifier les lignes politiques de l’UMP et celle du PS. Il est vrai que les deux se soumettent à Bruxelles, mais pas de la même façon. L’UMPS joue la carte européenne en l’assumant, donc de façon parfois efficace. Le PS déteste l’Europe et ne fait que la subir, avec les défauts cumulés des deux niveaux, national et européen. Bien sûr, compte tenu de son europhobie, Marine Le Pen ne peut pas donner ici un bon point à l’UMP ; à la limite elle devrait en donner un mauvais, pour faire la différence, comme pourrait d’ailleurs le faire un Jean-Luc Mélenchon.
 
En matière sécuritaire et identitaire, l’UMPS a échoué là où le PS échoue. Mais il y a des degrés. La future loi Taubira dépasserait très largement la loi Dati. Nicolas Sarkozy avait commencé un programme de constructions de prisons, tenté des centres éducatifs fermés, instauré les peines plancher pour les récidivistes. Tout cela a disparu ou va disparaître.
 
L’électeur de base ne s’y trompe pas. Il a su voter Sarkozy en 2007. En 2012 Marion Maréchal-Le Pen a été élue avec le concours de jeunes militants de l’UMP.
 
La position de Marine Le Pen n’est pas sans conséquences graves. L’électorat UMP est prêt à des alliances pour les municipales. Pourquoi reste-t-elle si timide, prenant le risque du maintien d’élus PS détestés ? Le peuple pourrait s’en souvenir.

Une erreur majeure d’analyse sur l’Europe.

Dans l’émission dont nous parlons, Marine Le Pen a été relativement discrète sur l’Europe. Elle n’a pas été agressive envers Angela Merkel. Il reste que son europhobie est structurante dans sa pensée : c’est l’Europe qui nous interdit ceci, l’Europe qui nous interdit cela.

Or, n’en déplaise à notre invitée, la faute de l’Europe est qu’il n’y a pas d’Europe. Ou bien elle est aux abonnés absents ou elle se contente de renvoyer le discours de dirigeants nationaux qui n’osent pas s’exprimer à titre personnel et assumer leurs choix.

Prenons un exemple qui a servi à Marine Le Pen, celui de l’intervention en Libye. A ceux qui l’accusaient de cautionner les massacres programmés par Kaddhafi sur la population de Benghazi, elle a opposé une remarque très pertinente : accusez vous l’Allemagne, qui n’a rien fait, de complicité dans ces massacres, accusez-vous l’Italie, accusez-vous l’Espagne ? Y a-t-il meilleure démonstration du fait que la position française ne doit rien à l’Europe ? Que si Europe il y avait eu, la France n’aurait peut-être pas pu aider les islamistes ? C’est la même chose avec la Syrie. D’ailleurs, dans les deux cas, les Etats-Unis sont plus modérés que la France. Dans le second, David Cameron a eu le mérite de s’en remettre à la représentation populaire. Nos voisins, comme l’Union, ne sont pas responsables de nos errements.
 
L’Europe interdit-elle à la France de construire des prisons ? L’oblige-t-elle à instaurer le mariage homosexuel ? Sur presque tous les sujets, l’Europe n’y est pour rien et, même dans l’optique de Marine Le Pen, ce peut être dommageable.
 
Il reste la question de l’économie. La monnaie commune nous interdit de laisser opérer la dépréciation monétaire comme correcteur de compétitivité, puisque ce n’est pas la nôtre. Monsieur de la Palice aurait pu le dire. Dans les faits, c’est pourtant faux. Nous avons la possibilité de disposer en France d’un euro dont le pouvoir d’achat soit inférieur à celui qu’il a en Allemagne, comme ce serait le cas pour un Franc dévalué. Il suffit de jouer sur la TVA. Avec un taux à 25% sur les produits délocalisables, contre 19% en Allemagne, l’euro français aurait, sur ces produits, une valeur d’achat inférieur d’environ 6% à celui de nos voisins allemands. Cela revient à diminuer de 6% aussi le prix des produits que nous cherchons à exporter. N’est-ce pas ce qui était attendu ? Mieux, cela n’augmenterait pas le coût des importations de matière première, alors qu’une vraie dépréciation le ferait.

Des propositions inadaptées.

6486.pngNous n’allons pas expliquer en détail pourquoi la solution aux difficultés justement relevées par Marine Le Pen ne peut pas se trouver à l’échelle de la France alors qu’en revanche elle est tout à fait imaginable à l’échelle de l’Europe, pour peu qu’on le veuille bien, évidemment. Notre cadre national est trop petit ; nous ne faisons pas le poids, même avec la meilleure volonté du monde ; nous ne pouvons pas agir sur les règles du jeu, celles qui nous écrasent.

En réalité, seul le programme du PSUNE apporte les réponses adaptées aux problèmes mortifères qui menacent le continent tout entier.
 
Peter EISNER (LBTF)

01/09/2013

Le PSUNE, parti des Européens, mouvement pour l’Europe Nation

newlogopsd1png2s1.pngL’ère des nations (1815-1945), débutant avec l’effondrement de l’empire napoléonien et finissant dans les ruines de Berlin, a emmené l’Europe au bord du précipice, détournant son génie créateur vers la volonté de détruire son voisin, alors même que dans le domaine de l’industrie, elle rayonnait, et qu’elle imposait sa volonté au monde entier, dans un phénomène de colonisation dont nous allions payer par la suite le prix des décennies après l’indépendance de ces pays auparavant sous tutelle.

Pourtant, les pères fondateurs de l’actuelle Union Européenne (Schuman, Monnet, De Gasperi, Adenauer, Spaak… etc) ont échoué à construire l’Europe unie dont ils se voulaient les promoteurs. Face au refus de toute Europe fédérale par un Etat français empêtré dans des guerres coloniales et craignant davantage un sursaut allemand qu’une vassalisation américaine, l’Europe politique a été abandonnée en chemin dès 1954, au profit d’une Europe exclusivement économique.

Pris en étau entre des Etats prêts à mettre en commun des politiques économiques libérales que tous les dirigeants partageaient, mais refusant toute concession concernant leur souveraineté politique, et une opinion publique désinformée par des media restés « nationaux », la construction européenne n’a pas avancé.

En un demi-siècle, l’Europe politique est toujours aussi absente alors même qu’elle n’a jamais été aussi nécessaire. La CEE puis l’UE n’ont pas été en mesure d’émanciper l’Europe du joug américain, alors même que le bloc soviétique, seule justification de l’existence de l’OTAN, s’était effondré. La monnaie unique (€uro) est certes monnaie « nationale » de 17 états du continent, mais elle ne bénéficie d’aucun pilotage démocratique et d’aucun appui, car l’Europe politique est inexistante, limitée à un parlement européen sans pouvoir où les partis « nationaux » remisent leurs politiciens en fin de carrière afin de leur offrir un revenu complémentaire, des parlementaires élus certes démocratiquement mais dans le cadre des (anciens) Etats.

Alors que les Etats n’ont jamais cessé d’être souverains, ils ont laissé croire que l’Union Européenne actuelle était responsable de politiques qu’ils souhaitaient mais savaient impopulaires. Nain politique, l’UE est pourtant accusée d’être une sorte de dictateur non élu imposant sa volonté à des peuples privés de parole. Or, c’est l’Etat « national », dirigé par une oligarchie politico-économico-médiatique, à l’idéologie ouvertement mondialiste, qui est le principal responsable et coupable de l’avilissement de notre civilisation.

L’Europe est en effet, prise dans sa globalité aussi bien qu’analysée au niveau de chaque état, dans une situation de déclin qui pourrait paraître irréversible aux yeux d’une classe politique dévoyée et corrompue, veule et se soumettant au plus offrant. Déclin démographique avec un taux de natalité européen extrêmement bas, et qui plus est surévalué par la prise en compte de la démographie des populations issues de l’immigration post-coloniale installées sur notre continent, sans consultation démocratique des Européens. Déclin économique, avec une production qui s’exile de plus en plus dans les pays à l’économie émergente et au faible coût de main d’œuvre, et alors que ses meilleurs chercheurs s’en vont aux USA. Déclin moral, avec la promotion de modes de vie incompatibles avec une civilisation cherchant à se relever, avec une corruption endémique et une insécurité chronique, essentiellement due à l’échec d’un modèle multiculturel utopique que nos dirigeants veulent imposer contre tout bon sens. Déclin militaire, avec une armée française et une armée britannique en hiver budgétaire, et une armée russe disposant d’un matériel vieilli.

Face à ces maux qui s’accumulent, menaçant à terme la civilisation européenne toute entière dans son existence même, les Etats ne sont pas seulement impuissants mais complices de cet effondrement, s’ils n’en sont pas les promoteurs, vendant leur peuple aux intérêts d’un mondialisme criminogène. Et l’Union Européenne, dont les dirigeants ne sont que les pions placés par les gouvernements, et sans légitimité démocratique pour asseoir un quelconque pouvoir, n’est que la courroie de transmission de politiques « nationales » suicidaires.

C’est face à ce déclin, qui est réversible si des Européens et des Européennes de bonne volonté engagent la contre-décadence et prennent démocratiquement les rênes du pouvoir, que le PSUNE est né. Ce mouvement a pour ambition d’œuvrer à l’unité politique de l’ensemble du continent européen, de l’Islande à la Russie, de bâtir ainsi la Nation Européenne, sublimation des anciennes nations et Etat nouveau dont la mission est de préserver puis de restaurer notre civilisation afin qu’elle retrouve la grandeur qui a été la sienne. Mais il a aussi pour mission de défendre les Européens, en Europe d’abord mais aussi dans le monde, d’assurer le relèvement politique, économique, démographique et moral de notre terre.

Seule une Europe unie, disposant d’un Etat démocratique légitime à sa tête, peut être en mesure de vaincre les périls qui s’annoncent et de mettre fin au pourrissement intérieur qui est en train de mettre notre civilisation à genoux. Les politiques nécessaires demandent en effet une action au plus haut niveau, qui est celui de l’Europe, et pas à l’intérieur de chacun des anciens Etats. Il est trop tard pour une solution « nationale » et il est inimaginable que chaque pays évolue d’une manière parallèle. Non seulement le temps manque mais la division politique de notre continent permet aux puissances d’involution de ruiner petit à petit des pans entiers de notre civilisation. Les USA aussi bien que la Chine ou l’umma islamiya jouent les uns contre les autres.

psune,thomas ferrier,great europe,présentation du parti,europe,européensFace à ce déclin, le PSUNE propose la mise en place d’un Etat européen unitaire, bâti sur des bases démocratiques, rompant avec l’idéologie mondialiste au profit d’une conception eurocentrée, n’ayant à cœur que la défense des stricts intérêts des Européens. Cet Etat a vocation à réunir en son sein tous les (anciens) Etats du continent, y compris à moyen terme la Russie, faisant de l’Europe la première puissance mondiale.

L’Europe du PSUNE rompra avec l’atlantisme des dirigeants actuels de l’UE, ce qui ne signifie pas qu’elle ne cherchera pas à maintenir dans la mesure du possible un lien d’amitié, d’égal à égal, avec son ancienne colonie américaine. Elle cherchera à encercler le cœur de l’islamisme par une alliance de revers, avec Israël, le Liban, la Syrie et un Iran libéré du joug du régime des héritiers de Khomeiny et réconcilié avec son ancienne mémoire, comme le souhaitait le dernier shah, et en outre avec l’Inde, que nous concevons comme un partenaire davantage que comme un concurrent, et dont nous n’oublions pas l’antique parenté de nos deux civilisations.

Une Europe eurocentrée, c’est une Europe qui rompra avec les anciens liens coloniaux des anciens Etats. Elle mettra fin à toute Françafrique, repositionnera l’Espagne sur son destin européen, éloignera le Royaume-Uni des USA et le rapprochera du continent qui est le sien, et elle engagera la Russie à se retourner vers l’ouest et à rompre avec tout eurasisme suicidaire. Le fleuve Amour n’est pas une zone tampon mais la frontière entre deux mondes.

L’Europe de demain affirmera les valeurs européennes les plus ancestrales, et non les pseudo-valeurs mondialistes de l’après-1945, une époque où une Europe divisée n’avait plus son destin en mains. Elle défendra son européanité, ce qui est son essence profonde, et protégera son peuple contre toutes les submersions et contre toutes les subversions. Elle mettra en avant son héritage, son bien commun le plus fondamental, et tout en respectant les identités régionales et (ex-)nationales, unira ceux qui sont intimement apparentés, à savoir les Européens.

Dans ce cadre, elle instituera une nationalité européenne fondée sur les critères démocratiques, ceux de l’Athènes du Vème siècle, matrice de notre civilisation, afin que les Européens, frères nés d’un même sang, en soient les détenteurs naturels, gardiens d’un noble patrimoine. Elle mettra ainsi fin au dévoiement des anciennes nationalités, données à n’importe qui pour n’importe quelle raison, comme s’il s’agissait d’un droit et non d’un héritage et d’un devoir.

C’est sur ces questions et sur bien d’autres encore que le PSUNE entend œuvrer, même si sa voix est pour le moment inaudible au sein d’un silence mortifère.

Nous sommes la voix de l’Europe. Et nous allons réussir à ce qu’à nouveau notre continent puisse se faire entendre… et respecter.

Dans l’unité, nous triompherons, car dans la division, nous périrons.

L’Europe vaincra.

Thomas FERRIER, secrétaire général du PSUNE

04/08/2013

Qu’est-ce qui fait monter le FN ?

Qu’est-ce qui fait monter le FN ?

fnuf.jpgMême s’il est désolant qu’un parti europhobe comme le FN soit extrêmement haut dans les enquêtes d’opinion, on ne saurait plus nier la réalité d’un vote de plus en plus significatif en sa faveur. Un sondage pour les élections européennes le place même à 18% des voix, ce qui est considérable pour ce type d’élection. Rappelons qu’en 2009, alors qu’il avait pourtant digéré la scission du MNR et remonté déjà la pente par rapport à son effondrement à 4,3% aux législatives, le FN ne fit que 6,34% des voix. En clair, avec 18% des voix, il progresserait en cinq ans de 185%. Mais un sondage IFOP de fin mai le place même à 21%, et à 20% en juin selon l’institut CSA. C’est dire qu’il faut s’attendre pour juin 2014 à un résultat très élevé pour ce parti. De plus, il conserverait en points voire dépasserait le score de Marine Le Pen aux présidentielles de 2012. Comment expliquer une telle progression dans l’opinion publique de ce parti ?

Le PS, allié de fait du FN

On se souviendra que François Mitterrand avait joué la carte du FN pour diviser la droite. Ce jeu machiavélien avait consisté d’abord à encourager les media à inviter l’outsider Le Pen puis à introduire une part de proportionnelle en 1986, offrant au FN un groupe parlementaire pendant deux ans. On sait en outre que l’anti-racisme que le PS mettra en avant était destiné en partie à empêcher toute fusion des droites, fusion qui aurait anéanti tout l’intérêt de la manœuvre.

Mais aujourd’hui, alors que le FN a éliminé le PS d’un second tour dans plusieurs législatives partielles, il est bien évident que cette stratégie a été abandonnée. Désormais, le PS cherche par tous les moyens à faire baisser le FN mais il s’y prend si mal qu’il fait son jeu. Et les résultats du gouvernement sont, en matière d’immigration et d’insécurité, si désastreux, par une sorte d’effet « Taubira », malgré les formules choc du ministre de l’intérieur, qu’il ne peut en être autrement.

L’UMP est divisée en deux lignes quasi incompatibles, entre les européistes timides lorgnant sur le centre de François Fillon, et une droite populiste et davantage eurosceptique autour de Jean-François Copé. Une ligne européiste et populiste à la fois pourrait réussir. C’était la ligne de Nicolas Sarkozy, mais cette synthèse a explosé. Elle n’est donc pas en mesure d’empêcher la fuite d’électeurs populaires vers le FN.

Mais c’est pourtant bien le PS qui est le principal responsable de ce vent d’europhobie qui souffle sur notre pays et profite au Front. Alors que l’UMP met en avant une « histoire de la nation européenne », écrite par le député européen Philippe Juvin, le gouvernement PS a vis-à-vis de l’Europe une attitude contradictoire et souvent hostile. François Hollande ne parle d’ailleurs quasiment jamais d’une manière positive de l’Europe, ayant prétendu pendant sa campagne que la France seule pourrait la réorienter dans le sens de la croissance. Quant à Jean-Luc Mélenchon, qui tape beaucoup sur l’UE, sans remettre en cause pour autant l’€uro, et en soutenant d’une manière caricaturale l’immigration, il favorise là encore le FN en orientant l’électorat populaire qui lui reste vers des thématiques eurosceptiques, le FN ayant acquis une légitimité sur ces questions, d’où le positionnement très ambigu vis-à-vis de lui d’un Dupont-Aignan.

Qu’oppose le PS au FN de Marine Le Pen ? Il tente à nouveau la vieille ficelle complètement usée de l’antiracisme et de l’antifascisme, de l’indignation exacerbée pour tel ou tel propos relativement anodin d’un des dirigeants de ce parti. On reprochera à Marine Le Pen d’avoir comparé l’occupation des rues par la prière musulmane à l’occupation allemande, alors qu’on reprochait a contrario à son père d’avoir sous-estimé la nocivité de la seconde. Cette attitude ne paie pas. Ce n’est pas en dissolvant quelques partis extrémistes, en les reliant plus ou moins implicitement au FN, ou en arrêtant un norvégien radical, qui avait appelé à voter pour Marine Le Pen en 2012, qu’il arrivera à le faire baisser.

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23/07/2013

De la liberté d’expression comme fondement de la démocratie

RRC-433-1-Obverse.jpgEn France, une détestable « mode » consiste pour des associations, en s’appuyant sur l’existence de lois réprimant certaines opinions, à poursuivre pénalement toute personne tenant des propos qui tendraient à blesser ou à indigner la communauté dont l’association se prétend le porte-parole et le défenseur. Ces associations de nature communautaire, qu’il s’agisse de communautés liées à l’origine, à l’orientation sexuelle ou à un mode de vie, se portent partie civile pour un oui ou pour un non, pour l’expression maladroite d’un élu comme pour la provocation d’un extrémiste.

Cela permet ainsi à certaines associations, dont la légitimité est plus que douteuse, de s’arroger le « monopole de la souffrance » et en conséquence de toucher des tribunaux des sommes assez substantielles, sommes qu’elles n’arrivent pas à obtenir de leurs rares adhérents. Leurs plaintes à répétition surchargent en outre les tribunaux, qui devraient avoir mieux à faire que de condamner des personnes en raison d’un propos ou d’une idéologie, en s’en prenant notamment à des criminels.

Au départ, les lois restreignant la liberté d’expression sont parties de bons sentiments qui semblaient faire consensus. Mais toute dérive commence ainsi. Le législateur a voulu réprimer les propos racistes (loi Pleven de 1972) puis négationnistes (loi Gayssot), dans la suite de la loi Marchandeau d’avant-guerre. Si des historiens se sont émus de voir l’Etat se mêler des questions d’historien, peu les ont contestés, tant ce genre de propos fait horreur au plus grand nombre de nos concitoyens. Ce que ces derniers ignoraient, c’est qu’ils rentraient ainsi dans un processus dont ils finiraient eux-mêmes par être victimes.

En politique, c’est Jean-Marie Le Pen qui a été le plus souvent poursuivi pour des provocations sémantiques qui permettaient de faire parler de lui. En le condamnant, la justice faisait de lui la victime d’une répression politique, l’auréolant alors de la couronne du martyr. La classe politique toute entière, à l’exception de ses partisans, trouvait ces sanctions légitimes. Elle en paie aujourd’hui le prix car maintenant c’est toute la classe politique qui se retrouve sous la menace permanente des tribunaux. Or, ce sont des élus de la république, élus d’abord par le peuple, dont la liberté d’opinion et d’action se trouve désormais limitée.

En démocratie, l’expression populaire, le « pouvoir du peuple », ne saurait être restreinte ou limitée en quelque manière. Si un élu tient des propos qui semblent intolérables au plus grand nombre, il sera sanctionné aux prochaines élections par les électeurs de sa circonscription. Car c’est le peuple qui est juge des élus, et cela ne devrait pas être un tribunal.

En judiciarisant l’expression de l’opinion des élus, on judiciarise du même coup l’expression libre des citoyens. Or quels sont les régimes qui au XXème siècle ont réprimé, parfois d’une manière radicale, l’opinion libre ? Les régimes totalitaires. Eux aussi se sont prétendus être dans le « bon camp » et agir dans l’intérêt général. Tout le monde sait ainsi que dans les années 80 les humoristes avaient une bien plus large liberté d’expression qu’aujourd’hui. A partir de la plainte contre Patrick Timsit, au début des années 90, le ton a changé. L’humoriste peut se retrouver responsable devant un tribunal de ses jeux d’esprit, pour peu qu’ils aient offensé tel ou tel.

L’indignation de la classe politique envers un élu qui aurait « dérapé » est à la hauteur du laxisme dont elle fait preuve dans des affaires pénales bien plus graves. Si les propos d’un député UDI comme Bourdouleix sont inacceptables de l’avis d'un ministre de tout premier plan, alors leur expression est de même nature et de même gravité que les comportements jugés intolérables par ce même ministre à Trappes ou sur le Trocadero. Tout se vaut. Un propos imbécile d’un élu est alors de même rang que l’agression d’un policier, ou pire encore.

Le dit ministre réclame pour cet élu « une peine exemplaire » et même « des sanctions très lourdes ». Mais n’est-ce pas ce qu’il demande aussi lorsqu’un criminel s’en prend à un policier ou même commet un meurtre ? Un élu qui exprime une opinion choquante se comporte-t-il comme un émeutier qui brûle des voitures ou comme un voleur qui cherche à dépouiller les victimes d’un accident ferroviaire ? En mettant sur le même plan l’un et l’autre, en usant de termes répressifs extrêmes, pour l’un comme pour l’autre, n’est-ce pas banaliser de ce fait des actes criminels, en les plaçant au même niveau qu’un délit d’opinion ou qu’un délit de presse ?

En outre, en quoi la séparation des pouvoirs entre le politique et le judiciaire est-elle assurée lorsque des ministres prennent position et exigent de la justice qu’elle aille dans leur sens ? Cela a été notamment le cas dans l’affaire Méric.

Cette dérive judiciaire, qui est consubstantielle au principe de limiter la liberté d’expression, sous quelque prétexte que ce soit, et que les législateurs américains au XVIIIème siècle avaient craint, d’où le premier amendement à la constitution américaine sanctuarisant cette liberté, doit être combattue, et ce même si cela implique que des individus dont on désapprouve totalement les propos puissent les exprimer sans que la justice ne puisse intervenir.

La première mesure de bon sens, applicable dans le cadre français, serait d’interdire juridiquement à des personnalités morales, comme les associations, de se porter partie civile contre une personnalité physique, dont la libre expression les aurait heurtées. Seule la diffamation publique d’individu à individu devrait être poursuivie et condamnée.

La seconde serait, en conformité avec les différentes déclarations en matière de droits de l’homme, de sanctuariser en Europe cette liberté d’expression par l’équivalent d’un premier amendement intégré aux traités en vigueur et aux constitutions des Etats membres.

6814mus-agora.jpgEn outre, la politisation de la justice, par le lien maintenu entre le gouvernement et la magistrature en France, et par le poids d’une idéologie dominante intégrée à la formation des magistrats, est fondamentalement une atteinte aux principes démocratiques. Pour une justice au service des citoyens, et non au service du pouvoir ou de groupes de pression, il faut imposer l’élection des juges au suffrage universel (par circonscription). En conférant aux magistrats une légitimité démocratique égale à celle des représentants du peuple dans les assemblées, on leur assure d’office l’indépendance requise pour rendre la justice sans tenir compte de la pression gouvernementale ou des idéologies à la mode. C’est ainsi que la séparation des pouvoirs sera assurée.

La liberté d’expression apparaît donc comme le révélateur de l’état d’une société humaine. Lorsqu’on veut la limiter, c’est qu’on se méfie du peuple, et cette démophobie est la base de toute oligarchie, qui n’est autre que la tyrannie de quelques uns au détriment du plus grand nombre. En donnant le droit, même et surtout à ses adversaires, de dire ce qu’ils pensent, sans crainte, on défend ainsi les libertés fondamentales du peuple.

Thomas FERRIER (LBTF/PSUNE)

12/07/2013

Montesquieu et l'Europe comme nation

« L'Europe n'est plus qu'une nation composée de plusieurs, la France et l'Angleterre ont besoin de l'opulence de la Pologne et de la Moscovie, comme une de leurs provinces a besoin des autres : et l'État qui croit augmenter sa puissance par la ruine de celui qui le touche s'affaiblit ordinairement avec lui. »

 

(Montesquieu, Réflexions sur la monarchie universelle en Europe, chapitre XVIII, 1727)

02/06/2013

FIGURES EUROPEISTES: GERARD DUSSOUY (2/2)

gérard dussouy,thomas ferrier,européisme identitaire,nation européenne[IDEOLOGIE EUROPEENNE]

LBTF: Les Etats « nationaux » ne sont-ils pas devenus aujourd’hui les geôliers des peuples ?

GD: La formule est raide. Mais, elle est juste dans la mesure où les Etats « nationaux » sont impuissants, chacun séparément, face aux forces du marché planétaire et qu’ils sont devenus les « relais » des instances mondiales (OMC, FMI), dont ils s’efforcent de faire appliquer les consignes. Ils sont incapables de promouvoir une politique alternative.

LBTF: Le souverainisme est à la mode. Qu’est-ce qui explique son (relatif) succès ? Le fétichisme « national » est-il une solution à la crise ?

GD: Face à la crise et aux multiples difficultés qui s’accumulent, et en raison de l’incapacité de l’UE de remplir sa mission (assurer la prospérité des Européens), le reflexe naturel de tous ceux qui sont en manque d’imagination politique est le retour en arrière.

La peur de l’avenir amène les hommes à se raccrocher à ce qu’ils connaissent, c’est à dire à ce qui, dans un contexte dépassé, a contribué à leur sécurité, plutôt qu’à innover.

LBTF: L’euroscepticisme n’est-il pas à terme amené à abandonner toute lutte contre l’immigration non-européenne au profit d’une vision néocoloniale suicidaire ? Le fait que le FN mette la question migratoire en sourdine au profit d’une attaque permanente contre toute idée de construction européenne n’en est-il pas le symbole ?

GD: On a du mal à suivre la politique extérieure de la France aujourd’hui. Faute de vouloir s’impliquer dans la construction européenne (refus systématique de la droite et de la gauche des plans conduisant à la supranationalité), mais incapable, en même temps, d’orienter la politique de l’UE, elle paraît, en effet, se retourner vers son champ de prédilection, l’Afrique. Le seul continent où elle se donne l’impression d’être encore une puissance. Mais pourra-t-elle, seulement, en soutenir le prix ?

Quant au parti extrémiste que vous citez, sa xénophobie anti-européenne et, surtout, sa germanophobie sont telles, qu’il n’est pas surprenant qu’il tienne désormais l’immigration extra-européenne pour un moindre mal. L’irrationnel conduit aux comportements politiques les plus contradictoires et les plus contreproductifs qui soient.

LBTF: Qu’est-ce qui fait selon vous que l’européisme authentique, que vous comme moi défendons, n’arrive pas à se faire entendre ?

GD: Comme je l’ai indiqué plus avant, il part d’une analyse réaliste et rationnelle de la réalité qui met en cause les préjugés nationaux, d’un côté, et les idéologies universalistes (socialistes comme libérales), de l’autre. Il a le plus grand mal à se faire entendre, car il est pris entre deux idéologies dominantes, l’une nationaliste, l’autre mondialiste. Il lui faut faire admettre, par ceux qui veulent bien écouter ses arguments, que le cycle des Etats-nation européens est achevé, d’une part, et que, d’autre part, les théories sur l’unité du genre humain et sur l’émergence d’une société mondiale (qu’elle soit socialiste ou libérale) sont des apories, sources de tous les maux dont nous souffrons et dangereuses pour notre survie.

Cependant, le nouveau contexte historique et le travail d’explication peuvent faire évoluer les choses, parce que les croyances sont contingentes. Les normes et les valeurs émergent et évoluent en fonction d’un processus systémique à la fois écologique (les relations entre les acteurs et leur environnement matériel), social (les relations entre les acteurs) et interne (les caractéristiques propres aux acteurs).

C’est pourquoi, à la lumière des désordres sociaux et sociétaux qui s’installent, et qui ne feront qu’empirer, la possibilité pour les européistes de contribuer à une révolution cognitive, c’est à dire à changer le paradigme ou la vision du monde à partir duquel se structure la société européenne, est réelle.

LBTF: Le parti américain est au pouvoir en Europe, tant au niveau des capitales nationales que de Bruxelles et de Strasbourg. Peut-on espérer triompher de lui, en s’appuyant par exemple sur la Russie ?

GD: Je ne sais pas si l’on peut aborder la question en ces termes. Parce que la problématique européenne se pose moins en termes de rapports internationaux, et de rivalité américano-russe en Europe, qu’en termes de blocs socio-idéologiques, de catégories de population opposées, de conflits potentiels entre classes dirigeantes et peuples, face à des choix de société et de civilisation. Néanmoins, vous avez raison de parler d’un parti américain dans le sens où les gouvernants européens sont incapables de se déterminer sans l ‘aval de Washington, et à plus forte raison de prendre des décisions qui pourraient contrarier les Etats-Unis.

Mais, dans le contexte très chaotique qui va s’installer dans un futur proche, au moins dans une partie du continent, il n’est pas absurde de penser que la construction de l’Europe pourrait se faire, ou plutôt reprendre, non plus d’Ouest en Est, c’est à dire à l’initiative des Occidentaux, dont la conception universaliste du monde aura été rejetée par les peuples en perdition, mais d’Est en Ouest, à l’initiative, ou avec le concours, de la Russie, l’une des dernières puissances européennes en état de marche (avec peut-être la Pologne, l’Allemagne, et certains Etats alpins). Et cela, parce que la Russie aura compris que son intérêt est de s’incruster dans l’Europe, avec laquelle elle partage son avenir, face au reste du monde.

LBTF: Que pensez-vous du principe de « nationalité européenne », reposant sur des critères de convergence et sur le ius sanguinis, qui permettrait ainsi de refonder un principe de citoyenneté qui a été dévoyé par les (anciens) Etats ?

GD: Dans le choix à faire entre le jus soli et le jus sanguinis, qui sont les deux critères à partir desquels la nationalité est acquise selon les différents pays européens, il est clair que le second est le seul à devoir être pris en considération, parce que le seul qui soit pertinent, dans l’attribution de la nationalité européenne.

En effet, et d’une façon générale, on est en droit d’écrire que le jus soli n’a plus de sens dans le monde d’aujourd’hui caractérisé par la mobilité extrême des individus, et rendue si aisée par les moyens de communication. Autant, dans le passé, compte tenu des difficultés à surmonter, on pouvait tenir l’installation d’une personne dans un pays pour un acte de foi dans celui-ci, autant maintenant, le nomadisme des hommes enlève toute valeur morale à ce même comportement, qui ne doit plus rien à la conviction.

Dans un espace où les hommes n’ont plus de repères, où ils peuvent changer de lieu de résidence sans rendre aucun compte, sans remplir la moindre obligation, il est évident que le jus sanguinis est le dernier refuge de la citoyenneté, européenne en l’occurrence.

LBTF: Dans votre ouvrage, vous évoquez la nécessité de disposer d’une langue unitaire, qui ne soit pas l’anglais. Vous proposez le latin. Nous prônons en revanche l’europaiōm ou « européen », qui n’est autre qu’une version modernisée du proto-indo-européen, langue-mère des Européens reconstituée par grammairiens et linguistes depuis deux siècles. Qu’en pensez-vous ?

GD: Au train où vont les choses, l’Europe aura bientôt une langue commune et qui sera l’anglais. Mais un anglais qui n’est plus une langue européenne, et dont on peut se demander s’il appartient encore aux Anglais. Ce qui n’est pas acceptable.

La question est donc de savoir quelle langue commune adopter pour surmonter l’énorme problème de communication que pose le plurilinguisme européen, au demeurant tout à fait légitime et à conserver. C’est pourquoi, j’ai proposé d’en revenir au latin, langue de la civilisation européenne par excellence, et qui fut longtemps pratiquée par toutes les populations éduquées d’Europe, qu’elles fussent d’origine latine, germanique, bretonne ou autre.

Je ne saurais me prononcer sur votre proposition n’étant ni linguiste, ni connaisseur de cette proto langue européenne modernisée. Cependant, le débat est ouvert et on ne peut l’évacuer. A partir de là, elle est à étudier.

LBTF: Si on définit la nation comme le regroupement de ceux de même ascendance, peut-on alors parler de « nation européenne » ? Ne peut-on pas considérer l’Europe comme une nation sans Etat, comme l’Italie d’avant Cavour et l’Allemagne d’avant Bismarck ? Reste alors à la doter de cet Etat, qui ne peut qu’être proche de celui dont vous êtes promoteur.

GD: La nation est une notion moins facile à définir qu’il n’y paraît, et qui peut prêter à bien des confusions. Chez les Romains, la natio a avant tout un sens ethnique. Sous l’Ancien Régime, en France, le terme conserve cette connotation et est assez proche du mot « patrie » (on parle de nation picarde ou de nation bourguignonne). La nation peut donc exister sans Etat. Et on a cet exemple de la nation polonaise qui a survécu à la disparition de son Etat (au 18° siècle), jusqu’à son rétablissement en 1919. Quant aux nations italienne et allemande, elles existaient culturellement de longue date. Mais, il aura fallu le Piémont et la Prusse pour qu’elles soient, chacune respectivement, rassemblées dans une même communauté politique, c’est à dire sous la forme d’un même populus, pour parler comme les Latins. La nation, comme on la connaît aujourd’hui, est donc un fait de puissance.

gérard dussouy,thomas ferrier,européisme identitaire,nation européenneDès lors, par rapport à votre interrogation, on peut considérer qu’il existe bien une « nation européenne » potentielle, en raison des ascendances communes et de l’unité civilisationnelle. Toutefois, jusqu’à aujourd’hui, les différenciations internes l’ont largement emporté. Principalement à cause de l’absence de péril extérieur (les épisodes tels les Champs Catalauniques et Lépante furent bien trop rares et trop éloignés dans le temps pour provoquer une cristallisation de l’Europe). En revanche, les épreuves qui s’annoncent, et dont on sous-estime aujourd’hui la dureté, permettront, peut-être, l’émergence de l’Etat européen en mesure de rassembler, ou de fabriquer au moyen d’une trame fédérale indispensable, la « nation européenne » pluriculturelle préexistante.

[SYMBOLES EUROPEENS]

LBTF: Assumez-vous le drapeau de l’Union Européenne ? Ne pensez-vous pas qu’un drapeau qu’on ne brandit pas perd de sa force ?

GD: Pourquoi pas ? Mais il faut reconnaître qu’il est bien fade, et qu’il ne symbolise en rien l’Europe. Il pourrait être celui d’un club sportif. De toutes les façons, un drapeau ne vaut que par les sacrifices qui ont été faits en son nom.

LBTF: L’hymne européen dans sa version actuelle n’est pas chanté. Ne pourrait-on pas par exemple chanter son premier couplet, dans sa version originale ?

GD: J’avoue mal le connaître, et je n’ai pas d’opinion à ce sujet.

LBTF: Faut-il mentionner les « racines chrétiennes » de l’Europe dans des textes fondateurs ?

GD: Je ne le pense pas, bien que l’héritage chrétien ne soit pas contestable. Mais un Etat n’a aucune raison de se revendiquer d’une religion, même si les Américains ou les Arabes le font. A moins qu’il n’entende l’instrumentaliser.

LBTF: L’absence de « religion identitaire » pour les Européens, que déplorait Dominique Venner dans « Le choc de l’histoire », le christianisme étant une religion à vocation universelle, est-elle selon vous un problème ?

GD: Comme agnostique, l’idée de religion n’emporte pas mon adhésion. La déchristianisation de l’Europe ne serait pas un mal en soi, à mes yeux, si ce n’était qu’elle laisse le champ libre à une religion plus infantilisante et plus aliénante encore, l’Islam. Et, s’il a fallu lutter pendant plusieurs siècles pour laïciser les sociétés européennes, sans malheureusement se débarrasser de toutes ses scories universalistes, ce n’est pas pour succomber maintenant à cet obscurantisme là.

Le seul culte que j’admets est celui des ancêtres parce qu’il nous indique d’où l’on vient, et qu’il nous permet de rester en prise avec nos origines, qu’il est une façon de respecter les sacrifices accomplis, et qu’il désigne à notre postérité une route à suivre, par delà les errements individualistes souvent misérables.

LBTF: Gérard DUSSOUY, je vous remercie.

GD: C’est moi qui vous remercie, Thomas Ferrier, de m’avoir donné l’occasion de répondre à un certain nombre de questions essentielles pour ceux qui réfléchissent au devenir de l’Europe et de nos enfants.

ENTRETIEN AVEC GERARD DUSSOUY (PARTIE 2/2)

FIGURES EUROPEISTES: GERARD DUSSOUY (1/2)

 
Europa.jpgGérard DUSSOUY est professeur émérite à l’université de Bordeaux, spécialiste de la géopolitique, et partisan déclaré d’un européisme authentique. Il est l’auteur en 2013 de « Fonder un Etat européen », aux éditions Tatamis.

LBTF: Gérard DUSSOUY, bonjour.
 
GD: Bonjour.

[INSTITUTIONS ET POLITIQUE]

LBTF: Votre ouvrage expose d’une manière extrêmement pédagogique l’enjeu européen. Pourquoi personne n’a-t’il osé aussi explicitement défendre l’Europe politique ?

GD: La politique et la rationalité ne font pas bon ménage. Or, le discours en faveur de l’Europe politique est un discours éminemment réaliste et rationnel qui suppose des efforts intellectuels, une réflexion globale et l’acceptation de mises en cause matérielles et symboliques. On ne peut pas construire une carrière politique dessus. Il va à l’encontre des représentations et des mythes nationaux récurrents, des contes de fée idéologiques (sur le changement social et sur le monde à venir) qui embrouillent les esprits. Mais qui permettent aux hommes politiques d’accéder au pouvoir, et de s’y maintenir le plus longtemps possible, en réfutant la réalité et en misant sur des comportements électoraux conformistes et routiniers.

De fait, les partis traditionnels, de droite et de gauche, ne croient à la possibilité d’une Europe politique, ou ils n’en veulent pas, et ils entretiennent les opinions publiques dans leur scepticisme. Dans cette optique, les médias ont tout intérêt à étouffer le discours européiste, réaliste et rationnel, qui contredit ces derniers, et à donner la parole aux groupements souverainistes qui font dans l’imprécation, mais qui sont sans solution.

Néanmoins, l’efficience d’un discours dépend aussi du contexte dans lequel il est prononcé. On peut penser que celui qui se dessine sera plus favorable à l’Europe politique. Après le figement de la Guerre froide (qui interdisait toute idée d’émancipation de l’Europe) et les illusions du nouvel ordre marchand mondial (dont on commence à peine à prendre la mesure du désastre qu’il entraîne pour les nations européennes), des échéances se profilent qui ne laisseront pas d’autre alternative qu’entre sa réalisation ou le chaos et la misère. Alors, gageons que nécessité et pédagogie combineront leurs effets salutaires.

LBTF: Quand on lit de prétendus « fédéralistes européens » comme Daniel Cohn-Bendit, on a l’impression que l’Europe dont ils parlent est un objet théorique, sans identité, sans racines, sans histoire. Ne sont-ils pas alors les meilleurs alliés des souverainistes.

GD: Les « fédéralistes européens » ne sont pas des européistes, au sens où il s’agit de penser une Europe souveraine et décomplexée, libre de ses choix politiques et sociétaux, mais des mondialistes, des cosmopolites. L’Europe en soi, avec son histoire, sa civilisation, et les intérêts spécifiques de ses peuples ne les intéressent pas. Ils ne voient dans l’Union européenne qu’une zone de libre-échange, préfiguration de ce que doit devenir le monde entier, quitte à ce que les Européens en fassent les frais, compte tenu des disparités considérables qui séparent les différentes sociétés du globe. Dans cette démarche, José Barroso, le président irresponsable de la Commission, n’entend-il pas réaliser avec les Etats-Unis une zone de libre-échange transatlantique dont les attendus iront au-delà des recommandations de l’Organisation Mondiale du Commerce ?

Il tombe sous le sens que les conséquences sociales catastrophiques de la politique économique de l’UE fait des « fédéralistes européens » les alliés objectifs, comme auraient dit les marxistes à une époque, de ceux qui, par désarroi ou par nostalgie, s’énoncent souverainistes, et ne peuvent maîtriser leurs affects.

LBTF: Une erreur majeure des prétendus européistes est de laisser aux souverainistes le « monopole du réel », refusant de prendre en compte la colère, la frustration, l’angoisse des Européens vis-à-vis de phénomènes mondialisés, comme le capitalisme international, l’islamisme ou l’immigration non-européenne. Quel discours devrait-on selon vous opposer aux europhobes ?

Europa2.jpgGD: Le problème ici, est que tous autant qu’ils sont, les « Bruxellois » ou autrement dit la sphère dirigeante de l’UE, d’un côté, et les souverainistes, de l’autre, ont perdu le sens du réel. Les premiers, parce qu’ils courent après leur rêve d’un monde irénique, d’une humanité totalement intégrée et débarrassée de tous les rapports de force. En dépit du fait que leur politique met en péril l’existence même des sociétés et des cultures européennes. Les seconds parce qu’ils ne veulent pas comprendre que le repli national est, face aux dérives et à l’aveuglement de l’UE qu’ils dénoncent à juste à titre, une impasse. Ils n’ont pas pris conscience des changements intervenus dans les rapports de puissance mondiaux. Il faut leur montrer que, par exemple, seul un Etat européen serait capable de mettre à la raison, par les mesures de rétorsion nécessaires et adéquates, les grands financiers ; ou encore, de s’opposer efficacement à l’expansionnisme musulman, lequel est, à la fois, démographique (par l’émigration), religieux (par le prosélytisme) et financier (par l’investissement).


LBTF: Vous évoquez la nécessité d’un « parti européen révolutionnaire », parti pilote qui permettrait d’engager un processus politique en vue d’une république européenne. A quoi devrait-il ressembler selon vous ?

GD: Aucune organisation politique, aucun parti politique, pas même dans un seul des pays de l’Union européenne, n’est porteur aujourd’hui du projet de l’Etat européen. Tous les partis, nationaux par essence, sont frappés par le tropisme électoral et par une absence patente de vision de l’avenir.

La prise de conscience européenne, susceptible de légitimer et d’engager le processus d’unification, nécessite donc l’émergence d’un acteur politique révolutionnaire en ce sens qu’il transcenderait les clivages nationaux en termes de représentation du monde, d’objectifs politiques et de méthode d’action.

Supranational par vocation, cet acteur (parti, réseau, réseau de réseaux) doit trouver les moyens d’européaniser les débats politiques en faisant ressortir l’identité européenne des enjeux de toutes natures, des risques encourus. Ce qui n’est pas difficile quand on observe les émeutes ethniques qui frappent les grandes villes européennes, ou quand on recherche les causes de la crise économique et sociale qui atteint, à des degrés divers, les salariés européens. Les remèdes ou les solutions ne peuvent être, tout le monde le sait, que communautaires.
 
L’acteur européiste doit se concevoir comme plurinational dans son action (des thématiques communes et des actions similaires sont à mener dans un maximum de pays européens) et multinational dans son implantation en Europe (il doit exister partout où il le peut, sous des formes diverses et variées).

LBTF: Une assemblée européenne constituante par auto-proclamation du parlement européen, serait-ce une bonne méthode pour faire naître l’Etat européen que vous appelez de vos vœux ?

GD: Ce scenario me semble particulièrement optimiste. Mais il serait idéal. Il suppose qu’une majorité de parlementaires européens soient acquis aux idées européistes.

LBTF: Si un européisme identitaire émergeait à l’échelle d’un seul état européen, mais pas à l’échelle de l’Europe entière, ne risquerait-il pas d’être écrasé ?

GD: Le risque existe effectivement, même pour l’un des plus puissants Etats européens. C’est pourquoi, si cet Etat entend jouer le rôle de « Piémont de la nouvelle Europe », il lui faut des relais dans les autres Etats, afin de ne pas demeurer isolé et de pouvoir s’unir vite avec un ou quelques autres Etats.

Votre question amène à souligner la nécessité de cette organisation européiste supranationale, prête à éclairer les opinions publiques, à l’instant esquissée.

[EUROPE ET FRONTIERES]

LBTF: Qu’est-ce qu’un européen ?

GD: C’est un être humain dont la filiation européenne ancestrale est prouvée.

LBTF: Dans votre ouvrage, vous prônez à terme l’intégration de la Russie dans l’Europe unifiée, idée à laquelle nous sommes très favorables. Mais qu’en serait-il par exemple du Caucase ?

GD: Il faut rappeler que le Caucase représente pour la Russie sa « frontière naturelle » méridionale. Celle qui la sépare et la protège du monde moyen oriental. Et l’acquisition de ce rempart naturel a été le résultat d’une politique tsariste de longue haleine. L’éventuelle adhésion de la Russie à l’Europe unie ne changerait rien.

Il faut ajouter que les deux Etats de Transcaucasie, l’Arménie et la Georgie, ont aussi leur place dans une Europe, dont ils sont des « postes avancés » aux portes de l’Asie centrale.

LBTF: L’islam, balkanique et caucasien, est-il compatible avec l’adhésion à l’Union Européenne, y compris à la version que vous prônez ?

GD: Sans doute, mais à la condition d’une laïcisation complète, achevée (ce qui ne fut pas le cas dans l’ancienne Union soviétique).

LBTF: La Turquie la plus européenne n’est-elle pas celle qui refuse de rejoindre l’Union Européenne ?

GD: Je suppose que vous faites allusion à la région d’Andrinople, qui a peut-être intérêt à demeurer dans un « entre-deux ».

LBTF: Le Royaume-Uni peut-il faire partie de cette République Fédérale Européenne ?

GD: En théorie, cela ne pose pas de problème puisque l’appartenance à un éventuel Etat européen repose sur l’adhésion à ses valeurs et à sa politique. En pratique, en ce qui concerne le Royaume-Uni, compte tenu des sacrifices symboliques (monarchie) et des révisions politiques (relation spéciale avec les Etats-Unis) à faire, ou des obstacles psychologiques à surmonter (estime de soi), l’hypothèse apparaît bien incertaine, très douteuse.

Toutefois, rien n’est définitif. La recomposition ethnique de la population britannique, avec la décomposition inhérente de la nation anglaise, pourrait modifier l’attitude des Anglais, Gallois et Ecossais dans le sens d’une plus grande solidarité avec les autres Européens.
 
ENTRETIEN AVEC GERARD DUSSOUY (PARTIE 1/2)