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10/02/2017

Gallia ou Francia : le vrai nom de la France.

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Me plongeant dans un dictionnaire vieil-islandais/anglais (« A concise dictionary of old icelandic » par Geir T. Zoëga), je tombais sur l’expression suivante : Valir, habitants de la France (autres que les Francs) et plus loin Valland, France. En revanche je trouvais à Frakkar, les Francs, et rien à Frakkland, le nom de la France en islandais contemporain. Nous sommes au XIème siècle et pour les Islandais, notre pays est Valland, c’est-à-dire la Gaule tout simplement, et les Gaulois (Valir) s’opposent encore aux Francs (Frakkar).

Pourquoi est-ce intéressant ? Cela démontre indubitablement, tout comme l’illustre en grec moderne le fait que notre pays soit encore appelé Γαλλία (Gallia), que la légende d’une France née toute armée du baptême de Clovis ne tient pas. Et que l’opposition évoquée par Sieyès en 1789 entre peuple gaulois et noblesse franque, toute artificielle soit-elle à cette époque, remonte à une longue histoire. Il n’y a alors pas de roi de France mais un roi des Francs.

Ce n’est qu’ultérieurement, après Hugues Capet et sans doute pas avant Philippe Auguste que la notion de roi de France émerge réellement, dans la rivalité du capétien avec le « britannique » Richard Cœur de Lion qui était au moins aussi français que son adversaire. C’est ensuite l’unification linguistique du territoire suite aux annexions, mariages et victoires des Capétiens, la guerre de cent ans qui rompt l’unité linguistique entre aristocraties française et anglaise, et crée ainsi un sentiment national, puis au décret de Villers-Cotterêts. Progressivement, mais surtout au XVIIIème et XIXème siècles, et avec l’école publique, les patois vont s’effacer et la révolution française, par jacobinisme, allant beaucoup plus loin que l’ancienne monarchie, s’attaquera même aux langues régionales non affiliées au francien (le français d’oïl) dont le francilien servait de koinê, à savoir les parlers occitans, le breton ou le basque.

Il ne faut pas enseigner un « roman national » c’est-à-dire une légende comprenant de nombreuses approximations et même de pures inventions, mais enseigner la patiente construction nationale de la France au sein d’un processus commun de construction des nations d’Europe voisines, montrer ce qui relie et distingue les Européens entre eux et ainsi permettre à l’Europe de rentrer dans le XXIème siècle armée du sentiment de parenté et d’unité des peuples européens et ainsi capable de vaincre tous les maux qui la menacent. Il ne s’agit pas d’enseigner un « roman européen » en lieu et place d’un « roman national », mais la vérité européenne. La France est une nation celte (« gauloise ») à la langue latine et au nom germanique. Elle est une Europe en miniature. Et son histoire peut aider l’Europe à bâtir la sienne.

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29/01/2017

Du christianisme et de la défense identitaire de l’Europe. (2ème partie)

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christianisme,europe,paganisme,identité,immigrationLaurent Dandrieu, dans son ouvrage précédemment cité, explique son désarroi face à une Eglise qui renonce à défendre l’Europe. Cette phrase de son prologue est terrible : « Et pour que l’on ne puisse pas dire que le jour où les Européens auront voulu sauver leur continent du suicide, ils aient trouvé sur le chemin un obstacle insurmontable : l’Église catholique. » Venant d’un chrétien européen, soucieux de défendre son identité, le propos est explicite. Il s’agit pour lui de sauver l’Église malgré elle d’une dérive humanitariste. Là où il se trompe sans doute ou parce qu’il n’ose pas l’écrire, c’est qu’il ne s’agirait pas d’un obstacle insurmontable.

Car si demain les Européens se réveillent et décident enfin de sauver leur continent à la dérive, alors rien ne les arrêtera et certainement pas l’Église. Face à un peuple résolu, elle courbera sans doute l’échine comme à chaque fois qu’elle s’est retrouvée face à une puissance redoutable en face d’elle. Mais pour autant cela ne l’exonérerait pas de ses responsabilités dans la situation actuelle à laquelle nous souhaitons mettre fin. Avoir servi l’Anti-Europe avec zèle ne pourrait rester impuni. Jadis elle avait été sauvée de Garibaldi par les troupes de Napoléon III. Jadis elle avait su triompher du prince humaniste Frédéric II (Hohenstaufen). Et Mussolini lui-même, antichrétien forcené et nietzschéen dans sa jeunesse, avait pérennisé son État par les accords du Latran en 1929. Qui sera là pour la protéger cette fois ?

Quelle peut alors être la réponse identitaire des Européens face à cette église qui non seulement ne se met pas à leurs côtés mais se place face à eux, contre eux même ? Il n’y a que deux réponses possibles, un christianisme de résistance ou un paganisme de combat. Les deux options sont complémentaires et pourraient alors constituer cette alliance européenne « entre le glaive de Mars et la croix du Christ ». Mais cette alliance ne peut exister que si un compromis essentiel entre les deux camps est alors signé.

Première option. Face à l’Église, les chrétiens européens font désertion et lui opposent une Église de résistance, suffisamment forte pour faire céder le Vatican à terme, en lui imposant sa ligne. Cela voudrait dire élire un autre pape dissident, comme cela a pu arriver au moyen-âge, qui nommerait des évêques dissidents, avec ses églises dissidentes. Il s’agirait donc d’une scission mais qui, à la différence de celle de Lefebvre, ne serait motivée que par la volonté explicite de défendre l’Europe. Elle rejetterait donc la lecture humanitariste des évangiles au profit de la tradition pagano-chrétienne, du christianisme européen constantinien. Certains catholiques déjà passent au christianisme orthodoxe, tellement les positions actuelles de l’Église catholique les dégoûtent. Il s’agirait de faire à l’échelle de l’Europe occidentale l’équivalent d’un gallicanisme à l’échelle de la France, un euro-christianisme de rupture avec l’universalisme dominant actuel.

Le point faible du pagano-christianisme, c’est qu’il perd sa magie dès qu’il est révélé. Le paysan médiéval pouvait être pagano-chrétien, car il se pensait ainsi bon chrétien. Il répétait les rites antiques et les prières aux dieux grimés en saints de substitution. Il voyait la terre-mère derrière les traits de Marie mais d’une manière inconsciente. Or aujourd’hui nous connaissons ce pagano-christianisme, et on pourrait presque l’appeler un paganisme christianisé. Nous savons donc que notre bon vieux paganisme a été recouvert à partir de l'empereur Constantin d’un vernis chrétien. Peut-on sciemment y revenir une fois qu’on le sait ?

Seconde option, la rupture. A partir de la Renaissance notamment, certains penseurs ont théorisé le retour au paganisme européen, ce dernier étant de mieux en mieux connu par deux siècles d’études historiques à son propos, jusqu’à en découvrir la matrice indo-européenne avec notamment Georges Dumézil. Des organisations païennes émergent ainsi dans toute l’Europe, se revendiquant des traditions locales, que ce soit du druidisme (Draoicht), du paganisme germano-scandinave (Asatru), du paganisme slave (Rodnoverie), du paganisme grec (Hellenismos) ou de la religion romaine (Religio Romana). L’Eglise est bien consciente d’ailleurs que la réponse identitaire des Européens pourrait être la résurrection de l’antique paganisme. Au bord du tombeau, comme l’avait annoncé Nietzsche, l’Europe se ressaisira et se relèvera dans un sursaut salvateur. Je suspecte les actuelles autorités catholiques de comprendre qu’un tel mouvement peut arriver, va arriver, et qu’il s’agit de s’en prémunir en sacrifiant l’Europe, prévoyant déjà son avenir en Afrique, en Amérique méridionale et en Asie. Cela voudrait dire que par peur du paganisme, le Vatican s’allierait implicitement avec d’autres forces et ferait ainsi les yeux de Chimène au second monothéisme universel dont la présence en Europe ne cesse d’inquiéter.

Qu’on choisisse le retour au paganisme (indo-)européen ou qu’on choisisse le retour au christianisme européen constantinien est affaire de choix personnel, de conviction et même de croyance. Dans les deux cas, la même volonté de protéger l’identité de l’Europe et des Européens est présente, même si elle se manifeste autrement. Mais ces deux choix doivent être complémentaires. Le païen européen moderne doit traiter le chrétien européen en frère et réciproquement. Le premier ne doit pas voir dans le second un « oriental en religion » et le second ne doit pas voir dans le premier un « suppôt de Satan ». L’intolérance chrétienne vis-à-vis du paganisme doit donc cesser, et cessera ainsi en retour le mépris païen vis-à-vis du christianisme européen.

Le seul obstacle que je vois à cette nécessaire réconciliation identitaire, euro-chrétienne et euro-païenne, qui existe déjà de fait en Russie, est la soumission aux injonctions du pape d’encore bien trop d’Européens, et aussi le manque de sérieux de trop nombreuses organisations païennes actuellement, à qui il manque l’équivalent d’un souverain pontife pour coordonner leurs actions.

Autre obstacle enfin, et non des moindres. La vérité historique. Beaucoup d’Européens catholiques, surtout parmi les plus identitaires, ont du mal à accepter que la christianisation de l’Europe n’ait pas été le roman mensonger qui leur a été vendu. Elle n’a été ni rapide ni pacifique. Elle a duré des siècles et à chaque fois a été matérialisée par des lois liberticides et des persécutions contre les Européens indigènes souhaitant conserver leur foi polythée. Pour quelqu’un comme moi, qui a étudié très précisément les conditions de l’émergence du christianisme dans l’empire romain et les conditions réelles de son succès, voilà quelque chose dont je n’accepte pas le déni.

Ces obstacles devront être surmontés. Tous les Européens ont vocation à combattre unis par un même drapeau identitaire, celui de l’Europe, et alors chrétiens et païens européens seront côte à côte, avec aussi les européens musulmans des Balkans et du Caucase et tous les européens israélites aussi attachés à leur patrie européenne qu’à leur patrie proche-orientale.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

Du christianisme et de la défense identitaire de l’Europe. (1ère partie)

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christianisme,identité,vatican,maurras,pape françoisDeux ouvrages à la ligne opposée, « Identitaire, le mauvais génie du christianisme » d’Erwan Le Morhedec (Les éditions Cerf) et « Eglise et immigration, le grand malaise » de Laurent Dandrieu, ont relancé le débat sur la compatibilité ou l’incompatibilité entre le combat identitaire et l’affirmation chrétienne, et notamment catholique.

Le premier refuse toute affirmation identitaire englobant le christianisme dans sa réflexion, refusant toute alliance entre « le marteau de Thor et la croix » pour le citer. Son christianisme est celui de l’antiquité pré-constantinienne lorsque la nouvelle religion était à peine sortie de sa matrice proche-orientale. C’est le discours de Saül de Tarse sur l’ouverture à l’Autre et la conversion des gentils. Le second au contraire veut réaffirmer l’identité européenne associée au christianisme, mais se rend parfaitement compte que ce qu’il propose est à l’opposé de l’idéologie promue par le pape et la plupart des évêques et prêtres depuis Vatican II.

Indiscutablement, le christianisme qui s’identifie à l’Europe n’est pas celui de l’antiquité, puisqu’il faudra attendre Constantin pour que le christianisme s’implante réellement en Europe, sachant qu’en 313, date supposée de sa conversion suite à sa victoire du Pont Milvius (sur Maxence), il n’y avait qu’1% de chrétiens parmi la population de l’Europe romaine. Le christianisme représentait une forte minorité en Cappadoce et surtout à Antioche, Alexandrie et Carthage, chez les anciens ennemis de Rome qui n’avaient été vaincus qu’en apparence et reprenaient ainsi leur revanche.

Or le christianisme de Constantin n’est pas celui des premiers chrétiens fait de pardon aux offenses, de martyrat et d’attente messianique de la parousie, une « fin des temps » qui devait être imminente. C’est un « christianisme solaire », expression qui insupporte Erwan Le Morhedec, à savoir la fusion du dieu païen du soleil, Apollon (pour simplifier), et de Jésus, prêtant à ce dernier des traits nordiques qu’on retrouve sur le Christ d’Amiens par exemple. Une représentation au Latran montre ainsi Jésus en train de conduire le char du soleil. Pour faire accepter aux païens le christianisme, Constantin paganise ce dernier, le confondant avec l’Un de Plotin, avec le Soleil Invincible (Sol Invictus) et/ou avec Jupiter en personne. Il attribue à Jésus les fêtes du soleil, équinoxe de printemps (« Pâques ») et solstice d’hiver (« Noël), et le dimanche, jour du soleil (soldi).

Même si ce christianisme solaire amène au fur et à mesure à la persécution massive des Européens païens jusqu’à la conversion totale du continent, qui ne sera accomplie qu’en 1386 après J.C, lorsque le roi lituanien Jogaila (Jagellon) adoptera le catholicisme, c’est la religion qui a reforgé l’Europe après l’abandon forcé de son paganisme national, qui est resté néanmoins vivant dans le cœur de tous les hommes de lettres et de tous les artistes. Le « christianisme des catacombes » n’est pas celui des Européens, qui est au contraire celui de la Reconquista (en Espagne puis dans les Balkans) et des croisades. Ce christianisme que prône le pape François n’est pas le nôtre.

Or le christianisme constantinien, qui a survécu dans l’Europe orthodoxe, a été abandonné en deux phases par l’Europe catholique. En effet, le protestantisme qui est un retour aux évangiles, a justement reproché à l’Eglise d’être encore bien trop païenne. Il faut lire la haine de Luther contre Rome pour se rendre compte de ce qui est visé. Pour contrer la Réforme, par le biais du concile de Trente, l’Eglise décide alors d’engager une « nouvelle évangélisation » de l’Europe restée catholique. Elle consiste à dépaganiser le catholicisme, à mettre fin à ce pagano-christianisme médiéval qu’on nomme en russe la « double foi » (dvoeverie).

La conséquence immédiate et imprévue de cette dépaganisation a été une déchristianisation, notamment en France. Coupée des racines païennes sur lesquelles le christianisme de Constantin s’était apposée comme un vernis sur un ongle, le catholicisme dépérissait et cela a été le cas jusqu’à aujourd’hui. Dans ce conflit, le protestantisme a donc vaincu, même là où on pensait qu’il avait échoué. Le protestantisme s’est même emparé du Vatican. Seule l’Europe orthodoxe, plus païenne de fait, y a échappé pour le moment.

Que dit désormais le pape François, qui est censé incarner la ligne officielle de l’Eglise ? Qu’il faut accueillir les migrants, même musulmans, et il a montré l’exemple. Qu’il faut même les défendre davantage que les chrétiens d’orient qui eux sont des victimes privilégiées de l’islamisme. Qu’il faut que les Européens ne cherchent surtout pas un « sauveur qui nous rende notre identité », un tel sauveur étant naturellement assimilé par le pape à Hitler. Qu’il faut dialoguer et non se protéger avec des murs. Ce discours masochiste qui consisterait pour l’Europe, au nom de son christianisme, à se dépouiller, à s’humilier, est odieux.

Tout comme la plupart des partis politiques, surtout de gauche, comme la plupart des syndicats et des loges maçonniques, le discours des Eglises est anti-européen. L’association chrétienne Caritas agit systématiquement en faveur des migrants, alors que les sans-logis européens sont largement ignorés. L’Européen indigène n’est vu que comme un coupable qui doit expier. Il lui est interdit de s’affirmer fier de ce qu’il est, de la grande civilisation dont il est issu. Il doit demander pardon. Non seulement le protestantisme s’est imposé au niveau du dogme, mais l’égalitarisme marxiste est venu en renfort.

Depuis longtemps, l’Eglise a toujours su céder devant les forts et mépriser les faibles. Alors qu’elle a pactisé avec le fascisme et le national-socialisme, par peur du communisme mais aussi par peur du fascisme européen en général, qui était déterminé à terme sans doute à lui régler son compte, elle a condamné l’Action Française de Maurras en 1926, qui était fort peu dangereuse et bien loin du pouvoir en France, une AF qui défendait la tradition catholique contre le retour aux évangiles, définis comme un « venin ». Maurras condamnait d’ailleurs notamment le protestantisme au nom de la tradition latine et du pagano-christianisme.

Nous constatons donc que, contrairement à la tradition chrétienne européenne, qui naît avec Constantin et commence sa marche vers le tombeau à partir de la Renaissance, sous les coups du protestantisme et aussi du retour de l’antiquité païenne dans les esprits, le christianisme contemporain, sauf l’orthodoxie, a décidé de renier l’Europe à laquelle il doit tout pour non seulement accepter la disparition de l’Europe mais pour soutenir ce processus. Cette trahison de l’Eglise pose la question de l’attitude que la résistance identitaire européenne doit adopter à son égard. Nous analyserons ce point dans une seconde partie.

29/10/2016

Zeus et Europe, une hiérogamie cachée et l'annonce d'un destin européen

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95620996.pngZeus est qualifié d’Eurôpos, c'est-à-dire « au large regard », chez Homère. En sanscrit, dans le Rig-Veda, le dieu suprême Varuna est décrit comme Urucaksas, forme parallèle de sens exactement identique. De longue date, non sans raison, Varuna et le grec ont été comparés, l’un et l’autre venant alors de la forme originelle indo-européenne *Werunos, au sens de « dieu de l’espace » (c'est-à-dire le dieu vaste). En Inde comme en Grèce, ce surnom du dieu céleste *Dyeus est devenu une divinité en tant que telle.

Les Grecs, sous l’influence probable de la théogonie hourrite ou hatti, influence indirecte due vraisemblablement aux Hittites, ont multiplié les divinités jouant le même rôle. On peut ainsi souligner qu’Hypérion, Hélios et Apollon sont redondants, de même que Phébé, Séléné et Artémis (sans oublier Hécate). C’est aussi le cas du dieu suprême qui est ainsi divisé en trois dieux séparés que sont Ouranos, Cronos et Zeus. En réalité, tout porte à croire que Zeus est le seul et unique dieu du ciel, malgré Hésiode, et qu’Ouranos n’a jamais été à l’origine qu’une simple épiclèse de Zeus. De même, Varuna a sans doute été un des aspects de Dyaus Pitar, avant de se substituer à lui, et de ne plus laisser à son nom d’origine qu’un rôle très effacé dans la mythologie védique.

Ce Zeus Eurôpos, ce « Dyaus Urucaksas », a selon la tradition grecque de nombreuses épouses. Or une déesse est qualifiée d’Eurôpê à Lébadée en Béotie et à Sicyone dans le Péloponnèse. Ce nom d’Eurôpê, dont le rattachement à une racine phénicienne ‘rb est purement idéologique, et ne tient pas une seconde d’un point de vue étymologique, est nécessairement la forme féminine d’Eurôpos. Or ce n’est pas n’importe quelle déesse qui est ainsi qualifiée, elle et uniquement elle, de ce nom d’Eurôpê, indépendamment de la princesse phénicienne, crétoise ou thrace qu’on appelle ainsi, et qui n’est alors qu’une vulgaire hypostase. C’est Dêmêtêr, mot à mot la « Terre-mère », version en mode olympien de Gaia (ou Gê) et peut-être déesse d’origine illyrienne, même si non nom apparaît vraisemblablement dès l’époque mycénienne.

Il existe en effet en Albanie moderne une déesse de la terre, qui est qualifiée de Dhé Motë, ce qui veut dire la « tante Terre » car le sens de motë, qui désignait bien sûr la mère, a pris ensuite le sens de tante. De même, le nom albanais originel de la tante, nënë, a pris celui de la mère. Cela donne aussi une déesse Votrë Nënë, déesse du foyer analogue à la déesse latine Vesta et à la grecque.

Le nom de Dêmêtêr, qu’il soit purement grec ou illyrien, a le sens explicite de « Terre-mère » et remonte aux temps indo-européens indivis, où elle portait alors le nom de *Đγom (Dhghom) *Mater. Ce n’était pas alors n’importe quelle divinité mais sous le nom de *Diwni [celle de *Dyeus], elle était ni plus ni moins l’épouse officielle du dit *Dyeus (le « Zeus » indo-européen). L’union du ciel et de la terre, de Zeus Patêr et de Dêô (Δηώ) Matêr donc, remonte ainsi à une époque antérieure même aux Grecs mycéniens.

Il est donc logique qu’à un Zeus Eurôpôs soit unie une Dêmêtêr Eurôpê, l’un et l’autre étant des divinités « au large regard », l’un englobant l’ensemble du ciel et la seconde l’ensemble de la terre, à une époque où celle-ci était encore considérée comme large et plate, d’où ses deux noms divins en sanscrit, à savoir Pŗthivi (« la plate »), c'est-à-dire Plataia en grec et Litavis en gaulois, et Urvi (« la large »).

L’union de Zeus sous la forme d’un taureau avec Europe est donc une hiérogamie, une union sacrée entre le ciel et la terre, union féconde donnant naissance à trois enfants, Minos, Eaque et Rhadamanthe, chacun incarnant l’une des trois fonctions analysées par Georges Dumézil. La tradition grecque évoque d’autres unions de même nature, ainsi celle de Poséidon en cheval avec Dêmêtêr en jument, cette déesse ayant cherché à lui échapper en prenant la forme de cet animal. Dans le cas d’Europe, on devine qu’elle aura elle-même pris la forme d’une vache.

Le nom d’Europe qui désigne le continent qui porte son nom indique qu’elle est la Terre par excellence, mère nourricière du peuple grec vivant sur un continent béni par Zeus lui-même. Lui donner une origine phénicienne, à part pour des raisons poétiques bien étranges, est donc un contre-sens auquel même certains mythographes antiques se firent prendre.

Et que son premier fils se soit nommé Minôs, là encore, ne doit rien au hasard. Bien loin d’être en vérité un ancien roi de Crète, il était surtout un juge infernal et le plus important. Or Minôs n’est en réalité que le premier homme, celui que les Indiens appellent Manu, d’où les fameuses lois qui lui sont attribuées, et les Germains Manus. L’idée que le premier homme devienne à sa mort le roi des Enfers n’est pas nouvelle. Le dieu infernal Yama et son épouse Yami ayant été par exemple le premier couple mortel. Minôs est le « Manus » des Grecs, bien avant qu’Hésiode invente Deucalion. Et s’il juge les hommes au royaume d’Hadès, la seule raison en est qu’il est celui qui a établi les anciennes lois.

Ainsi l’Europe est-elle non seulement la Terre par excellence, l’épouse de Zeus en personne, dont Héra n’est qu’un aspect, celui de la « belle saison » et de la « nouvelle année » (sens de son nom latin Junon), mais elle est la mère des hommes, la matrice de la lignée des éphémères, ou du moins d’une partie d’entre eux.

Europa est ainsi la mère de Gallia et de Germania, de Britannia et d’Italia, d’Hispania et d’Hellas et désormais mère aussi de nouvelles nations comme la Polonia, la Suecia et la Ruthenia (Russie), depuis les fjords de Thulé jusqu’à Prométhée sur sa montagne, depuis la Lusitania jusqu’aux steppes profondes de Sarmatia.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

30/05/2016

Retour sur l’affaire « Black M à Verdun ». Ce qu’elle révèle

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ossuairenecropole.jpgLes cérémonies d’hommage franco-allemand aux combattants de Verdun, qui se tenaient ce dimanche, nous laissent un goût amer. La course de jeunes gens organisée parmi les croix du cimetière a heurté de nombreux Français, de même que les chorégraphies inappropriées que l'on a fait exécuter à ces jeunes. Enfin, les discours politiques de François Hollande et d’Angela Merkel étaient hors sujet, dans un contexte où le silence était plus significatif que des mots et où toute récupération politicienne ne pouvait que blesser.

Face à cette jeunesse européenne, française et allemande, on se demande bien quel sens aurait pu avoir la prestation du rappeur Black M si elle n’avait pas été annulée sous la pression de la droite (au sens large), après l'alerte donnée par plusieurs organisations identitaires et blogs alternatifs.
 
Revenons d'abord sur les faits, en regardant du côté de la gauche. Au départ, l’idée est clairement venue d’en haut. Beaucoup ne connaissaient simplement pas Black M et à peine davantage le groupe « Sexion d’Assaut » dont il était membre et qui a lancé sa carrière. Et en premier lieu le maire socialiste de Verdun, Samuel Hazard. Une fois que le pouvoir s’est vu contester son choix, incapable de le défendre face à une colère croissante, pas plus qu'il ne sait réprimer les actions violentes d’une certaine extrême-gauche, il n'a rien trouvé d'autre que de se défausser sur le pauvre maire de Verdun. Et c’est ce dernier qui a dû prendre la responsabilité d’annuler la prestation de Black M, alors même que le président et plusieurs ministres l’assuraient publiquement de leur soutien pour le cas où il le maintiendrait. Samuel Hazard a donc dû assumer seul la suppression d’un concert qu’il n’avait pas sollicité.

Du côté des opposants, plusieurs à-côtés de cette pathétique affaire sont à relever. C'est la réaction de minorités politiques agissantes, bien relayées par les nouveaux réseaux d’information, qui a fait bouger l’aile droite des Républicains et obligé le FN à se manifester. Ce dernier a tenu tardivement un discours tiède, cherchant à récupérer à son profit l’image de lanceur d’alerte. Dans un entretien au magazine Charles il y a près d'un an, Marion Le Pen avait d’ailleurs déclaré apprécier le rap et notamment la musique de Black M. Et Marine Le Pen a fini par expliquer récemment que son opposition à ce concert n’était due qu’aux paroles choquantes tenues par ce dernier dans plusieurs chansons. Le fait que le pouvoir ait choisi, pour commémorer Verdun, un « rappeur de banlieue » issu de l'immigration post-coloniale, n’était donc pas un problème à ses yeux.

C'est le moment d'en venir à la question essentielle. Dans le contexte de la commémoration de Verdun, quel sens l'invitation de Black M pouvait-elle avoir ? Comment interpréter ce qu'on a perçu comme une occasion, pour le président et pour le parti socialiste, d'afficher le symbole d’une « France » multiculturelle,  peuple « mondial » parmi d'autres, répondant par une fin de non-recevoir aux nombreuses alertes électorales dont témoigne le vote FN ? Et comment interpréter l'initiative de certains media qui ont cherché à tout prix à démontrer qu’un ancêtre de Black M s’était battu pour la France ? Peu importent les paroles de certaines des chansons; peu importe le genre musical auquel on peut le rattacher. Dans les deux cas, il s'agissait de l'évocation de la France coloniale.

Or tout cela était fort mal venu. Alors que la France a choisi en 1960 d'opérer ce qu'on a annoncé comme la « décolonisation », on semble tout faire pour démontrer qu'on a conservé la nostalgie de nos colonies. Alors que Charles de Gaulle nous a réconciliés avec nos voisins allemands, que François Mitterrand a su inviter dignement Helmut Kohl dans un contexte semblable, on ressuscite une France arrogante, parce que forte de son empire ultramarin, face à un ennemi européen qui n'en était pas doté.

En réalité, la bataille de Verdun symbolise une Europe suicidaire, opposant des peuples frères. C’est ce qu’il faut en retenir. Ce fut un drame continental, une meurtrissure européenne. C’est donc entre Européens que nous devons soigner cette blessure.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

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04/03/2016

La Russie, nation d’Europe et non d'Eurasie

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eurasisme,Europe,Russie,Douguine,USAMa position n’a pas changé d’un iota. La Russie est une nation d’Europe. Or je constate depuis longtemps que deux camps s’opposent à ce sujet, pour des raisons parfois opposées mais paradoxalement souvent identiques, niant à la Russie sa pleine et entière européanité. En Russie même, on oppose traditionnellement les occidentalistes (западники) et les slavophiles (славянофилы), les premiers considérant la Russie comme européenne et même comme « occidentale » et les seconds envisageant la Russie comme une civilisation en tant que telle, autour de la notion de « monde slave ». Ce second courant a désormais pris dans les faits le nom d’eurasisme et a notamment Alexandre Douguine pour chef de file.

Ce dernier semble avoir mal assimilé l’opposition « Europe vs Occident » de la Nouvelle Droite française dont il tenta d’être le représentant en Russie, l’amenant à adopter des positions très ambigües concernant l’islam. On a souvent prêté à Douguine une influence déterminante sur Vladimir Poutine mais ce dernier n’a joué des thèmes eurasistes que pour provoquer une Europe dont il a espéré le soutien pendant longtemps et dont il désespère de la voir se soumettre sans pudeur aux USA en adoptant par ailleurs une politique migratoire et morale absolument suicidaire. Douguine également a apporté un soutien sans mesure aux sécessionnistes du Donbass, ce qui est aussi erroné selon moi que d’apporter un soutien aux supplétifs nationalistes ukrainiens de Soros, car tout ce qui divise l’Europe, et donc l’Ukraine, sert les intérêts géo-stratégiques américains.

La vision américaine de la Russie est celle d’un pays non-européen qu’il convient de repousser en Asie. C’était aussi la vision nazie qui niait au peuple russe son européanité/aryanité jusqu’en 1944 où, la défaite s’annonçant, elle changea radicalement de position en soutenant l’armée Vlassov. C’est la doctrine Brzezinski que les dirigeants polonais et lituaniens notamment suivent aveuglément, agissant en idiots utiles d’une puissance qui soumet l’Europe à son diktat. La vision eurasiste est aussi celle d’un pays bipolaire, d’une civilisation russe en tant que telle, qui serait à la fois européenne et asiatique. Cette vision est celle de ce que je pourrais appeler un « souverainisme russe » qui, tournant le dos à l’Europe, s’oriente vers l’Asie, exactement comme le souverainisme français tend à s’orienter vers l’Afrique.

L’histoire véritable du peuple russe est pourtant tout à fait étrangère à ces conceptions. Le premier peuplement n’est pas slave mais iranophone nomade. L’Ukraine et le sud de la Russie ont été en effet peuplés de haute antiquité par les Proto-Iraniens dont les nomades Cimmériens, Scythes puis Sarmates furent les héritiers et survivances, alors que d’autres Iraniens (futurs Mèdes et Perses) envahirent l’ancienne Elam pour fonder l’Iran moderne. Ces Scythes et Sarmates n’étaient donc pas des Asiatiques mais bien des Européens au sens strict, tout comme leurs descendants du Caucase, les Ossètes ou Alains, mieux connus en Europe occidentale pour avoir envahi la Gaule et l’Hispanie.

Le second peuplement de l’actuelle Russie (d’Europe) fut celui des Slaves, partis du bassin du Pripet en Belarus actuels, et qui peuplèrent non seulement l’Ukraine et la Russie actuelles mais aussi une partie d’Europe Centrale (les Polanes fondèrent ainsi la Pologne tandis que les Serbes envahissaient l’empire byzantin). Ces Slaves formèrent l’essentiel du peuplement russe, influencé au nord par des peuples finno-ougriens, eux aussi européens. A ce peuplement de départ, il faut ajouter plusieurs autres peuples venus d’Europe, notamment les Goths puis les Varègues (Suédois).

C’est par la rencontre entre les Slaves de l’Est (futurs Russes, Ukrainiens et Biélorusses) et les Varègues (Vikings de l’Est, surtout de souche suédoise) que naquit la Rus’ de Kiev, un des grands empires du moyen-âge. La Rus’ (Русь) de Kiev reposait donc sur un système mixte, avec apports germaniques et influences occidentales précoces. Il suffit de songer au mot « roi » en russe qui provient soit du germanique *kuningaz (князь), soit du nom franc Karl/Carolus (король). Sa religion était issue du paganisme slave, mâtiné d’éléments scandinaves, autour notamment du culte de Perun/Thor et de celui de Volos/Odhinn. La mythologie slave en effet est clairement indo-européenne donc européenne, analogue à celle des Baltes, des Germains et des Celtes. De même, les Slaves possédaient l’équivalent des druides celtes, avec leurs « mages (волхвы).

Jusqu’aux invasions mongoles du XIIIème siècle, l’histoire de la Russie ne diffère pas du reste de l’Europe. Les « Russiens » choisirent l’orthodoxie grecque plutôt que le catholicisme latin pour des raisons d’opportunité et de géographie, l’un et l’autre étant par ailleurs européens. Soumise à un joug tatar et musulman de plus de deux siècles, la Russie n’en conservera que quelques termes. Prétendre que cela aurait fait de la Russie un pays eurasiatique serait comme d’affirmer que l’Espagne est eurafricaine. Quant au « despotisme oriental » qu’on prête aux tsars, c’est de toute évidence une exagération occidentale. Même si la Russie a été coupée des évolutions du reste de l’Europe, ses structures comme le servage l’ayant maintenu dans un relatif archaïsme, cela n’en fait pas moins un pays européen. Elle a su rattraper une bonne partie du retard et le communisme l’a maintenu dans un conservatisme sociétal plutôt bénéfique à une époque où le reste de l’Europe semble atteint de sénilité précoce.

La Russie n’est pas occidentale, et d’ailleurs l’Occident même n’existe pas vraiment, car on confond sous ce terme l’Europe et ses (anciennes) colonies de peuplement, émancipées au XIXème siècle pour la plupart. Mais elle n’est pas non plus asiatique. Il ne faudrait pas se tromper en considérant son expansion territoriale en Asie à partir d’Ivan IV en 1588, et notamment sa conquête de la Sibérie, comme ayant changé la nature du peuple russe. Lorsque la Russie s’empare de la Sibérie, c’est au nom de la civilisation européenne, c’est une extension de l’Europe qui s’impose en Asie. Les peuples non-européens de Russie, que ce soit en Russie d’Europe (au sud-est) ou en Russie-Sibérie, ne sont pas des russes, mais des peuples soumis à la Russie. Ils ne changent donc pas la nature de la Russie, tout comme les DOM-TOM ne font pas de la France un pays africain, océanien ou méso-américain.

Occidentalistes et slavophiles s’opposaient donc stérilement. Cette opposition factice rappelle celle entre Renan et Fichte, alors que la conception française de la nation n’était pas moins ethnique en vérité que celle de son voisin germanique. Car la Russie est européenne aussi parce qu’elle est slave et dans cet hiver identitaire elle est même désormais plus européenne que la France. Elle aura certainement un rôle important à jouer dans le relèvement civilisationnel de l’Europe que nous appelons de nos vœux. Il faut également espérer que Poutine restera insensible aux sirènes eurasistes. La marginalisation récente de Douguine laisse penser qu'il n'est pas dupe.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

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14/02/2016

La tribu des *Aryōs. Nos ancêtres indo-européens.

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IE.gifA l’origine des Européens, il y avait un peuple préhistorique. Il n’a laissé aucune trace tangible, aucune écriture aisément reconnaissable, à part quelques symboles solaires abandonnés sur quelques pierres, depuis l’Irlande jusqu’à la Russie. Les linguistes du XIXème siècle, qui en ont découvert l’existence en comparant entre elles les langues de l’Europe moderne avec celles de plusieurs peuples d’Asie, ont appelé ce peuple les Indo-Européens car leurs héritiers ont peuplé un espace allant de l’Europe entière jusqu’à l’Iran et au nord de l’Inde.

Max Müller, père de la mythologie comparée, tout comme Friedrich Schlegel, pensa avoir retrouvé le nom de ce peuple en se basant sur celui que se donnaient Perses et Indiens. Les premiers se nommaient Airya, et le nom même d’Iran désignait leur pays (farsi Erenvaj), et les seconds Arya. Ce terme signifiait « noble ». Pensant le retrouvant chez les Irlandais où on retrouvait le terme de Aire, Müller et plusieurs autres décidèrent de nommer ce peuple à partir de ce nom ancestral, et les Indo-Européens devinrent les « Aryens ». Ce nom finit par devenir odieux lorsqu’il fut instrumentalisé jusqu’à l’extrême par un régime de sinistre mémoire. Après 1945, le terme de « aryen » devint tabou, réservé à l’usage de nostalgiques du dit régime. Et « Indo-Européens » réapparut. Georges Dumézil, le brillant savant et spécialiste de nos vieilles mythologies d’Europe de l’époque d’avant Constantin, donna à ce dernier terme ses lettres de noblesse.

Mais cela ne nous éclairait pas davantage sur le nom originel, sur l’auto-ethnonyme, pour user d’un terme plus savant, de ce peuple. C’est alors qu’on se rendit compte que la comparaison entre l’Inde et l’Irlande n’était pas si incongrue. Si l’irlandais « aire » et le sanscrit « arya » n’avaient aucun rapport, tel n’était pas le cas de deux figures marquantes de leur mythologie respective. Le dieu indien Aryaman, garant des valeurs « arya », qu’on retrouve aussi sous le nom de l’ange zoroastrien Airyaman (Erman), existait en Irlande. Il s’y nommait Eremon. Et le si mystérieux dieu germanique Irmin était sans doute son homologue. Le lien était fait. Si un dieu *Aryomen avait existé à l’époque indo-européenne indivis, alors c’est que les Indo-Européens se nommaient tout simplement les *Aryōs, leur nom provenant sans doute d’une racine *ar- signifiant « être en forme ». Ils étaient donc les « bien formés », les « bien nés », les « nobles ».

Et c’est ainsi qu’une hypothèse de travail dans l’esprit de quelques brillants cerveaux de l’Europe du XIXème siècle devait se révéler féconde, un siècle et demi après. La tribu des *Aryōs était sortie de la préhistoire d’où elle avait disparu pour retrouver une étonnante place au cœur de l’Europe moderne. Une fois écartés les faussaires qui en avaient fait un si odieux usage, leur nom pouvait réapparaître. Ainsi en a-t’il été de ce peuple ancestral.

Une fois que ces *Aryōs furent redécouverts, la comparaison du vocabulaire commun et de la mythologie entre les langues-filles de leur langue-mère permit de reconstituer leur société, leurs valeurs, leurs coutumes et traditions, leur niveau de technologie, leurs institutions.

Les *Aryōs avaient inventé une forme de proto-démocratie, l’assemblée du peuple *sebhos (voir la Seimas lituanienne) se réunissait régulièrement et décidait des choses de la tribu. Ce n’est donc pas Sparte qui était la plus fidèle à cette tradition mais bien Athènes. C’était l’Ecclesia avant l’Ecclesia. Bien sûr il existait ce qu’on nommera un roi, le *regs, qui était le président élu de cette assemblée, le garant du droit, le prêtre suprême et le chef des armées. Ce *regs n’était pas un monarque oriental, mais une sorte de président. Le traduire par « roi », même si ce terme vient du sien, est une traduction inappropriée. Il existait peut-être un second chef, le *deuks ou « meneur », lui aussi élu. Cette idée aurait été conservée par Rome avec ses deux consuls et par Sparte avec ses deux rois, l’un devant rester à Sparte et l’autre menant son armée.

Le citoyen (*keiwos) participait donc dès le départ à la vie de la tribu, puis de la cité, et était l’égal de son voisin. Il n’existait probablement pas des castes comme en Inde, contrairement à une idée souvent reçue. Le schéma trifonctionnel indo-européen démontré par Dumézil (souveraineté, guerre, production) n’avait pas de transposition réelle. L’existence d’un clergé ou collège sacerdotal de « très sachant » (le sens du mot celtique « druide ») est controversée, même si le prêtre indo-européen ou *bhlagmen (latin flamen, sanscrit brahman) existait bel et bien. Difficile de savoir si cette fonction était sacerdotale comme chez les Celtes et les Slaves, ou élective comme les godar germaniques et les prêtres du Latium et de Grèce.

Ce citoyen était un soldat et un paysan. Il alternait l’épée et la charrue selon les périodes de l’année. Le vieux romain du temps de la république se serait certainement reconnu dans son ancêtre indo-européen. Les Indo-Européens avaient domestiqué le cheval, qui leur donnait l’ascendant au combat, et tous les animaux d’élevage traditionnel. Le porc (*sus) avait notamment un rôle important, et sa possession était un signe de richesse. Des troupeaux de bœufs (*gwous) ou d’ovins (*owis) étaient conduits de pâturage en pâturage par les ancêtres indo-européens des cow-boys, les *poymenês ou « bergers ».

Les *Aryōs étaient probablement installés en cités (*wastu) autour d’une colline où était établie une citadelle (*pelis). Ils n’étaient pas des nomades, encore moins une aristocratie guerrière imposant sa domination à des peuples étrangers. Sans la technologie moderne, sans l’écriture certes, ils ne différaient pourtant guère de nous. Européens avant que le mot même n’existe.

Leur religion était celle d’hommes libres. Les dieux étaient honorés autour de sanctuaires de bois,  avec des « idoles » de bois pour les personnifier et servant d’objet intermédiaire pour les contacter. Tous savaient que les dieux vivaient au ciel (*akmon, un « ciel de pierre ») et pas dans des sculptures. Ils possédaient sans doute des temples de bois (*temenom) réservés aux prêtres. Les figures divines étaient aussi bien masculines que féminines, sans que les unes aient un ascendant sur les autres, à l’exception du ciel-père (*dyeus) et de la terre-mère (*dhghōm), son épouse. Le rapport entre l’homme et le dieu n’était pas celui entre un esclave et son maître, mais entre amis, même si l’un était mortel et l’autre immortel. Les dieux se mêlaient aux mortels et parfois s’unissaient à certains d’entre eux, faisant naître des héros et des protecteurs. Ils n’avaient pas besoin de créer un mot comme « laïcité » car ils l’étaient par nature.

Les *Aryōs se méfiaient en effet de la magie et de toutes les spéculations métaphysiques. Leur bon sens les faisait préférer une religion simple avec de grandes figures divines préposées à des fonctions spécifiques. Il aurait été aberrant d’honorer la déesse de la terre avant d’aller au combat ou le dieu du ciel pendant qu’on ramassait les récoltes. Le rite avait au moins autant d’importance que la foi. Le contrat signé entre les dieux et les hommes devait être renouvelé. Et si les dieux étaient courroucés, comme lorsqu’un protecteur puissant vous fait défaut, il fallait les apaiser en sacrifiant des animaux d’élevage, tout en conservant les bons morceaux pour les hommes. Les dieux devaient se contenter d’humer l’odeur de la viande brûlant sur l’autel du haut de leur royaume céleste. Ils étaient modernes dans une époque qui ne l’était pas. Et c’est ainsi qu’ils purent être à la source de trois grandes civilisations (Europe, Perse, Inde) qui rayonnent encore aujourd’hui. Les mots « démocratie », « république », « laïcité » ou « égalité » leur étaient inconnus. Mais ils les vivaient.

Thomas FERRIER (LBTF, Le Parti des Européens)

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Soleil et lune / mâle et femelle.

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soleil,lune,masculin,féminin,inversionLes mythologies anciennes évoquent deux figures majeures, deux déités parmi les plus importantes, à savoir le Soleil et la Lune. En français, langue héritière du latin, il n’y a aucun doute. Soleil masculin, Lune féminine. Comme le Sol et la Luna romains. Pourtant ces deux astres, selon les peuples, ne sont pas associés au même sexe et c’est ce que je vais m’efforcer d’analyser dans cet article.

Chez les Indo-Européens indivis, la tribu des *Aryōs que j’évoquerai dans un prochain article, les choses sont assez simples. Le Soleil,*Sawel ou *Sawelyos), comme l’indique la forme finale en –os, est masculin, tandis que la lune, sous ses deux noms, *mens et *louksna (« la lumineuse »), est féminine. Le dieu du soleil est le fils du dieu du ciel et forme avec ses deux frères, le feu du ciel intermédiaire (foudre) et le feu terrestre, une triade. Ainsi en Grèce Apollon (substitut d’Hélios), Arès et Héphaïstos sont les trois fils de Zeus.

En Grèce, le soleil est représenté par au moins trois divinités, toutes masculines, à savoir Hélios lui-même, le Soleil personnifié, mais aussi son père, le titan Hypérion (« le très haut ») et Apollon, seul olympien au sens strict, surnommé Phoebos. De la même façon, la lune est associée à plusieurs déesses comme Selênê (*louksna) ou Mênê (*mens), mais aussi l’olympienne Artémis, déesse-ourse de la chasse, et la sombre magicienne Hécate. La lune est un astre mystérieux et inquiétant pour les anciens Grecs, à la différence du soleil souverain, dont la puissance est généralement bienfaitrice, même si parfois les rayons du soleil, qu’Apollon envoie grâce à son arc, sèment aussi la mort. En revanche, à Rome même, Sol et Luna sont des divinités très marginales, rapidement remplacées dans leur rôle céleste par Apollon et Diane.

Chez les Indo-Européens d’orient, et ce sans doute sous l’influence de la religion mésopotamienne, soleil et lune sont deux divinités masculines, ainsi Hvare et Mah en Iran ou encore Surya et Chandra Mas (*louksna *mens, pour la première fois associée). Les Arméniens par contre respectent bien le schéma indo-européen, avec le viril Arev, selon une variante du nom du soleil qu’on retrouve dans le sanscrit Ravi, et la douce Lusin (*louksna). Enfin, en Albanie aussi, on retrouve un soleil masculin (Dielli) et une lune féminine (Hëna).

En revanche, chez les peuples du nord de l’Europe, étrangement, le sexe de l’un et de l’autre s’est inversé, sauf chez les Celtes où ces deux divinités ont une place de toute façon si marginale qu’il est presque impossible de les identifier, remplacés par le dieu Belenos et sans doute la déesse Đirona. Chez les Germains, si Balder est l’Apollon scandinave, le soleil est une déesse (germanique Sunna, nordique Sol) alors que la lune est son frère (nordique Mani). De même, les Baltes possèdent une déesse solaire puissante (lituanienne Saulè) et un dieu lunaire aux accents guerriers (lituanien Menulis, letton Menuo). Cette étrange inversion s’explique peut-être par l’idée que le soleil du nord était davantage doux pour les hommes, mais on verra par la suite que cette hypothèse est douteuse.

Les Slaves quant à eux préfèrent maintenir une certaine ambiguïté. Si le soleil est clairement masculin, sous la forme du Khors (Хорс) d’origine sarmatique ou du Dazbog slave, alors que son nom neutre « solntse » ne désigne que l’astre et aucunement une divinité, la lune n’est pas nécessairement féminine. Messiats (Месяц) est une divinité qui peut apparaître aussi bien comme un dieu guerrier que comme une déesse pacifique.

La mythologie indo-européenne, malgré une inversion localisée dans le Nord-est de l’Europe, et une influence mésopotamienne évidente en Orient, a donc conservé l’idée d’un couple de jumeaux, le dieu du soleil et la déesse de la lune, tous deux nés de l’amour du ciel de jour et de la nuit (la Léto grecque, qui est aussi la Ratri indienne, déesse de la nuit).

En Egypte et à Sumer, pays où la chaleur du soleil pouvait être écrasante, le soleil est clairement une divinité mâle, mais la lune n’est pas davantage envisagée comme son opposé. L’Egypte dispose ainsi de plusieurs dieux solaires de première importance, comme Râ et Horus (Heru), et aussi de leurs multiples avatars, comme Ammon, le soleil caché, et Aton, le soleil visible. Le Soleil a même une épouse et parèdre, Rât. Il est le dieu suprême, alors que le ciel est féminin (Nout) et la terre est masculine (Geb), inversion étrange qu’on ne retrouvera pas ailleurs. La Lune est elle aussi masculine. C’est le dieu Chonsu, au rôle religieux des plus limités. De même les Sumériens disposent de deux divinités masculines, en la personne d’Utu, le Soleil comme astre de justice, et Nannar, la Lune.

Lorsque les peuples sémitiques quittèrent leur foyer d’Afrique de l’Est ou de la pointe sud-ouest de l’Arabie, leur mythologie rencontra celle des Mésopotamiens. A l’origine, le Soleil chez les Sémites est une déesse du nom de *Śamšu alors que la Lune est masculine, *Warihu. Chez un peuple qu’on associe à un environnement semi-désertique, c’est assez surprenant. Lorsque les Sémites envahirent Sumer, ils adaptèrent leur panthéon à celui des indigènes. Si la lune resta masculine sous la forme du dieu Sîn, dont l’actuel Sinaï porte le nom, le soleil devint également masculin. A l’Utu sumérien succéda le Shamash babylonien, dans son rôle identique de dieu qui voit tout et juge les hommes. Mais en Canaan et chez les Arabes, « la » Soleil survécut. Shapash était la déesse ouest-sémitique du soleil, présente aussi bien chez les anciens Judéens que dans le reste de Canaan et jusqu’à Ugarit, et Shams la déesse sud-sémitique, présente encore à l’époque de Muhammad dans tout le Yémen.

Un dieu soleil et une déesse lune chez les Indo-Européens, une déesse soleil et un dieu lune chez les Sémites, comme d’ailleurs chez les peuples Turcs et Finno-ougriens, et sans doute chez les peuples nomades en général, un soleil et une lune tous deux masculins en Egypte et à Sumer, voilà une situation bien complexe. Pourquoi attribuer à l’un ou à l’autre un genre en particulier ?

On comprend bien que la lune, liée à des cycles, puisse être associée à la femme, elle-même soumise à un cycle menstruel, terme qui rappelle d’ailleurs justement le nom indo-européen de la lune (*mens). Et de même le soleil, astre ardent qui brûle la peau de celui qui ne s’en protège pas, qui voit tout et qui sait tout, est logiquement masculin. Mais ce raisonnement ne vaut que pour les Indo-Européens. L’idée d’une lune féminine leur est propre, alors qu’elle est masculine partout ailleurs, de l’Egypte jusqu’à l’Inde.

Thomas FERRIER (LBTF/Le Parti des Européens)

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29/01/2016

Du mot proto-indo-européen *deywos.

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zeus.pngQu’est-ce qu’un *deywos, mot qui a abouti au latin deus et au français « dieu » ? D’autres termes pour désigner les divinités ont été employés par les Indo-Européens indivis, à l’instar de *ansus, « esprit divin » [scandinave Ass, indien Asura) ou de *dhesos, « celui qui est placé (dans le temple) » [grec theos] et bien sûr le terme germanique *gutaz désignait « celui qu’on invoque », mais *deywos aura été le plus courant et le mieux conservé puisqu’on le retrouve à peu près partout (gaulois devos, germano-scandinave tyr, balte dievas, sanskrit devas, latin deus, iranien daeva).

La racine de *deywos est bien connue, et on la retrouve dans le nom de *dyeus, le « ciel diurne », à la fois phénomène physique et divinité souveraine. On peut la traduire par « céleste » aussi bien que par « diurne » mais aussi par « émanation de *dyeus ».

La divinité suprême *Dyeus *Pater est en effet l’époux d’une parèdre du nom de *Diwni (« celle de *dyeus ») qui est le nom marital de la déesse de la terre, son épouse naturelle, formant le couple fusionnel dyavaprithivi dans l’Inde védique. Les *Deywôs sont donc les fils de *Dyeus, tout comme les *Deywiyês (ou *Deywâs) sont ses filles.  C’est leur façon de porter le nom patronymique de leur divin géniteur.

Les *Deywôs sont donc par leur nom même les enfants du ciel, ce qui place leur existence sur un plan astral, l’ « enclos des dieux » (le sens même du mot *gherdhos qu’on retrouve dans Asgard, le royaume divin des Scandinaves) étant situé sur un autre plan que le monde des hommes mais placé systématiquement en hauteur, généralement à la cime de la plus haute montagne ou de l’arbre cosmique, ou au-delà de l’océan, dont la couleur est le reflet du ciel bleu, dans des îles de lumière (Avallon, Îles des Bienheureux…).

Mais ils forment aussi une sainte famille, autour du père céleste et de la mère terrestre, l’un et l’autre régnant dans un royaume de lumière invisible aux yeux des hommes. 

Toutefois, le ciel diurne ne s’oppose au ciel de nuit que dans une certaine mesure. Sous l’épiclèse de *werunos, le dieu « du vaste monde » [grec Ouranos, sanscrit Varuna], *Dyeus est aussi le dieu du ciel en général, les étoiles étant depuis toujours les mânes des héros morts, souvenir que les Grecs lièrent au mythe d’Astrée, déesse des étoiles et de la justice, qui abandonna le monde en raison des pêchés des hommes. Astrée elle-même n’était autre que la déesse *Stirona indo-européenne que les Celtes conservèrent sous le nom de Đirona (prononcer « Tsirona ») et que les Romains associèrent à Diane.

Quant à la parèdre de *Dyeus, on la retrouve sous les noms de Diane et de Dea Dia à Rome, de Dziewona en Pologne pré-chrétienne et de Dionê en Grèce classique, celle-là même qu’on donne pour mère d’Aphrodite. De même la déesse de l’aurore (*Ausos) est dite « fille de *Dyeus » [*dhughater *Diwos], terme qu’on retrouve associé à Athéna mais aussi plus rarement à Aphrodite.

*Diwni, l’épouse du jour, devient *Nokwts, la nuit personnifiée. Le *Dyeus de jour cède alors la place au *Werunos de nuit. Tandis que les autres *Deywôs dorment, *Dyeus reste éveillé. L’idée d’un dieu du jour et de la nuit, donc aux deux visages, est à rapprocher du Janus romain, dieu des commencements, époux alors de la déesse de l’année *Yera (Héra) ou de la nouvelle année (Iuno).

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

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17/01/2016

Sol Invictus et le monothéisme solaire.

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Racines.

sol invictus,monothéisme,paganisme,empire romain,mondialisme,christianismeDans la tradition égyptienne ancienne, le dieu le plus important du panthéon était le Soleil, qui était honoré sous différents noms selon les cités, mais qui portait dans toute l’Egypte le nom de Rê. En tant qu’Atoum-Rê, il apparaissait comme le dieu créateur du monde et sous les traits d’Amon-Rê comme un dieu souverain. Rê était également appelé Horus (Heru), sous la forme d’Horus l’ancien comme sous celle du fils d’Osiris et d’Isis. Le dieu Horus, son avatar sur la terre, aurait même guidé le peuple égyptien, à l’époque où ses ancêtres venaient d’Afrique du nord, sur cette nouvelle terre noire (Kemet) qui finit par porter son nom.

C’est la barque de Rê qui garantissait chaque jour l’ordre cosmique contre les forces de destruction et de chaos incarnées par le serpent Apep (« Apophis »). A sa proue, le dieu orageux Set combattait le dit serpent, avant que la tradition populaire tardive ne finisse par le confondre avec lui et n’en fasse plus que le meurtrier d’Osiris.

L’importance du culte solaire fut telle que le roi Amenhotep IV, plus connu sous celui d’Akhenaton, en fit son culte unique et fut le premier à créer un monothéisme solaire lié à sa personne, honorant le disque solaire divinisé (Aton). Les seuls prêtres et intercesseurs d’Aton vis-à-vis des hommes étaient le pharaon lui-même et son épouse Nefertiti. Son culte s’effondra à sa mort et les prêtres d’Amon veillèrent à ce que son nom disparaisse des inscriptions.

Mais en revanche dans la tradition indo-européenne, dont Grecs et Romains (notamment) seront les héritiers, le dieu du soleil est un dieu parmi d’autres et jamais le premier. Aux temps de l’indo-européanité indivise, ce dieu se nommait *Sawelyos et monté sur un char tiré par des chevaux blancs, il tournait autour de l’astre portant son nom. Le dieu suprême était son père *Dyeus, le dieu du ciel et de la lumière. Parmi les fils de *Dyeus qu’on nommait les *Deywôs (les « dieux »), trois étaient liés au feu, en conformité avec le schéma dumézilien des trois fonctions et sa version cosmique analysée par Haudry. Il y avait en effet le feu céleste (Soleil), le feu du ciel intermédiaire (Foudre) et le feu terrestre (Feu). De tous les fils de *Dyeus, le plus important était celui de l’orage et de la guerre (*Maworts), qui parfois devint le dieu suprême chez certains peuples indo-européens (chez les Celtes avec Taranis, chez les Slaves avec Perun, chez les Indiens avec Indra). Le dieu du soleil était davantage lié aux propriétés associées à l’astre, donc apparaissait comme un dieu de la beauté et aussi de la médecine. Ce n’était pas un dieu guerrier.

A Rome même, le dieu Sol surnommé Indiges (« Indigène ») était une divinité mineure du panthéon latin. Il était né le 25 décembre, à proximité du solstice d’hiver. Dans ce rôle solaire, il était concurrencé par le dieu de l’impulsion solaire, Saturne, dont le nom est à rapprocher du dieu indien Savitar, avant d’être abusivement associé au Cronos grec.

En Grèce enfin, selon un processus complexe, les divinités du soleil, de la lune et de l’aurore se sont multipliées. L’Aurore était donc à la fois Eôs, l’Aurore personnifiée, mais aussi Athéna dans son rôle de déesse de l’intelligence guerrière et Aphrodite dans celui de déesse de l’amour. Et en ce qui concerne le Soleil, il était à la fois Hêlios, le fils d’Hypérion (qui n’était autre que lui-même), et Apollon, le dieu de la lumière, des arts et de la médecine. Cette confusion entre ces deux dieux fut constamment maintenue durant toute l’antiquité.

Evolution.

sol invictus,monothéisme,paganisme,empire romain,mondialisme,christianismeIIIème siècle après J.C. L’empire romain est en crise. A l’est, les Sassanides, une Perse en pleine renaissance qui rêve de reconstituer l’empire de Darius. Au nord, les peuples européens « barbares » poussés à l’arrière par des vagues asiatiques et qui rêvent d’une place au soleil italique et/ou balkanique.

Le principat, qui respectait encore les apparences de la république, tout en ayant tous les traits d’un despotisme éclairé, a explosé. Place au dominat. Victoire de la conception orientale du pouvoir sur la vision démocratique indo-européenne des temps anciens. L’empereur n’est plus un héros en devenir (divus) mais un dieu incarné (deus). Il est le médiateur de la puissance céleste et des hommes, à la fois roi de fait et grand pontife. Le polythéisme romain était pleinement compatible avec une conception républicaine du monde, comme l’a montré Louis Ménard. Empereur unique, dieu unique.
Si le christianisme comme religion du pouvoir d’un seul était encore trop marginal pour devenir la religion de l’empereur, un monothéisme universaliste s’imposait naturellement dans les têtes. Quoi de plus logique que de représenter l’Un Incréé de Plotin par le dieu du soleil, un dieu présent dans l’ensemble du bassin méditerranéen et donc apte à unir sous sa bannière des peuples si différents. Mondialisme avant la lettre. Cosmopolitisme d’Alexandre. Revanche des Graeculi sur les vrais Romani, d’Antoine sur Octavien.

C’est ainsi que naquit un monothéisme solaire autour du nom de Sol Invictus, le « Soleil Invaincu » et/ou le « Soleil invincible ». Le dieu syrien El Gabal, les dieux solaires égyptiens et l’iranien Mithra, enfin le pâle Sol Indiges, le froid Belenos et Apollon en un seul. Le monothéisme solaire d’Elagabale, mort pour avoir eu raison trop tôt, de Sévère Alexandre, qui ouvrit même son panthéon à Jésus, puis d’Aurélien, s’imposa. Certes Sol n’était pas l’unique « deus invictus ». Jupiter et Mars furent aussi qualifiés de tels, et il est vrai que de tous les dieux romains, Mars était le seul légitime en tant que déité de la guerre à pouvoir porter ce nom.

En réalité, « Sol Invictus » fut l’innovation qui facilita considérablement au final la victoire du christianisme. Constantin, qui était un dévot de ce dieu, accepta de considérer Jésus Christ, que des auteurs chrétiens habiles désignèrent comme un « soleil de justice » (sol iustitiae) comme une autre expression de ce même dieu. Le monothéisme « païen » et solaire de Constantin, épuré de tout polythéisme, comme sous Akhenaton, et le monothéisme chrétien fusionnèrent donc naturellement. Le jour du soleil fut dédié à Jésus, tout comme celui-ci désormais fut natif du 25 décembre. Jésus se vit représenté sous les traits d’un nouvel Apollon, aux cheveux blonds, à la fois Dieu incarné et homme sacrifié pour le salut de tous.

Au lieu de s’appuyer sur le polythéisme de leurs ancêtres, les empereurs romains, qui étaient tous des despotes orientaux, à l’instar d’un Dioclétien qui exigeait qu’on s’agenouille devant lui, à l’instar d’un shah iranien, voulurent faire du christianisme contre le christianisme. Dioclétien élabora une théologie complexe autour de Jupiter et d’Hercule. Le héros à la massue devint une sorte de Christ païen, de médiateur, qui s’était sacrifié sur le mont Oeta après avoir vaincu les monstres qui terrifiaient l’humanité et avait ainsi accédé à l’immortalité.

Et l’empereur Julien lui-même se fit un dévot du Soleil Invincible, sans se rendre compte un instant qu’il faisait alors le plus beau compliment au monothéisme oriental qu’il pensait combattre. Il osa dans ses écrits attribuer la naissance de Rome non au dieu Mars mais à Hélios apparu dans un rôle fonctionnel guerrier. Le monothéisme solaire a pourtant permis au christianisme de s’imposer, à partir du moment où l’empereur a compris que l’antique polythéisme était un obstacle moral à l’autocratie. Constantin alla simplement plus loin qu’Aurélien dans sa volonté d’unir religieusement l’empire. Jesus Invictus devint le dieu de l’empire romain.

Le monothéisme autour de Sol Invictus, loin d’être la manifestation d’une résistance païenne, était au contraire la preuve de la victoire des valeurs orientales sur une Rome ayant trop négligé son héritage indo-européen en raison d’un universalisme suicidaire. Cela nous rappelle étrangement la situation de l’Europe contemporaine.

Thomas FERRIER (PSUNE/LBTF)

Note: Mithra à l’origine n’est pas un dieu solaire. C’était la fonction de l’ange « adorable » zoroastrien Hvar (Khorsid en moyen-perse). Il incarnait au contraire le dieu des contrats, de la parole donnée et de la vérité, à l’instar du Mitra indien. Par la suite, il récupéra des fonctions guerrières aux dépens d’Indra désormais satanisé (mais réapparu sous les traits de l’ange de la victoire, Verethragna). Enfin il finit par incarner le Soleil en tant qu’astre de justice. Le Mithras « irano-romain », évolution syncrétique ultérieure, conserva les traits solaires du Mithra iranien tardif. Il fut également associé au tétrascèle solaire (qualifiée de roue de Mithra, Garduneh-e Mehr, ou de roue du Soleil, Garduneh-e Khorsid) qui fut repris dans l’imagerie christique avant d’être utilisé deux millénaires plus tard par un régime totalitaire.

06/09/2015

Les causes de la déstabilisation durable de l’Irak et de la Syrie.

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islamisme,atlantisme,Occident,déstabilisation,Irak,Syrie,HusseinLe Proche-Orient de l’après-1945, sortant à peine de l’époque coloniale, était partagé entre deux traditions laïques, le modèle kémaliste d’une part et le modèle « baasiste » d’autre part. Ce « socialisme arabe », librement inspiré des fascismes européens, reposait sur l’unité politique des Arabes et sur le refus de l’état israélien, son laïcisme relatif laissant une grande place culturelle à l’islam. Le « baasisme » en Irak et en Syrie finit par mener à l’arrivée au pouvoir de dictatures relativement éclairées et assez peu islamiques, recevant ainsi le soutien des communautés chrétiennes, et dont l’opposition principale justement était islamiste.

Entre des dictatures tenant le pays et un régime inédit de terreur dont EI nous donne un aperçu actuel très significatif, il fallait admettre les premières comme un mal nécessaire. On oublie souvent que la démocratie en Europe a mis presque deux siècles à s’établir, même si la caricature actuelle qu’elle est devenue nous sidère.

La guerre froide a amené les Américains à choisir le pire des deux. Dès 1979, ils promeuvent ainsi face aux soviétiques une rébellion islamique, incarné par le commandant Massoud mais aussi par l’embryon de ce qui allait devenir le mouvement taliban, et bien sûr en utilisant les services de Ben Laden. Après le chaos qui fit suite au départ des troupes soviétiques en 1985, les islamistes allaient pouvoir s’imposer en toute tranquillité, favorisés par leur grand voisin du sud, autre allié des USA d’ailleurs, avant que ce cancer n’émerge médiatiquement à partir du 11 septembre 2001.

En déstabilisant le régime du shah d’Iran et en faisant le jeu de Khomeiny, présenté alors comme un démocrate face à un tyran par une presse occidentale complaisante, les USA se trouvèrent face à un golem , la République Islamique d’Iran. Ils jouèrent alors la carte de l’Irak baasiste de Saddam Hussein, soutenant son pays, ainsi que le firent la France et le Royaume-Uni, face à son ennemi de l’est. Alors même que les baasistes étaient en général honnis en raison de leur rapprochement avec l’URSS et de leur hostilité envers Israël, ce n’était pas le cas en Irak.

C’est donc se pensant autorisé que Saddam Hussein en 1991 décida de s’emparer du Koweït, ayant reçu des signaux contradictoires en provenance d’Occident. Or si le chat irakien avait été implicitement encouragé, en tout cas pas découragé, pour dévorer la souris Koweït, dès qu’il avança sa patte, le chien américain le mordit. La première guerre d’Irak, perdu par Hussein, amena son régime à jouer la carte de l’islam. C’en était fini d’un Hussein se revendiquant de Sargon et du passé pré-islamique de la Mésopotamie. Il y eut donc une réislamisation relative du pays, même si la tolérance à l’égard des chrétiens, mais pas des Kurdes, fut maintenue.

Le 11/09 changea dramatiquement les choses. C’est à ce moment que les USA décidèrent d’écraser les Talibans d’Afghanistan, après les avoir laissés prospérer pendant 16 ans. Leur intervention militaire lourde, puis leur occupation, n’ont rien résolu. L’islamisme radical continue d’y prospérer, un talibanisme « soft » s’étant imposé. Les mini-jupes dans les rues de Kaboul dans les années 70 avaient disparu d’ailleurs depuis bien longtemps.

Profitant de l’effet 11/09, l’administration Bush en profita pour mener une seconde guerre d’Irak, sur des motifs plus ou moins arbitraires. Cette fois, ils eurent la peau de Saddam Hussein, mais sans rien proposer pour le remplacer. La « démocratie » en Irak finit en bain de sang. Si le partie chiite, victime d’attentats de temps en temps, contrôle désormais sa zone, de même que les Kurdes, le pays sunnite est dans un véritable chaos. La réislamisation entamée par Hussein après 1991 amena à un nouveau terrorisme islamique et né de ses entrailles à Daech/EI.

Avec les printemps arabes, que personne en Occident n’avait prévus, les dictatures laïques arabes furent mises à mal. Là encore, les occidentaux jouèrent la carte des islamistes, contre tout bon sens. Les chutes de Kadhafi en Libye, de Ben Ali en Tunisie et de Moubarak en Egypte les amenèrent au pouvoir, même s’ils reculent en Tunisie et ont perdu la seconde manche au Caire. Ainsi la Syrie de la dynastie Assad fut-elle à son tour malmenée, alors que nous aurions dû soutenir le régime, malheureusement allié à l’Iran et à la Russie, « malheureusement » car c’est la seule raison pour laquelle les USA et l’Occident prônent la fin de ce régime. Pire, la Turquie mais aussi les Occidentaux ont armé la rébellion dont la composante islamique est essentielle.

De la déstabilisation de l’Irak sunnite et d’une partie de la Syrie est donc née l’EI et son organisation Daech, dont on constate les actions de manière quotidienne, avec la destruction du magnifique site antique de Palmyre, qui avait résisté à 1500 ans de christianisme et d’islam. Et plus récemment, conséquence aussi de tout cela, des centaines de milliers de migrants, motivés par des raisons économiques avant tout, sinon ils iraient dans les pays arabes alentours, sous réserve que ceux-ci fassent preuve du même laxisme que les pays de l’UE, arrivent massivement en Europe.

En clair, les USA et l’Europe occidentale, qui lui est soumise depuis 1945, ont favorisé un islamisme qu’ils prétendent déplorer ensuite, alors qu’ils ont contribué à ses succès. Mais seule l’Europe subit le coût migratoire en retour, et pas les USA. En favorisant Erdogan en Turquie, par le biais d’un absurde processus d’adhésion à laquelle personne ne croyait vraiment, qui a ainsi pu mettre à bas des pans entiers de l’héritage de Mustafa Kemal, en faisant tomber le shah d’Iran pour de bas calculs pétroliers, en favorisant les plus obscurantistes en Afghanistan (et au Pakistan), et aujourd’hui en souhaitant le départ de Bachar El Assad, l’Occident a créé un monstre qui naturellement s’est retourné contre son créateur.

Thomas FERRIER (PSUNE/LBTF)

17/05/2015

Pour un programme eurocentré d’enseignement de l’histoire !

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enseignement,histoire,collège,lycée,Europe,identitéFace aux réformes europhobes et même eurocidaires, car destinées à briser la mémoire historique des Européens, et notamment celles en préparation par le gouvernement PS en France, nous devons opposer un contre-programme de résistance. Voici quelques éléments de réflexion en ce sens de ce que pourrait être un programme d’enseignement de l’histoire de l’Europe destiné à promouvoir notre longue mémoire au lieu de chercher à la détruire au nom d’un « multikulti » délirant destiné à faire place libre. J’utiliserai ici la terminologie française classique (6ème à terminale) mais des équivalents existent dans tous les pays d’Europe.

L’enseignement de la sixième doit être exclusivement centré sur la Grèce classique, de l’époque mycénienne à l’époque hellénistique. C’est notre matrice civilisationnelle, aussi un an complet dédié est un minimum. On pourra l’associer à une initiation au grec ancien. Les élèves devront connaître la mythologie, les grands évènements historiques, la résistance de la « petite » Grèce face aux appétits de l’Asie conquérante, la démocratie athénienne.

En cinquième, une année sur Rome, des origines à la fin de l’empire romain. L’élève devra apprendre le destin exceptionnel d’une cité de paysans qui put conquérir en quelques siècles tout le bassin méditerranéen. Il méditera sur la ruine de cette civilisation, sur les raisons internes et externes de sa chute. Le christianisme sera analysé sans complaisance mais sans hostilité de principe non plus. C’est à ce moment là qu’on associera l’initiation au latin.

En quatrième, l’Europe « barbare » sera enfin évoquée et en détail. L’élève européen saura qui étaient les Celtes, les Germains et les (Balto-)Slaves. On lui fera découvrir nos origines communes indo-européennes, avec en outre quelques heures dédiées à l’Iran et à  l’Inde. Les invasions « barbares », à l’ouest comme à l’est, seront étudiées. L’enseignement englobera les temps mérovingiens et jusqu’à Charlemagne. La christianisation du monde barbare fera partie de cet enseignement. Elle sera là encore étudiée sans a priori.

En troisième, c’est l’Europe médiévale au sens fort qui aura son année. Cela comprendra l’Europe occidentale, le monde scandinave et l’empire byzantin. L’islam ne sera étudié que par son impact sur la civilisation européenne. Les conquêtes arabes et turques seront en ce sens évoquées, de même que la chute de Constantinople et la Renaissance.

En seconde, la période 1500-1789 sera étudiée. On évoquera la dimension scientifique du renouveau de la civilisation européenne, les grandes découvertes, la reconquête balkanique, l’expansion de la Russie, la colonisation de l’Amérique.

En première, l’année d’histoire sera dédiée au grand XIXème siècle, depuis 1789 jusqu’à 1914. La révolution et l’empire, la naissance des nationalismes, l’unification de l’Italie et de l’Allemagne seront à l’honneur. Il s’agira aussi de comprendre ce qui en nous a mené à la première guerre mondiale, si funeste en toutes choses.

Enfin, la terminale sera consacrée à une période charnière, à savoir 1914-1957. Elle sera étudiée dans une perspective européenne et non pas nationale. Les révolutions totalitaires, fascistes comme communistes, seront analysées sans ménagement et à égalité. Leur impact et leurs conséquences sur l’Europe contemporaine seront décryptées. Il ne s’agira pas de faire dans l’hypermnésie compassionnelle mais dans une analyse rigoureuse de ce qui a amené à la ruine morale de notre civilisation. L’objectif n’est pas de jeter au visage des élèves un passé « qui ne veut pas passer » et dont il devrait se sentir coupables, mais de comprendre pour ne pas répéter les mêmes erreurs. La mort de Staline en 1953 clôturera cet enseignement. La période ultérieure, trop récente, ne permet pas de s’apprécier avec suffisamment de recul et certainement pas pour des élèves de collège ou de lycée.

Cet enseignement de l’histoire sera clairement eurocentré, de même que le sera aussi la géographie (vaste programme). Il n’a pas pour but de faire découvrir d’autres civilisations mais de comprendre la sienne, car « connais-toi toi-même et tu connaîtras le monde et les dieux », disait la Pythie de Delphes il y a 2500 ans. L’enseignement des cultures non-européennes n’est pas la mission de l’instruction publique. Celle-ci doit former des citoyens européens, non des « citoyens du monde », et doit rappeler à chacun qui il est et d’où il vient, de quel riche patrimoine il est l’héritier.

Thomas FERRIER (PSUNE/LBTF)

15/12/2014

De la christianisation des divinités païennes. Du "pagano-christianisme".

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pagano-christianisme,paganisme,christianisme,dieux,ConstantinEn 313 après J.C, à la date où l’empereur Constantin signe son édit de tolérance et manifeste ainsi son soutien à la religion chrétienne, les chrétiens représentaient environ 5% de la population de l’empire. Ils étaient presque inexistants dans les campagnes et dans les cités d’Europe occidentale. En revanche, ils dépassaient les 25% dans les grandes cités d’Orient, à Alexandrie, Antioche et Carthage en particulier. L’Arménie, dans un contexte géopolitique particulier, était déjà passée quelques années auparavant au christianisme, sur décision de son souverain, Tiridate.

Pour favoriser la conversion des païens au christianisme, la stratégie de Paul de Tarse et de ses successeurs consista à colorer de paganisme la nouvelle religion afin de la rendre plus familière aux païens. A Jésus Christ on attribua des actes miraculeux, comme d’être revenu d’entre les morts après son auto-sacrifice, comme Héraclès, ou d’avoir ranimé des morts, comme Asclépios. Sa naissance par parthénogénèse rappelait aussi certains mythes païens, tel celui où Zeus s’unit à Danaé sous la forme d’une pluie d’or pour engendrer Persée.

Au IVème siècle, païens et chrétiens élaborèrent chacun une théologie complexe, s’imitant l’un et l’autre. Les païens, à l’instar de l’empereur Aurélien, instituèrent le culte solaire impérial, celui d’un Sol Invictus, le « Soleil Invincible », à la fois Apollon, Hélios, Belenos, Baal Shamin et Mithra. Julien invente même un mythe faisant d’Hélios, le dieu du soleil, à la fois Zeus et le Fils de Zeus, imitant ainsi les chrétiens.

L'empereur Constantin, le premier pagano-chrétien, qui était à l’origine un adepte du culte solaire, devenant chrétien, prit l’initiative de fusionner symboliquement les deux religions, de même qu’il n’effaça pas toutes traces de paganisme lorsqu’il fit bâtir Constantinople. Une représentation de Jésus monté sur le char du soleil a par ailleurs été retrouvée sous le Latran, faisant de lui le nouvel Apollon. Le 25 décembre, fête du dieu Sol Indiges dans la Rome républicaine, et désormais fête de Sol Invictus, fut institué anniversaire de Jésus Christ. Le dimanche ou « soldi », jour consacré au dieu du soleil, fut également attribué à Jésus et devint férié. Le jour férié traditionnel des païens de Rome était auparavant le jeudi, en l’honneur de Jupiter.

C’est ainsi que pour favoriser la conversion des Romains païens, c'est-à-dire de l’écrasante majorité des habitants de l’Europe occidentale et sud-orientale, mais aussi des populations germaniques, le christianisme choisit de récupérer les sanctuaires et les temples et instaura un culte des saints pour remplacer le culte des dieux. Un même processus eut lieu à chaque fois lorsqu’il s’agit de convertir l’Irlande, la Scandinavie, le monde slave ou la Lituanie.

Ainsi, le Dieu chrétien remplaça systématiquement le dieu suprême de chaque panthéon, se substituant à Zeus en Grèce, à Jupiter à Rome, à Lugh dans le monde celte, à Odhinn en Scandinavie ou à Svarog chez les Slaves. Le cas le plus emblématique est celui de la Lituanie païenne. En effet, les Lituaniens honoraient l’équivalent de Zeus sous le nom de Dievas, dont le nom signifie à la fois « Dieu » et « le ciel diurne ». Lorsque le duc Jogaila (Jagellon) choisit le christianisme, il attribua le nom du Dievas païen au Dieu chrétien, assurant ainsi une certaine forme de continuité. De même le dieu Velnias fut assimilé au Diable.

Souvent le dieu céleste et/ou suprême avait pour fils un dieu du soleil et de la lumière. A l’imitation de ce qu’avait fait Constantin, les évangélistes récupérèrent la figure de ce fils divin pour présenter sous ses traits Jésus Christ, paganisant la figure de ce judéen mort il y a deux millénaires. Le dieu Balder fils d’Odin ou le dieu Dazbog fils de Svarog furent ainsi récupérés. En revanche, les dieux qui ne convenaient pas à cette récupération furent rejetés.

Mais si le Dieu chrétien et son fils désormais solaire suffisaient à satisfaire plus ou moins les populations européennes, qui y retrouvaient d’une certaine façon des figures familières, les femmes avaient également besoin d’une figure féminine à laquelle se rattacher.

C’est ainsi que Marie, mère du Christ, à la fois déesse-vierge et déesse-mère, put remplir cet office, aidée de sa mère Anne et d’une cohorte de saintes imaginaires. Dans le monde gréco-romain, Marie fut ainsi associée aux déesses vierges, en particulier Athéna et Artémis. Ce n’est pas un hasard si les temples dédiés à Athéna, dont le fameux Parthénon d’Athènes, ou à la Brigantia celte furent ensuite dédiés à la Vierge Marie. Mais en tant que mère du Christ, elle fut également associée à la terre-mère, sous les traits de la Dêmêter grecque ou encore de le Zemyna lituanienne et de la Mokosh slave. Il est vrai que le nom de Marie, hellénisation précoce de l’hébraïque Myriam, pouvait être rapproché du terme indo-européen pour désigner la mère, *mater. Il y eut des exceptions à cette règle. Ainsi, en terre celte, Sainte-Anne remplaça la déesse maternelle Ana (ou Dana) et Sainte-Brigitte se substitua à la déesse Brighid, tandis que le Dieu chrétien remplaçait le vieux Daghda.

Chez les Germains, Thor et son marteau furent remplacés par Saint-Pierre et sa clé ouvrant les portes du paradis, tandis qu’un Saint Oswald, accompagné de deux corbeaux et de deux loups, arpentait les chemins en lieu et place d’Odin. De même, chez les Albanais, le nom du dieu de l’orage Perëndi servit à désigner le dieu chrétien, et son épouse Premtë devint Sainte-Prenda. Le dieu slave Perun sur son char fut remplacé par Saint-Elie tandis que le dieu des troupeaux Volos devenait Saint-Basile.

Avec Constantin et ses successeurs, avec le pape Grégoire qui au début du VIIème siècle prôna ouvertement cette stratégie de récupération des hauts lieux du paganisme, naquit le pagano-christianisme, que les Russes appellent « dvoeverie » (двоеверие) ou « double foi ». Les populations européennes, restées fondamentalement païennes, devinrent superficiellement chrétiennes. Elles continuèrent d’honorer les anciens dieux derrière le masque des saints, le Dieu des païens derrière le Dieu chrétien, représenté comme un dieu barbu lanceur de foudre dans la conscience collective (Jupiter), au point où Dante parlera à propos du Christ de « Jupiter pour nous crucifié ». Le Parthénon de Rome fut associé à une Santa Minerva tandis que la cité de Dêmêtêr, Eleusis, fut associée à une Hagia Dimitra.

Ce pagano-christianisme dura mille ans environ. Il témoigne de la résistance païenne qui obligea les chrétiens à adapter leur culte pour espérer les soumettre à défaut de les convaincre. Le culte des dieux était si profond que les grandes figures mythologiques subsistèrent, au point où Jean Seznec put parler de leur « survivance », au point où la Renaissance, pourtant respectueuse du christianisme, donna l’impression d’une résurrection du paganisme.

Cette Rome quasi païenne, si éloignée des enseignements bibliques, suscita une réaction chrétienne, matérialisée par des figures comme Calvin et Luther. Tout cela est bien sûr lié à l’invention de l’imprimerie par Gutenberg. En se plongeant dans les textes bibliques, et notamment dans l’Ancien Testament, ils virent la différence considérable entre le christianisme d’avant Constantin et celui d’après, et voulurent retrouver la religiosité des premiers chrétiens. L’Eglise catholique, pour s’opposer à cette « réforme » qui menaçait ses fondements, institua une « contre-réforme », avec le concile de Trente, répondant aux accusations en se dépaganisant elle-même. Ce fut la « nouvelle évangélisation ». En France notamment, elle n’eut qu’une conséquence, la déchristianisation. Cela ne fut pas le cas des pays orthodoxes, où l’Eglise conserva ses traits païens. En coupant les racines païennes de la religiosité populaire, l’Eglise commit une erreur majeure. Et ce n’est pas un hasard si l’athée Sade en 1795 en vint à prôner la réinstallation du paganisme comme religion du peuple.

Le pagano-christianisme, religion hybride du moyen-âge européen, où l’Arthur païen était le modèle du bon roi chrétien, disparut. Les coups de la réforme et de la contre-réforme tridentine, puis ceux de la modernité, en eurent raison. Paganisme et christianisme à nouveau séparés, ils vécurent chacun leur vie. Le second chercha à maintenir sa position de force, malgré la révolution française et l’athéisation des sociétés modernes. Le premier chercha en revanche sa renaissance, qui en ce début du XXIème siècle est réelle mais encore très modeste.

Thomas FERRIER

(Illustration: représentation du Christ en Sol, dieu du soleil, Saint-Pierre du Latran)

12/08/2014

Quand Erdogan tourne le dos à l’Europe (partie 2/2)

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Erdogan et la réorientation islamique de la Turquie.

Recep pm-erdogan.jpgErdogan vient d’être élu président de la république avec un peu moins de 52% des voix, élu dès le premier tour face à un adversaire soutenu par le CHP et le MHP, les républicains kémalistes et les nationalistes, qui avaient déjà formé par le passé une coalition au pouvoir en 1997. Ce dernier, Eklemeddin Ihsanoglu, a été choisi pour obtenir un consensus minimal, même s’il est lui-même un conservateur islamisant, ancien responsable d’ailleurs de l’OCI. En réalité, ce choix par défaut traduit la victoire idéologique d’Erdogan, car son adversaire n’a pas proposé de véritable alternative. Sa victoire traduit néanmoins un incontestable échec de la révolution kémaliste, exactement comme la révolution blanche iranienne a abouti au final à la victoire des mollahs.

Erdogan aux affaires va rompre avec les alliances traditionnelles de la Turquie, à savoir une orientation atlantiste et favorable à l’état hébreu. Son ministre des affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, adepte d’une stratégie néo-ottomane dans laquelle la Turquie deviendra le pivot du monde sunnite, lui offre une doctrine clé en main, même si son application va être complexe et n’aura pas nécessairement les résultats escomptés. Au contraire, ce néo-ottomanisme, s’il ne nuit pas à Erdogan dans les urnes, bien au contraire, reste une impasse géopolitique totale.

La première phase sera la stratégie dite du « zéro conflit aux frontières ». Erdogan entreprend ainsi de régler les conflits avec ses voisins, de pacifier ainsi la situation avec l’Arménie et avec la Grèce, et ceci dans l’optique bien sûr d’une adhésion à l’Union Européenne. Il paraît pourtant paradoxal pour vouloir rejoindre l’Europe de commencer par abandonner toutes les réformes d’Atatürk allant dans le sens d’une européanisation du pays au profit d’un orientalisme constant. C’est bien parce que l’Union Européenne a renoncé à défendre les valeurs européennes, au profit d’un multiculturalisme suicidaire que ce paradoxe a été possible.

La rupture avec les politiques antérieures est plus nette, à partir du moment où Erdogan interdit aux avions américains de combat de survoler l’espace aérien turc pour se rendre en Irak, malgré l’appartenance de la Turquie à l’OTAN, où il prend fait et cause pour Gaza, condamnant le blocus israélien, et ce avec des mots d’une extrême dureté, et où il tente même un rapprochement avec l’Iran. A ce moment là la première phase est abandonnée. Les relations avec l’Arménie redeviennent détestables, avec des provocations permanentes d’Erdogan à l’endroit de ce pays martyr. Et en 2014 Erdogan soutient implicitement les provocations anti-arméniennes de l’Azerbaïdjan turcophone voisin.

Enfin, Erdogan s’est imaginé en professeur du monde arabe. Il a soutenu les Frères Musulmans, qui ont été par la suite écrasés dans le sang par l’armée égyptienne et dont le mouvement vient à nouveau d’être interdit. Il a encouragé les milices islamistes dans leur combat contre le régime syrien du baasiste Bachar El Assad, avant que ces dernières ne se retournent dans l’est syrien et en Irak contre les populations chrétiennes, yezidis et chiites, y commettant de véritables horreurs qui choquent toute personne sensée. Là encore, sa politique a été véritablement désastreuse.

Erdogan a désormais choisi une démarche nationale-musulmane, puisqu’il a recours simultanément à un discours nationaliste, dénonçant la Chypre grecque et l’Arménie, demandant aux Turcs d’Allemagne et d’Autriche d’être fiers de leurs origines et de refuser toute assimilation, et en même temps islamique, par le soutien qu’il apporte aux sunnites du monde entier, et notamment en Palestine. La Turquie est ainsi passée de l’atlantisme à un anti-occidentalisme permanent et du soutien à Israël à une hostilité absolue.

L’échec de la révolution kémaliste.

Les victoires d’Erdogan et de l’AKP depuis maintenant douze ans, sans discontinuité, démontrent que la Turquie ne se sent pas européenne, ne se veut pas européenne, et ce même si elle s’est inscrite tactiquement dans un processus d’adhésion à l’Union Européenne, pour des raisons économiques uniquement. L’Union Européenne, qui aurait dû refuser d’entamer ce processus, hésite entre défense des valeurs européennes et domination de l’idéologie mondialiste. Elle répugne donc à la fois à favoriser l’adhésion de ce pays eurasiatique et à la fois à lui claquer la porte au nez.

Au lieu de répandre l’européanité en Turquie, elle a au contraire favorisé une déseuropéanisation de la Turquie. Il est d’ailleurs ironique de constater que les Turcs les plus européens de culture sont aussi les plus opposés à cette adhésion, restant sur des principes kémalistes intransigeants. Néanmoins, l’élite turque moderne est en cours de remplacement par une bourgeoisie islamique émergente. Les « Beyaz Türkler », les « Turcs blancs », cette élite occidentale, a échoué à entraver l’ascension de l’AKP et n’a plus de solutions endogènes pour y remédier. Il y a donc de fait deux peuples sur un seul territoire, deux peuples parlant la même langue mais aspirant à un autre destin. Le premier veut d’une Turquie européenne, moderne et laïque. Le second veut d’une Turquie asiatique, prospère certes mais islamique.

Erdogan n’est pas la synthèse de ces deux courants. Il a choisi un des camps et impose les valeurs de celui-ci à toute la société. Ce camp représente environ 75% des habitants, contre 25% qui vivent surtout sur la côte occidentale du pays, là même où vivaient les colons grecs du temps de l’empire perse.

Atatürk a échoué car à l’époque de son action l’Europe était encore une grande civilisation, sure d’elle-même, sure de ses valeurs, consciente de son riche passé. En Turquie, elle était admirée et respectée et elle servait de modèle. A partir des années 70, avec cette « révolution » pernicieuse de « mai 68 », alors même qu’elle subissait les contrecoups économiques des crises pétrolières, l’Europe a cessé de l’être. L’Afghanistan et l’Iran succombèrent les premiers à cette vague néo-islamique. Pendant trente ans, l’armée turque a servi de rempart, mais elle a été vaincue par Erdogan, là où Erbakan avait échoué cinq ans plus tôt. La cour constitutionnelle a perdu la main et une occasion en or de repousser une fois de plus cette réislamisation qu’elle abhorre. Mais cela n’aurait été de toute façon que reculer pour mieux sauter.

Un néo-kémalisme ne sera possible et surtout efficace que confronté à une Europe renaissante, à une Europe capable de surmonter ses crises internes et de s’émanciper d’une tutelle outre-atlantique des plus pesantes. Mais tant que cela ne sera pas le cas, la Turquie continuera d’évoluer et même d’involuer vers une forme d’islamisme, qui ne sera jamais celui de l’Iran et pas non plus celui de l’Egypte, mais qui éloignera de plus en plus le pays des canons de la démocratie occidentale.

La seule façon pour le peuple turc de retrouver ses racines et son identité c’est d’assumer l’héritage grec qui est en lui, et pas seulement l’héritage ancestral turc ou la nostalgie de l’empire hittite. Si les Turcs à un moment donné se sentent vraiment européens, alors ils le prouveront lorsque l’occasion leur sera donnée de choisir entre l’occident, un occident régénéré je précise, et l’orient. Mais pour le moment rien ne laisse présager d’une telle évolution.

Dans tous les cas, l’avenir de la Turquie dépend de l’avenir de l’Europe.

Thomas FERRIER

14:08 Publié dans Analyses, Histoire, Institutions européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Quand Erdogan tourne le dos à l’Europe (partie 1/2)

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Une Anatolie eurasiatique ?

Turquie,Ataturk,Erdogan,islamisme,taqija,EuropeLa Turquie actuelle, c'est-à-dire l’Anatolie, a été marquée par de grandes civilisations, asianiques d’abord (Urartu, Arzawa). Jusqu’au XIVème siècle, elle était profondément hellénisée, ayant subi des vagues indo-européennes pendant plus de trois millénaires, Hittites et Louvites d’abord, Phrygiens, Lyciens, Lydiens et Cariens ensuite, puis Grecs et ce dès l’époque mycénienne, enfin Romains et même Celtes (Galates).

Pour rattacher la Turquie au monde européen, sans avoir à recourir à l’héritage grecque, car la population turque descend en grande partie des habitants de l’Anatolie chrétienne, turquisés et islamisés, Atatürk eut recours à l’héritage hittite, autres indo-européens. Il plaça sa nouvelle capitale sur l’ancienne Ancyre, devenue Ankara, une ville à proximité de l’ancienne capitale des Hittites, Hattusa, en remplacement d’Istanbul, trop marquée.

Par son histoire, la Turquie est donc une interface naturelle entre l’Europe et l’Asie, un espace intermédiaire marqué par des héritages successifs venus du nord-ouest comme de l’est.

La révolution kémaliste.

Lorsque Mustafa Kemal a émergé politiquement, il a dû faire face aux contrecoups de la défaite de l’empire ottoman aux côtés des forces de la triple alliance. Le traité de Sèvres démantelait littéralement le pays, sans aller toutefois jusqu’à rendre Constantinople à la Grèce. Mais ce traité avait un vice interne, le peu de volonté des pays européens de le faire accepter au prix d’une nouvelle guerre. Ainsi, l’Europe occidentale a abandonné la « petite » Grèce face à son ennemi traditionnel, aboutissant à des échanges de population et de territoire, mettant fin à la présence millénaire des Grecs à l’est de la Mer Egée. Le traité de Lausanne sera beaucoup plus favorable à la Turquie, même si elle perd toutes ses possessions mésopotamiennes et proche-orientales.

Devenu Atatürk, « le père des Turcs », Kemal aura à cœur de redonner à son pays la place à laquelle il l’estime juste. Il choisit de rompre avec l’héritage ottoman pour forger une nouvelle Turquie, puissance eurasiatique de fait, mais adoptant explicitement la culture européenne. Méprisant profondément l’islam, Atatürk n’ose pas pour autant l’attaquer de face, et se limitera à le priver de pouvoir politique, en mettant fin au califat. Il va néanmoins loin, faisant adopter l’onomastique européenne, prénom et nom, épurant la langue turque des mots arabes et perses, au point de prôner le remplacement du nom d’Allah par celui de Tanri, qu’on peut traduire par « Dieu » mais qui désigne aussi le dieu du ciel-bleu des Turcs païens, et imposant l’alphabet latin, qu’il estime plus adapté à la langue turque que l’alphabet arabe. Il interdira également le voile islamique et le port du fez, assimilés selon lui à des signes d’archaïsme.

« Père la victoire », ayant sauvé l’honneur turc face aux puissances européennes, Kemal Atatürk bénéficie du soutien indéfectible de l’armée qui, pendant soixante ans, sera la garante de ses valeurs. Il fera triompher une vision romaine de la laïcité, la soumission absolue du religieux au politique, et l’adoption des principes fondamentaux de la civilisation européenne, comme l’égalité homme-femme ou le code civil. Il se voudra même précurseur, faisant adopter le vote des femmes alors que la France y était encore rétive, craignant le triomphe d’un conservatisme clérical dans les urnes.

Mais Atatürk mourra en 1938. Inönu assurera ensuite la transition mais après 1945 il adoucira la démarche de son prédecesseur, faisant beaucoup de concessions face aux institutions islamiques. Il réintroduira ainsi par la fenêtre le loup qu’Atatürk avait expulsé par la grande porte. Mais l’armée tiendra bon. Lorsque le général De Gaulle en 1963 promettra une intégration future de la Turquie au marché commun, il est confronté à un pays qu’il estime européen mais qui ne l’est qu’en façade.

Le renouveau islamique et l’ascension d’Erdogan.

Depuis les années 70, la Turquie est marquée par la montée en puissance d’un courant islamique et conservateur, prenant racine dans le cœur anatolien, comme une réaction à quarante ans de kémalisme. L’armée y mettra fin à de nombreuses reprises par le biais de coups d’état qui heurtent la sensiblerie occidentale mais qui sont efficaces.

Pourtant, malgré les interdictions, l’islamisme tient bon et réussit même à envahir les autres partis politiques. Le MHP (« loups gris ») nationaliste, qui reposait auparavant sur un nationalisme laïc à tendances paganisantes lorsqu’il était dirigé par Alparslan Türkes, va ainsi associer à son discours une coloration islamisante. Enfin vient l’heure de la consécration avec la victoire de Necmettin Erbakan, qui à la tête du Refah, obtiendra le poste de premier ministre en 1996, suite à une coalition contre-nature avec Tansu Çiller, avec 21.4% des voix. Mais dès 1997, l’armée le chasse du pouvoir, ce dont il ne se remettra pas.

C’est à cette époque que Recep Erdogan comprend que la stratégie d’Erbakan était une impasse tant que l’armée bénéficiera d’un pouvoir et d’un crédit lui permettant d’écraser toute contestation de type islamique. Néanmoins, élu maire d’Istanbul, il sera condamné à de la prison en 1998 suite à une déclaration à forte coloration islamisante, où il reprenait une citation du nationaliste Gökalp. C’est à ce moment là qu’il choisit de rompre avec la dialectique coutumière de cette mouvance politique. Il applique ainsi la fameuse taqija, une stratégie de contournement lorsqu’il n’est pas possible de combattre l’ennemi en face.

Cette stratégie subtile, qu’il réalise d’une main de maître, consiste à tromper son adversaire sur ses intentions. En 2001, il participera ainsi à la fondation de l’AKP, un parti démocrate-« musulman », dont il dira lui-même qu’il est une sorte de CDU à la turque, où l’islam remplace simplement le christianisme. Et dès 1999 il avait rompu toutes relations avec son ancien mentor Erbakan. Il prône même une séparation de la religion et de l’état, une autre forme de laïcité (à la française) que celle prônée par Atatürk.

Mais son coup de génie sera de reprendre l’idée d’une adhésion de la Turquie à l’Union Européenne, ce que le patronat voit d’un très bon œil. Or la Turquie déplaît à cette dernière en raison du poids politique dont jouit son armée, ce qui n’est le cas dans aucun autre pays européen, même la Russie.

En 2002, c’est la consécration avec la victoire de l’AKP, ayant obtenu plus de 34% des voix. Le pouvoir tombe dans les mains d’Erdogan, un pouvoir qu’il ne rendra plus jusqu’à maintenant.

Erdogan va donc mettre en place une politique destinée en apparence à plaire aux dirigeants européens, tout en fragilisant en réalité ses ennemis et notamment l’armée et la justice, dans le cadre du processus d’adhésion. Il est en ce sens grandement aidé par l’organisation Fetullah Gülen, contre laquelle il se retournera en 2013, mais aussi par l’Union Européenne qui fera preuve à son égard d’une naïveté confondante voire complice.

Néanmoins, Erdogan commet en 2008 une maladresse, sous-estimant l’affaiblissement de ses adversaires par les réformes qu’il a menées contre eux depuis six ans. Le premier ministre a souhaité en effet autoriser le voile dans les universités. Son parti est alors mis en accusation par les juges de la cour constitutionnelle, menacé de dissolution et d’une amende considérable. Il sauve sa tête d’une voix, aidé en ce sens par des pressions internationales venues des Etats-Unis et de l’Union Européenne. C’était pourtant la dernière chance des laïcs pour reprendre la main.

Erdogan a compris la leçon et ne l’oubliera pas. Il sera aidé en ce sens par les accusations contre un réseau de conspirateurs appelé Ergenekon, le nom du foyer mythique des anciens Turcs, qui aurait mis en place une opération Balyoz, « marteau de forge » pour faire tomber Erdogan. Dans ce cadre, des membres éminents de l’état-major turc mais aussi des journalistes d’opposition sont arrêtés et mis en examen. L’armée est étêtée. Elle ne s’en remettra pas.

Désormais, Erdogan a vaincu tous ses ennemis et plus rien ne résiste à cette vague de réislamisation qui envahit le pays. Sans le soutien de ces nombreux électeurs, sans ce phénomène culturel de contre-kémalisme qui domine l’Anatolie profonde, mais aussi Istanbul, rien n’aurait été possible. Même s’il a été un habile stratège, c’est bien le peuple turc qui l’a choisi comme chef.

30/11/2013

Guillaume FAYE et la Russie

Eurosparta.gifThomas FERRIER: Guillaume, vous connaissez bien la Russie. Joue-t-elle à nouveau le rôle de rempart de l’Europe, mais contre elle-même, cette fois ? La Russie est-elle toutefois capable de survivre seule ou devrait-elle sagement rejoindre l’Europe unie, à partir du moment où cette dernière sera établie sur des bases solides et sur une idéologie saine ?

Guillaume FAYE: La Russie est probablement le pays encore le plus sain parmi les peuples européens. 70 ans de communisme n’ont pas détruit l’âme russe ni le bon sens russe. C’est normal : le communisme était superficiel parce que complètement erroné. Le communisme soviétique était une glaciation, un congélateur. En revanche, les Européens de l’Ouest ont vu leur âme laminée en profondeur par ce que vous savez. Le régime actuel russe de W.Poutine est présenté comme une dictature en Occident. C’est une plaisanterie. Quand je vais en Russie, je peux parler librement dans des conférences publiques, ce qui n’est pas du tout le cas en France. Le régime russe est diabolisé en Occident parce qu’il n’est pas politiquement correct, parce qu’il n’est pas ”de gauche”. Extraordinaire paradoxe puisque M. W.Poutine était un cadre communiste du soviétique KGB. M. Poutine parle de patriotisme, de renaissance de la Russie, de relance de la démographie ; il essaie de remettre son pays dans le club des grandes puissances ; il fustige la ”décadence” des mœurs en Occident . Et puis, quelle horreur : les Pussy Riots ont été condamnées à 2 ans de prison parce qu’elles ont profané le sanctuaire du Saint-Sauveur. Elles auraient fait la même chose à La Mecque ou dans n’importe quelle mosquée d’un pays arabe, leurs os blanchiraient actuellement dans une fosse commune.

Bref, il existe en Russie une force de renaissance. Mais les dirigeants occidentaux ne veulent rien savoir. La russophobie est à l’œuvre. C’est la nouvelle guerre froide, beaucoup plus grave et profonde, en fait, que la guerre froide contre le soviétisme, tigre de papier . La Russie est une menace parce qu’elle défend des valeurs anti-décadentistes, ethno-nationalistes, affirmatives, saines, naturelles, évidentes, où les mariages homosexuels sont interdits (péché "anti-droitdelhommiste"), et où les ONG financées par les USA sont taxées etc. Bref, la Russie choque et inquiète l’oligarchie et l’intelligentsia européenne, politique et culturelle.

Au cours de la présentation de quelques uns de mes essais traduits en russe par l’intermédiaire du Pr. Toulaev, j’ai pu discuter avec des académiciens et députés. Tous ont approuvé l’idée d’une alliance stratégique euro-russe mais tous se sont montrés sceptiques sur la fiabilité d’une Europe molle, décadente et se complaisant dans son jus tiède.


TF: Que pense le Russe moyen de l’état de l’Europe occidentale ? Craint-il que la Russie n’évolue dans le même sens ? En clair, les Russes se sentent-ils solidaires des autres Européens et prêts le jour venu à les aider ?

GF: Le Russe moyen, quand il débarque à Roissy et qu’il prend le RER vers la Gare de Nord pour arriver à Paris, il a l’impression de ne pas être en Europe. De même que moi, quand je me ballade quai de Sofia ou à Novy Arbat à Moscou, ou à Petrograd, je me sens beaucoup plus « chez moi » que dans beaucoup de quartiers de Paris, de Bruxelles ou de Londres. Mais effectivement, il y a une crainte diffuse que la Russie ne subisse le même sort, à terme.

Je vais même vous dire une chose qui va vous choquer ou vous faire réfléchir : un jour, une Ukrainienne (pas tellement russophile, car de l’ouest du pays) m’a avoué : « Je n’aimerais pas trop que mon pays fasse partie de l’Union européenne ».

– Ah bon, et pourquoi ?

– -Ben...à cause de l’immigration...on risque de se faire envahir.

Beaucoup de gens de l’Est pensent ainsi quand ils voient le spectacle des sociétés occidentales. Phénomène complètement ignoré de nos brillants sociologues en chambre froide. Globalement, les Russes (à part une intelligentsia moscovite snobinarde, pseudo-démocrate et issue –paradoxe –de la nomenclature soviétique) sont effrayés par la dégénérescence des sociétés de l’Europe de l’Ouest (les USA ne les intéressent pas). L’idée de ”venir nous aider un jour” pourrait flatter certains mais beaucoup pensent qu’il faut d’abord s’occuper de la Russie. Cependant, je vais vous raconter une brève histoire : à la suite d’un de mes cours à l’université de Saint Petersbourg, les étudiants m’ont offert une hache de combat varègue, en pierre noire du Caucase. « C’est un symbole, parce qu’il faudra combattre ensemble un jour », m’a dit celui qui me l’offrit. Intéressant.

TF: Que pensez-vous des idées eurasistes d’Alexandre Douguine ? Je vous précise y être radicalement hostile.

GF: Moi aussi. L’Eurasie est un concept géopoliquement négatif pour la Russie parce qu’il nie l’appartenance européenne des Russes et parce qu’il soumet la Russie à la polarité chinoise. N’oublions pas que l’objectif de la Chine, qui joue au jeu de go, est de mettre la main sur l’Etrême-Orient russe. Par des manœuvres économiques, mais aussi par l'immigration, la ”conquête par le bas”. Il faut opposer à la notion d’Eurasie celle d’Eurorussie. Douguine (qui a fréquenté la Nouvelle Droite française en touriste) a interprété l’anti-occidentalisme de manière primaire : nous sommes des Asiatiques ! Mais ses théories sont dangereuses parce qu’elles éloignent la Russie de ses vraies racines. Il y a, là encore, un anti-américanisme de béotiens. Douguine est à la géopolitique ce que son ami Alain de Benoist est à la philosophie politique : la conceptualisation creuse.

16:02 Publié dans Analyses, Guillaume Faye, Histoire | Lien permanent | Commentaires (58) | Tags : guillaume faye, russie, europe, eurorussie | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Guillaume Faye et le sens de l'histoire

Guillaume Faye,Thomas Ferrier,sens de l'histoire,cycleThomas FERRIER: Dans l’Archéofuturisme, vous exposez une vision profondément rénovée du concept de alt-neu (« vieux-neuf »). Pouvez-vous nous l’exposer brièvement ?

Guillaume FAYE: L’avenir verra revenir des formes archaïques. La « modernité » n’est qu’un passage du temps. Pour le meilleur ou pour le pire. Par exemple, le retour de l’islam nous met en face d’un ressurgissement de problèmes et de comportements qu’on croyait oubliés, enterrés. Mon roman de science-fiction, Archéofuturisme V2.0 (Éd. du Lore), décrit un avenir archéofuturiste, avec un ”retour” de l’humanité à une situation proche du néolithique supérieure puis à un ”redémarrage” : « en avant comme avant ! ». Ce concept d’archéofuturisme est un instrument critique de la notion de progrès linéaire ascendant, eschatologique, d’origine chrétienne et sécularisé. Il est aussi une critique de l’idéologie de la modernité (« du passé, faisons table rase »), présentiste plus que futuriste. L’archéofuturisme est en fait une copulation monstrueuse entre l’archaïsme des valeurs et le futurisme de la technoscience, en découplant les termes corrélés d’évolution des formes socio-éthiques et d’évolution des forces techniques.

TF: Voyez-vous l’évolution historique comme une ligne, un cercle ou une hélice ?

GF: Les conceptions linéaires de l’histoire (sôtériologie chrétienne ou progressisme marxiste ou libéral) ne sont pas stupides, mais partielles. Elles se fondent sur une progression ascendante, attestée effectivement depuis le néolithique. Elles s’appuient aussi sur un darwinisme superficiellement interprété. En termes de démographie et de progression techno-culturelle constante. Avec bien sûr des chutes , des accrocs, comme la régression majeure qui se produisit, en gros, en Occident, du milieu du Ve siècle au Xe siècle, mais qui fut rapidement rattrapée. La conception cyclique de l’histoire (faussement attribuée à Nietzsche) est à la fois juste et fausse. Juste, parce qu’elle dit que la même typologie d’événements se répète. C’est une lapalissade. Fausse, parce qu’au fond, même si l’on repasse les mêmes plats, ce n’est pas la même nourriture qu’on mange. L’Empire romain envahi par les Barbares, l’Europe d’aujourd’hui en proie à l’immigration invasive : parenté, certes, mais comparaison n’est pas raison. En fait, ça n’a rien à voir.

La conception hélicoïdale de l’histoire, que j’ai longtemps défendue dans mes anciens textes sous l’influence de Giorgio Locchi (c’est-à-dire les mêmes logiques se répètent dans une sorte de progression ascendante) me semble aujourd’hui erronée. Je défendrais plutôt une quatrième conception de l’histoire, qui est assez darwinienne et radicalement anti-humaniste : la conception catastrophiste de l’histoire. (cf. à ce propos mon livre La convergence des catastrophes (Ed DIE). Je m’explique : la catastrophe est un changement rapide d’état (dans un gaz interstellaire comme chez une espèce vivante) qui fait disparaître des formes en en faisant naître d’autres. C’est la « destruction créatrice », théorisée en économie par Josef Schumpeter.

Ma conception catastrophiste part du principe que la notion même d ‘”histoire d’un peuple” ou d’une civilisation, ou de l’humanité est relative. Il n’y a pas l’ « Histoire », il y a des histoires. Ce qu’on appelle l’ « Homme » n’existait pas il y a dix millions d’années et n’existera plus dans moins de 500.000 ans. C’est évidemment non progammable pour le logiciel des monothéismes anthropocentrés et théocentrés.

Au final, j’ajouterais qu’il se peut que l’espèce humaine dans son ensemble (qui existe depuis très peu de temps au regard du temps bio-géologique de la planète) soit condamnée, se révèle être un ratage de la nature parce qu’elle épuise son propre écosystème et se suicide sans le savoir. L’espèce humaine ne menacerait pas du tout la Terre, qui en a vu d’autres, mais elle-même. Dans l’Archéofuturisme V2.0, les delphinidés succèdent aux primates humains dans la domination de la planète...

10/11/2013

Guillaume Faye, les Indo-Européens et le christianisme

Toujours dans le cadre de l'entretien qu'il nous a accordés, Guillaume Faye revient avec nous sur les thèmes fondateurs que sont la question indo-européenne et le conflit entre paganisme et christianisme.

LBTF: L’Homo Indo-Europaeus : plutôt un vieux romain du temps de la République ou plutôt un guerrier germanique ?

athena.jpgGuillaume FAYE: Du côté de Varus et de Caton contre Arminius, donc ? Le vieux romain et le guerrier tribal germain appartenaient au même peuple, sans le savoir. Mêmes valeurs. Les Germains rêvaient, selon Tacite, des « maisons chauffées » des Romains. Le vieux Romain et le guerrier germanique (ou celtique) appartenaient au même ensemble ethnique (à la différence des peuples orientaux soumis par l’Empire). L’historien allemand Theodor Mommsen l’a parfaitement démontré. Lorsque le Gaulois cisalpin Brennus (Ar Vrenn de son vrai nom celtique, Le Brenn en français) fait le siège du Capitole, il parle le même langage d’honneur et de courage que ses ennemis romains assaillis. En revanche, les codes ne seront plus du tout les mêmes quand Rome affrontera les peuples orientaux.

Néanmoins, si la machine à remonter le temps existait, je m’engagerais dans la glorieuse Xème (le sanglier sur les enseignes, sous l’aigle) pour défendre le limes du Rhin. Mais, au delà de ces propos superficiels, ce qui est étonnant, c’est que sont les descendants des Germains tribaux décrits par Tacite, désordonnés, c’est-à-dire les Allemands, qui ont, aux XIXe et XXe siècle, repris les normes rigoureuses d’organisation militaire des Romains. Tandis que les Italiens, descendants des Romains, manifestaient des dispositions bien peu ”romaines”. À mon avis, moi qui raisonne de manière sociobiologique, c’est parce que les Italiens ont subi, dès le IVe siècle, un choc génétique, dû au brassage avec des populations exogènes non- indoeuropéennes. Ce qui a modifié la psychologie collective.

LBTF: Le christianisme a-t ‘il joué selon vous un rôle majeur dans l’effondrement de l’empire romain ?

Guillaume FAYE: D’après feu Lucien Jerphagnon, grand historien catholique mais touché par la saga de Julien dit l’Apostat dont il écrivit une biographie émouvante, le responsable de l’effondrement fut le Germain – Goth du Rhin et de l’Elbe ou Goth transdanubien. Constantin (306-337) ne fit qu’autoriser le christianisme. C’est Théodose Ier qui l’instaura comme religion officielle. Mais le déclin de l’Empire était antérieur, ce qui disculpe le christianisme naissant. La cause de la chute de l’Empire romain – qui, ne l’oublions pas, a été un véritable orage historique (1) – reste un mystère, sur lequel les historiens s’empoignent. À mon humble avis, la trop grande taille –indéfendable– de l’Empire (de la Grande Bretagne à l’Irak actuels), l’hétérogénéité ethnique, l’édit de nationalité universelle de Caracalla (212) sont à mettre au rang des suspects, de même qu’un système de gouvernement impérial totalement chaotique, sans droit constitutionnel – contrairement à l’ancienne République.

Mais le christianisme, avec sa mentalité dogmatique et antiscientifique, en rupture avec la pensée gréco-païenne libre, avec ses incessantes luttes entre orthodoxes et hérétiques, a certainement joué un rôle accélérateur. D’après André Lama , historien autodidacte et politiquement incorrect, le déclin de l’Empire romain provient du mélange des populations, qui a tué la source créatrice romaine de souche. Mais il est vrai que, d’après plusieurs auteurs des IVe, Ve et VIe siècles, qui ressentaient le déclin de l’Empire, le recul de la civilisation (transports, économie, culture, éducation...) et vivaient les incursions barbares, les populations restées païennes estimaient que la cause de la chute était la fin de la protection de Rome par ses dieux, abandonnés au profit du christianisme devenu religion d’État.

Osons une comparaison ”archéofuturiste” : l’introduction du christianisme dans le Bas-Empire a fait régresser les mentalités par rapport à la période païenne vers l’archaïsme d’une pensée magique. Tout comme l’évolution de l’islam aujourd’hui...

(1) D’un simple point de vue technique, il a fallu attendre 1.000 ans pour que les Florentins redécouvrent les techniques de sculpture sur marbre et de fonte du bronze des Romains. Louis XIV à Versailles vivait dans une situation de confort bien inférieure à celle de son homologue Trajan au Palatin, dix-sept siècles plus tôt. On allait plus rapidement de Trèves à Rome au IIe siècle qu’au XVIIIe siècle. Etc.

LBTF: En matière de religion, vous avez toujours mis en avant votre sensibilité païenne, en particulier hellénique. Croyez-vous à la « résurrection » des « anciens » dieux ou à la renaissance de leur culte, même sous une forme très modernisée ?

Guillaume FAYE: Le paganisme est un mot qui dissimule plusieurs réalités: le paganisme superstitieux (où l’on croit réellement à l’existence de forces et de divinités cachées) et le paganisme intellectuel des élites helléno-romaines , par exemple, qui étaient parfaitement agnostisques. La force du christianisme fut de camper une religion spiritualiste avec un abondement narratif nettement plus fort que celui des mythologies païennes, handicapées par le grand écart entre les dieux souverains, les divinités locales, familiales, et l’absence de sotériologie personnelle, à une époque de troubles et de dérélictions.

Mon rejet du christianisme (mais non pas du catholicisme traditionnel, qui est du paganisme dissimulé, comme l’orthodoxie) tient à sa substance universaliste, à son humanisme doctrinaire. J’admire le paganisme grec pour sa liberté de pensée et son agnosticisme. Les divinités n’étaient que des allégories, pas des idoles. Je suis voltairien, je défends les chrétiens d’Orient persécutés par l’islam, mais c’est une attitude politique et culturelle, non pas religieuse. En revanche, l’attitude ethnomasochiste de l’Église actuelle face à l’immigration de peuplement et à l’islamisation (confortée par le Pape François) me renforce dans ma vision païenne du monde, tendance aristotélicienne : non, nous ne nous ne sommes pas tous frères, oui, il faut vivre chacun dans sa Cité.

Concernant le retour des anciens dieux païens (au sens d’une croyance spiritualiste et d’un culte) ou même de la création de nouvelles divinités, thème d’ailleurs déjà abordé chez les poètes romantiques du XIXe siècle, je suis assez réticent. Ce serait du folklore et d’ailleurs ça existe déjà aux USA, c’est un business comme un autre. Pierre Vial, dans nombre de ses textes sur la question, a d’ailleurs très bien défini le néo-paganisme comme une conception du monde et non pas comme un néo-culte spiritualiste.

L’essence du paganisme grec, auquel je me réfère, c’est de placer la philosophie, c’est-à-dire la liberté examinatrice de l’entendement , le logos, au dessus des vérités révélées, l‘examen au dessus de la croyance, le souci de son propre peuple (symbolisé par un panthéon « national » et civique) avant celui des autres. Le paganisme, comme vision du monde, ne méprise pas la notion d’humanité, mais, avec réalisme, ne la considère pas comme une divinité. Le paganisme est un anti-fanatisme, y compris contre le fanatisme de la tolérance.

(Sur le paganisme, j’avais écrit un article, jadis, pour la revue de Christopher Gérard, Antaïos, qui avait été fondée par Ernst Junger. Sur les rapports paganisme/christianisme/ judaïsme, voir mon essai La Nouvelle question juive, ED. du Lore., qui a déplu aux ignorants.)

LBTF: Quel est le dieu (ou la déesse) grec dont vous vous sentez le plus proche, et pourquoi ?

Guillaume FAYE: Cette question n’est pas ”païenne”. Un vrai païen se sent pas plus proche d’une divinité que d’une autre. Il les aime toutes, en fonction des aléas de la vie. Cela dit, je vais vous révéler une chose étonnante : j’ai fait une grande partie de mes études chez les Pères Jésuites. Ils ne m’ont jamais appris l’Histoire sainte, l’Ancien ni le Nouveau Testament mais en revanche, ils étaient imbattables sur la mythologie gréco-latine (ainsi d’ailleurs que germano-scandinave, et celtique ou slave, très proches). L’Illiade, on en apprenait par cœur les vers (en grec ancien) alors que les écrits de St Augustin ou de St Thomas nous étaient parfaitement inconnus. Cela en dit long sur la prégnance du paganisme, au sein même de l’Église.

Néanmoins, je vous répondrai que les deux divinités païennes helléniques les plus fascinantes sont le couple Apollon-Dionysos : la raison solaire et la turbulence créatrice. De même, le paganisme gréco-romain donne une image de la féminité complexe et complète à travers ses déesses. Historiquement, c’est la Renaissance italienne du quattrocento florentin qui a fait redécouvrir l’esprit païen et l’esthétique qu’il porte.

Quant aux manifestations de survie et de renaissance des paganismes germano-scandinaves, celtiques et slaves, il ne faut pas les ignorer. Ils font partie d’une mystérieuse quête des racines dont nous ne connaissons pas l’aboutissement. C’est cela aussi, l’archéofuturisme.

21:46 Publié dans Analyses, Entretiens, Guillaume Faye, Histoire, Religion | Lien permanent | Commentaires (5) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook