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03/06/2018

Élections législatives en Slovénie : succès populiste autour d'une coalition de droite à définir

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slovénie,janez jansa,sds,snsLe Parti démocrate slovène (SDS) de Janez Janša, mouvement populiste de droite anti-immigration, a remporté les élections législatives en Slovénie à l’issue du vote de ce dimanche 3 juin 2018. Cette formation politique obtient en effet 25% des voix et 25 sièges, la majorité parlementaire étant à 46 sièges sur 90. En tant que désormais premier parti du pays, il va devoir proposer une coalition majoritaire, ce qui sera complexe car il va devoir trouver des alliés sur sa ligne. Ce parti néanmoins avait obtenu 20,7% des voix en 2014.

Le mouvement de Marjan Šarec, de centre-gauche, est second même nettement distancé avec 12,7% des voix et 13 sièges. Il lui sera complexe de proposer une coalition d’alternative, même en regroupant les forces de gauche. C’est un parti totalement nouveau. Avec 9,9% des voix, les sociaux-démocrates (SD) obtiennent 10 sièges et multiplie leur score par deux.

Vient ensuite seulement en quatrième place le parti auparavant au pouvoir du premier ministre sortant Miro Cerar, de centre-droit, avec 9,75% des voix environ et 10 sièges. C’est un net désaveu d’un électorat de droite qui s’est reporté sur le SDS et cela traduit sans doute une inquiétude identitaire du peuple slovène et la manifestation d’un refus des migrants. Il avait obtenu 34,5% des voix en 2014, et a don perdu 25 points en quatre ans, ce qui est considérable.

Avec 9,3% des voix et 9 sièges, la formation politique La Gauche (Levica), de gauche dure avec des accents eurosceptiques, réalise une belle performance électorale. Là encore, l’électorat semble avoir sanctionné nettement le parti au pouvoir par des votes à la fois très à gauche et très à droite.

Les chrétiens démocrates de la formation « Nouvelle Slovénie » obtiennent 7,1% des voix contre 5,6% en 2014 et 7 sièges, continuant leur progression lente. Le parti d’Alenka Bratusek, qui avait fait 4,4% en 2014, progresse légèrement avec 5,1% des voix et 5 sièges.

Autre victime du désaveu gouvernemental, le Parti des Retraités tombe à 4,9% des voix et 5 sièges, contre 10,2% et 10 sièges en 2014, soit une perte de près de la moitié de ses électeurs.

Parmi les petites formations ayant des élus, le Parti du Peuple Slovène (SNS) obtient 4,2% et 4 sièges alors qu’il avait été exclu du parlement précédent. Cette progression traduit là encore les angoisses identitaires du peuple slovène dans un contexte général de montée de l’euroscepticisme en Europe. Ferment la marche des formations exclues du nouveau parlement comme le SLS (Parti du peuple slovène) avec 2,6% des voix, les Pirates (2,15%), le Bon Pays (droite, 1,5%) et enfin les Verts (1,1% des voix). Suivent enfin plusieurs petites formations politiques qui sont loin des 4% requis pour disposer de députés, et enfin des formations représentant les minorités.

Seule une coalition de droite plurielle pourrait a priori composer une majorité, peut-être ouverte au SNS. Si on additionne les élus du SMC sortant, des chrétiens-démocrates, des retraités et du SDS vainqueur, on obtient une majorité de 47 sièges, qui pourrait être renforcé d’une ouverture au SNS. La participation d’Alenka Bratusek ne serait donc pas requise. La gauche ne pourra pas composer de majorité parlementaire à opposer au SDS. Mais ce dernier bénéficiera d’une coalition complexe et donc par nature instable.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

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09/04/2018

Hongrie : la leçon européenne de Viktor Orban.

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Hongrie,Viktor Orban,Fidesz,Jobbik,EuropeA l’issue d’une campagne très dure, où Orban a désigné le globalisme comme son ennemi principal, surtout dans le domaine migratoire, faisant de Soros sa « bête noire », et où il s’est présenté comme le défenseur de l’Europe authentique face à ce que lui-même a appelé un « remplacement », alors qu’il est honni par presque toute la presse occidentale, Orban vient de triompher à l’issue des élections législatives.

Avec ses alliés chrétiens-démocrates, il obtient 48,89% des voix et 134 sièges contre 44,87% et 133 sièges en 2014. Si en nombre de sièges la progression du Fidesz d’Orban est dérisoire, en nombre de voix et en pourcentage il est nettement renforcé. La presse occidentale là encore s’attendait à sa réélection mais espérait une domination moins nette.

Le Jobbik, qui a troublé ses électeurs par une campagne décalée où il envisageait même une alliance avec la social-démocratie (le MZSP), devient le second parti du pays avec 19,33% mais recule par rapport à 2014 (où il avait obtenu 20,22% des voix). En se positionnant en gardien de la ligne d’Orban, le Jobbik aurait pu apparaître comme une opposition crédible. En rendant en revanche son message confus, il n’a pas pu accroître son audience initiale. Fort logiquement, son dirigeant Gabor Vona jette l’éponge et quitte la direction du parti et renonce même à sa place de député. A sa droite, le MIEP historique dirigé par Nagy obtient 0,15% des voix.

Les partenaires de 2014 (les sociaux-démocrates du MZSP et des formations libérales et centristes) avaient obtenu 25,57% des voix. Candidats en 2018 sur des formations en ordre dispersé, ils échouent à peser. Le MZSP tombe à 12,25% des voix et 20 sièges (-10), le mouvement Momentum à 2,82% des voix, le LMP (libéraux et écologistes) à 6,88% des voix (8 sièges) et enfin le mouvement démocrate DK, issu d’une scission centriste du MZSP, obtient 5,54% des voix et 9 sièges. Les autres formations sont laminées. Si on regroupe tous ces mouvements, ils obtiennent à peu près le score unitaire de 2014.

Le renforcement du Fidesz s’explique donc avant tout par un vote utile laminant les petites formations et par un léger recul du Jobbik. Sa progression de quatre points est néanmoins une belle réussite. La campagne d’Orban a payé. Les inquiétudes des Hongrois face au chantage migratoire des pays d’Europe occidentale ont été entendues.

Néanmoins cette victoire d’Orban ne saurait être comprise comme celle d’une ligne eurosceptique. Le Jobbik, qui est davantage sur une position de rupture avec l’Union Européenne, n’est pas le Fidesz. Orban s’est bien gardé à chaque fois de dénoncer l’Europe. Au contraire il s’est présenté constamment comme son plus ardent défenseur, tout en affirmant son patriotisme hongrois et chrétien. Robert Ménard ne s’y est pas trompé en vantant un homme qui a su selon lui concilier identité et Europe alors que Marine Le Pen a revendiqué le résultat d’Orban comme la matérialisation de la réussite de sa propre ligne que les Français ont pourtant rejetée en mai 2017.

Le phénomène Orban doit se comprendre avant tout comme la volonté des pays d’Europe centrale et orientale d’éviter de connaître les dérives mortifères de l’Europe occidentale. S’ils veulent logiquement s’en prémunir, ils ne renoncent pas pour autant à vouloir guérir les parties malades du continent car ils ont compris que seule une Europe unie pourrait survivre au XXIème siècle. Néanmoins l’ouest et l’est s’opposent de plus en plus quant aux valeurs que l’un et l’autre veulent promouvoir. La réconciliation européenne passera par l’affirmation de notre identité commune mais aussi par la volonté de préserver cette identité du globalisme et de ses corollaires bien connues.

La leçon européenne d’Orban, c’est que l’Europe ne doit plus hésiter à affirmer haut et fort son identité et sa civilisation. Lui n’y a pas renoncé et il a été récompensé dans les urnes de son pays.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

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06/03/2018

Des élections italiennes pour rien ?

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1200px-Capitoline_she-wolf_Musei_Capitolini_MC1181.jpgLes élections parlementaires italiennes se sont déroulées ce dimanche 4 mars pour renouveler députés et sénateurs. Il s’agissait de doter le pays d’une majorité gouvernementale. Le résultat en a été une neutralisation réciproque des différences forces politiques et le morcellement du pays.

Au sud, le Mouvement 5 Etoiles (M5S) est largement vainqueur, dépassant parfois les 50%, et notamment en Sicile, en Campanie, en Calabre, en Sardaigne ou dans les Pouilles. Le résultat national est impressionnant puisque, malgré le départ du fondateur Grillo et l’inexpérience politique totale du nouveau dirigeant Di Maio, le M5S obtient 32,7% des voix et 221 sièges (sur 630). Il n’est pas en mesure de gouverner et est victime d’un fort ostracisme des autres partis politiques. Pourtant son poids incontournable va poser un réel problème si l’Italie veut disposer d’une majorité gouvernementale sans lui. Son électorat est complexe. Il est probable que le vote identitaire qui a profité au nord à la Ligue a profité au sud au M5S.

Au nord donc, la Ligue (ex-Ligue du nord) obtient des scores également importants, notamment en Vénétie et en Lombardie, même si ce succès est moindre dans les grandes villes, comme Milan. Avec 17,4% des voix, et 73 sièges, la Ligue de Matteo Salvini réalise son meilleur résultat depuis sa fondation. Ce dernier a mené une campagne nationale dure contre l’immigration et a tempéré ses positions (désormais) eurosceptiques qu’il avait pu mettre en avant sous l’influence du FN français. Surtout la Ligue dépasse Forza Italia et Berlusconi au sein de l’alliance des droites.

Avec 14% des voix et 59 sièges, le mouvement de Berlusconi réalise une contre-performance. Son dirigeant de 81 ans se voit ainsi gentiment invité à une retraite anticipée.

Enfin, Frères d’Italie de Giorgia Meloni réalise 4,4% des voix et obtient 19 sièges. Cette formation de droite nationale, héritière de l’ancien MSI et d’Alliance nationale, réalise un score convenable compte tenu d’un fort vote utile en faveur de la Ligue. Le mouvement est surtout fort dans le Latium.

L’alliance des droites obtient un total de 260 sièges, soit 35 de moins que la majorité. Sans alliés ou sans ralliements, elle ne sera pas en mesure de gouverner le pays. On peut certes imaginer des ralliements opportunistes venus des rangs du M5S mais rien n’est certain.

Le Parti démocrate de Matteo Renzi est quant à lui sévèrement sanctionné. Avec 18,7% des voix, il réalise une douloureuse contre-performance. La coalition de gauche obtient 112 sièges en tout (-223) et ne peut plus être qu’une force d’appoint. Une grande coalition des centres n’aurait pas davantage de majorité. Il est douteux que la gauche soutienne un gouvernement de droite dominé par la Ligue et pas davantage qu’elle s’associe au M5S pour gouverner.

A gauche, le mouvement « Libres et égaux » obtient 3,4% des voix et disposera de 14 sièges. Les droites radicales, hors coalition, restent marginales, victimes là encore d’un vote utile. Casapound obtient 0,94% des voix et la liste « L’Italie aux Italiens » menée notamment par le mouvement Forza Nueva 0,38% des voix. Néanmoins les droites nationales réunies réalisent le score considérable de plus de 23% des voix. La question de l’immigration a été cruciale, déterminante dans ce résultat.

Conséquence de tout cela, l’Italie n’aura sans doute pas de majorité parlementaire. De nouvelles élections législatives, qui pourraient confirmer ce blocage institutionnel, sont dès lors probables mais pas avant plusieurs mois. A part la fin de carrière de Berlusconi, et la montée des dits « populismes », avec un Salvini qui sera sans doute l’homme de référence de la droite italienne à l’avenir, il est difficile d’imaginer un gouvernement stable en Italie à moins d’un effondrement du M5S. Mais ce dernier bénéficie d’une aura positive, surtout dans le sud, car il n’a jamais été associé au pouvoir, à l’exception calamiteuse de la gestion de la ville de Rome.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

20:28 Publié dans Analyses, Elections en Europe | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : salvini, berlusconi, di maio, m5s, lega | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

16/02/2018

Vladimir et la conversion de la Russie.

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Vladimir,Viking,rodnoverie,paganisme,PerunUn film russe dédié à la figure du fondateur de la Rus chrétienne, Vladimir dit « le soleil rouge », est sorti récemment sous le titre français « Viking. La naissance d’une nation ». La vision qui est présentée de Vladimir s’inscrit pleinement dans la vision poutinienne de la nouvelle Russie, et il faut songer qu’un représentant du patriarcat de Moscou a récemment dénoncé avec des mots très véhéments les mouvements néo-païens russes qui sont en plein essor.

Dans ce film, essentiellement consacré à la période païenne de Vladimir mais qui se conclut par sa conversion et celle de son peuple unanime, il y a clairement deux temps, celui des ténèbres et celui de la lumière.

Pendant sa période païenne, Vladimir se montre aussi cruel que ses frères et compagnons d’armes. Il s’appuie même sur des vikings, en réalité des varègues suédois, pour asseoir son assise. On voit furtivement un de ses compagnons porter un marteau de Thor autour du cou.

Lorsqu’il entre dans Kiev, il fait démanteler les piliers cultuels représentant les dieux de son prédécesseur, épisode a priori inventé puisque les dieux sont les mêmes pour tous, et fait installer se dieux, ce qui en revanche est conforme aux chroniques. On reconnaît le pilier cultuel représentant le dieu Perun avec ses moustaches argentées à l’intérieur du sanctuaire (slave khram). A aucun moment, les noms des dieux ne sont révélés dans le film, pas même Perun. Ce sont des dieux « sans nom ». Aucun acte de piété du païen Vladimir n’apparaît.

Les prêtres, qui dans la mythologie slave sont les volhvy, équivalent des druides, généralement barbus et habillés de blancs, et connus pour leur sagesse, sont représentés dans le film quasiment nus, le crâne rasé, avec des peintures sur le corps, et incapables de prononcer autre chose que d’énigmatiques mantras. Lors de la fête de Jarilo, les païens dansent comme sous l’effet de produits, et se recouvrent le visage de sang, à l’instar de la fiancée de Vladimir. L’image qui est donc celle du paganisme est clairement caricaturale et en contradiction avec les faits historiques.

En revanche, quand les païens se convertissent au christianisme, vers la fin du film, ils sont tous habillés de blancs, le sourire sur le visage, toute cruauté antérieure ayant disparu. C’est bien évidemment le contraire de la réalité, puisque le paganisme résista pendant deux siècles, de nombreuses révoltes ayant lieu jusqu’en 1227, qui fut la dernière tentative de restauration païenne.

Vladimir Poutine s’identifie naturellement à ce même Vladimir, qui a fait de la Rus de Kiev, ancêtre de la Russie (et de l’Ukraine), un pays chrétien par simple réalisme politique, comme Clovis un demi-millénaire avant lui. S’il n’a pas choisi le catholicisme, c’est sans doute parce que le roi des Polanes, Mieszko, avait fait ce choix. Il s’agissait donc de s’en démarquer. Il est sûr aussi que Vladimir fut impressionné par le décorum des églises byzantines.

Mais la religion slave et donc russe n’était aucunement une religion de moindre valeur. Elle avait été influencée par la religion scandinave alors florissante, surtout par sa version suédoise, les Suédois étant de tous les Scandinaves ceux qui résistèrent le plus au christianisme, à l’instar du roi Blotsven d’Uppsala. Le paradoxe fut que les prêtres orthodoxes réussirent à apporter en Russie les dieux de l’Olympe eux-mêmes, comme Дий (Zeus) et Арей (Arès).

En outre, la transition entre dieux païens et saints orthodoxes fut assez douce et longue. Saint Basile cache mal le dieu Volos, équivalent de l’Hermès grec et comme lui dieu des troupeaux, et Saint Elie monté sur son char rappelle volontairement le dieu Perun. Tout comme Saint-Michel en Gaule cache parfois assez mal le dieu celte Belenos. La double foi pagano-chrétienne (двоеверие) qui caractérise l’Europe « chrétienne » et la Russie pas moins, tout comme la Grèce byzantine (songeons au culte de Sainte Dimitra à Eleusis, haut lieu du culte de la déesse Déméter), a été le résultat d’une christianisation sous contrainte et qui n’a été en conséquence que superficielle. Vladimir a imposé à ses guerriers, qui avaient prêté serment, tout comme Clovis, sa conversion politique. Cet acte lui ouvrit les portes de l’Europe chrétienne, tout comme les autres rois slaves et scandinaves. Seuls les Lituaniens résisteront encore plusieurs siècles avant de céder à leur tour, excédés par les attaques permanentes des croisés chrétiens destinées à leur faire abandonner les dieux de leurs pères.

Ce renouveau des fois natives d’Europe, qu’on appelle « paganismes », et qui caractérise tout le continent, de l’Islande à la Russie, de l’Espagne à l’Arménie, de la Grèce à la Suède, aura lieu. Nul ne pourra l’entraver. C’est la réponse spirituelle que de plus en plus d’Européens ont trouvée dans cette sombre époque où l’avenir de notre civilisation semble menacé comme jamais dans son histoire. Le peuple russe n’a pas à craindre ses dieux. Le peuple gaulois n’a pas à les craindre non plus.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

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26/12/2017

Election de Laurent Wauquiez : économie, identité, Europe.

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wauquiez,macron,thomas ferrierAu lendemain de l’élection de Laurent Wauquiez, tous les commentateurs reviennent sur le positionnement du nouveau président comme principal opposant à Emmanuel Macron et comme incarnation du retour de la droite. Le constat est que la politique suivie par le premier ministre Edouard Philippe et le ministre des finances Bruno Lemaire, eux-mêmes issus des républicains, est de droite sur le plan économique et qu’on ne peut alors s’en démarquer que sur le plan identitaire. Or cette division de la politique entre les questions d'économie et celles d’identité relève d’une erreur d’analyse grave.

Il a été dit que Macron favorisait, sur le plan économique, les ultra-riches et les assistés. Les premiers font partie du cercle qui lui a donné les moyens de faire campagne. Les seconds constituent la foule censée permettre sa réélection. C’est ainsi que la base de l’ISF a été réduite au patrimoine immobilier, qui constitue une part importante de la richesse des classes moyennes supérieures alors qu’il est très minoritaire dans la fortune des plus aisés. C’est encore ainsi que l’augmentation de la CSG sur les retraites va frapper dès les classes moyennes inférieures. C’est toujours ainsi que la suppression de la taxe d’habitation concentrera cet impôt sur les revenus moyens dans leur ensemble.

Or le choix fait par Macron n’est pas seulement le résultat d’un calcul électoraliste. C’est la traduction économique d’un modèle de société de type féodal. D’un côté les seigneurs, ceux qui ont réussi, ont droit à tous les avantages pour former une caste fermée où l’on sait se reconnaître entre pairs. De l’autre les manants, ceux qui ne sont rien, peuvent être n’importe qui, venir de n’importe où ; on n’a pas à s’en soucier puisqu’ils n’ont pas vocation à se mêler aux seigneurs ; ce sont l’ouvrière taxée d’illettrisme, le travailleur étranger assimilé à une marchandise, le fauteur de bordel, le fainéant ; ils ne comptent que pour donner leur voix à un chef qui leur offre le spectacle gratifiant de sa parade en toute occasion, tout en leur accordant des aides en tout genre comme ce "pass culture" qui fait penser au "panem et circenses" de l’empire romain. Et il ne faut pas mélanger torchons et serviettes : il y a "eux" et "nous", les "out" et les "in", les "exclus" et les "inclus", comme Ivan Rioufol se plait à le rappeler.

Ce modèle s’oppose au modèle républicain, lequel tient sur les classes dites moyennes. Il s’agit des classes issues des classes populaires par l’effet d’un ascenseur social qui fonctionne réellement, les deux classes constituant le même peuple. L’ensemble doit alors respecter une certaine homogénéité, les classes populaires devant vivre de l’espoir de s’élever par l’ascenseur social. Autrement dit les deux classes réunies doivent mériter leur nom de peuple, et ne plus être un agglomérat informe et non identifiable de populations.

Le choix du modèle républicain finissant par s’imposer sur celui du modèle féodal est un trait de l’identité européenne. Cette identité est niée par Macron. Elle n’est pas davantage acceptée par les syndicats de gauche, lesquels se focalisent sur la défense des "manants" sans se rendre compte qu’ils ne pourront jamais leur offrir autre chose que de rester des manants.

Cette identité sera-t-elle suffisamment mise en avant et de la bonne façon par Wauquiez? C’est un point à suivre.

La politique de baisse des charges sur les entreprises initiée par François Hollande avec le CICE sera reprise par Macron sous une forme sans doute différente. Même si les choses ne sont pas toutes tranchées, il est à craindre que la baisse des charges reste plus ou moins ciblée sur les bas salaires. Évidemment cela aura sans doute pour résultat de faire un peu baisser le chômage dans un premier temps, ce dernier touchant principalement les emplois peu qualifiés.

Or le choix n’est pas seulement ici seulement dicté par une politique à court terme. Il s’inspire également d’un modèle de société de type féodal. D’un côté les seigneurs vivent sur les bons résultats à l’étranger de grandes sociétés éventuellement nationales, leurs profits étant placés de façon telle que la populace ne pourra pas y toucher. De l’autre on rassure les "serfs" en protégeant tant bien que mal leurs emplois peu compétitifs. Ces malheureux ont la garantie d’un SMIC qui est insuffisant pour vivre selon les standards que des européens seraient en droit d’attendre, dans une société où le progrès technique devrait pouvoir leur offrir de meilleures conditions que celles qu’ont connu leurs parents. Et qui est en même temps trop élevé dans la concurrence avec les pays voisins. On le constate avec la dégradation constante de l’équilibre des échanges commerciaux.

Le modèle féodal s’oppose aussi à ce qui pourrait être un modèle républicain dans lequel l’écueil précédent ne se rencontrerait pas. Dans ce dernier modèle, la qualité de la production et la qualification des travailleurs auront monté en gamme. C’est un petit peu ce qui cherche à se faire aujourd’hui en Allemagne, où, par conséquent, le coût du travail est en moyenne supérieur dans l’industrie à ce qu’il est en France, non pas parce que les charges y sont plus lourdes mais parce que le travail y est plus qualifié. Contrairement à ce qu’on lit souvent, ce n’est pas l’usage de machines-outils qui est le moteur de la différence entre les deux pays, mais l’investissement dans le facteur humain. C’est un petit peu aussi ce que soutenait Valéry Giscard d’Estaing quand il se décrivait, assez maladroitement, comme le premier ouvrier de France. Dans ce modèle tout travail doit être qualifié, quelle que soit sa nature. Évidemment il faut pour cela une société tirée vers le haut par une école qui transmet un patrimoine partagé et qui prépare au service d’un dessein commun. Autrement dit une société qui bénéficie d’une identité construite au cours des siècles et ayant vocation à poursuivre sa construction.

Le choix féodal est celui de Macron et de tous ceux qui, venant de droite, l’ont rejoint ou tentent de prospérer dans son sillage. La critique adressée par les syndicats de gauche manque la cible, quand elle propose d’augmenter le SMIC sans changer le paradigme du travail, ce qui ne peut que conduire à la catastrophe. Le résultat est qu’ils restent les bras croisés face à la menace de délocalisation. La gauche, qui a été dans le passé l’initiatrice du modèle républicain, s’inscrit aujourd’hui dans un modèle féodal qu’elle imagine pouvoir adapter. C’est ainsi que la politique économique de Macron est conforme à la nouvelle matrice de gauche, contrairement à ce que l’on entend partout dire, même si des mesures comme la dérégulation du travail ou la baisse des APL donnent une image contraire. Sachant, par ailleurs, que le choix judicieux de son ministre de l’éducation vient comme l’exception qui confirme la règle. Brice Couturier, dans un dialogue avec Ivan Rioufol pour le journal Le figaro en décembre, oppose très bien ce qui est « combattre les inégalités en amont, assurer l’égalité des chances en équipant les individus de compétences qui leur permettront de faire valoir leur valeur sur un marché du travail réanimé » et ce qui est « réparer les maux sociaux en aval ». Mais il se trompe doublement. En attribuant la seconde à la « vision classique de la gauche » alors qu’il s’agit de celle d’une gauche ayant perdu ces idéaux, une gauche réduite aux symboles ou une « gauche libérale » comme celle de Terra Nova. Et en attribuant la première à Macron, alors que toute son action et ses paroles prouvent le contraire. Notre débatteur serait-il prêt de reprendre la formule du « cancer de l’assistanat », qui soulève tant de critiques de la part d’une droite se prétendant « humaniste », en rangeant Macron sous cette bannière ?

Maintenant le choix républicain sera-t-il celui de Wauquiez ? On le verra.

Évidemment on notera que la situation actuelle de France n’est pas calée sur l’un des modèles. Si la certains cherchent à la faire évoluer vers un modèle féodal, elle conserve encore des acquis de son passé républicain. Par ailleurs, dans le modèle féodal du moyen-âge, les manants n’avaient pas le pouvoir. Or personne ne cherche à remplacer le suffrage universel, qui donne en principe aux manants le loisir de désigner leurs dirigeants. Mais si l’on regarde de près, on s’apercevra que la politique est organisée de façon telle que ce pouvoir est plus théorique que réel. Cela met en jeu un tas de mécanismes subtils. Ainsi le pouvoir médiatique est-il aux mains d’une caste ; c’est elle qui décide qui est respectable et qui ne l’est pas. Le pouvoir judiciaire est lui-même très politisé à gauche, à savoir du côté des bien-pensants. On a vu, avec l’affaire Fillon, comment il pouvait décider d’une élection. Par ailleurs il faut rassembler des fonds importants pour faire campagne. On les trouvera auprès des seigneurs, ce qui n’est pas spécifique à la France : Barack Obama a reçu beaucoup d’argent des électeurs afro-américains, mais sans le soutien de la haute finance il n’aurait pas existé ; si Donald Trump a pu s’en passer, c’est parce qu’il disposait d’une fortune personnelle. Dans les démocraties occidentales, les débats télévisés font que les électeurs se décident sur une personne plus que sur une ligne. Ceux qui ont voté pour Emmanuel Macron ont-ils retenu du programme de leur candidat autre chose que des formules comme « en même temps » ou « de droite et de gauche » ? Ils ont voté pour l’homme providentiel. Quand il a fallu élire un président pour le mouvement de La république en marche, les "manants" qui avaient milité au moment de l’élection ont tôt appris qu’ils n’étaient que des manants. On a tiré au sort une poignée d’entre eux, pour imposer à ceux-là d’approuver à main levée le choix du monarque.

Ceux qui critiquent le plus fort la ligne de Wauquiez lui reprochent son euro-scepticisme, qu’ils associent à une ligne identitaire. Dans la pure confusion entre identitaires et souverainistes. Quel contresens ! La vision souverainiste est indissociable d’une enfermement nostalgique de la France dans son empire colonial. C’est le contraire de la vision identitaire qui fait de l’Europe la référence pour la définition d’un peuple, d’un peuple qui partage sur le même continent le même patrimoine et le même dessein.

Pour autant le rejet de l’actuelle union européenne est aujourd’hui une évidence. Dans son livre sur "Le destin de l’Europe" qu’analyse un article de Frédéric Lemaître pour le journal Le monde paru en octobre, Ivan Krasnev explique le scepticisme des pays de l’Est : « ce que craignent les gens, c’est que les méritocrates, en cas de grandes difficultés, choisissent de partir plutôt que de rester et d’assumer les conséquences de certains choix ». Ce faisant, commente le journaliste, il n’oppose pas l’Europe « d’en haut » et celle « d’en bas », mais « les gens » de « quelque part » et ceux qui sont partout chez eux.

Voilà une bonne définition de la nouvelle féodalité ! Les nouveaux seigneurs, ceux qui ont réussi, ne sont plus attachés à une terre. Ils forment une caste internationale, comme les familles régnantes de l’ancien régime. Les nouveaux manants, en revanche, restent enracinés. A l’Ouest, s’ils ne font pas l’affaire, les seigneurs les remplacent. A l’Est ces mêmes manants ne veulent pas connaître cette forme d’abandon. Or c’est ce que leur propose une Europe qui n’est jamais qu’un club de seigneurs. On est très loin d’une Europe portée par un peuple européen.

Se trouvera-t-il, en soutien de Wauquiez, quelques européistes convaincus, porteurs d’un projet ambitieux, à même de dénoncer tous ces euro-béats qui détestent en profondeur l’Europe ? C’est l’avenir qui le dira.

Pierre EISNER (Le Parti des Européens)

30/10/2017

Elections parlementaires en Islande : un système divisé.

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Island_Thingvellir.jpgLes Islandais étaient amenés à voter pour leurs représentants cet octobre 2017 après avoir voté en 2016, en raison de l’impossibilité de disposer d’une majorité parlementaire stable. Les résultats désormais connus montrent une fragmentation encore plus nette de l’électorat islandais.

Avec 25,2% des voix et 16 députés, le Parti de l’Indépendance (eurosceptique, libéral et conservateur) réalise une contre-performance, perdant 3,8 points et 5 sièges. Bien qu’il demeure le premier parti du pays, le système proportionnel limite son impact et l’oblige surtout à une alliance afin de disposer de 16 sièges supplémentaires, la majorité parlementaire étant à 32 sièges (sur 63).

Avec 16,9% des voix (+ 1 point) et 11 sièges (+1), le Mouvement « Gauche verte » (social-démocrate, eurosceptique, éco-socialiste) maintient et renforce même légèrement ses positions. Le contexte est également favorable à la social-démocratie classique, pro-européenne, l’Alliance sociale-démocrate obtenant 12,1% des voix (+ 6,3 points) et 7 sièges (+4), dans un contexte où l’euroscepticisme reste dominant.

Le Parti du Centre (Miðflokurinn), nouveau venu de centre-droit, sur une ligne là encore eurosceptique mais également populiste, obtient 10,9% et 7 sièges, ce qui est un résultat considérable pour une première candidature aux élections parlementaires. Il semble avoir surtout pris au parti des Pirates, en net recul.

Les Pirates en effet n’obtiennent que 9,2% des voix (- 5,3 points) et 6 sièges (-4). Cette contre-performance est analogue aux autres partis « Pirates » en Europe, qui émergent puis reculent avant de disparaître. C’est un phénomène politique « feu de paille ». En Europe, seul le Mouvement 5 Etoiles italien, qui a émergé sur les thèmes de la démocratie directe via internet, a pu se maintenir à un très haut niveau.

Le Parti du Peuple, qui est à la fois socialiste, populiste et opposé à l’immigration, sur une synthèse originale qui rappelle néanmoins les tentatives de synthèse sociale et nationale, obtient 6,9% (+ 3,4 points) et 4 sièges (+4), perce également. Le Front national islandais (Islenska Þjorðfylkingin) qui avait obtenu seulement 0,16% des voix en 2016 sur une ligne nationaliste, n’était pas candidat.

Le Parti du Progrès (agraire, populiste, eurosceptique) progresse légèrement avec 11,5% des voix (+ 0,6 points) et conserve ses huit sièges. Enfin, le Parti de la Réforme (libéral, pro-européen) s’effondre avec 6,7% des voix (- 3,8 points) et 4 sièges (-3). De même le parti « Futur lumineux », à la fois libéral, social et européen, sombre avec 1,2% des voix (- 6 points) et perd toute représentation nationale. C’est encore davantage le cas avec le parti Aurore (Dögun) qui passe de 1,73% des voix en 2016 à 0,1%.

Les mouvements pro-européens, à l’exception des sociaux-démocrates qui progressent à leur détriment, ont été sévèrement sanctionnés par les électeurs. C’est une ligne nationale, à dominante eurosceptique, qui sort renforcée, avec en outre l’émergence d’un mouvement anti-immigration associant ce refus à des thématiques économiques de gauche. Toutefois le Parti de l’Indépendance en est lui-même victime, alors que la gauche éco-socialiste, eurosceptique, se maintient à un niveau élevé.

L’Union Européenne, que l’Islande a renoncé à rejoindre, n’apparaît plus comme une perspective favorable pour une Islande angoissée qui entend davantage préserver ses intérêts et qui craint pour son identité face aux phénomènes migratoires, alors qu’il n’y a que 300.000 Islandais, soit à peine le nombre d’habitants du Grand Nancy en France.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens).

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22/10/2017

Elections en Tchéquie : une droite renforcée, une gauche moribonde, un euroscepticisme en hausse

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Tchéquie,ANO2011,Babis,SPOLes élections législatives tchèques qui se sont déroulées les 20 et 21 octobre 2017 ont permis la victoire d’Andrej Babis, à la tête du mouvement ANO 2011, un candidat milliardaire représentant la droite libérale et qui a fait campagne notamment sur le refus d’accueillir des migrants. Babis, comparé par certains à un Berlusconi tchèque, a obtenu 29,64% des voix (+ 11 points) et 78 sièges (+31). Il n’a certes pas obtenu la majorité absolue, qui est de 101 sièges (sur 200) mais il est en mesure de bâtir une coalition autour de son mouvement.

Le parti civique démocratique (ODS), dirigé par Petr Fiala et connu pour ses positions plutôt eurosceptiques et conservatrices, avec 11,32% des voix (+ 3,6 points) et 25 sièges (+9), pourrait donner une majorité parlementaire à Babis dans le cadre d’une coalition, sachant que ce dernier a indiqué en revanche qu’aucune alliance avec l’extrême-droite, à savoir le Parti de la liberté et de la démocratie directe (SPD) de Tokio Okomura. Dans ce contexte, Babis s’opposera nécessairement au président français Macron et maintiendra certainement le soutien de son pays au groupe dit de Visegrad.

La volonté de renouvellement des électeurs s’est également exprimée par le succès du parti nationaliste SPD, qui obtient 10,64% et 22 sièges pour sa première élection législative, confortant les résultats des élections européennes. L’existence de ce parti, qui ne participera certes pas à une coalition au pouvoir, ne peut qu’encourager Babis à maintenir une ligne dure sur les questions migratoires. Les Pirates tchèques (Pirati), phénomène transnational aux succès en dents de scie, ayant quasiment disparu d’Allemagne après quelques succès mais ayant en revanche réussi en Islande à peser sur la politique nationale, entrent au parlement avec 10,8% des voix (+8,1 points) et 22 sièges.

L’émergence de ces nouveaux partis, en plus du succès de l’ANO de Babis, se fait au détriment des partis traditionnels. Les communistes, qui étaient encore bien représentés, tombent à 7,76% des voix (- 7,15 points) et 15 sièges (-18). Les sociaux-démocrates du CSSD avec 7,27% des voix (- 13,09 points) et 15 sièges (-35) sont littéralement laminés. Ces deux partis de gauche réunis perdent en tout près de 20 points, ce qui est considérable. La peur du laxisme migratoire prêté à la gauche a été déterminante pour expliquer son effondrement électoral.

Mais la droite classique, représentée par les démocrates-chrétiens et le mouvement TOP 09, ne s’en sort guère mieux. Le KDU-CSL (chrétien-démocrate) n’obtient que 5,8% (-0,8 points) et 10 sièges (-4) tandis que TOP 09 obtient 5,31% (-6,7 points) et 7 sièges (-19).

Enfin le mouvement modéré des « Maires et indépendantes », s’appuyant sur son enracinement local, obtient 5,18% des voix et fait rentrer au parlement 6 députés.

Les petites formations politiques sont également victimes du succès d’ANO et autres des formations émergentes. Avec 1,46% des voix (- 1,74), les Verts (Zeleni) perdent tout rôle politique, de même que le Parti des droits civiques, de gauche modérée, qui doit se contenter de 0,36% des voix (- 1,15). Ils subissent tous le rejet de leurs thématiques dans un contexte de forte angoisse identitaire.

Avec l’émergence du SPO, les autres partis de droite radicale, qui étaient nombreux à se présenter, sont marginalisés. Le mouvement Svobodni (« Parti des citoyens libres »), eurosceptique, tombe à 1,56% des voix (- 0,91). En revanche le mouvement Rozumni, eurosceptique, obtient 0,72% (+ 0,45). Enfin le mouvement des Réalistes (Realisti), là encore eurosceptique et anti-immigration, obtient 0,71% des voix.

Les formations encore plus dures, comme l’ultra-radical DSSS (Parti des travailleurs et de la justice sociale) avec 0,2% des voix (- 0,66), l’Ordre de la nation (RN-VU) avec 0,17%, comme le Bloc contre l’islamisation (0,1%) ou comme les Républicains de Miroslav Sladek (SPR-RSCMS) avec 0,19% des voix, sont maintenues à des scores dérisoires, sans parler du Front national tchèque (117 voix en tout) ou de « La nation ensemble » (300 voix). Mais toutes illustrent néanmoins la volonté tchèque de se préserver du globalisme.

25,7% des électeurs thèques ont voté pour des formations nationalistes ou souverainistes opposés à l’Union européenne comme à l’arrivée de migrants, ce qui est considérable. Certains des partis proposant une offre eurosceptique seront certainement associés au nouveau gouvernement autour de la figure d’Andrej Babis (ANO), qui est la seconde plus grande fortune du pays. Ce dernier n’entend pas se faire dicter sa politique par quiconque, et certainement pas par Bruxelles. Babis ne tombera certes pas dans l’euroscepticisme, pas davantage que Viktor Orban en Hongrie n’y a cédé, mais va accroître le pôle de résistance d’Europe médiane. Le succès autrichien de Sebastian Kurz devrait renforcer également ce pôle.

Il serait peut-être que les dirigeants d’Europe occidentale, et par conséquence les responsables de Bruxelles, comprennent que la politique qu’ils proposent est impopulaire et contraire à l’intérêt véritable des Européens. L’unité européenne ne sera possible qu’en trouvant un terrain d’entente, c’est-à-dire en refusant explicitement les « valeurs » du globalisme.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

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16/10/2017

Défense et illustration du drapeau européen.

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En 1987, l’alsacien Arsène Heitz, membre de l’équipe de création du drapeau européen, affirmait avoir été inspiré par la couronne mariale. C’est possible. Mais ce n’est pas la seule inspiration qui a abouti à ce résultat. L’organisation Pan Europe prônait un drapeau bleu avec un cercle jaune en son centre et une croix rouge en son sein, unissant le soleil d’Apollon et la croix des croisés.

Le bleu est la couleur de l’Europe, par ses aspirations célestes et par les mers qui l’entourent. C’est la couleur du firmament, c’est la couleur de Zeus venu sur terre conquérir le cœur d’Europe. Les douze étoiles en cercle représentent la concorde entre les douze « dii consentes » olympiens du lectisterne de 217 avant J.C (dédicace romaine aux dieux pour conjurer la menace représentée par Hannibal), six dieux et six déesses à parité, également cités par le poète latin Ennius.

C’est aussi le nombre de travaux héroïques accomplis par Héraclès, et il est certain que l’effort pour unir l’Europe est digne de Prométhée et d’Héraclès réunis. Le nombre 12, qui résulte de 3*4, de la trinité indo-européenne, puis chrétienne, et des quatre éléments, est un symbole de perfection cosmique. Le cercle représente le disque solaire aussi bien que l’harmonie, qui est dans la mythologie grecque fille d’Arès et d’Aphrodite. Cela rappelle la couronne d’Astrée, la déesse de la justice (et des étoiles), qui régnait sur terre du temps de l’âge d’or aux côtés de Cronos/Saturne.

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Jean-Luc Mélenchon s’indigne que le drapeau européen soit arboré à l’assemblée nationale. Il déclare : « C’est la république française, pas la vierge Marie ». Et s’insurge de devoir être « obligé de supporter ça ». Il oublie que les révolutionnaires de 1789 voulaient étendre leur révolution à toute l’Europe, avant le virage chauvin de Valmy (1792) et la terreur.

Il propose que ce drapeau soit remplacé par le drapeau de l’ONU, symbole du mondialisme par excellence. On songera à Asselineau en campagne présidentielle aux côtés du drapeau français et du drapeau onusien. Marine Le Pen avait exigé sur le plateau de TF1 que le drapeau européen soit retiré et avait annoncé, élue présidente, qu’elle le ferait retirer de tous les bâtiments publics.

Mélenchon a donc proposé de faire retirer ce drapeau, et Macron s’y est clairement opposé. Dupont-Aignan rappela que le statut du drapeau européen était mentionné dans le traité que les Français avaient refusé par référendum en 2005. Je doute pourtant qu’un seul électeur ait voté non pour cette raison. Enfin Louis Aliot a soutenu mollement cette proposition en indiquant que « nous sommes dans l’assemblée nationale, c’est normal qu’il n’y ait que le drapeau français ». Le repositionnement pro-européen du FN à 180° de la position antérieure et que Marine Le Pen a officialisé dans son discours de Carpentras, a encore du mal à rentrer dans les esprits.

D’un point de vue juridique et institutionnel, il est indiscutable que la présence du drapeau européen à l’assemblée nationale pose question. Mais il rappelle l’engagement européen des dirigeants et parlementaires français mais aussi le caractère européen du peuple français. C’est un symbole fort, exactement comme la statue de Minerve/Athéna sise devant l’assemblée. Qu’une déesse païenne, symbole même de la religion native européenne, s’y trouve, devrait indigner ce laïcard de gauche.

Le drapeau européen n’a pas à être associé mentalement à la politique des actuels dirigeants de l’Union Européenne, qui sont choisis par les chefs d’état et de gouvernement, qui plus est. Sinon, il faudrait refuser de la même façon le drapeau français sous prétexte qu’il a été instrumentalisé par des gens dont on condamne la politique.

Ce drapeau est innocent de l’exploitation qu’en font des dirigeants incapables par ailleurs de le brandir et encore moins de mourir en son nom. C’est à nous, les vrais européens de sang et d’âme de le reprendre à ceux qui ne sont pas dignes de le brandir. Le drapeau européen bleu aux douze étoiles doit devenir le symbole de la résistance de l’Europe au mondialisme. Au lieu d’y voir le symbole de l’oppression globaliste sur l’Europe, voyons-y le symbole de la liberté demain retrouvée, dans l’unité politique et la réconciliation morale du continent. J’ai rappelé que ce drapeau était lui aussi porteur de la longue mémoire européenne.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

Elections autrichiennes : la barre à droite toute.

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800px-Kurz2017.jpgAvec 31,36% (+ 7,37) des voix et 61 sièges (+14), l’ÖVP de Sebastian Kurz réussit son pari de renforcer sa formation politique et maintient le FPÖ de Hans-Christian Strache à bonne distance. Ce dernier, qui avait atteint parfois jusqu’à 37% des voix dans certains sondages, n’a cessé de reculer depuis l’ascension médiatique du ministre Kurz. Le FPÖ néanmoins obtient dans ce contexte 27,35% des voix (+ 6,85) et 53 sièges, ce qui est le meilleur résultat de son histoire, légèrement supérieur à celui obtenu par Jörg Haider en 2000.

Le SPÖ, à la différence de la SPD allemande voisine, ne s’effondre pas. Il obtient 26,75% des voix et 52 sièges, soit le même résultat qu’en 2013. Son électorat se maintient dans un contexte où les formations écologistes reculent de cinq points en tout.

La formation d’Alexander van der Bellen, président autrichien actuel, élu pour faire barrage au candidat du FPÖ Norbert Hofer, s’effondre avec 3,32% des voix (- 9.1) et perd toute représentation parlementaire (-24 sièges). Les Verts (Grüne) ont été victimes également de la concurrence d’une scission, le mouvement Pilz, du nom de son fondateur, qui obtient 4,13% des voix et 8 sièges.

Avec 4,96% des voix et 9 sièges, la liste NEOS, de centre-droit et en faveur de la construction européenne, maintient son résultat de 2013. Le fort tripartisme autrichien a empêché cette formation d’accroître son audience mais elle a su fidéliser son électorat.

Les autres formations politiques populistes sont réduites à la portion incongrue. La liste FLÖ issue d’une scission du FPÖ menée notamment par Barbara Rosenkranz obtient 0,18% des voix. La liste ultra-anti-européenne EUAUS, qui prône une sortie de l’Autriche de l’UE, 0,01%. Les communistes du KPÖ obtiennent 0,73% des voix (- 0,29), récupérant le vote gauchiste. Enfin la liste représentant les minorités musulmanes, liste pro-Erdogan, à savoir le NBZ, obtient 0,06% des voix soit à peine 2600 électeurs. C’est l’échec également pour la formation populiste GILT, qui n’obtient que 0,92% des voix. Les listes divers (Sonstige) sont donc laminées, perdant près de sept points en tout par rapport à 2013.

Le SPÖ a immédiatement proposé une alliance avec l’ÖVP mais Sebastian Kurz va devoir rapidement faire un choix déterminant. Ou bien il peut imiter Sarkozy, et après avoir tenu une ligne droitière pendant la campagne, faire l’ouverture à gauche une fois au pouvoir. Mais ce serait tactiquement maladroit, surtout en Autriche. Ou bien il peut proposer une coalition avec Strache et le FPÖ, au risque de susciter en Europe occidentale une campagne de dénigrement, et c’est probablement le choix qui sera le sien.

Pour le FPÖ, ce résultat est paradoxal. C’est certes son meilleur score mais il est très en-dessous des espérances que Strache pouvait avoir il y a encore quelques mois. Il a été incapable de freiner l’ascension de Kurz qui a su convaincre d’anciens électeurs ÖVP, tentés par le FPÖ, de retourner au bercail. Les perspectives de devenir chancelier s’évanouissent donc.

Si le FPÖ accepte de rejoindre une coalition autour de l’ÖVP, le risque est fort que le parti connaisse une hémorragie électorale à terme, comme cela avait été le cas en 2000. Mais si le FPÖ reste dans l’opposition, on lui reprochera de ne pas vouloir participer au pouvoir et de ne pas être un parti de gouvernement. Il est donc là encore probable que Strache accepte de rejoindre une coalition, à la condition d’obtenir au moins le ministère de l’intérieur.

Une coalition ÖVP/FPÖ avec Sebastian Kurz comme chancelier, est donc vraisemblable. Elle ne suscitera sans doute pas les cris d’orfraie de la coalition précédente ÖVP/FPÖ de 2000. Strache n’est pas Haider et il a su éviter tout le long de sa carrière à la tête du FPÖ les déclarations provocatrices qui inquiéteraient une partie notable de ses propres électeurs.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

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15/10/2017

L’impasse de l’indépendance catalane.

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810px-Flag_of_Catalonia.pngToutes les identités d’Europe doivent être préservées et il n’y a aucune raison en soi que l’identité catalane soit écrasée par l’identité castillane. Elles ont toutes le même droit de perpétuer leur héritage/patrimoine et de le transmettre aux nouvelles générations. La France jacobine a écrasé les identités propres à son territoire en imposant le français, c’est-à-dire en réalité le francilien, la dialecte d’oïl de la région parisienne, siège du centralisme capétien puis républicain. Et de même le régime franquiste en Espagne a violemment réprimé les nationalismes catalan et basque.

Mais depuis les années 70, les provinces d’Espagne, comme la Catalogne, ont bénéficié d’une large autonomie. Ce ne sont pas les Espagnols qui mettent en danger l’identité catalane mais les prétendus indépendantistes catalans eux-mêmes, animés par une idéologie gauchiste qu’on peut retrouver chez Podemos, et qui les amènent à se faire les promoteurs d’une immigration immodérée, créant ainsi la seule menace réelle sur l’identité catalane.

En réalité, la pire chose qui pourrait arriver aux Catalans eux-mêmes serait que ces « indépendantistes » qui nient la parenté de culture entre Castillans et Catalans, et entre Européens en général, arrivent au pouvoir d’un Etat devenu indépendant, où ils distribueront la nationalité catalane à tout le monde, détruisant l’identité catalane qu’ils prétendent défendre.

Le gouvernement espagnol ne veut pas de l’indépendance catalane pour de bonnes et de mauvaises raisons. Sa façon d’affirmer son pouvoir ne paraît pas adéquate. Il aurait suffi de garantir les conditions démocratiques d’un référendum, que les indépendantistes auraient certainement perdu, pour désactiver leur action.

Les régionales ou indépendantistes de droite, notamment en Flandre, qui ont apporté leur soutien à l’indépendance catalane se trompent de combat. Les identitaires catalans font fausse route en acceptant que leurs pires adversaires en Catalogne réalisent cette indépendance à laquelle eux-aussi aspirent. Une responsable de SOM Catalans déclare ainsi qu’il n’y a « rien de commun entre l’Espagne et la Catalogne », ce qui est une absurdité d’un point de vue historique. Cette identitaire catalane revendique également la Catalogne française, mais aussi les Baléares et Valence.

Outre le combat commun pour la Reconquista, il y a le même héritage celte, romain et germanique (gothique), sans parler de l’héritage ibère plus ancien. Ce genre de déni me fait penser à celui des souverainistes français, qui considèrent que la France et les autres nations d’Europe n’ont rien en commun, alors que dans le même temps selon eux « tout le monde » peut devenir français.

Alors que le combat identitaire implique de se placer dans le cadre d’une Europe unie, nous retrouvons là les égarements nationalistes classiques. Faire de la Catalogne un État souverain de plus, quel intérêt ? Pour ne pas avoir à contribuer économiquement au reste de l’Espagne, alors même que la gouvernance catalane pratique l’assistanat généralisé ?

Il est indéniable que les États nationaux classiques sont incapables de protéger les Européens contre le mondialisme, mais si l’État espagnol en est incapable, que dire du futur État catalan ? Le cas de l’Écosse est différent puisque c’est parce qu’elle veut rester en Europe qu’elle envisage de se séparer du Royaume-Uni, mais pour y appliquer la même politique migratoire suicidaire, en pire.

Il ne faut pas un État de plus en Europe, mais un seul Etat pour l’Europe. En ce sens, Catalans et Espagnols resteront les citoyens d’un même ensemble, sans les contentieux historiques désormais ringardisés, qui s’appellera l’Europe. C’est dans l’unité politique du continent que se trouvent la réconciliation et la restauration des identités d’Europe menacées par le globalisme, qu’il soit libéral ou marxiste. Les défenseurs de l’indépendance catalane ont tort. Les partisans d’une Espagne unie aussi. Tous deux nient l’essentiel, la nécessité d’une Europe politique forte et unie qui n’a que faire de querelles de clochers sans intérêt, tant que les identités sont préservées.

C’est par l’Europe que l’identité catalane, comme l’identité castillane d’ailleurs, sera préservée. Il est donc impératif que les catalans identitaires laissent à cette extrême-gauche funeste ce fantasme d’une souveraineté de papier et œuvrent plutôt à l’émergence d’une Europe unie, respectueuse par subsidiarité des identités intra-européennes.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

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02/10/2017

Elections parlementaires en Allemagne : le Bundesrat sans majorité.

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cdu-og-image-1200x630.jpgAngela Merkel a gagné mais en version Pyrrhus. Avec 33% des voix (26,8% pour la CDU et 6,2% pour le CSU, sa variante bavaroise), obtenant 246 députés (sur 709), la démocratie chrétienne réalise son plus mauvais score de l’après-guerre. C’est dire si la chancelière est devenue impopulaire en quelques années, et une CDU plus courageuse aurait déjà changé de dirigeante, faisant avec elle ce que cette dernière avait fait avec Helmut Kohl.

Son seul motif de satisfaction est d’avoir amené la SPD, avec laquelle elle formait une grande coalition depuis plusieurs années, au plus bas à son tour. Avec 20,5% des voix et 153 députés, la SPD connaît l’un des résultats les plus médiocres de son histoire. Son candidat, l’ancien président du parlement européen Schulz, restera finalement à la tête du parti, au prix du refus de participer à une nouvelle coalition avec la CDU. Cette dernière doit donc se trouver de nouveaux alliés.

Le grand vainqueur de cette élection, par sa marge de progression (+ 7.9 points), est l’AfD dont la campagne fut menée sur un ton identitaire par le tandem gagnant Gauland/Weidel. Même si l’ancienne dirigeante Frauke Petry, à peine élue, claquait la porte du parti en emmenant son député européen de mari, l’AfD est renforcée, avec ses 12,6% des voix et ses 94, et donc désormais 93, sièges. L’extrême-droite classique est laminée, la NPD ne faisant que 0,4% des voix (- 0.9 points) et les REP étant simplement absents, la plupart de leurs adhérents ayant rejoint l’AfD.

Avec 10,7% des voix et 80 sièges, le FDP (libéraux) revient en fanfare au Bundestag. Son jeune dirigeant dynamique, Christian Lindner, qui revendique le ministère de l’économie, a su dynamiser son parti sur une ligne libérale et identitaire, limitant sans doute la marge de progression de l’AfD. Il est devenu faiseur de roi et allié indispensable de Merkel. Mais il va certainement négocier très chèrement sa place.

Les Verts (Grünen) avec 8.9% (+0.5 points) des voix et 67 sièges (+4) sortent également renforcés de ce scrutin, au détriment des sociaux-démocrates. Merkel souhaiterait sans doute les associer au pouvoir pour bâtir sa nouvelle coalition, mais les options très à gauche du parti rendent l’alliance avec la FDP et même avec la CSU très hypothétique. Si elle échoue à bâtir ce que la presse appelle une coalition « jamaïque », elle devra se tourner à nouveau vers les urnes, ce qui serait inédit en Allemagne depuis 1933.

Mais le regroupement de partis aux options antagonistes est très aléatoire et surtout sans stabilité. La CSU pourrait choisir de passer dans l’opposition afin de redorer son blason. De même la CDU pourrait être tentée en cours de mandature de faire tomber Merkel et de changer de dirigeant. Son résultat médiocre ne peut que les y inciter, surtout si l’AfD continue d’accroître son audience à droite.

La gauche radicale de « Die Linke » avec 69 sièges (+5) et 9.2% (+ 0.6 points) se maintient à un niveau élevé. Exclue depuis toujours du pouvoir, même à gauche, son rôle sera le même que celui de l’AfD, faire de la figuration. L’AfD néanmoins pourrait, en cas de coalition minoritaire CDU-CSU-FDP, peser sur la politique du gouvernement, comme le fait le DFP au Danemark.

Dans tous les cas, Angela Merkel a en même temps gagné et perdu les élections. Le désaveu est cuisant. Otage de ses alliés potentiels (Verts et FDP) auxquels elle devra beaucoup céder, au point d’irriter son propre parti, son destin ne lui appartient plus vraiment. Elle ne pourra pas non plus donner suite aux propositions de Macron de refonder l’Union Européenne, certes sur des bases pas plus satisfaisantes que les actuelles.

De la diabolisation à droite.

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De « Poujadolf » (à propos de Pierre Poujade) à la fascisation du général De Gaulle, accusé d’un « coup d’état permanent » par Mitterrand, la gauche marxiste a depuis les années 20 et 30 comme habitude d’accuser de « fascisme » tous ses adversaires idéologiques. Elle a employé cet argumentaire dès les années 80 pour contrer l’ascension du Front National, que ce même Mitterrand avait sciemment rendu possible par l’accès offert à son dirigeant sur les plateaux de télévision.

Ce qui est plus surprenant, c’est que cette pratique de diabolisation que Leo Strauss avait appelée « reductio ad hitlerum » a désormais essaimé à droite et avec un certain succès. C’est désormais par l’anathème que les différentes figures de droite veulent « débattre ». Ainsi Gérald Darmanin a-t-il annoncé que la victoire prévisible de Laurent Wauquiez à la tête des Républicains allait amener le parti à la « droite extrême ». De même, le nouveau dirigeant d’UKIP Henry Bolton a-t-il accusé son adversaire identitaire Anne-Marie Waters de vouloir transformer le mouvement en « parti nazi britannique ».

Enfin Florian Philippot, à peine démissionnaire du Front National, accuse le FN de « mégretisme » sous prétexte que certaines figures du parti sont issues de l’ancien MNR de Mégret, mais sont revenues au FN bien avant que lui-même n’y mette les pieds. L’accusation est amusante dans le sens où il imite ainsi Jean-Marie Le Pen qui en 1998 dénonçait dans les partisans de Mégret « des extrémistes et même des racistes ». Il accuse le FN de retourner à ses « vieux démons », donnant donc raison aux partisans de la diabolisation à outrance de ce parti pour l’écarter du pouvoir. En somme, il dit ouvertement qu’il a quitté un parti qui avait été réellement le diable.

Frauke Petry, ancienne dirigeante du mouvement populiste AfD en Allemagne, parti qui vient de réussir une percée électorale avec 12,6%, claque la porte à peine élue, au mépris du respect dû aux électeurs qui ont voté pour elle, afin de dénoncer des attitudes extrémistes chez ses anciens compagnons de combat. Auparavant, elle avait elle-même été diabolisée par Bernd Lücke, l’ancien dirigeant plus europhobe qu’identitaire, quand celui-ci avait été poussé vers la porte.

On pourrait imaginer que des gens qui ont été victimes de la diabolisation à outrance épargneraient à leurs propres adversaires au sein de leur camp d’avoir recours à ces mêmes ficelles dialectiques. Il n’en est rien. Il faut toujours trouver plus extrémiste que soi pour plaire aux media. Ce faisant, on ne sera jamais consensuel parce qu’il y aura toujours quelqu’un pour vous montrer du doigt.

Florian Philippot, grand artisan de la dédiabolisation ratée, en a fait d’ailleurs lui-même récemment les frais. Alors qu’il ne cessait de dénoncer le « néo-extrémisme » au sein de son ancien parti, une journaliste évoqua alors les messages douteux d’un de ses compagnons de route, quand d’autres rappelaient le passé à Terre et Peuple, organisation que Louis Aliot (FN) qualifiera d’extrémiste bien sûr, d’une de ses lieutenantes.

Et si le manichéisme en politique n’était qu’une façon de taire les vrais débats ?

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

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17/09/2017

Elections parlementaires en Norvège : victoire à la Pyrrhus de la coalition sortante.

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Fremskrittspartiet_parti_du_progres_norvege.pngAlors que l’Europe entière attend avec impatience le résultat des élections parlementaires en Allemagne, les Norvégiens votaient ce 11 septembre 2017. Il s’agissait pour eux de reconduire ou de renforcer la coalition sortante minoritaire composée des conservateurs du Høyre et des populistes du Parti du Progrès (Fremskrittspartiet ou FP) de Siv Jensen. En face d’eux, les Travaillistes (Arbeiderpartiet) cherchaient à proposer une alternative.

Les électeurs ont finalement choisi la continuité politique, même si certains mécontentements se sont exprimés en faveur de partis minoritaires, centristes ou d’extrême-gauche. Les mouvements d’extrême-droite quant à eux sont marginalisés par le FP et ne présentaient aucune liste.

Avec 27,4% des voix, les Travaillistes (AP) restent le premier parti du pays, comme il l’était aux élections précédentes, avec 27,4% des voix. Néanmoins ils reculent de 3,4 points alors qu’ils sont pourtant dans l’opposition depuis plusieurs années. Avec 49 sièges, ils en perdent 6.

Høyre subit l’usure du pouvoir, n’obtenant que 25% des voix (-1,8 points), de même que le FP qui passe de 16,4% à 15,2%. Le désaveu de la coalition sortante est donc très limité et surtout il ne profite pas à la principale force d’opposition. Høyre disposera de 45 députés (-3) et le FP de 27 députés (-2).

Les centristes du Senterpartiet (« Parti du centre ») sont les principaux bénéficiaires de ce recul des grands partis en obtenant 10,3% des voix et (+4,8 points) et 19 sièges (+9). La Gauche Socialiste (Socialistisk Venstreparti) avec 6% des voix (+1,9) et 11 sièges (+4) progresse également au détriment des Travaillistes. Même chose pour la gauche radicale du Parti Rouge (Rødt) qui obtient 2,4% des voix (+1,3) et son premier siège au parlement. Enfin les Verts conservent leur seul siège, et renforcent leur poids électoral avec 3,2% des voix (+0,4).

Libéraux (Venstre) et chrétiens-démocrates (Kristelig Folkeparti) qui avaient soutenu la coalition sortante sans y participer reculent en revanche, avec 4,4% (-0,8) et 8 sièges (-1) pour les premiers et 4,2% (-1,4) et 8 sièges (-2) pour les seconds. Ce recul n’a manifestement pas profité aux partis de la coalition ou aura simplement diminué leur recul.

Avec 72 voix en tout, la coalition sortante est loin des 85 sièges nécessaires pour disposer d’une majorité. Si les deux partis minoritaires précédemment évoqués apportaient leur soutien, cela ferait en revanche 88 sièges. C’est le cas le plus probable.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

27/08/2017

Le Front National pris dans une aporie insoluble. Constat d'une faillite programmée.

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Front National,Marine Le Pen,échecSi le FN a dédiabolisé son discours, en renonçant en réalité à tout ce qui en faisait la sève, l’édulcorant au point de le rendre semblable à celui de tous les autres partis, il n’a pas démocratisé son mode de fonctionnement interne. Le président du parti, qui est toujours un Le Pen, est indéboulonnable et ne cède sa place que quand il le décide. Il est donc décrété candidat naturel du parti ad vitam aeternam, et en ce sens la présidence de « Marine » est conforme à la présidence de « Jean-Marie ».

La campagne de 2017 a révélé un double échec : échec personnel de Marine Le Pen qui n’a pas été élue présidente, même si elle a été élue député, sans groupe, dans la meilleure circonscription de France pour son parti ; échec de la stratégie politique du Front National, avec ses thèmes souverainistes, à l’instar de l’abandon de l’euro. Aux législatives, le FN a dû se contenter d’un petit 13,2%, loin des 27% obtenus aux élections européennes de 2014. Aux présidentielles, le FN a obtenu 21,3% des voix, soit à peine un point de plus que François Fillon, et 33,9% au second tour. Ce dernier résultat, s’il atteint un record, est néanmoins très inférieur à ce que le parti pouvait espérer.

Contrairement à 2002, le second tour a eu lieu d’une manière classique, le moment clé étant le débat entre les deux finalistes. Emmanuel Macron ne se déroba pas à l’affrontement, même si tactiquement il laissa filtrer la fausse information selon laquelle il quitterait le débat si Marine Le Pen l’y poussait. Les « stratèges » de Marine Le Pen tombèrent dans le piège en la poussant à un discours de rupture et de provocation.

Marine Le Pen n’a pas seulement perdu l’élection et le débat. Dans ce débat, elle a révélé son vrai niveau de compétence ou d’incompétence, selon le fameux principe de Peter. Très bonne candidate quand on lui oppose des anathèmes sans fondement, elle devient médiocre lorsqu’elle est amenée à exposer ce qui lui sert de programme. Elle est parue confuse, déconnectée des enjeux, attaquant son adversaire sur le terrain où celui-ci est le plus fort. Épuisée par une campagne mais aussi par des choix stratégiques absurdes, comme sa visite la veille du débat à un collectif africain où elle a promis 15 milliards d’euros par an pour l’Afrique, alors qu’elle ne cessait de vitupérer contre les 9 milliards d’euros versés chaque année à l’Union Européenne, elle n’avait manifestement pas le niveau. Enfin, ses quelques pas de danse à la fin d’une soirée d’échec électoral, créant une désespérance profonde auprès de ses électeurs, sympathisants et militants, ont accentué le désaveu.

On peut se remettre d’une contre-performance électorale mais pas d’un débat de second tour vu par des millions de Français, dont ses électeurs, où elle a révélé son vrai visage. Car nombreux étaient ceux qui depuis de nombreuses années connaissaient la réalité derrière le masque. Les bons résultats électoraux de ces dernières années avaient envoyé un message trompeur.

La stratégie a été mise en cause et à juste titre, mais changer de stratégie n’est pas aussi simple. Le débat sur l’euro a été mis sous le boisseau, même si Florian Philippot y revient sans cesse, mais le parti reste officiellement opposé à la monnaie unique. Le choix est désormais de ne plus en parler et d’axer le propos sur le rétablissement des frontières nationales. C’est inaudible. Les thèmes identitaires, mis en avant par Bay, et les thèmes souverainistes, mis en avant par Philippot, sont irréconciliables.

Une stratégie est également incarnée. Marine Le Pen a tellement mis en avant une ligne souverainiste qu’il lui est impossible d’y renoncer. Si changement de ligne le FN doit adopter, ce qui ne passe pas nécessairement par un changement de nom, relevant d’une logique cosmétique, il faut un changement de dirigeant, de candidat. Or c’est impossible pour les raisons évoquées préalablement. Marine Le Pen est indéboulonnable, et personne ne s’opposera à elle lors du congrès de 2018, mais elle est gravement démonétisée, et même décrédibilisée par le débat du second tour. Même Florian Philippot reconnaissait, selon un propos rapporté par le Canard Enchaîné dont il niera ensuite la réalité, que Marine Le Pen « était décrédibilisée à jamais ».

Robert Ménard, dans une tribune qui lui a valu les foudres de Florian Philippot, a clairement indiqué la nécessité d’un changement stratégique et d’un changement de direction, espérant l’émergence d’une personnalité nouvelle. Si une telle personne devait émerger, néanmoins, cela ne serait pas au Front National. A moins d’une démission surprise de Marine Le Pen, qui créerait automatiquement une scission en deux, le parti est promis à un déclin plus ou moins long. Or le FN empêche l’émergence d’une nouvelle personnalité, en son sein aussi bien qu’en dehors, car il est encore en position de monopole sur des thèmes identitaires que pourtant il réfute.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

« Habebamus papam » ou comment le pape a abandonné l’Europe.

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1280px-Vatican_3.jpgLe pape François (Jorge Bergoglio) a publié un texte ce lundi 21 août en faveur des migrants, texte qui dépasse de loin toutes ses déclarations antérieures en leur faveur. Ainsi rejette-t-il tous les arguments opposés à l’accueil, exigeant qu’aucune considération de sécurité ou d’économie n’entrave leur arrivée. Il invite à donner la nationalité à leurs enfants s’ils naissent sur le sol européen, de leur permettre d’accéder au travail, même s’il y a des millions de chômeurs dans nos pays, et de conserver leur identité dans son intégrité. Cela fait d’ailleurs plusieurs mois qu’il incite les dirigeants italiens à instaurer le « droit du sol », au grand dam des patriotes italiens. Il invite enfin les Européens à accepter le plus large regroupement familial.

En clair, il invite les Européens à se dépouiller et à céder à une charité totale, même si cela devait amener à leur ruine économique et à la disparition de leur identité millénaire, même chrétienne. Ce serait donc la fin de l’Europe et même de la Chrétienté au nom d’un christianisme extrême dans l’esprit, celui-là même qu’on retrouvait dans l’empire romain au IIème siècle de notre ère. Le mot de Nietzsche concernant la charité, l’amour rendu vicieux, a alors tout son sens.

Quelle est donc la stratégie à l’œuvre au Vatican et que le pape François dévoile sans retenue ? L’analyse de l’Église est de considérer que l’Europe est un continent perdu pour le christianisme, en raison de sa dénatalité, de sa profonde déchristianisation, l’évêque Hippolyte Simon s’étant inquiété il y a un peu moins de deux décennies du renouveau du paganisme en Europe, et des flux migratoires qu’elle subit, notamment en provenance de pays musulmans.

Pourtant, l’Europe est la base du christianisme, sans laquelle elle n’aurait été qu’une des nombreuses religions orientales de l’empire romain. Le pape abandonne l’Europe au nom des pauvres du monde entier, s’appuyant désormais sur l’Amérique du sud, sur l’Afrique où l’Église est en concurrence avec l’islam et l’évangélisme protestant, et sur l’Inde et la Chine si ces dernières échouent à s’opposer à son prosélytisme.

D’un point de vue social, le pape a adopté un discours marxiste prenant la défense systématique des pauvres dans le monde entier, sans aucune pensée pour les Européens en souffrance. La raison en est que, tout comme l’islam, le christianisme a choisi de prendre la défense des « damnés de la terre ». Or, selon cette idéologie, les Européens représentent désormais le mal.

Par ailleurs, le fait que le pape François ait à peine pris la défense des chrétiens d’orient, préférant même ramener à Rome des migrants musulmans, montre qu’il considère que, comme ces communautés, l’Europe n’a plus d’avenir. Le pape anticipe donc la fin de l’Europe sans état d’âme, et prépare déjà l’Église à un monde sans Europe et où elle sera la deuxième religion mondiale après l’islam. Il a donc signé de fait un « pacte de soumission ». Mais en abandonnant sa base, de qui elle doit tout, elle choisit la proie pour l’ombre.

Face à cet abandon de l’Europe à un sort funeste, sans avoir le courage d’un Nicolas V appelant à défendre Constantinople, et face au reniement de la civilisation sans laquelle l’Église ne serait rien, les Européens doivent constater que le christianisme organisé ne leur sera d’aucun secours. Même Philippe de Villiers et Ivan Rioufol doivent constater que le pape « veut punir l’Europe », prônant une « théologie mondialiste mortifère pour l’Europe ».

Les églises orthodoxes, à l’instar du patriarche Kirill, même si elles ne sont pas exemptes de dérives potentielles, étant nationales, elles remplissent leur mission de défense de la communauté nationale. L’église arménienne défend et bénit ceux qui vont se battre au Haut-Karabagh. Est-ce à dire qu’il faudrait une église (orthodoxe) d’Europe ? L’État du Vatican, sauvé une première fois par Napoléon III et une seconde fois par Mussolini, n’a plus de sens à partir du moment où l’Église renonce à l’Europe. Il doit donc être restitué aux Romains, aux Italiens, aux Européens.

Au discours du pape et de l’Église, à l’exception de quelques prélats courageux, en dehors de prôner la renaissance de la civilisation européenne, deux choix se défendent et départageront les Européens. Le premier choix est la mise en avant d’un christianisme identitaire de rupture avec l’universalisme, avec une Eglise nationale d’Europe. Le second choix est le retour aux paganismes indigènes de l’Europe, aux religions natives des Européens avant la christianisation. Des Européens de plus en plus nombreux font ce choix, de l’Islande jusqu’à la Russie. Ils observent notamment ce qui se passe en Inde, où les patriotes hindous, désormais au pouvoir par le biais du parti BJP et de Narendra Modi, s’opposent aux religions universelles avec un certain succès.

Demain l’Europe renaissante saura se souvenir de ceux qui auront pris sa défense et de ceux qui auront pris le parti de l’abandonner. Il est sûr en revanche que paganisme et christianisme identitaires auront joué un rôle décisif dans sa renaissance.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

30/07/2017

La religion des Hellènes.

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Que dire de plus de la religion qui a inspiré tant de génies européens, la Grèce étant par bien des aspects la matrice de l’Europe entière, dont elle tire son nom. Les statues d’Alcamène, de Scopas, de Praxitèle, le Parthénon aussi bien que les Jeux Olympiques, tous n’ont dû leur existence qu’à cette religion.

Le dieu suprême et sans égal est Zeus, le *dyeus indo-européen renforcé des pouvoirs d’un dieu de l’orage sans doute sous l’influence crétoise. A l’origine, il a pour épouse ou parèdre la terre-mère, qui est Gê Mêtêr ou Déméter, cette dernière portant bien d’autres noms comme Héra, « la déesse de la belle saison » ou Dionê, « celle de Zeus », et aux temps mycéniens *Diwiya (forme féminine de Zeus). Déméter était surnommée Europê en Béotie, ce qui nous rappelle qu’avant de désigner une princesse phénicienne ou crétoise, l’Europe désignait la terre-mère par excellence et notre continent en particulier.

Ce sont les poètes qui enrichiront ce panthéon de générations antérieures de figures divines, qui recoupent exactement les fonctions des dieux olympiens. Les titans Hypérion et Phébé ne sont qu’une variation d’Hélios et de Séléné, puis d’Apollon et d’Artémis. Prométhée est Héphaïstos, Japet est Arès. Le triplement du dieu céleste, entre Ouranos, Cronos et Zeus est sans doute lié à la mythologie hourrite. Le nom même d’Ouranos (sanscrit Varuna) a sans doute désigné Zeus aux temps archaïques.

Les fils et filles de Zeus composent ce panthéon, et toutes se retrouvent dès l’époque mycénienne. Il y a ainsi Arès, dieu de la guerre, qui à l’époque ancienne était au premier plan. Même s’il a conservé sa place parmi les douze olympiens, Arès a perdu de sa superbe, sauf chez les Spartiates. Il est possible que sa déchéance ait suivi la chute des palais mycéniens.

Il a surtout été concurrencé dans son rôle par d’autres figures divines, comme Athéna, protectrice des acropoles, comme Héraclès, qui accomplit une série d’exploits associés généralement au dieu orageux (Thor par exemple) et qui devaient initialement être attribués à Arès. Un vieux mythe narre également la capture d’Arès par les géants Aloades et sa libération par Hermès. Cela rappelle la déchéance d’Indra en Inde, pris d’effroi face au démon Vritra, et qui ne retrouva ses forces que par l’intervention du dieu du feu Agni. Enfin, lors des premiers jeux olympiques de la période mythique, avant leur recréation par Héraclès en 776 avant J.C selon la tradition, le dieu Apollon triompha ainsi d’Arès à la boxe et d’Hermès à la course de vitesse.

La déesse de l’aurore est présente sous différentes hypostases dans le panthéon grec. Si Eôs (« Aurore ») a un rôle mineur sous sa forme authentique, sous les traits d’Athéna et d’Aphrodite, son rôle est immense. Athéna, en tant que fille de Zeus, incarne la dimension guerrière et intellectuelle de l’Aurore, tandis qu’Aphrodite est l’Aurore sortie des eaux, qui annonce le printemps et réveille l’amour. Son nom est à rapprocher des Apsaras indiennes, nymphes célestes sorties des eaux et qui peuplent le paradis d’Indra. Le rapprochement avec la déesse ouest-sémitique Ashtoreth est fortuit. Si l’Aphrodite Ourania d’Hésiode s’inspire de cette déesse, il existe chez Homère une autre Aphrodite, fille de Zeus et de Dioné.

L’Aurore était à l’origine l’épouse d’Arès et d’ailleurs Athéna et Aphrodite sont parfois qualifiées d’Areia (« d’Arès »). La déesse Eôs elle-même est connue comme l’une des amantes d’Arès, suscitant la jalousie d’Aphrodite.

Héphaïstos est le dieu du feu et de la forge. Son rôle est très limité même si à l’origine il représentait le feu en général. Hestia est une timide déesse du foyer, limitée à son rôle originel, tout comme la Vesta romaine.

Zeus aura de nombreuses autres liaisons, aboutissant à la naissance de nouveaux dieux et de héros, comme Hermès (fils de Maia), le messager des dieux, Apollon et Artémis (enfants de Léto) et les Dioscures (enfants de Léda). Il faut notre rue Léto était une ancienne déesse de la nuit, comme Nyx, et son nom est identique à celui de la déesse indienne de la nuit Ratri. Léda de son côté était une déesse du désir, son équivalente indienne de même étymologie étant Rati. On la retrouve aussi sous les traits de la déesse slave Lada, épouse de Svarog. Léda était aussi la mère d’Hélène dont le nom signifierait « vengeance divine », tout comme les Erinyes, ce qui expliquerait son rôle essentiel dans le déclanchement de la guerre de Troie. Enfin, le nom d’Artémis rappelle celui de l’ours (*arktos) et désigne la déesse de la chasse. On retrouve son équivalente celte sous les traits de la déesse Artio.

Les frères de Zeus, avec qui il a partagé le monde entre ciel, terre et enfers, sont Poséidon et Hadès. Poséidon n’est pas « l’époux de la terre » selon une étymologie populaire mais « le maître des eaux », ce qui en fera ensuite naturellement le dieu de la mer. Hadès signifie « l’invisible » selon une étymologie proposée par les Grecs anciens eux-mêmes. Son nom véritable est devenu tabou, mais il est probable que la forme poétique Aidoneus ait été son théonyme originel.

Le personnage de Minôs, roi de Crète et qui deviendra juge infernal, fait indiscutablement penser à *Manus, le premier homme selon la mythologie indo-européenne (Manu en Inde, Mannus chez les Germains). Il était peut-être le premier dieu infernal aux temps de la Grèce mycénienne. Cerbère qui garde la porte des Enfers est l’héritier direct du chien infernal indo-européen (sanscrit Sarvaras, scandinave Garmr).

Hermès et Pan désignaient à l’origine la même divinité, préposée à l’élevage mais aussi conducteur des morts, dieu messager et dieu guide. Pan est le *Pauson indo-européen (sanscrit Pushan, lituanien Puskaitis, latin Faunus), que les Celtes appelleront Cernunnos et les Slaves Volos. Hermès, dont le nom fait penser au dieu messager scandinave Hermod, ne devait à l’origine qu’être un aspect spécifique de Pan. Tout comme le dieu Terminus à Rome, Hermès était associé aux frontières, voies et limites de propriété.

La religion des Grecs anciens, depuis l’époque mycénienne jusqu’à nos jours, n’a jamais cessé d’inspirer le génie européen. Le christianisme n’a jamais pu effacer de nos mémoires ces grandes figures, qui survécurent au moyen-âge (lire pour s’en convaincre « La survivance des dieux antiques » de Jean Seznec) et inspirèrent la Renaissance. Il suffit de songer aux œuvres de Rabelais, de Ronsard ou des poètes du Parnasse pour constater que l’antique foi, réfugiée dans les arts et la poésie, a survécu. Et de nos jours des Grecs entendent la rétablir, l’Olympe entendant à nouveau des chants en faveur de ses hôtes après des siècles de silence.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

13:56 Publié dans Analyses, Histoire, Religion | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : hellénisme, zeus, olympe, polythéisme, grèce | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

29/07/2017

La religion des Latins.

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Religio Romana,romanitas,Jupiter,Mars,latinsLa religion indigène des peuples italiques, du nom de Vitalie, le pays des troupeaux de veaux (latin vitulus), avant toute influence grecque (directe ou par le biais des Étrusques), se compose de grandes figures divines d’origine indo-européenne, l’Italie étant avec la Lituanie un véritable conservatoire de cette tradition ancestrale.

Le dieu suprême est Dius Pater, que les Romains appelleront par la suite Jupiter (Iuppiter, du vocatif [d]-iu), qui est le « ciel de jour père », l’homologue du grec Zeus Patêr et de l’indien Dyaus Pitar. Jupiter Latiaris était le dieu protecteur de l’ensemble du Latium, tandis que le sanctuaire de Jupiter Feretrius accueillait les dépouilles des ennemis vaincus. Selon la tradition, néanmoins, une divinité était plus ancienne encore que Jupiter, à savoir le dieu Janus, dieu des commencements et des fins, dieu qui ouvre et ferme les portes du ciel, qui sera ensuite repris par les chrétiens sous la forme de Saint Pierre, qui ouvre et ferme les portes du paradis. Janus était une sorte de démiurge et il fut même repris par les Etrusques sous le nom d’Ani. Le Jupiter originel était dieu du ciel mais probablement pas le dieu de l’orage, une fonction (Jupiter Tonans) qu’il se verra ensuite attribuée sous l’influence du Zeus grec et du Tinia étrusque.

Le dieu Mars (de l’indo-européen *Maworts, dieu de l’orage) était en effet le dieu de l’orage, et pas seulement de la guerre, avant que le modèle de l’Arès grec (et du Laran étrusque) ne le contamine. Dans les mythes, ce rôle ancestral transparaît encore. C’est ainsi que lors d’un orage Mars enlèvera son fils Romulus pour en faire un dieu. Mars est le dieu fondateur de Rome, par le biais de ses enfants, les jumeaux divins Romulus et Rémus, enfants qu’il aura de la déesse Ilia, qui deviendra ensuite la vestale Silvia dans le mythe romain classique. Il est accompagné des déesses Nerio et Bellone (« divinité de la guerre ») sur le champ de bataille et semble avoir eu pour épouse Minerve, avant qu’elle ne devienne la version latine de la vierge Athéna, hypostase de l’Aurore guerrière, connue aussi sous les noms d’Aurora et de Mater Matuta (« la mère des matins »). Minerve et Venus sont d’ailleurs deux aspects de l’Aurore, comme Athéna et Aphrodite l’étaient aussi en Grèce.

La déesse Venus, dont le nom signifie « désir » (sanscrit vanas), incarne la dimension amoureuse de la déesse de l’aurore, même si les Romains la doteront aussi de fonctions guerrières. Il est tout à fait possible qu’elle ait été l’épouse de Mars, dans la tradition latine originelle, indépendamment du mythe grec des amours d’Arès et d’Aphrodite. C’est Venus Cloacina (« purificatrice ») qui selon le mythe légitimera le mariage des premiers Romains avec les filles des Sabins. En 416 de notre ère, le poète Rutilius Namatianus dira d’ailleurs de Rome qu’elle a « pour auteurs (…) Venus et Mars, la mère d’Enée et le père de Romulus ».

La déesse Flora, dont le culte était bien supérieur à celui de la Chloris grecque, de même origine indo-européenne, représentait quant à elle les aspects les plus licencieux de la déesse de l’amour. La fête des Floralies était connue pour la légèreté des mœurs de certains Romains à cette occasion.

Avant que les Grecs n’apportent leurs divinités, Apollon, Esculape et Hercule n’étant que des divinités importées en Italie, le dieu Neptune n’était que le dieu des eaux en général et pas spécialement le dieu de la mer, et le dieu Vulcain était non seulement un dieu forgeron mais le dieu du feu dans toutes ses dimensions. La déesse Vesta, analogue à l’Hestia grecque, était à peine représentée.

Jupiter lui-même avait comme épouse Tellus, la déesse de la terre, dont Junon incarnait l’aspect printanier (la « belle saison »). Tellus étant ensuite associée à Gaia, les Latins firent de Cérès, divinité agraire mineure, l’équivalente de Déméter.

Le dieu des morts était Orcus, qui a donné en français les mots « orc » et « ogre », qui désignait à la fois le monde infernal et le dieu qui en avait la garde. Sous l’influence de l’Hadès grec, il devint « le riche », Pluton en grec et Dis Pater (diues pater, le "père riche") en latin. Liber Pater devint Dionysos, Saturne (dieu solaire proche du Savitar indien) devint Cronos, Ops (déesse des céréales) devint Rhéa. La déesse Perséphone, épouse d’Hadès, fut latinisée en Proserpine. Le dieu étrusque Voltumna devint Vertumnus, dieu du printemps et compagnon de Pomone, déesse des arbres fruitiers.

Certes certaines divinités correspondaient parfaitement en raison de leur même origine indo-européenne, comme Cupidon et Erôs, comme Juventas (la jeunesse) et Hébé, comme Lucina (déesse des accouchements) et Ilithye. Mais souvent la comparaison était forcée. D’autres furent sans doute créées de toutes pièces, comme Mercure pour correspondre à Hermès.

Il y avait enfin la cohorte de dieux mineurs, comme le dieu Vaticanus, en charge des premiers cris du nouveau-né, ou comme le dieu Robigus, protecteur du blé contre la rouille. D’autres divinités italiques furent aussi adoptées par les Latins, comme Mefitis, déesse des émanations toxiques.

Les divinités astrales, Sol Indiges (le soleil « indigène ») et Luna bénéficiaient aussi d’un culte latin intense, avant qu’Apollon et qu’Artémis ne ternissent leur éclat. Diane, déesse des clairières, devint même déesse romaine de la chasse.

Enfin survécurent des divinités latines inclassables, comme Dea Dia, qui était sans doute la terre-mère en tant que parèdre de Jupiter, et qui n’aurait pu alors correspondre en Grèce qu’à la déesse mycénienne Diwiya, qui n’avait pas survécu aux âges obscurs, ou encore Silvanus, dieu des forêts, et Salacia, déesse des eaux salées, qui étrangement ne fut pas assimilée à l’Amphitrite grecque. En revanche, Faunus, qui était le Pan latin, fut bien sûr relié naturellement au fils d’Hermès, mais il n’était pas seulement le dieu de l’élevage mais aussi, tout comme le Cernunnos gaulois, dieu des animaux sauvages. Son culte résista donc partiellement à l’hellénisation.

Alors que les Latins et en tout cas les Romains possédaient leur paire de jumeaux divins, Romulus et Remus, la légende de la louve faisant de ces derniers des héros, certes fils de Mars mais pas dieux eux-mêmes, amena les Romains à chercher d’autres jumeaux divins. Ainsi les Dioscures Castor et Pollux furent-ils attirés à Rome et bénéficièrent d’un temple dédié.

La Religio Romana cherche désormais dans une Italie en plein doute identitaire, au sein d’une Europe qui doute elle-même, à ranimer l’antique foi italique, en héritant aussi de la Renaissance et du Romantisme. Le R de romanitas aura encore un avenir, même sur les terres du Vatican, ancien sanctuaire païen. Et Santa Minerva, la sainte du Panthéon devenu église, alors reprendra son casque et sa lance.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

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La religion des Scandinaves.

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thors-hammer-mjolnir-car-sticker-hammer-decal.jpgDisposant désormais en Islande, au Danemark et en Norvège d’un statut légal, le polythéisme germano-scandinave sous la forme du mouvement Asatru (« foi envers les dieux Ases ») ou Forn Siðr (« la coutume ancienne ») est de retour. Mais les sources qui nous permettent de le connaître datent toutes de l’époque chrétienne, à l’exception des inscriptions runiques.

Snorri Sturluson, auteur de l’Edda, était lui-même chrétien et on peut penser notamment que le Ragnarök ou « destin des puissances » était une façon pour le poète de donner une belle mort à ses dieux. La satanisation de Loki et le retour de Balder, assimilé au Hvati Krist ("le blanc Christ"), tout comme le christianisme antique avait récupéré la figure d’Apollon, étaient une façon d’évoquer la victoire de la religion nouvelle. Le combat de Thor contre le serpent de Midgard, lors d’une pêche miraculeuse, est alors répété en fin de cycle, se soldant cette fois par la mort des deux adversaires.

La religion scandinave, analogue à sa version germanique continental dans les grands traits, mais connue sous une forme ultérieure de plusieurs siècles, considérablement enrichie, indique un éloignement des dieux des fonctions élémentaires qui étaient les leurs. Vintr (« le vent »), Vörnir (qui serait la forme scandinave d’Ouranos), Fjorgyn (ancien dieu de l’orage), Logi (« le feu »), Aegir (« l’eau ») tout comme Jörd (« la terre »), mère de Thor, sont devenus des géants et ont cessé d’être des dieux (tivar). De la même façon, le Soleil (Sól) et la Lune (Mani), divinités positives, ne font pas partie des dieux, aussi bien Ases que Vanes. De même, la déesse de l’aurore et du printemps, Ostara ou Eostre, est-elle-même marginale. Enfin, le royaume des morts est confié à la cruelle Hel, fille de Loki.

Le dieu suprême des Germains était Tius (proto-germanique *Tiwaz) dont le nom (ainsi que celui de sa parèdre Zisa, sous forme féminine) était analogue au Zeus grec (et à son épouse primitive Dioné). Sous les traits de Tyr, il n’est plus que le dieu de la guerre juste, un dieu qui a sacrifié son bras, tout comme le dieu celtique Nuada, pour maîtriser le loup-dragon Fenrir. La perte de ce bras indique symboliquement la déchéance dans le panthéon d’un dieu fondamental.

Tius/Tyr a été victime en effet de l’ascension du dieu Wotan/Oðinn (proto-germanique *Woðanaz), dont le nom signifie « le furieux » (norrois oðr, « fureur »), assimilé par les Romains au dieu Mercure, mais qui est devenu le dieu suprême et le roi des Ases (Aesir) ou "dieux célestes". A l’origine, il semble toutefois que ce dieu n’ait été que l’un des aspects du dieu de l’orage en tant que dieu de la fureur guerrière, tout comme Rudra était l’aspect furieux d’Indra dans l’Inde védique.

Le dieu le plus populaire des peuples germano-scandinaves était en effet Donar/Þórr (proto-germanique *Þunraz), dieu porteur du marteau de foudre (Mjóllnir), dieu de l’héroïsme individuel et non des armées. Les Romains l’ont interprété comme équivalent de Jupiter ou d’Hercule. En Germanie, l’arbre sacré Irminsul, que fit abattre Charlemagne, était consacré à Donar. Le nom d’Irmin, divinité indépendante à l’origine, est d’ailleurs à rapprocher du celte Eremon mais aussi de l’iranien Airyaman (moyen-perse Ērmān) et de l’indien Aryaman, ce qui en fait un dieu protecteur du peuple.

Les dieux vanes, divinités des désirs terrestres (le mot vane vient de la racine *wen- « désir » comme dans le nom de Venus), vaincus puis associés aux dieux Ases (les divinités du ciel), étaient Freyr, (Dionysos), Freyja (Aphrodite) et les jumeaux Njordhr et Skadi (Artémis), le premier comme dieu de la navigation et la seconde comme déesse de la chasse.

L’épouse d’Odhinn, Frigg, et la déesse de l’amour Freyja, seraient de même étymologie, à rapprocher du sanscrit priya, « chérie ». Frigg est la déesse de l’amour matrimonial alors que Freyja est la déesse de l’amour libre.

Parmi les autres dieux principaux du panthéon germano-scandinave, il y a Heimdall, gardien du pont Bifrost (arc-en-ciel) qui relie Asgard, le royaume des dieux, au monde des hommes (Midgard). Loki, intermédiaire entre Héphaïstos - il bâtira Asgard comme ce dernier a bâti l’Olympe - et Hermès en tant que dieu manipulateur (« trickster »), est une divinité ambiguë, généralement positive, sauf lors de Ragnarök dans lequel il joue un rôle détestable. Il y a aussi Balder, qui est l’Apollon scandinave, et dont la racine est peut-être la même que celle du dieu celte Belenos, *bel- signifiant alors « le fort ». Balder est aussi un dieu qui selon Snorri Sturluson meure et renaît, mais il faut sans doute y voir une interpolation chrétienne. Il y a aussi Hermod, le dieu messager et conducteur des morts, dont le nom est proche, comme les fonctions d’ailleurs, d’Hermès.

D’autres divinités, qu’on retrouve dans le monde gréco-romain, sont davantage allégoriques, comme la déesse Iðunn (latin Juventas, « la jeunesse »), gardienne des pommes d’or de l’éternelle jeunesse, ou le dieu de l’amour Ing (sanscrit Kama, celte Angus). Le dieu forgeron, distinct de Loki, est Völundr (germanique Wieland), qu’il faut peut-être rapprocher du Vulcain latin. En l’absence de dieu de la médecine, Eir est néanmoins la déesse de la santé.

Il y a enfin de multiples déesses dont le rôle nous échappe, comme Gefjon, qui serait peut-être la déesse du foyer (comme la lituanienne Gabija), ou encore Syn, dont le nom pourrait être rapproché de la Thémis grecque et qui serait alors la déesse scandinave de la justice. Le destin lui-même est incarné par trois déesses, les Nornes, variante scandinave des Moires grecques. Ce destin est appelé Wyrd, de même sens et racine que le latin Fortuna.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

21:08 Publié dans Analyses, Religion | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : asgard, scandinaves, asatru, thor | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook