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13/11/2016

Trump vainqueur du globalisme coalisé.

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trump-thumb-575x410.jpgHe made it. Donald Trump est devenu le 45ème président des Etats-Unis d’Amérique. Il s'est imposé avec 306 grands électeurs contre 232 seulement pour son adversaire Hillary Clinton, remportant 32 Etats dont certains avec une marge très conséquente (65% dans l’Oklahoma, 63% dans l’Alabama, 59% dans l’Idaho, et 69% en Virginie occidentale), même si son score est inférieur de 0,2% à son adversaire au niveau national, ce qui n’a pas beaucoup de sens aux USA, où certains électeurs républicains ne votent pas dans des États où ils savent que les démocrates sont imbattables (New York, Californie).

Victime d’une campagne de diffamation comme jamais on n’a pu connaître dans l’histoire des USA, une telle attitude ayant été limitée à des candidats très à droite, comme Buchanan ou Duke, alors que Trump est une figure très connue et un entrepreneur respecté, le candidat républicain s’est néanmoins imposé. Il a vaincu non seulement le clan Clinton, qui pensait gagner sans combattre, mais toute l’hyper-classe occidentale qui ne lui donnait aucune chance. François Hollande n’avait même pas prévu de discours au cas où. Et le magazine Newsweek avait préparé à l’avance une couverture et un dossier à la gloire de la future présidente, « Madam President », dont tous les exemplaires ont dû atterrir dans une déchetterie.

Il a obtenu 58% des voix chez les blancs, dont 53% chez les femmes blanches, même si 42% seulement des femmes (toutes origines confondues) ont voté pour lui, même si son score est plus faible chez les jeunes et dans l'électorat des grandes métropoles. C’est un vote identitaire, masculin comme féminin, d’une Amérique qui ne veut pas mourir ni se faire remplacer sur son propre sol. Et Donald Trump incarnait remarquablement le rêve américain, celui d’un homme qui s’est bâti par lui-même et a vaincu tous les obstacles. C’est cette opiniâtreté qui a fait de lui un président. Il n’a jamais renoncé, jamais cessé de croire en son étoile. Les électeurs américains ont rêvé d’une Amérique qu’ils pensaient disparue. Et le temps d’un instant, en votant pour Trump, ils ont eu le sentiment de retrouver leur patrie.

Les minorités ethniques et sexuelles ont bien sûr rejeté Trump. 88% des Noirs, 65% des Asiatiques et des Latinos, 78% des Homosexuels et 71% des Juifs ont voté Clinton. C’était prévu. Même si Trump était le plus favorable à Israël et a été chaudement félicité en conséquence pour son succès par Benyamin Netanyahu, Naftali Bennett et Ayelet Shaked, beaucoup de Juifs américains restent « de gauche ». Mais la perspective de voter Clinton n’a pas enchanté ces électeurs, et beaucoup sont restés chez eux. Leur manque de motivation pour une candidate qu’Obama avait vaincue il y a huit ans aux primaires explique pour partie la victoire de Trump.

Si Trump a été accusé de populisme par son adversaire et par les media du monde entier, alors que seule la Russie semblait s’enthousiasmer pour sa victoire, faisant preuve d’un style percutant, Trump ne s’est jamais aventuré sur des terrains glissants. Il n’a jamais fait preuve de mépris à l’égard de minorités pour lesquelles il savait ne pas pouvoir compter sur le vote. Rien ne permettait objectivement de le qualifier de raciste ou d’extrémiste de droite. La manipulation médiatique a été totale.

Il était prévu qu’une femme devienne président après un noir. Clinton était convaincue qu’elle serait élue. Son seul argument de campagne ? « Je suis une femme. » Comme si cette caractéristique la rendait nécessairement compétente. En revanche le procès en incompétence de Trump fut constamment répété, y compris par le président en exercice Barack Obama. Mais la politique n’est pas un métier. C’est un art. Et à ce jeu Trump a été le meilleur. Il a su séduire et incarner l’Amérique profonde, l’Amérique désespérée qui attendait un sauveur. Il est difficile de savoir s’il sera à la hauteur de cette confiance et s’il ne décevra pas rapidement.

Face à Clinton donc, mais face aussi aux caciques du parti républicain qui l’ont attaqué à chaque prétendu dérapage, Paul Ryan et John McCain en tête, alors qu’il était désavoué par les Bush et combattu par les néo-conservateurs, et que même Schwarzenegger s’est dégonflé, ne bénéficiant dès lors que du soutien explicite de Clint Eastwood et de Steven Seagal, et du soutien implicite des Stallone, Willis, Norris et autres acteurs des films d’action, il a vaincu. Il a remporté les primaires, humiliant les Kasich et les Jeb Bush. Il a su obtenir le ralliement de Ted Cruz, son adversaire le plus déterminé mais qui, une fois vaincu, s’est montré ensuite d’un soutien sans faille. Il a su conserver le soutien aussi de Priebus, le président du parti républicain, face aux manœuvres des Romney et Ryan qui voulaient au mépris du vote des citoyens le renverser.

Personne ne le pensait capable de gagner les primaires. Personne ne le pensait capable de mener une campagne tambour battant. Personne ne l’imaginait à la Maison Blanche. Sa réussite est un démenti cinglant à tous ces prétendus analystes. Et encore, sans la candidature parasite du libertarien Gary Johnson, la victoire était encore plus humiliante pour Clinton. En effet, six états de plus (Colorado, Maine, Minnesota, Nevada, New Hampshire et Nouveau-Mexique) dont certains démocrates de longue date, n’ont pas été gagnés par Trump de justesse en raison du vote Johnson, que certains républicains appelaient à soutenir. La vague Trump a donc été particulièrement puissante malgré tout. A part les grandes villes comme New York, Washington ou Los Angeles qui se refusèrent nettement à lui, l’Amérique a choisi explicitement Trump.

Les manifestations extrémistes de gauchistes et alter-mondialistes qui refusent de considérer Trump comme leur président, au mépris des traditions américaines et des règles fondamentales de la démocratie, et qui défilent en exigeant son retrait, agacent au plus haut point une Amérique qui a fait son choix. Un choix contre Soros. Un choix contre le globalisme qui détruit les emplois et encourage l’immigration clandestine mexicaine. Pour le meilleur ou pour le pire, l’Amérique a choisi Trump. Et tous doivent l’accepter.

La victoire de Trump que les élites « européennes » décrépies fustigent est pourtant un signe fondamental, un arrêt du globalisme là où il se croyait le plus fort et implanté. C’est une occasion historique, et Poutine ne s’y est pas trompé, de mettre fin à ce projet totalitaire. L’Europe devrait en profiter pour assumer son destin, rompre avec des politiques qui la mènent à un sort funeste, se réconcilier avec la Russie et engager une politique de renaissance de sa civilisation. L’isolationnisme de Trump est un moyen de mettre fin à l’OTAN, qui a perdu toute légitimité d’existence depuis 1991, de calmer les ardeurs manipulées d’une partie de l’Europe de l’Est contre les Russes. Même Le Monde écrit un éditorial intitulé « Europe 1st ». Prenons le au mot.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens).

30/10/2016

Elections législatives islandaises : rien de nouveau sur la glace

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élections législatives,Islande,Parti de l'Indépendance,PiratesArticle écrit sur la base de 80% des votes dépouillés.

Tous les analystes s’attendaient à un succès des Pirates (Piratar) partisans d’une démocratie directe et d’un référendum sur l’adhésion à l’Union Européenne. Avec 14,5% des voix (+9%) et 10 députés (+7), il réalise certes un résultat correct, mais apparaît malgré tout comme un feu de paille, comme cela a été le cas en Allemagne. Certains électeurs au dernier moment ont hésité à voter pour ce mouvement nouveau.

Le Parti de l’Indépendance, principal mouvement islandais depuis 1945, continue de dominer les débats. Avec 29% des voix (+2,2) et 21 députés (+2), il augmente son résultat de 2013. Le succès du Parti de l'Indépendance et celui des Pirates se font sur le dos des autres partis, de gauche comme populistes. Toutefois, les deux partis ne sont pas en mesure de construire une coalition autour d’eux, à moins que les Pirates ne s’associent aux différentes formations de gauche.

Le parti « rouge-vert » des écologistes de gauche avec 15,9% des voix (+5.1) et 10 sièges (+3) est également un des grands vainqueurs de ce scrutin. Cela explique aussi sans doute la contre-performance des Pirates par rapport aux promesses des sondages.  De même les écologistes pro-européens de Vidreisn, nouvelle formation politique, avec 10,5% des voix et 7 sièges, rentrent au parlement où ils y renforcent la gauche. Avec les sociaux-démocrates islandais, en perte de vitesse, n’obtenant que 5,7% des voix (-7,1) et 3 sièges (-6), la gauche et les Pirates réunis n'auraient 30 sièges (sur 63). Mais il s’agirait d’une coalition certes légèrement majoritaire mais très hétéroclite.

Le Parti Progressiste, libéral mais eurosceptique, avec 11,5% des voix (-13.4) et 8 sièges (-11), s’effondre littéralement, aspiré par les Pirates et aussi par un vote utile en faveur du Parti de l’Indépendance. Il est si fragilisé que sa participation à une coalition paraît compromise. Le mouvement libéral-démocrate et pro-européen « Futur Clair » (Björt framtið), libéral et démocrate, ne réussit pas davantage, avec 7,2% des voix (-1) et 4 sièges (-2), réalise lui aussi une contre-performance et recule pour les mêmes raisons. C’est enfin le cas du mouvement Aurore (« Dögur ») qui n’obtient que 1,7% des voix (-1.8) et aucun siège. La droite pourrait gouverner, avec 33 sièges, mais à la tête d'une coalition fragile. La victoire du Parti de l’Indépendance s’apparente donc à celle de Pyrrhus, puisqu’il est le premier parti du pays mais au détriment de ses alliés potentiels.

Les mouvements de droite nationale, car pour la première fois depuis 1943 un parti nationaliste, le Front National Islandais (Islenska Þjoðfylkingin), était candidat. Il n’obtient certes que 0.2% des voix, présent dans seulement deux régions sur six. L’extrême-gauche, représentée par le Front du Peuple Islandais (Alþyðufylkingin), ne réussit guère mieux avec 0,3% des voix. Ces formations restent marginales mais leur existence est déjà le signe d’une certaine tension.

La société islandaise, un pays de 300.000 habitants dont 246.000 ont voté à cette élection, est très spécifique, puisqu’elle correspond à une conurbation de taille moyenne en France (le Grand Nancy fait 300 000 habitants). Elle se rapproche d’un modèle démocratique à échelle plus humaine. Elle est néanmoins bouleversée par des enjeux qui la dépassent, et notamment son rapport compliqué vis-à-vis de l’Europe. Cela ne sera pas tranché par ce résultat.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

29/10/2016

Zeus et Europe, une hiérogamie cachée et l'annonce d'un destin européen

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95620996.pngZeus est qualifié d’Eurôpos, c'est-à-dire « au large regard », chez Homère. En sanscrit, dans le Rig-Veda, le dieu suprême Varuna est décrit comme Urucaksas, forme parallèle de sens exactement identique. De longue date, non sans raison, Varuna et le grec ont été comparés, l’un et l’autre venant alors de la forme originelle indo-européenne *Werunos, au sens de « dieu de l’espace » (c'est-à-dire le dieu vaste). En Inde comme en Grèce, ce surnom du dieu céleste *Dyeus est devenu une divinité en tant que telle.

Les Grecs, sous l’influence probable de la théogonie hourrite ou hatti, influence indirecte due vraisemblablement aux Hittites, ont multiplié les divinités jouant le même rôle. On peut ainsi souligner qu’Hypérion, Hélios et Apollon sont redondants, de même que Phébé, Séléné et Artémis (sans oublier Hécate). C’est aussi le cas du dieu suprême qui est ainsi divisé en trois dieux séparés que sont Ouranos, Cronos et Zeus. En réalité, tout porte à croire que Zeus est le seul et unique dieu du ciel, malgré Hésiode, et qu’Ouranos n’a jamais été à l’origine qu’une simple épiclèse de Zeus. De même, Varuna a sans doute été un des aspects de Dyaus Pitar, avant de se substituer à lui, et de ne plus laisser à son nom d’origine qu’un rôle très effacé dans la mythologie védique.

Ce Zeus Eurôpos, ce « Dyaus Urucaksas », a selon la tradition grecque de nombreuses épouses. Or une déesse est qualifiée d’Eurôpê à Lébadée en Béotie et à Sicyone dans le Péloponnèse. Ce nom d’Eurôpê, dont le rattachement à une racine phénicienne ‘rb est purement idéologique, et ne tient pas une second d’un point de vue étymologie, est nécessairement la forme féminine d’Eurôpos. Or ce n’est pas n’importe quelle déesse qui est ainsi qualifiée, elle et uniquement elle, de ce nom d’Eurôpê, indépendamment de la princesse phénicienne, crétoise ou thrace qu’on appelle ainsi, et qui n’est alors qu’une vulgaire hypostase. C’est Dêmêtêr, mot à mot la « Terre-mère », version en mode olympien de Gaia (ou Gê) et peut-être déesse d’origine illyrienne, même si non nom apparaît vraisemblablement dès l’époque mycénienne.

Il existe en effet en Albanie moderne une déesse de la terre, qui est qualifiée de Dhé Motë, ce qui veut dire la « tante Terre » car le sens de motë, qui désignait bien sûr la mère, a pris ensuite le sens de tante. De même, le nom albanais originel de la tante, nënë, a pris celui de la mère. Cela donne aussi une déesse Votrë Nënë, déesse du foyer analogue à la déesse latine Vesta et à la grecque.

Le nom de Dêmêtêr, qu’il soit purement grec ou illyrien, a le sens explicite de « Terre-mère » et remonte aux temps indo-européens indivis, où elle portait alors le nom de *Đγom (Dhghom) *Mater. Ce n’était pas alors n’importe quelle divinité mais sous le nom de *Diwni [celle de *Dyeus], elle était ni plus ni moins l’épouse officielle du dit *Dyeus (le « Zeus » indo-européen). L’union du ciel et de la terre, de Zeus Patêr et de Dêô (Δηώ) Matêr donc, remonte ainsi à une époque antérieure même aux Grecs mycéniens.

Il est donc logique qu’à un Zeus Eurôpôs soit unie une Dêmêtêr Eurôpê, l’un et l’autre étant des divinités « au large regard », l’un englobant l’ensemble du ciel et la seconde l’ensemble de la terre, à une époque où celle-ci était encore considérée comme large et plate, d’où ses deux noms divins en sanscrit, à savoir Pŗthivi (« la plate »), c'est-à-dire Plataia en grec et Litavis en gaulois, et Urvi (« la large »).

L’union de Zeus sous la forme d’un taureau avec Europe est donc une hiérogamie, une union sacrée entre le ciel et la terre, union féconde donnant naissance à trois enfants, Minos, Eaque et Rhadamanthe, chacun incarnant l’une des trois fonctions analysées par Georges Dumézil. La tradition grecque évoque d’autres unions de même nature, ainsi celle de Poséidon en cheval avec Dêmêtêr en jument, cette déesse ayant cherché à lui échapper en prenant la forme de cet animal. Dans le cas d’Europe, on devine qu’elle aura elle-même pris la forme d’une vache.

Le nom d’Europe qui désigne le continent qui porte son nom indique qu’elle est la Terre par excellence, mère nourricière du peuple grec vivant sur un continent béni par Zeus lui-même. Lui donner une origine phénicienne, à part pour des raisons poétiques bien étranges, est donc un contre-sens auquel même certains mythographes antiques se firent prendre.

Et que son premier fils se soit nommé Minôs, là encore, ne doit rien au hasard. Bien loin d’être en vérité un ancien roi de Crète, il était surtout un juge infernal et le plus important. Or Minôs n’est en réalité que le premier homme, celui que les Indiens appellent Manu, d’où les fameuses lois qui lui sont attribuées, et les Germains Manus. L’idée que le premier homme devienne à sa mort le roi des Enfers n’est pas nouvelle. Le dieu infernal Yama et son épouse Yami ayant été par exemple le premier couple mortel. Minôs est le « Manus » des Grecs, bien avant qu’Hésiode invente Deucalion. Et s’il juge les hommes au royaume d’Hadès, la seule raison en est qu’il est celui qui a établi les anciennes lois.

Ainsi l’Europe est-elle non seulement la Terre par excellence, l’épouse de Zeus en personne, dont Héra n’est qu’un aspect, celui de la « belle saison » et de la « nouvelle année » (sens de son nom latin Junon), mais elle est la mère des hommes, la matrice de la lignée des éphémères, ou du moins d’une partie d’entre eux.

Europa est ainsi la mère de Gallia et de Germania, de Britannia et d’Italia, d’Hispania et d’Hellas et désormais mère aussi de nouvelles nations comme la Polonia, la Suecia et la Ruthenia (Russie), depuis les fjords de Thulé jusqu’à Prométhée sur sa montagne, depuis la Lusitania jusqu’aux steppes profondes de Sarmatia.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

23/10/2016

Elections lituaniennes : les centristes du LVZS en force au parlement.

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212px-LVLS-logo.pngLes élections législatives lituaniennes en deux temps, avec un premier tour à la proportionnelle et un second tour par circonscription, se répartissant à égalité le nombre de sièges, sont terminées avec le résultat de ce 23 octobre 2016.

Avec 21,7% des voix, l’Union de la Patrie (Tevynes Sajunga -  LKD) avait remporté légèrement le premier tour, avec 0.17% de plus que le parti centriste des Paysans et Verts (LVZS = Lietuvos Valstieciu ir Zaliuju Sajunga, ex LVLS). Il avait obtenu 20 sièges contre 19 pour ces derniers. Mais le vote uninominal a inversé la donne car le LVZS a obtenu 35 sièges contre seulement 9 pour le TS-LKD, obtenant en tout 54 sièges sur 140. La majorité est éloignée mais au sein d’une coalition de centre-droit, le LVZS sera en position de force, le TS-LKD devant se contenter de 29 sièges. A eux deux néanmoins, ils sont majoritaires.

Le grand perdant de ce scrutin c’est le Parti Social-Démocrate de Lituanie (LSDP) sortant. Il est sévèrement puni dans les urnes par les électeurs, qui préfèrent encourager le LVZS (+17 points) que de favoriser l’opposant traditionnel. Avec 14,4% des voix et 13 sièges, il sortait affaibli du premier tour. Il devra se contenter de 4 sièges supplémentaires seulement, pour un total de 17 sièges.

La formation de droite nationale « Ordre et Justice » (Tvarka ir Teisingumas), qui avait obtenu 7,63% des voix en 2012, recule à 5,33% des voix et obtient avec les deux tours un total de 8 sièges contre 11 auparavant. Cette stagnation s’explique par l’émergence d’une formation anti-corruption (LLRA-KSS) qui obtient 6,06% des voix mais aucun siège car en coalition.

Le mouvement libéral (LRLS) progresse quant à lui très légèrement avec 9,06% (+0.1) et 14 sièges (+4). Le mouvement des familles polonaises chrétiennes (LLRA-KSS) obtient quant à lui 5,5% des voix et 6 sièges à l’issue des deux tours. Le Parti du Travail, mouvement de centre-droit à coloration populiste, plutôt pro-russe, obtient 4,7% des voix et seulement deux sièges, uniquement obtenus au second tour.

Les Verts lituaniens stricto sensu n’obtiennent que 2,14% des voix et un seul siège, de même que le Parti des Lituaniens « Lietuvos Sarasas » (1,72% des voix et 1 siège) et le Parti du Centre (LCP).

La victoire du parti LVZS a surpris tous les analystes. Là encore, comme dans de nombreuses élections en Europe, le rejet des partis traditionnels en place au profit de nouvelles formations se confirme. La question des « migrants » a été absente de la campagne, le parti « Ordre et Justice » n’ayant pas réussi à capitaliser sur ce thème. Les pro-russes ont été marginalisés, le LLP (Parti du Peuple) n’obtenant que 1% des voix environ.

Ce centre-droit modéré et la droite plus conservatrice vont certainement s’associer et mettre fin ainsi à quatre ans de règne social-démocrate. C’est la seule coalition viable à moins d’envisager de nouvelles élections, ce qui n’est pas une tradition de la Lituanie indépendante. Dans un contexte international tendu, la droite a rassuré davantage les électeurs, maintenant le parti TT loin derrière. Le LVZS a récupéré à son profit une partie du vote protestataire.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

17/10/2016

Elections parlementaires 2016 au Monténégro

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Milo-Đukanović1.jpgLe Parti Démocrate des Socialistes (DPS-LP) de Milo Djukanovic (image), dirigeant incontesté du Monténégro depuis l’indépendance en 2006, a remporté une fois de plus les élections législatives dans son pays. Néanmoins, avec 41,1% des voix, il n’obtient que 35 sièges sur 81 (+4), ce qui implique de recevoir le soutien d’au moins une formation politique. Représentant d’une gauche modérée, alliée au PSE au niveau européen, dans un pays qui ne compte que 600 000 habitants et qui est peu attractif concernant les flux migratoires, le DPS a un bon bilan économique, ce qui explique son maintien au pouvoir.

Le Front Démocratique, mené par Mandic, coalition hétéroclite à dominante nationale-conservatrice, libérale et néanmoins pro-européenne, a priori toutefois nettement plus favorable à la Russie de Poutine que le DPS, avec 20,6% des voix et 18 sièges (-2), échoue une fois de plus à menacer son adversaire principal.

La coalition de la Clé (Kljuc) de Lekic, union de partis de gauche, qui espérait également bousculer le parti au pouvoir, avec 10,7% et 9 sièges (-2) échoue elle aussi. Un vote utile destiné à offrir une majorité au pays explique à lui seul cet échec. Seule une large alliance anti-DPS pourrait changer la donner. Ce ne sera pas pour 2016.

Le mouvement du Monténégro Démocratique (DCG) de Becic, nouvelle formation politique, avec 10,5% des voix et 9 sièges, fait son entrée au parlement. Son succès explique aussi la stagnation des deux autres coalitions anti-DPS. La volonté de renouvellement de la classe politique par les électeurs monténégrins a permis ce résultat, qui reste toutefois bien fragile.

La gauche libérale-européenne du SDP (sociaux-démocrates) avec 5,4% des voix et 4 sièges (2) reste marginale mais pourrait représenter un partenaire de coalition pour le DPS, de même que les SD qui ont obtenu 3,2% des voix et 2 sièges. Cela forme bien les 6 sièges manquants pour que le DPS soit reconduit aux affaires.

Les mouvements ethniques pourraient également rejoindre une telle coalition. Le Parti Bosniaque avec 3,3% des voix obtient 2 sièges, tandis que le mouvement des Albanais obtient 0,9% des voix et 1 siège, ce qui est aussi le cas des Croates du HGI avec 0,5% des voix et 1 siège. En revanche, divisés entre modérés et durs du SRS, les Serbes ont obtenu en tout 0,4% des voix et aucun siège. Les autres mouvements albanais (DSA 0,5%) et bosniaques (BDZ 0,3%) n’auront pas d’élus.

Enfin le PCG (Positivna Tsrna Gora ou « Monténégro positif ») avec 1,3% des voix perd toute représentation nationale (-3).

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

09/10/2016

Elections géorgiennes 2016 : le pari perdu de Sakashvili

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Les élections parlementaires de Géorgie du 8 octobre 2016 opposaient principalement le mouvement de centre-gauche « Rêve géorgien » mené par Garibashvili au centre-droit du « Mouvement national uni » fondé par la figure désormais honni de Sakashvili, devenu entre temps ministre au sein du gouvernement ukrainien de Porochenko.

Si les deux formations sont globalement favorables à l’adhésion européenne et aux principes de la « démocratie libérale » telle que définie par les canons occidentaux, le Rêve Géorgien étant associé au PSE et le MNU au PPE, le Rêve Géorgien est moins russophobe, moins déterminé aussi à reconquérir l’Abkhazie et l’Ossétie du sud, car Sakashvili avait précipité son pays dans une guerre contre la Russie à leur propos.

Avec 49,26% des voix, le Rêve Géorgien remporte largement l’élection législative alors qu’il était sortant. Le MNU en revanche, avec 26,46% des voix, reste certes le premier parti d’opposition mais à vingt points derrière. L’Alliance des Patriotes de Géorgie, pro-russe, eurosceptique et populiste, avec 5% des voix et 6 députés, rentre au parlement.

Ce ne sera a priori pas le cas des « Libéraux Démocrates » qui n’ont obtenu que 4,58% des voix, ni de la formation conservatrice « Un Etat pour un peuple » avec 3,48% des voix ou encore de la formation conservatrice pro-russe « Géorgie Unie » avec 3,53% des voix.

Les sociaux-démocrates classiques du « Parti Géorgien du Travail » devront se contenter de 3,12% des voix, de même que le Parti Républicain (libéral, pro-européen) avec 1,55% des voix. Les formations de droite comme « Idée géorgienne » et « Troupe géorgienne », défendant toutes un programme nationaliste anti-russe, se contenteront de 0,17 et 0,16% des voix.

Le parti de Sakashvili n’a pas réussi à remonter la pente, le souvenir des erreurs de l’ancien dirigeant et des accusations de corruption à son encontre étant toujours vivace. Un éventuel succès de sa formation aurait également pu irriter le voisin russe. La ligne de Rêve Géorgien cherche à placer le pays dans un équilibre entre l’Union Européenne et la Russie, en évitant une alliance totale avec la Russie comme l’a fait son voisin arménien, afin de bénéficier de la protection russe contre les actions azéries. En outre, la droite géorgienne est, sauf exception, alignée sur l’OTAN et les USA.

A cette élection, les Géorgiens, comme tous les autres Européens, ont eu le choix entre la peste et le choléra, entre deux atlantismes mais dont celui de droite était plus affirmé. Là encore, comme ailleurs sur le continent, une troisième voie s’impose.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

19/09/2016

Victoire de Putinus Augustus. A propos des élections législatives russes

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Le dépouillement s’étant arrêté à 99,5% des suffrages, mon analyse reposera sur ces chiffres provisoires, mais les chiffres définitifs ne devraient de toute façon différer que de manière extrêmement marginale. Le nombre d’élus de chaque parti est également connu.

russie,douma,russie unie,lpdr,kfpr,rodina,augusteAvec 54,2% des voix environ, le parti Russie Unie de Poutine et Medvedev s’impose largement, bien davantage que ce que prévoyaient les sondages, y compris ceux sortis des urnes, où le mouvement était plutôt annoncé aux alentours de 43% environ, alors qu’il est de dix points supérieurs au final. Cela alimentera toutes les spéculations, non sans raison, mais n’oublions pas qu’à l’époque d’Eltsine, les USA ne s’offusquaient pas de méthodes démocratiquement « particulières » lorsqu’il s’agissait de s’opposer aux communistes. Russie Unie obtient également 72% de la douma et 343 sièges, écrasant de tout son poids les trois formations politiques qui ont réussi à passer la barre fatidique nécessaire pour obtenir un groupe parlementaire.

Avec 13,4% et 13,2%, communistes du KPFR (Ziouganov) et nationalistes du LPDR (Jirinovski), deux formations qui existent au moins depuis 1993, les partis de l’opposition légale sont largement marginalisés. Les premiers obtiennent 42 sièges et les seconds 39 sièges. Ils auront chacun leur groupe parlementaire mais dont le poids ne sera pas déterminant pour influencer les grandes orientations décidées par Poutine. Enfin « Russie Juste », une sorte de sociale-démocratie à la russe, obtient 6,2% des voix et 23 sièges. Ces trois partis perdent en tout 108 sièges, diminuant en conséquence leurs moyens.

Les autres mouvements politiques sont très modestes. Yabloko, « La Pomme », un mouvement de centre-droit, n’obtient que 2% des voix, de même que le mouvement Parnas (0,73%), les Verts (0,76%), le Parti de la Croissance (1,29%) ou encore le Parti des Retraités pour la Justice (1,74%). L’extrême-gauche (« Communistes de Russie ») résiste mieux avec 2,3% des voix.

L’opposition modérée, patriote et/ou nationaliste, est également très affaiblie. Rodina, qui a perdu toutes ses figures marquantes, dont Rogozine et Glaziev, n’obtient qu’1,5% des voix, et encore faut-il préciser que ce mouvement est « poutinien » de fait. Patriotes de Russie obtiennent 0,59%.

Vladimir Poutine a donc largement gagné ces élections, une fois de plus, comme depuis 2000, et a même renforcé sa puissance politique, réduisant l’opposition modérée à une portion congrue, même si les communistes résistent encore, alors que certains sondages les annonçaient à 8% des voix.

La démocratie autoritaire mise en place par Poutine après l’effondrement du pays sous Eltsine ne se cache plus. Physiquement Poutine ressemble de plus en plus à Octavien, plus connu sous son nom d’Auguste. Tout comme Octavien paraissait bien timide lorsqu’il hérita de César, ce qui abusa Antoine, Poutine était un inconnu lorsqu’Eltsine le nomma premier ministre puis le choisit comme héritier politique après avoir décidé de démissionner. Il s’est révélé petit à petit à la tête du pays comme une personnalité hors norme, qui suscite à la fois crainte et respect. Son nom même peut lui paraître prédestiné.

En effet son prénom Vladimir signifie « maître du monde » ou « garant de la paix » et son nom Poutine signifie « l’homme du chemin », donc « celui qui indique le chemin ». En outre Vladimir Ier le Soleil Rouge fut le fondateur de la Rus’ de Kiev, dont la Russie est héritière au même titre que l’Ukraine, et le premier prince chrétien des Slaves de l’Est, converti en 988. Poutine dirige la Russie depuis plus de quinze ans sans discontinuité, ayant simplement laissé à son poulain Medvedev, un « homme-ours » là encore prédestiné par son nom même, un mandat présidentiel de transition.

Tout comme Octavien/Auguste, il œuvre sans relâche à la renaissance de la Russie et à son retour sur la scène internationale, à tout prix, même s’il subit des sanctions économiques de l’Occident en raison de son action supposée en Ukraine et notamment de l’annexion de la Crimée. Poutine a neutralisé les véléités séparatistes des Tchétchènes au prix d’une alliance avec Ramzan Kadyrov, qui tient cette région d’une main de fer et d’une bien insupportable main verte, qui plus est. Il a neutralisé le rapprochement de la Géorgie, de l’Ukraine et de la Moldavie en faveur de l’OTAN, et aussi en conséquence vis-à-vis de l’Union Européenne. C’est aussi pour cela que Poutine reste si populaire dans une Russie gardant la tête haute.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

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Retour sur une élection pas comme les autres à Berlin

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Les résultats définitifs de l’élection pour le parlement du Land de Berlin accentuent les tendances constatées au moment du sondage sorti des urnes. Avec 21.6%, la SPD perd 6.7 points alors qu’elle était au pouvoir en coalition au niveau de la capitale. Elle paie là son alliance au niveau national avec la CDU dans le cadre de la « grande coalition ». La CDU paie la politique migratoire suicidaire d’Angela Merkel, les électeurs de son camp lui répondant « wir schaffen nicht das » (« nous n’y arriverons pas »). Avec 17.6% des voix et 5.7 points de perte, elle connaît un résultat désastreux, à peine remise de son effondrement dans le Mecklembourg-Poméranie. A eux deux réunis, la grande coalition SPD/CDU n’atteint pas 40% des voix. Cette contre-performance va certainement accentuer la crise entre la CDU et son alliée bavaroise la CSU.

Die Linke (« La gauche ») avec 15.6% des voix progresse de 3.9 points aux dépens de la SPD et en partie de la liste Piraten. Les Verts (Die Grüne) en revanche avec seulement 15.2%, bien que n’étant pas associés au gouvernement, régressent de 2.4 points. Leur laxisme migratoire légendaire a pu les pénaliser légèrement dans cette élection.

C’est l’AFD de Frauke Petry qui avec 14.2% des voix réussit une progression spectaculaire. Annoncée seulement aux alentours de 11.5% en début de soirée, elle atteint au final presque 15%, soit la tendance haute annoncée par les sondages. Berlin-Est notamment a donné à l’AFD des scores plus que significatifs alors que Berlin-Ouest reste davantage « conformiste ». L’AFD sèche tout ce qui est à sa droite, que ce soit la scission ALFA (de Bernd Lucke) qui n’obtient que 0.4% des voix ou l’extrême-droite historique, la NPD obtenant péniblement 0.6%, ayant souffert d’un fort vote utile en faveur de l’AFD, tout comme Pro Deutschland qui tombe à 0,4% des voix (-0,8).

La formation de protection du monde animal Die Partei (« Le Parti ») obtient enfin 2% et les Pirates 1.7% soit une perte sèche de 7.2 points. Après un exploit à l’élection précédente, la formation pirate retourne à son noyau d’origine. Elle a été largement marginalisée par les enjeux locaux et par la montée de l’AFD contre laquelle la gauche radicale semble s’être davantage mobilisée.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

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18/09/2016

Elections régionales de Berlin : la chute de la maison CDU.

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CDU.JPGSelon les données de 19h46 (en France), les élections régionales de Berlin confirment les craintes de la chancelière Angela Merkel même si l’AFD n’a pas obtenu le résultat espéré.

Avec 23,2% des voix, la SPD recule de près de cinq points et paie ainsi le prix de sa grande coalition nationale avec la CDU. Même si elle reste le premier parti du Land, elle est sévèrement remise à sa place. La CDU avec 17,9% des voix perd aussi plus de cinq points (-5.4) et n’est pas en meilleure situation. Les deux partis fondamentaux du système allemand à Berlin sont donc seulement aux alentours de 40%. La sanction est dure.

Avec 16,7% des voix, les Verts (Grünen) sont troisième avec 16,7% des voix. Ils ne perdent qu’un point environ. Ce n’est pas un grand succès pour eux, même s’ils évitent de perdre des voix, dans un contexte migratoire où leur laxisme légendaire aurait pu leur jouer des tours. Die Linke avec 16,2% progresse de 4,5 points ce qui est considérable. Les voix perdues par la SPD se sont massivement reportés en faveur du mouvement issu de l’ancien SED d’Allemagne de l’Est.

Les libéraux (FDP) avec 6,5% des voix auront également des élus, progressant de 4,7 points au détriment de la CDU. Ils remontent péniblement la pente.

L’AFD de Frauke Petry, avec 11,8% des voix, réussit une belle performance et s’impose au moins comme la 5ème force de la capitale. Quand on compare le vote AFD à Berlin avec le vote FN à Paris intra muros, on peut considérer le résultat de l’AFD, qui avait été victime ces dernières semaines d’une campagne diabolisatrice très dure, comme un succès majeur. Les autres formations politiques sont réduites aux Pirates (1,7% , -7,2) qui s’effondrent littéralement, notamment en faveur de l’AFD, et aux autres listes autour de 6% des voix.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

PS: à 20:57, les résultats provisoires sont un peu différents. 21,5% pour la SPD, 17,6% pour la CDU, 15,7% pour Die Linke, 15,2% pour les Verts, 14,1% pour l'AFD (ce qui est un bien meilleur score), 6,7% pour le FDP et sans doute 0,8% pour la NPD (non confirmé).

19:56 Publié dans Analyses, Elections en Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : berlin, élections régionales | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Pourquoi Marine Le Pen va-t-elle perdre les élections présidentielles

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1. L’état du parti.

Il ne suffit pas de s’auto-désigner « parti de gouvernement » pour en posséder les caractéristiques principales. Une tête sans corps n’est pas en mesure de devenir crédible aux yeux du plus grand nombre. Le FN n’aurait qu’environ 42.000 adhérents et très peu d’intellectuels en son sein. La direction du parti se résume à une poignée de personnalités, dont la nièce et le compagnon de la présidente en exercice. Seule autre figure du parti, l’énarque Florian Philippot, qui est très loin de faire le consensus. Difficile dans ces conditions de pouvoir envisager de gouverner. Quant aux candidats aux législatives, malgré la volonté de Jean-Lin Lacapelle d’organiser leur casting, les notables se font rares. Difficile également d’espérer gagner les élections législatives par le biais de candidats sans aucune implantation locale, et même d’obtenir 60 députés.

Envisager une victoire aux élections présidentielles, qui serait alors nécessairement suivie d’une absence totale de majorité à l’assemblée, présente un intérêt politique limité. La France est un régime mixte, semi-présidentiel et semi-parlementaire. Le choix du FN, sous Jean-Marie Le Pen et sous Marine Le Pen, de tout envisager sous le seul angle de cette élection, « mère des batailles », en négligeant les législatives, perdure donc.

2. Les choix stratégiques du nouveau FN.

L’objectif de Marine Le Pen est de dépasser les 50,1% aux élections présidentielles à l’issue du second tour. Prenant pour argent comptant les sondages favorables qui l’y placent dans tous les cas, avec entre 25% et 32% des voix au premier tour, mais à huit mois de l’élection, elle se positionne dès maintenant en candidate du second tour. Elle agit ainsi comme Lionel Jospin en 2002 qui s’imaginait en duel face à Jacques Chirac bien avant que l’élection n’ait lieu. On se souvient de la sévère déconvenue qui suivit et de cette humiliation qui l’amena à la retraite politique. Ce faisant, elle ne cherche pas à rassembler son camp, qu’elle estime acquis.

Sa démarche est donc d’augmenter son capital sympathie dans tous les milieux politiques, en faisant concession sur concession sur le fond du discours, et notamment en engageant une stratégie de communication ciblant les banlieues et les immigrés. Elle imagine ainsi regrouper sous son nom partisans d’une inversion des flux migratoires et partisans d’une vision multiculturaliste de la France. C’est négliger le fait que les électeurs issus des banlieues votent massivement pour le PS, qui tient le discours qu’ils veulent entendre, et qui verse depuis des années de précieuses subventions.

En prenant le risque de s’adresser à des nouveaux électorats aux thématiques incompatibles avec celles des électeurs traditionnels du FN, elle lâche la proie pour l’ombre. Elle n’y gagnera aucun nouvel électeur mais perdra une partie du vote identitaire dont elle bénéficie, ce dernier se tournant alors vers Sarkozy, malgré la déception post-2007, ou vers le vote blanc ou l’abstention.

Sa démarche « Banlieues Patriotes » rappelle la stratégie d’Alain Soral auprès de Jean-Marie Le Pen en 2007 et ce n’est pas un hasard si elle a choisi l’ancien soralien David Rachline comme directeur de campagne pour les élections présidentielles. On se souviendra que c’est en 2007 que Jean-Marie Le Pen fit le plus mauvais score de sa carrière.

3. Marine Le Pen n’est pas un Bruno Mégret au féminin.

Beaucoup d’analystes considèrent que la stratégie de Marine Le Pen est proche de celle engagée par Bruno Mégret au sein du FN avant son départ en 1998. C’est une erreur pour deux raisons.

La première est que Marine Le Pen choisit, sous l’influence de Florian Philippot, une ligne « ni droite ni gauche », qui s’inspire peut-être aussi du slogan que Samuel Maréchal, son ancien beau-frère, dont elle disait en 1998 admirer la ligne politique, avait introduit, alors que Bruno Mégret a toujours choisi l’ouverture à droite. Pour lui, il s’agissait pour le FN de représenter 30% des voix et de rallier ensuite autour de lui les autres droites. C’est une stratégie à la Weimar dans laquelle l’élection législative jouait un rôle essentiel.

La seconde était que sa démarche consistait à conserver un fond radical, sans aucun renoncement majeur, mais de travailler sur la forme, en rejetant les thématiques diabolisantes et les comportements destinés à effrayer les électeurs. Sa rupture avec Jean-Marie Le Pen était de méthode. Or Marine Le Pen choisit au contraire, au nom d’une forme adoucie, d’amener son parti à un fond adouci, perdant alors son côté protestataire qui fit le succès de son parti.

4. Pourtant Marine Le Pen ne s’effondrera pas.

Il est probable qu’elle ne réalisera pas le score que lui annoncent les instituts de sondage pour toutes les raisons évoquées plus haut. Mais elle ne s’effondrera pas non plus. Car ils sont nombreux ceux qui ont intérêt à ce que le FN continue d’exister à un haut niveau. En effet, le vote protestataire doit bien pouvoir s’exprimer dans les urnes, car sinon il s’exprimera d’une autre manière, non contrôlée, et le FN bénéficie depuis longtemps de ses faveurs, grâce notamment aux fameux dérapages de Jean-Marie Le Pen.

A chaque fois d’ailleurs que Marine Le Pen veut s’en distancer, au point d’avoir exclu le président-fondateur il y a un an, elle y est ramenée par les media. Et le moindre dérapage léger est mis en exergue, comme pour se rassurer d’avoir toujours le « diable de la république » en face de soi. Ceux-ci lui prêtent donc un programme caché (crypto-programme) apparenté à une forme d’épuration ethnique dont seraient les victimes les populations issues des flux migratoires extra-européens.

En conséquence, les électeurs animés par un souci identitaire, et qui ne sont pas séduits par ses diatribes contre l’euro et contre l’UE, continueront pour une bonne part de voter pour elle par défaut. Il est difficile d’imaginer qu’elle puisse tomber en-dessous de 20% des voix.

Quant au second tour, il sera dévastateur, même si par le plus grand des miracles elle était opposée à François Hollande. Et en supposant qu’elle puisse gagner malgré tout, car la politologie n’est pas une science exacte, elle n’aura jamais une majorité à l’assemblée et ne pourra donc pas gouverner. Bien plus qu’avec Sarkozy après son élection de 2007, elle décevra et son parti ne paraît pas armé pour être en capacité de résister à cette déception qui suivra.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

12/09/2016

Elections législatives croates 2016 : une gauche annoncée triomphante mais finalement battue.

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élections parlementaires croates 2016,HDZ,SDP,HSPAvec un peu moins de 35% des voix (34.97) et 61 sièges, la droite croate (HDZ), séparée de ses alliés les plus à droite, comme le HSP-AS qui lui était auparavant associé, remporte les élections parlementaires croates à la surprise générale. Le parti d’Andrej Jandrokovic, fondé à l’origine par Tudjman, malgré des scandales, se maintient.

Le SDP (sociaux-démocrates) de Zoran Milanovic, qui espérait emporter ces élections anticipées, connait en conséquence une sévère déconvenue. Avec 34,6% des voix et 51 sièges, il progresse certes mais est loin d’être en mesure de gouverner, surtout sans alliés en mesure de le renforcer.

En effet, la liste libérale MOST, sous réserve d’une libéralisation accrue de l’économie, est prête à s’associer au HDZ fort de ses 9,5% des voix et de ses 13 sièges, lui offrant alors une majorité au parlement de Zagreb. De même la liste Ziva Zid (« Mur vivant »), populiste et modérément eurosceptique, connait une nette progression, passant de 4,3% en novembre 2015 à 6,4% en septembre 2016 et obtenant 8 sièges.

La coalition « Bandic Milan 365 » sociale-démocrate obtient quant à elle 4,3% des voix environ et 2 sièges. C’est bien insuffisant pour pouvoir amener le SDP au pouvoir.

Le grand perdant de ces élections est le nationalisme croate, divisé en quatre chapelles  se revendiquant toutes de l’héritage du HSP. Le HSP stricto sensu, associé à son ancien concurrent HCSP, obtient seulement 0,71% des voix, tandis que le HSP tendance Ante Starcevic n’obtient que 0,56% des voix. Le HSP « autochtone » (A-HSP) doit se contenter de 0,32% des voix et le HSP 1861 de Paraga de 0,4% dans le district X uniquement. Le HSP est désormais devenu une force marginale, le HDZ évitant comme jadis la CDU allemande d’avoir une concurrence à droite.

Enfin la coalition réformiste Pametno Za Grad obtient 2,15% des voix mais aucun siège, alors que la liste régionale HDSSB, de sensibilité nationaliste, parvient à obtenir un siège unique.  L’opposition gauche/droite a surtout créé un fort vote utile en faveur du HDZ afin de garantir son maintien au pouvoir. Dans un contexte européen de forte pression migratoire, beaucoup de Croates semblent avoir eu peur de fragiliser le HDZ, malgré les scandales financiers.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

27/08/2016

De l’importance des frontières pour l’Europe. Réponse à l’europhobe Juncker.

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hadrians-wall.jpgAux yeux de Jean-Claude Juncker, président de la commission dite « européenne », « les frontières sont la pire invention politique. » Un tel propos traduit, outre une inconscience politique totale à un moment où les Européens s’inquiètent d’un flux migratoire aux frontières du continent, une idéologie de nature mondialiste. Dans sa vision du monde, la seule frontière c’est celle qui sépare le globe de l’espace.

Cette phobie des frontières, cette « horophobie », n’est pas l’apanage du seul Juncker. C’est la pensée de tous ceux qui prônent l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne, de tous ceux soutiennent une immigration aneuropéenne sans limites, une Europe passoire où tout migrant qui franchit ses « frontières » devient automatiquement citoyen. Elle accompagne naturellement le rejet du « droit du sang » donc de la notion de droit de propriété sur un territoire donné. « Le monde appartient à tous » et autres niaiseries gauchistes, qui nous démunissent face au mal, dominent leur (non-)pensée.

A contrario, les souverainistes fétichisent la notion de « frontière nationale » sans saisir le fait qu’avec la mondialisation la frontière est surtout à l’intérieur même de la nation, entre ceux qui y ont leur place légitime et ceux dont des gouvernements laxistes ont choisi d’imposer la présence aux dits légitimes.

La question de Schengen est très significative. Le choix de supprimer les frontières internes à l’Union Européenne n’est pas scandaleux. La frontière a pour but de séparer deux entités et non de diviser une seule entité. Si on estime que les Européens ont entre eux une parenté commune et un devenir commun, alors il est même normal qu’ils aient une frontière commune.

Le problème de Schengen, c’est néanmoins celui du vase à moitié rempli, comme dans tout ce que fait l’actuelle Union Européenne qui ne va jamais au bout des choses. La suppression des frontières intérieures implique le renforcement des frontières extérieures et non leur fragilisation. En laissant aux Etats le soin de protéger leurs frontières avec l’espace hors Schengen, donc en mettant en première ligne des pays comme la Grèce, l’Espagne ou l’Italie, des pays sous-dimensionnés en moyens financiers, pour certains à peine sortis de dictatures et donc plus enclin au laxisme de type gauchiste, ou chrétien, que les autres, l’Union Européenne a commis une faute majeure.

Puisque Schengen est incapable de faire respecter les frontières communes, alors que se passe-t-il ? Chacun fait comme il peut. La Grèce construit un mur à sa frontière avec la Turquie en Thrace. La Hongrie construit un mur tout autour pour empêcher les migrants d’y pénétrer. Le Royaume-Uni vote en faveur d’un brexit, même s’il n’est pourtant pas membre de l’espace Schengen, tant l’incapacité de l’UE à maîtriser les flux migratoires est patente.

Faire l’Europe, c’est en définir précisément les frontières, les pays qui ont vocation à en faire partie et sur quelle base. Le problème n’est pas de ne pas avoir de frontières intérieures, à partir du moment où les frontières extérieures sont bien gardées, ce qui n’est malheureusement pas le cas.

Créer un corps européen de garde-frontières doté des moyens d’agir ne suffirait pas. Déterminer une politique européenne à adopter face aux migrants, et ce dans le sens de la fermeté et de la reconduite systématique aux frontières, est nécessaire. Cela veut dire harmoniser les lois en Europe, couper l’appel d’air que certains pays comme la France envoient stupidement par idéologie mondialiste ou comme l’Italie avec les déclarations inopportunes du Vatican dans le sens du laxisme.

Cela veut aussi dire verrouiller les frontières de l’Union Européenne avec la Turquie et de contrôler activement la Mer Egée afin de ne plus être les otages d’Erdogan. Il est d’ailleurs plus que temps de mettre fin au processus d’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne. Défendons nos frontières.

Mais qui dit diplomatie européenne, politique européenne de gestion des flux migratoires, corps européen de garde-frontières, et donc implicitement armée européenne et police européenne, donc en somme qui dit frontières européennes, dit « Etat européen ». On retrouve là le concept propre au Parti des Européens, à savoir que sans Etat européen unitaire, et identitaire, nous sommes démunis. A ce moment là, les souverainistes ont raison. Sans frontières européennes, les frontières nationales s’imposent automatiquement.

Donc oui aux frontières, mais à de vraies frontières européennes, solidement gardées même si ouvertes aux Serbes, Albanais, Arméniens, Ukrainiens ou Russes par exemple, qui sont des Européens, mais fermées aux autres. Refusons de supprimer les visas pour les Turcs mais réfléchissons vraiment à les supprimer pour les Russes, un souhait de Poutine qui irait dans l’intérêt de toute l’Europe, à partir du moment où la Russie respecte des normes précises, et communes, permettant d’éviter toute falsification par des migrants. Certains dénoncent une Forteresse Europe imaginaire, alors que le laxisme règne. Au contraire, bâtissons-la.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

24/08/2016

L’impuissance présidentielle en France.

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constitution,président de la république,impuissance,Sarkozy,Le Pen,HollandeDans un article d’avril 2016, nous avions dénoncé l’obsession présidentielle en France, cette « mère des batailles » qui excite les passions avec un président sortant profondément rejeté, mais qui n’a pas encore officiellement annoncé se représenter, désormais 13 candidats de droite prêts à s’affronter dans des primaires, et dont fait partie le président précédent, la candidate du FN créditée dans les sondages de 26% à 28% des voix environ, garantie a priori d’être qualifiée pour le second tour, et une quarantaine de candidats déclarés, surtout de gauche. De plus, les mêmes candidats de 2012 seront à peu près tous candidats en 2017 sauf surprise, ce qui montre le peu de renouvellement de la classe politique en France.

S’il y a autant de candidats pour la place suprême, on supposera deux choses, à savoir que la place est bonne, et de cela on ne doute pas quand on observe l’actuel président, mais aussi qu’on y dispose d’un réel pouvoir d’action, d’une capacité de changer les choses. C’est ce que Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan notamment expliquent, faisant de cette élection un enjeu majeur. Voilà le mythe auquel j’entends ici m’attaquer.

Prenons comme hypothèse par exemple Marine Le Pen, puisqu’elle fait partie des candidats déterminés le plus à changer les choses et qu’elle est en mesure d’être au moins au second tour. Supposons donc que, par un faisceau de convergences favorables, la présidente du FN soit élue présidente, face à un président sortant usé ou à un candidat de droite très démonétisé. Elue, pourrait-elle alors changer les choses et appliquer son programme ?

Il lui faudrait d’abord gagner les élections législatives suivantes un mois après. Un candidat de droite ou de gauche bénéficiera de « l’effet président » mais Marine Le Pen, élue on l’imagine dans un contexte d’extrême-tension, n’en disposerait pas forcément, et surtout son appareil politique ne serait sans doute pas prêt à gouverner. Il y aurait donc sans doute un groupe présidentiel de taille correcte mais incapable de gouverner seul. Il faudrait donc établir une coalition avec la droite, en acceptant l’idée que cette dernière y soit prête et n’exige pas d’être à sa tête.

Et la voici alors déjà bloquée à peine élue et incapable de changer radicalement les choses comme elle s’y était engagée. Supposons donc une deuxième hypothèse, et cela commence à faire beaucoup, à savoir que par un étrange concours de circonstance le FN soit majoritaire à l’assemblée ou dispose en tout cas d’une forte minorité. On peut alors imaginer une coalition de droite guidée par le FN, même si aucune coalition de cette nature n’a encore existé autour de la droite nationale depuis 1945.

Présidente à la tête d’une majorité de coalition, dont la stabilité resterait alors à démontrer, car les élus de droite pourraient « claquer la porte » face à toute proposition un peu courageuse sur des thématiques identitaires par exemple, elle serait donc en mesure de changer radicalement de politique ? Et bien, même dans ce cas, non.

Le Sénat en France a été créé pour empêcher toute alternative politique trop radicale. Son mode de scrutin, indirect et par le biais d’un renouvellement d’un tiers tous les trois ans, rend les possibilités pour un parti comme le FN, mais tout autant pour le Front de gauche d’ailleurs, d’y être majoritaire illusoires. Or sans le soutien du Sénat, aucune réforme constitutionnelle ne peut être engagée. En effet, selon l’article 89 de la constitution française, le président propose un texte aux deux assemblées, qui ont un pouvoir égal, et qui doivent le voter de manière identique. Ce n’est qu’après cette procédure que le président peut convoquer un référendum ou le congrès.

En termes clairs, le Sénat bloquerait concrètement tout parti déterminé à changer radicalement de politique. Et à ce blocage, il faut ajouter l’attitude du conseil constitutionnel. Ce dernier, depuis son coup d’état juridique de 1973, a gagné un pouvoir important. Si la réforme constitutionnelle contrevient aux principes fondamentaux, il pourrait donner un avis défavorable et censurer la dite réforme. Serait-il ainsi possible de le contourner, comme le faisait De Gaulle à son époque ? C’est peu probable en ayant une des deux chambres à dos.

Les Etats européens modernes, pour se prémunir contre toute « révolution par les urnes », et en souvenir de l’arrivée au pouvoir par ce biais d’un dictateur d’origine autrichienne, ont blindé leur constitution. La loi fondamentale allemande de 1949 par exemple a un pouvoir considérable et pourrait interdire tout parti qui aurait dans son programme une rupture radical d’avec ce cadre juridique. Et le mode de scrutin choisi au Royaume-Uni (majoritaire à un tour) ou en France (majoritaire à deux tours) est également un frein considérable.

Les candidats aux élections présidentielles, tous camps confondus, font des promesses aux électeurs dont ils n’ont aucune garantie de pouvoir les réaliser, à supposer que cela soit leur intention. La gauche et la droite ont au moins la possibilité de disposer d’une majorité à l’assemblée et éventuellement au sénat. Cela a permis au gouvernement PS de faire passer un certain nombre de lois, dont le « mariage pour tous », mais souvent grâce à l’appui de centristes. La droite de même pourrait engager certaines politiques plus ou moins courageuses, mais pas trop courageuses quand même pour ne pas perdre l’appui du centre.

Si le centre revendiqué, le Mouvement Démocrate de Bayrou par exemple, est assez faible, le centre-droit et le centre-gauche sont très forts et pèsent dans les politiques publiques. C’est eux qui empêchent toute vraie réforme. Même si Sarkozy par exemple muscle son discours devant les journaux télévisés, qu’est-ce qui prouve que s’il est élu il pourra le réaliser. En 2007 il a déchanté en découvrant le pouvoir réel d’un président. Il est même tombé de haut.

Un président français peut-il changer les choses en bien ? Je ne le crois pas. Cet enjeu électoral qu’on nous présente comme la « mère des batailles » ne déterminera pas notre avenir, même si un président catastrophique peut avoir un très mauvais impact sur le moral de ses concitoyens. Ce n’est donc pas totalement sans importance mais il ne faut pas en attendre un quelconque salut.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

17/08/2016

Retour sur le droit du sang. Un débat fondamental.

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slide_24.jpgLe néolithique constitue une rupture considérable dans l’histoire de l’humanité. C’est là que naissent les premières communautés organisées autour de villages puis de cités. Elle oppose irrémédiablement l’homme de l’avenir, qui est le sédentaire, à l’homme du passé qu’est le nomade. Ce qui subsiste du mode de vie nomade, ce sont des asociaux qui vivent aux dépens des populations agricoles. Lorsque dans la mythologie latine, Romulus fonde Rome, il dessine des frontières symboliques définissant le pomœrium, un espace sacré. C’est parce que Remus franchit cette frontière, en élément extérieur donc « nomade », que Romulus le tue. Fonder une cité, c’est en définir les frontières et les habitants légitimes.

A Athènes, le mythe de l’autochtonie définit la citoyenneté. C’est par leur implantation ancienne, sans cesse renouvelée par les générations successives, que le citoyen s’enracine dans sa terre. Cela définit des ayant droits naturels, héritiers de la longue mémoire de la cité mais aussi chargés de la transmettre à leurs descendants. L’introduction de nouveaux citoyens, qui n’en seraient pas les porteurs naturels par l’histoire, serait un élément de rupture dans cette continuité millénaire.

Les Pisistratides, famille de tyrans ayant régné à Athènes, ne voyaient pas dans les Athéniens des citoyens mais des sujets. Peu importe alors que ces derniers soient athéniens « de souche » ou venus d’ailleurs. Au fond, les hommes n’étaient que du bétail et leur provenance ne comptait donc pas. Ce principe se retrouva à la fin de l’empire romain, lorsque les principes de liberté de la république périclitèrent, avec Caracalla qui donna la citoyenneté romaine à tous les hommes libres nés sur le sol impérial en 212 après J.C. C’est un principe qu’on retrouve sous la féodalité, où le droit du sang est réservé aux seigneurs, mais où « tout serf né sur la terre d’un seigneur est serf du dit seigneur ».

Lorsque Périclès est arrivé au pouvoir et a établi les fondements de la démocratie à Athènes, même s’il eut des précurseurs comme Solon et Clisthène, une des premières mesures qu’il prit fut de redonner à la citoyenneté athénienne tout son sens. En 451 avant J.C, il établit ainsi la règle de citoyenneté suivante : « est athénien celui né de deux parents athéniens mariés selon les lois de la cité ». Ses propres enfants, qu’il eut de la grecque Aspasie, qui n’était pas athénienne, ne furent pas citoyens de droit. Il semble néanmoins que, toute exception confirmant la règle, les Athéniens les aient finalement naturalisés à l’issue d’une assemblée plénière, ce qui était exceptionnel.

Il alla plus loin, bravant ce que le droit moderne appelle « principe de non-rétroactivité ». Du fait que les tyrans avaient bradé la citoyenneté athénienne afin de se créer des allégeances en la conférant à des gens qui n’auraient pas pu l’obtenir du peuple, Périclès choisit de remettre en question toutes les naturalisations antérieures à son arrivée au pouvoir. Des milliers de personnes furent ainsi privées de la citoyenneté athénienne, dont ils avaient disposé par les tyrans, et donc implicitement rétablies dans leur citoyenneté d’origine.

A une époque où une forme de néo-nomadisme qu’on appelle « migration internationale » veut s’imposer et briser l’unité des populations sédentaires regroupées en Etats-nations homogènes, afin d’établir un monde sans frontières où régnera sans partage le principe du renard dans le poulailler, selon le cauchemar pensé par les partisans du mondialisme, il est fondamental de rétablir en France et en Europe les principes de citoyenneté propres à une démocratie et destinés à en garantir la pérennité. Face à cette rupture que voudraient imposer les mondialistes, le droit (démocratique) du sang ou « ius sanguinis » est le garant de la continuité entre les générations, le garant du droit inaliénable des autochtones à demeurer eux-mêmes sur la terre de leurs ancêtres.

C’est au service d’intérêts étrangers qu’en Europe, le droit du sang qui dominait alors sans partage, de l’Islande à la Russie, et y compris en France, a été affaibli par la décision des gouvernements successifs qui n’avaient aucun mandat en ce sens et qui se sont bien gardés de demander leur avis aux citoyens, pourtant les premiers concernés, de la même façon qu’ils ont imposé une immigration de peuplement, après avoir pourtant permis une immigration de travail à vocation temporaire, qui aurait dû prendre fin dès les premiers signes d’une montée du chômage.

Certes, l’Etat français avait introduit une forme de droit du sol dès 1889 afin de pallier à son déficit démographique face à l’Allemagne, mais cela ne concernait que des populations européennes, donc de même souche, dans un contexte où les migrations internationales restaient très limitées et uniquement intra-continentales. Ce faisant, malgré tout, il trahissait les intérêts de son peuple en mettant le doigt dans un engrenage qui finit par perdre l’empire romain, même si à l’époque, dans son contexte, cette mesure était sans danger. Elle devait en revanche devenir mortifère avec l’établissement d’un empire colonial en Afrique et en Asie du sud-est puis avec l’immigration post-coloniale qui en résulta dès les années 60.

Dans les années 2000, à la suite d’une propagande continue, le droit du sang, qui était la règle en Allemagne, en Italie et en Grèce, cette dernière respectant alors cette longue tradition athénienne établie par Périclès, fut sabordé. Bien sûr, tout comme en France, il existe toujours mais le mode d’acquisition de la nationalité a été considérablement élargi, et ce à chaque fois par la gauche ralliée par un universalisme tordu aux principes les plus délétères du mondialisme libéral, bien sûr une gauche sans mandat pour agir mais animée par une idéologie folle, et proprement eurocidaire disons le.

Le droit du sang, c’est donc rien de moins que la règle du sédentaire voulant se protéger du nomade, la règle du citoyen pour ne pas être ravalé au rang de sujet, la règle de l’indigène maître chez lui, la règle de l’ayant droit naturel protégé contre toute dépossession de son héritage par un tiers. C’est donc par principe le rejet du mondialisme et c’est pourquoi ce dernier s’attaque à lui et aboie contre toute personne qui voudrait le restaurer dans sa splendeur passé. C’est donc bien un débat fondamental. Enracinement ou néo-nomadisme, droit de l’indigène ou droit du migrant. Le salut de l’Europe passera nécessairement par le rétablissement, sous une forme nationale mais plus vraisemblablement européenne, comme je le prône, du droit du sang comme règle d’accès à la citoyenneté.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

13/08/2016

Vers où va ou ne va pas l’Union Européenne ?

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Flag_of_Europe_europlite_forum.pngDans un article du Monde en date du 8 août 2016, l’analyste Charles Grant explique qu’il n’y aura plus de traité européen majeur car l’Union Européenne serait bien incapable d’obtenir sa validation par les peuples à qui on poserait la question. Une organisation qui ne peut plus aller de l’avant ne peut être amené qu’à reculer et si elle n’est plus réformable, car nécessitant l’aval de tous les membres, alors l’insupportable statu quo actuel, où elle est incapable de décider quoi que ce soit, et surtout pas dans l’intérêt de tous les Européens, est là pour durer. Or il nous emmène au précipice. Les États ont été dépossédés de pouvoirs que les gouvernements n’avaient plus le courage d’exercer de toute façon, et l’Union Européenne ne les a pas pour autant récupérés. En fait, États et Union Européenne se neutralisent réciproquement. Il faut donc sortir de ce nœud gordien, soit par un recul total soit par une avancée audacieuse.

Avec le brexit, à savoir la prise d’otage de l’ensemble des Européens (de l’UE) par un seul État et son gouvernement, on voit bien que la gouvernance partagée qu’est l’actuelle Union ne fonctionne pas. Elle pouvait éventuellement marcher à 6 mais pas à 28. Surtout l’UE n’a rempli aucune de ses promesses sans reconnaître qu’on ne lui a jamais vraiment donné les moyens de toute façon de les réaliser. Elle ne pouvait que décevoir et être impopulaire, à l’image des gouvernements nationaux, rejetés systématiquement dans les urnes à chaque alternance, dont elle n’est au final que la synthèse. Les maux de chaque Etat sont démultipliés au niveau européen.

Ou bien l’Union Européenne cède officiellement devant les États, qui sont gangrénés et qui mentent à leur opinion publique, et plutôt que de lentement se déliter, met fin rapidement à son existence, pour le meilleur comme pour le pire, ce qui pose la question de l’avenir de l’euro. Ou bien l’Union Européenne est réorientée au forceps par un nouveau courant politique européen, qui ose affronter tous les tabous, et en premier lieu le tabou migratoire, et amenée à faire ce qu’elle se refuse, à savoir enfin oser le bras de fer avec les Etats, et bâtir une Europe politique non pas avec eux mais contre eux et contre les gouvernements, en s’appuyant alors sur l’électorat européen lui-même, à nouveau convaincu de tenter une expérience européenne, mais cette fois solide et poussée jusqu’à ses extrémités.

Dans ce cadre, toutes les organisations représentant les États seraient mises à bas, à l’exception du seul parlement européen, pivot de la révolution institutionnelle. La commission serait démantelée ainsi que les deux conseils représentant les chefs d’état et les ministres (Conseil Européen et Conseil de l’Union Européenne). Un gouvernement européen provisoire contrôlé par le parlement puis adoubé par les Européens via un référendum continental verrait alors le jour en substitution de ces gouvernements pseudo-nationaux (véritables valets du mondialisme, tout comme l’UE actuelle, qui n’est que leur jouet).

En attendant ce jour où les Européens trouveraient l’unité dans le réveil identitaire commun face aux périls qui s’annoncent et ceux déjà là, il faut prôner sans relâche une autre politique. La seule qui pourrait séduire les Européens et susciter un relèvement moral impliquerait une grande fermeté.

La première chose sera de mettre fin officiellement, et de manière unilatérale, à l’adhésion de la Turquie, hypothèse éloignée mais symboliquement nocive. Disons enfin clairement que l’Europe et la Turquie n’ont pas de destin commun.

La seconde chose sera de mettre fin à la tutelle américaine en Europe en démasquant les pseudo-européens atlantistes qui roulent pour Washington, tout comme ces nombreux « souverainistes » en Pologne ou au Royaume-Uni qui parlent de liberté et d’indépendance alors qu’ils sont au service des USA. Il faudra remettre en question l’OTAN, une organisation qui aurait dû déjà être démantelée en 1991. Il y aura lieu alors d’oser enfin bâtir l’armée européenne pour laquelle 70% des Européens au moins sont favorables, ce qui est impossible en restant dans l’OTAN et en se plaçant en position de vassalité face à Washington. Tant pis pour les Polonais et les Lituaniens qui craignent l’ours russe, un chiffon rouge que les USA excitent devant eux pour s’assurer de leur soumission.

La troisième chose sera de parler à Poutine d’égal à égal, de lui rappeler ses propos de 2005 sur la Grande Europe, et de pacifier autour d’une table la situation de l’Ukraine, de la Moldavie et de la Géorgie. Établissons un grand partenariat d’Europe orientale, en y intégrant pleinement la Russie. Cela sera possible à partir du moment où les USA auront été retirés de la négociation. Une élection de Trump, partisan déclaré de l’isolationnisme, pourrait aider à le faire en souplesse. Il ne faudra rien céder à la Russie que celle-ci ne sera pas prête à céder en retour. Les Polonais et les Lituaniens attendent des actes rassurants. Ils les auront. La Russie fera les efforts consentis si l’Union Européenne, ou l’Europe réorientée, est prête à en faire de son côté. Nous commencerons par supprimer le visa d’accès à l’UE pour les Russes. Il faudra aussi établir un partenariat énergétique. Dans ce contexte, la Russie cessera de jouer contre tout bon sens la carte de l’eurasisme et bâtira avec les autres Européens les bases d’une future unité continentale complète.

La quatrième chose, la plus délicate mais aussi la plus impérieuse, sera d’affronter la question migratoire. Il faudra clairement signifier que l’Europe refusera tout multiculturalisme d’exportation, finalisera le processus de décolonisation qui est en stand-by depuis un demi-siècle, et s’opposera à l’implantation de migrants sur son territoire. Au contraire, elle devra s’atteler à une reconquête identitaire, doublée d’une relance de sa natalité indigène, et créer ainsi le contexte propice à une forte « inversion de flux ». Elle changera de référentiel, préférant les valeurs européennes éternelles aux valeurs contextuelles du « bas-empire » européen. Notre avenir est avec les Russes et avec tous les (autres) Européens, mais pas avec les anciens pays colonisés, qui ont choisi à juste titre leur liberté, ni avec la Turquie qui se tourne à nouveau vers l’orient et vers l’islam, mettant fin à la parenthèse kémaliste.

L’Europe politique se fera quand elle s’assumera comme projet identitaire et de civilisation. L’Union Européenne actuelle préfère se soumettre aux dogmes mondialistes. Nous les lui arracherons un par un. Nous ferons de l’Union Européenne ce qu’elle aurait dû être, l’antichambre vers l’Europe Nation, vers la République Européenne, une puissance redoutée et respectée et non l’actuel paillasson.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

La Turquie contre l’Union Européenne.

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Erdo.JPGLes derniers évènements du mois de juillet nous invitent à revisiter une nouvelle fois la question turque à la fois sur sa profondeur historique et sur son devenir probable. Cette analyse sera suivie d’un autre article faisant le constat de la situation réelle de l’Union Européenne et des solutions radicales qu’il faudra oser mettre en œuvre.

Kémalisme et contre-kémalisme.

En 1921, le traité de Sèvres organise le démantèlement de l’empire ottoman, vaincu de la première guerre mondiale aux côtés de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie. Outre l’indépendance sous tutelle des pays arabes qui lui appartenaient encore, la naissance d’un Kurdistan, l’extension de l’Arménie, était prévu le rattachement de la Thrace, sauf Istanbul, et de la région de Smyrne à la Grèce ainsi que l’annexion de la Cilicie par l’Italie, pour la remercier de son soutien de 1915.

Face à cette opération organisée par les vainqueurs, le peuple turc autour de la figure de Mustafa Kemal réagit in extremis, amenant à une douloureuse défaite pour les Grecs, avec des échanges de population, et la perte de tout ce que le traité leur avait promis. En 1923, le traité de Lausanne sera beaucoup plus favorable à la Turquie, qui a remplacé l’empire ottoman.

Atatürk n’avait pas comme ambition de faire de la Turquie un pays européen, mais de s’inspirer de l’Europe pour rendre son pays plus fort, un peu comme les Meiji firent au Japon. S’il avait sur un plan personnel la religion islamique en horreur, il n’était pas non plus question de désislamiser son pays mais simplement de neutraliser les éléments de la religion qui entreraient en conflit avec son projet.

Comme référent identitaire, Atatürk voulait démontrer que son pays était de civilisation indo-européenne (« aryenne ») mais il ne pouvait pas aller jusqu’à considérer les Turcs modernes comme descendants des Grecs et des Arméniens qu’il avait combattus. Aussi fit-il de ces derniers des Hittites, et le choix de la capitale Ankara, l’ancienne Ancyre, à proximité de la capitale hittite Hattusa n’était pas dû au hasard. Dans le même temps, il favorisa l’héritage turc païen « tengriste » en mettant en avant les mythes fondateurs (Ergenekon, la louve Asena), les runes oghuz et le nom du dieu céleste turc Tanrı (ancien turc Tengri, le « ciel bleu »), traduit par « Dieu », au lieu du nom arabe d’Allah.

Arrivé au pouvoir en 1921 et mort en 1938, Atatürk supprima le califat, fit adopter l’alphabet latin et une onomastique à l’européenne, abolit jusqu’au fez et interdit le voile islamique à l’école. En 17 ans, il fit avance au forceps son pays au XXème siècle, allant jusqu’à reprendre le code civil de la Suisse et accordant le droit de vote aux femmes, alors que la France ne le fit qu’en 1946. Seulement les mentalités évoluent plus lentement et le meilleur des hommes ne peut changer les hommes autant qu’ils le voudraient. Si Inönu sut préserver la Turquie d’un soutien à l’Allemagne qui lui aurait coûté très cher, il n’eut pas la volonté de réformer qu’avait son prédécesseur. Et dès les années 60, la Turquie commença lentement mais sûrement à revenir en arrière.

L’islamisme, la réponse au kémalisme.

Dans les années 30, le monde musulman se mettait à l’école de la Turquie, à l’instar de Reza Shah en Iran et d’Amanullah Shah en Afghanistan. Le baasisme arabe lui-même voulut ramener l’islam à la mosquée et le sortir de la rue. Mais un ennemi se mit en travers de la route de la modernité, à savoir l’islamisme sous ses différentes formes. Si l’islamiste Erbackan, dix ans avant Erdogan, a pu même pendant quelques mois accéder au pouvoir, c’est bien que la Turquie se réislamisait. Et songeons à la « contre-révolution » de 1979 en Iran, par la faute des USA, même si leur créature se retourna ensuite très vite contre eux.

Il serait excessif dès lors de considérer que la victoire de l’AKP de Recep Erdogan au début des années 2000 a réislamisé le pays. Il a plutôt bénéficié d’un recul du sentiment laïc dans la population, avec l’arrivée dans les grandes villes de populations rurales qui n’avaient été touchées qu’en surface, et encore, par la révolution kémaliste. Bien entendu, sa victoire encouragea le phénomène qui l’avait permise et la réislamisation continua avec ses encouragements.

C’est là que Recep Erdogan eut une idée de génie, sans doute en prison lorsqu’il y purgeait sa peine, condamné pour avoir repris à son compte un propos islamiste, à savoir se servir de la démocratie et d’un processus d’adhésion à l’Union Européenne pour briser les résistances nationales, et notamment l’armée gardienne des dogmes kémalistes, et les carcans juridiques. Force est de constater que le génie d’Erdogan réside dans cette lecture brillante de la situation. Et en août 2016, on peut affirmer qu’il a amplement réussi.

L’Union Européenne, allié involontaire de l’islamisme turc.

Or cette stratégie de réislamisation rampante était évidente pour de nombreux analystes européens. Faire le jeu de l’AKP, sous prétexte que cette dernière voulait rapprocher la Turquie de l’Union Européenne, alors que la promesse d’adhésion de 1963 faite par Adenauer et De Gaulle n’avait à l’époque visé que la question du marché commun, était dangereux. Et pourtant, sous l’impulsion des USA, en 2005 l’Union Européenne ouvrir les pourparlers d’adhésion, malgré l’opposition de nombreux Européens et même d’une figure éminente comme Giscard d’Estaing. L’Autriche fit mine de résister avant de céder en échange d’une accélération du processus d’adhésion de la Croatie.

Ce grand succès d’Erdogan ne fut pas pour rien dans sa popularité en Turquie. Néanmoins, en 2007 il échappa de peu, à un juge près, à l’interdiction de son parti, ce qui aurait signifié sa perte. Dès lors, plus rien ne devait lui résister. Au nom de l’adhésion, dont le principal obstacle était le poids de l’armée, il réussit à affaiblir l’opposition et à emporter sans discontinuité toutes les élections. Des procès bien opportuns suite à la dénonciation de complots douteux (dont le complot « Ergenekon ») lui permirent de mettre l’armée et la presse au pas. Le coup d’épée dans l’eau d’une partie de l’armée en juillet 2016, insuffisamment soutenue pour réussir, afin de faire tomber Erdogan, ne fit que le renforcer. Et il a pu dès lors officiellement jeter le masque.

Alors même que les pourparlers d’adhésion sont au point mort, Erdogan a trouvé une parade aux critiques occidentales en inventant le protocole « migrants ». Le laxisme migratoire de nos dirigeants, même si ces derniers sont obligés de « limiter la casse », a permis à Erdogan, dans le contexte de la guerre en Syrie, de faire chanter toute l’Union Européenne, ayant le doigt sur le bouton de pression lui permettant de faire déferler sur notre continent 2.5 millions de migrants.

L’adhésion turque abandonnée de fait.

Désormais Erdogan n’a plus besoin de jouer le jeu d’une adhésion théorique à l’Union Européenne, même si cette dernière était devenue dans les faits une véritable Arlésienne, même s’il espérait officiellement qu’elle ait lieu en 2023. Il peut donc lui parler mal, railler ouvertement ses dirigeants, se moquer ainsi de Steinmeier ou d’Ayrault, et même menacer les USA si ceux-ci ne cèdent pas à son injonction de lui livrer Fetullah Gülen.

Il exige que l’Union Européenne abolisse les visas turcs, ce qui permettra à n’importe quel turc d’Asie centrale muni d’un passeport turc de venir chez nous, alors même qu’il est incapable de respecter les normes en vigueur en la matière, sinon il remettra en cause l’accord sur les migrants, accord qui a permis à la Turquie de toucher plusieurs milliards d’euros quand même.

Après avoir écarté non seulement l’opposition (CHP et MHP) mais aussi ses camarades de l’AKP devenus gênants, Abdullah Gül ayant été marginalisé et même Ahmed Davutoglu limogé, après avoir soutenu l’opposition islamique à Bachar-El-Assad avant de se raviser progressivement, il négocie désormais avec Vladimir Poutine, trop heureux de mettre de son côté un pays membre de l’OTAN.

En conséquence, Danemark et Autriche ont exigé l’arrêt officiel de l’adhésion turque, ce que Juncker, Merkel et Hollande leur refusent, ménageant cet « allié » de circonstance qui n’en est pas un. Personne n’ose toucher à l’idole sacrée, à remettre en cause ce processus fantasmatique ou son appartenance à  l’OTAN. Le Conseil de l’Europe apporte son soutien à Erdogan. L’OTAN également. Pourtant, les dirigeants de l’UE et des USA n’auraient pas été malheureux si leur ex-poulain avait été débarqué et Erdogan le sait pertinemment. Mais avec plusieurs millions de Turcs venus le soutenir dans les rues d’Istanbul, il n’a peur de rien. Sa dernière provocation est d’évoquer le rétablissement de la peine de mort, le tabou absolu au sein de l’Union Européenne, son rétablissement dans un pays membre pouvant amener ce dernier à être sanctionné par ses partenaires.

L’Union Européenne a permis à la stratégie d’Erdogan de réussir et elle en paie désormais le prix. Elle en est la seule responsable, sachant que nombreux étaient ceux qui avaient mis en garde ses dirigeants contre une évolution probable. Erdogan n’a jamais voulu que son pays adhère à l’Union Européenne, dont il connaissait les faiblesses et les défauts, et dont il a d’ailleurs profité. Désormais seul maître à bord, il ne partagera ce pouvoir durement gagné avec personne. Il n’a plus d’adversaires à l’intérieur du pays, aucun adversaire en tout cas capable ou déterminé à lui tenir tête. Beau succès de l’UE en vérité. Tout l’héritage d’Atatürk est désormais en danger. Erdogan n’en laissera que des lambeaux.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

27/06/2016

Elections parlementaires en Espagne : le Parti Populaire en tête

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ES.pngCe dimanche 26 juin, des élections législatives étaient organisées à nouveau en Espagne, suite à l’incapacité des partis de mettre en place une coalition gouvernementale, en raison notamment du poids croissant de Podemos dans l’opinion. La droite (Parti Populaire) avait notamment fait un score assez médiocre en 2015 avec 28.71% des voix contre 22% pour le PSOE.

Le Parti Populaire de Mariano Rajoy obtient 33.03% (+4.2%) des voix et 137 sièges (+14) et sort donc conforté dans les urnes, après son échec cinglant en 2015. Beaucoup d’électeurs ont voulu voter utile et éviter de se retrouver à nouveau dans la situation d’instabilité gouvernementale. Difficile néanmoins de dire si le PP va pouvoir gouverner au sein d’une coalition de centre-droit, sachant qu’il faut 175 sièges au moins pour disposer d’une majorité.

Le PSOE progresse quant à lui très légèrement, en obtenant 22.66% des sièges (+0.7%) mais en régressant en nombre de sièges avec seulement 85 députés (-5). Il reste donc durablement affaibli par la montée en puissance, à ses dépens, de Podemos et par le poids en général de la gauche radicale.

Podemos, divisé en trois listes contre deux en 2015, a obtenu en tout 17.55% des voix (+0.6) et 59 sièges (+2). L’organisation se renforce donc légèrement dans les urnes mais bien moins que certains sondages ne le laissaient présager. Elle est néanmoins durablement enracinée dans le cadre électoral espagnol.

Ciudadanos (C’s), la formation de centre-droit, qui sera peut-être le partenaire de la droite parlementaire, obtient 13.05% des voix et 32 sièges. La formation perd 0.9% des voix et 8 sièges. A eux deux, PP et C’s n’auraient pas la majorité. Il est probable que la droite catalane (CDC) s’ajoute à l’équation, le CDC ayant eu 2.01% des voix et 8 sièges, ce qui donnerait une coalition fragile de 177 sièges.

La gauche radicale se maintient dans les urnes. L’organisation En Comu Poden (ECP) obtient 3.55% des voix et 12 sièges alors que « En Comu » en 2015 obtenait 3.69% et le même nombre de sièges. Ce parti résiste donc mais ne progresse pas. L’ERC (« Gauche républicaine ») obtient 2.63% (+ 0.24= des voix et 9 sièges (-), alors que les organisations basques EAJ-PNV et EH Bildu voient leurs scores quasi inchangés, à savoir 1.2% (-) et 5 sièges (-1) pour la première et 0.77% (-0.1) et 2 sièges (-).

Enfin, le Parti Nationaliste Catalan (CCa-PNC) obtient 0.33% des voix (-0.01) et un siège unique, alors que le parti de défense des animaux (PACMA) avec 1.19% des voix (+0.32) échoue à rentrer au parlement.

La droite nationale quant à elle, représentée essentiellement par le parti nostalgique FE-JONS, n’obtient qu’environ 0.05% des voix (0.04% pour le seul FE-JONS), et échoue donc lamentablement comme à chaque fois. Son incapacité à s’unir et à renouveler le discours l’explique aisément. PxC, le mouvement identitaire catalan, est laminé avec 722 voix, et la FE (Phalange Espagnole) n’obtient que 254 voix. Tout est à reconstruire et il manque surtout la personnalité de synthèse autour de laquelle tous pourraient s’organiser. En Espagne et au Portugal aussi, la droite nationale reste marginale pour des raisons historiques, le souvenir négatif des dictatures droitières et catholiques étant encore vivace.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

25/06/2016

Un « brexit » qui fait mal

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Brexit.jpgAvec 51.9% des voix, les électeurs britanniques ont finalement choisi de soutenir le brexit, c'est-à-dire d’ouvrir un processus prévu pour durer entre deux et quatre ans et devant aboutir à la sortie du Royaume-Uni de l’actuelle Union Européenne. Contrairement à ce que disent media et responsables politiques nationaux et européens, l’UE reste pour le moment à 28. Elle ne sera 27 que dans plusieurs années et ce sous réserve que le brexit ait réellement lieu. Car il ne suffit pas de voter en sa faveur à un référendum pour que le dit processus aboutisse.

Les causes du succès du brexit.

Elles sont multiples et j’ose même affirmer que tous les électeurs qui ont voté en faveur du brexit ne cherchaient pas nécessairement à ce que leur pays quitte réellement l’Union Européenne. L’électorat est versatile et surtout rarement cohérent. Il peut parfois soutenir en même temps des positions contradictoires.

La principale raison du vote « pro-brexit » est de s’opposer à l’immigration. Le paradoxe est que, en rejetant l’UE, les électeurs envoient un mauvais signal à l’égard des travailleurs européens installés dans leur pays, alors qu’en fait les électeurs visaient les populations aneuropéennes de l’ancien empire colonial installées au Royaume-Uni et contre lesquelles un conservateur comme Enoch Powell s’opposait dans les années 60. Non seulement le « brexit » ne changera rien à la situation migratoire du Royaume-Uni mais il risque même d’aggraver les flux issus du Commonwealth.

Le dernier débat de campagne opposait le maire de Londres, d’origine pakistanaise et de confession musulmane, Sadiq Khan, avec l’ancien maire, anglais de souche, Boris Johnson. Or Khan prônait le maintien dans l’UE alors que Johnson prônait le départ. Il est bien évident que le fait que les partisans les plus acharnés du multiculturalisme et de l’islamotropisme, notamment le Labour, aient soutenu le « remain » a beaucoup fait dans le succès du « brexit ».

Par ailleurs, les actuels dirigeants de l’Union Européenne sont extrêmement impopulaires. La technostructure de Bruxelles insupporte jusqu’aux partisans les plus déterminés d’une Europe politique. Elle n’a aucune légitimité démocratique et ne sert que de bouc émissaire que les dirigeants des Etats utilisent pour s’exonérer de leurs propres responsabilités en période d’élections. Les politiciens comme Juncker, battus dans leur pays ou mis en examen, sont recasés à Bruxelles par leurs équivalents au pouvoir de Paris ou de Berlin. L’Union Européenne ne gagne quasiment jamais les referenda qui la concernent. Songeons au « double non » de la France et des Pays-Bas en 2005, ou du non irlandais au traité de Lisbonne. C’est bien la preuve d’une perte considérable de crédit et d’un rejet croissant qui est plus que légitime objectivement.

Enfin, dernière raison du succès du brexit, le désaveu de David Cameron. Ce dernier, annonçant son départ dans les trois mois, s’est vanté de son bilan, résumé au mariage pour tous, version britannique, et à l’anti-racisme. On notera d’ailleurs sa médiocrité dans la défense du « remain ». Politicien médiocre au final, qui a mis lui-même les clous sur son cercueil politique, il ne sera pas vraiment regretté.

De même, les menaces d’Obama, Soros et autres n’ont pu qu’agacer la fierté britannique et à juste titre. La peur économique, efficace chez les bourgeois, n’a eu aucun effet au sein du prolétariat britannique de souche, qui n’espérant rien, et n’ayant rien à perdre, a osé s’en affranchir. Il s’est au contraire massivement exprimé pour le brexit.

Les conséquences du brexit ?

En premier lieu, la première conséquence est une nouvelle crise de l’Union Européenne. On s’étonnera de l’empressement du président français à vouloir accélérer le brexit réel. Après tout, les dirigeants de l’UE ont l’habitude de faire revoter le peuple quand celui-ci s’exprime contre leurs intérêts. Il s’agit pour Hollande et Merkel d’empêcher la contamination qui risque de toucher surtout la Suède et le Danemark. Car il n’est pas sûr en effet qu’un « swexit » ou qu’un « danxit » ne puissent avoir lieu, vu l’état de l’opinion dans ces pays.

Mais il y a ensuite les conséquences plus concrètes pour le Royaume-Uni lui-même et il n’est pas sûr que son choix politique ait été le plus avisé. L’Ecosse va probablement appliquer au Royaume-Uni ce que ce dernier s’apprête à appliquer à l’Union Européenne. Un nouveau référendum sur l’indépendance se profile et cette fois il pourrait bien aboutir. 62% des Ecossais ont ainsi dit non au brexit. De même, le Sinn Fein a très finement réagi en annonçant sa volonté de rattacher l’Irlande du nord à l’Irlande indépendante pour rester dans l’Union Européenne. Là encore le brexit était minoritaire en Ulster. Cette provocation va certainement relancer le conflit nord-irlandais qui était endormi au sein de l’Union Européenne.

Enfin, que dire des conséquences économiques. Elles sont difficiles à prévoir. Le Royaume-Uni n’ayant pas l’euro, la crise devrait être limitée mais les agences internationales de notation, Moody comme Standard & Poor, laissent entendre qu’elles vont dégrader la note du Royaume-Uni en lui retirant son triple A. Le taux d’intérêt de la dette britannique va alors augmenter et surtout la capacité du pays d’emprunter à un taux intéressant va diminuer.

Enfin ceux qui ont mis leurs espoirs dans le brexit vont vite déchanter. Les Britanniques, dont leur pays n’était pas membre de l’espace Schengen, vont se rendre compte que l’immigration va continuer. Ce qui est logique puisqu’elle n’a jamais été liée à des décisions de l’Union Européenne mais aux gouvernements de gauche et de droite du Royaume-Uni depuis un demi-siècle. Le Royaume-Uni est peu impacté par la crise actuelle des migrants. Mais cela va peut-être changer. La France annonce en effet qu’elle ne retiendra plus les clandestins qui s’entassent dans Calais. Le « brexit » non seulement n’arrêtera pas l’immigration mais l’augmentera donc. Mais les Polonais ne viendront plus prendre le travail des Pakistanais.

Evoquons enfin les conséquences politiques. Cameron partira en octobre. Il a été douloureusement désavoué par les électeurs. A la tête d’une majorité fragile, les conservateurs conserveront-ils le pouvoir ? Les élections seront-elles anticipées ? Et UKIP ? Artisan parmi d’autres du brexit, mais marginalisé dans la campagne par Johnson et l’aide droitière des Conservateurs, et n’ayant comme but principal que la sortie de l’UE, comment va-t-il évoluer ? Il est probable que non seulement il n’en sortira pas renforcé mais qu’il va sérieusement reculer. Son rôle s’arrête une fois le brexit sur les rails. Farage va donc connaître une probable victoire à la Pyrrhus.

Le brexit aura-t-il réellement lieu ?

Le processus de « brexit » est officiellement lancé du fait même du résultat de ce référendum, mais il n’est pas pour autant accompli. Cela va prendre plusieurs années et cela va être complexe, car c’est inédit. Même si le Royaume-Uni est hors zone euro et hors Schengen, ses liens avec l’Union Européenne sont forts. Que vont devenir les fonctionnaires britanniques de l’UE ? Les députés ? Les accords de libre-échange ? Les relations diplomatiques ? Qu’est-ce que cela implique pour Euro-tunnel. Les questions sont nombreuses.

Il est tout à fait possible que les pourparlers de « brexit » n’avancent pas plus que les pourparlers d’adhésion de la Turquie à l’UE. Le pourrissement est une stratégie classique. Supposons ainsi que le Labour Party gagne les prochaines élections britanniques, face à un parti conservateur implosant entre anti-UE renforcés par ce résultat et pro-UE. 69% des électeurs du Labour ont voté contre le brexit. Même si le Labour n’annoncera pas l’abandon du processus, il peut être amené à le ralentir considérablement.

En outre, si les conséquences du brexit sont trop douloureuses, l’opinion britannique peut se retourner. On a vu le cas en Islande où l’adhésion à l’UE et même à l’euro était très haute lors de la crise mais a ensuite diminué considérablement lorsque la situation s’est améliorée, au point où le processus d’adhésion a même été arrêté et la demande d’adhésion retirée. Qui peut dire dans deux ans si l’opinion publique britannique sera toujours en faveur du départ ? L’idée qu’un nouveau référendum ait lieu dans un ou deux ans pour arrêter le processus de « brexit » n’est pas absurde. Mais il faudra alors que l’UE se fasse discrète et surtout cesse toutes ses propositions  migratoires délirantes.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)