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18/11/2018

Pour la nation européenne (1ère partie)

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LPE-carte-nouvelle version.pngSi on se réfère à sa définition, la nation est « l’ensemble des êtres humains vivant dans un même territoire, ayant une communauté d'origine, d'histoire, de culture, de traditions, parfois de langue, et constituant une communauté politique ». L’Europe en est-elle une ? Non, si on se réfère à cette définition, puisque la nation, c’est l’unité de tous ces critères et que la communauté politique est la clé de voûte qui rassemble des individus, symbolisée par un État. Et l’Europe n’a pas d’État, quand bien même sa structure (l’Union Européenne) en possède certaines composantes. Mais il manque des critères essentiels, ce qui ne la définit pas comme un État.

A l’État, s’ajoutent les symboles propres à la nation. A l’État, s’ajoutent l’aspect de puissance, l’impact que la nation (symbolisée politiquement par son État) peut avoir sur le plan international à l’étranger. Et comme il n’a jamais existé dans l’histoire de puissance unique (malgré l’Empire romain, le Saint-Empire ou même les États-Unis), il y a une autre notion rattachée au concept de puissance, qui est le rapport de force, au niveau politique et diplomatique, économique et commercial, militaire et j’en passe.  

Prenons la période contemporaine où c’est à ce moment que la plupart des nations européennes ont émergé et se sont distinguées notamment sur la période 1848/1945. Paradoxalement, c’est à cette période que l’Europe s’est le plus déchirée, divisée et que les dégâts humains et matériels ont été les plus considérables. Perdant de facto leur « souveraineté » puisque l’on est rentré dans une nouvelle ère de faire la guerre qui est totale, avec une volonté d’anéantissement des peuples, ces États européens ont perdu considérablement leur puissance au profit des États-Unis, autre grande hégémonie qui a relancé à elle seule l’Europe occidentale (par le Plan Marshall), et qui sont incapables de rivaliser sur le plan international dans tous les domaines.

C’est par cette « Europe des nations » (existant depuis les Traités de Westphalie de 1648, quoi qu’en disent les souverainistes pour critiquer l’Europe dite « bruxelloise »), que ces Etats qui la composent rendent cette Europe-politique qu’est l’UE impotente, impuissante et désunie. D’ailleurs si je devais donner mon avis, je trouve une certaine similitude entre l’Union Européenne actuelle et l’ancienne Confédération germanique. La Confédération germanique fut une « confédération », union officieuse d’États qui la composent à l’intérieur. La similitude se trouve dans la composition de cette appellation. Car l’UE est aussi une structure qui marque une « union », fédérale certes ou « confédérale », puisque les Etats membres décident d’avoir une même monnaie ou pas (exemple de la Suède), d’être membres ou pas de l’Espace Schengen (exemple de la Croatie) et de signer ou pas les traités.

Face à ce constat dramatique, nous, au sein du Parti des Européens, voulons redorer le nom de l’Europe. En se servant déjà des éléments qui composent l’UE pour s’en emparer et donner à l’Europe cette unité politique qui lui fait défaut. Par les symboles du drapeau aux douze étoiles de forme circulaire sur fond bleu, l’hymne, extrait de la 9e symphonie de Ludwig von Beethoven (« Ode à la joie »), le Parlement Européen basé à Strasbourg, des cours de justice basées à Luxembourg et à Strasbourg, une BCE basée à Francfort, l’armée Eurocorps et l’Espace Schengen (qui n’existe actuellement qu’officieusement car pas défendu par son armée).

Appuyer sur les liens qui unissent les européens où sauf la communauté politique et la langue, tous les autres critères qui font la nation, sont applicables à l’Europe : - un même territoire : l’Europe ; toujours considéré comme allant de l’Islande à la Sibérie - la communauté d'origine : européenne, voire indo-européenne si on veut remonter aux premières traces d’Hommes en Europe (cf Marija Gimbutas, James Mallory, Kristian Kristiansen) - l'histoire : les Européens ont un lien entre eux depuis 30 000 ans si on en croit le livre de Dominique Venner, « Histoire et tradition des Européens ». Et quand bien même il existe des histoires locales, régionales, nationales, impériales (des Romains antiques aux Russes actuels), il existe une histoire commune, civilisationnelle, qui malgré les différences, restant mineures à l’échelle civilisationnelle, malgré les « guerres fratricides ». Les Européens partagent donc la même histoire.

Eugène GUYENNE (Le Parti des Européens)

07/10/2018

Européisme et fédéralisme.

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européisme,fédéralisme,LR,RN,DLFCes derniers jours, Guillaume Larrivé, dans les colonnes du Figaro, a invité à se méfier du « piège européiste » d’Emmanuel Macron, puis Nadine Morano à sa suite, sur les ondes de BFM, s’est opposée à la demande de « toujours plus de fédéralisme ».

Les termes d’européisme et de fédéralisme sont évités par une droite, modérée ou non, dont on dit qu’elle est timide sur la question européenne. Mais ils sont également évités par ceux qui se présentent, à tort comme on le verra, comme les plus ardents partisans de l’Europe.

Or être qualifiés d’européistes ne devrait pas gêner ceux qui, dans leur discours récent au moins, défendent l’Europe. A savoir tous les partis, y compris le Rassemblement national. Quant à ceux qui devraient à juste titre être qualifiés de fédéralistes, nous verrons qu’ils ne seraient pas forcément si éloignés des aspirations de quelques euro-réalistes.

D’abord la ligne préconisée par Emmanuel Macron, comme bien d’autres à gauche et au centre, n’est ni européiste, ni fédéraliste. Que signifierait en effet, pour l’Europe, un statut d’état fédéral ?

Ce serait d’abord un état unifié. Mais seuls les peuples disposent de la légitimité pour demander un état les regroupant. Autrement dit il conviendrait de parler de peuple européen, de nation européenne. On n’en est pas très loin quand on pense au triple héritage, païen, chrétien et humaniste. C’est celui que défendait Valéry Giscard d’Estaing, récemment rejoint par Nicolas Sarkozy qui ajoutait les racines juives.

Ensuite un état fédéral serait un état décentralisé, laissant beaucoup d’initiative à des régions ou états tout court. Ces derniers sont cependant subsidiaires de l’état fédéral.

Le projet européen actuel n’est pas du tout sur cette voie. Il consiste au contraire en une superstructure subsidiaire par rapport aux états la composant, laquelle fait fi de leur parenté de civilisation. Comme elle n’a pas de légitimité, elle n’a pas non plus la puissance pour défendre les Européens vis-à-vis de l’extérieur, sur des sujets comme le commerce, comme les migrations, comme le terrorisme ou les menaces militaires, par exemple. Pour prendre de l’importance, elle s’immisce alors dans le fonctionnement interne des états. Instance sans âme, elle s’appuie pour cela sur les valeurs mondialistes inventées par un club de notables coupés du peuple. En demandant à cette seule fin un transfert à son profit de la souveraineté démocratiquement fondée des états, cette souveraineté finit par être une illusion.

Ceux qui prétendent être partisans de l’Europe ne demandent pas un changement de paradigme. Ils demandent une accélération de la prétendue construction européenne dans le prolongement de ce qu’elle est devenue, autrement dit une dissolution de l’Europe dans un monde de type néo-féodal.

Nicolas Dupont-Aignan a trouvé une bonne image avec le syndic de copropriété. Tout se passe comme si le syndic s’occupait exclusivement de la vie des résidents chez eux, contrôlant leurs habitudes, faisant supprimer les portes palières et exigeant l’accueil de n’importe qui.

Ainsi Manuel Macron est-il un faux européiste et un faux fédéraliste. Mais, suite à un tel dévoiement des idées d’européisme et de fédéralisme, l’on comprend pourquoi ces termes sont honnis par les plus lucides et seulement balbutiés par les falsificateurs. C’est aussi la raison pour laquelle les vrais partisans de l’Europe devront plutôt parler d’une Europe unifiée et décentralisée, annonçant clairement leurs objectifs.

Parallèlement les souverainistes, comme ceux du Rassemblement national ou de Debout la France, sont de faux réalistes. S’ils critiquent à juste titre l’intrusion des instances de l’Union dans le mode de vie des citoyens européens jusque dans ses moindres détails, ils ne proposent rien de sérieux pour leur protection. Marine Le Pen a tenu un discours où l’on retrouvait quelques éléments de langage nouveaux, mais elle est vite revenue à ses habitudes europhobes.

Ces faux réalistes, en fermant la porte aux actions collectives nécessaires à la survie de l’idée européenne, ouvrent la porte aux faux européistes et faux mondialistes. Finalement les uns et les autres ne sont pas de vrais adversaires. Quand les uns n’ont pas la légitimité, les autres n’ont pas les moyens.

D’ailleurs, lorsque Angela Merkel traite directement avec l’Algérie pour y renvoyer des migrants indésirables chez elle, ou qu’elle tente de négocier avec Donald Trump une brèche dans le protectionnisme américain, elle joue une carte souverainiste avec la bénédiction des faux européistes, faux fédéralistes. Comme la Pologne quand elle achète une base américaine.

Voyons, maintenant, quelles seraient les conséquences du choix d’un statut d’état unifié et décentralisé pour l’Europe.

D’abord le fait de fonder l’état européen selon un principe national implique de s’attarder sur l’identité européenne, sur un patrimoine commun, sur le besoin de s’inscrire dans un destin commun. C’est à l’échelle du continent l’équivalent de ce que veulent les pays du groupe de Visegrad ou l’Autriche, quels que puisent être d’éventuels errements dans leur gouvernance. Et c’est ce que veulent majoritairement les citoyens de pays dont les dirigeants sont mondialistes. Par rapport aux euro-réalistes qui veulent s’appuyer sur l’idée de nation, ce serait seulement un changement d’échelle.

Il reste que cette identité européenne recouvre des identités plus spécifiques que les citoyens des anciennes nations ne veulent pas perdre, pour ce qui est des nations méritant encore ce nom, ou veulent retrouver, pour ce qui est des autres. C’est là que la décentralisation entre en jeu. L’organisation en régions devrait être constitutionnelle. Il s’agit bien sûr d’une constitution de l’état unifié, installée en même temps que seront abolies les constitutions antérieures des actuels états membres. Cependant les modifications ultérieures devront être soumises à un accord réparti sur l’ensemble des anciens états.

Cette constitution fédérale laisserait aux régions ou états tout court le contrôle de la vie sociale, de l’éducation et surtout du droit d’installation. Leur identité propre serait alors vraiment pérennisée. Bien davantage qu’en conservant des nations souveraines.

Dans l’image de la copropriété, le syndic exercerait son rôle et seulement son rôle. Ce dernier défendrait son bien vis-à-vis des immeubles voisins et des instances diverses. Mais il ne s’occuperait pas de la vie des résidents, lesquels seront chez eux et abriteront qui ils veulent.

Une telle Europe serait sécurisante, vis-à-vis des craintes manifestées par ceux qu’on appellent les nationalistes. Les Hongrois seraient sûrs de rester hongrois, les Polonais de rester polonais, par exemple. Ainsi aurait-elle un mérite que n’aura jamais le statut d’union entre états souverains que les souverainistes préconisent. En effet ces petits états seront très faciles à soumettre dans des confrontations bilatérales avec un état puissant, comme les États-Unis ou la Chine, voire avec un continent comme l’Afrique. Si bien que ceux qui auront choisi la souveraineté plutôt que l’identité n’auront in fine ni l’identité ni la souveraineté, rejoignant ceux qui veulent détruire l’identité. L’Europe unifiée, au contraire, pourra imposer sa vision des choses au monde entier.

Cela étant, les citoyens des états actuels ne sont peut-être pas prêts à franchir le pas tout de suite. En attendant il convient surtout de préserver l’avenir, en contrant les initiatives de tout ce qu’il y a de mondialiste et de bien-pensant, comme en répondant aux aveuglements nationalistes par des initiatives protectrices. Là les euro-réalistes peuvent apporter leur contribution.

En résumé ce qu’on vient d’exposer porte un nom : c’est l’alliance des visionnaires et des lucides.

Pierre EISNER (Le Parti des Européens)

19:00 Publié dans Analyses, Elections en Europe | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : européisme, fédéralisme, lr, rn, dlf | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

10/09/2018

Elections parlementaires suédoises: une droite nationale en progression limitée face à deux camps minoritaires.

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élections suédoises,démocrates suédoisA l'issue des élections parlementaires suédoises du 9 septembre 2018, le jeu parlementaire est des plus verrouillés, comme cela avait été annoncé, et les deux partis principaux, les sociaux-démocrates à gauche et les modérés à droite reculent d'environ 6,5 points, ainsi que les écologistes en recul de 2.4 points. Enfin les petites listes sont également laminées dans un contexte à forte polarisation avec 1,4% (-2.5 points).

Les Démocrates Suédois, mouvement de droite nationale dirigé par Jimmie Akesson, sont ceux qui progressent le plus, obtenant 17,6% des voix (+ 4.7) et 63 sièges (+14), mais ils sont loin des prévisions des sondages qui les plaçaient à plus de 20% et ils échouent aussi à obtenir la seconde place devant la droite modérée. C'est donc pour eux une déception. Ils ne peuvent pas en accuser les deux listes de droite nationaliste qui auront probablement réalisé des scores dérisoires (inconnus à cette heure). Le vote utile d'électeurs craignant une absence de majorité au Riksdag (parlement) a pu freiner son ascension. Ses positions eurosceptiques et pas seulement identitaires ont pu effrayer certains électeurs modérés.

Et en outre le matraquage international, il suffisait de lire Le Monde en France pour s'en convaincre, a payé. Nombreux Suédois craignaient de donner l'impression que leur pays devenait une "société fermée". C'est pourtant oublier que les Suédois par le passé avaient démontré une capacité de résistance exceptionnelle. Il suffit de songer qu'ils ont résisté au christianisme un siècle de plus que leurs voisins scandinaves.

La droite nationale, en France et ailleurs, a pu progresser et la Lega de Salvini est annoncée à 34% dans les sondages. Le FPÖ autrichien est intégré à une coalition même s'il n'a pas pu dépasser le score de Haider en 2000, mais de par la seule volonté du chancelier ÖVP Sebastian Kurz. Mais son programme économique anxiogène freine son ascension. Le déficit en crédibilité atteint surtout le RN (ex-FN) français.

Les sociaux-démocrates, principaux responsables depuis les années 70 de la crise sociétale de la Suède, en ouvrant ses frontières à de larges flux, ne sont pas sanctionnés autant qu'ils devraient l'être. Ils obtiennent 28,4% des voix et 100 sièges. La droite modérée ne parvient pas à remonter l'écart et doit se limiter à 19,8% des voix et 70 sièges.

Une coalition de gauche n'obtiendrait que 143 sièges et une coalition de droite aurait aussi 143 sièges soit une parfaite égalité. On peut imaginer selon le modèle danois une coalition de droite minoritaire aux affaires avec des démocrates suédois en soutien sans participation.

Les petits partis de droite se maintiennent (Libéraux à 5,5% et 19 sièges) ou se renforcent (Parti du centre 8,6% et 3 sièges, Démocrates chrétiens 6,4% et 23 sièges), tout comme le Parti de Gauche (Vänsterpartiet, 7,9% +2.2 et 28 sièges +7). Enfin les Verts (Miljöpartiet) tombent à 4,4% (-2.4) 15 sièges (-10). Le candidat de droite Ulf Kristersson n'a pas su convaincre. Quant au social-démocrate Stefan Löfven, qui a durci légèrement la ligne sur la question migratoire, il limite néanmoins la casse mais sans convaincre.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

25/07/2018

L’européisme, seule véritable alternative européenne à l’atlantisme et à l'eurasisme

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européisme,atlantisme,eurasisme,eugene guyenneAujourd’hui nous assistons à une confrontation idéologique européenne entre l’Atlantisme et l’Eurasisme, qui découle bien sûr d’une confrontation post-1945 entre les Etats-Unis et la Russie (ex-URSS).   

D’un côté, l’atlantisme, qui signifie « conforme au Pacte atlantique (OTAN) », qui fait référence au Traité de 1949 signé à Washington par 12 pays et dont sont désormais membres les états suivants - Etats-Unis, Canada, Royaume-Unis, Allemagne ex-RFA, Belgique, Luxembourg, Pays-Bas, France, Italie, Espagne, Portugal, Danemark, Islande, Norvège, Grèce, Turquie, Hongrie, Pologne, République tchèque, Bulgarie, Estonie, Lettonie, Lituanie, Roumanie, Slovaquie, Slovénie, Albanie, Croatie, Monténégro - est promue actuellement certes par la plupart des pays membres de l’UE mais pas uniquement (Royaume-Uni, Norvège, Albanie, Monténégro).

Cet atlantisme se confond aussi avec une certaine définition de l'européisme, qui soutient l’existence de l’UE et qui la défend, mais qui prône, outre ses positions europhiles, des positions américanophiles par atlantisme.
 
De l’autre côté, l’eurasisme, qui considère que l’ensemble composé de la Russie et de ses voisins forme une entité, qui serait l’Eurasie, donc un espace médian entre l’Europe et l’Asie. Elle prend ses origines aux années 1920 auprès de nombreux intellectuels russes. Elle est redéveloppée ensuite, depuis la chute de l’URSS, par Alexandre Douguine.

Selon lui, deux blocs civilisationnels s’affronteraient. D’une part, la civilisation anglo-saxonne, capitaliste. D’autre part, la civilisation russo-asiatique, d’esprit socialiste.
 
A l’heure où j’écris ces lignes, le chef d’État français nous vend une sorte d’européisme, qui n’est en réalité que la face cachée de l'atlantisme en maintenant l'UE dans une forme purement financière, tout en se retrouvant en position d’isolement.

Il est isolé par rapport à la politique américaine (revue depuis l’élection de Trump), isolé en Europe où seule l’Espagne (par son premier ministre Pedro Sánchez) semble se ranger de son côté, alors qu’en même temps la chancelière allemande (Merkel), sous pression de son ministre Horst Seehofer (CSU) il y a quelques semaines, ainsi que les premiers ministres belge (Charles Michel) et néerlandais (Mark Rutte), ont du revoir leur politique migratoire. Il ne faudrait pas négliger en outre le fait que depuis ces évènements, plusieurs élections ont eu lieu (autrichiennes, russes, hongroises, islandaises, italiennes et slovènes). Pour cela, il convient de se référer aux anciens articles du blog.
 
Le véritable européisme, est celui du refus de toute idéologie non-européenne. Il n'est donc ni atlantiste, ni eurasiste.

Cela implique que les élites européennes se recentrent sur l’Europe (y compris les gouvernements pro-américains comme la Pologne et de la Hongrie) et ne se tournent plus vers l’Ouest (vers les Etats-Unis), ni vers l’Est (vers l’Asie), qui isole la Russie de sa partie européenne, la poussant vers son aile orientale.

Une réorientation de la politique des gouvernements doit donc être menée en faveur d'un véritable européisme mais aussi d'une véritable défense de ce qui est européen, à savoir les symboles, le patrimoine, la culture (ou plutôt « les » cultures ethno-linguistiques).

Une fois que l'Europe aura rompu avec cet atlantisme et cet eurasisme qui divisent les deux parties de l’Europe et empêchent qu’elle tende vers une unité politique, peut-être que la conscience européenne commune se réanimera et ensuite nous pourrons envisager très sérieusement un Etat européen.

Eugène Guyenne (Le Parti des Européens)

03/06/2018

Élections législatives en Slovénie : succès populiste autour d'une coalition de droite à définir

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slovénie,janez jansa,sds,snsLe Parti démocrate slovène (SDS) de Janez Janša, mouvement populiste de droite anti-immigration, a remporté les élections législatives en Slovénie à l’issue du vote de ce dimanche 3 juin 2018. Cette formation politique obtient en effet 25% des voix et 25 sièges, la majorité parlementaire étant à 46 sièges sur 90. En tant que désormais premier parti du pays, il va devoir proposer une coalition majoritaire, ce qui sera complexe car il va devoir trouver des alliés sur sa ligne. Ce parti néanmoins avait obtenu 20,7% des voix en 2014.

Le mouvement de Marjan Šarec, de centre-gauche, est second même nettement distancé avec 12,7% des voix et 13 sièges. Il lui sera complexe de proposer une coalition d’alternative, même en regroupant les forces de gauche. C’est un parti totalement nouveau. Avec 9,9% des voix, les sociaux-démocrates (SD) obtiennent 10 sièges et multiplie leur score par deux.

Vient ensuite seulement en quatrième place le parti auparavant au pouvoir du premier ministre sortant Miro Cerar, de centre-droit, avec 9,75% des voix environ et 10 sièges. C’est un net désaveu d’un électorat de droite qui s’est reporté sur le SDS et cela traduit sans doute une inquiétude identitaire du peuple slovène et la manifestation d’un refus des migrants. Il avait obtenu 34,5% des voix en 2014, et a don perdu 25 points en quatre ans, ce qui est considérable.

Avec 9,3% des voix et 9 sièges, la formation politique La Gauche (Levica), de gauche dure avec des accents eurosceptiques, réalise une belle performance électorale. Là encore, l’électorat semble avoir sanctionné nettement le parti au pouvoir par des votes à la fois très à gauche et très à droite.

Les chrétiens démocrates de la formation « Nouvelle Slovénie » obtiennent 7,1% des voix contre 5,6% en 2014 et 7 sièges, continuant leur progression lente. Le parti d’Alenka Bratusek, qui avait fait 4,4% en 2014, progresse légèrement avec 5,1% des voix et 5 sièges.

Autre victime du désaveu gouvernemental, le Parti des Retraités tombe à 4,9% des voix et 5 sièges, contre 10,2% et 10 sièges en 2014, soit une perte de près de la moitié de ses électeurs.

Parmi les petites formations ayant des élus, le Parti du Peuple Slovène (SNS) obtient 4,2% et 4 sièges alors qu’il avait été exclu du parlement précédent. Cette progression traduit là encore les angoisses identitaires du peuple slovène dans un contexte général de montée de l’euroscepticisme en Europe. Ferment la marche des formations exclues du nouveau parlement comme le SLS (Parti du peuple slovène) avec 2,6% des voix, les Pirates (2,15%), le Bon Pays (droite, 1,5%) et enfin les Verts (1,1% des voix). Suivent enfin plusieurs petites formations politiques qui sont loin des 4% requis pour disposer de députés, et enfin des formations représentant les minorités.

Seule une coalition de droite plurielle pourrait a priori composer une majorité, peut-être ouverte au SNS. Si on additionne les élus du SMC sortant, des chrétiens-démocrates, des retraités et du SDS vainqueur, on obtient une majorité de 47 sièges, qui pourrait être renforcé d’une ouverture au SNS. La participation d’Alenka Bratusek ne serait donc pas requise. La gauche ne pourra pas composer de majorité parlementaire à opposer au SDS. Mais ce dernier bénéficiera d’une coalition complexe et donc par nature instable.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

23:53 Publié dans Analyses, Elections en Europe | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : slovénie, janez jansa, sds, sns | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

09/04/2018

Hongrie : la leçon européenne de Viktor Orban.

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Hongrie,Viktor Orban,Fidesz,Jobbik,EuropeA l’issue d’une campagne très dure, où Orban a désigné le globalisme comme son ennemi principal, surtout dans le domaine migratoire, faisant de Soros sa « bête noire », et où il s’est présenté comme le défenseur de l’Europe authentique face à ce que lui-même a appelé un « remplacement », alors qu’il est honni par presque toute la presse occidentale, Orban vient de triompher à l’issue des élections législatives.

Avec ses alliés chrétiens-démocrates, il obtient 48,89% des voix et 134 sièges contre 44,87% et 133 sièges en 2014. Si en nombre de sièges la progression du Fidesz d’Orban est dérisoire, en nombre de voix et en pourcentage il est nettement renforcé. La presse occidentale là encore s’attendait à sa réélection mais espérait une domination moins nette.

Le Jobbik, qui a troublé ses électeurs par une campagne décalée où il envisageait même une alliance avec la social-démocratie (le MZSP), devient le second parti du pays avec 19,33% mais recule par rapport à 2014 (où il avait obtenu 20,22% des voix). En se positionnant en gardien de la ligne d’Orban, le Jobbik aurait pu apparaître comme une opposition crédible. En rendant en revanche son message confus, il n’a pas pu accroître son audience initiale. Fort logiquement, son dirigeant Gabor Vona jette l’éponge et quitte la direction du parti et renonce même à sa place de député. A sa droite, le MIEP historique dirigé par Nagy obtient 0,15% des voix.

Les partenaires de 2014 (les sociaux-démocrates du MZSP et des formations libérales et centristes) avaient obtenu 25,57% des voix. Candidats en 2018 sur des formations en ordre dispersé, ils échouent à peser. Le MZSP tombe à 12,25% des voix et 20 sièges (-10), le mouvement Momentum à 2,82% des voix, le LMP (libéraux et écologistes) à 6,88% des voix (8 sièges) et enfin le mouvement démocrate DK, issu d’une scission centriste du MZSP, obtient 5,54% des voix et 9 sièges. Les autres formations sont laminées. Si on regroupe tous ces mouvements, ils obtiennent à peu près le score unitaire de 2014.

Le renforcement du Fidesz s’explique donc avant tout par un vote utile laminant les petites formations et par un léger recul du Jobbik. Sa progression de quatre points est néanmoins une belle réussite. La campagne d’Orban a payé. Les inquiétudes des Hongrois face au chantage migratoire des pays d’Europe occidentale ont été entendues.

Néanmoins cette victoire d’Orban ne saurait être comprise comme celle d’une ligne eurosceptique. Le Jobbik, qui est davantage sur une position de rupture avec l’Union Européenne, n’est pas le Fidesz. Orban s’est bien gardé à chaque fois de dénoncer l’Europe. Au contraire il s’est présenté constamment comme son plus ardent défenseur, tout en affirmant son patriotisme hongrois et chrétien. Robert Ménard ne s’y est pas trompé en vantant un homme qui a su selon lui concilier identité et Europe alors que Marine Le Pen a revendiqué le résultat d’Orban comme la matérialisation de la réussite de sa propre ligne que les Français ont pourtant rejetée en mai 2017.

Le phénomène Orban doit se comprendre avant tout comme la volonté des pays d’Europe centrale et orientale d’éviter de connaître les dérives mortifères de l’Europe occidentale. S’ils veulent logiquement s’en prémunir, ils ne renoncent pas pour autant à vouloir guérir les parties malades du continent car ils ont compris que seule une Europe unie pourrait survivre au XXIème siècle. Néanmoins l’ouest et l’est s’opposent de plus en plus quant aux valeurs que l’un et l’autre veulent promouvoir. La réconciliation européenne passera par l’affirmation de notre identité commune mais aussi par la volonté de préserver cette identité du globalisme et de ses corollaires bien connues.

La leçon européenne d’Orban, c’est que l’Europe ne doit plus hésiter à affirmer haut et fort son identité et sa civilisation. Lui n’y a pas renoncé et il a été récompensé dans les urnes de son pays.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

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06/03/2018

Des élections italiennes pour rien ?

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1200px-Capitoline_she-wolf_Musei_Capitolini_MC1181.jpgLes élections parlementaires italiennes se sont déroulées ce dimanche 4 mars pour renouveler députés et sénateurs. Il s’agissait de doter le pays d’une majorité gouvernementale. Le résultat en a été une neutralisation réciproque des différences forces politiques et le morcellement du pays.

Au sud, le Mouvement 5 Etoiles (M5S) est largement vainqueur, dépassant parfois les 50%, et notamment en Sicile, en Campanie, en Calabre, en Sardaigne ou dans les Pouilles. Le résultat national est impressionnant puisque, malgré le départ du fondateur Grillo et l’inexpérience politique totale du nouveau dirigeant Di Maio, le M5S obtient 32,7% des voix et 221 sièges (sur 630). Il n’est pas en mesure de gouverner et est victime d’un fort ostracisme des autres partis politiques. Pourtant son poids incontournable va poser un réel problème si l’Italie veut disposer d’une majorité gouvernementale sans lui. Son électorat est complexe. Il est probable que le vote identitaire qui a profité au nord à la Ligue a profité au sud au M5S.

Au nord donc, la Ligue (ex-Ligue du nord) obtient des scores également importants, notamment en Vénétie et en Lombardie, même si ce succès est moindre dans les grandes villes, comme Milan. Avec 17,4% des voix, et 73 sièges, la Ligue de Matteo Salvini réalise son meilleur résultat depuis sa fondation. Ce dernier a mené une campagne nationale dure contre l’immigration et a tempéré ses positions (désormais) eurosceptiques qu’il avait pu mettre en avant sous l’influence du FN français. Surtout la Ligue dépasse Forza Italia et Berlusconi au sein de l’alliance des droites.

Avec 14% des voix et 59 sièges, le mouvement de Berlusconi réalise une contre-performance. Son dirigeant de 81 ans se voit ainsi gentiment invité à une retraite anticipée.

Enfin, Frères d’Italie de Giorgia Meloni réalise 4,4% des voix et obtient 19 sièges. Cette formation de droite nationale, héritière de l’ancien MSI et d’Alliance nationale, réalise un score convenable compte tenu d’un fort vote utile en faveur de la Ligue. Le mouvement est surtout fort dans le Latium.

L’alliance des droites obtient un total de 260 sièges, soit 35 de moins que la majorité. Sans alliés ou sans ralliements, elle ne sera pas en mesure de gouverner le pays. On peut certes imaginer des ralliements opportunistes venus des rangs du M5S mais rien n’est certain.

Le Parti démocrate de Matteo Renzi est quant à lui sévèrement sanctionné. Avec 18,7% des voix, il réalise une douloureuse contre-performance. La coalition de gauche obtient 112 sièges en tout (-223) et ne peut plus être qu’une force d’appoint. Une grande coalition des centres n’aurait pas davantage de majorité. Il est douteux que la gauche soutienne un gouvernement de droite dominé par la Ligue et pas davantage qu’elle s’associe au M5S pour gouverner.

A gauche, le mouvement « Libres et égaux » obtient 3,4% des voix et disposera de 14 sièges. Les droites radicales, hors coalition, restent marginales, victimes là encore d’un vote utile. Casapound obtient 0,94% des voix et la liste « L’Italie aux Italiens » menée notamment par le mouvement Forza Nueva 0,38% des voix. Néanmoins les droites nationales réunies réalisent le score considérable de plus de 23% des voix. La question de l’immigration a été cruciale, déterminante dans ce résultat.

Conséquence de tout cela, l’Italie n’aura sans doute pas de majorité parlementaire. De nouvelles élections législatives, qui pourraient confirmer ce blocage institutionnel, sont dès lors probables mais pas avant plusieurs mois. A part la fin de carrière de Berlusconi, et la montée des dits « populismes », avec un Salvini qui sera sans doute l’homme de référence de la droite italienne à l’avenir, il est difficile d’imaginer un gouvernement stable en Italie à moins d’un effondrement du M5S. Mais ce dernier bénéficie d’une aura positive, surtout dans le sud, car il n’a jamais été associé au pouvoir, à l’exception calamiteuse de la gestion de la ville de Rome.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

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30/10/2017

Elections parlementaires en Islande : un système divisé.

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Island_Thingvellir.jpgLes Islandais étaient amenés à voter pour leurs représentants cet octobre 2017 après avoir voté en 2016, en raison de l’impossibilité de disposer d’une majorité parlementaire stable. Les résultats désormais connus montrent une fragmentation encore plus nette de l’électorat islandais.

Avec 25,2% des voix et 16 députés, le Parti de l’Indépendance (eurosceptique, libéral et conservateur) réalise une contre-performance, perdant 3,8 points et 5 sièges. Bien qu’il demeure le premier parti du pays, le système proportionnel limite son impact et l’oblige surtout à une alliance afin de disposer de 16 sièges supplémentaires, la majorité parlementaire étant à 32 sièges (sur 63).

Avec 16,9% des voix (+ 1 point) et 11 sièges (+1), le Mouvement « Gauche verte » (social-démocrate, eurosceptique, éco-socialiste) maintient et renforce même légèrement ses positions. Le contexte est également favorable à la social-démocratie classique, pro-européenne, l’Alliance sociale-démocrate obtenant 12,1% des voix (+ 6,3 points) et 7 sièges (+4), dans un contexte où l’euroscepticisme reste dominant.

Le Parti du Centre (Miðflokurinn), nouveau venu de centre-droit, sur une ligne là encore eurosceptique mais également populiste, obtient 10,9% et 7 sièges, ce qui est un résultat considérable pour une première candidature aux élections parlementaires. Il semble avoir surtout pris au parti des Pirates, en net recul.

Les Pirates en effet n’obtiennent que 9,2% des voix (- 5,3 points) et 6 sièges (-4). Cette contre-performance est analogue aux autres partis « Pirates » en Europe, qui émergent puis reculent avant de disparaître. C’est un phénomène politique « feu de paille ». En Europe, seul le Mouvement 5 Etoiles italien, qui a émergé sur les thèmes de la démocratie directe via internet, a pu se maintenir à un très haut niveau.

Le Parti du Peuple, qui est à la fois socialiste, populiste et opposé à l’immigration, sur une synthèse originale qui rappelle néanmoins les tentatives de synthèse sociale et nationale, obtient 6,9% (+ 3,4 points) et 4 sièges (+4), perce également. Le Front national islandais (Islenska Þjorðfylkingin) qui avait obtenu seulement 0,16% des voix en 2016 sur une ligne nationaliste, n’était pas candidat.

Le Parti du Progrès (agraire, populiste, eurosceptique) progresse légèrement avec 11,5% des voix (+ 0,6 points) et conserve ses huit sièges. Enfin, le Parti de la Réforme (libéral, pro-européen) s’effondre avec 6,7% des voix (- 3,8 points) et 4 sièges (-3). De même le parti « Futur lumineux », à la fois libéral, social et européen, sombre avec 1,2% des voix (- 6 points) et perd toute représentation nationale. C’est encore davantage le cas avec le parti Aurore (Dögun) qui passe de 1,73% des voix en 2016 à 0,1%.

Les mouvements pro-européens, à l’exception des sociaux-démocrates qui progressent à leur détriment, ont été sévèrement sanctionnés par les électeurs. C’est une ligne nationale, à dominante eurosceptique, qui sort renforcée, avec en outre l’émergence d’un mouvement anti-immigration associant ce refus à des thématiques économiques de gauche. Toutefois le Parti de l’Indépendance en est lui-même victime, alors que la gauche éco-socialiste, eurosceptique, se maintient à un niveau élevé.

L’Union Européenne, que l’Islande a renoncé à rejoindre, n’apparaît plus comme une perspective favorable pour une Islande angoissée qui entend davantage préserver ses intérêts et qui craint pour son identité face aux phénomènes migratoires, alors qu’il n’y a que 300.000 Islandais, soit à peine le nombre d’habitants du Grand Nancy en France.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens).

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22/10/2017

Elections en Tchéquie : une droite renforcée, une gauche moribonde, un euroscepticisme en hausse

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Tchéquie,ANO2011,Babis,SPOLes élections législatives tchèques qui se sont déroulées les 20 et 21 octobre 2017 ont permis la victoire d’Andrej Babis, à la tête du mouvement ANO 2011, un candidat milliardaire représentant la droite libérale et qui a fait campagne notamment sur le refus d’accueillir des migrants. Babis, comparé par certains à un Berlusconi tchèque, a obtenu 29,64% des voix (+ 11 points) et 78 sièges (+31). Il n’a certes pas obtenu la majorité absolue, qui est de 101 sièges (sur 200) mais il est en mesure de bâtir une coalition autour de son mouvement.

Le parti civique démocratique (ODS), dirigé par Petr Fiala et connu pour ses positions plutôt eurosceptiques et conservatrices, avec 11,32% des voix (+ 3,6 points) et 25 sièges (+9), pourrait donner une majorité parlementaire à Babis dans le cadre d’une coalition, sachant que ce dernier a indiqué en revanche qu’aucune alliance avec l’extrême-droite, à savoir le Parti de la liberté et de la démocratie directe (SPD) de Tokio Okomura. Dans ce contexte, Babis s’opposera nécessairement au président français Macron et maintiendra certainement le soutien de son pays au groupe dit de Visegrad.

La volonté de renouvellement des électeurs s’est également exprimée par le succès du parti nationaliste SPD, qui obtient 10,64% et 22 sièges pour sa première élection législative, confortant les résultats des élections européennes. L’existence de ce parti, qui ne participera certes pas à une coalition au pouvoir, ne peut qu’encourager Babis à maintenir une ligne dure sur les questions migratoires. Les Pirates tchèques (Pirati), phénomène transnational aux succès en dents de scie, ayant quasiment disparu d’Allemagne après quelques succès mais ayant en revanche réussi en Islande à peser sur la politique nationale, entrent au parlement avec 10,8% des voix (+8,1 points) et 22 sièges.

L’émergence de ces nouveaux partis, en plus du succès de l’ANO de Babis, se fait au détriment des partis traditionnels. Les communistes, qui étaient encore bien représentés, tombent à 7,76% des voix (- 7,15 points) et 15 sièges (-18). Les sociaux-démocrates du CSSD avec 7,27% des voix (- 13,09 points) et 15 sièges (-35) sont littéralement laminés. Ces deux partis de gauche réunis perdent en tout près de 20 points, ce qui est considérable. La peur du laxisme migratoire prêté à la gauche a été déterminante pour expliquer son effondrement électoral.

Mais la droite classique, représentée par les démocrates-chrétiens et le mouvement TOP 09, ne s’en sort guère mieux. Le KDU-CSL (chrétien-démocrate) n’obtient que 5,8% (-0,8 points) et 10 sièges (-4) tandis que TOP 09 obtient 5,31% (-6,7 points) et 7 sièges (-19).

Enfin le mouvement modéré des « Maires et indépendantes », s’appuyant sur son enracinement local, obtient 5,18% des voix et fait rentrer au parlement 6 députés.

Les petites formations politiques sont également victimes du succès d’ANO et autres des formations émergentes. Avec 1,46% des voix (- 1,74), les Verts (Zeleni) perdent tout rôle politique, de même que le Parti des droits civiques, de gauche modérée, qui doit se contenter de 0,36% des voix (- 1,15). Ils subissent tous le rejet de leurs thématiques dans un contexte de forte angoisse identitaire.

Avec l’émergence du SPO, les autres partis de droite radicale, qui étaient nombreux à se présenter, sont marginalisés. Le mouvement Svobodni (« Parti des citoyens libres »), eurosceptique, tombe à 1,56% des voix (- 0,91). En revanche le mouvement Rozumni, eurosceptique, obtient 0,72% (+ 0,45). Enfin le mouvement des Réalistes (Realisti), là encore eurosceptique et anti-immigration, obtient 0,71% des voix.

Les formations encore plus dures, comme l’ultra-radical DSSS (Parti des travailleurs et de la justice sociale) avec 0,2% des voix (- 0,66), l’Ordre de la nation (RN-VU) avec 0,17%, comme le Bloc contre l’islamisation (0,1%) ou comme les Républicains de Miroslav Sladek (SPR-RSCMS) avec 0,19% des voix, sont maintenues à des scores dérisoires, sans parler du Front national tchèque (117 voix en tout) ou de « La nation ensemble » (300 voix). Mais toutes illustrent néanmoins la volonté tchèque de se préserver du globalisme.

25,7% des électeurs thèques ont voté pour des formations nationalistes ou souverainistes opposés à l’Union européenne comme à l’arrivée de migrants, ce qui est considérable. Certains des partis proposant une offre eurosceptique seront certainement associés au nouveau gouvernement autour de la figure d’Andrej Babis (ANO), qui est la seconde plus grande fortune du pays. Ce dernier n’entend pas se faire dicter sa politique par quiconque, et certainement pas par Bruxelles. Babis ne tombera certes pas dans l’euroscepticisme, pas davantage que Viktor Orban en Hongrie n’y a cédé, mais va accroître le pôle de résistance d’Europe médiane. Le succès autrichien de Sebastian Kurz devrait renforcer également ce pôle.

Il serait peut-être que les dirigeants d’Europe occidentale, et par conséquence les responsables de Bruxelles, comprennent que la politique qu’ils proposent est impopulaire et contraire à l’intérêt véritable des Européens. L’unité européenne ne sera possible qu’en trouvant un terrain d’entente, c’est-à-dire en refusant explicitement les « valeurs » du globalisme.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

15:27 Publié dans Analyses, Elections en Europe | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : tchéquie, ano2011, babis, spo | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

16/10/2017

Elections autrichiennes : la barre à droite toute.

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800px-Kurz2017.jpgAvec 31,36% (+ 7,37) des voix et 61 sièges (+14), l’ÖVP de Sebastian Kurz réussit son pari de renforcer sa formation politique et maintient le FPÖ de Hans-Christian Strache à bonne distance. Ce dernier, qui avait atteint parfois jusqu’à 37% des voix dans certains sondages, n’a cessé de reculer depuis l’ascension médiatique du ministre Kurz. Le FPÖ néanmoins obtient dans ce contexte 27,35% des voix (+ 6,85) et 53 sièges, ce qui est le meilleur résultat de son histoire, légèrement supérieur à celui obtenu par Jörg Haider en 2000.

Le SPÖ, à la différence de la SPD allemande voisine, ne s’effondre pas. Il obtient 26,75% des voix et 52 sièges, soit le même résultat qu’en 2013. Son électorat se maintient dans un contexte où les formations écologistes reculent de cinq points en tout.

La formation d’Alexander van der Bellen, président autrichien actuel, élu pour faire barrage au candidat du FPÖ Norbert Hofer, s’effondre avec 3,32% des voix (- 9.1) et perd toute représentation parlementaire (-24 sièges). Les Verts (Grüne) ont été victimes également de la concurrence d’une scission, le mouvement Pilz, du nom de son fondateur, qui obtient 4,13% des voix et 8 sièges.

Avec 4,96% des voix et 9 sièges, la liste NEOS, de centre-droit et en faveur de la construction européenne, maintient son résultat de 2013. Le fort tripartisme autrichien a empêché cette formation d’accroître son audience mais elle a su fidéliser son électorat.

Les autres formations politiques populistes sont réduites à la portion incongrue. La liste FLÖ issue d’une scission du FPÖ menée notamment par Barbara Rosenkranz obtient 0,18% des voix. La liste ultra-anti-européenne EUAUS, qui prône une sortie de l’Autriche de l’UE, 0,01%. Les communistes du KPÖ obtiennent 0,73% des voix (- 0,29), récupérant le vote gauchiste. Enfin la liste représentant les minorités musulmanes, liste pro-Erdogan, à savoir le NBZ, obtient 0,06% des voix soit à peine 2600 électeurs. C’est l’échec également pour la formation populiste GILT, qui n’obtient que 0,92% des voix. Les listes divers (Sonstige) sont donc laminées, perdant près de sept points en tout par rapport à 2013.

Le SPÖ a immédiatement proposé une alliance avec l’ÖVP mais Sebastian Kurz va devoir rapidement faire un choix déterminant. Ou bien il peut imiter Sarkozy, et après avoir tenu une ligne droitière pendant la campagne, faire l’ouverture à gauche une fois au pouvoir. Mais ce serait tactiquement maladroit, surtout en Autriche. Ou bien il peut proposer une coalition avec Strache et le FPÖ, au risque de susciter en Europe occidentale une campagne de dénigrement, et c’est probablement le choix qui sera le sien.

Pour le FPÖ, ce résultat est paradoxal. C’est certes son meilleur score mais il est très en-dessous des espérances que Strache pouvait avoir il y a encore quelques mois. Il a été incapable de freiner l’ascension de Kurz qui a su convaincre d’anciens électeurs ÖVP, tentés par le FPÖ, de retourner au bercail. Les perspectives de devenir chancelier s’évanouissent donc.

Si le FPÖ accepte de rejoindre une coalition autour de l’ÖVP, le risque est fort que le parti connaisse une hémorragie électorale à terme, comme cela avait été le cas en 2000. Mais si le FPÖ reste dans l’opposition, on lui reprochera de ne pas vouloir participer au pouvoir et de ne pas être un parti de gouvernement. Il est donc là encore probable que Strache accepte de rejoindre une coalition, à la condition d’obtenir au moins le ministère de l’intérieur.

Une coalition ÖVP/FPÖ avec Sebastian Kurz comme chancelier, est donc vraisemblable. Elle ne suscitera sans doute pas les cris d’orfraie de la coalition précédente ÖVP/FPÖ de 2000. Strache n’est pas Haider et il a su éviter tout le long de sa carrière à la tête du FPÖ les déclarations provocatrices qui inquiéteraient une partie notable de ses propres électeurs.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

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15/10/2017

L’impasse de l’indépendance catalane.

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810px-Flag_of_Catalonia.pngToutes les identités d’Europe doivent être préservées et il n’y a aucune raison en soi que l’identité catalane soit écrasée par l’identité castillane. Elles ont toutes le même droit de perpétuer leur héritage/patrimoine et de le transmettre aux nouvelles générations. La France jacobine a écrasé les identités propres à son territoire en imposant le français, c’est-à-dire en réalité le francilien, la dialecte d’oïl de la région parisienne, siège du centralisme capétien puis républicain. Et de même le régime franquiste en Espagne a violemment réprimé les nationalismes catalan et basque.

Mais depuis les années 70, les provinces d’Espagne, comme la Catalogne, ont bénéficié d’une large autonomie. Ce ne sont pas les Espagnols qui mettent en danger l’identité catalane mais les prétendus indépendantistes catalans eux-mêmes, animés par une idéologie gauchiste qu’on peut retrouver chez Podemos, et qui les amènent à se faire les promoteurs d’une immigration immodérée, créant ainsi la seule menace réelle sur l’identité catalane.

En réalité, la pire chose qui pourrait arriver aux Catalans eux-mêmes serait que ces « indépendantistes » qui nient la parenté de culture entre Castillans et Catalans, et entre Européens en général, arrivent au pouvoir d’un Etat devenu indépendant, où ils distribueront la nationalité catalane à tout le monde, détruisant l’identité catalane qu’ils prétendent défendre.

Le gouvernement espagnol ne veut pas de l’indépendance catalane pour de bonnes et de mauvaises raisons. Sa façon d’affirmer son pouvoir ne paraît pas adéquate. Il aurait suffi de garantir les conditions démocratiques d’un référendum, que les indépendantistes auraient certainement perdu, pour désactiver leur action.

Les régionales ou indépendantistes de droite, notamment en Flandre, qui ont apporté leur soutien à l’indépendance catalane se trompent de combat. Les identitaires catalans font fausse route en acceptant que leurs pires adversaires en Catalogne réalisent cette indépendance à laquelle eux-aussi aspirent. Une responsable de SOM Catalans déclare ainsi qu’il n’y a « rien de commun entre l’Espagne et la Catalogne », ce qui est une absurdité d’un point de vue historique. Cette identitaire catalane revendique également la Catalogne française, mais aussi les Baléares et Valence.

Outre le combat commun pour la Reconquista, il y a le même héritage celte, romain et germanique (gothique), sans parler de l’héritage ibère plus ancien. Ce genre de déni me fait penser à celui des souverainistes français, qui considèrent que la France et les autres nations d’Europe n’ont rien en commun, alors que dans le même temps selon eux « tout le monde » peut devenir français.

Alors que le combat identitaire implique de se placer dans le cadre d’une Europe unie, nous retrouvons là les égarements nationalistes classiques. Faire de la Catalogne un État souverain de plus, quel intérêt ? Pour ne pas avoir à contribuer économiquement au reste de l’Espagne, alors même que la gouvernance catalane pratique l’assistanat généralisé ?

Il est indéniable que les États nationaux classiques sont incapables de protéger les Européens contre le mondialisme, mais si l’État espagnol en est incapable, que dire du futur État catalan ? Le cas de l’Écosse est différent puisque c’est parce qu’elle veut rester en Europe qu’elle envisage de se séparer du Royaume-Uni, mais pour y appliquer la même politique migratoire suicidaire, en pire.

Il ne faut pas un État de plus en Europe, mais un seul Etat pour l’Europe. En ce sens, Catalans et Espagnols resteront les citoyens d’un même ensemble, sans les contentieux historiques désormais ringardisés, qui s’appellera l’Europe. C’est dans l’unité politique du continent que se trouvent la réconciliation et la restauration des identités d’Europe menacées par le globalisme, qu’il soit libéral ou marxiste. Les défenseurs de l’indépendance catalane ont tort. Les partisans d’une Espagne unie aussi. Tous deux nient l’essentiel, la nécessité d’une Europe politique forte et unie qui n’a que faire de querelles de clochers sans intérêt, tant que les identités sont préservées.

C’est par l’Europe que l’identité catalane, comme l’identité castillane d’ailleurs, sera préservée. Il est donc impératif que les catalans identitaires laissent à cette extrême-gauche funeste ce fantasme d’une souveraineté de papier et œuvrent plutôt à l’émergence d’une Europe unie, respectueuse par subsidiarité des identités intra-européennes.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

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02/10/2017

Elections parlementaires en Allemagne : le Bundesrat sans majorité.

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cdu-og-image-1200x630.jpgAngela Merkel a gagné mais en version Pyrrhus. Avec 33% des voix (26,8% pour la CDU et 6,2% pour le CSU, sa variante bavaroise), obtenant 246 députés (sur 709), la démocratie chrétienne réalise son plus mauvais score de l’après-guerre. C’est dire si la chancelière est devenue impopulaire en quelques années, et une CDU plus courageuse aurait déjà changé de dirigeante, faisant avec elle ce que cette dernière avait fait avec Helmut Kohl.

Son seul motif de satisfaction est d’avoir amené la SPD, avec laquelle elle formait une grande coalition depuis plusieurs années, au plus bas à son tour. Avec 20,5% des voix et 153 députés, la SPD connaît l’un des résultats les plus médiocres de son histoire. Son candidat, l’ancien président du parlement européen Schulz, restera finalement à la tête du parti, au prix du refus de participer à une nouvelle coalition avec la CDU. Cette dernière doit donc se trouver de nouveaux alliés.

Le grand vainqueur de cette élection, par sa marge de progression (+ 7.9 points), est l’AfD dont la campagne fut menée sur un ton identitaire par le tandem gagnant Gauland/Weidel. Même si l’ancienne dirigeante Frauke Petry, à peine élue, claquait la porte du parti en emmenant son député européen de mari, l’AfD est renforcée, avec ses 12,6% des voix et ses 94, et donc désormais 93, sièges. L’extrême-droite classique est laminée, la NPD ne faisant que 0,4% des voix (- 0.9 points) et les REP étant simplement absents, la plupart de leurs adhérents ayant rejoint l’AfD.

Avec 10,7% des voix et 80 sièges, le FDP (libéraux) revient en fanfare au Bundestag. Son jeune dirigeant dynamique, Christian Lindner, qui revendique le ministère de l’économie, a su dynamiser son parti sur une ligne libérale et identitaire, limitant sans doute la marge de progression de l’AfD. Il est devenu faiseur de roi et allié indispensable de Merkel. Mais il va certainement négocier très chèrement sa place.

Les Verts (Grünen) avec 8.9% (+0.5 points) des voix et 67 sièges (+4) sortent également renforcés de ce scrutin, au détriment des sociaux-démocrates. Merkel souhaiterait sans doute les associer au pouvoir pour bâtir sa nouvelle coalition, mais les options très à gauche du parti rendent l’alliance avec la FDP et même avec la CSU très hypothétique. Si elle échoue à bâtir ce que la presse appelle une coalition « jamaïque », elle devra se tourner à nouveau vers les urnes, ce qui serait inédit en Allemagne depuis 1933.

Mais le regroupement de partis aux options antagonistes est très aléatoire et surtout sans stabilité. La CSU pourrait choisir de passer dans l’opposition afin de redorer son blason. De même la CDU pourrait être tentée en cours de mandature de faire tomber Merkel et de changer de dirigeant. Son résultat médiocre ne peut que les y inciter, surtout si l’AfD continue d’accroître son audience à droite.

La gauche radicale de « Die Linke » avec 69 sièges (+5) et 9.2% (+ 0.6 points) se maintient à un niveau élevé. Exclue depuis toujours du pouvoir, même à gauche, son rôle sera le même que celui de l’AfD, faire de la figuration. L’AfD néanmoins pourrait, en cas de coalition minoritaire CDU-CSU-FDP, peser sur la politique du gouvernement, comme le fait le DFP au Danemark.

Dans tous les cas, Angela Merkel a en même temps gagné et perdu les élections. Le désaveu est cuisant. Otage de ses alliés potentiels (Verts et FDP) auxquels elle devra beaucoup céder, au point d’irriter son propre parti, son destin ne lui appartient plus vraiment. Elle ne pourra pas non plus donner suite aux propositions de Macron de refonder l’Union Européenne, certes sur des bases pas plus satisfaisantes que les actuelles.

De la diabolisation à droite.

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De « Poujadolf » (à propos de Pierre Poujade) à la fascisation du général De Gaulle, accusé d’un « coup d’état permanent » par Mitterrand, la gauche marxiste a depuis les années 20 et 30 comme habitude d’accuser de « fascisme » tous ses adversaires idéologiques. Elle a employé cet argumentaire dès les années 80 pour contrer l’ascension du Front National, que ce même Mitterrand avait sciemment rendu possible par l’accès offert à son dirigeant sur les plateaux de télévision.

Ce qui est plus surprenant, c’est que cette pratique de diabolisation que Leo Strauss avait appelée « reductio ad hitlerum » a désormais essaimé à droite et avec un certain succès. C’est désormais par l’anathème que les différentes figures de droite veulent « débattre ». Ainsi Gérald Darmanin a-t-il annoncé que la victoire prévisible de Laurent Wauquiez à la tête des Républicains allait amener le parti à la « droite extrême ». De même, le nouveau dirigeant d’UKIP Henry Bolton a-t-il accusé son adversaire identitaire Anne-Marie Waters de vouloir transformer le mouvement en « parti nazi britannique ».

Enfin Florian Philippot, à peine démissionnaire du Front National, accuse le FN de « mégretisme » sous prétexte que certaines figures du parti sont issues de l’ancien MNR de Mégret, mais sont revenues au FN bien avant que lui-même n’y mette les pieds. L’accusation est amusante dans le sens où il imite ainsi Jean-Marie Le Pen qui en 1998 dénonçait dans les partisans de Mégret « des extrémistes et même des racistes ». Il accuse le FN de retourner à ses « vieux démons », donnant donc raison aux partisans de la diabolisation à outrance de ce parti pour l’écarter du pouvoir. En somme, il dit ouvertement qu’il a quitté un parti qui avait été réellement le diable.

Frauke Petry, ancienne dirigeante du mouvement populiste AfD en Allemagne, parti qui vient de réussir une percée électorale avec 12,6%, claque la porte à peine élue, au mépris du respect dû aux électeurs qui ont voté pour elle, afin de dénoncer des attitudes extrémistes chez ses anciens compagnons de combat. Auparavant, elle avait elle-même été diabolisée par Bernd Lücke, l’ancien dirigeant plus europhobe qu’identitaire, quand celui-ci avait été poussé vers la porte.

On pourrait imaginer que des gens qui ont été victimes de la diabolisation à outrance épargneraient à leurs propres adversaires au sein de leur camp d’avoir recours à ces mêmes ficelles dialectiques. Il n’en est rien. Il faut toujours trouver plus extrémiste que soi pour plaire aux media. Ce faisant, on ne sera jamais consensuel parce qu’il y aura toujours quelqu’un pour vous montrer du doigt.

Florian Philippot, grand artisan de la dédiabolisation ratée, en a fait d’ailleurs lui-même récemment les frais. Alors qu’il ne cessait de dénoncer le « néo-extrémisme » au sein de son ancien parti, une journaliste évoqua alors les messages douteux d’un de ses compagnons de route, quand d’autres rappelaient le passé à Terre et Peuple, organisation que Louis Aliot (FN) qualifiera d’extrémiste bien sûr, d’une de ses lieutenantes.

Et si le manichéisme en politique n’était qu’une façon de taire les vrais débats ?

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

15:46 Publié dans Analyses, Elections en Europe, Lexique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

17/09/2017

Elections parlementaires en Norvège : victoire à la Pyrrhus de la coalition sortante.

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Fremskrittspartiet_parti_du_progres_norvege.pngAlors que l’Europe entière attend avec impatience le résultat des élections parlementaires en Allemagne, les Norvégiens votaient ce 11 septembre 2017. Il s’agissait pour eux de reconduire ou de renforcer la coalition sortante minoritaire composée des conservateurs du Høyre et des populistes du Parti du Progrès (Fremskrittspartiet ou FP) de Siv Jensen. En face d’eux, les Travaillistes (Arbeiderpartiet) cherchaient à proposer une alternative.

Les électeurs ont finalement choisi la continuité politique, même si certains mécontentements se sont exprimés en faveur de partis minoritaires, centristes ou d’extrême-gauche. Les mouvements d’extrême-droite quant à eux sont marginalisés par le FP et ne présentaient aucune liste.

Avec 27,4% des voix, les Travaillistes (AP) restent le premier parti du pays, comme il l’était aux élections précédentes, avec 27,4% des voix. Néanmoins ils reculent de 3,4 points alors qu’ils sont pourtant dans l’opposition depuis plusieurs années. Avec 49 sièges, ils en perdent 6.

Høyre subit l’usure du pouvoir, n’obtenant que 25% des voix (-1,8 points), de même que le FP qui passe de 16,4% à 15,2%. Le désaveu de la coalition sortante est donc très limité et surtout il ne profite pas à la principale force d’opposition. Høyre disposera de 45 députés (-3) et le FP de 27 députés (-2).

Les centristes du Senterpartiet (« Parti du centre ») sont les principaux bénéficiaires de ce recul des grands partis en obtenant 10,3% des voix et (+4,8 points) et 19 sièges (+9). La Gauche Socialiste (Socialistisk Venstreparti) avec 6% des voix (+1,9) et 11 sièges (+4) progresse également au détriment des Travaillistes. Même chose pour la gauche radicale du Parti Rouge (Rødt) qui obtient 2,4% des voix (+1,3) et son premier siège au parlement. Enfin les Verts conservent leur seul siège, et renforcent leur poids électoral avec 3,2% des voix (+0,4).

Libéraux (Venstre) et chrétiens-démocrates (Kristelig Folkeparti) qui avaient soutenu la coalition sortante sans y participer reculent en revanche, avec 4,4% (-0,8) et 8 sièges (-1) pour les premiers et 4,2% (-1,4) et 8 sièges (-2) pour les seconds. Ce recul n’a manifestement pas profité aux partis de la coalition ou aura simplement diminué leur recul.

Avec 72 voix en tout, la coalition sortante est loin des 85 sièges nécessaires pour disposer d’une majorité. Si les deux partis minoritaires précédemment évoqués apportaient leur soutien, cela ferait en revanche 88 sièges. C’est le cas le plus probable.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

27/08/2017

Le Front National pris dans une aporie insoluble. Constat d'une faillite programmée.

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Front National,Marine Le Pen,échecSi le FN a dédiabolisé son discours, en renonçant en réalité à tout ce qui en faisait la sève, l’édulcorant au point de le rendre semblable à celui de tous les autres partis, il n’a pas démocratisé son mode de fonctionnement interne. Le président du parti, qui est toujours un Le Pen, est indéboulonnable et ne cède sa place que quand il le décide. Il est donc décrété candidat naturel du parti ad vitam aeternam, et en ce sens la présidence de « Marine » est conforme à la présidence de « Jean-Marie ».

La campagne de 2017 a révélé un double échec : échec personnel de Marine Le Pen qui n’a pas été élue présidente, même si elle a été élue député, sans groupe, dans la meilleure circonscription de France pour son parti ; échec de la stratégie politique du Front National, avec ses thèmes souverainistes, à l’instar de l’abandon de l’euro. Aux législatives, le FN a dû se contenter d’un petit 13,2%, loin des 27% obtenus aux élections européennes de 2014. Aux présidentielles, le FN a obtenu 21,3% des voix, soit à peine un point de plus que François Fillon, et 33,9% au second tour. Ce dernier résultat, s’il atteint un record, est néanmoins très inférieur à ce que le parti pouvait espérer.

Contrairement à 2002, le second tour a eu lieu d’une manière classique, le moment clé étant le débat entre les deux finalistes. Emmanuel Macron ne se déroba pas à l’affrontement, même si tactiquement il laissa filtrer la fausse information selon laquelle il quitterait le débat si Marine Le Pen l’y poussait. Les « stratèges » de Marine Le Pen tombèrent dans le piège en la poussant à un discours de rupture et de provocation.

Marine Le Pen n’a pas seulement perdu l’élection et le débat. Dans ce débat, elle a révélé son vrai niveau de compétence ou d’incompétence, selon le fameux principe de Peter. Très bonne candidate quand on lui oppose des anathèmes sans fondement, elle devient médiocre lorsqu’elle est amenée à exposer ce qui lui sert de programme. Elle est parue confuse, déconnectée des enjeux, attaquant son adversaire sur le terrain où celui-ci est le plus fort. Épuisée par une campagne mais aussi par des choix stratégiques absurdes, comme sa visite la veille du débat à un collectif africain où elle a promis 15 milliards d’euros par an pour l’Afrique, alors qu’elle ne cessait de vitupérer contre les 9 milliards d’euros versés chaque année à l’Union Européenne, elle n’avait manifestement pas le niveau. Enfin, ses quelques pas de danse à la fin d’une soirée d’échec électoral, créant une désespérance profonde auprès de ses électeurs, sympathisants et militants, ont accentué le désaveu.

On peut se remettre d’une contre-performance électorale mais pas d’un débat de second tour vu par des millions de Français, dont ses électeurs, où elle a révélé son vrai visage. Car nombreux étaient ceux qui depuis de nombreuses années connaissaient la réalité derrière le masque. Les bons résultats électoraux de ces dernières années avaient envoyé un message trompeur.

La stratégie a été mise en cause et à juste titre, mais changer de stratégie n’est pas aussi simple. Le débat sur l’euro a été mis sous le boisseau, même si Florian Philippot y revient sans cesse, mais le parti reste officiellement opposé à la monnaie unique. Le choix est désormais de ne plus en parler et d’axer le propos sur le rétablissement des frontières nationales. C’est inaudible. Les thèmes identitaires, mis en avant par Bay, et les thèmes souverainistes, mis en avant par Philippot, sont irréconciliables.

Une stratégie est également incarnée. Marine Le Pen a tellement mis en avant une ligne souverainiste qu’il lui est impossible d’y renoncer. Si changement de ligne le FN doit adopter, ce qui ne passe pas nécessairement par un changement de nom, relevant d’une logique cosmétique, il faut un changement de dirigeant, de candidat. Or c’est impossible pour les raisons évoquées préalablement. Marine Le Pen est indéboulonnable, et personne ne s’opposera à elle lors du congrès de 2018, mais elle est gravement démonétisée, et même décrédibilisée par le débat du second tour. Même Florian Philippot reconnaissait, selon un propos rapporté par le Canard Enchaîné dont il niera ensuite la réalité, que Marine Le Pen « était décrédibilisée à jamais ».

Robert Ménard, dans une tribune qui lui a valu les foudres de Florian Philippot, a clairement indiqué la nécessité d’un changement stratégique et d’un changement de direction, espérant l’émergence d’une personnalité nouvelle. Si une telle personne devait émerger, néanmoins, cela ne serait pas au Front National. A moins d’une démission surprise de Marine Le Pen, qui créerait automatiquement une scission en deux, le parti est promis à un déclin plus ou moins long. Or le FN empêche l’émergence d’une nouvelle personnalité, en son sein aussi bien qu’en dehors, car il est encore en position de monopole sur des thèmes identitaires que pourtant il réfute.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

01/07/2017

Elections parlementaires en Albanie : Edi Rama (PS) conforté.

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Les élections parlementaires albanaises se sont déroulées ce 25 juin 2017, quatre ans après celles qui avaient apporté la victoire au socialiste francophile Edi Rama, désormais premier ministre sortant.

Avec 48,34% et 74 sièges en 2017, contre 41,36% et 65 sièges en 2013, le Parti socialiste d’Albanie remporte haut la main les élections. Mais au sein d’une coalition avec le Mouvement socialiste pour l’intégration, il dominait alors avec 81 sièges. Avec un parlement composé de 140 députés néanmoins, il obtient donc la majorité absolue sans besoin d’accords avec d’autres formations politiques.

Avec 28,82% des voix et 43 sièges, le Parti démocrate d’Albanie, dont l’ancien dirigeant charismatique Sali Berisha a abandonné les rênes, la principale force d’opposition échoue et perd même 7 sièges. En 2013, il obtenait encore seul 30,63% des voix et 50 sièges, ce qui était déjà une contre-performance. Sa chute continue donc.

Le Mouvement socialiste pour l’intégration, auparavant au pouvoir au sein de la coalition « Alliance pour une Albanie européenne », obtient 14,27% des voix et 19 sièges en 2017, contre 10,46% des voix et 16 sièges en 2013. Cette formation s’implante comme troisième force d’Albanie et renforce son poids à l’issue de cette nouvelle élection.

Le Parti pour la justice, l’intégration et l’unité, parti nationaliste albanais modéré, soucieux notamment des communautés albanaises en dehors de l’Albanie même (Kosovo, Macédoine, Albanais de Serbie, Albanais « Cham » de Grèce), obtient 4,8% des voix et 3 sièges, dans un contexte de forte bipolarisation. En 2013, il obtenait 2,61% des voix et 4 sièges. Bien que progressant en %, il perd donc un élu.

Le Parti « Libra » (« balance » en latin) de centre-droit ne parvient pas à jouer les trouble-fête, n’obtenant que 1,25% des voix, alors que le Parti social-démocrate d’Albanie doit se contenter de 0,95% des voix mais obtient néanmoins un député. Le Parti républicain d’Albanie, national-conservateur et pro-européen, classé au centre-droit, tombe à 0,24% des voix et perd ses trois députés. Il avait obtenu en 2013 3,02% des voix.

Les formations démocrates chrétiennes, divisées en de multiples chapelles, totalisent en tout 0,27%, le mouvement centriste Sfida n’obtient que 0,22% des voix. L’extrême-gauche représentée par les communistes sont à 0,07% et l’extrême-droite représentée par le mouvement « Alliance nationale Arbnore » 0,02%. L’alliance nationaliste « Rouge et noir » (0,59% des voix en 2013) a disparu.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

19/06/2017

Elections législatives françaises : une abstention record, une opposition affaiblie.

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2052755-vote-blanc-est-il-pris-en-compte-pour-les-resultats-des-municipales.jpgUn 1er tour macroniste.

Au premier tour, le mouvement « La république en marche » du nouveau président Emmanuel Macron s’est imposé comme la première force politique du pays, avec 28,21% des voix, ce qui n’est pas néanmoins un score exceptionnel, d’autant plus que ce résultat a lieu dans un contexte d’abstention record, puisque 48,7% des électeurs seulement s’étaient déplacés pour ce scrutin. L’effet « président » a joué évidemment son rôle pour doter le nouveau gouvernement d’une légitimité parlementaire.

Le Front National connaît quant à lui une sévère déconvenue, n’obtenant que 13,2% des voix (contre 13,6% en 2012) et perdant 61% des électeurs qui avaient voté Marine Le Pen au 1er tour des présidentielles. Ce vote sanction a manifesté la déception de ces derniers quant au résultat du 2ème tour et quant à la prestation catastrophique de la candidate le 3 mai dernier lors du débat face à Emmanuel Macron. Marine Le Pen atteint 46% des voix à Hénin-Beaumont, ce qui pouvait laisser penser au fait qu’elle se retrouverait seule à l’assemblée pour représenter son parti.

Quant au mouvement de Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France), il est écrasé avec 1,17% des voix, seul son président réussissant à passer le cap du 1er tour mais en étant très menacé dans sa propre circonscription. Son alliance ratée avec le FN a considérablement affaibli sa formation politique.

Avec 11,03% des voix, La France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon faisait également une contre-performance, mais à ce pourcentage il faudrait ajouter les 2,7% des voix obtenus par le PCF. Son recul était donc moindre que celui du FN, sans pour autant être un bon résultat.

Avec 7,44% des voix, malgré son implantation ancienne, le Parti Socialiste réalise un score très médiocre et perd ainsi dès le 1er tour un certain nombre de ténors et aussi son premier secrétaire, Jean-Christophe Cambadélis étant éliminé dès cette étape. C’est la fin qui se profile à l’horizon pour le parti mitterrandien qui a été séché par Macron à droite et par Mélenchon à gauche.

Le Modem, avec 4,1% des voix, fait un score en apparence modeste mais étant allié avec La République en Marche, il ne présentait pas des candidats partout sur le territoire. Il n’existe que dans le cadre de cette coalition, sinon il aurait été réduit à un résultat dérisoire.

Les diverses formations écologistes totalisent quant à elles 4,3% des voix mais se retrouvent extrêmement fragilisées, et même dépouillées. L'extrême-gauche est réduite à 0,8% des voix et l'UPR, la formation ultra-souverainiste d'Asselineau, se situe aux alentours de 0,5% des voix et n'obtiendra en conséquence aucun financement.

Enfin, la droite républicaine, LR, UDI et divers droites, totalise 21,6% des voix (dont 15,8% pour LR), ce qui est un résultat modeste, lié notamment à la stratégie gagnante de Macron consistant à débaucher et/ou à séduire un certain nombre de figures de LR, comme son premier ministre Edouard Philippe par exemple. Le choix de Baroin pour mener la campagne, un candidat Macron-compatible, ne pouvait aboutir à autre chose qu’à un échec. PS et LR ont donc été les victimes d’un président centriste particulièrement habile pour semer le trouble chez ses adversaires et qui s’est révélé un politicien beaucoup plus redoutable que ce que pensaient ses adversaires d’un nouveau venu sans implantation électorale antérieure.

Un léger rééquilibre au 2ème tour.

Les sondages annonçant plus de 400 députés pour la majorité présidentielle, les électeurs ont voulu dans un certain nombre de cas rééquilibrer le jeu. Avec une abstention record de 58%, l’élection n’a pas passionné les Français, mais il est aussi probable que des électeurs de Macron du 1er tour n’ont pas voté, soit parce que les « bourgeois » de centre-gauche ont pensé que les jeux étaient faits, soit parce que le haut degré d’ensoleillement les a amenés à d’autres activités qu’électorales ce dimanche.

En conséquence de quoi, le FN et LFI (Mélenchon) ont connu une légère embellie, ainsi que les candidats de droite très implantés. Avec 8 députés dont Marine Le Pen elle-même, élue avec 58,6% des voix mais avec une participation de 44%, indiquant l’absence de mobilisation contre elle, et dont Emmanuelle Ménard à Béziers, Gilbert Collard (réélu) dans le Gard, le FN obtient son meilleur résultat au scrutin majoritaire. Mais on est loin des 45 à 80 députés que le FN ambitionnait d’obtenir. Les candidats philoppotistes, dont Florian Philippot lui-même, ont en revanche échoué nettement. Avec ses 8 députés, Marine Le Pen limite la casse et va sans doute tenter d’empêcher la remise en cause de son autorité en interne et d’éviter de pourtant nécessaires remises en question. Jacques Bompard (Ligue du Sud) et Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France) sont également réélus, mais même leur éventuel soutien au FN ne permettrait pas la constitution d’un groupe parlementaire. Autres gagnants, ce sont les nationalistes corses qui font rentrer 3 députés à l’Assemblée nationale, un record.

LFI, Mélenchon étant lui-même élu à Marseille-nord, réussit à obtenir au moins 15 députés, ce qui leur permet d’avoir un groupe indépendant du PCF, ce dernier n’en disposant en revanche pas (10 députés à 23h30). Il est à cette heure difficile de savoir s’ils formeront un groupe uni.

La droite républicaine sauve également la tête d’un certain nombre de ses figures dont Eric Ciotti et Claude Goasguen. Néanmoins elle n’aurait obtenu que 130 députés environ, dont beaucoup lorgnent déjà vers La République en Marche, à l’instar de Thierry Solère qui a envoyé des clins d’œil appuyés aux gagnants de ce soir.

Le PS et ses alliés de gauche n’obtiennent qu’entre 44 et 46 sièges. Manuel Valls, qui avait rompu avec lui, gagne de justesse dans l’Essonne, même si sa victoire sera contestée par son adversaire du LFI. En revanche, des figures comme El Khomry, Touraine et Vallaud-Belkacem sont éliminées, malgré parfois le soutien de LREM de Macron. Les personnalités trop associées à l’ancien gouvernement ont ainsi été sanctionnées.

La République en Marche (LREM) et le Modem de François Bayrou obtiennent environ 360 sièges, leur donnant la majorité absolue (sur 577 sièges) mais avec moins de sièges qu’espérés. Les électeurs n’ont pas voulu donner un blanc-seing au nouveau président. Par ailleurs, il sera bien difficile à ce dernier de tenir un groupe parlementaire avec de nouveaux élus dont l’expérience politique est parfois très limitée et dont les positions politiques peuvent être parfaitement antagonistes dans les faits.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

Elections parlementaires britanniques : le demi-échec de Theresa May.

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Ce devait être le scrutin du renforcement pour les Conservateurs de Theresa May en route vers un « hard brexit ». Malgré le peu de charisme de ce premier ministre qui après avoir été opposé au brexit est devenu partisan d’un brexit radical, Theresa May espérait s’imposer largement et c’est ce qui était prévu selon les sondages de l’époque où elle a décidé d’organiser un scrutin anticipé.

Mal lui en a pris car le candidat du Labour Jeremy Corbyn, qui a lancé des attaques sur l’économie et sur la sécurité, sans évoquer le brexit contre lequel il s’était très timidement opposé, a bénéficié alors d’une dynamique favorable.

Avec 42,4% (+5,5 points), les Conservateurs l’emportent mais ils n’obtiennent que 318 sièges (contre 331 auparavant) et perdent ainsi la majorité absolue (326 sièges). Leur progression se fait surtout au détriment du parti UKIP. Ils devront s’allier pour gouverner avec probablement le parti DUP d’Irlande du Nord, les protestants d’Ulster, qui obtient 0,9% des voix (+0.3) et 10 sièges (+2). Mais même leur soutien éventuel n’offrirait qu’une majorité très faible. En outre, le DUP est assez dur et pourrait relancer la crise en Irlande du Nord.

Avec 40% des voix (+ 9,5) et 262 sièges (+30), le Labour de Jeremy Corbyn fait presque jeu égal avec les conservateurs même s’ils ont moins d’élus. Ils progressent notamment au détriment d’UKIP mais surtout des nationalistes écossais du SNP. Ceux-ci avec 3% des voix (-1,7) et 35 sièges (-21) sont ainsi fragilisés et la perspective d’obtenir un nouveau référendum sur l’indépendance semble pour le moment s’éloigner. Réunis, Labour et SNP ne sont pas en mesure de gouverner.

Les Libéraux Démocrates, seuls partisans de l’Union Européenne, n’obtiennent que 7,4% des voix (-0,5) et devront se contenter de 12 sièges (+4). Leur rôle sera modeste dans cette nouvelle assemblée.

UKIP s’effondre littéralement, tombant à 1,8% (-10,8) et perdant son seul siège. C’est une sévère déconvenue pour la formation souverainiste qui avec le Brexit perd sa seule raison d’être, après avoir tué la seule voix un peu identitaire, le BNP n’obtenant que 4000 voix et donc 0%. Le départ de Nigel Farage a également fait beaucoup. Présents avec 25 députés à Bruxelles, qu’ils perdront avec le brexit en 2019, ils seront absents du parlement national. L’impasse souverainiste, qu’on constate aussi dans le cas français, est ainsi démontrée.

Les nationalistes gallois obtiennent 0,5% (-0,1) et 4 sièges (+1), le Sinn Fein irlandais 0,7% (+0,2) et 7 sièges (+3). Les Verts avec 1,6% (-2,1) et un siège demeurent à un niveau très bas, en dehors de leur seule implantation locale.

Minoritaires ou avec une majorité fragile, Theresa May n’est donc pas du tout renforcée à l’issue de ce scrutin. Au contraire, dans le cadre des négociations avec le Brexit, elle aura du mal à se présenter en position de force. Le Brexit n’est d’ailleurs pas si certain que tous semblent le dire. Beaucoup d’eau coulera avant 2019.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)