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01/01/2017

Meilleurs vœux pour 2017 : l’année du réveil de la dormition ?

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Voeux 2017,EuropeLa crise morale qui affecte l’Europe depuis maintenant près d’un demi-siècle va continuer en 2017. Les raisons de l’effondrement de notre civilisation sont toujours là. L’impuissance si ce n’est la complicité de nos dirigeants à cet état de fait va continuer. Beaucoup de Français espèrent un changement politique important à l’issue des élections présidentielles et législatives qui se dérouleront de mai à juin 2017. Ils se trompent. Rien ne sortira des urnes nationales, ni chez nous ni chez notre voisin allemand.

Le plus probable en France est un second tour opposant Marine Le Pen à François Fillon, même si la première fait une très mauvaise campagne, entretenant une confusion idéologique permanente afin de ne pas porter la tunique de Nessus de son père, adoucissant son programme jusqu’à le rendre méconnaissable, aboutissant sous l’influence de son conseiller Florian Philippot à une sorte de social-démocratie ayant comme seul axe de différenciation un programme non seulement anti-UE mais en vérité anti-européen. François Fillon, qui a tenu une ligne très libérale pour gagner les primaires de la droite et du centre, va également recentrer son positionnement. Ses positions pro-russes, salutaires sur le papier, semblent également s’amenuiser au fur et à mesure des semaines qui s’écoulent. Il décevra, et il ne peut que décevoir.

La gauche est laminée, même si Macron semble placé très haut dans les sondages, et ce centrisme libéral, qui empêche Bayrou d’exister à nouveau, pourrait créer la surprise. Cet ancien ministre de Hollande, qui n’a jamais été élu à la moindre élection, et dont le statut médiatique est parfaitement artificiel, exactement comme celui d’Alain Juppé avant sa défaite aux primaires, a néanmoins toutes les caractéristiques d’une baudruche politique. Je ne le vois pas si haut à l’arrivée.

En Allemagne, les choses sont également simples. L’AfD, mouvement populiste ayant axé sa campagne sur la dénonciation de l’insécurité migratoire, et fustigeant à juste titre la politique délirant d’Angela Merkel, devrait créer la surprise et dépasser les 15% des voix aux élections législatives. Ils seront alors victimes d’un évident cordon sanitaire des partis dits « respectables », maintenant au pouvoir une grande coalition affaiblie, à moins qu’une gauche plurielle, avec Die Linke, se mette en place. Comme en France, par la faute de la droite classique, ce serait alors la gauche la plus mondialiste qui imposerait ses vues à une population de plus en plus inquiète et hostile à cette immigration qu’on nous présente mensongèrement comme une force. La droite aurait pu depuis longtemps, en cessant de courir derrière la gauche ou de céder à ses oukases, briser ce consensus mou en osant une droite plurielle qui, à défaut d’être salutaire, limiterait la casse.

Il convient de noter que deux lignes s’opposent au sein de ce qu’il est convenu d’appeler la droite nationale en Europe, entre un courant identitaire, qu’on nous présente comme libéral, et un courant souverainiste, qu’on nous présente comme social. Au sein du FN, ce clivage est représenté par l’opposition entre Marion Maréchal-Le Pen et Florian Philippot. Un discours social et identitaire ne serait-il pas pourtant le plus adapté ? Le discours anti-européen, qui dépasse la seule critique de l’UE actuelle ou du pilotage de l’euro, que sagement le candidat FPÖ a su taire en 2016 (Norbert Hofer), n’est-il pas avant tout une façon de ne pas s’attaquer aux vrais problèmes que sont la dénatalité des populations européennes indigènes et la submersion migratoire ?

Si l’Union Européenne actuelle doit être sévèrement critiquée, c’est d’abord parce qu’elle est à l’image des gouvernements nationaux qui en choisissent les dirigeants. Opposer un sain Etat « national » à l’UE est un mensonge et une forfaiture. Prétendre qu’on pourrait au niveau national réaliser ce que l’on se refuse de réaliser au niveau européen l’est aussi. Dire que l’Etat protège quand il trahit est aberrant.

La victoire du camp du brexit, qui a galvanisé les droites nationales en Europe, l’illustre amplement. Les Britanniques ont voté contre l’UE pour dénoncer des politiques dont sont responsables avant tout les gouvernements britanniques depuis un demi-siècle. Car ce sont eux, et eux seuls, qui ont ouvert les portes à l’immigration postcoloniale issue de son ancien empire, un phénomène grave que dénonçait déjà le conservateur Powell dans les années 60. Ce ne sont pas les Polonais qui posent problème à leur pays, contrairement aux tirades stupidement xénophobes de certains ténors de la droite. Les émeutes de 2010 et le scandale sexuel de Rotherham rappellent où est la vraie menace. Et ce n’est pas la faute de l’UE, même si elle partage les mêmes idées mondialistes que les dirigeants britanniques de « gauche » et de « droite ». Le brexit est donc une voie de détournement de la colère populaire vers un bouc émissaire facile, dont les tabloïdes britanniques depuis des années dénonçaient les travers.

Les malheurs des Britanniques ne viennent pas de l’UE, même si sa gouvernance actuelle n’est pas meilleure, mais d’abord de l’ancien empire colonial et des gouvernements « nationaux » qui les dirigent et les emmènent dans le mur depuis des décennies. Le brexit était donc une mauvaise réponse apportée à une mauvaise question.

Néanmoins, 2016 nous a enseigné que les Européens se méfient de plus en plus et à juste titre là encore de leurs dirigeants. En conséquence tout référendum est détourné pour devenir un vote de confiance à l’égard du pouvoir en place et à chaque fois, ce pouvoir est mis à bas. Matteo Renzi et David Cameron l’ont su amèrement à leurs dépens. L’alternance gauche/droite continue néanmoins comme auparavant et à chaque fois qu’une tête de l’hydre est coupée, elle repousse immédiatement sous un autre nom. En matière de promotion du multiculturalisme et d’opportunisme politique, Teresa May vaut bien David Cameron. Après avoir été favorable, certes du bout des lèvres, au maintien du Royaume-Uni dans l’Union Européenne, la voilà désormais une farouche eurosceptique. Dans le même temps, son ministre Boris Johnson, rallié à la cause du brexit par carriérisme pur, se ridiculise et a dû reconnaître avoir menti, tout comme Nigel Farage, lors de la campagne référendaire.

En somme, euro-mondialistes et eurosceptiques, même s’ils s’opposent, utilisent les mêmes méthodes de désinformation pour convaincre les citoyens de les suivre. Les uns promettaient une catastrophe économique totale en cas de brexit. Les seconds annonçaient que tout changerait avec ce vote. Même si le brexit réel n’a pas eu lieu, et n’est pas annoncé avant 2019 au mieux, on ne voit pas ce qu’il changera pour un pays qui n’avait pas l’euro et n’était pas dans l’espace Schengen.

2017 donc, une année pour rien ? Probablement. Mais tôt ou tard, les Européens vont bien finir par se rendre compte que tous leur mentent et voudront donner un grand coup de balai à cette classe politique incapable. Ce jour-là, les menteurs mondialistes et les faussaires souverainistes seront démasqués en même temps et envoyés dans les oubliettes de l’histoire. En attendant, pendant toute l’année 2017, le Parti des Européens va continuer de prôner une vraie alternative, défendre son programme révolutionnaire, en espérant qu’il pourra connaître cette année son ascension médiatique.

En tant que dirigeant du Parti des Européens, je souhaite à tous les Européens une très bonne année 2017, en les invitant à la méfiance face aux dialectiques de renoncement. N’espérez aucun changement politique par les voies traditionnelles ou les partis existants. Mais gardez espoir !

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

14/12/2016

La Macédoine entre droite nationale et gauche sociale-démocrate.

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Le 11 décembre 2016, les Roumains n’étaient pas les seuls à voter. Dans la Macédoine voisine, les électeurs étaient également appelés aux urnes. Le choix était entre le VMRO-DPMNE, une droite élargie prônant l’unité nationale macédonienne et allant du centre-droit à l’extrême-droite, dirigée par Nikola Grouevski, et la gauche modérée incarnée par le SDSM (Union Sociale-Démocrate). Le VMRO-DPMNE, bien que reculant de quatre points, a obtenu 39,4% des voix, demeurant le premier parti du pays mais de peu. Le SDSM, avec 37,9% des voix, progresse de douze points. Le VMRO-DPMNE n’obtient que 51 sièges contre 49 sièges pour la SDSM, la majorité étant à 60 sièges.

Bien que vainqueur en nombre de voix, le VMRO-DPMNE pourrait perdre le pouvoir. Cela dépend des différentes formations politiques albanaises. Quatre partis, dont le DUI (7,5% des voix, - 6 points, 10 sièges), le Besa (mouvement conservateur albanais, 5,02% des voix, 5 sièges), l’Alliance pour les Albanais (3,05%, 3 sièges) et le Parti Démocrate des Albanais (2,69%, 2 sièges, -5) se partagent ainsi le vote albanais et pourraient permettre à un des deux partis principaux de s’imposer en définitive. La division entre Macédoniens slaves offre ainsi à la communauté albanaise (35% des habitants) un rôle pivot, celui d’élire le roi.

Le VMRO-Parti du Peuple, mouvement national-conservateur indépendant, proche de la droite nationale, obtient 2,13% des voix (+0,63), échoue en revanche à peser sur le résultat du scrutin et à faire rentrer un ou plusieurs représentants à l’assemblée. « La Gauche », mouvement plus radical, n’obtient quant à elle que 1,05% des voix, les autres formations politiques étant enore plus marginales.

En conclusion, on peut dire que le VMRO-DPMNE, qui avait gagné les élections présidentielles et législatives précédentes, a reculé. L’usure du pouvoir a favorisé notamment les sociaux-démocrates. Le choix des partis albanais sera prépondérant. Il est probable qu’ils soutiennent davantage le SDSM. Cela dépendra aussi de l’offre que leur proposera le premier ministre sortant Grouevski.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

00:21 Publié dans Analyses, Elections en Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : grouevski, macédoine, vmro-dpmne, sdsm | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

12/12/2016

La gauche ex-communiste et affairiste triomphe en Roumanie.

PSD.pngLe Parti Social-Démocrate (PSD) mené par Liviu Dragnea s’est imposé à l’issue des élections législatives du dimanche 11 décembre. La victoire est convaincante, le PSD obtenant 45,44% des voix à la Chambre des Députés, et 45,68% au Sénat, ce qui devrait lui permettre de construire autour de lui une coalition de pouvoir. Le mouvement ALDE (libéraux-démocrates), allié de centre-droite de cette formation de gauche, obtient 5,62% au Parlement et 6,04% au Sénat, passant ainsi la barre fatidique des 5%. Les deux réunis seront donc majoritaires aux deux chambres.

La droite représentée par le Parti National Libéral (PNL) échoue dans sa volonté de remettre en question la position dominante du PSD. Avec 20,01% des voix au Parlement et 20,41% au Sénat, il est largement distancé, incapable de bâtir une coalition de gouvernement stable.

Le mouvement indépendant USR (« Union pour sauver la Roumanie ») réussit une percée avec 8,81% au Parlement et 8,89% au Sénat, obtenant ainsi la place de troisième parti du pays. Les électeurs de l’USR sont notamment ceux dégoûtés par les scandales de corruption qui ont touché le PSD, mais qui ne l’ont pas empêché de s’imposer.

Le PMP (Parti du Mouvement du Peuple), qu’on peut classer comme social-conservateur et pro-européen, avec 5,32% au Parlement et 5,65% au Sénat, passe aussi la barre des 5%. Il bénéficie là encore du désaveu des deux principaux partis roumains, et notamment du PNL qui n’a pas réussi à convaincre les électeurs qu’il représentait une alternative.

L’UDMR, qui représente la minorité hongroise, obtient 6,25% des voix au Parlement et au Sénat. Ce vote ethnique se maintient à chaque élection, les Hongrois de Roumanie privilégiant massivement ce mouvement identitaire. C’est lui aussi un partenaire naturel du PSD.

L’extrême-droite, qui il y a encore un peu plus d’une décennie, pesait jusqu’à 20% des voix (19,48% aux législatives en 2000 et même 28% aux présidentielles avec Corneliu Vadim Tudor la même année), s’est effondrée. Le Parti de la Roumanie Unie (PRU), fondé par un ancien social-démocrate (Bogdan Diaconu) annoncé par certains sondages au-dessus de la barre des 5%, a été victime d’un vote utile et n’a obtenu que 2,79% au Parlement et 2,95% au Sénat. Le Parti de la Grande Roumanie (PRM) disparaît totalement avec 1,05% au Parlement et 1,18% au Sénat. Emil Straianu, qui a hérité du mouvement de Tudor, n’aura pu qu’accompagner son irrésistible déclin.

Là est le paradoxe électoral de l’Europe. En Europe occidentale, les partis populistes de gauche comme de droite progressent chaque année davantage. En Europe centrale et orientale, où ils pesaient jadis, c’est un phénomène contraire. De la Croatie à la Bulgarie, de la Pologne à l’Estonie, le populisme recule. Seule la Hongrie fait figure d’exception, avec le Fidesz d’Orban qui tient tête à l’Union Européenne, et avec le Jobbik jugé infréquentable par les partis nationaux-populistes de l’ouest.

Les années Siderov (Ataka) en Bulgarie et Tudor (PRM) en Roumanie sont terminées, en attendant que d’autres mouvements nationalistes n’émergent à nouveau. La gauche ex-communiste, même à la tête d’alliances baroques, pèse encore et a su se créer de nouvelles allégeances.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

11/12/2016

Echec de Norbert Hofer, suicide de Matteo Renzi.

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Les raisons de l’échec d’Hofer.

Hofer.jpgNorbert Hofer, candidat du FPÖ, a finalement échoué à devenir le nouveau président de l’Autriche face à son adversaire, l’écologiste Alexander Van der Bellen, avec 46,5% des voix seulement, alors qu’il n’avait été battu que de justesse au second tour précédent, invalidé en outre en raison d’un vote par correspondance douteux, en faveur de son concurrent.

Il n’est pas parvenu à mobiliser son camp, alors même que ce second tour avait été à nouveau décalé, permettant à ses adversaires, non seulement le vainqueur mais tous ceux, de droite et de gauche, qui soutenaient l’opposant au FPÖ, de s’organiser et de travailler l’électorat de droite (ÖVP) afin que ce dernier ne soit pas tenté par un vote plus à droite. Van der Bellen a d’ailleurs largement recentré son discours, pour éviter cette fuite électorale, en évitant notamment de se définir en faveur de l’accueil des migrants. Il a surtout attaqué Hofer sur ses positions européennes.

Bien que Norbert Hofer ait considérablement reculé sur l’euroscepticisme, se disant désormais favorable à l’Union Européenne et à l’euro, et prônant sagement la mise en place de frontières, non pas autour de l’Autriche, mais autour de l’Europe, cela n’a pas suffi à rassurer l’électorat. Il est vrai que le FPÖ tient un discours eurosceptique depuis de nombreuses années, à l’instar de l’ancien dirigeant Jörg Haider comme de l’actuel Hans-Christian Strache, et qu’il est donc difficile de croire à un tel retournement de veste.

Si 56% des hommes ont voté Hofer, seulement 38% des femmes ont fait ce choix. C’est sans doute la clé de son échec, car l’électorat féminin a fait basculer l’élection. Ce maillon faible s’explique par un plus grand conservatisme, la peur de l’image que donnerait l’Autriche en se dotant du premier président populiste depuis 1945 en Europe occidentale. Il faut se souvenir déjà en 2000 du matraquage anti-FPÖ, alors que ce dernier avec 27% des voix – il est à 37% dans certains sondages en 2016 – avait accepté de faire partie d’une coalition de droite. Nombreux dirigeants de l’Union Européenne parlaient alors de sanctionner ce pays.

Le passé national-socialiste de l’Autriche, qui fut le berceau de cette idéologie, est évidemment très présent, même si l’Autriche a réussi à se présenter en 1945 comme une victime de son grand voisin. Le courant national-allemand que représentait le FPÖ a été considérablement étouffé au sein de ce parti. Le FPÖ sous l’impulsion de Strache, qui a rompu avec tout extrémisme, expulsant du parti l’historique Andreas Mölzer suite à une provocation dialectique au parlement européen, et qui a fait un pèlerinage en Israël, ne veut plus porter la tunique de Nessus de la diabolisation et être victime d’un cordon sanitaire à son endroit.

Néanmoins, une rescapée des camps de la mort, Gertrude, a dénoncé dans une vidéo vue par 1,2 million de personnes, le risque d’une présidence Hofer et invité les Autrichiens à la prudence. Les Autrichiennes semblent avoir entendu son appel, alors pourtant que comparaison n’est pas raison, et que le FPÖ n’est pas, ou n’est plus, un parti lié implicitement ou explicitement à ce passé. La dédiabolisation accomplie version autrichienne est encore loin.

Le désastre Matteo Renzi.

Matteo Renzi, président du conseil italien, a été sérieusement battu lors d’un référendum institutionnel organisé dimanche dernier. 59% des Italiens, avec une participation d’environ 68% d’entre eux, ont dit non à son projet de refonte du sénat et des provinces. L’erreur majeure de Renzi aura été de mettre sa tête en jeu en annonçant qu’il démissionnerait de ses fonctions en cas d’échec. Cela rappelle étrangement la stratégie suicidaire de David Cameron au Royaume-Uni. Et le voilà donc contraint à la démission, étant ainsi un facteur d’instabilité dans un pays économiquement en difficulté, mais quel pays d’Europe ne l’est pas, l’Allemagne seule connaissant une indécente prospérité économique tout en se suicidant identitairement, refusant ainsi d’assumer un quelconque destin européen, Merkel préférant être à la remorque des USA et des institutions mondialistes.

Les raisons de l’échec sont assez évidentes. C’est bien le rejet de la personne même de Matteo Renzi, idole médiatique artificielle admirée par toutes les gauches européennes. L’Italie se réveille en crise face à un chef de l’état qui n’est évidemment pas à la hauteur des enjeux. Avec tous ces défauts, et ils étaient nombreux, Berlusconi savait néanmoins tenir son rang.

Désormais, l’Italie se prépare à un avenir politique incertain. La Ligue du Nord pourrait demain coaliser autour d’elle la droite entière, à savoir les vestiges de Forza Italia mais aussi les autres formations de droite nationale, comme Fratelli d’Italia de Giorgia Meloni. De son côté, le Mouvement Cinq Etoiles de Beppe Grillo, qui n’a aucun programme digne de ce nom, et qui s’apparente ainsi au premier fascisme de 1919 ou bien au qualunquisme de 1946, pèse près de 30% de l’électorat. Cette formation attrape-tout, dont les positions gauchistes ou nationales alternent selon l’interlocuteur, Beppe Grillo étant tout sauf cohérent, peut néanmoins réussir. Elle a adopté une ligne anti-européenne et Grillo annonce même, en cas de victoire, un référendum en vue de quitter l’Union Européenne.

Autant dire que Renzi a ouvert la boîte de Pandore en voulant réformer des institutions dans un sens populicide et anti-identitaire, exactement comme la réforme des régions qui en France, si elle avait été proposée par référendum, aurait connu un enterrement de première classe. Cela pose d’ailleurs la question de l’usage ou plutôt du mésusage du référendum, celui-ci étant détourné de sa vocation première pour servir les intérêts politiques du moment, et n’étant surtout jamais convoqué sur les questions importantes. Il faudrait plusieurs référendums chaque année, et sur des sujets essentiels, pour que cette pratique permette enfin au peuple de répondre à la question posée en conscience, indépendamment du dirigeant politique en place. La Suisse, où la personnification du pouvoir est fort réduite, nous montre la bonne voie à suivre.

Renzi, comme Cameron avant lui, aura été puni non parce qu’il aura été démocrate, comme le nom de son parti pourrait le laisser croire, mais parce qu’il ne l’est qu’en surface, incapable d’expliquer pourquoi sa réforme serait la bonne, incapable surtout d’en convaincre son peuple. Mauvais texte, mauvais résultat.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

04/12/2016

Les leçons des primaires de la droite.

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La fin de l’ère Sarkozy.

Sarkozy,Juppé,Fillon,Marine Le Pen,RépublicainsNicolas Sarkozy, ex-chiraquien devenu balladurien en 1995, ce que Chirac ne lui a jamais pardonné, avait su se rendre indispensable à droite. Devenu président en 2007 en asséchant les voix du FN d’un Jean-Marie Le Pen sur le déclin, après avoir suscité un réel espoir de changement, il doucha tous ses partisans par des politiques contradictoires et par un style que beaucoup finirent par considérer comme inadapté à sa fonction. Il remplaça le discours identitaire et sécuritaire sur lequel il avait su convaincre pour ouvrir à gauche, recrutant des ministres parmi le parti adverse, et pour céder aux sirènes du mondialisme dont il n’avait jamais été en réalité opposé. Tout comme Giscard en 1981, il capitalisa contre lui la coalition des déçus et des mécontents, même si son bilan politique en définitive n’était pas mauvais. Sarkozy « l’américain » fut le seul capable de négocier habilement avec Vladimir Poutine. Jamais il n’aurait remis en cause la vente des Mistral à la Russie, une faute que fit François Hollande à peine élu.

Empêtré dans des affaires judiciaires où ses proches tombaient un après l’autre, soumis au diktat idéologique de gauche de sa nouvelle épouse, dont il eut le tort d’écouter les conseils peu judicieux, et dont le livre de Patrick Buisson a montré qu’elle témoignait d’un réel mépris pour les citoyens « de souche », l’électorat de droite de Nicolas Sarkozy, qui était pourtant sensible à sa force de caractère, dans le cadre d’une campagne des primaires où il tint un discours plébéien à des électeurs bourgeois, commettant ainsi une erreur stratégique décisive, a eu le sentiment qu’il ne pouvait pas gagner au second tour des primaires face à Alain Juppé.

Alors que les derniers sondages témoignaient d’une progression significative de  François Fillon, un phénomène de vote utile s’est enclenché en sa défaveur. Le duel attendu Juppé/Sarkozy pouvant amener à l’élection du « meilleur d’entre nous » (surnom donné à Alain Juppé par Jacques Chirac), les électeurs de droite n’ont pas pris le risque. Ils ont donc voté massivement pour François Fillon, Sarkozy perdant du même coup un bon tiers de ses électeurs, les petits candidats étant quant à eux littéralement laminés.

La « menace Juppé » étant forte, Sarkozy tomba à 20,7% des voix alors qu’une semaine avant encore il était crédité de 29%. Bruno Le Maire s’effondra à 2,4%. La ligne bobo-gaucho de Kosciusko-Morizet, très implantée à Paris, résista avec 2,6% des voix. Poisson ne fit qu’1,4% des voix, alors qu’il avait su capitaliser sur son nom la droite catholique qui venait de le découvrir dans les media. Et Copé réalisa le score dérisoire de 0,3% des voix.

Il n’est pas exact que Sarkozy fut victime d’un rejet de sa personne à droite, malgré ses erreurs de campagne, s’adressant à un électorat populaire qui resta chez lui. Il fut victime de l’idée qu’il ne pouvait pas gagner, une idée en soi irrationnelle mais qui fit son œuvre. En réalité, le candidat chouchou des media était très surestimé. Plus il parlait, plus il baissait. Les 15% d’électeurs de gauche venus voter à la primaire de droite ne firent que limiter la casse. Avec un peu plus de jugement de la part des électeurs, Fillon et Sarkozy éliminaient Juppé dès le premier tour.

A l’issue d’un discours digne, Nicolas Sarkozy a pour la seconde fois quitté la politique. Il est peu vraisemblable qu’il y revienne parce que l’humiliation est forte. Mais tout comme Giscard avant lui, il ne disparaîtra pas. Il a en tout cas démontré une fois de plus qu’il était impossible à un ancien président battu de le redevenir. Son départ a certainement anticipé celui de François Hollande, qui a finalement renoncé cette semaine à être candidat à sa propre succession. Une ère s’achève.

La bulle crevée de Juppé.

Alain Juppé a été artificiellement encensé par les media. Ce technocrate méprisant, prématurément vieilli, au discours inconsistant sur un « vivre ensemble » imaginaire et une « identité heureuse » digne de la « France apaisée » d’une Marine Le Pen en campagne à contre temps, n’a jamais représenté le peuple de droite. L’idole est donc naturellement tombée de son piédestal. Cela démontre une fois de plus le caractère inopérant des sondages de popularité. On s’imaginait à lire la presse Alain Juppé élu dès le premier tour avec 51% des voix. Il n’obtint en réalité que 28,6% des voix et ce encore grâce au concours de la gauche.

Au second tour évidemment, Alain Juppé reçut le soutien de tous ceux qui insupportent l’électeur de droite. Il capitalisa sur son nom les vieux couteaux du centrisme et des loges. Bien sûr, « NKM » lui apporta son soutien et de manière plus surprenante Copé. Raffarin se mit en avant pour défendre son poulain. La gauche médiatique commença à diaboliser l’ultra-libéral Fillon, inquiétant les minorités communautarisées, ethniques ou sexuelles. Dans cette primaire de la droite et du centre, Juppé était devenu le candidat du PS. Seul Macron avait intérêt à la chute de Juppé, alors que Bayrou de manière très discrète laissait entendre qu’il se présenterait en 2017 si Juppé n’était pas choisi comme candidat.

La punition du second tour fut sévère. Il faut dire que le soutien apporté par Nicolas Sarkozy à son ancien premier ministre François Fillon fut décisif autant que surprenant. Valérie Pécresse, fort peu inspirée, se rangea dans le camp de Juppé. Elle s’en est mordu les doigts. Comme un oiseau de mauvais augure, elle annonça le temps sombre de la défaite en rase campagne. Juppé obtint donc 33,5% contre 66,5% pour François Fillon (1/3 vs 2/3). Toute la droite affairiste n’y put rien. Elle était battue. Le centre fut déserté. Sa légère progression s’explique uniquement par un léger report de voix (NKM) et parce que certains électeurs sarkozystes ont refusé de se mobiliser pour Fillon.

Exit Sarkozy. Exit Juppé. François Fillon est devenu le candidat de la droite et du centre.

Ce que la victoire de Fillon veut dire.

Sarkozy,Juppé,Fillon,Marine Le Pen,RépublicainsLe programme de Fillon n’a aucune importance. Nous sommes en France et il est un homme politique. Il ne le respectera donc pas. Son ultra-libéralisme sera rapidement nuancé puis affaibli par ses nouveaux alliés. Il a bien sûr procédé à l’ouverture à ses anciens adversaires, créant un comité de campagne où on retrouve des sarkozystes et des juppéistes, dont l’arrogante NKM visiblement insubmersible. Cette idée de remettre en selle, pour mieux les surveiller et les neutraliser, ceux que l’on vient de battre, se retrouve dans la stratégie de Trump. Mieux vaut les avoir à côté de soi que contre soi.

Il a désormais un boulevard en se plaçant sur un positionnement bien ancré à droite, mais ni radicalisé comme Sarkozy en donnait l’impression, ni ramolli selon la ligne Juppé. Il a été identifié par la droite classique comme un candidat à son image donc son score de premier tour de 44,1% puis de second tour de 66,5% est finalement assez naturel.

Sa victoire est-elle une bonne nouvelle pour ses adversaires ? Macron a déjà lancé un appel aux électeurs de Juppé pour qu’ils viennent le soutenir. Montebourg souhaite que la droite aille voter aux primaires de gauche en sa faveur. L’éviction d’Hollande, probablement remplacé dans ce rôle par Manuel Valls, rend cette hypothèse difficile. Seul le « Hollande Bashing » pouvait amener des électeurs de droite à voter à une primaire de gauche.

C’est surtout Marine Le Pen qui est la grande perdante pour le moment de la victoire de François Fillon aux primaires. Sa mauvaise campagne, décalée à gauche sous l’influence de l’ex-chevènementiste Florian Philippot, éloignée des thèmes identitaires et de la « manif pour tous », la rend très fragile face à Fillon. Celui-ci n’a pas hésité à tenir un discours aux accents identitaires prononcés et à envoyer un message aux milieux catholiques que Marine Le Pen dédaigne depuis des mois. Les sondages d’après primaires montrent un net tassement et une progression très significative de Fillon. Le siphonage « Sarkozy » de 2007 pourrait se reproduire.

Marine Le Pen peut se ressaisir si elle arrête d’aller parler à des électeurs qui ne voteront jamais pour elles, comme dans les DOM et les banlieues, et qui même risquent par les appels qu’elle leur lance de faire fuir certains électeurs naturels du FN, qui attendent autre chose. Elle le peut si elle cesse son étatisme forcené, à grands coups de démagogies socialisantes et de dépenses publiques. Elle le peut si elle comprend que le thème européen est en réalité porteur et que prôner l’unité de ceux qui ont un destin commun, les Européens, est salutaire. Norbert Hofer (FPÖ) l’a compris. Il dit défendre l’Union Européenne et vouloir conserver l’euro. Il souhaite que l’UE affirme les valeurs européennes que défend le hongrois Orban et qu’elle se dote de vraies frontières pour se protéger contre l’immigration. Il sera probablement le prochain président autrichien ce soir.

Sinon, si elle reste sur sa ligne de gauche, si elle abandonne le seul thème identitaire qui explique le succès de son parti, la « problématique migratoire » au sens large, alors il est possible qu’elle ne passe même pas le premier tour des présidentielles.

Ainsi François Fillon a toutes les chances d’être le prochain président de la république. Mais il sera attendu au tournant. Le peuple n’a plus aucune patience. Les premières semaines à l’Elysée seront décisives. S’il procède comme Sarkozy, en tenant un discours de gauche au pouvoir alors qu’il aura été élu sur un discours de droite, il sera balayé par le vent de l’histoire.

Le contexte international avec le succès de Trump aux USA et son amitié avec Poutine peuvent le préserver de dérives nocives. Mais il sera confronté à une situation périlleuse, la France sortant de cinq ans de Hollande à genoux. Le pays n’a jamais été aussi fracturé. Le nouveau président devra faire preuve d’une audace exceptionnelle et d’une dureté maîtrisée. Il devra tenter d’annuler les mesures prises par la gauche, et notamment le « mariage pour tous ». Il devra envoyer un signal très ferme à l’endroit des migrants qui seraient tentés de venir s’installer chez nous. Je doute qu’il en soit capable.

Il décevra nécessairement. Mais une Marine Le Pen élue décevrait également terriblement puisqu’elle serait élue sur un contre-sens, élue par une vague identitaire avec un programme social-démocrate. Ses électeurs lui prêtent un programme caché (crypto-programme) remigrationniste. Il n’est qu’une vue de l’esprit. En diabolisant le nouveau FN, Philippot ayant été traité de « fasciste » devant Sciences Po, les media maintiennent cette illusion d’une MLP radicalement identitaire. Le masque tomberait dès qu’elle ferait le premier pas à l’Elysée.

En 2017, la France aura un nouveau président, et elle est quasi assurée d’échapper à une nouvelle présidente. Il ne sera pas à la hauteur des enjeux. Mais un tel contexte libérera peut-être des forces cachées qui annonceront une nouvelle aube européenne sur la ruine d’un monde ancien.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

30/10/2016

Elections législatives islandaises : rien de nouveau sur la glace

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élections législatives,Islande,Parti de l'Indépendance,PiratesArticle écrit sur la base de 80% des votes dépouillés.

Tous les analystes s’attendaient à un succès des Pirates (Piratar) partisans d’une démocratie directe et d’un référendum sur l’adhésion à l’Union Européenne. Avec 14,5% des voix (+9%) et 10 députés (+7), il réalise certes un résultat correct, mais apparaît malgré tout comme un feu de paille, comme cela a été le cas en Allemagne. Certains électeurs au dernier moment ont hésité à voter pour ce mouvement nouveau.

Le Parti de l’Indépendance, principal mouvement islandais depuis 1945, continue de dominer les débats. Avec 29% des voix (+2,2) et 21 députés (+2), il augmente son résultat de 2013. Le succès du Parti de l'Indépendance et celui des Pirates se font sur le dos des autres partis, de gauche comme populistes. Toutefois, les deux partis ne sont pas en mesure de construire une coalition autour d’eux, à moins que les Pirates ne s’associent aux différentes formations de gauche.

Le parti « rouge-vert » des écologistes de gauche avec 15,9% des voix (+5.1) et 10 sièges (+3) est également un des grands vainqueurs de ce scrutin. Cela explique aussi sans doute la contre-performance des Pirates par rapport aux promesses des sondages.  De même les écologistes pro-européens de Vidreisn, nouvelle formation politique, avec 10,5% des voix et 7 sièges, rentrent au parlement où ils y renforcent la gauche. Avec les sociaux-démocrates islandais, en perte de vitesse, n’obtenant que 5,7% des voix (-7,1) et 3 sièges (-6), la gauche et les Pirates réunis n'auraient 30 sièges (sur 63). Mais il s’agirait d’une coalition certes légèrement majoritaire mais très hétéroclite.

Le Parti Progressiste, libéral mais eurosceptique, avec 11,5% des voix (-13.4) et 8 sièges (-11), s’effondre littéralement, aspiré par les Pirates et aussi par un vote utile en faveur du Parti de l’Indépendance. Il est si fragilisé que sa participation à une coalition paraît compromise. Le mouvement libéral-démocrate et pro-européen « Futur Clair » (Björt framtið), libéral et démocrate, ne réussit pas davantage, avec 7,2% des voix (-1) et 4 sièges (-2), réalise lui aussi une contre-performance et recule pour les mêmes raisons. C’est enfin le cas du mouvement Aurore (« Dögur ») qui n’obtient que 1,7% des voix (-1.8) et aucun siège. La droite pourrait gouverner, avec 33 sièges, mais à la tête d'une coalition fragile. La victoire du Parti de l’Indépendance s’apparente donc à celle de Pyrrhus, puisqu’il est le premier parti du pays mais au détriment de ses alliés potentiels.

Les mouvements de droite nationale, car pour la première fois depuis 1943 un parti nationaliste, le Front National Islandais (Islenska Þjoðfylkingin), était candidat. Il n’obtient certes que 0.2% des voix, présent dans seulement deux régions sur six. L’extrême-gauche, représentée par le Front du Peuple Islandais (Alþyðufylkingin), ne réussit guère mieux avec 0,3% des voix. Ces formations restent marginales mais leur existence est déjà le signe d’une certaine tension.

La société islandaise, un pays de 300.000 habitants dont 246.000 ont voté à cette élection, est très spécifique, puisqu’elle correspond à une conurbation de taille moyenne en France (le Grand Nancy fait 300 000 habitants). Elle se rapproche d’un modèle démocratique à échelle plus humaine. Elle est néanmoins bouleversée par des enjeux qui la dépassent, et notamment son rapport compliqué vis-à-vis de l’Europe. Cela ne sera pas tranché par ce résultat.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

23/10/2016

Elections lituaniennes : les centristes du LVZS en force au parlement.

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212px-LVLS-logo.pngLes élections législatives lituaniennes en deux temps, avec un premier tour à la proportionnelle et un second tour par circonscription, se répartissant à égalité le nombre de sièges, sont terminées avec le résultat de ce 23 octobre 2016.

Avec 21,7% des voix, l’Union de la Patrie (Tevynes Sajunga -  LKD) avait remporté légèrement le premier tour, avec 0.17% de plus que le parti centriste des Paysans et Verts (LVZS = Lietuvos Valstieciu ir Zaliuju Sajunga, ex LVLS). Il avait obtenu 20 sièges contre 19 pour ces derniers. Mais le vote uninominal a inversé la donne car le LVZS a obtenu 35 sièges contre seulement 9 pour le TS-LKD, obtenant en tout 54 sièges sur 140. La majorité est éloignée mais au sein d’une coalition de centre-droit, le LVZS sera en position de force, le TS-LKD devant se contenter de 29 sièges. A eux deux néanmoins, ils sont majoritaires.

Le grand perdant de ce scrutin c’est le Parti Social-Démocrate de Lituanie (LSDP) sortant. Il est sévèrement puni dans les urnes par les électeurs, qui préfèrent encourager le LVZS (+17 points) que de favoriser l’opposant traditionnel. Avec 14,4% des voix et 13 sièges, il sortait affaibli du premier tour. Il devra se contenter de 4 sièges supplémentaires seulement, pour un total de 17 sièges.

La formation de droite nationale « Ordre et Justice » (Tvarka ir Teisingumas), qui avait obtenu 7,63% des voix en 2012, recule à 5,33% des voix et obtient avec les deux tours un total de 8 sièges contre 11 auparavant. Cette stagnation s’explique par l’émergence d’une formation anti-corruption (LLRA-KSS) qui obtient 6,06% des voix mais aucun siège car en coalition.

Le mouvement libéral (LRLS) progresse quant à lui très légèrement avec 9,06% (+0.1) et 14 sièges (+4). Le mouvement des familles polonaises chrétiennes (LLRA-KSS) obtient quant à lui 5,5% des voix et 6 sièges à l’issue des deux tours. Le Parti du Travail, mouvement de centre-droit à coloration populiste, plutôt pro-russe, obtient 4,7% des voix et seulement deux sièges, uniquement obtenus au second tour.

Les Verts lituaniens stricto sensu n’obtiennent que 2,14% des voix et un seul siège, de même que le Parti des Lituaniens « Lietuvos Sarasas » (1,72% des voix et 1 siège) et le Parti du Centre (LCP).

La victoire du parti LVZS a surpris tous les analystes. Là encore, comme dans de nombreuses élections en Europe, le rejet des partis traditionnels en place au profit de nouvelles formations se confirme. La question des « migrants » a été absente de la campagne, le parti « Ordre et Justice » n’ayant pas réussi à capitaliser sur ce thème. Les pro-russes ont été marginalisés, le LLP (Parti du Peuple) n’obtenant que 1% des voix environ.

Ce centre-droit modéré et la droite plus conservatrice vont certainement s’associer et mettre fin ainsi à quatre ans de règne social-démocrate. C’est la seule coalition viable à moins d’envisager de nouvelles élections, ce qui n’est pas une tradition de la Lituanie indépendante. Dans un contexte international tendu, la droite a rassuré davantage les électeurs, maintenant le parti TT loin derrière. Le LVZS a récupéré à son profit une partie du vote protestataire.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

17/10/2016

Elections parlementaires 2016 au Monténégro

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Milo-Đukanović1.jpgLe Parti Démocrate des Socialistes (DPS-LP) de Milo Djukanovic (image), dirigeant incontesté du Monténégro depuis l’indépendance en 2006, a remporté une fois de plus les élections législatives dans son pays. Néanmoins, avec 41,1% des voix, il n’obtient que 35 sièges sur 81 (+4), ce qui implique de recevoir le soutien d’au moins une formation politique. Représentant d’une gauche modérée, alliée au PSE au niveau européen, dans un pays qui ne compte que 600 000 habitants et qui est peu attractif concernant les flux migratoires, le DPS a un bon bilan économique, ce qui explique son maintien au pouvoir.

Le Front Démocratique, mené par Mandic, coalition hétéroclite à dominante nationale-conservatrice, libérale et néanmoins pro-européenne, a priori toutefois nettement plus favorable à la Russie de Poutine que le DPS, avec 20,6% des voix et 18 sièges (-2), échoue une fois de plus à menacer son adversaire principal.

La coalition de la Clé (Kljuc) de Lekic, union de partis de gauche, qui espérait également bousculer le parti au pouvoir, avec 10,7% et 9 sièges (-2) échoue elle aussi. Un vote utile destiné à offrir une majorité au pays explique à lui seul cet échec. Seule une large alliance anti-DPS pourrait changer la donner. Ce ne sera pas pour 2016.

Le mouvement du Monténégro Démocratique (DCG) de Becic, nouvelle formation politique, avec 10,5% des voix et 9 sièges, fait son entrée au parlement. Son succès explique aussi la stagnation des deux autres coalitions anti-DPS. La volonté de renouvellement de la classe politique par les électeurs monténégrins a permis ce résultat, qui reste toutefois bien fragile.

La gauche libérale-européenne du SDP (sociaux-démocrates) avec 5,4% des voix et 4 sièges (2) reste marginale mais pourrait représenter un partenaire de coalition pour le DPS, de même que les SD qui ont obtenu 3,2% des voix et 2 sièges. Cela forme bien les 6 sièges manquants pour que le DPS soit reconduit aux affaires.

Les mouvements ethniques pourraient également rejoindre une telle coalition. Le Parti Bosniaque avec 3,3% des voix obtient 2 sièges, tandis que le mouvement des Albanais obtient 0,9% des voix et 1 siège, ce qui est aussi le cas des Croates du HGI avec 0,5% des voix et 1 siège. En revanche, divisés entre modérés et durs du SRS, les Serbes ont obtenu en tout 0,4% des voix et aucun siège. Les autres mouvements albanais (DSA 0,5%) et bosniaques (BDZ 0,3%) n’auront pas d’élus.

Enfin le PCG (Positivna Tsrna Gora ou « Monténégro positif ») avec 1,3% des voix perd toute représentation nationale (-3).

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

09/10/2016

Elections géorgiennes 2016 : le pari perdu de Sakashvili

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Les élections parlementaires de Géorgie du 8 octobre 2016 opposaient principalement le mouvement de centre-gauche « Rêve géorgien » mené par Garibashvili au centre-droit du « Mouvement national uni » fondé par la figure désormais honni de Sakashvili, devenu entre temps ministre au sein du gouvernement ukrainien de Porochenko.

Si les deux formations sont globalement favorables à l’adhésion européenne et aux principes de la « démocratie libérale » telle que définie par les canons occidentaux, le Rêve Géorgien étant associé au PSE et le MNU au PPE, le Rêve Géorgien est moins russophobe, moins déterminé aussi à reconquérir l’Abkhazie et l’Ossétie du sud, car Sakashvili avait précipité son pays dans une guerre contre la Russie à leur propos.

Avec 49,26% des voix, le Rêve Géorgien remporte largement l’élection législative alors qu’il était sortant. Le MNU en revanche, avec 26,46% des voix, reste certes le premier parti d’opposition mais à vingt points derrière. L’Alliance des Patriotes de Géorgie, pro-russe, eurosceptique et populiste, avec 5% des voix et 6 députés, rentre au parlement.

Ce ne sera a priori pas le cas des « Libéraux Démocrates » qui n’ont obtenu que 4,58% des voix, ni de la formation conservatrice « Un Etat pour un peuple » avec 3,48% des voix ou encore de la formation conservatrice pro-russe « Géorgie Unie » avec 3,53% des voix.

Les sociaux-démocrates classiques du « Parti Géorgien du Travail » devront se contenter de 3,12% des voix, de même que le Parti Républicain (libéral, pro-européen) avec 1,55% des voix. Les formations de droite comme « Idée géorgienne » et « Troupe géorgienne », défendant toutes un programme nationaliste anti-russe, se contenteront de 0,17 et 0,16% des voix.

Le parti de Sakashvili n’a pas réussi à remonter la pente, le souvenir des erreurs de l’ancien dirigeant et des accusations de corruption à son encontre étant toujours vivace. Un éventuel succès de sa formation aurait également pu irriter le voisin russe. La ligne de Rêve Géorgien cherche à placer le pays dans un équilibre entre l’Union Européenne et la Russie, en évitant une alliance totale avec la Russie comme l’a fait son voisin arménien, afin de bénéficier de la protection russe contre les actions azéries. En outre, la droite géorgienne est, sauf exception, alignée sur l’OTAN et les USA.

A cette élection, les Géorgiens, comme tous les autres Européens, ont eu le choix entre la peste et le choléra, entre deux atlantismes mais dont celui de droite était plus affirmé. Là encore, comme ailleurs sur le continent, une troisième voie s’impose.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

19/09/2016

Victoire de Putinus Augustus. A propos des élections législatives russes

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Le dépouillement s’étant arrêté à 99,5% des suffrages, mon analyse reposera sur ces chiffres provisoires, mais les chiffres définitifs ne devraient de toute façon différer que de manière extrêmement marginale. Le nombre d’élus de chaque parti est également connu.

russie,douma,russie unie,lpdr,kfpr,rodina,augusteAvec 54,2% des voix environ, le parti Russie Unie de Poutine et Medvedev s’impose largement, bien davantage que ce que prévoyaient les sondages, y compris ceux sortis des urnes, où le mouvement était plutôt annoncé aux alentours de 43% environ, alors qu’il est de dix points supérieurs au final. Cela alimentera toutes les spéculations, non sans raison, mais n’oublions pas qu’à l’époque d’Eltsine, les USA ne s’offusquaient pas de méthodes démocratiquement « particulières » lorsqu’il s’agissait de s’opposer aux communistes. Russie Unie obtient également 72% de la douma et 343 sièges, écrasant de tout son poids les trois formations politiques qui ont réussi à passer la barre fatidique nécessaire pour obtenir un groupe parlementaire.

Avec 13,4% et 13,2%, communistes du KPFR (Ziouganov) et nationalistes du LPDR (Jirinovski), deux formations qui existent au moins depuis 1993, les partis de l’opposition légale sont largement marginalisés. Les premiers obtiennent 42 sièges et les seconds 39 sièges. Ils auront chacun leur groupe parlementaire mais dont le poids ne sera pas déterminant pour influencer les grandes orientations décidées par Poutine. Enfin « Russie Juste », une sorte de sociale-démocratie à la russe, obtient 6,2% des voix et 23 sièges. Ces trois partis perdent en tout 108 sièges, diminuant en conséquence leurs moyens.

Les autres mouvements politiques sont très modestes. Yabloko, « La Pomme », un mouvement de centre-droit, n’obtient que 2% des voix, de même que le mouvement Parnas (0,73%), les Verts (0,76%), le Parti de la Croissance (1,29%) ou encore le Parti des Retraités pour la Justice (1,74%). L’extrême-gauche (« Communistes de Russie ») résiste mieux avec 2,3% des voix.

L’opposition modérée, patriote et/ou nationaliste, est également très affaiblie. Rodina, qui a perdu toutes ses figures marquantes, dont Rogozine et Glaziev, n’obtient qu’1,5% des voix, et encore faut-il préciser que ce mouvement est « poutinien » de fait. Patriotes de Russie obtiennent 0,59%.

Vladimir Poutine a donc largement gagné ces élections, une fois de plus, comme depuis 2000, et a même renforcé sa puissance politique, réduisant l’opposition modérée à une portion congrue, même si les communistes résistent encore, alors que certains sondages les annonçaient à 8% des voix.

La démocratie autoritaire mise en place par Poutine après l’effondrement du pays sous Eltsine ne se cache plus. Physiquement Poutine ressemble de plus en plus à Octavien, plus connu sous son nom d’Auguste. Tout comme Octavien paraissait bien timide lorsqu’il hérita de César, ce qui abusa Antoine, Poutine était un inconnu lorsqu’Eltsine le nomma premier ministre puis le choisit comme héritier politique après avoir décidé de démissionner. Il s’est révélé petit à petit à la tête du pays comme une personnalité hors norme, qui suscite à la fois crainte et respect. Son nom même peut lui paraître prédestiné.

En effet son prénom Vladimir signifie « maître du monde » ou « garant de la paix » et son nom Poutine signifie « l’homme du chemin », donc « celui qui indique le chemin ». En outre Vladimir Ier le Soleil Rouge fut le fondateur de la Rus’ de Kiev, dont la Russie est héritière au même titre que l’Ukraine, et le premier prince chrétien des Slaves de l’Est, converti en 988. Poutine dirige la Russie depuis plus de quinze ans sans discontinuité, ayant simplement laissé à son poulain Medvedev, un « homme-ours » là encore prédestiné par son nom même, un mandat présidentiel de transition.

Tout comme Octavien/Auguste, il œuvre sans relâche à la renaissance de la Russie et à son retour sur la scène internationale, à tout prix, même s’il subit des sanctions économiques de l’Occident en raison de son action supposée en Ukraine et notamment de l’annexion de la Crimée. Poutine a neutralisé les véléités séparatistes des Tchétchènes au prix d’une alliance avec Ramzan Kadyrov, qui tient cette région d’une main de fer et d’une bien insupportable main verte, qui plus est. Il a neutralisé le rapprochement de la Géorgie, de l’Ukraine et de la Moldavie en faveur de l’OTAN, et aussi en conséquence vis-à-vis de l’Union Européenne. C’est aussi pour cela que Poutine reste si populaire dans une Russie gardant la tête haute.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

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Retour sur une élection pas comme les autres à Berlin

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Les résultats définitifs de l’élection pour le parlement du Land de Berlin accentuent les tendances constatées au moment du sondage sorti des urnes. Avec 21.6%, la SPD perd 6.7 points alors qu’elle était au pouvoir en coalition au niveau de la capitale. Elle paie là son alliance au niveau national avec la CDU dans le cadre de la « grande coalition ». La CDU paie la politique migratoire suicidaire d’Angela Merkel, les électeurs de son camp lui répondant « wir schaffen nicht das » (« nous n’y arriverons pas »). Avec 17.6% des voix et 5.7 points de perte, elle connaît un résultat désastreux, à peine remise de son effondrement dans le Mecklembourg-Poméranie. A eux deux réunis, la grande coalition SPD/CDU n’atteint pas 40% des voix. Cette contre-performance va certainement accentuer la crise entre la CDU et son alliée bavaroise la CSU.

Die Linke (« La gauche ») avec 15.6% des voix progresse de 3.9 points aux dépens de la SPD et en partie de la liste Piraten. Les Verts (Die Grüne) en revanche avec seulement 15.2%, bien que n’étant pas associés au gouvernement, régressent de 2.4 points. Leur laxisme migratoire légendaire a pu les pénaliser légèrement dans cette élection.

C’est l’AFD de Frauke Petry qui avec 14.2% des voix réussit une progression spectaculaire. Annoncée seulement aux alentours de 11.5% en début de soirée, elle atteint au final presque 15%, soit la tendance haute annoncée par les sondages. Berlin-Est notamment a donné à l’AFD des scores plus que significatifs alors que Berlin-Ouest reste davantage « conformiste ». L’AFD sèche tout ce qui est à sa droite, que ce soit la scission ALFA (de Bernd Lucke) qui n’obtient que 0.4% des voix ou l’extrême-droite historique, la NPD obtenant péniblement 0.6%, ayant souffert d’un fort vote utile en faveur de l’AFD, tout comme Pro Deutschland qui tombe à 0,4% des voix (-0,8).

La formation de protection du monde animal Die Partei (« Le Parti ») obtient enfin 2% et les Pirates 1.7% soit une perte sèche de 7.2 points. Après un exploit à l’élection précédente, la formation pirate retourne à son noyau d’origine. Elle a été largement marginalisée par les enjeux locaux et par la montée de l’AFD contre laquelle la gauche radicale semble s’être davantage mobilisée.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

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18/09/2016

Elections régionales de Berlin : la chute de la maison CDU.

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CDU.JPGSelon les données de 19h46 (en France), les élections régionales de Berlin confirment les craintes de la chancelière Angela Merkel même si l’AFD n’a pas obtenu le résultat espéré.

Avec 23,2% des voix, la SPD recule de près de cinq points et paie ainsi le prix de sa grande coalition nationale avec la CDU. Même si elle reste le premier parti du Land, elle est sévèrement remise à sa place. La CDU avec 17,9% des voix perd aussi plus de cinq points (-5.4) et n’est pas en meilleure situation. Les deux partis fondamentaux du système allemand à Berlin sont donc seulement aux alentours de 40%. La sanction est dure.

Avec 16,7% des voix, les Verts (Grünen) sont troisième avec 16,7% des voix. Ils ne perdent qu’un point environ. Ce n’est pas un grand succès pour eux, même s’ils évitent de perdre des voix, dans un contexte migratoire où leur laxisme légendaire aurait pu leur jouer des tours. Die Linke avec 16,2% progresse de 4,5 points ce qui est considérable. Les voix perdues par la SPD se sont massivement reportés en faveur du mouvement issu de l’ancien SED d’Allemagne de l’Est.

Les libéraux (FDP) avec 6,5% des voix auront également des élus, progressant de 4,7 points au détriment de la CDU. Ils remontent péniblement la pente.

L’AFD de Frauke Petry, avec 11,8% des voix, réussit une belle performance et s’impose au moins comme la 5ème force de la capitale. Quand on compare le vote AFD à Berlin avec le vote FN à Paris intra muros, on peut considérer le résultat de l’AFD, qui avait été victime ces dernières semaines d’une campagne diabolisatrice très dure, comme un succès majeur. Les autres formations politiques sont réduites aux Pirates (1,7% , -7,2) qui s’effondrent littéralement, notamment en faveur de l’AFD, et aux autres listes autour de 6% des voix.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

PS: à 20:57, les résultats provisoires sont un peu différents. 21,5% pour la SPD, 17,6% pour la CDU, 15,7% pour Die Linke, 15,2% pour les Verts, 14,1% pour l'AFD (ce qui est un bien meilleur score), 6,7% pour le FDP et sans doute 0,8% pour la NPD (non confirmé).

19:56 Publié dans Analyses, Elections en Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : berlin, élections régionales | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Pourquoi Marine Le Pen va-t-elle perdre les élections présidentielles

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1. L’état du parti.

Il ne suffit pas de s’auto-désigner « parti de gouvernement » pour en posséder les caractéristiques principales. Une tête sans corps n’est pas en mesure de devenir crédible aux yeux du plus grand nombre. Le FN n’aurait qu’environ 42.000 adhérents et très peu d’intellectuels en son sein. La direction du parti se résume à une poignée de personnalités, dont la nièce et le compagnon de la présidente en exercice. Seule autre figure du parti, l’énarque Florian Philippot, qui est très loin de faire le consensus. Difficile dans ces conditions de pouvoir envisager de gouverner. Quant aux candidats aux législatives, malgré la volonté de Jean-Lin Lacapelle d’organiser leur casting, les notables se font rares. Difficile également d’espérer gagner les élections législatives par le biais de candidats sans aucune implantation locale, et même d’obtenir 60 députés.

Envisager une victoire aux élections présidentielles, qui serait alors nécessairement suivie d’une absence totale de majorité à l’assemblée, présente un intérêt politique limité. La France est un régime mixte, semi-présidentiel et semi-parlementaire. Le choix du FN, sous Jean-Marie Le Pen et sous Marine Le Pen, de tout envisager sous le seul angle de cette élection, « mère des batailles », en négligeant les législatives, perdure donc.

2. Les choix stratégiques du nouveau FN.

L’objectif de Marine Le Pen est de dépasser les 50,1% aux élections présidentielles à l’issue du second tour. Prenant pour argent comptant les sondages favorables qui l’y placent dans tous les cas, avec entre 25% et 32% des voix au premier tour, mais à huit mois de l’élection, elle se positionne dès maintenant en candidate du second tour. Elle agit ainsi comme Lionel Jospin en 2002 qui s’imaginait en duel face à Jacques Chirac bien avant que l’élection n’ait lieu. On se souvient de la sévère déconvenue qui suivit et de cette humiliation qui l’amena à la retraite politique. Ce faisant, elle ne cherche pas à rassembler son camp, qu’elle estime acquis.

Sa démarche est donc d’augmenter son capital sympathie dans tous les milieux politiques, en faisant concession sur concession sur le fond du discours, et notamment en engageant une stratégie de communication ciblant les banlieues et les immigrés. Elle imagine ainsi regrouper sous son nom partisans d’une inversion des flux migratoires et partisans d’une vision multiculturaliste de la France. C’est négliger le fait que les électeurs issus des banlieues votent massivement pour le PS, qui tient le discours qu’ils veulent entendre, et qui verse depuis des années de précieuses subventions.

En prenant le risque de s’adresser à des nouveaux électorats aux thématiques incompatibles avec celles des électeurs traditionnels du FN, elle lâche la proie pour l’ombre. Elle n’y gagnera aucun nouvel électeur mais perdra une partie du vote identitaire dont elle bénéficie, ce dernier se tournant alors vers Sarkozy, malgré la déception post-2007, ou vers le vote blanc ou l’abstention.

Sa démarche « Banlieues Patriotes » rappelle la stratégie d’Alain Soral auprès de Jean-Marie Le Pen en 2007 et ce n’est pas un hasard si elle a choisi l’ancien soralien David Rachline comme directeur de campagne pour les élections présidentielles. On se souviendra que c’est en 2007 que Jean-Marie Le Pen fit le plus mauvais score de sa carrière.

3. Marine Le Pen n’est pas un Bruno Mégret au féminin.

Beaucoup d’analystes considèrent que la stratégie de Marine Le Pen est proche de celle engagée par Bruno Mégret au sein du FN avant son départ en 1998. C’est une erreur pour deux raisons.

La première est que Marine Le Pen choisit, sous l’influence de Florian Philippot, une ligne « ni droite ni gauche », qui s’inspire peut-être aussi du slogan que Samuel Maréchal, son ancien beau-frère, dont elle disait en 1998 admirer la ligne politique, avait introduit, alors que Bruno Mégret a toujours choisi l’ouverture à droite. Pour lui, il s’agissait pour le FN de représenter 30% des voix et de rallier ensuite autour de lui les autres droites. C’est une stratégie à la Weimar dans laquelle l’élection législative jouait un rôle essentiel.

La seconde était que sa démarche consistait à conserver un fond radical, sans aucun renoncement majeur, mais de travailler sur la forme, en rejetant les thématiques diabolisantes et les comportements destinés à effrayer les électeurs. Sa rupture avec Jean-Marie Le Pen était de méthode. Or Marine Le Pen choisit au contraire, au nom d’une forme adoucie, d’amener son parti à un fond adouci, perdant alors son côté protestataire qui fit le succès de son parti.

4. Pourtant Marine Le Pen ne s’effondrera pas.

Il est probable qu’elle ne réalisera pas le score que lui annoncent les instituts de sondage pour toutes les raisons évoquées plus haut. Mais elle ne s’effondrera pas non plus. Car ils sont nombreux ceux qui ont intérêt à ce que le FN continue d’exister à un haut niveau. En effet, le vote protestataire doit bien pouvoir s’exprimer dans les urnes, car sinon il s’exprimera d’une autre manière, non contrôlée, et le FN bénéficie depuis longtemps de ses faveurs, grâce notamment aux fameux dérapages de Jean-Marie Le Pen.

A chaque fois d’ailleurs que Marine Le Pen veut s’en distancer, au point d’avoir exclu le président-fondateur il y a un an, elle y est ramenée par les media. Et le moindre dérapage léger est mis en exergue, comme pour se rassurer d’avoir toujours le « diable de la république » en face de soi. Ceux-ci lui prêtent donc un programme caché (crypto-programme) apparenté à une forme d’épuration ethnique dont seraient les victimes les populations issues des flux migratoires extra-européens.

En conséquence, les électeurs animés par un souci identitaire, et qui ne sont pas séduits par ses diatribes contre l’euro et contre l’UE, continueront pour une bonne part de voter pour elle par défaut. Il est difficile d’imaginer qu’elle puisse tomber en-dessous de 20% des voix.

Quant au second tour, il sera dévastateur, même si par le plus grand des miracles elle était opposée à François Hollande. Et en supposant qu’elle puisse gagner malgré tout, car la politologie n’est pas une science exacte, elle n’aura jamais une majorité à l’assemblée et ne pourra donc pas gouverner. Bien plus qu’avec Sarkozy après son élection de 2007, elle décevra et son parti ne paraît pas armé pour être en capacité de résister à cette déception qui suivra.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

12/09/2016

Elections législatives croates 2016 : une gauche annoncée triomphante mais finalement battue.

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élections parlementaires croates 2016,HDZ,SDP,HSPAvec un peu moins de 35% des voix (34.97) et 61 sièges, la droite croate (HDZ), séparée de ses alliés les plus à droite, comme le HSP-AS qui lui était auparavant associé, remporte les élections parlementaires croates à la surprise générale. Le parti d’Andrej Jandrokovic, fondé à l’origine par Tudjman, malgré des scandales, se maintient.

Le SDP (sociaux-démocrates) de Zoran Milanovic, qui espérait emporter ces élections anticipées, connait en conséquence une sévère déconvenue. Avec 34,6% des voix et 51 sièges, il progresse certes mais est loin d’être en mesure de gouverner, surtout sans alliés en mesure de le renforcer.

En effet, la liste libérale MOST, sous réserve d’une libéralisation accrue de l’économie, est prête à s’associer au HDZ fort de ses 9,5% des voix et de ses 13 sièges, lui offrant alors une majorité au parlement de Zagreb. De même la liste Ziva Zid (« Mur vivant »), populiste et modérément eurosceptique, connait une nette progression, passant de 4,3% en novembre 2015 à 6,4% en septembre 2016 et obtenant 8 sièges.

La coalition « Bandic Milan 365 » sociale-démocrate obtient quant à elle 4,3% des voix environ et 2 sièges. C’est bien insuffisant pour pouvoir amener le SDP au pouvoir.

Le grand perdant de ces élections est le nationalisme croate, divisé en quatre chapelles  se revendiquant toutes de l’héritage du HSP. Le HSP stricto sensu, associé à son ancien concurrent HCSP, obtient seulement 0,71% des voix, tandis que le HSP tendance Ante Starcevic n’obtient que 0,56% des voix. Le HSP « autochtone » (A-HSP) doit se contenter de 0,32% des voix et le HSP 1861 de Paraga de 0,4% dans le district X uniquement. Le HSP est désormais devenu une force marginale, le HDZ évitant comme jadis la CDU allemande d’avoir une concurrence à droite.

Enfin la coalition réformiste Pametno Za Grad obtient 2,15% des voix mais aucun siège, alors que la liste régionale HDSSB, de sensibilité nationaliste, parvient à obtenir un siège unique.  L’opposition gauche/droite a surtout créé un fort vote utile en faveur du HDZ afin de garantir son maintien au pouvoir. Dans un contexte européen de forte pression migratoire, beaucoup de Croates semblent avoir eu peur de fragiliser le HDZ, malgré les scandales financiers.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

24/08/2016

L’impuissance présidentielle en France.

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constitution,président de la république,impuissance,Sarkozy,Le Pen,HollandeDans un article d’avril 2016, nous avions dénoncé l’obsession présidentielle en France, cette « mère des batailles » qui excite les passions avec un président sortant profondément rejeté, mais qui n’a pas encore officiellement annoncé se représenter, désormais 13 candidats de droite prêts à s’affronter dans des primaires, et dont fait partie le président précédent, la candidate du FN créditée dans les sondages de 26% à 28% des voix environ, garantie a priori d’être qualifiée pour le second tour, et une quarantaine de candidats déclarés, surtout de gauche. De plus, les mêmes candidats de 2012 seront à peu près tous candidats en 2017 sauf surprise, ce qui montre le peu de renouvellement de la classe politique en France.

S’il y a autant de candidats pour la place suprême, on supposera deux choses, à savoir que la place est bonne, et de cela on ne doute pas quand on observe l’actuel président, mais aussi qu’on y dispose d’un réel pouvoir d’action, d’une capacité de changer les choses. C’est ce que Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan notamment expliquent, faisant de cette élection un enjeu majeur. Voilà le mythe auquel j’entends ici m’attaquer.

Prenons comme hypothèse par exemple Marine Le Pen, puisqu’elle fait partie des candidats déterminés le plus à changer les choses et qu’elle est en mesure d’être au moins au second tour. Supposons donc que, par un faisceau de convergences favorables, la présidente du FN soit élue présidente, face à un président sortant usé ou à un candidat de droite très démonétisé. Elue, pourrait-elle alors changer les choses et appliquer son programme ?

Il lui faudrait d’abord gagner les élections législatives suivantes un mois après. Un candidat de droite ou de gauche bénéficiera de « l’effet président » mais Marine Le Pen, élue on l’imagine dans un contexte d’extrême-tension, n’en disposerait pas forcément, et surtout son appareil politique ne serait sans doute pas prêt à gouverner. Il y aurait donc sans doute un groupe présidentiel de taille correcte mais incapable de gouverner seul. Il faudrait donc établir une coalition avec la droite, en acceptant l’idée que cette dernière y soit prête et n’exige pas d’être à sa tête.

Et la voici alors déjà bloquée à peine élue et incapable de changer radicalement les choses comme elle s’y était engagée. Supposons donc une deuxième hypothèse, et cela commence à faire beaucoup, à savoir que par un étrange concours de circonstance le FN soit majoritaire à l’assemblée ou dispose en tout cas d’une forte minorité. On peut alors imaginer une coalition de droite guidée par le FN, même si aucune coalition de cette nature n’a encore existé autour de la droite nationale depuis 1945.

Présidente à la tête d’une majorité de coalition, dont la stabilité resterait alors à démontrer, car les élus de droite pourraient « claquer la porte » face à toute proposition un peu courageuse sur des thématiques identitaires par exemple, elle serait donc en mesure de changer radicalement de politique ? Et bien, même dans ce cas, non.

Le Sénat en France a été créé pour empêcher toute alternative politique trop radicale. Son mode de scrutin, indirect et par le biais d’un renouvellement d’un tiers tous les trois ans, rend les possibilités pour un parti comme le FN, mais tout autant pour le Front de gauche d’ailleurs, d’y être majoritaire illusoires. Or sans le soutien du Sénat, aucune réforme constitutionnelle ne peut être engagée. En effet, selon l’article 89 de la constitution française, le président propose un texte aux deux assemblées, qui ont un pouvoir égal, et qui doivent le voter de manière identique. Ce n’est qu’après cette procédure que le président peut convoquer un référendum ou le congrès.

En termes clairs, le Sénat bloquerait concrètement tout parti déterminé à changer radicalement de politique. Et à ce blocage, il faut ajouter l’attitude du conseil constitutionnel. Ce dernier, depuis son coup d’état juridique de 1973, a gagné un pouvoir important. Si la réforme constitutionnelle contrevient aux principes fondamentaux, il pourrait donner un avis défavorable et censurer la dite réforme. Serait-il ainsi possible de le contourner, comme le faisait De Gaulle à son époque ? C’est peu probable en ayant une des deux chambres à dos.

Les Etats européens modernes, pour se prémunir contre toute « révolution par les urnes », et en souvenir de l’arrivée au pouvoir par ce biais d’un dictateur d’origine autrichienne, ont blindé leur constitution. La loi fondamentale allemande de 1949 par exemple a un pouvoir considérable et pourrait interdire tout parti qui aurait dans son programme une rupture radical d’avec ce cadre juridique. Et le mode de scrutin choisi au Royaume-Uni (majoritaire à un tour) ou en France (majoritaire à deux tours) est également un frein considérable.

Les candidats aux élections présidentielles, tous camps confondus, font des promesses aux électeurs dont ils n’ont aucune garantie de pouvoir les réaliser, à supposer que cela soit leur intention. La gauche et la droite ont au moins la possibilité de disposer d’une majorité à l’assemblée et éventuellement au sénat. Cela a permis au gouvernement PS de faire passer un certain nombre de lois, dont le « mariage pour tous », mais souvent grâce à l’appui de centristes. La droite de même pourrait engager certaines politiques plus ou moins courageuses, mais pas trop courageuses quand même pour ne pas perdre l’appui du centre.

Si le centre revendiqué, le Mouvement Démocrate de Bayrou par exemple, est assez faible, le centre-droit et le centre-gauche sont très forts et pèsent dans les politiques publiques. C’est eux qui empêchent toute vraie réforme. Même si Sarkozy par exemple muscle son discours devant les journaux télévisés, qu’est-ce qui prouve que s’il est élu il pourra le réaliser. En 2007 il a déchanté en découvrant le pouvoir réel d’un président. Il est même tombé de haut.

Un président français peut-il changer les choses en bien ? Je ne le crois pas. Cet enjeu électoral qu’on nous présente comme la « mère des batailles » ne déterminera pas notre avenir, même si un président catastrophique peut avoir un très mauvais impact sur le moral de ses concitoyens. Ce n’est donc pas totalement sans importance mais il ne faut pas en attendre un quelconque salut.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

27/06/2016

Elections parlementaires en Espagne : le Parti Populaire en tête

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ES.pngCe dimanche 26 juin, des élections législatives étaient organisées à nouveau en Espagne, suite à l’incapacité des partis de mettre en place une coalition gouvernementale, en raison notamment du poids croissant de Podemos dans l’opinion. La droite (Parti Populaire) avait notamment fait un score assez médiocre en 2015 avec 28.71% des voix contre 22% pour le PSOE.

Le Parti Populaire de Mariano Rajoy obtient 33.03% (+4.2%) des voix et 137 sièges (+14) et sort donc conforté dans les urnes, après son échec cinglant en 2015. Beaucoup d’électeurs ont voulu voter utile et éviter de se retrouver à nouveau dans la situation d’instabilité gouvernementale. Difficile néanmoins de dire si le PP va pouvoir gouverner au sein d’une coalition de centre-droit, sachant qu’il faut 175 sièges au moins pour disposer d’une majorité.

Le PSOE progresse quant à lui très légèrement, en obtenant 22.66% des sièges (+0.7%) mais en régressant en nombre de sièges avec seulement 85 députés (-5). Il reste donc durablement affaibli par la montée en puissance, à ses dépens, de Podemos et par le poids en général de la gauche radicale.

Podemos, divisé en trois listes contre deux en 2015, a obtenu en tout 17.55% des voix (+0.6) et 59 sièges (+2). L’organisation se renforce donc légèrement dans les urnes mais bien moins que certains sondages ne le laissaient présager. Elle est néanmoins durablement enracinée dans le cadre électoral espagnol.

Ciudadanos (C’s), la formation de centre-droit, qui sera peut-être le partenaire de la droite parlementaire, obtient 13.05% des voix et 32 sièges. La formation perd 0.9% des voix et 8 sièges. A eux deux, PP et C’s n’auraient pas la majorité. Il est probable que la droite catalane (CDC) s’ajoute à l’équation, le CDC ayant eu 2.01% des voix et 8 sièges, ce qui donnerait une coalition fragile de 177 sièges.

La gauche radicale se maintient dans les urnes. L’organisation En Comu Poden (ECP) obtient 3.55% des voix et 12 sièges alors que « En Comu » en 2015 obtenait 3.69% et le même nombre de sièges. Ce parti résiste donc mais ne progresse pas. L’ERC (« Gauche républicaine ») obtient 2.63% (+ 0.24= des voix et 9 sièges (-), alors que les organisations basques EAJ-PNV et EH Bildu voient leurs scores quasi inchangés, à savoir 1.2% (-) et 5 sièges (-1) pour la première et 0.77% (-0.1) et 2 sièges (-).

Enfin, le Parti Nationaliste Catalan (CCa-PNC) obtient 0.33% des voix (-0.01) et un siège unique, alors que le parti de défense des animaux (PACMA) avec 1.19% des voix (+0.32) échoue à rentrer au parlement.

La droite nationale quant à elle, représentée essentiellement par le parti nostalgique FE-JONS, n’obtient qu’environ 0.05% des voix (0.04% pour le seul FE-JONS), et échoue donc lamentablement comme à chaque fois. Son incapacité à s’unir et à renouveler le discours l’explique aisément. PxC, le mouvement identitaire catalan, est laminé avec 722 voix, et la FE (Phalange Espagnole) n’obtient que 254 voix. Tout est à reconstruire et il manque surtout la personnalité de synthèse autour de laquelle tous pourraient s’organiser. En Espagne et au Portugal aussi, la droite nationale reste marginale pour des raisons historiques, le souvenir négatif des dictatures droitières et catholiques étant encore vivace.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

25/06/2016

Un « brexit » qui fait mal

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Brexit.jpgAvec 51.9% des voix, les électeurs britanniques ont finalement choisi de soutenir le brexit, c'est-à-dire d’ouvrir un processus prévu pour durer entre deux et quatre ans et devant aboutir à la sortie du Royaume-Uni de l’actuelle Union Européenne. Contrairement à ce que disent media et responsables politiques nationaux et européens, l’UE reste pour le moment à 28. Elle ne sera 27 que dans plusieurs années et ce sous réserve que le brexit ait réellement lieu. Car il ne suffit pas de voter en sa faveur à un référendum pour que le dit processus aboutisse.

Les causes du succès du brexit.

Elles sont multiples et j’ose même affirmer que tous les électeurs qui ont voté en faveur du brexit ne cherchaient pas nécessairement à ce que leur pays quitte réellement l’Union Européenne. L’électorat est versatile et surtout rarement cohérent. Il peut parfois soutenir en même temps des positions contradictoires.

La principale raison du vote « pro-brexit » est de s’opposer à l’immigration. Le paradoxe est que, en rejetant l’UE, les électeurs envoient un mauvais signal à l’égard des travailleurs européens installés dans leur pays, alors qu’en fait les électeurs visaient les populations aneuropéennes de l’ancien empire colonial installées au Royaume-Uni et contre lesquelles un conservateur comme Enoch Powell s’opposait dans les années 60. Non seulement le « brexit » ne changera rien à la situation migratoire du Royaume-Uni mais il risque même d’aggraver les flux issus du Commonwealth.

Le dernier débat de campagne opposait le maire de Londres, d’origine pakistanaise et de confession musulmane, Sadiq Khan, avec l’ancien maire, anglais de souche, Boris Johnson. Or Khan prônait le maintien dans l’UE alors que Johnson prônait le départ. Il est bien évident que le fait que les partisans les plus acharnés du multiculturalisme et de l’islamotropisme, notamment le Labour, aient soutenu le « remain » a beaucoup fait dans le succès du « brexit ».

Par ailleurs, les actuels dirigeants de l’Union Européenne sont extrêmement impopulaires. La technostructure de Bruxelles insupporte jusqu’aux partisans les plus déterminés d’une Europe politique. Elle n’a aucune légitimité démocratique et ne sert que de bouc émissaire que les dirigeants des Etats utilisent pour s’exonérer de leurs propres responsabilités en période d’élections. Les politiciens comme Juncker, battus dans leur pays ou mis en examen, sont recasés à Bruxelles par leurs équivalents au pouvoir de Paris ou de Berlin. L’Union Européenne ne gagne quasiment jamais les referenda qui la concernent. Songeons au « double non » de la France et des Pays-Bas en 2005, ou du non irlandais au traité de Lisbonne. C’est bien la preuve d’une perte considérable de crédit et d’un rejet croissant qui est plus que légitime objectivement.

Enfin, dernière raison du succès du brexit, le désaveu de David Cameron. Ce dernier, annonçant son départ dans les trois mois, s’est vanté de son bilan, résumé au mariage pour tous, version britannique, et à l’anti-racisme. On notera d’ailleurs sa médiocrité dans la défense du « remain ». Politicien médiocre au final, qui a mis lui-même les clous sur son cercueil politique, il ne sera pas vraiment regretté.

De même, les menaces d’Obama, Soros et autres n’ont pu qu’agacer la fierté britannique et à juste titre. La peur économique, efficace chez les bourgeois, n’a eu aucun effet au sein du prolétariat britannique de souche, qui n’espérant rien, et n’ayant rien à perdre, a osé s’en affranchir. Il s’est au contraire massivement exprimé pour le brexit.

Les conséquences du brexit ?

En premier lieu, la première conséquence est une nouvelle crise de l’Union Européenne. On s’étonnera de l’empressement du président français à vouloir accélérer le brexit réel. Après tout, les dirigeants de l’UE ont l’habitude de faire revoter le peuple quand celui-ci s’exprime contre leurs intérêts. Il s’agit pour Hollande et Merkel d’empêcher la contamination qui risque de toucher surtout la Suède et le Danemark. Car il n’est pas sûr en effet qu’un « swexit » ou qu’un « danxit » ne puissent avoir lieu, vu l’état de l’opinion dans ces pays.

Mais il y a ensuite les conséquences plus concrètes pour le Royaume-Uni lui-même et il n’est pas sûr que son choix politique ait été le plus avisé. L’Ecosse va probablement appliquer au Royaume-Uni ce que ce dernier s’apprête à appliquer à l’Union Européenne. Un nouveau référendum sur l’indépendance se profile et cette fois il pourrait bien aboutir. 62% des Ecossais ont ainsi dit non au brexit. De même, le Sinn Fein a très finement réagi en annonçant sa volonté de rattacher l’Irlande du nord à l’Irlande indépendante pour rester dans l’Union Européenne. Là encore le brexit était minoritaire en Ulster. Cette provocation va certainement relancer le conflit nord-irlandais qui était endormi au sein de l’Union Européenne.

Enfin, que dire des conséquences économiques. Elles sont difficiles à prévoir. Le Royaume-Uni n’ayant pas l’euro, la crise devrait être limitée mais les agences internationales de notation, Moody comme Standard & Poor, laissent entendre qu’elles vont dégrader la note du Royaume-Uni en lui retirant son triple A. Le taux d’intérêt de la dette britannique va alors augmenter et surtout la capacité du pays d’emprunter à un taux intéressant va diminuer.

Enfin ceux qui ont mis leurs espoirs dans le brexit vont vite déchanter. Les Britanniques, dont leur pays n’était pas membre de l’espace Schengen, vont se rendre compte que l’immigration va continuer. Ce qui est logique puisqu’elle n’a jamais été liée à des décisions de l’Union Européenne mais aux gouvernements de gauche et de droite du Royaume-Uni depuis un demi-siècle. Le Royaume-Uni est peu impacté par la crise actuelle des migrants. Mais cela va peut-être changer. La France annonce en effet qu’elle ne retiendra plus les clandestins qui s’entassent dans Calais. Le « brexit » non seulement n’arrêtera pas l’immigration mais l’augmentera donc. Mais les Polonais ne viendront plus prendre le travail des Pakistanais.

Evoquons enfin les conséquences politiques. Cameron partira en octobre. Il a été douloureusement désavoué par les électeurs. A la tête d’une majorité fragile, les conservateurs conserveront-ils le pouvoir ? Les élections seront-elles anticipées ? Et UKIP ? Artisan parmi d’autres du brexit, mais marginalisé dans la campagne par Johnson et l’aide droitière des Conservateurs, et n’ayant comme but principal que la sortie de l’UE, comment va-t-il évoluer ? Il est probable que non seulement il n’en sortira pas renforcé mais qu’il va sérieusement reculer. Son rôle s’arrête une fois le brexit sur les rails. Farage va donc connaître une probable victoire à la Pyrrhus.

Le brexit aura-t-il réellement lieu ?

Le processus de « brexit » est officiellement lancé du fait même du résultat de ce référendum, mais il n’est pas pour autant accompli. Cela va prendre plusieurs années et cela va être complexe, car c’est inédit. Même si le Royaume-Uni est hors zone euro et hors Schengen, ses liens avec l’Union Européenne sont forts. Que vont devenir les fonctionnaires britanniques de l’UE ? Les députés ? Les accords de libre-échange ? Les relations diplomatiques ? Qu’est-ce que cela implique pour Euro-tunnel. Les questions sont nombreuses.

Il est tout à fait possible que les pourparlers de « brexit » n’avancent pas plus que les pourparlers d’adhésion de la Turquie à l’UE. Le pourrissement est une stratégie classique. Supposons ainsi que le Labour Party gagne les prochaines élections britanniques, face à un parti conservateur implosant entre anti-UE renforcés par ce résultat et pro-UE. 69% des électeurs du Labour ont voté contre le brexit. Même si le Labour n’annoncera pas l’abandon du processus, il peut être amené à le ralentir considérablement.

En outre, si les conséquences du brexit sont trop douloureuses, l’opinion britannique peut se retourner. On a vu le cas en Islande où l’adhésion à l’UE et même à l’euro était très haute lors de la crise mais a ensuite diminué considérablement lorsque la situation s’est améliorée, au point où le processus d’adhésion a même été arrêté et la demande d’adhésion retirée. Qui peut dire dans deux ans si l’opinion publique britannique sera toujours en faveur du départ ? L’idée qu’un nouveau référendum ait lieu dans un ou deux ans pour arrêter le processus de « brexit » n’est pas absurde. Mais il faudra alors que l’UE se fasse discrète et surtout cesse toutes ses propositions  migratoires délirantes.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

28/05/2016

Robert Ménard confronté à la stratégie du Front National

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Robert Ménard,Oz la droite,Front national,Marion Le PenLors des assises de refondation de la droite organisées à l’initiative de Robert Ménard, le maire de Béziers, réunies sous le slogan « Oz’ la droite », sa déclaration introductive a mis le feu aux poudres. Il a déclaré ainsi ne pas vouloir servir de « marchepied au FN ». Conséquence immédiate, Marion Le Pen a réagi en organisant son départ et en le faisant publiquement savoir. Elle a ajouté que Ménard devait son élection au FN, ce qui est une simplification abusive. Un maire élu dépend avant tout du choix des électeurs et pas des appareils politiques, même si une candidature FN « parasite » aux municipales aurait sans doute nettement compliqué son élection.

Cette petite crise est significative du décalage complet entre la démarche de cette droite élargie, qualifiée d’ailleurs de « droite identitaire » par Le Monde, et celle du Front National. Alors que Marine Le Pen considère que l’opposition est entre « européistes » et « patriotes », cette sphère identitaire au sens large considère que les débats sur la nationalité, l’immigration et le multiculturalisme sont beaucoup plus importants que des débats de nature économique ou sociale. Le libéralisme affiché par Robert Ménard est néanmoins aussi diviseur que l’étatisme forcené qu’il prête non sans raison à Florian Philippot.

Si Robert Ménard a raison de souhaiter que pédale douce soit mise sur les thèmes du rejet de l’UE et de l’euro, ce en quoi j’estime qu’il a pleinement raison, son libéralisme économique, que Philippot a associé malicieusement à celui d’Alain Juppé, n’est pas davantage rassembleur. Car si l’objectif est d’unir l’aile droite des Républicains avec le FN, pour retrouver ces fameux 30% et plus encore de Bruno Mégret en 1998, c’est sur les seules questions identitaires que la jonction pourra se faire.

A l’opposition entre « européistes » et « patriotes » de Marine Le Pen, il faudrait opposer l’opposition entre « européens » et « aneuropéens », qui est beaucoup plus pertinente, car ce que l’on peut reprocher à l’Union Européenne c’est de ne pas être assez européenne, mais sûrement pas de l’être trop. Du point de vue de l’identité, une Europe homogène a beaucoup plus de sens qu’une France hétérogène unie par un « patriotisme » de papier à l’américaine, indifférent aux origines ethniques et confessionnelles de chacun. En outre, il est difficile d’être le patriote d’une patrie qui n’est pas la sienne, alors qu’on a refusé d’être patriote de sa propre patrie, puisqu’on l’a quittée. Pour paraphraser quelque peu Danton, on n’emporte pas le patriotisme à la semelle de ses souliers.

Outre cette divergence majeure entre le camp « Ménard » au sens large et le camp « Marine », il y a une autre différence, c’est le refus du « ni droite ni gauche ». Or Marine Le Pen a fait le choix, en bon disciple de son ancien beau-frère Samuel Maréchal, de cette seconde ligne. Elle ne croit pas au rassemblement des droites. Dans ces conditions, organiser malgré elle un tel rassemblement reste un vœu pieux.

Ce courant entre les Républicains et le Front National représente environ 2 à 3% des voix, le score de Mégret en 2002 et celui de Villiers en 2007. Il faudrait imaginer un affaiblissement très net du FN pour que ce courant soit en position d’émerger et rien ne l’indique pour le moment. C’est en outre une position très inconfortable que Robert Ménard et bien d’autres avec lui subissent. D’un côté, on leur reproche d’être trop proches d’un FN qui reste diabolisé, comme le FPÖ en Autriche. Cela explique pourquoi Eric Zemmour ou même Philippe de Villiers étaient absents à Béziers. D’un autre côté, le FN leur reproche de vouloir la jouer solo.

Marion Le Pen a ainsi déclaré aujourd’hui qu’elle ne voyait pas l’utilité d’une candidature alternative, qui n’aurait comme seule conséquence que d’empêcher Marine Le Pen d’être au second tour, et qu’une telle candidature ne ferait que servir les intérêts de LR. « Hors du FN, point de salut ». Difficile dans ces conditions de faire entendre une musicalité différente. La culture du compromis démocratique, propre surtout à des assemblées élues à la proportionnelle, n’est pas encore celle du FN.

C’est pourquoi, pris entre deux positions inconciliables, Robert Ménard et ses amis ont peu de chance de pouvoir se faire entendre, et de toute façon le FN, en position de monopole électoral, ne voudra pas les écouter. Si la stratégie du FN est incompatible selon Robert Ménard avec la volonté de victoire en 2017, une victoire hypothétique à laquelle personne sérieusement ne croit, à chacun alors d’en tirer les leçons.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)