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02/10/2017

Elections parlementaires en Allemagne : le Bundesrat sans majorité.

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cdu-og-image-1200x630.jpgAngela Merkel a gagné mais en version Pyrrhus. Avec 33% des voix (26,8% pour la CDU et 6,2% pour le CSU, sa variante bavaroise), obtenant 246 députés (sur 709), la démocratie chrétienne réalise son plus mauvais score de l’après-guerre. C’est dire si la chancelière est devenue impopulaire en quelques années, et une CDU plus courageuse aurait déjà changé de dirigeante, faisant avec elle ce que cette dernière avait fait avec Helmut Kohl.

Son seul motif de satisfaction est d’avoir amené la SPD, avec laquelle elle formait une grande coalition depuis plusieurs années, au plus bas à son tour. Avec 20,5% des voix et 153 députés, la SPD connaît l’un des résultats les plus médiocres de son histoire. Son candidat, l’ancien président du parlement européen Schulz, restera finalement à la tête du parti, au prix du refus de participer à une nouvelle coalition avec la CDU. Cette dernière doit donc se trouver de nouveaux alliés.

Le grand vainqueur de cette élection, par sa marge de progression (+ 7.9 points), est l’AfD dont la campagne fut menée sur un ton identitaire par le tandem gagnant Gauland/Weidel. Même si l’ancienne dirigeante Frauke Petry, à peine élue, claquait la porte du parti en emmenant son député européen de mari, l’AfD est renforcée, avec ses 12,6% des voix et ses 94, et donc désormais 93, sièges. L’extrême-droite classique est laminée, la NPD ne faisant que 0,4% des voix (- 0.9 points) et les REP étant simplement absents, la plupart de leurs adhérents ayant rejoint l’AfD.

Avec 10,7% des voix et 80 sièges, le FDP (libéraux) revient en fanfare au Bundestag. Son jeune dirigeant dynamique, Christian Lindner, qui revendique le ministère de l’économie, a su dynamiser son parti sur une ligne libérale et identitaire, limitant sans doute la marge de progression de l’AfD. Il est devenu faiseur de roi et allié indispensable de Merkel. Mais il va certainement négocier très chèrement sa place.

Les Verts (Grünen) avec 8.9% (+0.5 points) des voix et 67 sièges (+4) sortent également renforcés de ce scrutin, au détriment des sociaux-démocrates. Merkel souhaiterait sans doute les associer au pouvoir pour bâtir sa nouvelle coalition, mais les options très à gauche du parti rendent l’alliance avec la FDP et même avec la CSU très hypothétique. Si elle échoue à bâtir ce que la presse appelle une coalition « jamaïque », elle devra se tourner à nouveau vers les urnes, ce qui serait inédit en Allemagne depuis 1933.

Mais le regroupement de partis aux options antagonistes est très aléatoire et surtout sans stabilité. La CSU pourrait choisir de passer dans l’opposition afin de redorer son blason. De même la CDU pourrait être tentée en cours de mandature de faire tomber Merkel et de changer de dirigeant. Son résultat médiocre ne peut que les y inciter, surtout si l’AfD continue d’accroître son audience à droite.

La gauche radicale de « Die Linke » avec 69 sièges (+5) et 9.2% (+ 0.6 points) se maintient à un niveau élevé. Exclue depuis toujours du pouvoir, même à gauche, son rôle sera le même que celui de l’AfD, faire de la figuration. L’AfD néanmoins pourrait, en cas de coalition minoritaire CDU-CSU-FDP, peser sur la politique du gouvernement, comme le fait le DFP au Danemark.

Dans tous les cas, Angela Merkel a en même temps gagné et perdu les élections. Le désaveu est cuisant. Otage de ses alliés potentiels (Verts et FDP) auxquels elle devra beaucoup céder, au point d’irriter son propre parti, son destin ne lui appartient plus vraiment. Elle ne pourra pas non plus donner suite aux propositions de Macron de refonder l’Union Européenne, certes sur des bases pas plus satisfaisantes que les actuelles.

De la diabolisation à droite.

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De « Poujadolf » (à propos de Pierre Poujade) à la fascisation du général De Gaulle, accusé d’un « coup d’état permanent » par Mitterrand, la gauche marxiste a depuis les années 20 et 30 comme habitude d’accuser de « fascisme » tous ses adversaires idéologiques. Elle a employé cet argumentaire dès les années 80 pour contrer l’ascension du Front National, que ce même Mitterrand avait sciemment rendu possible par l’accès offert à son dirigeant sur les plateaux de télévision.

Ce qui est plus surprenant, c’est que cette pratique de diabolisation que Leo Strauss avait appelée « reductio ad hitlerum » a désormais essaimé à droite et avec un certain succès. C’est désormais par l’anathème que les différentes figures de droite veulent « débattre ». Ainsi Gérald Darmanin a-t-il annoncé que la victoire prévisible de Laurent Wauquiez à la tête des Républicains allait amener le parti à la « droite extrême ». De même, le nouveau dirigeant d’UKIP Henry Bolton a-t-il accusé son adversaire identitaire Anne-Marie Waters de vouloir transformer le mouvement en « parti nazi britannique ».

Enfin Florian Philippot, à peine démissionnaire du Front National, accuse le FN de « mégretisme » sous prétexte que certaines figures du parti sont issues de l’ancien MNR de Mégret, mais sont revenues au FN bien avant que lui-même n’y mette les pieds. L’accusation est amusante dans le sens où il imite ainsi Jean-Marie Le Pen qui en 1998 dénonçait dans les partisans de Mégret « des extrémistes et même des racistes ». Il accuse le FN de retourner à ses « vieux démons », donnant donc raison aux partisans de la diabolisation à outrance de ce parti pour l’écarter du pouvoir. En somme, il dit ouvertement qu’il a quitté un parti qui avait été réellement le diable.

Frauke Petry, ancienne dirigeante du mouvement populiste AfD en Allemagne, parti qui vient de réussir une percée électorale avec 12,6%, claque la porte à peine élue, au mépris du respect dû aux électeurs qui ont voté pour elle, afin de dénoncer des attitudes extrémistes chez ses anciens compagnons de combat. Auparavant, elle avait elle-même été diabolisée par Bernd Lücke, l’ancien dirigeant plus europhobe qu’identitaire, quand celui-ci avait été poussé vers la porte.

On pourrait imaginer que des gens qui ont été victimes de la diabolisation à outrance épargneraient à leurs propres adversaires au sein de leur camp d’avoir recours à ces mêmes ficelles dialectiques. Il n’en est rien. Il faut toujours trouver plus extrémiste que soi pour plaire aux media. Ce faisant, on ne sera jamais consensuel parce qu’il y aura toujours quelqu’un pour vous montrer du doigt.

Florian Philippot, grand artisan de la dédiabolisation ratée, en a fait d’ailleurs lui-même récemment les frais. Alors qu’il ne cessait de dénoncer le « néo-extrémisme » au sein de son ancien parti, une journaliste évoqua alors les messages douteux d’un de ses compagnons de route, quand d’autres rappelaient le passé à Terre et Peuple, organisation que Louis Aliot (FN) qualifiera d’extrémiste bien sûr, d’une de ses lieutenantes.

Et si le manichéisme en politique n’était qu’une façon de taire les vrais débats ?

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

17/09/2017

Elections parlementaires en Norvège : victoire à la Pyrrhus de la coalition sortante.

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Fremskrittspartiet_parti_du_progres_norvege.pngAlors que l’Europe entière attend avec impatience le résultat des élections parlementaires en Allemagne, les Norvégiens votaient ce 11 septembre 2017. Il s’agissait pour eux de reconduire ou de renforcer la coalition sortante minoritaire composée des conservateurs du Høyre et des populistes du Parti du Progrès (Fremskrittspartiet ou FP) de Siv Jensen. En face d’eux, les Travaillistes (Arbeiderpartiet) cherchaient à proposer une alternative.

Les électeurs ont finalement choisi la continuité politique, même si certains mécontentements se sont exprimés en faveur de partis minoritaires, centristes ou d’extrême-gauche. Les mouvements d’extrême-droite quant à eux sont marginalisés par le FP et ne présentaient aucune liste.

Avec 27,4% des voix, les Travaillistes (AP) restent le premier parti du pays, comme il l’était aux élections précédentes, avec 27,4% des voix. Néanmoins ils reculent de 3,4 points alors qu’ils sont pourtant dans l’opposition depuis plusieurs années. Avec 49 sièges, ils en perdent 6.

Høyre subit l’usure du pouvoir, n’obtenant que 25% des voix (-1,8 points), de même que le FP qui passe de 16,4% à 15,2%. Le désaveu de la coalition sortante est donc très limité et surtout il ne profite pas à la principale force d’opposition. Høyre disposera de 45 députés (-3) et le FP de 27 députés (-2).

Les centristes du Senterpartiet (« Parti du centre ») sont les principaux bénéficiaires de ce recul des grands partis en obtenant 10,3% des voix et (+4,8 points) et 19 sièges (+9). La Gauche Socialiste (Socialistisk Venstreparti) avec 6% des voix (+1,9) et 11 sièges (+4) progresse également au détriment des Travaillistes. Même chose pour la gauche radicale du Parti Rouge (Rødt) qui obtient 2,4% des voix (+1,3) et son premier siège au parlement. Enfin les Verts conservent leur seul siège, et renforcent leur poids électoral avec 3,2% des voix (+0,4).

Libéraux (Venstre) et chrétiens-démocrates (Kristelig Folkeparti) qui avaient soutenu la coalition sortante sans y participer reculent en revanche, avec 4,4% (-0,8) et 8 sièges (-1) pour les premiers et 4,2% (-1,4) et 8 sièges (-2) pour les seconds. Ce recul n’a manifestement pas profité aux partis de la coalition ou aura simplement diminué leur recul.

Avec 72 voix en tout, la coalition sortante est loin des 85 sièges nécessaires pour disposer d’une majorité. Si les deux partis minoritaires précédemment évoqués apportaient leur soutien, cela ferait en revanche 88 sièges. C’est le cas le plus probable.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

27/08/2017

Le Front National pris dans une aporie insoluble. Constat d'une faillite programmée.

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Front National,Marine Le Pen,échecSi le FN a dédiabolisé son discours, en renonçant en réalité à tout ce qui en faisait la sève, l’édulcorant au point de le rendre semblable à celui de tous les autres partis, il n’a pas démocratisé son mode de fonctionnement interne. Le président du parti, qui est toujours un Le Pen, est indéboulonnable et ne cède sa place que quand il le décide. Il est donc décrété candidat naturel du parti ad vitam aeternam, et en ce sens la présidence de « Marine » est conforme à la présidence de « Jean-Marie ».

La campagne de 2017 a révélé un double échec : échec personnel de Marine Le Pen qui n’a pas été élue présidente, même si elle a été élue député, sans groupe, dans la meilleure circonscription de France pour son parti ; échec de la stratégie politique du Front National, avec ses thèmes souverainistes, à l’instar de l’abandon de l’euro. Aux législatives, le FN a dû se contenter d’un petit 13,2%, loin des 27% obtenus aux élections européennes de 2014. Aux présidentielles, le FN a obtenu 21,3% des voix, soit à peine un point de plus que François Fillon, et 33,9% au second tour. Ce dernier résultat, s’il atteint un record, est néanmoins très inférieur à ce que le parti pouvait espérer.

Contrairement à 2002, le second tour a eu lieu d’une manière classique, le moment clé étant le débat entre les deux finalistes. Emmanuel Macron ne se déroba pas à l’affrontement, même si tactiquement il laissa filtrer la fausse information selon laquelle il quitterait le débat si Marine Le Pen l’y poussait. Les « stratèges » de Marine Le Pen tombèrent dans le piège en la poussant à un discours de rupture et de provocation.

Marine Le Pen n’a pas seulement perdu l’élection et le débat. Dans ce débat, elle a révélé son vrai niveau de compétence ou d’incompétence, selon le fameux principe de Peter. Très bonne candidate quand on lui oppose des anathèmes sans fondement, elle devient médiocre lorsqu’elle est amenée à exposer ce qui lui sert de programme. Elle est parue confuse, déconnectée des enjeux, attaquant son adversaire sur le terrain où celui-ci est le plus fort. Épuisée par une campagne mais aussi par des choix stratégiques absurdes, comme sa visite la veille du débat à un collectif africain où elle a promis 15 milliards d’euros par an pour l’Afrique, alors qu’elle ne cessait de vitupérer contre les 9 milliards d’euros versés chaque année à l’Union Européenne, elle n’avait manifestement pas le niveau. Enfin, ses quelques pas de danse à la fin d’une soirée d’échec électoral, créant une désespérance profonde auprès de ses électeurs, sympathisants et militants, ont accentué le désaveu.

On peut se remettre d’une contre-performance électorale mais pas d’un débat de second tour vu par des millions de Français, dont ses électeurs, où elle a révélé son vrai visage. Car nombreux étaient ceux qui depuis de nombreuses années connaissaient la réalité derrière le masque. Les bons résultats électoraux de ces dernières années avaient envoyé un message trompeur.

La stratégie a été mise en cause et à juste titre, mais changer de stratégie n’est pas aussi simple. Le débat sur l’euro a été mis sous le boisseau, même si Florian Philippot y revient sans cesse, mais le parti reste officiellement opposé à la monnaie unique. Le choix est désormais de ne plus en parler et d’axer le propos sur le rétablissement des frontières nationales. C’est inaudible. Les thèmes identitaires, mis en avant par Bay, et les thèmes souverainistes, mis en avant par Philippot, sont irréconciliables.

Une stratégie est également incarnée. Marine Le Pen a tellement mis en avant une ligne souverainiste qu’il lui est impossible d’y renoncer. Si changement de ligne le FN doit adopter, ce qui ne passe pas nécessairement par un changement de nom, relevant d’une logique cosmétique, il faut un changement de dirigeant, de candidat. Or c’est impossible pour les raisons évoquées préalablement. Marine Le Pen est indéboulonnable, et personne ne s’opposera à elle lors du congrès de 2018, mais elle est gravement démonétisée, et même décrédibilisée par le débat du second tour. Même Florian Philippot reconnaissait, selon un propos rapporté par le Canard Enchaîné dont il niera ensuite la réalité, que Marine Le Pen « était décrédibilisée à jamais ».

Robert Ménard, dans une tribune qui lui a valu les foudres de Florian Philippot, a clairement indiqué la nécessité d’un changement stratégique et d’un changement de direction, espérant l’émergence d’une personnalité nouvelle. Si une telle personne devait émerger, néanmoins, cela ne serait pas au Front National. A moins d’une démission surprise de Marine Le Pen, qui créerait automatiquement une scission en deux, le parti est promis à un déclin plus ou moins long. Or le FN empêche l’émergence d’une nouvelle personnalité, en son sein aussi bien qu’en dehors, car il est encore en position de monopole sur des thèmes identitaires que pourtant il réfute.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

01/07/2017

Elections parlementaires en Albanie : Edi Rama (PS) conforté.

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Les élections parlementaires albanaises se sont déroulées ce 25 juin 2017, quatre ans après celles qui avaient apporté la victoire au socialiste francophile Edi Rama, désormais premier ministre sortant.

Avec 48,34% et 74 sièges en 2017, contre 41,36% et 65 sièges en 2013, le Parti socialiste d’Albanie remporte haut la main les élections. Mais au sein d’une coalition avec le Mouvement socialiste pour l’intégration, il dominait alors avec 81 sièges. Avec un parlement composé de 140 députés néanmoins, il obtient donc la majorité absolue sans besoin d’accords avec d’autres formations politiques.

Avec 28,82% des voix et 43 sièges, le Parti démocrate d’Albanie, dont l’ancien dirigeant charismatique Sali Berisha a abandonné les rênes, la principale force d’opposition échoue et perd même 7 sièges. En 2013, il obtenait encore seul 30,63% des voix et 50 sièges, ce qui était déjà une contre-performance. Sa chute continue donc.

Le Mouvement socialiste pour l’intégration, auparavant au pouvoir au sein de la coalition « Alliance pour une Albanie européenne », obtient 14,27% des voix et 19 sièges en 2017, contre 10,46% des voix et 16 sièges en 2013. Cette formation s’implante comme troisième force d’Albanie et renforce son poids à l’issue de cette nouvelle élection.

Le Parti pour la justice, l’intégration et l’unité, parti nationaliste albanais modéré, soucieux notamment des communautés albanaises en dehors de l’Albanie même (Kosovo, Macédoine, Albanais de Serbie, Albanais « Cham » de Grèce), obtient 4,8% des voix et 3 sièges, dans un contexte de forte bipolarisation. En 2013, il obtenait 2,61% des voix et 4 sièges. Bien que progressant en %, il perd donc un élu.

Le Parti « Libra » (« balance » en latin) de centre-droit ne parvient pas à jouer les trouble-fête, n’obtenant que 1,25% des voix, alors que le Parti social-démocrate d’Albanie doit se contenter de 0,95% des voix mais obtient néanmoins un député. Le Parti républicain d’Albanie, national-conservateur et pro-européen, classé au centre-droit, tombe à 0,24% des voix et perd ses trois députés. Il avait obtenu en 2013 3,02% des voix.

Les formations démocrates chrétiennes, divisées en de multiples chapelles, totalisent en tout 0,27%, le mouvement centriste Sfida n’obtient que 0,22% des voix. L’extrême-gauche représentée par les communistes sont à 0,07% et l’extrême-droite représentée par le mouvement « Alliance nationale Arbnore » 0,02%. L’alliance nationaliste « Rouge et noir » (0,59% des voix en 2013) a disparu.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

19/06/2017

Elections législatives françaises : une abstention record, une opposition affaiblie.

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2052755-vote-blanc-est-il-pris-en-compte-pour-les-resultats-des-municipales.jpgUn 1er tour macroniste.

Au premier tour, le mouvement « La république en marche » du nouveau président Emmanuel Macron s’est imposé comme la première force politique du pays, avec 28,21% des voix, ce qui n’est pas néanmoins un score exceptionnel, d’autant plus que ce résultat a lieu dans un contexte d’abstention record, puisque 48,7% des électeurs seulement s’étaient déplacés pour ce scrutin. L’effet « président » a joué évidemment son rôle pour doter le nouveau gouvernement d’une légitimité parlementaire.

Le Front National connaît quant à lui une sévère déconvenue, n’obtenant que 13,2% des voix (contre 13,6% en 2012) et perdant 61% des électeurs qui avaient voté Marine Le Pen au 1er tour des présidentielles. Ce vote sanction a manifesté la déception de ces derniers quant au résultat du 2ème tour et quant à la prestation catastrophique de la candidate le 3 mai dernier lors du débat face à Emmanuel Macron. Marine Le Pen atteint 46% des voix à Hénin-Beaumont, ce qui pouvait laisser penser au fait qu’elle se retrouverait seule à l’assemblée pour représenter son parti.

Quant au mouvement de Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France), il est écrasé avec 1,17% des voix, seul son président réussissant à passer le cap du 1er tour mais en étant très menacé dans sa propre circonscription. Son alliance ratée avec le FN a considérablement affaibli sa formation politique.

Avec 11,03% des voix, La France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon faisait également une contre-performance, mais à ce pourcentage il faudrait ajouter les 2,7% des voix obtenus par le PCF. Son recul était donc moindre que celui du FN, sans pour autant être un bon résultat.

Avec 7,44% des voix, malgré son implantation ancienne, le Parti Socialiste réalise un score très médiocre et perd ainsi dès le 1er tour un certain nombre de ténors et aussi son premier secrétaire, Jean-Christophe Cambadélis étant éliminé dès cette étape. C’est la fin qui se profile à l’horizon pour le parti mitterrandien qui a été séché par Macron à droite et par Mélenchon à gauche.

Le Modem, avec 4,1% des voix, fait un score en apparence modeste mais étant allié avec La République en Marche, il ne présentait pas des candidats partout sur le territoire. Il n’existe que dans le cadre de cette coalition, sinon il aurait été réduit à un résultat dérisoire.

Les diverses formations écologistes totalisent quant à elles 4,3% des voix mais se retrouvent extrêmement fragilisées, et même dépouillées. L'extrême-gauche est réduite à 0,8% des voix et l'UPR, la formation ultra-souverainiste d'Asselineau, se situe aux alentours de 0,5% des voix et n'obtiendra en conséquence aucun financement.

Enfin, la droite républicaine, LR, UDI et divers droites, totalise 21,6% des voix (dont 15,8% pour LR), ce qui est un résultat modeste, lié notamment à la stratégie gagnante de Macron consistant à débaucher et/ou à séduire un certain nombre de figures de LR, comme son premier ministre Edouard Philippe par exemple. Le choix de Baroin pour mener la campagne, un candidat Macron-compatible, ne pouvait aboutir à autre chose qu’à un échec. PS et LR ont donc été les victimes d’un président centriste particulièrement habile pour semer le trouble chez ses adversaires et qui s’est révélé un politicien beaucoup plus redoutable que ce que pensaient ses adversaires d’un nouveau venu sans implantation électorale antérieure.

Un léger rééquilibre au 2ème tour.

Les sondages annonçant plus de 400 députés pour la majorité présidentielle, les électeurs ont voulu dans un certain nombre de cas rééquilibrer le jeu. Avec une abstention record de 58%, l’élection n’a pas passionné les Français, mais il est aussi probable que des électeurs de Macron du 1er tour n’ont pas voté, soit parce que les « bourgeois » de centre-gauche ont pensé que les jeux étaient faits, soit parce que le haut degré d’ensoleillement les a amenés à d’autres activités qu’électorales ce dimanche.

En conséquence de quoi, le FN et LFI (Mélenchon) ont connu une légère embellie, ainsi que les candidats de droite très implantés. Avec 8 députés dont Marine Le Pen elle-même, élue avec 58,6% des voix mais avec une participation de 44%, indiquant l’absence de mobilisation contre elle, et dont Emmanuelle Ménard à Béziers, Gilbert Collard (réélu) dans le Gard, le FN obtient son meilleur résultat au scrutin majoritaire. Mais on est loin des 45 à 80 députés que le FN ambitionnait d’obtenir. Les candidats philoppotistes, dont Florian Philippot lui-même, ont en revanche échoué nettement. Avec ses 8 députés, Marine Le Pen limite la casse et va sans doute tenter d’empêcher la remise en cause de son autorité en interne et d’éviter de pourtant nécessaires remises en question. Jacques Bompard (Ligue du Sud) et Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France) sont également réélus, mais même leur éventuel soutien au FN ne permettrait pas la constitution d’un groupe parlementaire. Autres gagnants, ce sont les nationalistes corses qui font rentrer 3 députés à l’Assemblée nationale, un record.

LFI, Mélenchon étant lui-même élu à Marseille-nord, réussit à obtenir au moins 15 députés, ce qui leur permet d’avoir un groupe indépendant du PCF, ce dernier n’en disposant en revanche pas (10 députés à 23h30). Il est à cette heure difficile de savoir s’ils formeront un groupe uni.

La droite républicaine sauve également la tête d’un certain nombre de ses figures dont Eric Ciotti et Claude Goasguen. Néanmoins elle n’aurait obtenu que 130 députés environ, dont beaucoup lorgnent déjà vers La République en Marche, à l’instar de Thierry Solère qui a envoyé des clins d’œil appuyés aux gagnants de ce soir.

Le PS et ses alliés de gauche n’obtiennent qu’entre 44 et 46 sièges. Manuel Valls, qui avait rompu avec lui, gagne de justesse dans l’Essonne, même si sa victoire sera contestée par son adversaire du LFI. En revanche, des figures comme El Khomry, Touraine et Vallaud-Belkacem sont éliminées, malgré parfois le soutien de LREM de Macron. Les personnalités trop associées à l’ancien gouvernement ont ainsi été sanctionnées.

La République en Marche (LREM) et le Modem de François Bayrou obtiennent environ 360 sièges, leur donnant la majorité absolue (sur 577 sièges) mais avec moins de sièges qu’espérés. Les électeurs n’ont pas voulu donner un blanc-seing au nouveau président. Par ailleurs, il sera bien difficile à ce dernier de tenir un groupe parlementaire avec de nouveaux élus dont l’expérience politique est parfois très limitée et dont les positions politiques peuvent être parfaitement antagonistes dans les faits.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

Elections parlementaires britanniques : le demi-échec de Theresa May.

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Ce devait être le scrutin du renforcement pour les Conservateurs de Theresa May en route vers un « hard brexit ». Malgré le peu de charisme de ce premier ministre qui après avoir été opposé au brexit est devenu partisan d’un brexit radical, Theresa May espérait s’imposer largement et c’est ce qui était prévu selon les sondages de l’époque où elle a décidé d’organiser un scrutin anticipé.

Mal lui en a pris car le candidat du Labour Jeremy Corbyn, qui a lancé des attaques sur l’économie et sur la sécurité, sans évoquer le brexit contre lequel il s’était très timidement opposé, a bénéficié alors d’une dynamique favorable.

Avec 42,4% (+5,5 points), les Conservateurs l’emportent mais ils n’obtiennent que 318 sièges (contre 331 auparavant) et perdent ainsi la majorité absolue (326 sièges). Leur progression se fait surtout au détriment du parti UKIP. Ils devront s’allier pour gouverner avec probablement le parti DUP d’Irlande du Nord, les protestants d’Ulster, qui obtient 0,9% des voix (+0.3) et 10 sièges (+2). Mais même leur soutien éventuel n’offrirait qu’une majorité très faible. En outre, le DUP est assez dur et pourrait relancer la crise en Irlande du Nord.

Avec 40% des voix (+ 9,5) et 262 sièges (+30), le Labour de Jeremy Corbyn fait presque jeu égal avec les conservateurs même s’ils ont moins d’élus. Ils progressent notamment au détriment d’UKIP mais surtout des nationalistes écossais du SNP. Ceux-ci avec 3% des voix (-1,7) et 35 sièges (-21) sont ainsi fragilisés et la perspective d’obtenir un nouveau référendum sur l’indépendance semble pour le moment s’éloigner. Réunis, Labour et SNP ne sont pas en mesure de gouverner.

Les Libéraux Démocrates, seuls partisans de l’Union Européenne, n’obtiennent que 7,4% des voix (-0,5) et devront se contenter de 12 sièges (+4). Leur rôle sera modeste dans cette nouvelle assemblée.

UKIP s’effondre littéralement, tombant à 1,8% (-10,8) et perdant son seul siège. C’est une sévère déconvenue pour la formation souverainiste qui avec le Brexit perd sa seule raison d’être, après avoir tué la seule voix un peu identitaire, le BNP n’obtenant que 4000 voix et donc 0%. Le départ de Nigel Farage a également fait beaucoup. Présents avec 25 députés à Bruxelles, qu’ils perdront avec le brexit en 2019, ils seront absents du parlement national. L’impasse souverainiste, qu’on constate aussi dans le cas français, est ainsi démontrée.

Les nationalistes gallois obtiennent 0,5% (-0,1) et 4 sièges (+1), le Sinn Fein irlandais 0,7% (+0,2) et 7 sièges (+3). Les Verts avec 1,6% (-2,1) et un siège demeurent à un niveau très bas, en dehors de leur seule implantation locale.

Minoritaires ou avec une majorité fragile, Theresa May n’est donc pas du tout renforcée à l’issue de ce scrutin. Au contraire, dans le cadre des négociations avec le Brexit, elle aura du mal à se présenter en position de force. Le Brexit n’est d’ailleurs pas si certain que tous semblent le dire. Beaucoup d’eau coulera avant 2019.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

10/05/2017

L’avenir du Front National suite à l’échec de Marine Le Pen.

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Ce que sa campagne a révélé aux Français.

marine le pen,socialisme national,florian philippot,souverainisme,impasseLa campagne de Marine Le Pen a révélé au plus grand nombre beaucoup des défauts inhérents au nouveau Front National qu’elle dirige depuis 2011.

Le premier défaut est l’importance prise par la stratégie impulsée par Florian Philippot : campagne économiquement de gauche, europhobie permanente partant d’un contre-sens sur le résultat du référendum sur le TCE en 2005 (1), tabouisation de la thématique migratoire d’un point de vue ethno-civilisationnel. Son obsession contre l’euro, l’idée d’abandonner cette monnaie étant à juste titre anxiogène, relevant d’un postulat de principe, a joué en sa défaveur. Les apprentis sorciers en matière économique n’ont jamais eu une grande cote, surtout auprès de l’électorat de droite, qui tient à son épargne.

Dans le débat face à Emmanuel Macron, elle est apparue comme un amateur, sans colonne vertébrale, sans assises idéologiques, et défendant fort mal son programme. Faible sur les questions économiques, thème qu’elle aurait pu éviter en jouant la carte de l’avenir de la France et du destin du peuple français, elle a donné le bâton pour se faire battre à son adversaire qui, en ce domaine, a eu beau jeu de la pilonner sur ses insuffisances criantes en ce domaine. Le mot immigration, qui est pourtant la principale raison du vote en sa faveur, était quasiment absent, limité à quelques tirades générales sans saveur.

Le débat du 3 mai 2017 est pour Marine Le Pen ce qu’a été le « détail » pour Jean-Marie Le Pen en 1987. Ce dernier a perdu toute chance d’accéder au pouvoir suite à son dérapage, sans cesse renouvelé dès lors qu’il savait ne plus pouvoir que témoigner. Marine Le Pen perd toute chance pour l’avenir également et notamment pour 2022. Il y a des erreurs dont on ne se remet pas. Et la perte de crédit qui est désormais la sienne paraît insurmontable. Eric Zemmour n’a pas trouvé un mot pour défendre sa prestation et Robert Ménard a rappelé son désaccord avec elle sur les questions de l’euro et de l’Union Européenne.

Enfin, elle a commis au soir du second tour trois erreurs majeures de communication qui accentuent son décalage. En premier lieu, elle n’a pas su reconnaître sa défaite, préférant botter en touche au nom d’une hypothétique refondation, et sans vouloir faire le bilan de cet échec. Au contraire, tout indique qu’elle se limiterait à des changements cosmétiques ne remettant en cause ni sa domination sur le parti ni la ligne, ayant pourtant mené au désastre, impulsée par Philippot.

La seconde erreur fut d’apparaître extrêmement souriante devant les caméras quelques minutes avant son intervention télévisée faisant suite aux résultats, puis de prendre artificiellement un masque sérieux quelques instants après. Ce manque de sincérité, commun à tous les responsables politiques, s’est vu. La troisième erreur, prolongement de la seconde, fut d’être filmée en fin de soirée en train de danser. C’était fort malvenu, alors que nombreux électeurs étaient déçus ou dépités, ainsi que beaucoup de cadres, en dehors du cas des courtisans.

Une candidate refermée sur un clan souverainiste.

Les défauts de l’époque Jean-Marine Le Pen ont continué au Front National. La discipline de parti y est excessive, la soumission au dirigeant calamiteuse. Un chef de parti qui n’écoute que les courtisans serviles et marginalise les cadres critiques ne peut qu’accumuler les erreurs. Sophie Montel a expliqué qu’il fallait, je cite, « suivre la ligne de Marine Le Pen au doigt et à l’œil », adoptant ainsi la démarche d'un parti stalinien.

Marine Le Pen depuis 2011 n’a cessé de prôner l’ouverture, alors qu’elle n’a cessé de pratiquer l’épuration au sein de ses rangs. Après la mise à mort politique de son propre père, ce qui pouvait se comprendre néanmoins d’un point de vue stratégique, elle a marginalisé ses alliés, comme le SIEL de Karim Ouchikh poussé à la rupture, ou comme Robert Ménard, rabroué par Marine Le Pen lors d’un séminaire, et jusqu’à sa propre nièce, Marion Maréchal - Le Pen, qui a fini par renoncer ce mercredi à toute action politique pour quelques années, démissionnant de son mandat régional et se retirant des élections législatives, pour raisons familiales et aussi pour raisons politiques, sa ligne plus à droite étant rejetée durement par sa tante.

Si Nicolas Dupont-Aignan a soutenu Marine Le Pen au second tour, il conserve en revanche une farouche indépendance politique. Il sera sans doute confronté à ce qu’ont vécu les autres organisations. Le FN de Marine Le Pen n’accepte que des vassaux, pas des égaux.

Entourée de courtisans qui comme Loki auprès d’Odin lui suggèrent de bien mauvaises idées, étant victime d’un tropisme à gauche depuis de nombreuses années, elle n’écoute pas ceux qui auraient pourtant pu lui éviter bien des déconvenues. Aucun intellectuel n’a pu rester dans ou à côté du parti bien longtemps. L’indépendance d’esprit et une certaine insoumission caractérisent celui qui pense par rapport à celui qui agit.

Marion Maréchal Le Pen proposait d’adopter une ligne plus conservatrice sur le plan des mœurs, ce qui déplaît à la présidente 68-arde, une ligne plus chrétienne, alors que Marine Le Pen semble mépriser les religions, tant le catholicisme traditionnaliste que le paganisme, une ligne plus libérale et plus identitaire, donc moins anti-européenne, la présidente du Front National a préféré s’arc-bouter sur sa ligne de gauche. Il n’est toutefois pas absurde néanmoins de vouloir envoyer des signaux favorables à l’électorat populaire et aux ouvriers mais elle s'y est fort mal prise.

Un socialisme national « plus socialiste que le socialisme ».

Dans la forme de synthèse sociale-nationale qu’a proposé Marine Le Pen, la dimension identitaire est presque inexistante, ce qui fait que la principale différence entre le FN et le Front de Gauche s’est estompée. Or un « socialisme identitaire » ne signifie pas un alignement sur la démagogie marxiste. L’ouvrier français vote FN contre l’immigration et pas par « socialisme », même si une forme d’ethno-socialisme ne lui déplaît pas. Un socialisme d’exclusivité aurait pu de même lui plaire, s'il avait été bien expliqué. Or, comme le disait Dominique Venner, « il ne faut pas être plus socialiste que les socialistes ». Dans le couple social / national, c’est le national, au sens ethno-civilisationnel du terme, qui prime.

Pour réussir à récupérer l’électorat populaire de gauche et l’électorat plus bourgeois de droite, le ciment est le nationalisme identitaire, celui là même que Marine Le Pen a refusé au nom d’une conception civique de la nation, à la Habermas, que l’ex-chevènementiste Philippot a apporté dans son panier, ouverte aux « branches de l’arbre France » comme disait l’ancien mentor de David Rachline, ceux-là même contre lesquels ses électeurs traditionnels, y compris ouvriers, manifestent leur opposition.

Avec l’adhésion de la France à l’Union Européenne et les interdépendances économiques créées avec l’introduction de l’euro, ce nationalisme identitaire amènerait naturellement à se définir comme européen. Ce que Robert Ménard a parfaitement compris, mais ce que Marine Le Pen refuse de tout son cœur, au risque de dégoûter de nombreux électeurs de droite sans gagner d’électeurs de gauche pour autant.

Son socialisme fait fuir la droite, et son renoncement au nationalisme ne lui rallie pas la gauche, bien au contraire. Elle perd sur les deux tableaux. On ne peut récupérer droite et gauche qu’en les attirant par ce qu’ils ont en commun.

La ligne de Marion Maréchal Le Pen n’est pas meilleure que celle de Marine Le Pen en réalité. Le juste milieu aurait été sans doute plus habile, à la condition de rester ferme sur les questions migratoires et identitaires, en renonçant à l'europhobie, en choisissant la dédramatisation plutôt qu'une illusoire dédiabolisation.

Et l’avenir ?

Avec le départ de sa nièce, Marine Le Pen va s’orienter encore plus à gauche, avec Florian Philippot à ses côtés en situation de monopole idéologique, d’où son surnom en interne de « Raspoutine », donc persévérer dans  l’erreur. Il est probable que les législatives de juin 2017 ne seront pas aussi bonnes qu’elle l’espère. Avec 21,3% aux présidentielles, élection qui lui est généralement plus favorable, un score de 17% aux législatives ne serait pas surprenant. Elle n’aurait donc guère d’élus à part en Picardie. Il est difficile en outre de savoir quel sera l’effet démobilisateur sur son électorat du souvenir du débat du 3 mai, du résultat décevant du 7 mai, et du départ de Marion Maréchal Le Pen.

Quand on persévère dans l’erreur, on finit par y sombrer. Pourra-t-elle rompre avec ce cercle vicieux ? Qui sera le Pourichkevitch (symbolique) qui la libérera de son Raspoutine si celui-ci existe ? Un ripolinage de façade avec un nouveau nom mais la même dirigeante, les mêmes conseillers et la même ligne suicidaire ne servirait à rien.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

Note:

(1) Le vote contre le traité "constitutionnel européen" de 2005, rejeté à près de 56%, coalisait des électeurs aux motivations très variées, dans un contexte spécifique, avec un président Chirac usé au bout de dix ans de pouvoir. Imaginer reproduire cette synthèse circonstancielle en la comprenant de travers comme le rejet de l'idée européenne ne peut réussir. Le même contresens a lieu concernant le "brexit" qui démontre plutôt le rejet des élites britanniques et de l'immigration qu'un véritable rejet de l'Europe, et même de l'Union Européenne.

L’échec de Marine Le Pen.

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Quelques données chiffrées.

Avec 21,3% des voix au premier tour (7,7 millions d’électeurs) et 33,9% des voix au second tour (10,6 millions d’électeurs), le Front National réalise son meilleur score à une élection présidentielle, tant en pourcentage qu’en nombre de votants. Mais il ne progresse au premier tour que de 3,4% en cinq ans, alors que le contexte n’avait jamais été aussi favorable, et surtout en pourcentage il régresse par rapport aux élections européennes (24,9% en 2014), régionales (27,8% en 2015) et départementales (25,3% en 2015).

A la mi-mars 2017, Marine Le Pen atteignait le score le plus élevé dans un sondage OpinionWay avec 28% des voix et en début mars elle atteignait 28,5% des voix selon l’IFOP. A partir de début avril, sa cote diminue avec en moyenne 23,5% des voix, puis tombe même à 22% en moyenne mi-avril (OpinionWay et Ipsos), soit légèrement plus que le score qu’elle obtiendra finalement.

Au second tour, la première semaine met Marine Le Pen en moyenne à plus de 40% des voix, mais en seconde semaine, même avant le débat du second tour elle tombe à 38% puis à 37% au dernier sondage. Le ralliement surprise de Nicolas Dupont-Aignan ne semble pas avoir apporté de plus value. Pire, 30% seulement des électeurs de Debout la France voteront Marine Le Pen.

Un premier tour raté.

Marine Le Pen pouvait espérer à l’issue de la campagne du premier tour, qui aurait dû lui être favorable, réaliser un score élevé, sortant en tête. Elle fut finalement devancée de près de 4 points par Emmanuel Macron. Et était même talonnée par François Fillon avec 20% des voix, malgré le scandale associé à sa personne. Elle aurait été sans doute éliminée si la campagne avait duré deux semaines de plus. Sauvée in extremis par le suffrage universel direct, elle partait néanmoins pour le second tour avec un handicap.

Les raisons de cet échec sont multiples. Elle a brouillé son message en cherchant à recevoir un adoubement anti-raciste, prenant son électorat à contre courant. Tout comme son père en 2007, elle a mené une campagne de second tour au premier tour, se montrant incapable de rassembler son camp et offrant notamment un espace à François Fillon et à Nicolas Dupont-Aignan. Etouffant son propre parti, à l’exception de son lieutenant Florian Philippot et de son directeur de campagne David Rachline, omniprésents sur les plateaux de télévision et offrant une ligne très édulcorée, elle n’a pas su rassembler le plus largement possible.

Elle aura aussi troublé certains électeurs par son discours conciliant avec l’islam, par sa mise sous le boisseau du thème de l’immigration, par sa campagne fortement engagée en faveur des DOM-TOM et même de l’Afrique, réussissant l’exploit de parler du développement du continent africain à Vladimir Poutine.

Certes, elle progresse de manière importante dans les DOM, surtout au premier tour, même dans des bastions de gauche. Elle dépasse les 10% en Martinique et en Guadeloupe. Elle dépasse les 25% en Guyane. Enfin, en Corse, dans une région qui vit mal l’immigration, elle progresse considérablement. Mais ses électeurs corses retourneront auprès des nationalistes corses aux élections plus locales, et les élections législatives ont aussi une dimension locale. Le vote FN reste un vote contre l’immigration, n’en déplaise aux nationaux-souverainistes qui imaginent à tort qu’il s’agirait d’un vote contre l’Union Européenne.

Un second tour en demi-teinte qui finit en mise à mort.

La première semaine fut très favorable à Marine Le Pen. L’affaire Whirlpool parvint même à la doper. Certes la marge de sécurité d’Emmanuel Macron restait importante mais ce dernier était bousculé. Mais la deuxième semaine de campagne n’a pas réussi à prendre. La veille du débat, elle négociait avec une organisation africaine inconnue proposant de verser 0,7% du PIB de la France soit 15 milliards d’€ par an pour aider l’Afrique. Quand on sait qu’elle n’a pas cessé de dénoncer les quelques milliards que la France donnait à l’Union Européenne, c’était risible.

Le débat du second tour face à Emmanuel Macron fut désastreux. Inutilement agressive, réduisant son intervention à des attaques ad hominem ou contre le programme de son adversaire, sans jamais détailler le sien, cherchant à gagner sur le terrain de l’adversaire sur lequel elle fut écrasée (sur les retraites, sur l’euro), elle ne réussit à mordre que sur le thème de l’islam, qu’elle abandonna très vite, se limitant à des critiques contre l’UOIF. Enfin, les dix dernières minutes finirent au jardin d’enfants, Marine Le Pen s’adonnant à de grands gestes provocateurs et à nommer des personnalités de gauche et de droite pendant qu’Emmanuel Macron tenait son discours.

Perdant alors toute présidentialité, elle sabotait de fait ses chances de faire un score très honorable. Décourageant ses partisans, sans réussir à récupérer les voix des électeurs de Mélenchon et à peine ceux de Fillon, elle finit à moins de 34%. Cela laissera des traces.

Même si elle gagne 3 millions de voix entre les deux tours, voix d'électeurs qu’il ne faut en aucune manière considérer comme acquis, son score de second tour reste faible. Certes meilleur que les 18% de Jean-Marie Le Pen de 2002 mais avec un candidat FN qui était face à la droite et dans un contexte de diabolisation extrême, son score n’est pas fantastique, et surtout elle est loin des 40% qui auraient pu être considérés comme un résultat satisfaisant. Elle a voulu présenter son échec en victoire, une façon de ne pas faire son auto-critique, et de maintenir avant les législatives un sentiment positif. Les électeurs ont-ils été dupes et l’annonce d’une refonte du parti sera-t-elle suffisante pour les rassurer ? Rien n’est moins sûr.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

25/04/2017

Elections présidentielles françaises : un échec collectif.

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Sans titre.PNGA l’issue d’une campagne pénible, polluée par les interventions de la justice, où onze candidats, dont quatre étaient réduits au simple témoignage, se sont affrontés, le premier tour a abouti au duel Macron / Le Pen, celui-là même que tous les sondages indiquaient depuis plusieurs semaines, mais l’ordre prévu a été inversé. Aucun candidat, même les deux finalistes, ne peut s’estimer être sorti vraiment vainqueur de cette confrontation.

Avec 24,01% des voix, Emmanuel Macron est sorti finalement en tête, en ayant bénéficié d’un report de voix favorable à la fois de la droite du PS, du centre et de la gauche de LR, mais aussi d’un soutien médiatique sans faille et de l’action des réseaux Hollande. Candidat créé artificiellement par le système politico-médiatique, sans assise populaire, n’ayant jamais été candidat à la moindre élection même locale, représentant par excellence de la bobocratie, il a su donner l’illusion d’être un homme neuf, libre de tout appareil politicien comme des fameuses « Primaires » qui ne survivront sans doute pas à 2017. En réalité, il a été soutenu par les plus démonétisés et « has been » de la classe politique française, de Robert Hue à Alain Madelin, et par tous les « philosophes » du conformisme le plus béat.

Avec 21,3% des voix, Marine Le Pen réussit à accéder pour la première fois au second tour d’une élection présidentielle. Sa présence était prévue par tous les instituts de sondage depuis plus d’un an, mais en tête et plus près des 27% que des 20%. Or elle a bien failli être éliminée, François Fillon obtenant 20,01% des voix et Jean-Luc Mélenchon 19,58%. Les sondages montraient en effet cette dernière semaine un tassement des intentions de vote en faveur de Marine Le Pen. Les raisons de cette contre-performance sont multiples.

Elle a été concurrencée sur le terrain du vote protestataire par Jean-Luc Mélenchon, sur le terrain de l’Europe, où Nicolas Dupont Aignan a proposé un souverainisme modéré, renonçant à tout départ de l’UE ou de tout abandon de l’euro, et enfin sur le terrain des valeurs conservatrices par François Fillon. Ce dernier a repris à droite ce qu’il a perdu au centre, mais de manière insuffisante. Son pari insensé, alors que l’affaire « Pénélope » l’avait plombé, a bien failli réussir. Il était néanmoins difficile de penser qu’il pourrait vaincre Macron. Certains ont ainsi proposé un vote stratégique, en cherchant à opposer Marine Le Pen et Fillon au second tour, garantissant ainsi l’élimination de la gauche et du candidat médiatique Macron.

D’autres raisons ont pu amener à décourager certains électeurs en sachant que 80% de ceux-ci ont voté Marine Le Pen pour signifier leur opposition à l’immigration sous-entendue extra-européenne. Les prises de position en faveur d’une coopération avec l’Afrique, les aides annoncées aux DOM-TOM, message qui a été fort bien entendu par les domiens par ailleurs, sa modération sur l’islam, devenu compatible avec la république selon elle, auront déstabilisé certains électeurs. Elle aura aussi subi les effets pervers de la dédiabolisation, faisant apparaître Jean-Luc Mélenchon comme davantage contestataire du système en place qu’elle-même. Ses positions sur l’Union Européenne et l’euro ont maintenu entre elle et l’électorat de droite un cordon sanitaire naturel.

La surprise est venue du vote des DOM en sa faveur. 23,5% à la Réunion, 27,3% à Mayotte (île à 99% bantoue et musulmane), 32,5% en Polynésie Française ou encore plus de 25% en Guyane. Une façon de marquer leur sentiment d’appartenance à la France ? Ou bien plutôt la marque des « vertus » de la démagogie socialisante sauce mariniste dans ces territoires ? A Paris, elle ne fait que 5% des voix, score lamentable, pour 12,6% en moyenne en Ile de France. L’ouest reste rétif (15,3% en Bretagne seulement), l’Est,le Nord et le sud-est sont forts. La Corse voit le FN atteindre presque 28% des voix, les nationalistes n’hésitant pas à la soutenir au niveau national alors qu’ils la rejettent au niveau régional.

Fillon échoue de peu, n’ayant néanmoins jamais réussi à remonter la pente. Mélenchon absorbe la gauche du PS sur une ligne plébéienne où il incarne un côté robespierrien, évoquant sa « patrie bien aimée » dans un étrange discours de défaite.

Avec 6,36% des voix, le candidat du Parti Socialiste, Benoît Hamon, prend une correction dans les urnes. Pris en tenailles entre un Mélenchon qui pouvait espérer le second tour et un Macron rejoint par plusieurs ténors du PS, il était contraint à faire de la figuration. Le score du PS laisse augurer d'une future extinction.

Nicolas Dupont-Aignan, avec 4,7% des voix, échoue de peu à voir sa campagne remboursée. Cette perte financière va certainement limiter ses ambitions qu’il annonçait immenses au moment des résultats. Il n’a pas apporté de soutien à Marine Le Pen dimanche soir. Il est douteux qu’il le fasse car cela signifierait un ralliement implicite, dans un contexte où la dédiabolisation du FN a échoué, même si l’anti-fascisme de bazar semble adouci par rapport à 2002, car aucun dirigeant politique, aucune personnalité, n’a annoncé son soutien à la candidate du FN.

Le sympathique quoique peu audible Lassalle sort premier des petits candidats avec 1.2% des voix. Les gauchistes Poutou (1,09%) et Arthaud (0,64%) montrent la réalité électorale de leur activisme de rue, à savoir qu’ils ne représentent personne. Avec 0,92% des voix, Asselineau réalise une performance pour quelqu’un de parfaitement inconnu du plus grand nombre en dehors des réseaux sociaux, même si son score reste très modeste. L’européiste identitaire que je suis ne va pas pleurer sur son sort.  Cheminade, n’ayant obtenu que 0,18% des voix seulement, la colonisation de Mars prend du plomb dans l’aile.

Au second tour, Marine Le Pen peut espérer un report favorable des électeurs de Dupont-Aignan, d'au moins la moitié des électeurs de François Fillon du premier tour, d'une petite part de mélenchonistes. Elle devrait pouvoir dans un contexte gauche/droite réunir 40% des voix, si comme tout le laisse penser, beaucoup de gens de gauche répugnent à voter pour Macron et restent chez eux. Ses chances réelles de victoire sont néanmoins très faibles.

Enfin un troisième tour, avec les élections législatives, peut laisser espérer à la droite classique de prendre sa revanche. Il est douteux que le mouvement "En marche", très composite et sans colonne vertébrale, puisse réunir autour de lui une majorité, à moins d'une "grande coalition" très hypothétique au centre.

Thomas Ferrier (Le Parti des Européens)

03/04/2017

Elections présidentielles en Serbie : Vucic superstar.

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Aleksandar Vucic a écrasé toute concurrence lors du premier tour de l’élection présidentielle en Serbie qui se déroulait ce dimanche 2 avril 2017. A la tête de son Parti Serbe du Progrès (SNS), il remporte un énorme succès, certes annoncé par tous les sondages. Il prendra donc la place de Tomislav Nikolic qui le premier avait rompu avec les nostalgies nationalistes du SRS (Parti Radical serbe) incarnées par Vojislav Seselj qui, après son non-lieu à La Haye, était candidat et n’a obtenu que 4,5%. Cet ami de Jean-Marie Le Pen n’ayant pas prévu de succession, sa structure périclite donc désormais. Son échec n’a pas profité à l’autre parti national concurrent Dveri (« Portes ») de Bosko Obradovic qui n’obtient que 2,3% des voix.

Le SNS n’a pas eu de véritable opposant, malgré la candidature de deux indépendants, Jankovic et Jeremic, le premier ayant obtenu 16,3% des voix et le second 5,7% des voix. Avec 9,5% des voix, l’acteur comique Beli (Luka Maksimovitch) réalise un bon score, récupérant sans doute les voix populistes. L’héritier du Parti Démocrate de Serbie de Tadic obtient 1,1% des voix, de même que les sociaux-démocrates, 1,1% également. Le Parti Socialiste de Serbie a été totalement absent de cette élection.

Nikolic puis Vucic ont appliqué la même stratégie. Ils ont rompu tous deux avec le SRS de Seselj au nom d’une vision plus pragmatique sur les questions européennes. Alors que Seselj reste arcbouté sur une ligne intransigeante, tant vis-à-vis de l’Union Européenne que du Kosovo, Nikolic et Vucic ont su adapter leur discours aux temps nouveaux. Cela a payé. Ce mélange de nationalisme modéré e d’européisme modéré a su séduire des électeurs désabusés. L’ère Tadic a réellement pris fin mais sa ligne est désormais assumée par ceux qui étaient parmi ses adversaires les plus déterminés, par une ironie classique de l’histoire politique.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

Elections parlementaires arméniennes : nihil noui sub sole.

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Les élections législatives arméniennes de ce 2 avril 2017 se sont soldés par une écrasante victoire du Parti Républicain d’Arménie du président sortant Serzh Sarkissian, avec 49,2% des voix et 55 sièges sur 101. Les derniers sondages montraient pourtant un tassement de son parti, qui devait perdre la majorité absolue, par la faute de la liste indépendante Tsarukyan, du nom de son dirigeant, qui représentait la gauche modérée. Il a obtenu certes 27,4% des voix et 30 sièges, représentant ainsi la principale force d’opposition au PRA, mais il a échoué à empêcher son adversaire d’être majoritaire, et seul, à l’assemblée.

L’Alliance « Sortie » avec 7,8% des voix, passant ainsi la barre fatidique des 7% pour une coalition, obtient 9 sièges, et enfin le mouvement Dashnak, le parti nationaliste historique, plutôt orienté traditionnellement à gauche, avec 6,6% et 7 sièges ferment la marche.

Le mouvement de centre-droit Renaissance Arménienne, avec 3,72% des voix, échoue de peu, car il lui fallait 4% pour entrer au parlement. Même chose pour le mouvement ORO « Héritage », coalition à la fois nationaliste et pro-européenne, associée au PPE strasbourgeois, qui n’obtient que 2,1% des voix. C’est peu pour un mouvement favorable à l’adhésion de l’Arménie à l’Union Européenne mais cela montre surtout l’importance de l’alliance avec la Russie, malgré le rapprochement récent entre Poutine et Erdogan. L’alliance ANC-PPA autour du Congrès National Arménien obtient de même seulement 1,7% des voix. Les Démocrates Libres se contenteront de 1% des voix environ et les communistes arméniens 0,75% des voix.

Il n’y aura donc que quatre partis représentés. Aucun mouvement d’extrême-gauche n’aura réussi à percer et aucun mouvement d’extrême-droite n’était présent, le PRA rassemblant un large spectre électoral jusqu’à la droite la plus dure. L’Arménie reste dominée par le parti au pouvoir, qui satisfait presque un électeur sur deux. Sarkissian est donc largement renforcé alors qu’il y avait péril en la demeure. Un vote utile aura sans doute pu changer in extremis la donne.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

27/03/2017

Elections parlementaires en Bulgarie : à gauche et très à droite.

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GERB,PSB,Borisov,Patriotes unisLes élections parlementaires bulgares anticipées de 2017, les dernières élections ayant eu lieu en 2014, à la demande du gouvernement sortant de droite de Boyko Borisov autour de son parti, le GERB, ont eu lieu dans un contexte tendu où la position vis-à-vis de la Russie et de l’Union Européenne a été au cœur des enjeux, tout comme dans la Macédoine voisine.

Avec 32,6% en 2017 contre 32,67% en 2014, le GERB (« Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie ») reste la première force du pays avec une étonnante constante, maintenant à peu près à l’identique son résultat antérieur. Il gagne 11 sièges, l’amenant à disposer de 95 sièges sur 240, en raison de l’effondrement de plusieurs formations modérées qui ont perdu tous leurs mandats en tombant en dessous de la barre fatidique de 4% des voix.

Mais c’est le Parti Socialiste Bulgare, russophile, qui avec 27,2% des voix, progresse de près de douze points, devant la principale force d’opposition au GERB. Avec 80 sièges (+41), il n’est certes pas en mesure de créer une coalition majoritaire autour de lui, mais il a montré qu’il fallait compter avec lui. Il a profité notamment de l’effondrement du Parti des Réformateurs (3,06%, - 5 points, -23 sièges) et aussi de l’ABR-Mouvement 21, social-démocrate et pro-russes, qui est passé de 5,35% (4,15 + 1,2) et 11 sièges à 1,55% et aucun siège.

De la même façon, la division des partis représentant la population turque de Bulgarie a abouti à un recul du parti DSB (« Mouvement des droits et libertés ») qui, avec 8,99% (-5 points) et 26 sièges (-12) n’est plus faiseur de roi. Il a été notamment victime d’une scission du mouvement Dost, qui obtient 2,86% des voix mais aucun siège.

C’est à la droite du GERB que le jeu a changé. Autour de la coalition « Patriotes unis », les principaux partis nationalistes bulgares autour de l’IMRO, du FNSB et Ataka (le mouvement de Volen Siderov), ont obtenu ensemble 9,07% des voix et 27 sièges (-3) soit moins que la liste Front Patriotique et la liste Ataka en 2014 (11,8%). Leur unité aurait dû logiquement les renforcer mais ils ont été victimes de la concurrence du mouvement Volya (« Volonté ») qui avec 4,15% des voix rentre au parlement et obtient en outre 12 sièges.

Les autres mouvements politiques font de la figuration. Les mouvements nationalistes PNR (0,07%), Association Nationale Bulgare (0,11%) et Renouveau (1,08%), nouveaux, n’ont pas réussi leur implantation dans un contexte de forte concurrence à droite. A gauche, les Verts obtiennent 2,88% des voix, la « Nouvelle République » 2,48% des voix, échouant l’un comme l’autre à entrer au parlement.

Cinq partis seulement seront donc représentés ce qui limite les combinaisons électorales possibles. Le PSB, même avec le parti turc, est minoritaire. Le GERB l’est également, et doit donc se doter d’alliés. L’alliance possible avec le parti Volya serait insuffisante. Il faut donc que le GERB s’ouvre aux « Patriotes unis » afin de disposer d’une majorité parlementaire. Il y aura nécessairement droitisation de la ligne gouvernementale dans un sens en outre davantage eurosceptique. Une grande coalition GERB/BSP est peu vraisemblable. La situation n’est pas celle de l’Autriche ou de l’Allemagne. La droite nationale en Bulgarie n’est pas victime d’un ostracisme particulier.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

26/03/2017

Elections parlementaires aux Pays-Bas : Geert Wilders a-t-il échoué ?

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463ea3f6-9beb-4057-9a47-b853c34a6e5e.jpgAvec 13,1% des voix (+ 3 points) et 20 sièges (+5), le PVV de Geert Wilders est loin d’avoir remportée les élections parlementaires aux Pays-Bas, contrairement à ce que les sondages annonçaient encore quelques semaines avant que le scrutin n’ait lieu. Néanmoins peut-on parler de la défaite d’un parti qui progresse en cinq ans ? Il faut oser dire que oui.

La progression de Wilders est très modeste. Pour quelqu’un qui prétendait pouvoir réorienter radicalement la politique néerlandaise, on est loin du compte. Mais hors contexte, malgré tout, ce n’est pas si mal. Son parti est désormais le deuxième du pays, et ce n’est pas rien.

En fait, la surprise vient surtout de la chute vertigineuse des travaillistes (gauche sociale-démocrate) qui avec 5.7% des voix et 9 sièges s’effondrent totalement. Leur recul est de 19.1 points et de 29 sièges. Dans un tel contexte, le PVV aurait dû être le principal bénéficiaire de cette chute, d’autant plus que le parti au pouvoir, le VVD de Mark Rutte, avec 21.3% des voix (-5.3 points) et 33 sièges (-8), n’a pas bénéficié du moindre report favorable. Cela ne l’a pourtant pas été.

Qui a donc progressé ? Le CDA (chrétiens-démocrates) avec 12.4% (+3.9) et 19 sièges (+6) est davantage gagnant. Il a récupéré de nombreuses voix perdues par le VVD de Rutte, voix qui ne sont pas allés sur Wilders. Ce dernier a donc récupéré uniquement 1.4% environ du VVD, et 1.7% environ de la gauche. C’est faible. Or ses réserves étaient à droite, surtout sur le dos du VVD, et cela n’a pas fonctionné ainsi.

Le mouvement Démocrates 66 (D66) avec 12.2% des voix (+4.2) et 19 sièges (+7) est également un des grands vainqueurs de cette élection, ayant pris de nombreuses voix à gauche. Cela a été encore bien davantage le cas des écologistes de gauche (GL) qui avec 9.1% (+6.8) et 14 sièges (+10) ont aspiré littéralement les voix travaillistes.  Le Parti Socialiste (gauche radicale), plutôt eurosceptique, n’obtient que 9.1% des voix (-0.6) et 14 sièges (-1). C’est pour lui aussi une sérieuse déconvenue car il a été incapable de récupérer des voix de la gauche modérée.

Enfin les petits partis ont également grappillé des voix, comme l’Union Chrétienne avec 3.4% (+0.3) et 5 sièges (-), le Parti en faveur des Animaux (PvdD) avec 3.2% (+1.3) et 5 sièges (+2), le Parti des Seniors 50+ avec 3.1% (+1.2) et 4 sièges (+2). Un nouveau venu, représentant la minorité islamo-turque, auparavant intégrée au sein des sociaux-démocrates, Denk, obtient 2.1% des voix et 3 sièges.

Enfin, de petits partis populistes de droite ont pu freiner la progression du PVV. Le Forum pour la Démocratie du politologue Thierry Baudet, eurosceptique, obtient 1.8% des voix et 2 sièges, alors que le VNL (Pour les Pays-Bas) de Jan Roos échoue de peu à entrer au parlement avec 0.4% des voix.

Geert Wilders n’a pas su convaincre mais a aussi été victime de la très grande résistance de Mark Rutte, dont l’effondrement pourtant probable a été enrayé. L’explication est très contextuelle. En s’opposant stratégiquement aux provocations du président turc Erdogan, en interdisant aux ministres turcs de venir prêcher la bonne parole aux Pays-Bas mêmes en direction des Turcs qui y sont installés, Mark Rutte a bénéficié d’un effet patriote, dont le PVV, plus dur et plus cohérent sur cette question, a été la victime. Les voix qui ont échappé à Wilders pour devenir le dirigeant du premier parti du pays l’ont été en raison de cette crise diplomatique, habilement instrumentalisée par le premier ministre sortant.

Enfin, c’est une défaite de l’euroscepticisme alors qu’un sondage sorti il y a quelques semaines indiquait même une majorité de Néerlandais prêts à voter pour un « Nexit », pour un départ des Pays-Bas de l’Union Européenne, en cas de référendum. Or seuls Wilders et les socialistes radicaux le prônaient. Ils n’ont pas été récompensés. Wilders certes n’est pas affaibli mais renforcé, car ses thèmes ont dominé le débat. Mais il n’a pas réussi le coup qu’il espérait. Et en ce sens, c’est un échec, même si cela ne signifie pas que son parti va s’effondrer, ce que rien n’indique. Dans l’opposition, car Wilders ne sera sans doute pas intégré à une coalition gouvernementale, il devrait se refaire même une santé en plaçant le nouveau gouvernement, si le VVD trouve une majorité autour de lui, sous sa surveillance constante.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

23/01/2017

Les mythes souverainistes en France [2017].

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seguin-euro-maastricht.jpgPrécisons en premier lieu que les principaux responsables du succès du souverainisme et surtout du populisme en Europe sont à la fois les chefs d’état et de gouvernement, à l’exception de certains de ceux composant le groupe de Visegrad dont Viktor Orban, et les dirigeants officiels de l’actuelle Union Européenne, à l’instar de Juncker et de Schulz, choisis par consensus par les 28 gouvernements pour incarner l’organisation, choisis généralement parce qu’ils ne leur feront aucune ombre. C’est ainsi que François Hollande a imposé Pierre Moscovici à la commission de Bruxelles. Prétendre que les commissaires européens décideraient de notre avenir, alors qu’ils ne sont que des « missi dominici », ou même qu’ils seraient à la tête d’une Europe fédérale, alors qu’ils sont nommés par les Etats, serait mentir. Mais leur médiocrité, qui cache leur impuissance, insupporte à juste titre les Européens.

Le brexit, une non solution.

Le référendum organisé par David Cameron sur le brexit, pari insensé pour rassurer son aile droite, logique absurde puisqu’il prônait le non à la question qu’il proposait, a abouti à la décision d’une majorité de Britanniques de quitter l’Union Européenne. Il est étonnant de voir les dirigeants de l’Union Européenne, qui avaient pourtant contraint les Irlandais à voter à nouveau après leur premier refus du traité de Lisbonne, accepter sans discuter ce résultat. Alors même qu’au Royaume-Uni certaines voix s’élèvent pour exiger un nouveau vote, aucun responsable de l’UE n’a fait de même.

Or le brexit est le résultat d’une conjonction de mensonges et d’opportunisme. Même si les anti-brexit ont menti en annonçant un véritable chaos si le oui au brexit l’emportait, ce qui n’est manifestement pas le cas, mais il est vrai que le brexit réel n’aura pas lieu avant plusieurs années, les promoteurs du brexit ont également menti, et l’ont même reconnu, à l’instar de Nigel Farage qui désormais a des ambitions américaines. Boris Johnson, qu’on découvre désormais en promoteur zélé d’une régularisation massive des immigrés clandestins, n’a défendu le brexit que pour s’opposer à Cameron. Son ralliement opportuniste aura sans doute été décisif quant au résultat final.

Les pro-brexit ont surtout exploité à fond le refus de l’immigration des Britanniques, mais là encore en cachant la vérité. Ils ont oublié de dire que le Royaume-Uni n’était pas dans Schengen, ne faisait pas partie non plus de la zone euro, et que si l’immigration européenne notamment polonaise existe, elle n’est en rien un problème, à la différence de l’immigration post-coloniale, notamment musulmane, que les Britanniques ne doivent qu’à leur seul gouvernement « souverain ». En permanence, Farage et les autres ont entretenu l’ambiguïté entre immigration européenne et immigration non-européenne. En réalité, la seconde que les Britanniques refusent va continuer avec Theresa May alors que la première risque bien de se tarir. Au final, le brexit aggravera les flux migratoires issus du Commonwealth.

Quant à Theresa May, dont Marine Le Pen a fait récemment encore l’éloge, elle était connue pour des déclarations ambiguës sur la sharia qui serait selon elle compatible avec le droit britannique, et avait annoncé être opposée au brexit. Devenue premier ministre, elle est désormais en faveur d’un brexit dur (hard brexit). Ce retournement de veste montre le peu de sincérité dont elle témoigne.

Le Royaume-Uni quittera peut-être l’Union Européenne mais aucun de ses problèmes n’en sera résolu, bien au contraire. Son alignement sur les USA sera complet. Au nom d’une souveraineté fantasmée et d’une indépendance factice, le Royaume-Uni restera le 51ème état américain et la « substitution de peuplement » contre laquelle les Britanniques ont voté continuera.

Marine Le Pen présidente en 2017.

Incontestablement le Front National a progressé depuis l’arrivée à la direction du FN de Marine Le Pen. Il est passé en quelques années de 15 à 25% des voix. Le plafond de verre a donc été relevé de dix points, mais on est très loin du compte pour espérer gagner une élection présidentielle. La stratégie de dédiabolisation a globalement échoué puisque le FN reste infréquentable aux yeux d’une majorité de Français. Les dernières élections régionales, qui auraient dû logiquement amener le FN à diriger au moins deux régions, ont fini par un fiasco, même dans le Nord et en Provence.

Marine Le Pen sera sans doute, sauf surprise, au second tour des présidentielles, malgré une campagne maladroite, répétant les mêmes erreurs que son père en 2007 en pire. Mais elle n’a aucune chance au second tour de gagner, contre tous les candidats importants, sans doute même contre Mélenchon, qui saurait alors rappeler qu’il avait été sénateur socialiste.

Et quand bien même par je ne sais quel miracle elle gagnerait, elle serait incapable d’avoir une majorité parlementaire à l’assemblée, ce qui serait aussi d’ailleurs un problème pour Macron. Ses candidats ne sont pas implantés, sauf exceptions, et son entêtement à respecter la parité l’amène à proposer des candidates féminines inexpérimentées. Elle a perdu beaucoup de militants suite aux épurations successives et à la main mise politique de l’appareil par Florian Philippot et ses partisans souverainistes et donc anti-identitaires.

Si elle était élue présidente, ce qui est hautement invraisemblable, et sans majorité à l’assemblée, elle serait donc contrainte à la démission ou à servir de potiche pendant cinq ans. Quant à son chantage consistant à exiger que l’Union Européenne « rende sa liberté à la France » sous peine d’un référendum sur le « frexit » qui en cas de victoire reviendrait au même, là encore il faudrait une majorité. En effet, le président ne peut convoquer de référendum qu’à l’issue d’une proposition du premier ministre. Si celui-ci n’est pas de sa couleur politique, et il ne le serait pas, alors elle ne pourrait même pas le proposer.

En clair, 2017 démontrera sans doute une progression du Front National, et un second tour moins déshonorant que celui de son père en 2002, mais ne sera pas l’année de sa victoire. Elle ne sera pas élue. Et l’élection de Trump, qui était candidat quand même du parti républicain, ou la victoire du brexit, annoncé gagnant des semaines avant le vote, sont sans rapport avec l’élection présidentielle française. Après tout, même Norbert Hofer (FPÖ) en Autriche n’a pas été élu. Or le programme anti-européen de Marine Le Pen est anxiogène pour beaucoup d’électeurs. Le vote FN reste fondamentalement protestataire, et si la protestation est très élevée, c’est parce que la situation de notre pays est très grave.

De l’article 50 du traité de Lisbonne.

C’est le point phare du candidat François Asselineau (UPR). Il accuse Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan de proposer une autre Europe, alors que lui ne veut d’aucune Europe. Pour lui, la France doit invoquer l’article 50 du traité de Lisbonne pour quitter l’Union Européenne. Il lui faudrait déjà obtenir les 500 parrainages de maires, alors que le système a été renforcé. En effet, c’est le maire qui désormais envoie son dossier de parrainage directement au conseil constitutionnel, de manière publique, et non l’élu qui apporte ces 500 signatures. Cela change tout. Les candidats « baroques » n’ont donc aucune chance d’être réellement présents au premier tour. Asselineau lui-même est absent de tous les sondages. Ses chances d’être candidat sont très faibles, ses chances d’être élus sont nulles.

Quant à l’article 50 lui-même, il démontre que l’Union Européenne n’est pas une structure politique digne de ce nom, et encore moins un Etat. L’existence de cet article est d’ailleurs étonnante. Il n’y a pas d’article dans la constitution française qui autoriserait la Bretagne ou la Corse à devenir indépendantes. Mais on peut quitter l’Union Européenne. Difficile alors de la qualifier de totalitaire.

Autres mythes contradictoires.

Enfin, l’Union Européenne est qualifiée et par les mêmes aussi bien de nouvelle URSS, accusation surprenante venant de ceux qui par ailleurs la dénoncent comme ultra-libérale, en sachant que les communistes sont d’ailleurs plutôt hostiles à l’UE, que de IVème Reich, l’Union Européenne étant alors qualifiée de raciste par ceux-là même qui lui reprochent son laxisme migratoire.

Quant à l’euro, les souverainistes exigent de lui ce qu’ils n’exigent d’aucune autre monnaie. Ils veulent qu’il corresponde à une mythique « zone monétaire optimale » comme si le dollar ou le rouble, sans parler du yuan, disposaient eux aussi d’une telle zone, et comme si l’ancien franc en disposait aussi. Que par souverainisme ils soient opposés par principe à l’idée de monnaie européenne, on peut le concevoir. Mais alors pourquoi user d’arguments pseudo-économiques ? Il suffit de dire qu’ils veulent une monnaie nationale, car à chaque nation sa monnaie.

En réalité, c’est parce qu’ils doutent que le peuple les suive qu’ils se sentent obligés d’en rajouter. Ils sentent bien que leur souverainisme intégral, s’il était assumé comme tel, les marginaliserait. Marine Le Pen affirme que sa position est majoritaire en Europe. Je ne le crois pas. La preuve en est que Norbert Hofer en Autriche avait dû abandonner tout discours anti-€ et anti-UE. L’europhobie est marginale. L’euroscepticisme en revanche, qui exprime la déception légitime de nombreux Européens quant à l’actuelle construction européenne, est bien réel. Seule une réorientation radicale de l’Union Européenne, assumant alors une logique identitaire, pourrait convaincre les eurosceptiques de croire à nouveau en l’idée européenne.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

01/01/2017

Meilleurs vœux pour 2017 : l’année du réveil de la dormition ?

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Voeux 2017,EuropeLa crise morale qui affecte l’Europe depuis maintenant près d’un demi-siècle va continuer en 2017. Les raisons de l’effondrement de notre civilisation sont toujours là. L’impuissance si ce n’est la complicité de nos dirigeants à cet état de fait va continuer. Beaucoup de Français espèrent un changement politique important à l’issue des élections présidentielles et législatives qui se dérouleront de mai à juin 2017. Ils se trompent. Rien ne sortira des urnes nationales, ni chez nous ni chez notre voisin allemand.

Le plus probable en France est un second tour opposant Marine Le Pen à François Fillon, même si la première fait une très mauvaise campagne, entretenant une confusion idéologique permanente afin de ne pas porter la tunique de Nessus de son père, adoucissant son programme jusqu’à le rendre méconnaissable, aboutissant sous l’influence de son conseiller Florian Philippot à une sorte de social-démocratie ayant comme seul axe de différenciation un programme non seulement anti-UE mais en vérité anti-européen. François Fillon, qui a tenu une ligne très libérale pour gagner les primaires de la droite et du centre, va également recentrer son positionnement. Ses positions pro-russes, salutaires sur le papier, semblent également s’amenuiser au fur et à mesure des semaines qui s’écoulent. Il décevra, et il ne peut que décevoir.

La gauche est laminée, même si Macron semble placé très haut dans les sondages, et ce centrisme libéral, qui empêche Bayrou d’exister à nouveau, pourrait créer la surprise. Cet ancien ministre de Hollande, qui n’a jamais été élu à la moindre élection, et dont le statut médiatique est parfaitement artificiel, exactement comme celui d’Alain Juppé avant sa défaite aux primaires, a néanmoins toutes les caractéristiques d’une baudruche politique. Je ne le vois pas si haut à l’arrivée.

En Allemagne, les choses sont également simples. L’AfD, mouvement populiste ayant axé sa campagne sur la dénonciation de l’insécurité migratoire, et fustigeant à juste titre la politique délirant d’Angela Merkel, devrait créer la surprise et dépasser les 15% des voix aux élections législatives. Ils seront alors victimes d’un évident cordon sanitaire des partis dits « respectables », maintenant au pouvoir une grande coalition affaiblie, à moins qu’une gauche plurielle, avec Die Linke, se mette en place. Comme en France, par la faute de la droite classique, ce serait alors la gauche la plus mondialiste qui imposerait ses vues à une population de plus en plus inquiète et hostile à cette immigration qu’on nous présente mensongèrement comme une force. La droite aurait pu depuis longtemps, en cessant de courir derrière la gauche ou de céder à ses oukases, briser ce consensus mou en osant une droite plurielle qui, à défaut d’être salutaire, limiterait la casse.

Il convient de noter que deux lignes s’opposent au sein de ce qu’il est convenu d’appeler la droite nationale en Europe, entre un courant identitaire, qu’on nous présente comme libéral, et un courant souverainiste, qu’on nous présente comme social. Au sein du FN, ce clivage est représenté par l’opposition entre Marion Maréchal-Le Pen et Florian Philippot. Un discours social et identitaire ne serait-il pas pourtant le plus adapté ? Le discours anti-européen, qui dépasse la seule critique de l’UE actuelle ou du pilotage de l’euro, que sagement le candidat FPÖ a su taire en 2016 (Norbert Hofer), n’est-il pas avant tout une façon de ne pas s’attaquer aux vrais problèmes que sont la dénatalité des populations européennes indigènes et la submersion migratoire ?

Si l’Union Européenne actuelle doit être sévèrement critiquée, c’est d’abord parce qu’elle est à l’image des gouvernements nationaux qui en choisissent les dirigeants. Opposer un sain Etat « national » à l’UE est un mensonge et une forfaiture. Prétendre qu’on pourrait au niveau national réaliser ce que l’on se refuse de réaliser au niveau européen l’est aussi. Dire que l’Etat protège quand il trahit est aberrant.

La victoire du camp du brexit, qui a galvanisé les droites nationales en Europe, l’illustre amplement. Les Britanniques ont voté contre l’UE pour dénoncer des politiques dont sont responsables avant tout les gouvernements britanniques depuis un demi-siècle. Car ce sont eux, et eux seuls, qui ont ouvert les portes à l’immigration postcoloniale issue de son ancien empire, un phénomène grave que dénonçait déjà le conservateur Powell dans les années 60. Ce ne sont pas les Polonais qui posent problème à leur pays, contrairement aux tirades stupidement xénophobes de certains ténors de la droite. Les émeutes de 2010 et le scandale sexuel de Rotherham rappellent où est la vraie menace. Et ce n’est pas la faute de l’UE, même si elle partage les mêmes idées mondialistes que les dirigeants britanniques de « gauche » et de « droite ». Le brexit est donc une voie de détournement de la colère populaire vers un bouc émissaire facile, dont les tabloïdes britanniques depuis des années dénonçaient les travers.

Les malheurs des Britanniques ne viennent pas de l’UE, même si sa gouvernance actuelle n’est pas meilleure, mais d’abord de l’ancien empire colonial et des gouvernements « nationaux » qui les dirigent et les emmènent dans le mur depuis des décennies. Le brexit était donc une mauvaise réponse apportée à une mauvaise question.

Néanmoins, 2016 nous a enseigné que les Européens se méfient de plus en plus et à juste titre là encore de leurs dirigeants. En conséquence tout référendum est détourné pour devenir un vote de confiance à l’égard du pouvoir en place et à chaque fois, ce pouvoir est mis à bas. Matteo Renzi et David Cameron l’ont su amèrement à leurs dépens. L’alternance gauche/droite continue néanmoins comme auparavant et à chaque fois qu’une tête de l’hydre est coupée, elle repousse immédiatement sous un autre nom. En matière de promotion du multiculturalisme et d’opportunisme politique, Teresa May vaut bien David Cameron. Après avoir été favorable, certes du bout des lèvres, au maintien du Royaume-Uni dans l’Union Européenne, la voilà désormais une farouche eurosceptique. Dans le même temps, son ministre Boris Johnson, rallié à la cause du brexit par carriérisme pur, se ridiculise et a dû reconnaître avoir menti, tout comme Nigel Farage, lors de la campagne référendaire.

En somme, euro-mondialistes et eurosceptiques, même s’ils s’opposent, utilisent les mêmes méthodes de désinformation pour convaincre les citoyens de les suivre. Les uns promettaient une catastrophe économique totale en cas de brexit. Les seconds annonçaient que tout changerait avec ce vote. Même si le brexit réel n’a pas eu lieu, et n’est pas annoncé avant 2019 au mieux, on ne voit pas ce qu’il changera pour un pays qui n’avait pas l’euro et n’était pas dans l’espace Schengen.

2017 donc, une année pour rien ? Probablement. Mais tôt ou tard, les Européens vont bien finir par se rendre compte que tous leur mentent et voudront donner un grand coup de balai à cette classe politique incapable. Ce jour-là, les menteurs mondialistes et les faussaires souverainistes seront démasqués en même temps et envoyés dans les oubliettes de l’histoire. En attendant, pendant toute l’année 2017, le Parti des Européens va continuer de prôner une vraie alternative, défendre son programme révolutionnaire, en espérant qu’il pourra connaître cette année son ascension médiatique.

En tant que dirigeant du Parti des Européens, je souhaite à tous les Européens une très bonne année 2017, en les invitant à la méfiance face aux dialectiques de renoncement. N’espérez aucun changement politique par les voies traditionnelles ou les partis existants. Mais gardez espoir !

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

14/12/2016

La Macédoine entre droite nationale et gauche sociale-démocrate.

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Le 11 décembre 2016, les Roumains n’étaient pas les seuls à voter. Dans la Macédoine voisine, les électeurs étaient également appelés aux urnes. Le choix était entre le VMRO-DPMNE, une droite élargie prônant l’unité nationale macédonienne et allant du centre-droit à l’extrême-droite, dirigée par Nikola Grouevski, et la gauche modérée incarnée par le SDSM (Union Sociale-Démocrate). Le VMRO-DPMNE, bien que reculant de quatre points, a obtenu 39,4% des voix, demeurant le premier parti du pays mais de peu. Le SDSM, avec 37,9% des voix, progresse de douze points. Le VMRO-DPMNE n’obtient que 51 sièges contre 49 sièges pour la SDSM, la majorité étant à 60 sièges.

Bien que vainqueur en nombre de voix, le VMRO-DPMNE pourrait perdre le pouvoir. Cela dépend des différentes formations politiques albanaises. Quatre partis, dont le DUI (7,5% des voix, - 6 points, 10 sièges), le Besa (mouvement conservateur albanais, 5,02% des voix, 5 sièges), l’Alliance pour les Albanais (3,05%, 3 sièges) et le Parti Démocrate des Albanais (2,69%, 2 sièges, -5) se partagent ainsi le vote albanais et pourraient permettre à un des deux partis principaux de s’imposer en définitive. La division entre Macédoniens slaves offre ainsi à la communauté albanaise (35% des habitants) un rôle pivot, celui d’élire le roi.

Le VMRO-Parti du Peuple, mouvement national-conservateur indépendant, proche de la droite nationale, obtient 2,13% des voix (+0,63), échoue en revanche à peser sur le résultat du scrutin et à faire rentrer un ou plusieurs représentants à l’assemblée. « La Gauche », mouvement plus radical, n’obtient quant à elle que 1,05% des voix, les autres formations politiques étant enore plus marginales.

En conclusion, on peut dire que le VMRO-DPMNE, qui avait gagné les élections présidentielles et législatives précédentes, a reculé. L’usure du pouvoir a favorisé notamment les sociaux-démocrates. Le choix des partis albanais sera prépondérant. Il est probable qu’ils soutiennent davantage le SDSM. Cela dépendra aussi de l’offre que leur proposera le premier ministre sortant Grouevski.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

12/12/2016

La gauche ex-communiste et affairiste triomphe en Roumanie.

PSD.pngLe Parti Social-Démocrate (PSD) mené par Liviu Dragnea s’est imposé à l’issue des élections législatives du dimanche 11 décembre. La victoire est convaincante, le PSD obtenant 45,44% des voix à la Chambre des Députés, et 45,68% au Sénat, ce qui devrait lui permettre de construire autour de lui une coalition de pouvoir. Le mouvement ALDE (libéraux-démocrates), allié de centre-droite de cette formation de gauche, obtient 5,62% au Parlement et 6,04% au Sénat, passant ainsi la barre fatidique des 5%. Les deux réunis seront donc majoritaires aux deux chambres.

La droite représentée par le Parti National Libéral (PNL) échoue dans sa volonté de remettre en question la position dominante du PSD. Avec 20,01% des voix au Parlement et 20,41% au Sénat, il est largement distancé, incapable de bâtir une coalition de gouvernement stable.

Le mouvement indépendant USR (« Union pour sauver la Roumanie ») réussit une percée avec 8,81% au Parlement et 8,89% au Sénat, obtenant ainsi la place de troisième parti du pays. Les électeurs de l’USR sont notamment ceux dégoûtés par les scandales de corruption qui ont touché le PSD, mais qui ne l’ont pas empêché de s’imposer.

Le PMP (Parti du Mouvement du Peuple), qu’on peut classer comme social-conservateur et pro-européen, avec 5,32% au Parlement et 5,65% au Sénat, passe aussi la barre des 5%. Il bénéficie là encore du désaveu des deux principaux partis roumains, et notamment du PNL qui n’a pas réussi à convaincre les électeurs qu’il représentait une alternative.

L’UDMR, qui représente la minorité hongroise, obtient 6,25% des voix au Parlement et au Sénat. Ce vote ethnique se maintient à chaque élection, les Hongrois de Roumanie privilégiant massivement ce mouvement identitaire. C’est lui aussi un partenaire naturel du PSD.

L’extrême-droite, qui il y a encore un peu plus d’une décennie, pesait jusqu’à 20% des voix (19,48% aux législatives en 2000 et même 28% aux présidentielles avec Corneliu Vadim Tudor la même année), s’est effondrée. Le Parti de la Roumanie Unie (PRU), fondé par un ancien social-démocrate (Bogdan Diaconu) annoncé par certains sondages au-dessus de la barre des 5%, a été victime d’un vote utile et n’a obtenu que 2,79% au Parlement et 2,95% au Sénat. Le Parti de la Grande Roumanie (PRM) disparaît totalement avec 1,05% au Parlement et 1,18% au Sénat. Emil Straianu, qui a hérité du mouvement de Tudor, n’aura pu qu’accompagner son irrésistible déclin.

Là est le paradoxe électoral de l’Europe. En Europe occidentale, les partis populistes de gauche comme de droite progressent chaque année davantage. En Europe centrale et orientale, où ils pesaient jadis, c’est un phénomène contraire. De la Croatie à la Bulgarie, de la Pologne à l’Estonie, le populisme recule. Seule la Hongrie fait figure d’exception, avec le Fidesz d’Orban qui tient tête à l’Union Européenne, et avec le Jobbik jugé infréquentable par les partis nationaux-populistes de l’ouest.

Les années Siderov (Ataka) en Bulgarie et Tudor (PRM) en Roumanie sont terminées, en attendant que d’autres mouvements nationalistes n’émergent à nouveau. La gauche ex-communiste, même à la tête d’alliances baroques, pèse encore et a su se créer de nouvelles allégeances.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)