Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

26/02/2017

Faisons le vrai bilan de la colonisation.

http://thomasferrier.hautetfort.com/media/00/00/2414237781.png

Boulet.JPGLe débat sur la colonisation française en Algérie a été relancée par Emmanuel Macron qui s’est laissé aller à dire qu’elle était un « crime contre l’humanité », suscitant un tollé logique en France en retour. Nombreux ont souligné l’ineptie de cette accusation contre son propre pays par un candidat aux élections présidentielles en visite en Algérie. La preuve même que la colonisation n’est pas terminée, c’est est allé à Alger dans le cadre de sa campagne pour récupérer le vote des binationaux franco-algériens. Contrairement à ce que l’on pouvait penser, les accords d’Evian, validés en 1962 par le peuple français, n’ont pas réglé la question. Par le biais de l’immigration en provenance des anciennes colonies, elle est revenue sous une autre forme.

La droite et l’extrême-droite ont réagi en évoquant « l’œuvre civilisatrice de la France en Algérie », au lieu de faire le vrai bilan de la colonisation, qui ne justifie ni opprobre ni apologie. Car la France, comme les autres nations colonisatrices d’Europe, a commis une grave faute, une erreur majeure qu’elle a payée cher financièrement à l’époque, et qu’elle paie aujourd’hui aussi.

L’ouvrage de Daniel Lefeuvre (« Pour en finir avec la repentance coloniale ») a été en ce sens salutaire mais n’a pas été compris comme il aurait dû l’être. Bernard Lugan également a fait le bilan financier de la colonisation. On se rend compte ainsi des sommes pharamineuses que la France a dû payer pour construire routes, écoles et hôpitaux en Algérie. Le bilan financier de la colonisation est très déficitaire, ce qui signifie que non seulement la France ne s’est pas enrichie en colonisant l’Afrique, mais qu’elle y a perdu, qu’elle s’est même attachée un boulet économique aux pieds, freinant sa propre croissance économique. Les sommes gaspillées en pure perte au profit de l’illusion coloniale auraient pu et dû être utilisées pour renforcer l’armée et pour améliorer les conditions de vie des Français.

La colonisation fut donc du point de vue de l’intérêt des Français une folie. Elle a créé les conditions favorables à l’immigration post-coloniale comme nous la connaissons aujourd’hui, en créant des ponts entre les deux rives de la Méditerranée, et en perturbant gravement le système démographique de ces pays. En faisant artificiellement baisser drastiquement le taux de mortalité des populations colonisées, alors que l’évolution des mentalités est longue, le taux de natalité continuant d’être très élevé, le colonisateur a créé une dynamique démographique anormale, un désordre qui explique pourquoi, notamment en Afrique subsaharienne, la croissance démographique explose littéralement. Et bien sûr cette explosion démographique a un impact migratoire sur l’Europe.

Alors que la France n’a pas hésité à faire venir des travailleurs nord-africains sur son territoire depuis 1946, et continue de les laisser venir, elle a abandonné les colons français à un sort détestable, qui les a amenés dans des conditions extrêmement douloureuses à regagner la métropole après 1962. Un échange de population aurait au moins été logique mais il n’a pas eu lieu, et si De Gaulle a eu raison de vouloir « lourder » le boulet colonial, il a eu le tort de ne pas rompre radicalement avec les anciennes colonies. Car il fallait une séparation totale, qui n’a pas eu lieu, parce que les gouvernements ont remplacé le colonialisme classique par un néo-colonialisme qu’on appelle Françafrique (ou Commonwealth chez les Britanniques) et par l’immigration, réintroduisant ainsi la « question coloniale » au cœur même de l’ancienne métropole.

Ne pas comprendre qu’il y a un lien entre la colonisation, une décolonisation non aboutie et l’immigration, est une erreur majeure d’analyse et de compréhension. Au contraire, le bilan de la colonisation doit nous amener à condamner l’expérience du point de vue de nos intérêts, au lieu de prétendre avoir fait œuvre utile, et avoir ainsi donné des armes qu’on retourne désormais contre nous. Le cynisme aurait été plus excusable que l’humanitarisme derrière lequel on s’est caché. Il n’y a jamais eu de « fardeau de l’homme blanc » autre qu’imaginaire, aucun « devoir » au sens de Jules Ferry. C’est le Parti Radical qui est le seul responsable, au nom d’une conception universaliste du monde, paravent d’une logique purement affairiste, de la colonisation, donc la « gauche » de l’époque. Les droites n’ont pas à l’assumer ni à en faire l’éloge.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

12:20 Publié dans Analyses, Editoriaux, Présidentielles 2017 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : colonisation, macron, bilan | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

23/01/2017

Les mythes souverainistes en France [2017].

http://thomasferrier.hautetfort.com/media/00/01/3571613594.png

seguin-euro-maastricht.jpgPrécisons en premier lieu que les principaux responsables du succès du souverainisme et surtout du populisme en Europe sont à la fois les chefs d’état et de gouvernement, à l’exception de certains de ceux composant le groupe de Visegrad dont Viktor Orban, et les dirigeants officiels de l’actuelle Union Européenne, à l’instar de Juncker et de Schulz, choisis par consensus par les 28 gouvernements pour incarner l’organisation, choisis généralement parce qu’ils ne leur feront aucune ombre. C’est ainsi que François Hollande a imposé Pierre Moscovici à la commission de Bruxelles. Prétendre que les commissaires européens décideraient de notre avenir, alors qu’ils ne sont que des « missi dominici », ou même qu’ils seraient à la tête d’une Europe fédérale, alors qu’ils sont nommés par les Etats, serait mentir. Mais leur médiocrité, qui cache leur impuissance, insupporte à juste titre les Européens.

Le brexit, une non solution.

Le référendum organisé par David Cameron sur le brexit, pari insensé pour rassurer son aile droite, logique absurde puisqu’il prônait le non à la question qu’il proposait, a abouti à la décision d’une majorité de Britanniques de quitter l’Union Européenne. Il est étonnant de voir les dirigeants de l’Union Européenne, qui avaient pourtant contraint les Irlandais à voter à nouveau après leur premier refus du traité de Lisbonne, accepter sans discuter ce résultat. Alors même qu’au Royaume-Uni certaines voix s’élèvent pour exiger un nouveau vote, aucun responsable de l’UE n’a fait de même.

Or le brexit est le résultat d’une conjonction de mensonges et d’opportunisme. Même si les anti-brexit ont menti en annonçant un véritable chaos si le oui au brexit l’emportait, ce qui n’est manifestement pas le cas, mais il est vrai que le brexit réel n’aura pas lieu avant plusieurs années, les promoteurs du brexit ont également menti, et l’ont même reconnu, à l’instar de Nigel Farage qui désormais a des ambitions américaines. Boris Johnson, qu’on découvre désormais en promoteur zélé d’une régularisation massive des immigrés clandestins, n’a défendu le brexit que pour s’opposer à Cameron. Son ralliement opportuniste aura sans doute été décisif quant au résultat final.

Les pro-brexit ont surtout exploité à fond le refus de l’immigration des Britanniques, mais là encore en cachant la vérité. Ils ont oublié de dire que le Royaume-Uni n’était pas dans Schengen, ne faisait pas partie non plus de la zone euro, et que si l’immigration européenne notamment polonaise existe, elle n’est en rien un problème, à la différence de l’immigration post-coloniale, notamment musulmane, que les Britanniques ne doivent qu’à leur seul gouvernement « souverain ». En permanence, Farage et les autres ont entretenu l’ambiguïté entre immigration européenne et immigration non-européenne. En réalité, la seconde que les Britanniques refusent va continuer avec Theresa May alors que la première risque bien de se tarir. Au final, le brexit aggravera les flux migratoires issus du Commonwealth.

Quant à Theresa May, dont Marine Le Pen a fait récemment encore l’éloge, elle était connue pour des déclarations ambiguës sur la sharia qui serait selon elle compatible avec le droit britannique, et avait annoncé être opposée au brexit. Devenue premier ministre, elle est désormais en faveur d’un brexit dur (hard brexit). Ce retournement de veste montre le peu de sincérité dont elle témoigne.

Le Royaume-Uni quittera peut-être l’Union Européenne mais aucun de ses problèmes n’en sera résolu, bien au contraire. Son alignement sur les USA sera complet. Au nom d’une souveraineté fantasmée et d’une indépendance factice, le Royaume-Uni restera le 51ème état américain et la « substitution de peuplement » contre laquelle les Britanniques ont voté continuera.

Marine Le Pen présidente en 2017.

Incontestablement le Front National a progressé depuis l’arrivée à la direction du FN de Marine Le Pen. Il est passé en quelques années de 15 à 25% des voix. Le plafond de verre a donc été relevé de dix points, mais on est très loin du compte pour espérer gagner une élection présidentielle. La stratégie de dédiabolisation a globalement échoué puisque le FN reste infréquentable aux yeux d’une majorité de Français. Les dernières élections régionales, qui auraient dû logiquement amener le FN à diriger au moins deux régions, ont fini par un fiasco, même dans le Nord et en Provence.

Marine Le Pen sera sans doute, sauf surprise, au second tour des présidentielles, malgré une campagne maladroite, répétant les mêmes erreurs que son père en 2007 en pire. Mais elle n’a aucune chance au second tour de gagner, contre tous les candidats importants, sans doute même contre Mélenchon, qui saurait alors rappeler qu’il avait été sénateur socialiste.

Et quand bien même par je ne sais quel miracle elle gagnerait, elle serait incapable d’avoir une majorité parlementaire à l’assemblée, ce qui serait aussi d’ailleurs un problème pour Macron. Ses candidats ne sont pas implantés, sauf exceptions, et son entêtement à respecter la parité l’amène à proposer des candidates féminines inexpérimentées. Elle a perdu beaucoup de militants suite aux épurations successives et à la main mise politique de l’appareil par Florian Philippot et ses partisans souverainistes et donc anti-identitaires.

Si elle était élue présidente, ce qui est hautement invraisemblable, et sans majorité à l’assemblée, elle serait donc contrainte à la démission ou à servir de potiche pendant cinq ans. Quant à son chantage consistant à exiger que l’Union Européenne « rende sa liberté à la France » sous peine d’un référendum sur le « frexit » qui en cas de victoire reviendrait au même, là encore il faudrait une majorité. En effet, le président ne peut convoquer de référendum qu’à l’issue d’une proposition du premier ministre. Si celui-ci n’est pas de sa couleur politique, et il ne le serait pas, alors elle ne pourrait même pas le proposer.

En clair, 2017 démontrera sans doute une progression du Front National, et un second tour moins déshonorant que celui de son père en 2002, mais ne sera pas l’année de sa victoire. Elle ne sera pas élue. Et l’élection de Trump, qui était candidat quand même du parti républicain, ou la victoire du brexit, annoncé gagnant des semaines avant le vote, sont sans rapport avec l’élection présidentielle française. Après tout, même Norbert Hofer (FPÖ) en Autriche n’a pas été élu. Or le programme anti-européen de Marine Le Pen est anxiogène pour beaucoup d’électeurs. Le vote FN reste fondamentalement protestataire, et si la protestation est très élevée, c’est parce que la situation de notre pays est très grave.

De l’article 50 du traité de Lisbonne.

C’est le point phare du candidat François Asselineau (UPR). Il accuse Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan de proposer une autre Europe, alors que lui ne veut d’aucune Europe. Pour lui, la France doit invoquer l’article 50 du traité de Lisbonne pour quitter l’Union Européenne. Il lui faudrait déjà obtenir les 500 parrainages de maires, alors que le système a été renforcé. En effet, c’est le maire qui désormais envoie son dossier de parrainage directement au conseil constitutionnel, de manière publique, et non l’élu qui apporte ces 500 signatures. Cela change tout. Les candidats « baroques » n’ont donc aucune chance d’être réellement présents au premier tour. Asselineau lui-même est absent de tous les sondages. Ses chances d’être candidat sont très faibles, ses chances d’être élus sont nulles.

Quant à l’article 50 lui-même, il démontre que l’Union Européenne n’est pas une structure politique digne de ce nom, et encore moins un Etat. L’existence de cet article est d’ailleurs étonnante. Il n’y a pas d’article dans la constitution française qui autoriserait la Bretagne ou la Corse à devenir indépendantes. Mais on peut quitter l’Union Européenne. Difficile alors de la qualifier de totalitaire.

Autres mythes contradictoires.

Enfin, l’Union Européenne est qualifiée et par les mêmes aussi bien de nouvelle URSS, accusation surprenante venant de ceux qui par ailleurs la dénoncent comme ultra-libérale, en sachant que les communistes sont d’ailleurs plutôt hostiles à l’UE, que de IVème Reich, l’Union Européenne étant alors qualifiée de raciste par ceux-là même qui lui reprochent son laxisme migratoire.

Quant à l’euro, les souverainistes exigent de lui ce qu’ils n’exigent d’aucune autre monnaie. Ils veulent qu’il corresponde à une mythique « zone monétaire optimale » comme si le dollar ou le rouble, sans parler du yuan, disposaient eux aussi d’une telle zone, et comme si l’ancien franc en disposait aussi. Que par souverainisme ils soient opposés par principe à l’idée de monnaie européenne, on peut le concevoir. Mais alors pourquoi user d’arguments pseudo-économiques ? Il suffit de dire qu’ils veulent une monnaie nationale, car à chaque nation sa monnaie.

En réalité, c’est parce qu’ils doutent que le peuple les suive qu’ils se sentent obligés d’en rajouter. Ils sentent bien que leur souverainisme intégral, s’il était assumé comme tel, les marginaliserait. Marine Le Pen affirme que sa position est majoritaire en Europe. Je ne le crois pas. La preuve en est que Norbert Hofer en Autriche avait dû abandonner tout discours anti-€ et anti-UE. L’europhobie est marginale. L’euroscepticisme en revanche, qui exprime la déception légitime de nombreux Européens quant à l’actuelle construction européenne, est bien réel. Seule une réorientation radicale de l’Union Européenne, assumant alors une logique identitaire, pourrait convaincre les eurosceptiques de croire à nouveau en l’idée européenne.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

01/01/2017

Meilleurs vœux pour 2017 : l’année du réveil de la dormition ?

http://thomasferrier.hautetfort.com/media/00/00/2414237781.png

Voeux 2017,EuropeLa crise morale qui affecte l’Europe depuis maintenant près d’un demi-siècle va continuer en 2017. Les raisons de l’effondrement de notre civilisation sont toujours là. L’impuissance si ce n’est la complicité de nos dirigeants à cet état de fait va continuer. Beaucoup de Français espèrent un changement politique important à l’issue des élections présidentielles et législatives qui se dérouleront de mai à juin 2017. Ils se trompent. Rien ne sortira des urnes nationales, ni chez nous ni chez notre voisin allemand.

Le plus probable en France est un second tour opposant Marine Le Pen à François Fillon, même si la première fait une très mauvaise campagne, entretenant une confusion idéologique permanente afin de ne pas porter la tunique de Nessus de son père, adoucissant son programme jusqu’à le rendre méconnaissable, aboutissant sous l’influence de son conseiller Florian Philippot à une sorte de social-démocratie ayant comme seul axe de différenciation un programme non seulement anti-UE mais en vérité anti-européen. François Fillon, qui a tenu une ligne très libérale pour gagner les primaires de la droite et du centre, va également recentrer son positionnement. Ses positions pro-russes, salutaires sur le papier, semblent également s’amenuiser au fur et à mesure des semaines qui s’écoulent. Il décevra, et il ne peut que décevoir.

La gauche est laminée, même si Macron semble placé très haut dans les sondages, et ce centrisme libéral, qui empêche Bayrou d’exister à nouveau, pourrait créer la surprise. Cet ancien ministre de Hollande, qui n’a jamais été élu à la moindre élection, et dont le statut médiatique est parfaitement artificiel, exactement comme celui d’Alain Juppé avant sa défaite aux primaires, a néanmoins toutes les caractéristiques d’une baudruche politique. Je ne le vois pas si haut à l’arrivée.

En Allemagne, les choses sont également simples. L’AfD, mouvement populiste ayant axé sa campagne sur la dénonciation de l’insécurité migratoire, et fustigeant à juste titre la politique délirant d’Angela Merkel, devrait créer la surprise et dépasser les 15% des voix aux élections législatives. Ils seront alors victimes d’un évident cordon sanitaire des partis dits « respectables », maintenant au pouvoir une grande coalition affaiblie, à moins qu’une gauche plurielle, avec Die Linke, se mette en place. Comme en France, par la faute de la droite classique, ce serait alors la gauche la plus mondialiste qui imposerait ses vues à une population de plus en plus inquiète et hostile à cette immigration qu’on nous présente mensongèrement comme une force. La droite aurait pu depuis longtemps, en cessant de courir derrière la gauche ou de céder à ses oukases, briser ce consensus mou en osant une droite plurielle qui, à défaut d’être salutaire, limiterait la casse.

Il convient de noter que deux lignes s’opposent au sein de ce qu’il est convenu d’appeler la droite nationale en Europe, entre un courant identitaire, qu’on nous présente comme libéral, et un courant souverainiste, qu’on nous présente comme social. Au sein du FN, ce clivage est représenté par l’opposition entre Marion Maréchal-Le Pen et Florian Philippot. Un discours social et identitaire ne serait-il pas pourtant le plus adapté ? Le discours anti-européen, qui dépasse la seule critique de l’UE actuelle ou du pilotage de l’euro, que sagement le candidat FPÖ a su taire en 2016 (Norbert Hofer), n’est-il pas avant tout une façon de ne pas s’attaquer aux vrais problèmes que sont la dénatalité des populations européennes indigènes et la submersion migratoire ?

Si l’Union Européenne actuelle doit être sévèrement critiquée, c’est d’abord parce qu’elle est à l’image des gouvernements nationaux qui en choisissent les dirigeants. Opposer un sain Etat « national » à l’UE est un mensonge et une forfaiture. Prétendre qu’on pourrait au niveau national réaliser ce que l’on se refuse de réaliser au niveau européen l’est aussi. Dire que l’Etat protège quand il trahit est aberrant.

La victoire du camp du brexit, qui a galvanisé les droites nationales en Europe, l’illustre amplement. Les Britanniques ont voté contre l’UE pour dénoncer des politiques dont sont responsables avant tout les gouvernements britanniques depuis un demi-siècle. Car ce sont eux, et eux seuls, qui ont ouvert les portes à l’immigration postcoloniale issue de son ancien empire, un phénomène grave que dénonçait déjà le conservateur Powell dans les années 60. Ce ne sont pas les Polonais qui posent problème à leur pays, contrairement aux tirades stupidement xénophobes de certains ténors de la droite. Les émeutes de 2010 et le scandale sexuel de Rotherham rappellent où est la vraie menace. Et ce n’est pas la faute de l’UE, même si elle partage les mêmes idées mondialistes que les dirigeants britanniques de « gauche » et de « droite ». Le brexit est donc une voie de détournement de la colère populaire vers un bouc émissaire facile, dont les tabloïdes britanniques depuis des années dénonçaient les travers.

Les malheurs des Britanniques ne viennent pas de l’UE, même si sa gouvernance actuelle n’est pas meilleure, mais d’abord de l’ancien empire colonial et des gouvernements « nationaux » qui les dirigent et les emmènent dans le mur depuis des décennies. Le brexit était donc une mauvaise réponse apportée à une mauvaise question.

Néanmoins, 2016 nous a enseigné que les Européens se méfient de plus en plus et à juste titre là encore de leurs dirigeants. En conséquence tout référendum est détourné pour devenir un vote de confiance à l’égard du pouvoir en place et à chaque fois, ce pouvoir est mis à bas. Matteo Renzi et David Cameron l’ont su amèrement à leurs dépens. L’alternance gauche/droite continue néanmoins comme auparavant et à chaque fois qu’une tête de l’hydre est coupée, elle repousse immédiatement sous un autre nom. En matière de promotion du multiculturalisme et d’opportunisme politique, Teresa May vaut bien David Cameron. Après avoir été favorable, certes du bout des lèvres, au maintien du Royaume-Uni dans l’Union Européenne, la voilà désormais une farouche eurosceptique. Dans le même temps, son ministre Boris Johnson, rallié à la cause du brexit par carriérisme pur, se ridiculise et a dû reconnaître avoir menti, tout comme Nigel Farage, lors de la campagne référendaire.

En somme, euro-mondialistes et eurosceptiques, même s’ils s’opposent, utilisent les mêmes méthodes de désinformation pour convaincre les citoyens de les suivre. Les uns promettaient une catastrophe économique totale en cas de brexit. Les seconds annonçaient que tout changerait avec ce vote. Même si le brexit réel n’a pas eu lieu, et n’est pas annoncé avant 2019 au mieux, on ne voit pas ce qu’il changera pour un pays qui n’avait pas l’euro et n’était pas dans l’espace Schengen.

2017 donc, une année pour rien ? Probablement. Mais tôt ou tard, les Européens vont bien finir par se rendre compte que tous leur mentent et voudront donner un grand coup de balai à cette classe politique incapable. Ce jour-là, les menteurs mondialistes et les faussaires souverainistes seront démasqués en même temps et envoyés dans les oubliettes de l’histoire. En attendant, pendant toute l’année 2017, le Parti des Européens va continuer de prôner une vraie alternative, défendre son programme révolutionnaire, en espérant qu’il pourra connaître cette année son ascension médiatique.

En tant que dirigeant du Parti des Européens, je souhaite à tous les Européens une très bonne année 2017, en les invitant à la méfiance face aux dialectiques de renoncement. N’espérez aucun changement politique par les voies traditionnelles ou les partis existants. Mais gardez espoir !

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

04/12/2016

Les leçons des primaires de la droite.

http://thomasferrier.hautetfort.com/media/02/02/1620049121.png

La fin de l’ère Sarkozy.

Sarkozy,Juppé,Fillon,Marine Le Pen,RépublicainsNicolas Sarkozy, ex-chiraquien devenu balladurien en 1995, ce que Chirac ne lui a jamais pardonné, avait su se rendre indispensable à droite. Devenu président en 2007 en asséchant les voix du FN d’un Jean-Marie Le Pen sur le déclin, après avoir suscité un réel espoir de changement, il doucha tous ses partisans par des politiques contradictoires et par un style que beaucoup finirent par considérer comme inadapté à sa fonction. Il remplaça le discours identitaire et sécuritaire sur lequel il avait su convaincre pour ouvrir à gauche, recrutant des ministres parmi le parti adverse, et pour céder aux sirènes du mondialisme dont il n’avait jamais été en réalité opposé. Tout comme Giscard en 1981, il capitalisa contre lui la coalition des déçus et des mécontents, même si son bilan politique en définitive n’était pas mauvais. Sarkozy « l’américain » fut le seul capable de négocier habilement avec Vladimir Poutine. Jamais il n’aurait remis en cause la vente des Mistral à la Russie, une faute que fit François Hollande à peine élu.

Empêtré dans des affaires judiciaires où ses proches tombaient un après l’autre, soumis au diktat idéologique de gauche de sa nouvelle épouse, dont il eut le tort d’écouter les conseils peu judicieux, et dont le livre de Patrick Buisson a montré qu’elle témoignait d’un réel mépris pour les citoyens « de souche », l’électorat de droite de Nicolas Sarkozy, qui était pourtant sensible à sa force de caractère, dans le cadre d’une campagne des primaires où il tint un discours plébéien à des électeurs bourgeois, commettant ainsi une erreur stratégique décisive, a eu le sentiment qu’il ne pouvait pas gagner au second tour des primaires face à Alain Juppé.

Alors que les derniers sondages témoignaient d’une progression significative de  François Fillon, un phénomène de vote utile s’est enclenché en sa défaveur. Le duel attendu Juppé/Sarkozy pouvant amener à l’élection du « meilleur d’entre nous » (surnom donné à Alain Juppé par Jacques Chirac), les électeurs de droite n’ont pas pris le risque. Ils ont donc voté massivement pour François Fillon, Sarkozy perdant du même coup un bon tiers de ses électeurs, les petits candidats étant quant à eux littéralement laminés.

La « menace Juppé » étant forte, Sarkozy tomba à 20,7% des voix alors qu’une semaine avant encore il était crédité de 29%. Bruno Le Maire s’effondra à 2,4%. La ligne bobo-gaucho de Kosciusko-Morizet, très implantée à Paris, résista avec 2,6% des voix. Poisson ne fit qu’1,4% des voix, alors qu’il avait su capitaliser sur son nom la droite catholique qui venait de le découvrir dans les media. Et Copé réalisa le score dérisoire de 0,3% des voix.

Il n’est pas exact que Sarkozy fut victime d’un rejet de sa personne à droite, malgré ses erreurs de campagne, s’adressant à un électorat populaire qui resta chez lui. Il fut victime de l’idée qu’il ne pouvait pas gagner, une idée en soi irrationnelle mais qui fit son œuvre. En réalité, le candidat chouchou des media était très surestimé. Plus il parlait, plus il baissait. Les 15% d’électeurs de gauche venus voter à la primaire de droite ne firent que limiter la casse. Avec un peu plus de jugement de la part des électeurs, Fillon et Sarkozy éliminaient Juppé dès le premier tour.

A l’issue d’un discours digne, Nicolas Sarkozy a pour la seconde fois quitté la politique. Il est peu vraisemblable qu’il y revienne parce que l’humiliation est forte. Mais tout comme Giscard avant lui, il ne disparaîtra pas. Il a en tout cas démontré une fois de plus qu’il était impossible à un ancien président battu de le redevenir. Son départ a certainement anticipé celui de François Hollande, qui a finalement renoncé cette semaine à être candidat à sa propre succession. Une ère s’achève.

La bulle crevée de Juppé.

Alain Juppé a été artificiellement encensé par les media. Ce technocrate méprisant, prématurément vieilli, au discours inconsistant sur un « vivre ensemble » imaginaire et une « identité heureuse » digne de la « France apaisée » d’une Marine Le Pen en campagne à contre temps, n’a jamais représenté le peuple de droite. L’idole est donc naturellement tombée de son piédestal. Cela démontre une fois de plus le caractère inopérant des sondages de popularité. On s’imaginait à lire la presse Alain Juppé élu dès le premier tour avec 51% des voix. Il n’obtint en réalité que 28,6% des voix et ce encore grâce au concours de la gauche.

Au second tour évidemment, Alain Juppé reçut le soutien de tous ceux qui insupportent l’électeur de droite. Il capitalisa sur son nom les vieux couteaux du centrisme et des loges. Bien sûr, « NKM » lui apporta son soutien et de manière plus surprenante Copé. Raffarin se mit en avant pour défendre son poulain. La gauche médiatique commença à diaboliser l’ultra-libéral Fillon, inquiétant les minorités communautarisées, ethniques ou sexuelles. Dans cette primaire de la droite et du centre, Juppé était devenu le candidat du PS. Seul Macron avait intérêt à la chute de Juppé, alors que Bayrou de manière très discrète laissait entendre qu’il se présenterait en 2017 si Juppé n’était pas choisi comme candidat.

La punition du second tour fut sévère. Il faut dire que le soutien apporté par Nicolas Sarkozy à son ancien premier ministre François Fillon fut décisif autant que surprenant. Valérie Pécresse, fort peu inspirée, se rangea dans le camp de Juppé. Elle s’en est mordu les doigts. Comme un oiseau de mauvais augure, elle annonça le temps sombre de la défaite en rase campagne. Juppé obtint donc 33,5% contre 66,5% pour François Fillon (1/3 vs 2/3). Toute la droite affairiste n’y put rien. Elle était battue. Le centre fut déserté. Sa légère progression s’explique uniquement par un léger report de voix (NKM) et parce que certains électeurs sarkozystes ont refusé de se mobiliser pour Fillon.

Exit Sarkozy. Exit Juppé. François Fillon est devenu le candidat de la droite et du centre.

Ce que la victoire de Fillon veut dire.

Sarkozy,Juppé,Fillon,Marine Le Pen,RépublicainsLe programme de Fillon n’a aucune importance. Nous sommes en France et il est un homme politique. Il ne le respectera donc pas. Son ultra-libéralisme sera rapidement nuancé puis affaibli par ses nouveaux alliés. Il a bien sûr procédé à l’ouverture à ses anciens adversaires, créant un comité de campagne où on retrouve des sarkozystes et des juppéistes, dont l’arrogante NKM visiblement insubmersible. Cette idée de remettre en selle, pour mieux les surveiller et les neutraliser, ceux que l’on vient de battre, se retrouve dans la stratégie de Trump. Mieux vaut les avoir à côté de soi que contre soi.

Il a désormais un boulevard en se plaçant sur un positionnement bien ancré à droite, mais ni radicalisé comme Sarkozy en donnait l’impression, ni ramolli selon la ligne Juppé. Il a été identifié par la droite classique comme un candidat à son image donc son score de premier tour de 44,1% puis de second tour de 66,5% est finalement assez naturel.

Sa victoire est-elle une bonne nouvelle pour ses adversaires ? Macron a déjà lancé un appel aux électeurs de Juppé pour qu’ils viennent le soutenir. Montebourg souhaite que la droite aille voter aux primaires de gauche en sa faveur. L’éviction d’Hollande, probablement remplacé dans ce rôle par Manuel Valls, rend cette hypothèse difficile. Seul le « Hollande Bashing » pouvait amener des électeurs de droite à voter à une primaire de gauche.

C’est surtout Marine Le Pen qui est la grande perdante pour le moment de la victoire de François Fillon aux primaires. Sa mauvaise campagne, décalée à gauche sous l’influence de l’ex-chevènementiste Florian Philippot, éloignée des thèmes identitaires et de la « manif pour tous », la rend très fragile face à Fillon. Celui-ci n’a pas hésité à tenir un discours aux accents identitaires prononcés et à envoyer un message aux milieux catholiques que Marine Le Pen dédaigne depuis des mois. Les sondages d’après primaires montrent un net tassement et une progression très significative de Fillon. Le siphonage « Sarkozy » de 2007 pourrait se reproduire.

Marine Le Pen peut se ressaisir si elle arrête d’aller parler à des électeurs qui ne voteront jamais pour elles, comme dans les DOM et les banlieues, et qui même risquent par les appels qu’elle leur lance de faire fuir certains électeurs naturels du FN, qui attendent autre chose. Elle le peut si elle cesse son étatisme forcené, à grands coups de démagogies socialisantes et de dépenses publiques. Elle le peut si elle comprend que le thème européen est en réalité porteur et que prôner l’unité de ceux qui ont un destin commun, les Européens, est salutaire. Norbert Hofer (FPÖ) l’a compris. Il dit défendre l’Union Européenne et vouloir conserver l’euro. Il souhaite que l’UE affirme les valeurs européennes que défend le hongrois Orban et qu’elle se dote de vraies frontières pour se protéger contre l’immigration. Il sera probablement le prochain président autrichien ce soir.

Sinon, si elle reste sur sa ligne de gauche, si elle abandonne le seul thème identitaire qui explique le succès de son parti, la « problématique migratoire » au sens large, alors il est possible qu’elle ne passe même pas le premier tour des présidentielles.

Ainsi François Fillon a toutes les chances d’être le prochain président de la république. Mais il sera attendu au tournant. Le peuple n’a plus aucune patience. Les premières semaines à l’Elysée seront décisives. S’il procède comme Sarkozy, en tenant un discours de gauche au pouvoir alors qu’il aura été élu sur un discours de droite, il sera balayé par le vent de l’histoire.

Le contexte international avec le succès de Trump aux USA et son amitié avec Poutine peuvent le préserver de dérives nocives. Mais il sera confronté à une situation périlleuse, la France sortant de cinq ans de Hollande à genoux. Le pays n’a jamais été aussi fracturé. Le nouveau président devra faire preuve d’une audace exceptionnelle et d’une dureté maîtrisée. Il devra tenter d’annuler les mesures prises par la gauche, et notamment le « mariage pour tous ». Il devra envoyer un signal très ferme à l’endroit des migrants qui seraient tentés de venir s’installer chez nous. Je doute qu’il en soit capable.

Il décevra nécessairement. Mais une Marine Le Pen élue décevrait également terriblement puisqu’elle serait élue sur un contre-sens, élue par une vague identitaire avec un programme social-démocrate. Ses électeurs lui prêtent un programme caché (crypto-programme) remigrationniste. Il n’est qu’une vue de l’esprit. En diabolisant le nouveau FN, Philippot ayant été traité de « fasciste » devant Sciences Po, les media maintiennent cette illusion d’une MLP radicalement identitaire. Le masque tomberait dès qu’elle ferait le premier pas à l’Elysée.

En 2017, la France aura un nouveau président, et elle est quasi assurée d’échapper à une nouvelle présidente. Il ne sera pas à la hauteur des enjeux. Mais un tel contexte libérera peut-être des forces cachées qui annonceront une nouvelle aube européenne sur la ruine d’un monde ancien.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

18/09/2016

Pourquoi Marine Le Pen va-t-elle perdre les élections présidentielles

http://thomasferrier.hautetfort.com/media/02/02/1620049121.png

1. L’état du parti.

Il ne suffit pas de s’auto-désigner « parti de gouvernement » pour en posséder les caractéristiques principales. Une tête sans corps n’est pas en mesure de devenir crédible aux yeux du plus grand nombre. Le FN n’aurait qu’environ 42.000 adhérents et très peu d’intellectuels en son sein. La direction du parti se résume à une poignée de personnalités, dont la nièce et le compagnon de la présidente en exercice. Seule autre figure du parti, l’énarque Florian Philippot, qui est très loin de faire le consensus. Difficile dans ces conditions de pouvoir envisager de gouverner. Quant aux candidats aux législatives, malgré la volonté de Jean-Lin Lacapelle d’organiser leur casting, les notables se font rares. Difficile également d’espérer gagner les élections législatives par le biais de candidats sans aucune implantation locale, et même d’obtenir 60 députés.

Envisager une victoire aux élections présidentielles, qui serait alors nécessairement suivie d’une absence totale de majorité à l’assemblée, présente un intérêt politique limité. La France est un régime mixte, semi-présidentiel et semi-parlementaire. Le choix du FN, sous Jean-Marie Le Pen et sous Marine Le Pen, de tout envisager sous le seul angle de cette élection, « mère des batailles », en négligeant les législatives, perdure donc.

2. Les choix stratégiques du nouveau FN.

L’objectif de Marine Le Pen est de dépasser les 50,1% aux élections présidentielles à l’issue du second tour. Prenant pour argent comptant les sondages favorables qui l’y placent dans tous les cas, avec entre 25% et 32% des voix au premier tour, mais à huit mois de l’élection, elle se positionne dès maintenant en candidate du second tour. Elle agit ainsi comme Lionel Jospin en 2002 qui s’imaginait en duel face à Jacques Chirac bien avant que l’élection n’ait lieu. On se souvient de la sévère déconvenue qui suivit et de cette humiliation qui l’amena à la retraite politique. Ce faisant, elle ne cherche pas à rassembler son camp, qu’elle estime acquis.

Sa démarche est donc d’augmenter son capital sympathie dans tous les milieux politiques, en faisant concession sur concession sur le fond du discours, et notamment en engageant une stratégie de communication ciblant les banlieues et les immigrés. Elle imagine ainsi regrouper sous son nom partisans d’une inversion des flux migratoires et partisans d’une vision multiculturaliste de la France. C’est négliger le fait que les électeurs issus des banlieues votent massivement pour le PS, qui tient le discours qu’ils veulent entendre, et qui verse depuis des années de précieuses subventions.

En prenant le risque de s’adresser à des nouveaux électorats aux thématiques incompatibles avec celles des électeurs traditionnels du FN, elle lâche la proie pour l’ombre. Elle n’y gagnera aucun nouvel électeur mais perdra une partie du vote identitaire dont elle bénéficie, ce dernier se tournant alors vers Sarkozy, malgré la déception post-2007, ou vers le vote blanc ou l’abstention.

Sa démarche « Banlieues Patriotes » rappelle la stratégie d’Alain Soral auprès de Jean-Marie Le Pen en 2007 et ce n’est pas un hasard si elle a choisi l’ancien soralien David Rachline comme directeur de campagne pour les élections présidentielles. On se souviendra que c’est en 2007 que Jean-Marie Le Pen fit le plus mauvais score de sa carrière.

3. Marine Le Pen n’est pas un Bruno Mégret au féminin.

Beaucoup d’analystes considèrent que la stratégie de Marine Le Pen est proche de celle engagée par Bruno Mégret au sein du FN avant son départ en 1998. C’est une erreur pour deux raisons.

La première est que Marine Le Pen choisit, sous l’influence de Florian Philippot, une ligne « ni droite ni gauche », qui s’inspire peut-être aussi du slogan que Samuel Maréchal, son ancien beau-frère, dont elle disait en 1998 admirer la ligne politique, avait introduit, alors que Bruno Mégret a toujours choisi l’ouverture à droite. Pour lui, il s’agissait pour le FN de représenter 30% des voix et de rallier ensuite autour de lui les autres droites. C’est une stratégie à la Weimar dans laquelle l’élection législative jouait un rôle essentiel.

La seconde était que sa démarche consistait à conserver un fond radical, sans aucun renoncement majeur, mais de travailler sur la forme, en rejetant les thématiques diabolisantes et les comportements destinés à effrayer les électeurs. Sa rupture avec Jean-Marie Le Pen était de méthode. Or Marine Le Pen choisit au contraire, au nom d’une forme adoucie, d’amener son parti à un fond adouci, perdant alors son côté protestataire qui fit le succès de son parti.

4. Pourtant Marine Le Pen ne s’effondrera pas.

Il est probable qu’elle ne réalisera pas le score que lui annoncent les instituts de sondage pour toutes les raisons évoquées plus haut. Mais elle ne s’effondrera pas non plus. Car ils sont nombreux ceux qui ont intérêt à ce que le FN continue d’exister à un haut niveau. En effet, le vote protestataire doit bien pouvoir s’exprimer dans les urnes, car sinon il s’exprimera d’une autre manière, non contrôlée, et le FN bénéficie depuis longtemps de ses faveurs, grâce notamment aux fameux dérapages de Jean-Marie Le Pen.

A chaque fois d’ailleurs que Marine Le Pen veut s’en distancer, au point d’avoir exclu le président-fondateur il y a un an, elle y est ramenée par les media. Et le moindre dérapage léger est mis en exergue, comme pour se rassurer d’avoir toujours le « diable de la république » en face de soi. Ceux-ci lui prêtent donc un programme caché (crypto-programme) apparenté à une forme d’épuration ethnique dont seraient les victimes les populations issues des flux migratoires extra-européens.

En conséquence, les électeurs animés par un souci identitaire, et qui ne sont pas séduits par ses diatribes contre l’euro et contre l’UE, continueront pour une bonne part de voter pour elle par défaut. Il est difficile d’imaginer qu’elle puisse tomber en-dessous de 20% des voix.

Quant au second tour, il sera dévastateur, même si par le plus grand des miracles elle était opposée à François Hollande. Et en supposant qu’elle puisse gagner malgré tout, car la politologie n’est pas une science exacte, elle n’aura jamais une majorité à l’assemblée et ne pourra donc pas gouverner. Bien plus qu’avec Sarkozy après son élection de 2007, elle décevra et son parti ne paraît pas armé pour être en capacité de résister à cette déception qui suivra.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

24/08/2016

L’impuissance présidentielle en France.

http://thomasferrier.hautetfort.com/media/02/02/1620049121.png

constitution,président de la république,impuissance,Sarkozy,Le Pen,HollandeDans un article d’avril 2016, nous avions dénoncé l’obsession présidentielle en France, cette « mère des batailles » qui excite les passions avec un président sortant profondément rejeté, mais qui n’a pas encore officiellement annoncé se représenter, désormais 13 candidats de droite prêts à s’affronter dans des primaires, et dont fait partie le président précédent, la candidate du FN créditée dans les sondages de 26% à 28% des voix environ, garantie a priori d’être qualifiée pour le second tour, et une quarantaine de candidats déclarés, surtout de gauche. De plus, les mêmes candidats de 2012 seront à peu près tous candidats en 2017 sauf surprise, ce qui montre le peu de renouvellement de la classe politique en France.

S’il y a autant de candidats pour la place suprême, on supposera deux choses, à savoir que la place est bonne, et de cela on ne doute pas quand on observe l’actuel président, mais aussi qu’on y dispose d’un réel pouvoir d’action, d’une capacité de changer les choses. C’est ce que Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan notamment expliquent, faisant de cette élection un enjeu majeur. Voilà le mythe auquel j’entends ici m’attaquer.

Prenons comme hypothèse par exemple Marine Le Pen, puisqu’elle fait partie des candidats déterminés le plus à changer les choses et qu’elle est en mesure d’être au moins au second tour. Supposons donc que, par un faisceau de convergences favorables, la présidente du FN soit élue présidente, face à un président sortant usé ou à un candidat de droite très démonétisé. Elue, pourrait-elle alors changer les choses et appliquer son programme ?

Il lui faudrait d’abord gagner les élections législatives suivantes un mois après. Un candidat de droite ou de gauche bénéficiera de « l’effet président » mais Marine Le Pen, élue on l’imagine dans un contexte d’extrême-tension, n’en disposerait pas forcément, et surtout son appareil politique ne serait sans doute pas prêt à gouverner. Il y aurait donc sans doute un groupe présidentiel de taille correcte mais incapable de gouverner seul. Il faudrait donc établir une coalition avec la droite, en acceptant l’idée que cette dernière y soit prête et n’exige pas d’être à sa tête.

Et la voici alors déjà bloquée à peine élue et incapable de changer radicalement les choses comme elle s’y était engagée. Supposons donc une deuxième hypothèse, et cela commence à faire beaucoup, à savoir que par un étrange concours de circonstance le FN soit majoritaire à l’assemblée ou dispose en tout cas d’une forte minorité. On peut alors imaginer une coalition de droite guidée par le FN, même si aucune coalition de cette nature n’a encore existé autour de la droite nationale depuis 1945.

Présidente à la tête d’une majorité de coalition, dont la stabilité resterait alors à démontrer, car les élus de droite pourraient « claquer la porte » face à toute proposition un peu courageuse sur des thématiques identitaires par exemple, elle serait donc en mesure de changer radicalement de politique ? Et bien, même dans ce cas, non.

Le Sénat en France a été créé pour empêcher toute alternative politique trop radicale. Son mode de scrutin, indirect et par le biais d’un renouvellement d’un tiers tous les trois ans, rend les possibilités pour un parti comme le FN, mais tout autant pour le Front de gauche d’ailleurs, d’y être majoritaire illusoires. Or sans le soutien du Sénat, aucune réforme constitutionnelle ne peut être engagée. En effet, selon l’article 89 de la constitution française, le président propose un texte aux deux assemblées, qui ont un pouvoir égal, et qui doivent le voter de manière identique. Ce n’est qu’après cette procédure que le président peut convoquer un référendum ou le congrès.

En termes clairs, le Sénat bloquerait concrètement tout parti déterminé à changer radicalement de politique. Et à ce blocage, il faut ajouter l’attitude du conseil constitutionnel. Ce dernier, depuis son coup d’état juridique de 1973, a gagné un pouvoir important. Si la réforme constitutionnelle contrevient aux principes fondamentaux, il pourrait donner un avis défavorable et censurer la dite réforme. Serait-il ainsi possible de le contourner, comme le faisait De Gaulle à son époque ? C’est peu probable en ayant une des deux chambres à dos.

Les Etats européens modernes, pour se prémunir contre toute « révolution par les urnes », et en souvenir de l’arrivée au pouvoir par ce biais d’un dictateur d’origine autrichienne, ont blindé leur constitution. La loi fondamentale allemande de 1949 par exemple a un pouvoir considérable et pourrait interdire tout parti qui aurait dans son programme une rupture radical d’avec ce cadre juridique. Et le mode de scrutin choisi au Royaume-Uni (majoritaire à un tour) ou en France (majoritaire à deux tours) est également un frein considérable.

Les candidats aux élections présidentielles, tous camps confondus, font des promesses aux électeurs dont ils n’ont aucune garantie de pouvoir les réaliser, à supposer que cela soit leur intention. La gauche et la droite ont au moins la possibilité de disposer d’une majorité à l’assemblée et éventuellement au sénat. Cela a permis au gouvernement PS de faire passer un certain nombre de lois, dont le « mariage pour tous », mais souvent grâce à l’appui de centristes. La droite de même pourrait engager certaines politiques plus ou moins courageuses, mais pas trop courageuses quand même pour ne pas perdre l’appui du centre.

Si le centre revendiqué, le Mouvement Démocrate de Bayrou par exemple, est assez faible, le centre-droit et le centre-gauche sont très forts et pèsent dans les politiques publiques. C’est eux qui empêchent toute vraie réforme. Même si Sarkozy par exemple muscle son discours devant les journaux télévisés, qu’est-ce qui prouve que s’il est élu il pourra le réaliser. En 2007 il a déchanté en découvrant le pouvoir réel d’un président. Il est même tombé de haut.

Un président français peut-il changer les choses en bien ? Je ne le crois pas. Cet enjeu électoral qu’on nous présente comme la « mère des batailles » ne déterminera pas notre avenir, même si un président catastrophique peut avoir un très mauvais impact sur le moral de ses concitoyens. Ce n’est donc pas totalement sans importance mais il ne faut pas en attendre un quelconque salut.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

28/05/2016

Loi El Khomri. Gouvernement et syndicats dans l'erreur

http://thomasferrier.hautetfort.com/media/00/00/2414237781.png

El Khomri,CGT,Hollande,article 2A propos du bras de fer entre l'exécutif et les syndicats radicaux, on entend dire que la responsabilité des troubles est partagée. François Hollande joue le peu de crédibilité qu'il lui reste, lui qui prétend "réformer jusqu'au bout". Et la CGT joue sa place de première centrale syndicale, et même son influence future dans la mesure où elle est moins à l'aise dans le dialogue dans l'entreprise.

Nous allons commencer d'une façon qui va à l'encontre des commentaires du monde médiatique, de la position d'un économiste comme Nicolas Bouzou et de ce qu'on entend dire à droite. Il faut donner raison à la CGT et à FO sur un point : il est normal de défendre ce qu'on appelle la règle dite de "faveur" en matière de normes, à savoir le loisir pour une branche de négocier seulement un accord plus favorable aux salariés que la norme nationale, puis pour une entreprise de négocier seulement un accord plus favorable que celui de sa branche.

La norme nationale, dont on espère qu'elle sera une norme européenne, fixe une protection de base pour les salariés, quant aux horaires maximaux, quant aux rémunérations minimales ou quant aux garanties diverses. Ensuite les branches professionnelles d'un côté ou les régions de l'autre peuvent négocier de meilleures protections. En effet toutes les professions n'ont pas les mêmes contraintes et toutes les régions la même histoire. Enfin les entreprises peuvent en négocier de meilleures encore. C'est un peu comme avec la sécurité sociale et les mutuelles. Un minimum local ne peut pas être inférieur au minimum général.

Les deux syndicats ont raison de dénoncer les conséquences de l'inversion des normes, qui fait l'objet de l'article 2 de la loi El Khomri, surtout dans le rapport entre l'entreprise et la branche professionnelle. En effet, par l'effet de la concurrence que feront jouer les donneurs d'ordre, si une entreprise d'un secteur commence à revoir la protection de ses salariés pour baisser ses coûts de production, les autres entreprises du même secteur devront s'aligner pour conserver leurs parts de marché. C'est ce qu'on appelle le dumping social.

Maintenant cet argument fort défendable contre la loi El Khomri sert surtout de prétexte aux syndicats radicaux pour refuser tout changement par principe. Comme on le verra, cela cache quelque chose de plus grave.

Dans une situation difficile, comme beaucoup de pays en ont connue à la suite du scandale des subprimes, il peut arriver que l'on doive abaisser le niveau général des protections. En Irlande les salaires ont perdu 15 % de leur valeur, mais les loyers ont fait de même, et la population l'a supporté. La différence entre ce qu'on peut appeler une purge et l'inversion des normes est que la première est a priori temporaire, liée à une situation supposée passagère, alors que la seconde est définitive, parce que résultant d'un changement de paradigme.

Ainsi, devant le désastre du chômage de masse, il faudra se poser la question de l'adéquation du niveau de protection sociale. Ce n'est pas forcément pour se précipiter dans l'abaissement de ce niveau, mais pour l'envisager. Auparavant, on aura dû se poser une question plus fondamentale : quelles sont les raisons pour lesquelles une telle hypothèse est à considérer?

Et l'on aura dû intégrer dans le raisonnement l'afflux massif et incontrôlé de migrants auxquels on entend offrir les mêmes protections qu'aux autres. On a le droit de prôner toute forme possible de générosité, mais pas d'en ignorer le coût.

On notera que la droite a mis en avant dans son programme la seule arme efficace pour défendre la compétitivité française : c'est l'augmentation du taux de TVA pour tout ce qui peut être produit ailleurs. C'est ce qu'on appelle une dépréciation fiscale de notre monnaie : un euro vaudra moins en France qu'en Allemagne pour acheter un produit chinois. Qu'on le veuille ou non, cela se traduira dans un premier temps par un abaissement réel des salaires, du moins si l'on veut que la mesure soit efficace. Autrement dit, ce sera une petite purge.

Dans ces conditions, pourquoi vouloir infliger en plus aux salariés le principe définitif de l'inversion des normes?

Si l'on relit de près ce qui vient d'être écrit, on s'apercevra qu'on a quitté le domaine du syndicalisme pour gagner celui de la politique. Ce que veut interdire la CGT est tout simplement un changement politique. Le problème n'est pas tant que la CGT, plus que FO, soit d'une raideur insupportable. Le problème est qu'elle se mêle de politique. Elle a fait voter Hollande contre Sarkozy. Elle ferait bien tomber Hollande qui a trahi … ses électeurs. Si la droite revient au pouvoir en gagnant les présidentielles et les législatives, elle entend bien faire un troisième round social. La première règle que la France aujourd'hui, et l'Europe demain, devra se fixer est l'interdiction pour les syndicats de faire de la politique.

Le plus choquant, dans le cas des syndicats mentionnés, est qu'il se permettent de déborder de leur rôle, alors même qu'ils pas de légitimité. Ils ne représentent, au mieux, qu'une petite minorité de salariés, essentiellement dans la fonction publique qui plus est.  

Regardons maintenant du côté de l'exécutif et de François Hollande. Pourquoi a-t-il défendu cet indéfendable article 2 ? Parce qu'il n'a pas eu le courage d'avouer l'échec d'une politique d'assistanat coûteux projeté jusqu'au-delà de nos frontières, et d'annoncer cette petite purge dont le pays ne peut plus se passer. Il veut tout simplement confier le sale boulot aux entreprises. La guerre autour de la loi El Khomri est le résultat d'une hypocrisie, d'une couardise, d'une malhonnêteté de l'exécutif.

Et François Hollande est mal placé pour contester la politisation des syndicats. Il  l'a voulue et il a bâti son élection là-dessus. Il est également mal placé pour contester la violence qui sévit dans les manifestations. Il a tout permis à l'extrême gauche, comme aux antifas qui ont cassé les vitrines après le décès de Clément Méric. Il a cédé devant les prétendus écolos qui ont fait la loi à Sirven. Il a laissé faire pour l'aéroport de Nantes. Peut-il se montrer intraitable aujourd'hui autrement qu'en paroles ?

Pierre EISNER (Le Parti des Européens)

Robert Ménard confronté à la stratégie du Front National

http://thomasferrier.hautetfort.com/media/02/02/1620049121.png

Robert Ménard,Oz la droite,Front national,Marion Le PenLors des assises de refondation de la droite organisées à l’initiative de Robert Ménard, le maire de Béziers, réunies sous le slogan « Oz’ la droite », sa déclaration introductive a mis le feu aux poudres. Il a déclaré ainsi ne pas vouloir servir de « marchepied au FN ». Conséquence immédiate, Marion Le Pen a réagi en organisant son départ et en le faisant publiquement savoir. Elle a ajouté que Ménard devait son élection au FN, ce qui est une simplification abusive. Un maire élu dépend avant tout du choix des électeurs et pas des appareils politiques, même si une candidature FN « parasite » aux municipales aurait sans doute nettement compliqué son élection.

Cette petite crise est significative du décalage complet entre la démarche de cette droite élargie, qualifiée d’ailleurs de « droite identitaire » par Le Monde, et celle du Front National. Alors que Marine Le Pen considère que l’opposition est entre « européistes » et « patriotes », cette sphère identitaire au sens large considère que les débats sur la nationalité, l’immigration et le multiculturalisme sont beaucoup plus importants que des débats de nature économique ou sociale. Le libéralisme affiché par Robert Ménard est néanmoins aussi diviseur que l’étatisme forcené qu’il prête non sans raison à Florian Philippot.

Si Robert Ménard a raison de souhaiter que pédale douce soit mise sur les thèmes du rejet de l’UE et de l’euro, ce en quoi j’estime qu’il a pleinement raison, son libéralisme économique, que Philippot a associé malicieusement à celui d’Alain Juppé, n’est pas davantage rassembleur. Car si l’objectif est d’unir l’aile droite des Républicains avec le FN, pour retrouver ces fameux 30% et plus encore de Bruno Mégret en 1998, c’est sur les seules questions identitaires que la jonction pourra se faire.

A l’opposition entre « européistes » et « patriotes » de Marine Le Pen, il faudrait opposer l’opposition entre « européens » et « aneuropéens », qui est beaucoup plus pertinente, car ce que l’on peut reprocher à l’Union Européenne c’est de ne pas être assez européenne, mais sûrement pas de l’être trop. Du point de vue de l’identité, une Europe homogène a beaucoup plus de sens qu’une France hétérogène unie par un « patriotisme » de papier à l’américaine, indifférent aux origines ethniques et confessionnelles de chacun. En outre, il est difficile d’être le patriote d’une patrie qui n’est pas la sienne, alors qu’on a refusé d’être patriote de sa propre patrie, puisqu’on l’a quittée. Pour paraphraser quelque peu Danton, on n’emporte pas le patriotisme à la semelle de ses souliers.

Outre cette divergence majeure entre le camp « Ménard » au sens large et le camp « Marine », il y a une autre différence, c’est le refus du « ni droite ni gauche ». Or Marine Le Pen a fait le choix, en bon disciple de son ancien beau-frère Samuel Maréchal, de cette seconde ligne. Elle ne croit pas au rassemblement des droites. Dans ces conditions, organiser malgré elle un tel rassemblement reste un vœu pieux.

Ce courant entre les Républicains et le Front National représente environ 2 à 3% des voix, le score de Mégret en 2002 et celui de Villiers en 2007. Il faudrait imaginer un affaiblissement très net du FN pour que ce courant soit en position d’émerger et rien ne l’indique pour le moment. C’est en outre une position très inconfortable que Robert Ménard et bien d’autres avec lui subissent. D’un côté, on leur reproche d’être trop proches d’un FN qui reste diabolisé, comme le FPÖ en Autriche. Cela explique pourquoi Eric Zemmour ou même Philippe de Villiers étaient absents à Béziers. D’un autre côté, le FN leur reproche de vouloir la jouer solo.

Marion Le Pen a ainsi déclaré aujourd’hui qu’elle ne voyait pas l’utilité d’une candidature alternative, qui n’aurait comme seule conséquence que d’empêcher Marine Le Pen d’être au second tour, et qu’une telle candidature ne ferait que servir les intérêts de LR. « Hors du FN, point de salut ». Difficile dans ces conditions de faire entendre une musicalité différente. La culture du compromis démocratique, propre surtout à des assemblées élues à la proportionnelle, n’est pas encore celle du FN.

C’est pourquoi, pris entre deux positions inconciliables, Robert Ménard et ses amis ont peu de chance de pouvoir se faire entendre, et de toute façon le FN, en position de monopole électoral, ne voudra pas les écouter. Si la stratégie du FN est incompatible selon Robert Ménard avec la volonté de victoire en 2017, une victoire hypothétique à laquelle personne sérieusement ne croit, à chacun alors d’en tirer les leçons.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

16/05/2016

Quel avenir pour le Front National ? (2ème partie)

http://thomasferrier.hautetfort.com/media/02/02/1620049121.png

Marion vs Florian. Florian vs Marine.

Flamme-fd-BBR.jpgEn 2017, il ne fait quasiment aucun doute que Marine Le Pen sera au second tour des élections présidentielles, peut-être même en tête de tous les candidats. Peu imaginent de même sa victoire, même face à François Hollande. Les élections régionales ont servi de démonstration de force. Après un premier tour où les deux Le Pen dominaient nettement leur région respective, leur défaite au second tour fut nette. Or si, dans les régions qui lui sont le plus favorables, il n’atteint que 40 à 42% des voix face à un seul adversaire, qui peut croire que Marine Le Pen atteindra plus de 50% des voix au second tour de la présidentielle.

Si le plafond de verre a donc été relevé, essentiellement parce que la situation de la France est de plus en plus catastrophique, il existe toujours. Et il n’est pas sûr que la ligne actuelle, plus rassurante pour les électeurs des partis adverses, permette de conserver le socle électoral déjà acquis. La « France apaisée » aurait pu être le slogan d’un François Mitterrand. Mais il est difficile de penser que le FN puisse jouer la même partition que lui, tout en espérant le vote d’électeurs principalement motivés par les questions migratoires et identitaires.

Par ailleurs la ligne anti-€ et anti-UE, qui permet au FN d’éviter de rentrer dans des débats sur l’identité française et européenne, où il serait alors obligé d’assumer une identité européenne à laquelle il prétend en même temps ne pas croire, n’est pas électoralement rentable. Et elle ferme bien des portes sans en ouvrir de nouvelles. Certes Marine Le Pen s’est dite récemment « européenne », une concession étonnante, mais l’idée même d’une Europe politique, serait-elle identitaire, semble lui faire horreur.

Au sein du FN, comme avant 1998, deux courants s’opposent. Il y a un courant « marioniste », qui a reçu le soutien de plusieurs figures identitaires, et qui se positionne en faveur d’une France plus européenne, plus libérale, plus catholique aussi, un courant ouvert aux alliances à droite. En face on trouve un courant « social-républicain » autour de Florian Philippot. Ce courant se veut plus social, étatiste, parfois sur une ligne qu’on retrouvera même chez un François Hollande, mais surtout anti-européenne et farouchement eurosceptique.

L’euroscepticisme souverainiste, qu’on retrouve aussi en mode extrême chez Asselineau, refuse l’idée européenne au nom de prétendues trop grandes différences entre les Européens, interdisant de penser à toute unité du continent, mais nie dans le même temps des différences bien plus majeures existant pourtant entre « Français de souche » (c'est-à-dire Européens) et « Français issus des flux migratoires post-coloniaux ».

Au niveau électoral et même au niveau des sympathisants et adhérents, la ligne « marioniste » est très majoritaire. En revanche, au niveau de l’appareil politique, et de plus en plus, c’est la ligne « philippotiste » qui s’impose, et chaque départ, chaque exclusion, la renforce davantage encore. Or le FN n’est pas un parti au fonctionnement interne démocratique, et tenir l’appareil est donc essentiel. La nomination des responsables départementaux, la composition du bureau politique, le choix des candidats, tout cela relève de la direction et notamment de la présidente.

Or, à chaque fois que Marine Le Pen a dû choisir entre sa nièce et son lieutenant, c’est ce dernier qui l’a emporté, car il y a une convergence idéologique évidente entre la dirigeante et son « fidèle » vassal, un même logiciel politique. Marine Le Pen ne se sent pas en effet « de droite » et c’est ce qu’elle a ainsi répondu à un Robert Ménard par exemple. Si « Marion » estime le catholicisme, « Marine » a très peu d’empathie à l’égard de cette religion, comme à l’égard du paganisme par ailleurs, qu’elle méprise par ignorance.

Marion Maréchal-Le Pen est donc progressivement marginalisée au sein d’un parti où elle est pourtant très populaire. Privée de soutiens, à part dans sa région d’élection, elle est confrontée à une hostilité croissante d’un appareil politique envahi par les partisans de Philippot, tous standardisés sur un même modèle idéologique et même anthropologique.

On comprend bien que Florian Philippot souhaite au plus tôt l’écarter pour se retrouver en situation de monopole et pour préserver son avenir politique. Le post-marinisme est déjà lancé. Lorsque Marine Le Pen cédera sa place, de sa propre volonté ou par la contrainte, il veut être le seul héritier possible. « Marion » est donc un obstacle à son ascension personnelle.

Marion Maréchal Le Pen aura donc tôt ou tard à faire un choix douloureux, soit la rupture et une aventure solitaire qui a peu de chance de succès, soit la soumission et le silence et donc une disparition politique en douceur, soit enfin une retraite politique précoce pour se consacrer à sa vie professionnelle et familiale, résultante probable de la seconde position.

Une fois « Marion » écartée, Marine Le Pen et Florian Philippot se retrouveront face à face. Une tentation « mégretiste » chez son lieutenant sera sans doute irrésistible. Il faut se méfier de ceux qui proclament haut et fort leur fidélité inébranlable et en font même un principe.

Mais l’histoire n’est pas un éternel recommencement et il est probable que ces petits jeux auront déjà lassé les joueurs que sont les électeurs. Après 2017 et cet échec programmé, il n’est pas sûr que le FN continue dans cette voie ascensionnelle qui est pour le moment la sienne. Surtout, le reniement identitaire de ce parti selon la ligne Philippot, le souverainisme dominant alors sans partage le parti, en décalage total d’avec les aspirations profondes des électeurs du FN, pourrait avoir comme conséquence l’émergence d’une force identitaire nationale et/ou européenne. Les chapelles identitaires qui se rangent par défaut derrière le FN feraient donc probablement un faux calcul à court terme.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

Quel avenir pour le Front National ? (1ère partie)

http://thomasferrier.hautetfort.com/media/02/02/1620049121.png

Dédiabolisation ou dédramatisation. Provocation stérile ou soumission systémique.

Flamme-fd-BBR.jpgLa ligne de Marine Le Pen depuis son arrivée à la tête du FN en 2011, encouragée par son lieutenant Florian Philippot, repose sur la dédiabolisation. Il ne s’agit pas seulement de taire certaines positions qui pourraient être considérées comme trop radicales ni de cesser de se prêter aux jeux des clins d’œil à des mouvances marginalisantes. C’était la ligne « Mégret », selon le principe de « la main de fer dans un gant de velours ». Aucune déclaration malvenue sur la seconde guerre mondiale mais aucune concession sur les questions d’identité.

La dédiabolisation mariniste consiste au contraire à affirmer haut et fort son ralliement aux thèmes dominants du système en place, et à limiter son ton révolutionnaire aux questions d’économie, ne prônant la rupture qu’avec l’Union Européenne, sans vouloir la réformer dans un sens plus opportun, mais pas avec le multiculturalisme ambiant. Cela a amené la mairie FN d’Hénin-Beaumont à récemment autoriser la construction d’une mosquée au motif que s’y opposer serait illégal.

C’est donc concrètement la recherche d’un adoubement par les autorités politiques et par les vecteurs médiatiques.

Une stratégie potentiellement beaucoup plus efficiente aurait été plutôt la dédramatisation, en expliquant que les mesures (auparavant) préconisées étaient de bon sens, qu’elles seraient salvatrices, et qu’elles étaient bien moins terribles que le résultat d’un pourrissement sociétal bien plus accentué. Toute une dialectique forgée jadis par ce qui a été appelé la « Nouvelle Droite » était prête à l’emploi pour retourner le discours de l’adversaire contre lui-même.

La dédiabolisation aurait dû amener le FN, devenu conformiste, à s’effondrer car « un FN gentil, ça n’intéresse personne ». En outre, comme parti de gouvernement, le FN n’est pas crédible. Ce n’est pas un parti de masse. Les élites y sont rares, les intellectuels inexistants, les rares ayant essayé de s’implanter au sein de ce parti ayant dû plier bagage. Sur de nombreux thèmes, en dehors de ses sujets de prédilection, le FN est faible, malgré la création de collectifs spécialisés.

Pour le moment, le FN de Marine Le Pen a eu une chance incroyable, c’est que sa stratégie a échoué. Normalement, pour tout autre parti, l’échec de sa ligne aurait dû avoir comme conséquence son effondrement électoral. Cela n’a pas été le cas du FN, à qui ses électeurs prêtent un crypto-programme remigrationniste, malgré les déclarations des plus hauts responsables du parti dans le sens au mieux d’une assimilation a minima, vœu pieux ne coûtant pas bien cher, et sans remettre en question les naturalisations complaisantes réalisées par les gouvernements précédents et par l’actuel.

Mais il y aura bien un moment où les électeurs se rendront compte que leur espérance sera déçue, que la vision qu’ils ont de ce parti est celle que ses adversaires en donnent. Quand le FN sera semblable aux autres partis, et que la diabolisation aura cessé, il apparaîtra tel qu’il est et ne tardera pas alors à péricliter. Son salut n’aura alors été que de courte durée. Heureusement pour lui le PS a tout intérêt à maintenir une ligne de démarcation entre le FN et les partis dits « républicains » bien qu’ils ne le soient pas plus que lui.

C’est très différent par exemple d’un parti comme le FPÖ. Celui-ci est bien implanté dans la société civile et la diabolisation n’a plus de prises sur lui. Son candidat aux présidentielles Norbert Hofer est même en passe de s’imposer. Et le dirigeant Hans-Christian Strache est à 34% dans les sondages en cas d’élections législatives anticipées. Or ils n’ont rien renié de ce qu’ils sont. Ils ont tu les provocations dialectiques qu’un Haider pouvait tenir jadis. Mais n’ont pas évolué d’un iota sur les fondamentaux.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

21/02/2016

L’obsession présidentielle, une maladie française.

Edito.png

pantin.jpgA un an et demi environ des élections présidentielles de 2017, les grandes écuries se mettent en ordre de bataille pour choisir le candidat qui portera leurs couleurs lors de la confrontation suprême au titre de guignol de cinq années. Nous sommes là en pleine mythologie, celle du président Superman ou désormais de la présidente Supergirl, doté(e) de pouvoirs surnaturels permettant de changer le plomb en or, de transformer 3 à 5 millions de chômeurs en travailleurs pouvant partir à la retraite à 60 ans.

L’appel de la présidence est irrésistible, même s’il n’y aura qu’un seul élu, et qu’on sait a priori qui ne le sera pas. Il faut en être. C’est la Super-party de 2017. Le précieux sésame c’est 500 élus grattant leur signature sur un bout de papier envoyé au Conseil Constitutionnel. Bien sûr, aucun président ne changera quoi que ce soit, même doté d’une majorité silencieuse à sa botte. Les enjeux dépassant largement le cadre national, s’illusionner sur des solutions apportées selon un mauvais référentiel dans un mauvais cadre n’est pas responsable.

Marine Le Pen a dit oui. L’appel était trop fort. Et puis qui lui contesterait en interne le titre de candidate en chef ? Certes Robert Ménard a voulu lui faire comprendre qu’il fallait abandonner les clés de la boutique pour apparaître comme la candidate du rassemblement, détachée de toute allégeance trop politicienne. Mais, pas folle la guêpe. A peine battue, elle trouverait la porte de la boutique fermée et désormais gérée par le coucou/gourou en chef, Florian Philippot. Donc elle restera présidente du FN comme son père avant elle. Les autres élections n’avaient aucune importance.

Jean-Luc Mélenchon immédiatement a annoncé officiellement sa candidature même si sa relation avec le PCF est très tendue. Il veut être dans le club des candidats, même s’il sait qu’il n’a aucune chance d’obtenir le précieux trône de fer rouillé. Par une sorte de réaction pavlovienne, Marine Le Pen ayant annoncé être candidate sur TF1, il ne pouvait pas s’empêcher d’y répondre.

Evidemment Nicolas Dupont-Aignan est candidat, de même que François Asselineau, même si ce dernier aura sans doute du mal à obtenir les si fameuses 500 signatures. Mais le souverainiste a naturellement la présidentielle dans la peau puisqu’il croit que l’Etat français est la solution alors qu’il est en fait une partie du problème.

On attend la candidature de Cécile Duflot en remplacement d’Eva Joly. On sait qu’elle aussi subit l’attraction irrésistible de la présidentielle de 2017. François Hollande sent aussi qu’elle en est victime. Il cherche donc à la neutraliser par exemple en proposant un poste de ministre à Emmanuelle Cosse que cette opposante prétendue à la politique gouvernementale s’est empressée… d’accepter.

François Hollande et Nicolas Sarkozy évidemment veulent être présidents. Le premier veut continuer à bénéficier des ors du pouvoir. Il est bien loin d’avoir des convictions mais ce poste ne nécessite pas d’en avoir. De Gaulle avait certes une haute idée de la France mais Hollande est conforme à son personnage d’ancien premier secrétaire du PS. Il est heureux dans son rôle de président, même s’il est aussi bas dans les sondages qu’il est possible de l’être.

Nicolas Sarkozy a certes été déçu de son premier mandat. Il avait à l’époque une vision plus élevée de la présidence française. Mais il y a trouvé en revanche un gîte confortable. Même s’il a été battu en 2012, il veut sa revanche. Pour défendre un projet et des convictions ? N’exagérons pas.

Enfin François Bayrou, le si silencieux Bayrou, qui s’est fait oublier depuis 2012 et son pathétique soutien au « héros de la révolution » Hollande, faute qui ne lui sera peut-être pas pardonnée, va bien sûr resurgir des profondeurs de l’oubli. Candidat à la présidentielle, à défaut d’être président, est son métier préféré. Sorti du tombeau du centrisme où il a été congelé cinq ans, il revient. Soyons en assurés.

Nous sommes donc dans la « configuration idéale » pour inviter les électeurs à l’abstention maximale. Nous nous retrouverons à un détail, ou plutôt à un Duflot près, dans la situation de 2012, avec les mêmes candidats. La différence est qu’on annonce Marine Le Pen au second tour et peut-être même en tête. La seconde place est donc précieuse puisqu’elle amènera à la victoire. Il sera bien temps de réactiver l’antifascisme incantatoire le jour venu pour balayer les chances de la première dauphine. Et dans cette affaire, qui sont les perdants ? Les Français bien sûr.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

14/02/2016

De l’impasse souverainiste au défilé des Européens ? (1/2)

http://thomasferrier.hautetfort.com/media/00/01/3571613594.png

ue_mayk_knife_presseurop.jpgLa lecture du dernier ouvrage de Bruno Mégret, ancien haut responsable du Front National dans les années 90, ouvrage intitulé « Le temps du phénix », évoque sous la forme d’un récit l’arrivée hypothétique en 2017 d’un nouveau président élu sur une ligne « nationale » et la politique que ce dernier mènerait pendant cinq ans pour changer les choses. Au final, le bilan serait maigre alors même qu’il aurait fait preuve d’une force de conviction exceptionnelle, d’une fine stratégie et de beaucoup d’audace. Mais ce serait un programme correct pour « Les Républicains » si ceux-ci avaient un chef digne de ce nom à leur tête.

Beaucoup de citoyens d’obédience « souverainiste » imaginent de la même façon l’arrivée du Front National au pouvoir. C’est pourtant une illusion, pas seulement parce qu’il est hautement improbable que le FN gagne un jour les élections présidentielles, encore moins en conservant sa ligne actuelle et sa façon de se gouverner lui-même, et dans la foulée les élections législatives. La cinquième république, calibrée idéalement en apparence pour le seul De Gaulle, ce qui n’a pas empêché le grand homme d’être contraint à une sortie bien peu glorieuse, est verrouillée de telle manière qu’aucun parti révolutionnaire et/ou alternatif qui remettrait en cause le « socle des valeurs » admis par le régime en place ne pourra jamais arriver au pouvoir. C’est la même chose en Allemagne où la « loi fondamentale » est destinée à empêcher que l’histoire ne se répète et qu’un doctrinaire plébéien accède au pouvoir.

S’entêter comme le font les souverainistes et nationalistes eurosceptiques à chercher une solution politique nationale, qui plus est démocratique, est déraisonnable, mais penser à une solution continentale serait franchir un Rubicon mental qui leur semble indépassable.

Voyons donc les conditions requises pour que le FN réussisse hypothétiquement à accéder au pouvoir et surtout à vraiment changer les choses.

En premier lieu, il faudrait que son parti gonfle considérablement, attire et conserve des autorités morales, intellectuels ou hauts fonctionnaires, en dehors de l’énarque en chef qui sert à sa dirigeante de second. Or ce dernier « coupe » toute tête qui dépasse afin de conserver son emprise sur le parti. Il faudrait aussi que le FN soit dirigé par une personnalité remarquable, qui dispose à la fois des qualités du fondateur et de la modernité de l’héritière. Deux conditions non réunies aujourd’hui.

Ensuite, il faudrait que ce parti obtienne au premier tour un score quasiment de plus de 40%. On a vu qu’aux régionales même un tel score n’était pas suffisant face à une grande coalition de tous contre le FN. Or rien n’indique que le jeu de propagande de 2002, même atténué, ne reprenne pas en 2017 (par exemple). Et enfin il devrait arriver à dépasser la barre de 50% sur une ligne non centriste, alors que le second tour implique de mettre de l’eau dans son vin et de proposer un consensus acceptable. Or le succès du FN tient justement à sa ligne hétérodoxe et aux persécutions dont il est victime par le système politico-médiatique pour cette raison.

Rappelons en outre que la ligne anti-UE et anti-€ est anxiogène pour de nombreux électeurs, une ligne que Marine Le Pen ne veut pas remettre en question, pensant y voir la seule façon de se distinguer de la droite classique, sachant qu’elle ne veut pas mettre trop en avant le thème migratoire, surtout sur une ligne « ethniciste » qu’attendent pourtant ses électeurs, car il est diabolisant.

Mais allons au bout de l’équation. Le FN devra donc, sans alliés et sans coalition, gagner les présidentielles et les législatives qui suivent. Car toute coalition impliquera compromission et donc des renoncements sur des éléments clé du projet qu’on prête à ce parti. Mais cela ne suffira pas. Le Sénat sera verrouillé et il faudra alors au moins sept ans de victoires locales ininterrompues pour s’en emparer. Actuellement, le FN ne dispose que de deux sénateurs et un seul député stricto sensu, en plus d’un apparenté. Qui peut imaginer un parti impuissant pendant cinq ans à cause du Sénat gagner toutes les élections intermédiaires, municipales et départementales.

Or, sans le Sénat de son côté, impossible de se débarrasser du Conseil Constitutionnel, de modifier les traités internationaux, d’amender la constitution en supprimant des  principes délétères repris ensuite dans la DUDH de 1948.

Moralité ? Même si le FN gagnait toutes les élections nationales, présidentielles et législatives, et cette hypothèse paraît invraisemblable en l’état, il ne pourrait rien changer à la situation de la France et serait balayé aux élections suivantes. En rester à cette stratégie en liant l’avenir à ce seul parti, à la personnalité qui en est à sa tête et à ce seul cadre politique, serait suicidaire. Cette ligne du FN est d’ailleurs la même à DLF, où Nicolas Dupont-Aignan n’envisage que l’élection présidentielle, la « mère des batailles » comme disait Jean-Marie Le Pen.

Et il ne faudrait pas oublier les pressions internationales, diplomatiques et surtout économiques, tant de la part de l’Union Européenne, même si elle est assez impuissante, que de nos partenaires européens. Même l’abandon de l’euro et la rupture avec l’UE n’auraient pas lieu. D’ailleurs, dans son ouvrage, le président version Bruno Mégret conserve l’euro et maintient l’adhésion à l’Union Européenne, même s’il tente avec plus ou moins de succès de la réformer.

Le souverainisme ne propose donc qu’une impasse politique, au nom de postulats de principe qu’il refuse de remettre en question, et notamment le rejet de l’idée européenne, s’entêtant à imaginer un président idéal libéré des entraves d’institutions dont les souverainistes souhaitent la pérennité voire le renforcement au détriment de l’actuelle Union Européenne, pourtant impuissante.

Nous verrons dans une seconde partie qu’il existe un défilé des Européens, un passage étroit et arpenté, qui pourrait permettre aux Français et aux autres Européens, au prix d’une certaine audace, de s’en sortir et d’assurer au niveau continental le relèvement civilisationnel de l’Europe entière.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

07/12/2015

Analyse rapide des résultats du 1er tour des Elections Régionales 2015

http://thomasferrier.hautetfort.com/media/02/02/356790240.4.png

elec.jpgA 90% du dépouillement, en l’absence notamment des résultats de l’Ile de France et des Antilles, le résultat officiel du ministère de l’intérieur indique le Front National comme premier parti du pays, et grand vainqueur des élections, avec 28.94% des voix. On peut pronostiquer un FN légèrement au-dessus de 28% lorsque les résultats seront complets, en sachant que l’Ile de France lui est moins favorable.

Il échoue donc à obtenir le cap symbolique des 30% des voix même s’il connaît une progression de près de trois points par rapport à son résultat des élections départementales. Ce résultat attendu par les sondages confirme néanmoins sa progression constante. Surtout, en Provence et dans le Nord, il obtient un niveau exceptionnel, avec 41.2% pour Marine Le Pen dans le Nord et 41.26% pour sa nièce Marion dans le Sud-Est. Florian Philippot passe en tête dans l’Est avec 36.06% des voix. Enfin Louis Aliot obtient 32.65% des voix dans le Sud-Ouest, loin devant le candidat de droite Dominique Reynié (18.63%). Dans deux autres régions (Centre et Bourgogne-Franche-Comté), le FN est également nettement en tête (30.5% dans le Centre, à cinq points devant la droite ; 31.5% en Bourgogne-FC, à sept points devant la droite).

En revanche, l’extrême-droite anti-FN connaît des résultats extrêmement médiocres, avec 0.62% en PACA pour la liste Ligue du Sud (Bompard) qui a immédiatement annoncé son soutien à Marion Maréchal Le Pen pour le second tour, et 0.35% pour la liste Martinez dans le sud-ouest. Le PDF de Carl Lang, conscient de sa faiblesse, n’avait pas osé candidater contre la présidente du FN dans le Nord.

La droite parlementaire, qui espérait beaucoup de ces élections régionales, échoue donc à incarner l’alternative principale. Avec 26.8% des voix (résultat provisoire), il est devancé par le Front National. Le PS résiste en Bretagne et en Aquitaine-Limousin-Poitou-Charente et devrait conserver ces deux régions. Il est second en Languedoc-Roussillon/Midi-Pyrénées et devrait s’y imposer logiquement, sauf si les électeurs de droite votent utile en faveur du candidat FN. La droite est première en Auvergne/Rhône-Alpes devant le FN, mais aussi en Normandie (devançant le FN de seulement 0.2 points), dans les Pays de la Loire et en Ile de France. C’est assez peu au final. Ses chances de succès au second tour sont néanmoins réelles dans ces régions.

Avec 23% des voix, le PS résiste à la montée en puissance des droites. Les autres gauches sont affaiblies (3.7% pour EELV, 1.64% pour le PCF, 2.76% pour une coalition EELV/Front de gauche, 2.38% pour le Front de Gauche), représentant en tout néanmoins 10.5% des voix.

Debout La France, la liste de Nicolas Dupont-Aignan obtient 3.84% des voix en France (sans les résultats de l’Ile de France où son président dépasserait les 6%), dans un contexte de fort vote Front National, ce qui est donc un résultat assez correct. Le parti ultra-souverainiste UPR obtiendrait 1% des voix environ. Enfin la liste Lutte Ouvrière obtiendrait 1.55% des voix, ce qui est le score habituel de ce parti depuis plusieurs années, même si cette fois il était sans concurrence, le Nouveau Parti Anticapitaliste étant absent. L’extrême-gauche stricto sensu est donc renvoyée à la marginalité qu’elle représente réellement en France.

La droite est divisée quant à la stratégie à tenir. L’UDI et le centre-droit poussent pour un désistement de la droite en faveur de la gauche là où elle est troisième, donc essentiellement dans le sud-ouest. Les Républicains maintiennent au contraire une ligne de défiance réciproque (PS = FN) et Nicolas Sarkozy s’oppose à ce que son parti se retire, même troisième, ou fusionne avec la gauche. C’est aussi ce qu’a répété Bruno Lemaire (LR).  Le PS est donc prêt à un aberrant ultime sacrifice, se sabordant là où il est troisième, même lorsque la gauche réunie est en voix supérieur à la droite, ainsi en Provence ou dans le Nord. A cette heure, on ne sait pas quelle sera la stratégie du PS dans l’Est, son candidat refusant de se retirer, ce qui pourrait offrir à Florian Philippot la région. Il n’est pas dit en outre que l’électorat de gauche apprécie ce jeu tactique et se mobilise pour une droite accusée de complaisance avec les idées dites « d’extrême-droite ». Ce sacrifice peut donc être parfaitement vain, en plus d’être choquant d’un point de vue démocratique et irrespectueux des électeurs de gauche qui seront ainsi privés de toute représentation (toutes tendances confondues) au Conseil Régional pendant cinq ans.

Sur le papier, si le PS se retire, le FN pourrait n’obtenir aucune région. Mais c’est théorique. Dans le sud-ouest, les électeurs de droite vont-ils barrer la route au PS en votant Aliot ? Et les électeurs de gauche vont-ils se déplacer dans le Nord ou la Provence pour barrer la route au FN en élisant une droite qu’ils abhorrent au moins autant ?

Enfin, Debout la France va être confronté à un grave dilemme. En Ile de France, doit-il s’allier au second tour à la droite « républicaine » ou au FN ? En Pays de la Loire, sa candidate a déjà annoncé son soutien au FN. Et dans l’Est, où son candidat fait 4.78% des voix, que se passera-t-il, alors que le candidat FN est le plus souverainiste qui puisse exister ? Si Dupont-Aignan hésite, il devrait alors rester en dehors du Conseil Régional dans sa région. L’heure des choix pour lui a commencé. Son avenir politique en dépendra.

Thomas FERRIER (PSUNE/LBTF)

25/10/2015

Les erreurs stratégiques de Nicolas Sarkozy.

http://thomasferrier.hautetfort.com/media/02/02/356790240.4.png

Nicolas Sarkozy,Buisson,erreurs,MoranoL’importance passée de Patrick Buisson aux côtés de l’ancien président de la république se démontre à l’aune des conséquences actuelles de son absence. Sans boussole stratégique, Nicolas Sarkozy est perdu et navigue à vue. Le coût politique de ces errements pourrait être désastreux pour les primaires et/ou pour l’élection présidentielle. Ne pouvant s’honorer d’un bilan politique satisfaisant d’ancien président, qui avait abouti à la victoire d’Hollande et non à sa réélection, il est relativement démuni. La stratégie de 2007 d’assèchement du FN semble au point mort. Sarkozy, tout comme Hollande, semble avoir accepté par principe l’idée que Marine Le Pen serait au second tour et sans doute en tête.

La première erreur de Sarkozy a été de se séparer de Buisson, suite aux écoutes « indélicates » de ce dernier, sans le remplacer par quelqu’un animé du même bon sens tactique mais sans les défauts de l’ancien journaliste de Minute. Guillaume Peltier (ex-FN, ex-MNR, ex-MPF) était de fait l’héritier naturel. Or il a été marginalisé suite au « coup de gueule » de Nathalie Kosciuszko-Morizet en faveur de son éviction car elle « n’aime pas les fascistes » (selon ses propos) fin 2014.

Si Nicolas Sarkozy veut échouer lamentablement aux primaires face à Juppé, décourageant tous les militants de la droite de l’UMP qui seraient tentés de le soutenir, il n’a qu’à continuer à écouter les conseils de NKM qui est à  la droite ce que Macron est à la gauche, à savoir une pièce rapportée du camp adverse. Les centristes iront vers leur poulain naturel, Alain Juppé. Celui-ci est donc le grand gagnant des derniers mois.

L’erreur de Sarkozy est de défendre une ligne de second tour, où il devra effectivement rassembler au centre face à Marine Le Pen, alors qu’il n’est même pas encore au premier tour. Il part du principe qu’Hollande serait nécessairement éliminé dès le premier tour alors qu’une élection n’est jamais remportée avant d’avoir été jouée. C’est là encore une erreur stratégique majeure. Hollande en profite, favorisant de fait le FN en en faisant son principal adversaire, car il sait que sa seule chance d’être réélu en 2017 est de se retrouver en face de Marine Le Pen au second tour. Sarkozy lui facilite donc la tâche.

L’affaire Nadine Morano est un exemple encore plus désastreux de cette ligne suicidaire de Sarkozy. En lâchant mollement Morano, sous prétexte de propos mal rapportés par cette dernière de De Gaulle, propos maladroits dans la forme davantage que dans le fond, car en adéquation malgré tout avec ce que pense une partie importante des « Républicains », il a commis une erreur majeure. Il s’est fait inutilement une ennemie alors qu’elle le soutenait sur une ligne droitière et plébéienne favorable. Il a en outre montré une certaine faiblesse acceptant de se faire dicter sa conduite par le candidat de droite Richert aux élections régionales « Grand-Est » et ses colistiers, qui menaçaient de démissionner si Sarkozy maintenait Morano. Il a même été félicité par Manuel Valls et d’autres ténors du PS pour ce fait d’armes.

Dernière erreur en date ? Avoir accepté de participer avec Cambadélis (PS) à l’opération de déstabilisation de l’émission « Des paroles et des actes » à laquelle Marine Le Pen était conviée en « guest star ». Ce faisant, il a accrédité la dénonciation de ce fameux « UMPS » par le FN, de cette dénonciation d’une collusion de la gauche et de la droite pour faire taire le peuple. Tout ce qui encourage dans l’esprit des électeurs l’idée qu’au fond PS et LR (ex-UMP) c’est la même chose est au bénéfice du FN.

Un Sarkozy courageux aurait osé demander un débat en face à face à Marine Le Pen ce jeudi, au lieu de manœuvrer pour vider l’émission de son sens en coalition avec ses adversaires du PS. Le fait qu’il n’y ait pas pensé ou qu’il n’ait pas osé montre qu’il a peur de l’affronter. Cette frilosité trahit une incertitude criante quant à la bonne stratégie à adopter. En affrontant MLP, il se serait placé comme la seule forme d’opposition et aurait préparé dans les esprits le duel de second tour 2017, écartant la gauche du jeu car Hollande, en tant que président en exercice, n’aurait pas pu participer au débat.

Nicolas Sarkozy préfère laisser à Marine Le Pen le « monopole du réel ». Il est devenu inaudible en s’alignant sur les thèses conformistes d’Alain Juppé qui sera toujours plus légitime que lui sur ce terrain. Comment la droite de l’ex-UMP pourrait avoir encore confiance en lui ?

Pour se ressaisir et regagner le terrain perdu, pour devenir à nouveau un minimum crédible sur les thèses sécuritaires et identitaires, ce sera maintenant très compliqué. L’entêtement de la droite classique à s’aligner sur les thèses idéologiques de la gauche est suicidaire. C’est la raison principale d’ailleurs de la montée du FN depuis 1988.

Sarkozy au final sera peut-être quand même le candidat de la droite, car Juppé reste un homme politique usé et associé à l’époque chiraquienne, et peut-être même gagnera-t-il l’élection présidentielle tant Hollande est décrié par les Français, mais il est à craindre que Sarkozy II soit une fin de règne, rappelant le dernier mandat de Chirac (2002-2007). Après un Hollande s’effondrant dans les sondages à peine élu, Sarkozy serait élu par défaut et impopulaire avant même de gouverner. La France pourrait-elle s’en relever ?

Thomas FERRIER (PSUNE/LBTF)

06/09/2015

Compléments à propos du FN.

http://thomasferrier.hautetfort.com/media/01/02/1498962716.png

Tri.jpgDans le dernier billet sur le FN, on a expliqué pourquoi ce dernier ne serait jamais dédiabolisé, ce qui aura pour effet à la fois de le maintenir à un haut niveau, à l'abri des critiques sur l'incohérence de son programme et en situation de recueillir les votes de contestation, et en même temps de fixer une limite à ce haut niveau, avec pour conséquence d'interdire son accès au pouvoir.

A peine Marine Le Pen avait-elle fait prononcer l'exclusion de son père, dans une stratégie de dédiabolisation bien accueillie au dehors, que les assauts contre son parti ont redoublé de la part du monde politiquement correct et des partis dits de gouvernement. Ils se sont même montrés plus violents qu'ils ne l'avaient jamais été.

C'est d'abord Jean-Christophe Cambadélis qui a annoncé que le FN, s'il arrivait au pouvoir, expulserait hors de nos frontières quatre millions de français musulmans. Or, même du temps de Jean-Marie Le Pen, aucune proposition de ce genre n'a jamais été formulée. De plus on se demande où Cambadélis est allé chercher le chiffre de quatre millions. Estime-t-il qu'il y a autant de partisans du djihad en France?

Ensuite l'invitation de Marion Maréchal-Le Pen à l'école d'été de la Sainte Baume, dans le cadre d'une opération de formation organisée par le diocèse de Fréjus-Toulon, a suscité des réactions indignées de la part de la classe médiatique et politique, jusqu'au président "républicain" du Sénat, Gérard Larcher. Il faut reconnaître que la hiérarchie de l'Eglise a soutenu cette initiative, en la replaçant dans le cadre du débat. Peut-être est-ce la raison de la fureur des opposants au Front. En même temps, pourquoi un représentant de la droite a-t-il cru bon de se mêler aux voix de gauche? C'est la preuve qu'une certaine droite est toujours menée par le PS, on peut même dire fraternellement. C'est aussi la preuve que l'esprit centriste n'est pas contenu à l'intérieur des structures du Modem, voire de l'UDI. Les ténors "républicains" que sont Juppé et Larcher sont bien au centre. Contrairement à leur électorat, bien sûr.

Pour finir, les médias ont donné la parole à Marine Le Pen sur la "submersion migratoire", profitant de son passage à Brachay où elle tenait son discours de rentrée. C'est ainsi qu'elle a été interrogée sur le sujet au journal de 20 heures de TF1. Le thème était généralement mis de côté ces derniers temps. Il fallait montrer que le FN restait lui-même.

Ainsi le FN est-il, d'un côté, encouragé à se normaliser et, de l'autre, accablé d'autant plus qu'il cherchera à le faire. Il est soumis à un système de régulation qui le maintient dans son rôle de nuire à la droite. Du moins est-ce ce qui est attendu.

Pierre EISNER (PSUNE/LBTF)

10/05/2015

Front contre Front

europhobia.jpgAlors que les politologues opposent le « vieux » FN de « Jean-Marie » au nouveau « FN » de « Marine », la classe politique, de gauche comme de droite, prétend au contraire que le FN n’a pas changé, ou alors simplement de manière cosmétique, que le nouveau est la continuité de l’ancien, à quelques « détails » près. Cette crise familiale et politique est-elle le choix de l’efficacité au détriment de l’authenticité, une véritable rupture ou une continuité masquée ?

Le FN de JMLP : provocations et incohérences.

Jean-Marie Le Pen, choisi comme figure de proue par une partie de la droite radicale et activiste, lassée des combats de rue en 1972, Dominique Venner rejetant la proposition qui lui avait été faite d’en être l’animateur, a voulu rassembler le camp dit de « droite nationale » autour de sa personne. Il était relativement indifférent aux querelles de chapelle et admettait tant d’anciens résistants que d’anciens collaborationnistes, dans la mesure où tous lui faisaient allégeance. Néanmoins, son parti fut une succession de départs et d’arrivées, au gré de diverses scissions liées à sa personnalité ou à ses positions fluctuantes. Dès 1973, la plupart des fondateurs du FN partirent « faire Front » puis en 1983 ce fut le départ de ceux qui allaient fonder le PNF. La plus grande scission, dont le FN n’a jamais réussi à se remettre, même en 2015, fut celle emmenée par Bruno Mégret.

Rappelons que cette scission était la conséquence non seulement de l’attitude de Le Pen, attisée par un clan épurateur dont sa fille Marine était une des animatrices les plus acharnées, mais aussi de choix tactiques différents. Toutefois, contrairement à ce qui a été souvent dit ces derniers mois, et affirmé aussi par Mégret lui-même, la « dédiabolisation » qu’il envisageait n’avait rien à voir avec celle de Marine Le Pen aujourd’hui. Il s’agissait simplement de ne plus donner d’armes aux adversaires par le biais de déclarations intempestives et/ou nostalgiques d’époques dont l’évocation n’apportait rien de bon, mais sans le moindre renoncement idéologique. Mégret a ainsi emmené avec lui les opposants les plus radicaux à l’immigration avant de les perdre au gré de ses défaites électorales.

Les provocations attiraient l’attention des media sur le parti et plaisaient à une partie de l’électorat. Ce côté anti-système était un positionnement confortable, même s’il amenait à se faire attaquer par toute l’intelligentsia politique et médiatique, car il évitait les remises en question douloureuses. Mais d’un point de vue politique c’était improductif puisque les chances réelles de succès étaient nulles. En 2002, la punition au second tour des présidentielles infligée à Jean-Marie Le Pen fut significative et sa réaction personnelle démontra qu’il avait compris qu’il n’aurait pas le pouvoir. Il l’avait sans doute compris dès 1995 en vérité. Alors tout ça pour quoi ?

Lire la suite

17/01/2015

Perspectives 2017

http://thomasferrier.hautetfort.com/media/01/01/774434111.png

François Hollande.

On le disait fini. La séquence d’émotion « Charlie », en cela grandement aidée par une coopération totale des media, a permis de remettre en selle le président et son exécutif. L’ « union nationale » tait toute réflexion pour mettre la nation en ordre de bataille derrière son chef. Les ténors de la droite et même la dirigeante du FN ont ainsi reconnu au président le fait d’avoir été « à la hauteur ». Certes, le temps est encore long jusqu’à 2017 mais Hollande a au moins gagné la légitimité au sein de son camp et c’est ce qui était pour lui le plus important. Sa candidature en 2017 ne devrait donc pas être menacée.

En 2017, François Hollande fera du Hollande et personne ne s’attend à autre chose de sa part. Il défendra son « bilan ». Difficile dans ces conditions de lui donner la moindre chance de passer au second tour. La gauche est divisée, Front de Gauche et Ecologistes seront à nouveau de la partie. Quant à son allié de second tour, François Bayrou, il est durement affaibli. Néanmoins on ne sait jamais. Hollande a prouvé par le passé sa capacité à rebondir et on s’étonnera une fois de plus que les Français ne lui demandent aucun compte. Dans le drame, le peuple français a conservé un brin de nostalgie pour la monarchie. Il a besoin d’être rassuré, il a besoin qu’on lui mente. Une nation d’hommes libres, à la conscience aiguisée, ne se serait jamais comportée ainsi.

Nicolas Sarkozy.

Son retour politique a été calamiteux. Ses longs silences face à l’actualité en disent long sur son incapacité à déterminer une stratégie politique pour 2017. Adepte des équilibres, il a remis en avant la centriste Kosciuszko-Morizet, qui lui avait pourtant coûté la victoire en 2012, pour neutraliser le centre. Il a également propulsé Laurent Wauquiez pour rassurer la droite du parti. Buisson éliminé du jeu présidentiel suite à la fameuse affaire des « écoutes », Sarkozy ne maintiendra pas son « virage à droite », contrairement à ce que les media prétendent. Cette fois il n’enverra aucun signal à l’électorat FN car il pense qu’il n’en a pas besoin.

Hollande affaibli, Sarkozy le juge peu capable de se retrouver au second tour. Il parie sur la qualification quasi certaine de Marine Le Pen. Pourquoi « droitiser » son discours au risque d’inciter les centristes à une candidature présidentielle ? Pourquoi « droitiser » son discours au risque de voir Juppé et même Fillon s’opposer explicitement à lui ? Il n’a pas besoin des voix du FN. Ce qui lui faut c’est un bon report des voix du centre et de gauche au second tour afin qu’il se fasse élire comme Chirac en 2002, mais certes avec une marge beaucoup plus réduite.

La stratégie Hollande bien évidemment est au contraire de faire monter le FN le plus haut possible au détriment de l’UMP et de favoriser une candidature centriste. Après tout, sait-on jamais. Si finalement, par une étrange pirouette de l’histoire, Hollande se trouvait face à Marine Le Pen, sa réélection serait certaine.

Marine Le Pen.

Marine Le Pen n’a qu’une stratégie à avoir, « tenir ». C’est quand elle ne fait rien, et quand elle ne dit rien, que les faits lui « donnent raison ». Le déni de toute réalité par les dirigeants de l’UMP et du PS est son meilleur allié. En même temps, sa dédiabolisation a échoué, malgré tout le zèle qu’elle y met. Elle peut remercier le PS de l’avoir rejetée hors de la « marche républicaine ». Un FN « comme les autres », cela n’intéresse pas ses électeurs. Sa stratégie est suicidaire. Elle n’est sauvée que parce que ses adversaires sont encore plus médiocres qu’elle et lui ouvrent une voie royale.

Pourra-t-elle néanmoins continuer jusqu’en 2017 à conserver ses électeurs sans que sa stratégie de recentrage, de pseudo-crédibilisation, ne finisse par les dégoûter ? Troquer la lutte contre l’immigration pour la lutte contre l’Union Européenne et l’€, donnant à son programme économique une image d’impréparation et de sectarisme, n’est pas ce que veulent ses électeurs. Le virage souverainiste du FN sera tôt ou tard sa perte. Mais tant qu’il n’y aura aucune régression électorale, il continuera en ce sens.

2017 sera certainement son année. Celle où elle sera la plus proche de remporter l’élection. Mais elle échouera et ne peut qu’échouer. Il ne suffit pas de s’auto-décréter « crédible » pour l’être. Elle devra continuer de gérer les déclarations de plus en plus provocatrices de son père, sans avoir les moyens de le contraindre au silence. Elle n’est aucunement en moyen de l’exclure du parti qu’il a fondé. Or quelqu’un qui n’est pas capable de faire le ménage au sein de son propre parti le serait-il au niveau de l’Etat. De la même façon, devenue otage de son fidèle lieutenant, Florian Philippot, dont le discours a de quoi écœurer tout électeur FN « traditionnel », elle perd beaucoup dans sa capacité de rebondir efficacement sur l’actualité. Son discours « républicain » est insipide et inintéressant.

Sauf surprise, Marine Le Pen sera au second tour en 2017 avec un score compris entre 25 et 32% des voix. Ce sera à la fois son acmé et son chant du cygne.

Thomas FERRIER (PSUNE/LBTF)

16/09/2012

Elections parlementaires néerlandaises : le souverainisme ne paie pas !

élections parlementaires néerlandaises,Geert Wilders,VVD,PvdA,PVV,Le Pen,Dupont-AignanLe 12 septembre 2012, les électeurs néerlandais votaient pour les élections législatives et régionales dans un contexte européen de crise économique, de rigueur budgétaire et de déstabilisation de la monnaie unique. Il y a un mois, les sondages annonçaient un succès de la gauche radicale, le Parti Socialiste, qui devait être le principal parti du pays et un léger recul de la formation populiste de Geert Wilders, le PVV (« Parti de la Liberté ») en faveur du premier. Les deux formations avaient axé leur programme sur l’euroscepticisme et le refus de la rigueur, mais Wilders avait choisi d’adopter une ligne intégralement souverainiste, défendant à la fois l’abandon de l’euro et la sécession de l’Union Européenne.

Au contraire de ces prévisions, les électeurs néerlandais ont préféré « jouer la sécurité » en apportant leur soutien aux deux partis classique de gauche et de droite, à savoir les travaillistes (PvdA) et les libéraux (VVD), progressant chacun d’environ un peu plus de 5%. Les libéraux, avec 26,5% des voix (+6,1%) et 41 sièges, redeviennent le premier parti du pays, alors que les travaillistes, avec 24,7% des voix (+5,1%) et 39 sièges distancent davantage la gauche dure. Incapables cependant par leurs propres forces de créer un gouvernement de rassemblement, VVD et PvdA sont contraints de mettre en place une grande coalition, chargée d’appliquer un programme de redressement des finances publiques par la diminution des dépenses de l’Etat, un programme que l’on sait impopulaire mais qui a le mérite de la crédibilité économique.

Les socialistes (SP) avec 9,6% des voix (-0,2%) et 15 sièges ne connaissent pas le succès escompté et reculent même légèrement. C’est la même chose pour le PVV de Wilders, qui s’effondre avec 10,1% des voix et 15 sièges parlementaires seulement (-5,3%, - 9 députés). Le dernier grand vaincu est le CDA (chrétiens-démocrates), qui n’obtient que 8,5% des voix (-5,1%) et paye le vote utile en faveur du VVD.

Le mouvement D66 (démocrates), le seul parti ouvertement pro-européen, progresse légèrement avec 7,9% des voix (+1%) malgré le vote utile. C’est plutôt dans un tel contexte un succès pour cette petite formation.

A droite, les mouvements chrétiens autres que le CDA résistent plutôt bien. La ChristenUnie avec 3,1% des voix (-0,1%) et le SGP protestant avec 2,1% des voix (+0,4%) maintiennent leur représentation. 50PLUS, parti de défense des retraités, et formation nouvelle, avec 1,9% des voix, émerge de manière modérée et aux dépens du PVV de Wilders.

Les écologistes de « gauche » (GroenLinks) s’effondrent avec seulement 2,3% des voix contre 6,7% en 2010. Ils payent eux aussi le vote utile mais cette fois en faveur du PvdA. En revanche, le parti de défense des animaux (PvdD) avec 1,9% des voix (+0,6%), qui bénéficie d’un électorat motivé, conserve sa petite audience.

Ces élections infirment l’idée que les souverainistes, de « gauche » ou de droite, devraient nécessairement profiter de la crise politique due aux troubles économiques de la zone euro (et hors zone euro). Les électeurs ont préféré apporter un soutien plus net aux formations politiques classiques, et rassurantes, dans une campagne dans laquelle les thèmes des problèmes sociaux et de l’Europe ont dominé au détriment des problématiques identitaires qui avaient été le cœur du succès de Wilders en 2010. Ce dernier, comme cela a été reconnu par la plupart des politologues, a payé le prix d’une campagne où l’islamisation et l’allogénisation n’ont quasiment pas été évoqués par le candidat populiste, thèmes qui pourtant avaient été la clé de son crédit aux yeux de nombreux électeurs. Cela démontre bien qu’à droite, ce sont les questions d’identité nationale, et je dirais même d’identité ethno-civilisationnelle, qui représentent les préoccupations principales de ces électeurs. En revanche, l’europhobie ne paie pas.

Néanmoins, si le contexte économique devait s’aggraver, malgré les mesures prises au niveau de l’Union Européenne, en l’absence d’autre opposition que les mouvements souverainistes, cette bonne nouvelle de leur insuccès n’est pas forcément rassurante. On constate bien en deux ans une grande variabilité des réactions des électeurs, cette instabilité pouvant très bien demain se faire en faveur de ceux qui aujourd’hui ont mordu la poussière. De plus, le PVV de Wilders va nécessairement réorienter son action vers ses thèmes de prédilection.

Ces élections sont néanmoins une leçon intéressante pour les partis populistes et eurosceptiques français, le Front de Gauche et le Front National. En effet, si Jean-Luc Mélenchon axe davantage son discours sur la critique sociale et économique du programme du nouveau président socialiste, Marine Le Pen développe désormais un programme ultra-souverainiste à la Wilders, tapant systématiquement sur l’€ et sur l’UE, au détriment de la critique de l’immigration extra-européenne qui a fait le succès passé du FN. Alors qu’elle a fait le ménage des éléments les plus nationalistes, mais aussi identitaires, demeurés au sein de son parti, elle a ouvert la porte à différents représentants de la ligne souverainiste, et notamment le créateur même du terme, Paul-Marie Couteaux. Avec l’arrivée de l’étatiste et ex-chevènementiste Florian Philippot au premier rang du nouveau FN, avec le choix d’une illustre inconnue, Tamou « Charlotte » Soula, d’origine algérienne et proche par ailleurs du souverainiste UMP Henri Guaino, comme directrice de cabinet de la présidente du FN, Marine Le Pen prend le pari d’un effondrement de l’euro.

Or, après les émeutes d’Amiens, les révolutions islamiques dans le monde arabe, les manifestations islamiques suite à la diffusion sur internet d’un film très hostile à l’islam et à son fondateur Muhammad, l’électorat FN attendrait que le parti qu’il soutient soit plus présent sur ces thèmes. Celui-ci les néglige parce qu’il s’efforce à tout prix de donner l’image d’un parti profondément anti-raciste. Aux présidentielles, Marine Le Pen a pu néanmoins faire un bon score, 17,9% des voix, mais avant tout parce qu’au dernier moment, suite aux dérives immigrationnistes de Mélenchon, elle a pu rectifier le tir.

Si Nicolas Dupont-Aignan, qui a obtenu moins de 2% des voix aux présidentielles de 2012 (1,79% précisément), prône aujourd’hui un rapprochement de sa formation avec le FN, sous réserve par cette dernière de « couper le cordon avec l’obsession identitaire » ou encore d’ « abandonner sa logique identitaire », c'est-à-dire de mettre fin à son fonds de commerce, même si elle le délaisse actuellement. Dupont-Aignan, comme tous les souverainistes, est désormais contraint de chercher un espace entre l’UMP et le FN, mais cet espace est d’environ 2,5% des voix au maximum, score classique d’un MNR ou d’un MPF jadis. Et à la différence de Villiers, il n’a pas réussi à faire la différence aux élections européennes de 2009 (1,77%). Si la ligne souverainiste de Marine Le Pen continue de dominer les thèmes de son parti, Dupont-Aignan finira comme satellite du néo-FN, mais son apport électoral sera faible par rapport à une hémorragie électorale d’un électorat qui dénonce l’immigration extra-européenne et n’a jamais voté FN que pour envoyer un signal de colère aux partis de gouvernement.

Thomas FERRIER (PSUNE)