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17/09/2017

Elections parlementaires en Norvège : victoire à la Pyrrhus de la coalition sortante.

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Fremskrittspartiet_parti_du_progres_norvege.pngAlors que l’Europe entière attend avec impatience le résultat des élections parlementaires en Allemagne, les Norvégiens votaient ce 11 septembre 2017. Il s’agissait pour eux de reconduire ou de renforcer la coalition sortante minoritaire composée des conservateurs du Høyre et des populistes du Parti du Progrès (Fremskrittspartiet ou FP) de Siv Jensen. En face d’eux, les Travaillistes (Arbeiderpartiet) cherchaient à proposer une alternative.

Les électeurs ont finalement choisi la continuité politique, même si certains mécontentements se sont exprimés en faveur de partis minoritaires, centristes ou d’extrême-gauche. Les mouvements d’extrême-droite quant à eux sont marginalisés par le FP et ne présentaient aucune liste.

Avec 27,4% des voix, les Travaillistes (AP) restent le premier parti du pays, comme il l’était aux élections précédentes, avec 27,4% des voix. Néanmoins ils reculent de 3,4 points alors qu’ils sont pourtant dans l’opposition depuis plusieurs années. Avec 49 sièges, ils en perdent 6.

Høyre subit l’usure du pouvoir, n’obtenant que 25% des voix (-1,8 points), de même que le FP qui passe de 16,4% à 15,2%. Le désaveu de la coalition sortante est donc très limité et surtout il ne profite pas à la principale force d’opposition. Høyre disposera de 45 députés (-3) et le FP de 27 députés (-2).

Les centristes du Senterpartiet (« Parti du centre ») sont les principaux bénéficiaires de ce recul des grands partis en obtenant 10,3% des voix et (+4,8 points) et 19 sièges (+9). La Gauche Socialiste (Socialistisk Venstreparti) avec 6% des voix (+1,9) et 11 sièges (+4) progresse également au détriment des Travaillistes. Même chose pour la gauche radicale du Parti Rouge (Rødt) qui obtient 2,4% des voix (+1,3) et son premier siège au parlement. Enfin les Verts conservent leur seul siège, et renforcent leur poids électoral avec 3,2% des voix (+0,4).

Libéraux (Venstre) et chrétiens-démocrates (Kristelig Folkeparti) qui avaient soutenu la coalition sortante sans y participer reculent en revanche, avec 4,4% (-0,8) et 8 sièges (-1) pour les premiers et 4,2% (-1,4) et 8 sièges (-2) pour les seconds. Ce recul n’a manifestement pas profité aux partis de la coalition ou aura simplement diminué leur recul.

Avec 72 voix en tout, la coalition sortante est loin des 85 sièges nécessaires pour disposer d’une majorité. Si les deux partis minoritaires précédemment évoqués apportaient leur soutien, cela ferait en revanche 88 sièges. C’est le cas le plus probable.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

27/08/2017

Le Front National pris dans une aporie insoluble. Constat d'une faillite programmée.

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Front National,Marine Le Pen,échecSi le FN a dédiabolisé son discours, en renonçant en réalité à tout ce qui en faisait la sève, l’édulcorant au point de le rendre semblable à celui de tous les autres partis, il n’a pas démocratisé son mode de fonctionnement interne. Le président du parti, qui est toujours un Le Pen, est indéboulonnable et ne cède sa place que quand il le décide. Il est donc décrété candidat naturel du parti ad vitam aeternam, et en ce sens la présidence de « Marine » est conforme à la présidence de « Jean-Marie ».

La campagne de 2017 a révélé un double échec : échec personnel de Marine Le Pen qui n’a pas été élue présidente, même si elle a été élue député, sans groupe, dans la meilleure circonscription de France pour son parti ; échec de la stratégie politique du Front National, avec ses thèmes souverainistes, à l’instar de l’abandon de l’euro. Aux législatives, le FN a dû se contenter d’un petit 13,2%, loin des 27% obtenus aux élections européennes de 2014. Aux présidentielles, le FN a obtenu 21,3% des voix, soit à peine un point de plus que François Fillon, et 33,9% au second tour. Ce dernier résultat, s’il atteint un record, est néanmoins très inférieur à ce que le parti pouvait espérer.

Contrairement à 2002, le second tour a eu lieu d’une manière classique, le moment clé étant le débat entre les deux finalistes. Emmanuel Macron ne se déroba pas à l’affrontement, même si tactiquement il laissa filtrer la fausse information selon laquelle il quitterait le débat si Marine Le Pen l’y poussait. Les « stratèges » de Marine Le Pen tombèrent dans le piège en la poussant à un discours de rupture et de provocation.

Marine Le Pen n’a pas seulement perdu l’élection et le débat. Dans ce débat, elle a révélé son vrai niveau de compétence ou d’incompétence, selon le fameux principe de Peter. Très bonne candidate quand on lui oppose des anathèmes sans fondement, elle devient médiocre lorsqu’elle est amenée à exposer ce qui lui sert de programme. Elle est parue confuse, déconnectée des enjeux, attaquant son adversaire sur le terrain où celui-ci est le plus fort. Épuisée par une campagne mais aussi par des choix stratégiques absurdes, comme sa visite la veille du débat à un collectif africain où elle a promis 15 milliards d’euros par an pour l’Afrique, alors qu’elle ne cessait de vitupérer contre les 9 milliards d’euros versés chaque année à l’Union Européenne, elle n’avait manifestement pas le niveau. Enfin, ses quelques pas de danse à la fin d’une soirée d’échec électoral, créant une désespérance profonde auprès de ses électeurs, sympathisants et militants, ont accentué le désaveu.

On peut se remettre d’une contre-performance électorale mais pas d’un débat de second tour vu par des millions de Français, dont ses électeurs, où elle a révélé son vrai visage. Car nombreux étaient ceux qui depuis de nombreuses années connaissaient la réalité derrière le masque. Les bons résultats électoraux de ces dernières années avaient envoyé un message trompeur.

La stratégie a été mise en cause et à juste titre, mais changer de stratégie n’est pas aussi simple. Le débat sur l’euro a été mis sous le boisseau, même si Florian Philippot y revient sans cesse, mais le parti reste officiellement opposé à la monnaie unique. Le choix est désormais de ne plus en parler et d’axer le propos sur le rétablissement des frontières nationales. C’est inaudible. Les thèmes identitaires, mis en avant par Bay, et les thèmes souverainistes, mis en avant par Philippot, sont irréconciliables.

Une stratégie est également incarnée. Marine Le Pen a tellement mis en avant une ligne souverainiste qu’il lui est impossible d’y renoncer. Si changement de ligne le FN doit adopter, ce qui ne passe pas nécessairement par un changement de nom, relevant d’une logique cosmétique, il faut un changement de dirigeant, de candidat. Or c’est impossible pour les raisons évoquées préalablement. Marine Le Pen est indéboulonnable, et personne ne s’opposera à elle lors du congrès de 2018, mais elle est gravement démonétisée, et même décrédibilisée par le débat du second tour. Même Florian Philippot reconnaissait, selon un propos rapporté par le Canard Enchaîné dont il niera ensuite la réalité, que Marine Le Pen « était décrédibilisée à jamais ».

Robert Ménard, dans une tribune qui lui a valu les foudres de Florian Philippot, a clairement indiqué la nécessité d’un changement stratégique et d’un changement de direction, espérant l’émergence d’une personnalité nouvelle. Si une telle personne devait émerger, néanmoins, cela ne serait pas au Front National. A moins d’une démission surprise de Marine Le Pen, qui créerait automatiquement une scission en deux, le parti est promis à un déclin plus ou moins long. Or le FN empêche l’émergence d’une nouvelle personnalité, en son sein aussi bien qu’en dehors, car il est encore en position de monopole sur des thèmes identitaires que pourtant il réfute.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

« Habebamus papam » ou comment le pape a abandonné l’Europe.

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1280px-Vatican_3.jpgLe pape François (Jorge Bergoglio) a publié un texte ce lundi 21 août en faveur des migrants, texte qui dépasse de loin toutes ses déclarations antérieures en leur faveur. Ainsi rejette-t-il tous les arguments opposés à l’accueil, exigeant qu’aucune considération de sécurité ou d’économie n’entrave leur arrivée. Il invite à donner la nationalité à leurs enfants s’ils naissent sur le sol européen, de leur permettre d’accéder au travail, même s’il y a des millions de chômeurs dans nos pays, et de conserver leur identité dans son intégrité. Cela fait d’ailleurs plusieurs mois qu’il incite les dirigeants italiens à instaurer le « droit du sol », au grand dam des patriotes italiens. Il invite enfin les Européens à accepter le plus large regroupement familial.

En clair, il invite les Européens à se dépouiller et à céder à une charité totale, même si cela devait amener à leur ruine économique et à la disparition de leur identité millénaire, même chrétienne. Ce serait donc la fin de l’Europe et même de la Chrétienté au nom d’un christianisme extrême dans l’esprit, celui-là même qu’on retrouvait dans l’empire romain au IIème siècle de notre ère. Le mot de Nietzsche concernant la charité, l’amour rendu vicieux, a alors tout son sens.

Quelle est donc la stratégie à l’œuvre au Vatican et que le pape François dévoile sans retenue ? L’analyse de l’Église est de considérer que l’Europe est un continent perdu pour le christianisme, en raison de sa dénatalité, de sa profonde déchristianisation, l’évêque Hippolyte Simon s’étant inquiété il y a un peu moins de deux décennies du renouveau du paganisme en Europe, et des flux migratoires qu’elle subit, notamment en provenance de pays musulmans.

Pourtant, l’Europe est la base du christianisme, sans laquelle elle n’aurait été qu’une des nombreuses religions orientales de l’empire romain. Le pape abandonne l’Europe au nom des pauvres du monde entier, s’appuyant désormais sur l’Amérique du sud, sur l’Afrique où l’Église est en concurrence avec l’islam et l’évangélisme protestant, et sur l’Inde et la Chine si ces dernières échouent à s’opposer à son prosélytisme.

D’un point de vue social, le pape a adopté un discours marxiste prenant la défense systématique des pauvres dans le monde entier, sans aucune pensée pour les Européens en souffrance. La raison en est que, tout comme l’islam, le christianisme a choisi de prendre la défense des « damnés de la terre ». Or, selon cette idéologie, les Européens représentent désormais le mal.

Par ailleurs, le fait que le pape François ait à peine pris la défense des chrétiens d’orient, préférant même ramener à Rome des migrants musulmans, montre qu’il considère que, comme ces communautés, l’Europe n’a plus d’avenir. Le pape anticipe donc la fin de l’Europe sans état d’âme, et prépare déjà l’Église à un monde sans Europe et où elle sera la deuxième religion mondiale après l’islam. Il a donc signé de fait un « pacte de soumission ». Mais en abandonnant sa base, de qui elle doit tout, elle choisit la proie pour l’ombre.

Face à cet abandon de l’Europe à un sort funeste, sans avoir le courage d’un Nicolas V appelant à défendre Constantinople, et face au reniement de la civilisation sans laquelle l’Église ne serait rien, les Européens doivent constater que le christianisme organisé ne leur sera d’aucun secours. Même Philippe de Villiers et Ivan Rioufol doivent constater que le pape « veut punir l’Europe », prônant une « théologie mondialiste mortifère pour l’Europe ».

Les églises orthodoxes, à l’instar du patriarche Kirill, même si elles ne sont pas exemptes de dérives potentielles, étant nationales, elles remplissent leur mission de défense de la communauté nationale. L’église arménienne défend et bénit ceux qui vont se battre au Haut-Karabagh. Est-ce à dire qu’il faudrait une église (orthodoxe) d’Europe ? L’État du Vatican, sauvé une première fois par Napoléon III et une seconde fois par Mussolini, n’a plus de sens à partir du moment où l’Église renonce à l’Europe. Il doit donc être restitué aux Romains, aux Italiens, aux Européens.

Au discours du pape et de l’Église, à l’exception de quelques prélats courageux, en dehors de prôner la renaissance de la civilisation européenne, deux choix se défendent et départageront les Européens. Le premier choix est la mise en avant d’un christianisme identitaire de rupture avec l’universalisme, avec une Eglise nationale d’Europe. Le second choix est le retour aux paganismes indigènes de l’Europe, aux religions natives des Européens avant la christianisation. Des Européens de plus en plus nombreux font ce choix, de l’Islande jusqu’à la Russie. Ils observent notamment ce qui se passe en Inde, où les patriotes hindous, désormais au pouvoir par le biais du parti BJP et de Narendra Modi, s’opposent aux religions universelles avec un certain succès.

Demain l’Europe renaissante saura se souvenir de ceux qui auront pris sa défense et de ceux qui auront pris le parti de l’abandonner. Il est sûr en revanche que paganisme et christianisme identitaires auront joué un rôle décisif dans sa renaissance.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

30/07/2017

La religion des Hellènes.

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Que dire de plus de la religion qui a inspiré tant de génies européens, la Grèce étant par bien des aspects la matrice de l’Europe entière, dont elle tire son nom. Les statues d’Alcamène, de Scopas, de Praxitèle, le Parthénon aussi bien que les Jeux Olympiques, tous n’ont dû leur existence qu’à cette religion.

Le dieu suprême et sans égal est Zeus, le *dyeus indo-européen renforcé des pouvoirs d’un dieu de l’orage sans doute sous l’influence crétoise. A l’origine, il a pour épouse ou parèdre la terre-mère, qui est Gê Mêtêr ou Déméter, cette dernière portant bien d’autres noms comme Héra, « la déesse de la belle saison » ou Dionê, « celle de Zeus », et aux temps mycéniens *Diwiya (forme féminine de Zeus). Déméter était surnommée Europê en Béotie, ce qui nous rappelle qu’avant de désigner une princesse phénicienne ou crétoise, l’Europe désignait la terre-mère par excellence et notre continent en particulier.

Ce sont les poètes qui enrichiront ce panthéon de générations antérieures de figures divines, qui recoupent exactement les fonctions des dieux olympiens. Les titans Hypérion et Phébé ne sont qu’une variation d’Hélios et de Séléné, puis d’Apollon et d’Artémis. Prométhée est Héphaïstos, Japet est Arès. Le triplement du dieu céleste, entre Ouranos, Cronos et Zeus est sans doute lié à la mythologie hourrite. Le nom même d’Ouranos (sanscrit Varuna) a sans doute désigné Zeus aux temps archaïques.

Les fils et filles de Zeus composent ce panthéon, et toutes se retrouvent dès l’époque mycénienne. Il y a ainsi Arès, dieu de la guerre, qui à l’époque ancienne était au premier plan. Même s’il a conservé sa place parmi les douze olympiens, Arès a perdu de sa superbe, sauf chez les Spartiates. Il est possible que sa déchéance ait suivi la chute des palais mycéniens.

Il a surtout été concurrencé dans son rôle par d’autres figures divines, comme Athéna, protectrice des acropoles, comme Héraclès, qui accomplit une série d’exploits associés généralement au dieu orageux (Thor par exemple) et qui devaient initialement être attribués à Arès. Un vieux mythe narre également la capture d’Arès par les géants Aloades et sa libération par Hermès. Cela rappelle la déchéance d’Indra en Inde, pris d’effroi face au démon Vritra, et qui ne retrouva ses forces que par l’intervention du dieu du feu Agni. Enfin, lors des premiers jeux olympiques de la période mythique, avant leur recréation par Héraclès en 776 avant J.C selon la tradition, le dieu Apollon triompha ainsi d’Arès à la boxe et d’Hermès à la course de vitesse.

La déesse de l’aurore est présente sous différentes hypostases dans le panthéon grec. Si Eôs (« Aurore ») a un rôle mineur sous sa forme authentique, sous les traits d’Athéna et d’Aphrodite, son rôle est immense. Athéna, en tant que fille de Zeus, incarne la dimension guerrière et intellectuelle de l’Aurore, tandis qu’Aphrodite est l’Aurore sortie des eaux, qui annonce le printemps et réveille l’amour. Son nom est à rapprocher des Apsaras indiennes, nymphes célestes sorties des eaux et qui peuplent le paradis d’Indra. Le rapprochement avec la déesse ouest-sémitique Ashtoreth est fortuit. Si l’Aphrodite Ourania d’Hésiode s’inspire de cette déesse, il existe chez Homère une autre Aphrodite, fille de Zeus et de Dioné.

L’Aurore était à l’origine l’épouse d’Arès et d’ailleurs Athéna et Aphrodite sont parfois qualifiées d’Areia (« d’Arès »). La déesse Eôs elle-même est connue comme l’une des amantes d’Arès, suscitant la jalousie d’Aphrodite.

Héphaïstos est le dieu du feu et de la forge. Son rôle est très limité même si à l’origine il représentait le feu en général. Hestia est une timide déesse du foyer, limitée à son rôle originel, tout comme la Vesta romaine.

Zeus aura de nombreuses autres liaisons, aboutissant à la naissance de nouveaux dieux et de héros, comme Hermès (fils de Maia), le messager des dieux, Apollon et Artémis (enfants de Léto) et les Dioscures (enfants de Léda). Il faut notre rue Léto était une ancienne déesse de la nuit, comme Nyx, et son nom est identique à celui de la déesse indienne de la nuit Ratri. Léda de son côté était une déesse du désir, son équivalente indienne de même étymologie étant Rati. On la retrouve aussi sous les traits de la déesse slave Lada, épouse de Svarog. Léda était aussi la mère d’Hélène dont le nom signifierait « vengeance divine », tout comme les Erinyes, ce qui expliquerait son rôle essentiel dans le déclanchement de la guerre de Troie. Enfin, le nom d’Artémis rappelle celui de l’ours (*arktos) et désigne la déesse de la chasse. On retrouve son équivalente celte sous les traits de la déesse Artio.

Les frères de Zeus, avec qui il a partagé le monde entre ciel, terre et enfers, sont Poséidon et Hadès. Poséidon n’est pas « l’époux de la terre » selon une étymologie populaire mais « le maître des eaux », ce qui en fera ensuite naturellement le dieu de la mer. Hadès signifie « l’invisible » selon une étymologie proposée par les Grecs anciens eux-mêmes. Son nom véritable est devenu tabou, mais il est probable que la forme poétique Aidoneus ait été son théonyme originel.

Le personnage de Minôs, roi de Crète et qui deviendra juge infernal, fait indiscutablement penser à *Manus, le premier homme selon la mythologie indo-européenne (Manu en Inde, Mannus chez les Germains). Il était peut-être le premier dieu infernal aux temps de la Grèce mycénienne. Cerbère qui garde la porte des Enfers est l’héritier direct du chien infernal indo-européen (sanscrit Sarvaras, scandinave Garmr).

Hermès et Pan désignaient à l’origine la même divinité, préposée à l’élevage mais aussi conducteur des morts, dieu messager et dieu guide. Pan est le *Pauson indo-européen (sanscrit Pushan, lituanien Puskaitis, latin Faunus), que les Celtes appelleront Cernunnos et les Slaves Volos. Hermès, dont le nom fait penser au dieu messager scandinave Hermod, ne devait à l’origine qu’être un aspect spécifique de Pan. Tout comme le dieu Terminus à Rome, Hermès était associé aux frontières, voies et limites de propriété.

La religion des Grecs anciens, depuis l’époque mycénienne jusqu’à nos jours, n’a jamais cessé d’inspirer le génie européen. Le christianisme n’a jamais pu effacer de nos mémoires ces grandes figures, qui survécurent au moyen-âge (lire pour s’en convaincre « La survivance des dieux antiques » de Jean Seznec) et inspirèrent la Renaissance. Il suffit de songer aux œuvres de Rabelais, de Ronsard ou des poètes du Parnasse pour constater que l’antique foi, réfugiée dans les arts et la poésie, a survécu. Et de nos jours des Grecs entendent la rétablir, l’Olympe entendant à nouveau des chants en faveur de ses hôtes après des siècles de silence.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

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29/07/2017

La religion des Latins.

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Religio Romana,romanitas,Jupiter,Mars,latinsLa religion indigène des peuples italiques, du nom de Vitalie, le pays des troupeaux de veaux (latin vitulus), avant toute influence grecque (directe ou par le biais des Étrusques), se compose de grandes figures divines d’origine indo-européenne, l’Italie étant avec la Lituanie un véritable conservatoire de cette tradition ancestrale.

Le dieu suprême est Dius Pater, que les Romains appelleront par la suite Jupiter (Iuppiter, du vocatif [d]-iu), qui est le « ciel de jour père », l’homologue du grec Zeus Patêr et de l’indien Dyaus Pitar. Jupiter Latiaris était le dieu protecteur de l’ensemble du Latium, tandis que le sanctuaire de Jupiter Feretrius accueillait les dépouilles des ennemis vaincus. Selon la tradition, néanmoins, une divinité était plus ancienne encore que Jupiter, à savoir le dieu Janus, dieu des commencements et des fins, dieu qui ouvre et ferme les portes du ciel, qui sera ensuite repris par les chrétiens sous la forme de Saint Pierre, qui ouvre et ferme les portes du paradis. Janus était une sorte de démiurge et il fut même repris par les Etrusques sous le nom d’Ani. Le Jupiter originel était dieu du ciel mais probablement pas le dieu de l’orage, une fonction (Jupiter Tonans) qu’il se verra ensuite attribuée sous l’influence du Zeus grec et du Tinia étrusque.

Le dieu Mars (de l’indo-européen *Maworts, dieu de l’orage) était en effet le dieu de l’orage, et pas seulement de la guerre, avant que le modèle de l’Arès grec (et du Laran étrusque) ne le contamine. Dans les mythes, ce rôle ancestral transparaît encore. C’est ainsi que lors d’un orage Mars enlèvera son fils Romulus pour en faire un dieu. Mars est le dieu fondateur de Rome, par le biais de ses enfants, les jumeaux divins Romulus et Rémus, enfants qu’il aura de la déesse Ilia, qui deviendra ensuite la vestale Silvia dans le mythe romain classique. Il est accompagné des déesses Nerio et Bellone (« divinité de la guerre ») sur le champ de bataille et semble avoir eu pour épouse Minerve, avant qu’elle ne devienne la version latine de la vierge Athéna, hypostase de l’Aurore guerrière, connue aussi sous les noms d’Aurora et de Mater Matuta (« la mère des matins »). Minerve et Venus sont d’ailleurs deux aspects de l’Aurore, comme Athéna et Aphrodite l’étaient aussi en Grèce.

La déesse Venus, dont le nom signifie « désir » (sanscrit vanas), incarne la dimension amoureuse de la déesse de l’aurore, même si les Romains la doteront aussi de fonctions guerrières. Il est tout à fait possible qu’elle ait été l’épouse de Mars, dans la tradition latine originelle, indépendamment du mythe grec des amours d’Arès et d’Aphrodite. C’est Venus Cloacina (« purificatrice ») qui selon le mythe légitimera le mariage des premiers Romains avec les filles des Sabins. En 416 de notre ère, le poète Rutilius Namatianus dira d’ailleurs de Rome qu’elle a « pour auteurs (…) Venus et Mars, la mère d’Enée et le père de Romulus ».

La déesse Flora, dont le culte était bien supérieur à celui de la Chloris grecque, de même origine indo-européenne, représentait quant à elle les aspects les plus licencieux de la déesse de l’amour. La fête des Floralies était connue pour la légèreté des mœurs de certains Romains à cette occasion.

Avant que les Grecs n’apportent leurs divinités, Apollon, Esculape et Hercule n’étant que des divinités importées en Italie, le dieu Neptune n’était que le dieu des eaux en général et pas spécialement le dieu de la mer, et le dieu Vulcain était non seulement un dieu forgeron mais le dieu du feu dans toutes ses dimensions. La déesse Vesta, analogue à l’Hestia grecque, était à peine représentée.

Jupiter lui-même avait comme épouse Tellus, la déesse de la terre, dont Junon incarnait l’aspect printanier (la « belle saison »). Tellus étant ensuite associée à Gaia, les Latins firent de Cérès, divinité agraire mineure, l’équivalente de Déméter.

Le dieu des morts était Orcus, qui a donné en français les mots « orc » et « ogre », qui désignait à la fois le monde infernal et le dieu qui en avait la garde. Sous l’influence de l’Hadès grec, il devint « le riche », Pluton en grec et Dis Pater (diues pater, le "père riche") en latin. Liber Pater devint Dionysos, Saturne (dieu solaire proche du Savitar indien) devint Cronos, Ops (déesse des céréales) devint Rhéa. La déesse Perséphone, épouse d’Hadès, fut latinisée en Proserpine. Le dieu étrusque Voltumna devint Vertumnus, dieu du printemps et compagnon de Pomone, déesse des arbres fruitiers.

Certes certaines divinités correspondaient parfaitement en raison de leur même origine indo-européenne, comme Cupidon et Erôs, comme Juventas (la jeunesse) et Hébé, comme Lucina (déesse des accouchements) et Ilithye. Mais souvent la comparaison était forcée. D’autres furent sans doute créées de toutes pièces, comme Mercure pour correspondre à Hermès.

Il y avait enfin la cohorte de dieux mineurs, comme le dieu Vaticanus, en charge des premiers cris du nouveau-né, ou comme le dieu Robigus, protecteur du blé contre la rouille. D’autres divinités italiques furent aussi adoptées par les Latins, comme Mefitis, déesse des émanations toxiques.

Les divinités astrales, Sol Indiges (le soleil « indigène ») et Luna bénéficiaient aussi d’un culte latin intense, avant qu’Apollon et qu’Artémis ne ternissent leur éclat. Diane, déesse des clairières, devint même déesse romaine de la chasse.

Enfin survécurent des divinités latines inclassables, comme Dea Dia, qui était sans doute la terre-mère en tant que parèdre de Jupiter, et qui n’aurait pu alors correspondre en Grèce qu’à la déesse mycénienne Diwiya, qui n’avait pas survécu aux âges obscurs, ou encore Silvanus, dieu des forêts, et Salacia, déesse des eaux salées, qui étrangement ne fut pas assimilée à l’Amphitrite grecque. En revanche, Faunus, qui était le Pan latin, fut bien sûr relié naturellement au fils d’Hermès, mais il n’était pas seulement le dieu de l’élevage mais aussi, tout comme le Cernunnos gaulois, dieu des animaux sauvages. Son culte résista donc partiellement à l’hellénisation.

Alors que les Latins et en tout cas les Romains possédaient leur paire de jumeaux divins, Romulus et Remus, la légende de la louve faisant de ces derniers des héros, certes fils de Mars mais pas dieux eux-mêmes, amena les Romains à chercher d’autres jumeaux divins. Ainsi les Dioscures Castor et Pollux furent-ils attirés à Rome et bénéficièrent d’un temple dédié.

La Religio Romana cherche désormais dans une Italie en plein doute identitaire, au sein d’une Europe qui doute elle-même, à ranimer l’antique foi italique, en héritant aussi de la Renaissance et du Romantisme. Le R de romanitas aura encore un avenir, même sur les terres du Vatican, ancien sanctuaire païen. Et Santa Minerva, la sainte du Panthéon devenu église, alors reprendra son casque et sa lance.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

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La religion des Scandinaves.

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thors-hammer-mjolnir-car-sticker-hammer-decal.jpgDisposant désormais en Islande, au Danemark et en Norvège d’un statut légal, le polythéisme germano-scandinave sous la forme du mouvement Asatru (« foi envers les dieux Ases ») ou Forn Siðr (« la coutume ancienne ») est de retour. Mais les sources qui nous permettent de le connaître datent toutes de l’époque chrétienne, à l’exception des inscriptions runiques.

Snorri Sturluson, auteur de l’Edda, était lui-même chrétien et on peut penser notamment que le Ragnarök ou « destin des puissances » était une façon pour le poète de donner une belle mort à ses dieux. La satanisation de Loki et le retour de Balder, assimilé au Hvati Krist ("le blanc Christ"), tout comme le christianisme antique avait récupéré la figure d’Apollon, étaient une façon d’évoquer la victoire de la religion nouvelle. Le combat de Thor contre le serpent de Midgard, lors d’une pêche miraculeuse, est alors répété en fin de cycle, se soldant cette fois par la mort des deux adversaires.

La religion scandinave, analogue à sa version germanique continental dans les grands traits, mais connue sous une forme ultérieure de plusieurs siècles, considérablement enrichie, indique un éloignement des dieux des fonctions élémentaires qui étaient les leurs. Vintr (« le vent »), Vörnir (qui serait la forme scandinave d’Ouranos), Fjorgyn (ancien dieu de l’orage), Logi (« le feu »), Aegir (« l’eau ») tout comme Jörd (« la terre »), mère de Thor, sont devenus des géants et ont cessé d’être des dieux (tivar). De la même façon, le Soleil (Sól) et la Lune (Mani), divinités positives, ne font pas partie des dieux, aussi bien Ases que Vanes. De même, la déesse de l’aurore et du printemps, Ostara ou Eostre, est-elle-même marginale. Enfin, le royaume des morts est confié à la cruelle Hel, fille de Loki.

Le dieu suprême des Germains était Tius (proto-germanique *Tiwaz) dont le nom (ainsi que celui de sa parèdre Zisa, sous forme féminine) était analogue au Zeus grec (et à son épouse primitive Dioné). Sous les traits de Tyr, il n’est plus que le dieu de la guerre juste, un dieu qui a sacrifié son bras, tout comme le dieu celtique Nuada, pour maîtriser le loup-dragon Fenrir. La perte de ce bras indique symboliquement la déchéance dans le panthéon d’un dieu fondamental.

Tius/Tyr a été victime en effet de l’ascension du dieu Wotan/Oðinn (proto-germanique *Woðanaz), dont le nom signifie « le furieux » (norrois oðr, « fureur »), assimilé par les Romains au dieu Mercure, mais qui est devenu le dieu suprême et le roi des Ases (Aesir) ou "dieux célestes". A l’origine, il semble toutefois que ce dieu n’ait été que l’un des aspects du dieu de l’orage en tant que dieu de la fureur guerrière, tout comme Rudra était l’aspect furieux d’Indra dans l’Inde védique.

Le dieu le plus populaire des peuples germano-scandinaves était en effet Donar/Þórr (proto-germanique *Þunraz), dieu porteur du marteau de foudre (Mjóllnir), dieu de l’héroïsme individuel et non des armées. Les Romains l’ont interprété comme équivalent de Jupiter ou d’Hercule. En Germanie, l’arbre sacré Irminsul, que fit abattre Charlemagne, était consacré à Donar. Le nom d’Irmin, divinité indépendante à l’origine, est d’ailleurs à rapprocher du celte Eremon mais aussi de l’iranien Airyaman (moyen-perse Ērmān) et de l’indien Aryaman, ce qui en fait un dieu protecteur du peuple.

Les dieux vanes, divinités des désirs terrestres (le mot vane vient de la racine *wen- « désir » comme dans le nom de Venus), vaincus puis associés aux dieux Ases (les divinités du ciel), étaient Freyr, (Dionysos), Freyja (Aphrodite) et les jumeaux Njordhr et Skadi (Artémis), le premier comme dieu de la navigation et la seconde comme déesse de la chasse.

L’épouse d’Odhinn, Frigg, et la déesse de l’amour Freyja, seraient de même étymologie, à rapprocher du sanscrit priya, « chérie ». Frigg est la déesse de l’amour matrimonial alors que Freyja est la déesse de l’amour libre.

Parmi les autres dieux principaux du panthéon germano-scandinave, il y a Heimdall, gardien du pont Bifrost (arc-en-ciel) qui relie Asgard, le royaume des dieux, au monde des hommes (Midgard). Loki, intermédiaire entre Héphaïstos - il bâtira Asgard comme ce dernier a bâti l’Olympe - et Hermès en tant que dieu manipulateur (« trickster »), est une divinité ambiguë, généralement positive, sauf lors de Ragnarök dans lequel il joue un rôle détestable. Il y a aussi Balder, qui est l’Apollon scandinave, et dont la racine est peut-être la même que celle du dieu celte Belenos, *bel- signifiant alors « le fort ». Balder est aussi un dieu qui selon Snorri Sturluson meure et renaît, mais il faut sans doute y voir une interpolation chrétienne. Il y a aussi Hermod, le dieu messager et conducteur des morts, dont le nom est proche, comme les fonctions d’ailleurs, d’Hermès.

D’autres divinités, qu’on retrouve dans le monde gréco-romain, sont davantage allégoriques, comme la déesse Iðunn (latin Juventas, « la jeunesse »), gardienne des pommes d’or de l’éternelle jeunesse, ou le dieu de l’amour Ing (sanscrit Kama, celte Angus). Le dieu forgeron, distinct de Loki, est Völundr (germanique Wieland), qu’il faut peut-être rapprocher du Vulcain latin. En l’absence de dieu de la médecine, Eir est néanmoins la déesse de la santé.

Il y a enfin de multiples déesses dont le rôle nous échappe, comme Gefjon, qui serait peut-être la déesse du foyer (comme la lituanienne Gabija), ou encore Syn, dont le nom pourrait être rapproché de la Thémis grecque et qui serait alors la déesse scandinave de la justice. Le destin lui-même est incarné par trois déesses, les Nornes, variante scandinave des Moires grecques. Ce destin est appelé Wyrd, de même sens et racine que le latin Fortuna.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

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La religion des Slaves.

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rodno.JPGLes Slaves n’ont pas laissé de textes sacrés décrivant leur religion ancestrale, qui a été davantage conservée par le folklore et par des compilateurs chrétiens. Ainsi, par rapport aux religions antiques et à la tradition germano-scandinave, leur religion est-elle bien moins connue, tout comme celle des Celtes par ailleurs et pour des raisons analogues.

Il n’y a pas de Jupiter slave. Tout comme chez les Celtes et les Germains, la figure ancestrale du *dyeus *pater (ciel-père) a disparu ou a été relégué au second plan (le dieu Tyr chez les Scandinaves, limité à être un dieu de la guerre). Lugh et Odhinn l’ont remplacé et chez les Slaves, c’est Svarog. Son nom est à rapprocher du mot sanscrit svarga qui signifie « ciel » mais les Slaves le rapprochent davantage d’un dieu forgeron. Svarog pourtant porte d’autres noms, comme Rod, « l’ancêtre », et comme Diy (c’est-à-dire Zeus), ce qui le relie bien au maître de l’Olympe, même s’il ne dispose pas de la fonction de dieu de l’orage, comme en est privé aussi bien Dyaus Pitar en Inde. Svarog est le roi des dieux et le père d’Ogon’, le dieu du feu, appelé généralement par son surnom Svarojitch (« fis de Svarog »). Sous le nom de Sventovit, Svarog est le dieu principal des Polanes, futurs polonais, qui l’honoraient dans son sanctuaire d’Arkona (Rügen).

Le dieu Perun (polonais Piorun), maître de l’orage et dieu de la guerre, est le dieu principal des Ruthènes (ancêtres des Russes et des Ukrainiens) et a relégué Svarog au second plan. C’est lui le roi des autres dieux, le dieu protecteur des princes de la Rus’ de Kiev. Il est souvent accompagné du dieu Volos, dieu des troupeaux mais aussi conducteur des morts et dieu sage. Volos est l’équivalent d’Hermès ou du Cernunnos gaulois. A la différence de son voisin balte Velnias, Volos est un dieu essentiellement positif qui accompagne Perun dans ses aventures. Sous le nom de Saint Basile, il conservera un culte important auprès des populations paysannes. En outre, Volos est le dieu qui protège les prêtres, les volhvy, les druides slaves. Perun quant à lui sera rebaptisé Saint-Elie (Ilya) au moment de la christianisation.

La terre-mère des Slaves est Mat’ Zemlija, également appelée Mokosh’. Le panthéon des Slaves possède en effet d’importantes déesses comme Lada, déesse de l’amour et épouse de Svarog, et surtout comme Zarya, la déesse de l’aurore, dont les aspects guerriers comme l’Athéna grecque dominent. Les Parques slaves sont les Rojanitsy, appelés Siudice chez les Slaves de l’ouest. Il existerait un dieu du vent du nom de Stribog, même si certains analystes pensent que ce n’est qu’un autre nom pour Svarog.

Parmi les dieux slaves, l’un est également très populaire, c’est le dieu du soleil (solntse), qui est appelé Khors quand il désigne l’astre lui-même, nom qui indique une origine iranienne, mais plus généralement Dazbog, « le dieu qui donne », et qui a les traits de l’Apollon grec. Ce dieu était si populaire que les chrétiens en firent en Serbie le nom du diable (« dabog »). La déesse de la lune est Messiatz, qui lorsqu’elle est de sexe masculin (sous l’influence balte) joue le rôle d’un dieu guerrier. Enfin, une déesse de la chasse du nom de Dziewona, honorée uniquement chez les Slaves de l’ouest, rappelle étrangement la Diane romaine.

Le monde slave est divisé en trois univers, que sont Prav (« le monde des dieux » où règne la vérité), Yav (« le monde des hommes ») et Nav (« le monde des morts »), ce dernier ayant pour roi Volos ou l’étrange Vyi. C’est au sein de Prav que se situe le paradis païen (Iriy ou Ирий) réservé aux héros (comme Elysion) et aux vertueux. Les héros sont appelés « bogatyri » (богатыри) ou « guerriers divins ».

La religion slave "ancienne" est en pleine renaissance en ce XXIème, et notamment en Russie et en Pologne. C'est une foi qui entend réconcilier Ukrainiens et Russes aujourd'hui divisés. Elle est la "foi native", en russe la Rodnoverie (родноверие), en polonais la Rodzima Wiara. 2,5% des Russes selon une statistique de 2016 s'en réclament.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

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La religion des Lettons.

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Lettonie,paganisme,DievturibaSi les Lituaniens sont restés les derniers païens d’Europe, leurs voisins lettons ont en revanche subi une violente christianisation et germanisation, sans négliger des influences lives (un peuple finno-ougrien qui habitait le nord-ouest de la Lettonie). Le polythéisme letton est donc à la fois proche et distinct du polythéisme lituanien, même si les grandes figures divines sont communes.

Le dieu du ciel est Dievs, que certains groupes païens modernes, comme le mouvement Dievturiba, présentent (à tort) comme un dieu unique dont les autres dieux ne seraient que des aspects spécifiques. La divinité la plus populaire est néanmoins le dieu de l’orage Perkons, associé à la couleur rouge et aux fonctions guerrières.

Saulè (« la » Soleil) et Meness (« le » Lune) sont également des divinités de premier plan et par une étrange inversion, l’Aurore est une divinité masculine chez les Lettons, Auseklis. Les fils de Dievs, les Dieva Deli, sont les jumeaux divins de la mythologie indo-européenne, comme les Asviniai lituaniens et les Asvins indiens, et comme les Dioscures grecs. Ce sont des dieux cavaliers, de même que Castor et Polydeucès, qui guident les voyageurs. Ces deux frères sont nommés en Lettonie Usins et Martins, derrière lesquels il faut sans doute reconnaître une divinité de l’aurore et le dieu de la guerre letton (homologue de Mars). Enfin Jānis, tout comme le Janus romain, est le dieu des commencements mais aussi des portes.

Le dieu Velns (lituanien Velnias), dieu guide aux traits manipulateurs qui rappellent Loki, et dont le nom sera donné au diable lors de la christianisation, s’oppose constamment à Perkons.

La principale innovation des Lettons, c’est l’existence de nombreuses déesses-mères en charge des éléments de la nature, autour de la principale, la terre-mère, Zemes Mate (lituanienne Zemyna), qui dans le paganisme letton tardif n’est plus l’épouse de Dievs. Il y a donc Veja Mate, déesse du vent, Udens Mate, déesse des eaux, Ziedu Mate, déesse des fleurs, mais aussi Velu Mate, la déesse des morts, qui remplace le Pikulis lituanien dans ce rôle. Il y ainsi en tout 27 « mères » (mates) qui assurent la maîtrise des éléments.

Les dieux habitent sur une montagne céleste, le Debeskalns, qui est relié au monde des hommes par l’arbre cosmique (« austras koks » ou « arbre de l’aurore »).

La christianisation, antérieure de près de deux siècles à celle de la Lituanie, a davantage altéré les sources historiques permettant de comprendre la religion indigène lettone, mais les différences mineures avec sa version lituanienne permettent de la reconstituer aisément.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

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La religion des Irlandais.

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druidisme,La religion de l’ancienne Irlande est analogue en esprit à la religion gauloise mais avec un demi-millénaire d’évolution, ce qui l’a modifiée de manière significative. Néanmoins en comparant les figures irlandaises, et dans une moindre mesure galloise, avec les noms retrouvés sur les inscriptions gauloises et gallo-romaines, on peut retrouver le panthéon originel des anciens Celtes. L’Irlande, qui a échappé à la conquête romaine mais pas à la christianisation, a ainsi pu sauver la tradition celtique.

Le dieu gaulois Taranis (ou Taranus), devenu le pâle Taran au Pays de Galles et le sombre Taranaich en Ecosse, a quasiment disparu du panthéon irlandais, se limitant au rôle de dieu secondaire sous le nom de Tuireann. Néanmoins certains spécialistes pensent que le Daghda (« bon dieu ») avec sa massue n’est autre que la forme ultérieure de Taranis. En tant que père des dieux, son rôle est évidemment essentiel, aux côtés de son épouse Dana, la terre-mère (racine indo-européenne *dhghom). Les dieux en général sont d’ailleurs appelés « Tuatha De Danann » (tribu de la déesse Dana) aussi bien que « Tuatha Dé » (tribu des dieux).

Lugh, le dieu à la lance, qui selon la tradition est accompagné de deux corbeaux blancs et de deux loups, comme Odin chez les Scandinaves, demeure le grand dieu souverain des Irlandais, comme l’était Lugus en Gaule et Lleu au Pays de Galles. Son nom signifie sans doute « le lumineux » et, bien que les Romains l’aient associé à Mercure, il est sans doute le véritable Jupiter celte, la fonction de dieu de l’orage étant resté dévolu à un dieu spécifique, Taranis donc, qui est l’équivalent du Thor/Donar germanique.

Plusieurs dieux guerriers sont également honorés en Irlande, comme Neit (gaulois Neto), le dieu spécifique de la guerre, et Cumal (gaulois Camulos), mais c’est le dieu héroïque Ogma (gaulois Ogmios), qui est également un dieu de la magie et de l’éloquence, qui jouit d’un rôle prépondérant.

La déesse de l’aurore est également, tout comme l’Athéna grecque, une déesse guerrière, que ce soit sous son nom de Brighid (« celle qui est élevée ») ou sous sa variante Morrigain ou sous sa forme naturelle Eithne. C’est la Brigantia des Gaulois et la Bride des Gallois. Elle fut par la suite remplacée à l’époque chrétienne par « Sainte Brigitte », une figure imaginaire de circonstance.

Autre roi des dieux, car il semble que le pouvoir suprême en Irlande n’ait pas été réservé à un seul dieu, est Nuada (gaulois Nodons), dont la particularité est de posséder un bras en argent, ce qui rappelle le dieu scandinave Tyr (germanique Tius), devenu manchot, et une épée.

Nechtan est le Neptune celte, mais comme le Neptune romain préhellénique, il est avant tout un dieu des eaux, alors que la fonction de dieu des mers est dévolue à Lir et à son fils Manannan. Le dieu forgeron est Goibniu (gallois Govannon, gaulois Gobenios). Le dieu médecin est Diancecht. Le panthéon irlandais correspond donc à une tribu où chacun a un rôle bien précis.

A la différence d’autres polythéismes, le monde des dieux est souterrain (sidh) au même titre que le royaume des enfers dirigé par le dieu Midir (gaulois Meduris). C’est une spécificité irlandaise car chez le Gaulois, les dieux vivaient dans le ciel (dans l’Albiom) et les héros sur une île de pommiers (Avallach Ynis, « Avalon ») qui rappelle le jardin des Hespérides ou Elysion.

Dans le panthéon celte, soleil et lune n’ont qu’un rôle extrêmement marginal. Le dieu Beli (gaulois Belenos) est un dieu solaire assimilable à Apollon et à Balder, mais n’est pas le dieu du soleil, qui en Irlande est Grian (gaulois Grannos). La lune (en gaélique) est Ghealach, au rôle inexistant.

Enfin, deux divinités incarnent l’amour en Irlande. Il y a en premier lieu la déesse Aine, dont le nom est probablement de même étymologie que la déesse romaine Venus, « le désir ». Il y a en second lieu le dieu Oengus (écossais Angus), qui est explicitement un dieu de l’amour et de la jeunesse. Son nom peut provenir de l’indo-européen *kangos, « amour », avec chute de la consonne initiale, racine qu’on retrouve en sanscrit dans le nom du Cupidon indien, le dieu Kama. Son homologue germano-scandinave pourrait être le mystérieux dieu Ing.

L’Irlande païenne a donc conservé l’essentiel des figures divines qu’on retrouve en Gaule et en Bretagne du temps de l’occupation romaine. Mais leur mythologie s’est considérablement enrichie et a engendré une littérature féconde. Des dieux gaulois, dont on ne connaissait que le nom, prennent alors un tout autre relief. Ils n’étaient plus que des épiclèses locales de dieux romains. Jupiter (Taranis), Mercure (Lugus), Mars (Camulos), Minerve (Brigantia) et Apollon (Belenos) s’imposèrent donc, et les druides se reconvertirent en flamines. Ogmios devint l’Hercule gaulois, selon une légende ancienne selon laquelle Héraclès aurait conquis l’occident tandis que Dionysos aurait conquis l’orient.

Mais Lugh, le dieu des druides, a conservé en Eriu, que les Romains appelaient Hibernie et dont la conquête leur semblait inutile, la première place. Et si en Ulster on se dispute entre factions de la même religion nouvelle, l’esprit des Tuatha De Danann pourra ramener la paix, quand un grand roi (Ardri) les honorera à nouveau à Tara et que le draiocht (druidisme) aura été rétabli.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

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28/07/2017

La religion des Finlandais.

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suome.jpgDepuis 2014, le mouvement Suomenusko (« foi finnoise ») qui incarne la renaissance païenne en Finlande est reconnu comme une religion à part entière. Il est issu du mouvement Ukonusko (« foi en Ukko ») qui avait émergé dans les années 20 et 30 et inspiré notamment certains courants du mouvement patriotique.

La religion des anciens Finnois n’est pas indo-européenne, mais tout comme celle des Estoniens et des Hongrois, elle est ouralienne. Toutefois, cette spécificité mise de côté, elle ne diffère pas spécialement des autres religions européennes, son aspect rustique et forestier étant néanmoins plus marqué. Il a également inspiré J.R.R Tolkien pour créer son panthéon (les dieux Valar qui habitent à Valinor) qui sert de cadre spirituel au Seigneur des Anneaux.

L’univers selon les Finnois se partage en des mondes associés à une divinité principale. Il y a Jumala, le royaume des cieux, dirigé par le dieu Juma, qui est parfois appelé du nom de son royaume, et c’est ainsi que Jumala a même fini par désigner le dieu chrétien. Juma ou Jumala est un dieu éloigné du monde des hommes ; on ne lui connait a priori aucune épouse divine.

Les tâches réelles de chef/roi des dieux sont exercées par le dieu Ukko (estonien Uku) dont les fidèles portent le marteau en médaillon, à l’instar des Scandinaves en l’honneur de Thor. Il n’y a pas d’équivalent d’Odin en revanche chez les Finnois.  Le dieu scandinave Tyr quant à lui serait devenu le dieu de la guerre Turisas des anciens Finnois, mais c’est une hypothèse encore controversée. Ukko est clairement assimilé à Thor, et les Estoniens n’hésiteront pas à appeler leur équivalent Uku du nom de Taara.

En tant que dieu de l’orage, davantage que comme dieu du ciel, Ukko a pour épouse Rauni, qui est une déesse chtonienne. Il est difficile de savoir si la déesse Maaemo, qui est la terre-mère, est aussi Rauni ou s’il s’agit en réalité de l’épouse de Jumala. Ukko a notamment pour enfant Panu, le dieu du feu, surnommé l’épée d’Ukko.

Soleil et lune sont des divinités masculines chez les Finnois, même si l’un comme l’autre ont des filles qui assument avec eux leur rôle céleste. Paiva (le soleil) a ainsi pour fille Paivatar, déesse du jour, de même que Kuu (la lune) a pour fille Kuutar, déesse de la nuit. Enfin Koitto serait le dieu de l’aurore. On le voit, dans ce panthéon, ces trois figures traditionnelles sont toutes masculines. Enfin Tuletar est la déesse des vents, fille de Tulli, le dieu du vent en général.

En dehors du monde céleste (Jumala), il y a le monde des eaux (Ahtola) et le monde des enfers (Tuonela). On retrouve là encore la même trinité que pour les fils de Cronos dans la mythologie grecque, avec Zeus, Poséidon et Hadès. Ahto est le dieu de la mer quand Tuoni est le dieu de la mort. L’un comme l’autre gouverne son royaume, avec épouses et enfants. Ilmarinen, associé à l’air (ilma), serait enfin le dieu forgeron des anciens Finnois et un personnage essentiel du Kalevala, ce recueil moderne des récits anciens.

Le panthéon finnois est également très proche du panthéon estonien voisin, autour du dieu céleste Jumal et du dieu de l’orage Uku. La lune demeure Kuu et le soleil est désormais féminin et porte le nom de Païke, tandis que l’aurore est le dieu Koit et est l’époux de la déesse du crépuscule Hämarik. Le vent est formé par un couple, le dieu Tuueleisa e la déesse Tuule-Em. La terre-mère en Estonie est Maaemä. Tooni, tout comme Tuoni en Finlande, est le gardien des morts, mais il n’existe pas de dieu des eaux. Ce rôle est dévolu à la déesse Veteema, « la mère des eaux », ce qui peut s’expliquer par une influence lettone, ces derniers ayant dévolu à diverses déesses, des mères (« mate »), un rôle spécifique attribué aux vents, aux forêts, aux eaux et même aux morts.

L’existence à côté de différences marginales des mêmes figures divines en atteste l’ancienneté, de même que la proximité entre Finlandais et Estoniens. Ces peuples ont également été influencés par leurs voisins, avec introduction du culte de Thor ou même du Perkons balte (Perkele est un des surnoms d’Ukko en Finlande).

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens).

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La religion des Albanais.

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vargmal.pngL’Albanie contemporaine est très divisée sur le plan religieux entre chrétiens (orthodoxes, catholiques et évangélistes) et musulmans (orthodoxes et bektashi) alors que la majorité de la population, surtout parmi les jeunes Albanais, est athée. Mais dans l’antiquité, les Albanais disposaient de leur religion native, influencée par l’environnement grec et latin. Ils furent soumis pendant des siècles à Rome, au point où Merkur (Mercure) et Mart (Mars) sont devenus des divinités albanaises. Avec la Grèce voisine, des emprunts eurent également lieu, comme le culte d’Afërdita (Aphrodite).

La religion indigène des Albanais avant leur christianisation tardive reposait sur un grand dieu du ciel, assimilé au Zeus grec et au Jupiter latin, un dieu qui portait différents noms, comme En (« Zên ») ou Zoti (« Zeus »). Le nom d’En, avec probable chute d’un d ou d’un z à l’initial, semble bien le nom originel du dieu suprême albanais. Zoti a servi par la suite à désigner le nom du dieu chrétien, au même titre que Perëndi.

Perëndi est en effet le dieu principal du panthéon albanais, largement comparable au dieu de l’orage du monde slave Perun, d’où il tire peut-être son nom, même s’il dispose aussi de fonctions guerrières. Son nom a également servi à désigner le Dieu chrétien et le mot « dieu » est en effet perëndi. Il a pour épouse la déesse Prenda ou Premta, qui a donné son nom au vendredi (ë premtë), la déesse de l’amour. En ce sens, Perëndi est davantage comparable au Mars romain qu’à Jupiter, même s’il est un dieu tonnant.

D’autres divinités rappellent les liens anciens entre l’Albanie, la Grèce et Rome. La terre-mère est ainsi Dhe Motë, soit la déesse Déméter elle-même, dont le culte en Grèce viendrait peut-être de l’ancienne Epire, à moins que ce ne soit que l’expression d’une même parenté indo-européenne. Elle est également surnommée Bukura (« la belle »). De même la déesse du foyer est Nana e Votrës, la « mère du foyer ». Le nom de Votrë rappelle bien sur la Vesta romaine, de même fonction. Zana est la déesse de la chasse, et c’est bien sûr la Diane romaine ou son équivalente illyrienne. Enfin Talasi est le dieu de la mer, et ce nom vient directement du grec thalassa.

Comme dans tous les panthéons d’Europe, le soleil et la lune ont un rôle fondamental dans le panthéon. Dielli est le dieu du soleil et son nom a servi paradoxalement à désigner le diable (djall). Hëna est la déesse de la lune, et son nom signifie « la lumineuse ». Leur sœur, la déesse de l’aurore, est appelée Agim. Tout comme chez les Slaves (avec Svarojitch - fils de Svarog), le dieu du feu est surnommé « fils du dieu du ciel », donc dans le cas présent Enji, mais il était probablement appelé Zjarr (« Feu ») aussi bien. Enfin Eri est la personnification du vent et nous rappelle le grec Eole. Pour compléter le tableau, les Miren au nombre de trois sont les Moires grecques, divinités du destin.

Le panthéon albanais nous fournit de nombreuses informations utiles, à savoir que le contact avec la Grèce et Rome a été ancien et durable. Des figures de la mythologie classique sont intégrées de longue date. Le nom des jours, comme dans le reste de l’Europe, est associé aux ancien dieux (lundi : e henë ; mardi : e martë ; mercredi : e mërkurë ; jeudi : e enjte ; vendredi : ë premte ; samedi : e shtunë [Saturne]; dimanche : e diel), romains aussi bien qu’albanais. C’est la preuve de l’ancienneté de leur présence dans les Balkans et sur le territoire qui est désormais le leur. Il est bon de rappeler tous ces faits aux habituels détracteurs du peuple albanais, qui ont tendance à nier à ce grand peuple sa profonde européanité sous des motifs contextuels. Il est bon aussi de rappeler aux Albanais eux-mêmes qu’ils ont une belle foi native, dont ils peuvent être fiers, et qui mérite certainement d’être ranimée, comme tente de le faire le petit mouvement identitaire albanais Vargmal.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

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La religion des Basques.

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800px-Ainhoa_stèle_discoîdale.jpgLes Basques demeurèrent païens jusqu’au XIVème siècle environ, ayant résisté auparavant à toutes les tentatives d’évangélisation et même d’islamisation. Ce sont des guerriers basques fidèles à leur foi native qui triomphèrent de l’arrière-garde de l’armée de Charlemagne à Roncevaux et non des musulmans, même si par un étrange retournement de l’histoire, la Chanson de Roland assimile païens et musulmans alors que leur religion s’oppose en tous points.

La religion polythéiste des Basques témoigne d’une présence importante de divinités féminines, ce qui a donné naissance à la théorie du matriarcat primitif de Bachofen, puis aux thèses de Marija Gimbutas sur une religion primitive centrée autour du culte d’une grande déesse-mère.

Le panthéon basque est en effet marqué par la présence d’une déesse de première importance du nom de Mari, associée par la suite à la Vierge Marie par les Basques chrétiens. Mari est en effet la déesse suprême à la fois comme Lur (ou Lurbira), déesse de la terre, et comme Benzozia, déesse protectrice des femmes et de la fécondité. Mais ce n’est pas une déesse célibataire et sans époux, contrairement aux idées préconçues que j’évoquais préalablement.

Le dieu du ciel est en effet Urtzi (ou Ortzi) et c’est à lui qu’est associé le célèbre lauburu, ce symbole en tétrascèle qui est devenu la marque identitaire du peuple basque au XXème siècle. Le lauburu est en effet une roue solaire aussi bien qu’une roue du tonnerre, et un symbole païen fort ancien. Une controverse néanmoins sur l’existence de ce dieu du ciel a eu lieu, mais les arguments en faveur d’une figure basque « jovienne » s’imposent nettement, le nom du dieu céleste ayant souvent servi pour désigner le dieu chrétien.

Deux autres dieux président aux destinées du peuple basque, dans des rôles classiques, à savoir Orko (également appelé) Odei, le dieu de l’orage, et Eate, le dieu du feu.

Mais ce qui est surprenant concerne le soleil et la lune qui chez les Basques sont tous deux des déesses, à savoir Ekhi et Ilazki (ou Ilargi), toutes deux filles de Mari. Enfin le royaume des enfers est dominé par la figure inquiétante de Gaueko, le dieu qui donne la mort.

Le nom de très peu de divinités basques a pu survivre à la christianisation, uniquement celui des grandes figures divines. Il faut analyser le folklore basque pour trouver la trace de divinités secondaires.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

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La religion des Tchétchènes et Ingouches.

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Vainakhs,Ingouches,Tchétchènes,Dela,SelaLes peuples vaïnakhs (Tchétchènes et Ingouches) du Caucase du nord, ont été christianisés puis tardivement islamisés, et alors qu’un régime actuel impose l’islam orthodoxe à la population tchétchène, l’Ingouchie reste davantage libre. C’est d’ailleurs des Ingouches qui en 1958, au retour de leur déportation en tant que peuple puni par Staline, construisirent un temple (symbolique) dédié au dieu de l’orage Sela (ou Seli).

La religion indigène de ces peuples est bien différente puisqu’elle repose sur une pluralité de divinités, avec les figures majeures du panthéon et des divinités mineures de la vie quotidienne.

Le dieu suprême, dieu du ciel et père des autres divinités, est Dela (ou Diala) qui a servi par la suite à désigner le Dieu des monothéistes. Il a pour épouse ou pour fille la déesse Tusholi, en charge de la fertilité du sol et de la fécondité des femmes. Tusholi n’est qu’un autre nom pour la terre-mère, qui est appelée Nana Latta.

Dela, dieu fondamental du panthéon, n’est pourtant pas le dieu le plus populaire. C’est son fils Sela, dieu de l’orage, guerrier et héros, qui bénéficie d’un culte plus important car il est plus proche des hommes. C’est un peu comme chez les Scandinaves où Odin est le dieu suprême mais où c’est son fils Thor qui est le plus populaire. Sela, tout comme Zeus, aurait également puni le dieu forgeron Pharmat, analogue au grec Prométhée, pour avoir volé le feu aux dieux et l’avoir donné aux hommes, en l’enchaînant à une montagne. Pour toutes ses activités guerrières, Sela est néanmoins associé à Moloz ou Molyz, dieu explicitement de la guerre, dieu accompagné de loups (borz) sur le champ de bataille, et extrêmement populaire jusqu’à une période récente. Enfin Sela a comme épouse la déesse Furki, qui est déesse du mariage et de l’amour, sans doute aussi de l’aurore, et qui tout comme Héra s’oppose aux infidélités de son époux.

Les phénomènes célestes sont également associés à des divinités masculines et féminines de premier plan, comme le dieu du soleil Malkh et le dieu de la lune But (tchétchène Beta), menacés constamment par leur sœur Mozh, déesse de la nuit et des ténèbres. Aza est la mère du soleil tandis que Kintch est celle de la lune, toutes deux ayant été sans doute les maîtresses de Dela. De petites déesses sont enfin préposées à d’autres phénomènes naturels, comme Khi-Nana, déesse des eaux, ou comme Mokh-Nana, déesse des vents.

Parmi les divinités du quotidien qui assistent les hommes se trouvent notamment Elta, dieu de la chasse, mais aussi Sela-Sata, déesse de la sagesse et du métier à tisser, connue dans le Caucase comme Satanaya, et rappelant par bien des aspects l’Athéna grecque, jusque dans son nom.

Le panthéon vaïnakh est donc très comparable aux autres panthéons d’Europe, avec une grande place réservée aux divinités féminines protectrices, dont les femmes modernes auraient bien besoin de leur bienveillante protection face aux forces rétrogrades qui veulent les mettre au second plan. Ce paganisme sain, qui n’est en rien inférieur au noble panthéon des Grecs, qu’il a influencé tout en étant influencé en retour, est sans doute le recours naturel de ces peuples pour renaître. Chez leurs voisins ossètes et abkhazes, la foi native a été ranimée. Elle n’attend qu’une flamme pour faire de même en Ingouchie et en Tchétchénie.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

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La religion des Arméniens.

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Garni.JPGL’Arménie est une terre d’Europe qui fut marquée par l’héritage de la Grèce dont le temple parfaitement conservé de Garni (dédié au dieu Mihr puis attribué au dieu Vahagn par la communauté arménienne païenne) atteste de l’influence, comme par l’héritage de la Perse zoroastrienne. Sur le plan de la religion, on peut noter deux époques avec un paganisme arménien originel puis une version davantage iranisée.

Le dieu du ciel des anciens Arméniens est Aramazd, derrière lequel on reconnaît la figure du dieu iranien Ahura Mazda, et qui était associé également au Zeus grec. Le nom originel du dieu arménien du ciel est inconnu, le terme astvats désignant toutefois un dieu et aussi le nom du Dieu chrétien. Ce terme pourrait être rapproché de l’indo-européen *ansus désignant un « esprit divin ».

Les divinités les plus archaïques sont Arev, le dieu du soleil, et Lusin (même racine que le latin luna), la déesse de la lune, ainsi que la déesse de la terre Aretia ou Yergir et le dieu du feu Hrag. On pourrait également citer le dieu de la mer Zaden ou encore le dieu des enfers Dzokh.

Deux divinités principales président aux destinées du peuple arménien et forment un couple divin. Il s’agit en premier lieu du dieu de l’orage et de la guerre Vahagn, dont les aspects guerriers sont parfois associés à un dieu Aray assimilé à l’Arès grec. Il est connu pour combattre un dragon, comme tous les dieux indo-européens de l’orage d’ailleurs. Il s’agit en second lieu de la déesse Astlig, dont le nom est rattaché au nom de l’étoile et qui désigne aussi la déesse de l’aurore et de l’amour. Son rôle de déesse aurorale est parfois incarné par la déesse mineure Arsalowyn.

Enfin, la déesse Nané, associée à l’Athéna grecque, et fille d’Aramazd comme cette dernière est fille de Zeus, est également une déesse importante puisque déesse à la fois de la guerre et de la sagesse, là encore comme son homologue grecque. Le « Dionysos » arménien quant à lui est le dieu Gisané.

Avec l’influence iranienne, l’Arménie étant soumise à sa tutelle jusqu’aux conquêtes d’Alexandre, à laquelle la satrapie arménienne, désormais indépendante, échappe, les divinités zoroastriennes s’imposent à l’Arménie mais en prenant une coloration locale et en conservant leur dimension polythéiste, n’étant pas de simples anges adorables (yazatas) comme dans le mazdéisme orthodoxe.

En plus d’Aramazd déjà évoqué, les divinités Mihr (Mithra) et Anahid (Anahita) sont honorées en Arménie. Mihr est associé à Apollon et Anahid à Artémis par les prêtres arméniens. Mihr notamment prend une dimension très importante et s’impose même à Vahagn pour devenir le dieu principal du panthéon. Le dieu Tir, scribe d’Aramazd et assimilé au dieu grec Hermès, est une adaptation du dieu iranien Tishtrya.

La religion arménienne repose sur des prêtres, les kourms (քրմ), et des prêtresses, les kourmnoyš, autour d’un pontife qui les supervise. Le roi Tiridate, qui choisira le christianisme, s’était opposé à ce corps de prêtres et l’une des raisons de son apostasie sera justement de pouvoir échapper à leur influence, de même que de pouvoir rejeter l’influence iranienne en religion. L’empire sassanide ne s’y trompera pas et tentera à plusieurs reprises jusqu’au cours du Vème siècle de réinstaurer la religion arménienne. Son action contribuera plutôt à l’effet inverse et à l’adhésion de plus en plus massive de la population à la religion nouvelle.

 L’Arménie a été en effet le premier royaume chrétien avant même que l’empereur romain Constantin ne choisisse le christianisme. La Cappadoce voisine, terre de brassage au carrefour entre la Grèce et la Perse, avait également connu au sein de l’empire romain un accroissement fort du christianisme, une façon de choisir une troisième voie. Le paganisme arménien, très nationaliste, connait depuis la chute de l’Union soviétique un renouveau très fort, certains partis et dirigeants s’en réclamant désormais ouvertement.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

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La religion des Hongrois.

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turul_badge_by_profee.jpgBeaucoup de mythes contemporains, y compris en Hongrie même, rattachent le peuple magyar aux Turcs par l’association aux Huns, alors qu’il s’agit d’un peuple ouralien ou « finno-ougrien », comme le sont les Estoniens et les Finnois. Il est toutefois possible que, tout comme des Germains, des Magyars aient fait partie de l’armée d’Attila, dont le nom lui-même est germanique et signifie « petit père ». Le nom de Hongrie en français vient bien sûr des Huns (« Hunnonia ») mais le nom hongrois du pays est en réalité Magyarorszag (« le pays magyar »).

Pourtant, la religion ancienne « païenne » des Hongrois n’a aucun lien avec la mythologie turque mais ressemble par bien des aspects aux religions indo-européennes voisines.

Le panthéon et là encore dirigé par un couple divin, comme chez tous les peuples d’Europe. Le ciel-père est incarné par Isten, qui est ensuite devenu le nom donné au dieu chrétien, qui est également appelé Arany Atyacska (« le père doré »), ce qui souligne son aspect de dieu de la lumière. Son épouse est Hajnal Anyacksa, la déesse de l’aurore, mais ce rôle peut aussi bien être dévolu à la terre-mère, Földanya, qui est également appelée Istenanya (« déesse-mère ») ou encore Boldogasszony (« déesse des fleurs »). Elle joue également le rôle de garante de la fertilité des femmes.

Ce couple divin a trois fils qui correspondent aux dieux principaux du panthéon, à savoir Szelkiraly (« le roi vent »), Napkiraly (« le roi soleil ») et Hadur, dieu de la guerre, dont le nom originel était visiblement tabouisé. On peut également penser qu’il existait un dieu du feu et de la forge du nom de Tuzkiraly (« le roi feu »), le terme de volcan, issu du nom du dieu romain du feu Vulcain, étant d’ailleurs tűzhanyo en hongrois. Enfin, la lune est féminine et porte le nom de Holdanya (« mère-lune »).

On retrouve ainsi les personnifications classiques des éléments de la nature, avec un ciel-père qui a également pour fonction d’être dieu de l’orage, tout comme Zeus. Les dieux vivent dans le monde céleste (Felső vilag) et dieux et hommes sont reliés par un arbre cosmique (Világfa) sur lequel est perché l’oiseau céleste Turul, qui informe les dieux de ce qui se passe chez les hommes. L’arbre cosmique relie également le monde des dieux au royaume des morts gardé par le dieu Fanë. On retrouve ainsi le principe des trois mondes de la mythologie slave (Prav, Yav et Nav) mais aussi de la religion grecque originelle (Zeus, Poséidon et Hadès, où Poséidon joue à la fois le rôle de maître des eaux, de dieu de la mer et d’ébranleur du sol).

Cette religion sobre était celle d’Arpad et des conquérants magyars de la Pannonie (depuis le roi Almos), un peuple illyrien celtisé et romanisé, avant que le roi Vajk ne se convertisse au christianisme sous le nom d’Istvan (Stefan en slovaque), un nom qui le relie explicitement à Isten. Il a dû alors rencontrer l’opposition des táltos, les prêtres païens, qui organisèrent deux révoltes, dont celle de Vata en 1046 et celle de 1060-1061 à la fin du règne du roi András.

Le peuple hongrois, qui connaît comme tous les pays d’Europe un renouveau païen sur son sol autour notamment du mouvement Ősmagyar Vallás (« foi native magyare »), n’a pas à rougir de sa mythologie pré-chrétienne qui peut demain servir de base au renouveau national de la Hongrie au sein d’une Europe réconciliée avec sa plus longue mémoire et enfin déterminée à la défendre.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

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27/07/2017

La religion des Lituaniens.

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mythologie lituanienne,Perkunas,DievasDe tous les peuples d’Europe, les Lituaniens sont les derniers à avoir abandonné leur religion ancestrale « païenne », issue de la tradition indo-européenne, après deux siècles de résistance acharnée contre les évangélisateurs chrétiens appuyés par les chevaliers teutoniques. C’est en 1386 en effet que le roi Jogaila (« Jagellon ») décide de se convertir et son duché avec lui afin d’être intégré dans l’Europe chrétienne et de mettre ainsi fin aux attaques continuelles contre son pays.

La religion lituanienne, particulièrement bien conservée par le biais des poèmes traditionnels populaires (les « dainos »), s’apparente à un étrange mélange entre le monde gréco-romain et le monde slave, alors que sa langue est proche de l’ancien sanscrit et présente un caractère archaïque prononcé.

Le panthéon lituanien repose sur l’union du ciel-père et de la terre-mère comme chez les autres peuples indo-européens. Le dieu du ciel est Dievas (letton Dievs), qui est l’homologue exact du Jupiter latin et du Zeus grec, mais qui à la différence de ce dernier ne possède pas la fonction de dieu de l’orage. Son épouse est Zemyna (letton Zemes Mate), la déesse de la terre, analogue à la Dêmêtêr grecque, même si une tradition ultérieure fait de Dievas un dieu célibataire dénué de toute sexualité. Comme chez les Romains, ces deux divinités n’ont pas créé le monde, le démiurge étant le dieu Jānis, dont on reconnaîtra aisément la figure du Janus latin.

La figure principale du panthéon lituanien est néanmoins le dieu de l’orage et de la guerre Perkunas (letton Perkons), ce qui est logique pour une société guerrière, tout comme Mars à Rome était un dieu essentiel. L’animal commun à ces deux dieux était d’ailleurs le loup, animal guide dédié aux implantations nouvelles. Le mythe lituanien du « loup de fer » rappelle celui de Romulus et de Remus. Dans ce mythe, le roi Gediminas a créé la ville de Vilnius après avoir vu un loup en fer sur le haut d’une colline à l’emplacement duquel il décida de bâtir sa capitale.

Une autre figure essentielle de ce panthéon, et sans doute l’épouse de Perkunas, est la déesse de l’aurore et de l’amour Aušrinė (letton Auseklis). Elle est la sœur du dieu de la lune Menulis et de la déesse du soleil Saulė. On notera d’ailleurs à leur propos l’inversion du genre de ces deux divinités, comme chez les Germains voisins (masculin Mani, féminine Sól).

Enfin, figure trouble et assimilée par la suite au Diable chrétien, est le dieu Velnias, qui est à la fois un dieu des morts et un dieu des chemins, analogue à l’Hermès grec. Tout comme ce dernier, Velnias n’est pas un dieu nécessairement positif en toutes circonstances, et n’hésite pas à manipuler les autres dieux pour arriver à ses fins. Son ennemi attitré, bien qu’il soit parfois amené à l’accompagner dans ses quêtes, est Perkunas, leur relation étant proche de celle entre Thor et Loki dans le monde germano-scandinave. S’il guide les morts, Velnias n’est pas le roi des enfers, l’Hadès lituanien étant le dieu Pikulis.

De nombreuses autres divinités « peuplent » le panthéon lituanien, qui présente ainsi des caractéristiques communes troublantes avec le panthéon grec. La déesse de l’arc en ciel Vaivora correspond exactement à la déesse grecque Iris, de même qu’Ausautas et Asclépios sont apparentés en tant que dieux médecins, et enfin Puškaitis et le dieu grec Pan (ainsi que le dieu indien Pushan).

Autrimpas est le Poséidon lituanien, muni d’un trident tout comme son homologue grec. Medeinė est la déesse des forêts alors que Zvoruna est la déesse des bêtes sauvages et de la chasse, tout comme l’Artémis grecque. Une déesse de l’amour spécifique, Milda (de meilė, « amour »), pourrait jouer le rôle d’une version féminine d’Erôs. La déesse du foyer Gabija est la Vesta lituanienne, tandis que Kalvelis est le dieu de la forge et du feu (ugnis). Les Dioscures (Castor et Polydeucès) ont pour équivalent lituanien les Ašvieniai ou dieux cavaliers, fils de Dievas comme eux sont enfants de Zeus. Enfin les Moires lituaniennes, au nombre de trois comme en Grèce et à Rome, ont pour nom les Laimes (forme plurielle de la déesse Laima, « la Moire »).

Enfin, le royaume des dieux lituanien est appelé le Dausos, une montagne céleste avec un jardin de pommiers, à la fois Olympe et Champs Elyséens en un. C’est le lieu où vivent les dieux mais aussi les héros et les vertueux, le « paradis » païen. Ce royaume est gardé par le dieu du vent Vejas (letton Vejopatis), qui joue alors le même rôle qu’Heimdall dans la tradition scandinave.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

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26/07/2017

Des libertés publiques, de la justice et de l'inéligibilité

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liberté d'expression,démocratie,moralisationUne loi dite de « moralisation » de la vie politique a été votée par l’assemblée nationale ce mardi. Parmi les motifs d’inéligibilité d’un candidat ont désormais été ajoutées les condamnations liées ce que Philippe Bilger qualifie de « délits relevant de la liberté d’expression ».

De la liberté d’opinion et d’expression.

Celle-ci est normalement garantie par l’article X de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, par l’article 4 de la Constitution de la cinquième république et par l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Ces textes ont tous une valeur juridique dans le droit français. En conséquence de quoi, toutes les lois qui cherchent à limiter la libre expression de l’opinion d’autrui contreviennent à ces principes, peu importe le motif, même à prétentions vertueuses, de leur mise en place. Toute loi qui condamnerait un individu pour avoir exprimé son opinion ne pourrait alors qu’être inique.

Aux Etats-Unis, cette liberté d’opinion et d’expression, dans une nation née notamment de gens fuyant les persécutions religieuses, est garantie par le premier amendement.

Pourquoi ne faut-il pas porter atteinte à ce principe de liberté d’expression en démocratie, même lorsqu’il s’agit de s’opposer à des opinions extrêmes ou blessantes à l’égard d’une partie de la population ? En vérité, la raison est simple, c’est qu’on ne sait jamais où doit s’arrêter le curseur. Au final, c’est à toujours plus de répression que mène ce processus dès qu’on l’entame. Il n’est pas acceptable qu’en Europe occidentale, au XXIème siècle, des citoyens aient peur d’exprimer librement leur opinion, peur d’être bannis des réseaux sociaux, peur de perdre leur travail ou d’être privés d’accès aux media parce qu’ils n’auront fait qu’exprimer une opinion dérangeante aux yeux de l’opinion de minorités ou de ligues de vertu suffisamment puissantes pour qu’une loi soit faite en leur faveur et pour ainsi définir les « opinions admises ».

La liberté d’expression dès qu’elle est enchaînée, même pour les « meilleures raisons du monde », est en danger et c’est au final la démocratie elle-même qui est menacée. La révolution française a refusé que des tables de la loi dictent quoi penser, et les droits de l’homme d’ailleurs n’ont jamais cherché à l’origine à en devenir de nouvelles. Or c’est bien une idéologie de la bien-pensance qui est désormais à l’œuvre au niveau français et même européen.

En décidant que la représentation nationale devait respecter les opinions médiatiquement admises, la loi de « moralisation » porte atteinte par ce biais aux principes fondateurs de la démocratie moderne. Ce n’est pas en effet à des juges, non élus qui plus est, de décider qui peut être élu par les Français et qui ne peut l’être. Que leur éventuelle condamnation pour des propos tenus doive être obligatoirement mentionnée sur leur profession de foi peut s’admettre. Qu’elle interdise au candidat de se présenter ne saurait l’être.

De la séparation des pouvoirs.

L’affaire Fillon a révélé un problème profond au niveau des relations entre la justice et la politique. Le principe de partage des pouvoirs est pourtant à la base de nos institutions. Or il y a de fait une confusion entre ces deux pouvoirs en faveur du pouvoir judiciaire lorsque celui-ci intervient dans la vie des partis politiques. François Fillon a vu sa campagne électorale profondément altérée par une enquête menée à son endroit à la suite de dénonciations venues de la presse. C’est une des raisons de sa défaite électorale par ailleurs. Or une telle intervention de la part d’une justice qui en France est soumise au pouvoir en place est dérangeante. Ce ne sont pas aux juges de déterminer quel doit être le prochain président de la république, mais aux électeurs.

Il faut également reconnaître que l’annonce de François Fillon de se retirer s’il était mis en examen, engagement qu’il n’a d’ailleurs pas respecté, était maladroite. C’était ainsi dépendre de l’institution judiciaire dans un domaine sur lequel elle n’a pas à intervenir.

A partir du moment où la justice n’est pas élue, donc contrôlée par les citoyens, et que la part d’interprétation dans ses décisions en matière de libre expression est considérable, jugeant l’intention davantage même que le propos, donc jugeant en fait le propos en fonction de l’individu qui le tient, selon qu’il s’agit par exemple d’Éric Zemmour ou d’un rappeur, la démocratie est menacée. Songeons ainsi au procès dont a été l’objet le professeur Georges Bensoussan, qui s’est fort heureusement soldé par un non-lieu en sa faveur, sous prétexte qu’une association avait estimé que son propos était illégal car discriminatoire à l’égard d’une religion.  Nos lois actuelles encouragent ces associations à ester en justice contre des particuliers, y compris éminents dans leur domaine, et ainsi à dépenser l’argent public dans des procédures longues et coûteuses alors même que la justice souffre d’un déficit de moyens et de magistrats.

Comment agir ?

Au niveau européen, il serait bon d’introduire l’équivalent d’un premier amendement afin de garantir sur tout l’espace de l’Union Européenne la même liberté d’expression et d’opinion. Seule la diffamation personnelle d’un citoyen à l’égard d’un autre citoyen devrait pouvoir être poursuivie. Les associations et autres personnalités morales, à l’exception de l’Etat, ne devraient pas avoir le droit de se tourner en justice contre des personnalités physiques.

En garantissant la liberté d’expression, même à l’égard de propos qui nous heurtent ou nous blessent, nous garantissons ainsi nos libertés et le salut de la démocratie. C’est là un sacrifice bien modeste qu’il convient de faire pour l’intérêt de tous.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

01/07/2017

Elections parlementaires en Albanie : Edi Rama (PS) conforté.

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Les élections parlementaires albanaises se sont déroulées ce 25 juin 2017, quatre ans après celles qui avaient apporté la victoire au socialiste francophile Edi Rama, désormais premier ministre sortant.

Avec 48,34% et 74 sièges en 2017, contre 41,36% et 65 sièges en 2013, le Parti socialiste d’Albanie remporte haut la main les élections. Mais au sein d’une coalition avec le Mouvement socialiste pour l’intégration, il dominait alors avec 81 sièges. Avec un parlement composé de 140 députés néanmoins, il obtient donc la majorité absolue sans besoin d’accords avec d’autres formations politiques.

Avec 28,82% des voix et 43 sièges, le Parti démocrate d’Albanie, dont l’ancien dirigeant charismatique Sali Berisha a abandonné les rênes, la principale force d’opposition échoue et perd même 7 sièges. En 2013, il obtenait encore seul 30,63% des voix et 50 sièges, ce qui était déjà une contre-performance. Sa chute continue donc.

Le Mouvement socialiste pour l’intégration, auparavant au pouvoir au sein de la coalition « Alliance pour une Albanie européenne », obtient 14,27% des voix et 19 sièges en 2017, contre 10,46% des voix et 16 sièges en 2013. Cette formation s’implante comme troisième force d’Albanie et renforce son poids à l’issue de cette nouvelle élection.

Le Parti pour la justice, l’intégration et l’unité, parti nationaliste albanais modéré, soucieux notamment des communautés albanaises en dehors de l’Albanie même (Kosovo, Macédoine, Albanais de Serbie, Albanais « Cham » de Grèce), obtient 4,8% des voix et 3 sièges, dans un contexte de forte bipolarisation. En 2013, il obtenait 2,61% des voix et 4 sièges. Bien que progressant en %, il perd donc un élu.

Le Parti « Libra » (« balance » en latin) de centre-droit ne parvient pas à jouer les trouble-fête, n’obtenant que 1,25% des voix, alors que le Parti social-démocrate d’Albanie doit se contenter de 0,95% des voix mais obtient néanmoins un député. Le Parti républicain d’Albanie, national-conservateur et pro-européen, classé au centre-droit, tombe à 0,24% des voix et perd ses trois députés. Il avait obtenu en 2013 3,02% des voix.

Les formations démocrates chrétiennes, divisées en de multiples chapelles, totalisent en tout 0,27%, le mouvement centriste Sfida n’obtient que 0,22% des voix. L’extrême-gauche représentée par les communistes sont à 0,07% et l’extrême-droite représentée par le mouvement « Alliance nationale Arbnore » 0,02%. L’alliance nationaliste « Rouge et noir » (0,59% des voix en 2013) a disparu.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)