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08/02/2015

Pourquoi Mitterrand n'aurait pas dû être président en 1981

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mensonge,mitterrand,caste médiatique,démocratie,usurpation,francisqueMon analyse ne porte pas sur le bilan des quatorze années du président « socialiste », d’un homme qui avait dénoncé De Gaulle en proclamant « dix ans, ça suffit ! » et qui, face au péril migratoire qu’un Giscard n’avait pas su combattre avait déclaré, « vous êtes ici chez vous chez nous ».

La question est de savoir comment cet homme politique, avec son passé, a pu devenir le premier président « PS » de la Vème république. L’idée est que si son histoire authentique avait été révélée aux Français, malgré l’impopularité relative du président sortant, il n’aurait jamais été élu et aurait même dû être désavoué par ses principaux soutiens.

Que pouvait-on savoir dès 1981 en cherchant un peu, en faisant un travail journalistique de base, travail qui n’a pas été mené ou alors limité à certains journaux « sulfureux » (Le Crapouillot, Minute) dont aucun journal de référence ne reprit les découvertes ? Ces informations étaient en réalité connues de ses adversaires comme de nombreux journalistes. Mais elles ont été tues et nous tenterons d’expliquer pourquoi. En 1981, peu savaient qu’un début de cancer de la prostate avait été diagnostiqué chez le candidat « socialiste ». Cette information aurait néanmoins dû être connue des Français, et à plus forte raison en 1988. Ils étaient en droit de connaître l’état de santé précis d’un candidat à l’élection ultime. Ils ne l’ont été qu’une fois Mitterrand réélu et gravement atteint, lorsque le secret ne pouvait plus être conservé.

Mais nombreux connaissaient le passé d’extrême-droite de François Mitterrand dans les années 30, un proche alors de l’Action Française et des Croix de Feu, mais aussi de la Cagoule, et qui avait même défilé au quartier latin contre « l’invasion métèque ». Ils savaient aussi que Mitterrand n’avait pas été résistant tout de suite et même avait soutenu Pétain jusqu’en 1942, au point d’être décoré de la francisque par le vieux maréchal. Ils savaient que le candidat socialiste menait une double vie, mais seul l’hétérodoxe Jean-Edern Hallier osa braver ce tabou au péril de sa vie et ce bien après 1981. Enfin, ils ne pouvaient pas ignorer que Mitterrand lui-même avait organisé dans les années 50 un faux attentat contre sa personne, le fameux « attentat » dit de l’Observatoire qui, à lui seul, aurait dû lui interdire toute carrière politique de premier plan.

Voilà des éléments que les Français étaient en droit de connaître avant de se prononcer sur le choix de leur président de la république. Mais les media n’ont rien dit, de même que ses adversaires, de gauche comme de droite. L’ancien employé de Messerschmitt, le volontaire STO Georges Marchais, aurait été mal placé pour lui faire la leçon. Et la droite, comme à son habitude, n’a aucun courage quand elle est confrontée aux leçons de morale d’une « gauche » pourtant mal placée en ce domaine. On le voit encore ces derniers jours avec des ténors de l’UMP appelant à voter pour le PS contre le FN.

C’est en 1965 qu’une occasion en or de neutraliser politiquement Mitterrand était offerte à Charles De Gaulle. Ce dernier s’était ainsi imaginé être élu dès le premier tour, mais il fut contraint à un second tour qu’il emporta nettement, mais sans dominer de manière écrasante son adversaire. De Gaulle avait sous la main un dossier complet. Il pouvait ainsi réduire le dit adversaire à néant. Son honneur personnel lui interdit néanmoins d’utiliser l’arme absolue, sans songer qu’il aurait pu arrêter là la carrière de quelqu’un qui devint 26 ans après président. On constatera de la même façon que Valéry Giscard d’Estaing n’a jamais osé attaquer Mitterrand sur son passé, ni en 1974, ni en 1981.

Pourquoi la droite et les media n’ont-ils pas osé déballer ce passé qui n’aurait jamais dû passer ? La droite a toujours été tétanisée par la « gauche » et n’a jamais osé lui rentrer dans le lard. Elle ne l’a pas fait en 1981 et pas davantage depuis. On imagine pourtant un Chirac en 1988 faisant alliance avec le FN et qui aurait pu rétorquer aux leçons de morale de Mitterrand le passé de ce dernier. Sa victoire était alors assurée.

Quant aux media, le milieu journalistique étant dominé par la « gauche », ils avaient intérêt à taire la vérité et à assurer ainsi le succès de leur poulain, même si ce dernier avait été jadis d’extrême-droite, un « crime » qu’on ne pardonne pas en revanche à Longuet ou Madelin. Ils ont ainsi menti aux Français, pratiqué une évidente désinformation, afin de donner à la « gauche » une victoire politique après sa victoire idéologique (depuis 1968).

A partir du moment où les Français ont élu François Mitterrand sans bénéficier des informations nécessaires pour se déterminer de manière libre et souveraine, cette élection a constitué un coup d’état politico-médiatique, un viol du peuple. Et de même en 2012 on aurait pu avoir comme président un homme politique ayant un « problème » avec les femmes, si son comportement ne lui avait pas dû une arrestation aux USA. L’Elysée serait devenu un véritable lupanar. En 2007, les deux candidats du second tour affichaient une famille unie alors qu’aucun des deux ne vivait plus avec son compagnon. C’est ainsi qu’Arnaud Montebourg, à cause d’une boutade médiatique où il révélait que le problème de Ségolène Royal était « son compagnon », fut exclu de la campagne. Mentir aux Français avant d’être élu, ce n’est pas simplement faire de fausses promesses qu’on sait ne pas tenir, c’est mentir aussi sur qui on est et avec qui on vit.

Ce trait de caractère ne se trouve pas qu’au PS ou à l’UMP. On se souviendra ainsi de l’émoi médiatique faisant suite à l’annonce par un journal à scandales de l’orientation sexuelle d’un haut responsable du FN. Néanmoins, à l’âge médiatique, malgré la malhonnêteté intellectuelle des media du Système, les secrets les mieux gardés finissent par voler en éclats. Il serait bon qu’ils explosent avant que ces gens soient élus et non une fois en place.

Si la classe médiatique faisait bien son travail, elle aurait le devoir de livrer aux citoyens une information des plus complètes. Mais elle ne le fait pas car elle a un intérêt personnel à mentir et à faire élire des gens qui sans cela ne seraient jamais élus. François Mitterrand en 1981 aurait été battu ou n’aurait même pas été choisi candidat de la « gauche ». Chirac en 1995 n’aurait sans doute pas non plus été élu, de même que Sarkozy en 2007 et Hollande en 2012. L’histoire de notre pays aurait-elle alors changé en mieux ? C’est probable. Car rien de bon ne naît des mensonges !

C’est pourquoi il ne peut y avoir de démocratie véritable que s’il y a une transparence totale en politique et que si des journalistes neutres et objectifs informent correctement les citoyens de la réalité derrière les beaux discours et les apparences. Nous en sommes malheureusement loin.

Thomas FERRIER (PSUNE/LBTF)

26/01/2015

Elections législatives en Grèce – Victoire de Syzira ou la démagogie triomphante.

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syriza_logo.jpgLes derniers sondages indiquaient une forte poussée de Syriza, la formation de gauche radicale d’Alexis Tsipras, ces derniers jours. Ce dimanche, elle est confirmée. A 89% du dépouillement, les grandes tendances sont connues et ne devraient évoluer qu’à la marge.

Syriza obtient près de 36.4% des voix et 149 sièges, manquant de peu la majorité absolue à 151 sièges. Le parti pourrait néanmoins l’obtenir dans les prochaines heures si la tendance générale se poursuit. C’est une nette victoire pour ce mouvement considéré comme l’équivalent du Front de Gauche de Mélenchon en France. Ce dernier s’est d’ailleurs plus ou moins attribué ce résultat, sans qu’il ait participé de quelque manière que ce soit à la campagne électorale.

La Nouvelle Démocratie du premier ministre sortant Antonis Samaras a connu en revanche une sévère déconvenue, avec moins de 27.9% des voix et 76 sièges, ce qui malgré tout n’est une chute que de deux points par rapport à 2012. Syriza en revanche a obtenu près de dix points de plus. Ce résultat peut s’expliquer aisément, on le verra.

Le PASOK, la gauche sociale-démocrate historique, avec 4.7% des voix environ, sauve de justesse sa tête et conserve 13 députés. Mais il continue sa descente aux enfers, puisqu’en 2012 il obtenait encore 12.3% des voix. Il a été littéralement avalé par Syriza, ce qui implique néanmoins un recentrage de ce dernier, car il n’y a pas eu 35% de vote gauchiste en Grèce.

L’Aube Dorée (Hrysi Afgi), qui avait été quasiment démantelé par le gouvernement, avec ses principaux dirigeants arrêtés sous de graves accusations, obtient 6.3% des voix et 17 sièges. C’est moins que ce que certains sondages annonçaient et moins que les 6.9% obtenus en 2012. Dans un contexte où les électeurs ont voulu donner leur chance à Syriza, le résultat n’est pas calamiteux. Les Grecs Indépendants, souverainistes de droite, perdent en revanche beaucoup de voix, passant de 7.5% à 4.7% des voix et 13 députés (contre 20 en 2012). Le LAOS reste aussi insignifiant qu’en 2012 avec 1% environ des voix. Sa disparition à brève échéance paraît inévitable.

Les communistes du KKE progressent légèrement avec 5.5% des voix (contre 4.5% en 2012) et obtiennent ainsi 15 députés, tout comme les centristes et modérés de « To Potami », nouveau venu, qui réalisé avec 6% des voix et 17 sièges un score honnête pour une première élection. Socialistes dissidents (2.4%) ou centristes alternatifs de l’Union des Centres (1.8%) échouent à atteindre la barre fatidique des 4% donnant droit à une représentation nationale.

Syriza est donc en mesure de gouverner le pays, malgré un programme économique parfaitement démagogique, et inapplicable, malgré le fait de ménager l’Eglise et les riches armateurs, qui n’ont pas subi la crise, malgré un programme en matière d’immigration parfaitement délirant par son laxisme débridé. Le parti devra néanmoins s’associer pour gouverner, probablement avec le KKE si celui-ci joue le jeu, mais certainement pas avec le PASOK, durement fragilisé.

Le résultat de Syriza est dû essentiellement à la logique gauche/droite. Avec l’élimination du PASOK, Syriza incarne la gauche face aux conservateurs de Nouvelle Démocratie. Ceux-ci sont au pouvoir depuis 2012 et ont dû appliquer des mesures de restriction budgétaire particulièrement draconiennes, engendrant bien sûr une forte impopularité en retour. Le sérieux de leur gouvernance a déplu à beaucoup d’électeurs. Ceux-ci se sont imaginé que la victoire de Syriza permettrait au moins de desserrer l’anneau. Je crains qu’ils ne se soient trompés.

Il n’y a pas de solution nationale à cette crise que connaît la Grèce, mais que connaît à des degrés divers toute l’Europe, même la Russie. Seul un pouvoir européen fort et légitime pourrait obliger les mondialistes à plier le genou devant elle. La Grèce serait ainsi sauvée et l’Europe avec elle.

Les promesses déraisonnables de Syriza rappellent les promesses du candidat socialiste en France en 2012. Ils ne feront pas le dixième de ce qu’ils ont annoncé, surtout s’ils veulent maintenir la Grèce dans la zone euro. Entre l’euro et leurs prétendues idées, ils devront choisir.

L’échec programmé de Syriza montrera définitivement aux Européens l’utopie d’un salut « national », qu’il soit promu par l’extrême-gauche ou par l’extrême-droite. Le soutien implicite du FN et de DLR à Syriza, soutien contre nature, uniquement motivé par une UE-phobie de principe, risque d’avoir un effet boomerang. Si rien ne change, et rien ne changera, leurs propres « solutions » perdront beaucoup en crédibilité.

Thomas FERRIER (PSUNE)

17/01/2015

Lexique du partisan européen - "Révolution"

REVOLUTION

révolution européenneUne révolution s’incrit dans un processus cyclique. Elle met fin à un cycle et donne naissance à un nouveau. Elle est donc au sens strict une renaissance. Un mouvement révolutionnaire est ainsi caractérisé par son refus d’accepter le monde « tel qu’il est », par une remise en cause radicale des fondements de la société en place, de ses valeurs et de ses discours, par la volonté d’arriver au pouvoir en s’affranchissant partiellement ou totalement des règles en vigueur, et par son but d’agir non seulement sur le présent et l’avenir mais en revenant sur toutes les politiques menées antérieurement qui n’iraient pas dans son sens. Il veut « changer le monde ».

Les européistes ("identitaires") sont des révolutionnaires partisans de la mise en place d’un nouvel Etat vierge juridiquement qui a pour nom « Europe ». Leur but est de refonder l’Europe sur ses valeurs ancestrales, donc sur ses racines, son « européanité ». Ils reconnaissent les principes fondamentaux de la démocratie en ce sens qu’elle est porteuse d’une légitimité populaire et qu’elle correspond à la vision naturelle profonde des Européens. Néanmoins, leur arrivée au pouvoir est envisagée selon un processus révolutionnaire analogue à celui ayant permis la révolution française mais ce au niveau européen. Ils prônent donc d’abord une « révolution par les urnes », à savoir l’acquisition d’un fort soutien populaire européen, puis une « révolution par les actes », l’auto-proclamation du parlement européen en assemblée européenne constituante, cette dernière agissant de manière indépendante des anciens Etats et sans être liée aux politiques qui y auront été menés par le passé. Enfin, leur révolution est une rupture avec l’universalisme dominant les partis politiques contemporains, au profit d’une vision strictement eurocentrée. C’est donc à une triple révolution, politique, institutionnelle et morale qu’ils invitent les Européens.

Thomas FERRIER

Perspectives 2017

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François Hollande.

On le disait fini. La séquence d’émotion « Charlie », en cela grandement aidée par une coopération totale des media, a permis de remettre en selle le président et son exécutif. L’ « union nationale » tait toute réflexion pour mettre la nation en ordre de bataille derrière son chef. Les ténors de la droite et même la dirigeante du FN ont ainsi reconnu au président le fait d’avoir été « à la hauteur ». Certes, le temps est encore long jusqu’à 2017 mais Hollande a au moins gagné la légitimité au sein de son camp et c’est ce qui était pour lui le plus important. Sa candidature en 2017 ne devrait donc pas être menacée.

En 2017, François Hollande fera du Hollande et personne ne s’attend à autre chose de sa part. Il défendra son « bilan ». Difficile dans ces conditions de lui donner la moindre chance de passer au second tour. La gauche est divisée, Front de Gauche et Ecologistes seront à nouveau de la partie. Quant à son allié de second tour, François Bayrou, il est durement affaibli. Néanmoins on ne sait jamais. Hollande a prouvé par le passé sa capacité à rebondir et on s’étonnera une fois de plus que les Français ne lui demandent aucun compte. Dans le drame, le peuple français a conservé un brin de nostalgie pour la monarchie. Il a besoin d’être rassuré, il a besoin qu’on lui mente. Une nation d’hommes libres, à la conscience aiguisée, ne se serait jamais comportée ainsi.

Nicolas Sarkozy.

Son retour politique a été calamiteux. Ses longs silences face à l’actualité en disent long sur son incapacité à déterminer une stratégie politique pour 2017. Adepte des équilibres, il a remis en avant la centriste Kosciuszko-Morizet, qui lui avait pourtant coûté la victoire en 2012, pour neutraliser le centre. Il a également propulsé Laurent Wauquiez pour rassurer la droite du parti. Buisson éliminé du jeu présidentiel suite à la fameuse affaire des « écoutes », Sarkozy ne maintiendra pas son « virage à droite », contrairement à ce que les media prétendent. Cette fois il n’enverra aucun signal à l’électorat FN car il pense qu’il n’en a pas besoin.

Hollande affaibli, Sarkozy le juge peu capable de se retrouver au second tour. Il parie sur la qualification quasi certaine de Marine Le Pen. Pourquoi « droitiser » son discours au risque d’inciter les centristes à une candidature présidentielle ? Pourquoi « droitiser » son discours au risque de voir Juppé et même Fillon s’opposer explicitement à lui ? Il n’a pas besoin des voix du FN. Ce qui lui faut c’est un bon report des voix du centre et de gauche au second tour afin qu’il se fasse élire comme Chirac en 2002, mais certes avec une marge beaucoup plus réduite.

La stratégie Hollande bien évidemment est au contraire de faire monter le FN le plus haut possible au détriment de l’UMP et de favoriser une candidature centriste. Après tout, sait-on jamais. Si finalement, par une étrange pirouette de l’histoire, Hollande se trouvait face à Marine Le Pen, sa réélection serait certaine.

Marine Le Pen.

Marine Le Pen n’a qu’une stratégie à avoir, « tenir ». C’est quand elle ne fait rien, et quand elle ne dit rien, que les faits lui « donnent raison ». Le déni de toute réalité par les dirigeants de l’UMP et du PS est son meilleur allié. En même temps, sa dédiabolisation a échoué, malgré tout le zèle qu’elle y met. Elle peut remercier le PS de l’avoir rejetée hors de la « marche républicaine ». Un FN « comme les autres », cela n’intéresse pas ses électeurs. Sa stratégie est suicidaire. Elle n’est sauvée que parce que ses adversaires sont encore plus médiocres qu’elle et lui ouvrent une voie royale.

Pourra-t-elle néanmoins continuer jusqu’en 2017 à conserver ses électeurs sans que sa stratégie de recentrage, de pseudo-crédibilisation, ne finisse par les dégoûter ? Troquer la lutte contre l’immigration pour la lutte contre l’Union Européenne et l’€, donnant à son programme économique une image d’impréparation et de sectarisme, n’est pas ce que veulent ses électeurs. Le virage souverainiste du FN sera tôt ou tard sa perte. Mais tant qu’il n’y aura aucune régression électorale, il continuera en ce sens.

2017 sera certainement son année. Celle où elle sera la plus proche de remporter l’élection. Mais elle échouera et ne peut qu’échouer. Il ne suffit pas de s’auto-décréter « crédible » pour l’être. Elle devra continuer de gérer les déclarations de plus en plus provocatrices de son père, sans avoir les moyens de le contraindre au silence. Elle n’est aucunement en moyen de l’exclure du parti qu’il a fondé. Or quelqu’un qui n’est pas capable de faire le ménage au sein de son propre parti le serait-il au niveau de l’Etat. De la même façon, devenue otage de son fidèle lieutenant, Florian Philippot, dont le discours a de quoi écœurer tout électeur FN « traditionnel », elle perd beaucoup dans sa capacité de rebondir efficacement sur l’actualité. Son discours « républicain » est insipide et inintéressant.

Sauf surprise, Marine Le Pen sera au second tour en 2017 avec un score compris entre 25 et 32% des voix. Ce sera à la fois son acmé et son chant du cygne.

Thomas FERRIER (PSUNE/LBTF)

28/12/2014

Lexique du partisan européen - "Nationalité"

NATIONALITÉ / CITOYENNETÉ

nationalité européenne,citoyenneté,ius sanguinis,europeLa citoyenneté est à la nationalité ce que la cité-état est à l’état-nation. Dans l’antiquité, comme dans les républiques modernes, citoyenneté et nationalité sont des termes parfaitement synonymes. En revanche, dans les empires, les deux notions sont séparées. Ainsi, en Russie, qui est à la base un empire multiethnique autour d’un peuple fondateur, on distingue le citoyen « russe » ou russien (российский) du national russe ou russe au sens ethnique du terme (русский). Ainsi, un mordve est de nationalité mordve mais de citoyenneté russe, et c’est parce qu’il dispose de cette dernière qu’il peut voter aux élections. Le terme de « nationalité » est alors à comprendre comme « origine » ou « ethnicité ».

La citoyenneté est une notion apparue en Grèce antique, le terme latin ciuis (« citoyen »), venant de l’indo-européen *keiwos, n’étant que la transposition du terme grec politeus (πολίτευς). Le citoyen est celui né de deux parents citoyens, selon la règle du ius sanguinis, « droit du sang » ou « principe d’ascendance », en vigueur dans la plupart des cités grecques, et notamment à Sparte, à Thèbes et à Athènes.

Cette règle non écrite fut formalisée à Athènes en 451 avant J.C par Périclès, père de la démocratie, en raison du dévoiement de la citoyenneté athénienne par les tyrans, Pisistrate et ses successeurs, qui l’avaient conférée auparavant à des étrangers dévoués à leur cause. Périclès instaure donc la règle de la double filiation, patrilinéaire et matrilinéaire, et en outre révise les listes de citoyens en retirant la citoyenneté aux étrangers qui en avaient bénéficiée sous la tyrannie. La citoyenneté est considérée comme un devoir réservé à des porteurs naturels.

En revanche, dans les systèmes autocratiques, règne la règle du ius soli, « droit du sol ». Seul compte alors le lieu de naissance du sujet, car on n’y parle pas de citoyen. Lorsque l’empire romain, qui durant le principat avait conservé bien des traits de l’ancienne république, le « prince » n’étant que le « premier des citoyens » à l’instar d’Auguste, assuma son caractère autocratique au IIIème siècle de notre ère, il abandonna le ius sanguinis, qu’il avait considérablement affaibli par de multiples naturalisations, parfois de peuples entiers, ce qui pouvait s’expliquer dans le cadre de l’idéologie universaliste qui dominait dès lors à Rome, pour le ius soli. C’est en 212 après J.C que l’empereur Caracalla, lui-même de souche parfaitement étrangère à la romanité ancestrale, décida de conférer à tous les hommes libres nés sur le sol romain la « citoyenneté » romaine. Cela incita les Germains notamment à s’implanter dans l’empire de manière à en bénéficier. Sans être la cause unique des invasions « barbares », ce choix fut néanmoins déterminant.

Ce « droit du sol » fut maintenu pendant toute la période des âges sombres et ce jusqu’à la révolution française, selon le principe « est serf d’un seigneur le serf né sur les terres du dit seigneur », à l’exception de la noblesse, qui héritait de son statut, et des droits liés. A partir de 1789, les juristes révolutionnaires, convergeant alors avec les juristes de droit romain, décidèrent de restaurer l’antique droit en matière de nationalité. C’est ainsi que Napoléon Bonaparte, alors premier consul, restaura le droit du sang mais de manière partielle, uniquement sa version patrilinéaire, et par la suite, ce modèle se répandit dans toute l’Europe, et notamment en Allemagne, en Italie ou en Grèce moderne.

En 1889, la France républicaine décida néanmoins à côté du droit du sang d’ajouter un droit du sol, en raison de la présence de nombreux autres Européens sur le sol national, afin que ceux-ci, devenus citoyens, puissent grossir le nombre des troupes mobilisables en cas de nouvelle guerre contre la Prusse. C’est ainsi qu’elle rentra dans un processus de dévalorisation de sa nationalité, même si aucun effet négatif n’en résultait, car concernant des populations de même souche.

Alors que l’Allemagne maintenait entre le peuple allemand et les populations coloniales une différence de statut, seuls les Allemands étant citoyens, la France adopta une conception impériale, et donc anti-républicaine, consistant à vouloir faire citoyens les populations natives de son empire. C’est ainsi que les Algériens dès 1946 purent être considérés comme français, sans disposer cependant de tous les droits inhérents. Et c’est pour les mêmes raisons que les gouvernements français, sans consulter leur peuple en aucune manière, ont facilité l’obtention de la nationalité française aux nombreux migrants issus de son ancien empire colonial, après l’indépendance de ce dernier entre 1946 et 1960.

Par la suite, la France a incité ses voisins européens à introduire dans leur droit le ius soli, ainsi en Allemagne sous Schröder en 2000 et en Grèce sous Papandreou en 2008. En Italie, Romano Prodi en 2005 voulait faire de même. Les naturalisations complaisantes ont abouti cependant à un résultat quasi identique.

Ainsi, comme on vient de le voir, la nationalité française actuelle, de même que celle d’autres pays européens encore que pas tout à fait tous, est-elle parfaitement illégitime et n’a-t-elle strictement plus aucune signification.

Devant un tel constat, les partisans des états nations concernés seront désarmés. Ils n’ont pas la liberté de manœuvre qui leur permettrait de revenir, fût-ce seulement en pensée, sur les décisions prises antérieurement.

Cependant ce n’est pas dans ce cadre que nous serons placés. Nous voulons en effet construire un nouvel état, celui que mérite depuis longtemps la nation européenne qui allie notre patrimoine et notre destin. Ce sera devant une copie blanche, traduite par une tabula rasa juridique, que nous serons installés, comme il se doit quand un nouvel état naît, qui ne prend la succession d’aucun autre. Il faudra créer pour cet état une nationalité européenne, fondée sur le ius sanguinis, à la fois patrilinéaire et matrilinéaire, mais surtout qui ne devra rien aux nationalités existantes ; ces dernières seront maintenues au moins provisoirement, même s’il n’existera plus d’état pour leur correspondre.

Les conditions générales d’accès à cette nationalité européenne seront définies par une assemblée constituante formée par des représentants élus des états dans leur configuration actuelle. Comme pour l’instauration de la monnaie unique, des critères de convergence seront retenus, qui préserveront les intérêts des citoyens des états les plus vertueux sur le sujet.

Ces conditions d’accès à la nouvelle nationalité prévoiront aussi la résolution des cas particuliers par des instances populaires locales adéquates, comme le traitement de toutes les questions liées au sujet. Le tout sera ensuite entériné par un référendum étendu à tous les citoyens européens.

Ainsi, quelles que soient les décisions qui auront été prises, elles l’auront été dans le respect le plus strict de la démocratie. Elles seront donc totalement légitimes.

Thomas FERRIER

21/12/2014

Zemmour exilé

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eric_zemmour_reference.jpegAprès près de dix ans de débats, l’émission « Ca se dispute » où s’opposent Eric Zemmour et Nicolas Domenach s’arrête par décision unilatérale d’I-Télé. Elle fait suite à une campagne de diffamation contre l’un de ses chroniqueurs au motif qu’il aurait dans un entretien au journal italien Corriere della Sera tenu fin octobre des propos choquants où il aurait prétendument prôné la « déportation » de cinq millions de musulmans, des propos intolérables aux yeux d’un comité de journalistes de la chaîne. Différentes associations, en plus de membres du gouvernement et/ou du Parti Socialiste, ont « réclamé sa tête » et l’ont obtenue. Néanmoins, pour le moment, Paris Premiere et RTL maintiennent leur confiance à Eric Zemmour. Les réactions outrées de nombreux citoyens et d’acteurs de premier plan de la politique nationale, surtout de droite, les feront hésiter à se séparer de lui, si telle était leur intention.

C’est Jean-Luc Mélenchon qui en début de semaine a levé ce faux lièvre, par le biais d’une traduction biaisée d’une question d’un journaliste italien à Eric Zemmour à savoir s’il était favorable à « deportare cinque milioni di musulmani francesi », ce qu’il convient de traduire correctement par « expulser cinq millions de musulmans français ». Eric Zemmour a alors répondu que c’était irréaliste, mais qu’en substance l’histoire enseignait que tout peut arriver, selon le principe de l’ « imprévu dans l’histoire ». Zemmour n’est pas un responsable politique mais un analyste. Il ne propose aucune solution aux constats qu’il émet. Il ne préconise rien. On lui reproche donc, au fond, de ne pas s’être indigné bruyamment contre l’idée contenue dans la question par ce journaliste, la vieille accusation absurde du « qui ne dit mot, consent ».

Le latin deportare signifie « exiler ». Dans les langues européennes, cas du français à part, il a pris la signification d’expulser. C’est le sens précis du terme « deportare » en italien comme de « to deport » en anglais, un vocable officiellement utilisé en matière de lutte contre l’immigration clandestine. C’est aussi le sens 1 du terme de « déporter » en français, à savoir « condamner une personne à l’exil ». Mais le sens 2, moderne, est explicitement associé au transfert de gens dans des camps, nazis ou soviétiques. C’est bien en raison de cette connotation tragique que Zemmour est mis en cause.

En outre, le journaliste italien Stefan Montefiori a reconnu avoir modifié pour des raisons journalistiques les termes employés dans sa question posée oralement au journaliste français. Il n’y avait donc aucune raison objective de s’indigner.

Cette indignation sélective, basée sur de fausses informations, n’a pas amené ceux qui en étaient responsables à reconnaître leurs torts et à revenir en arrière de leurs déclarations (hypocritement) outragées, bien au contraire. Cela leur a servi d’alibi pour se débarrasser médiatiquement de l’auteur de propos dérangeant l’idéologie bien pensante et contre lesquels elle se trouve intellectuellement démunie. Si cela n’avait pas été cet entretien, cela aurait été autre chose. Pourtant I-Télé va perdre des plumes en se séparant d’un chroniqueur pugnace, apprécié de nombreux téléspectateurs pour son franc-parler, et qui dopait l’audience de la chaîne. Si I-Télé a consenti à plaire aux « bonnes âmes », des gens qui appellent à la censure d’opinions qui ne leur plaisent pas, précisons le, c’est sous la pression. La chaîne sera certainement d’une manière ou d’une autre dédommagée pour ce sacrifice sur l’autel du conformisme médiatique.

L’affaire « Zemmour » doit servir de leçon. Peu importe les concessions que vous ferez au « politiquement correct », peu importe la pureté de vos opinions, peu importe l’humanité que votre personne dégage, et que tous reconnaissent à Eric Zemmour. Si le Système en place veut vous abattre, au mépris de la démocratie la plus élémentaire, il le fera. Et il s’opposera même à ce que vous puissiez répondre de ce dont on vous accuse. L’émission enregistrée où Olivier Galzi interrogeait Eric Zemmour, a vu sa diffusion déprogrammée. Même cela, on lui refuse. Et Le Figaro précise qu’I-Télé n’a même pas eu la décence d’informer son chroniqueur de l’éviction qu’elle venait de décider, comme s’il avait été bloqué sans sommation d’un forum de discussion.

Ce pourquoi toute révolution politique doit s’accompagner d’une révolution médiatique. Nouveaux paradigmes, nouveaux media !

Thomas FERRIER

16/12/2014

Lexique du partisan européen - "Nation"

NATION

Flag_of_Europe_entrelas_celtiques_red.pngLa nation, terme formé à partir de la vieille racine indo-européenne *gen- au sens de « naissance, lignée, ascendance », est stricto sensu le regroupement de ceux « de même souche », des « homogènes ». Lorsque certaines personnalités de la droite dite « nationale » affirment ne pas avoir une « conception ethnique » de la nation, ils en trahissent le sens véritable. Il n’est d’ailleurs pas surprenant que la traduction grecque du latin « natio » soit justement « ethnos ».

La nation repose sur le principe d’autochtonie, sur l’idée d’une profonde parenté entre tous les citoyens qui la composent, que cette parenté soit réelle ou le fruit d’une sincère conviction. Elle se reconnaît par différentes matérialisations, à savoir les caractéristiques anthropologiques, culturelles, religieuses et linguistiques majoritaires de la population. La nation française repose donc sur l’européanité anthropologique et civilisationnelle de son peuplement, sur un catholicisme établi sur des traditions celtiques, sur la langue française et sur une histoire et des mythes partagés.

Cette définition de la nation vaut pour la France mais elle vaut en réalité aussi bien pour l’Europe. La seule différence, c’est qu’il n’existe pas de langue européenne, bien que plus de 96% des Européens parlent une langue indo-européenne comme langue de naissance. Cette nuance écartée, tous les autres critères évoqués pour définir la nation sont valables pour l’Europe. Par ailleurs, il existe au niveau français une certaine diversité que le jacobinisme a voulu sans succès effacer. Entre un basque et un breton, il y a au moins autant de différences, ou aussi peu, qu’entre un irlandais et un hongrois.

On m’opposera une prétendue définition « française » de la nation, celle de ceux qui à l’instar de François Hollande vantent une « France » universelle, c'est-à-dire en réalité la négation de la France authentique. Mais en vérité la nation française n’est pas différente des autres nations d’Europe. Elle n’a jamais été le fruit d’une immigration perpétuelle mais au contraire d’un enracinement sur des siècles et des siècles. La population européenne a été en réalité et au-delà des millénaires d’une formidable stabilité.

Non, la France n’est pas universelle. Elle est une nation d’Europe. Une nation au sein d’une plus grande nation, de cette grande nation en devenir qu’est l’Europe. Et sa population est européenne depuis toujours, n’en déplaise aux nostalgiques de l’empire colonial ou à ceux qui veulent nous imposer une « diversité » non désirée.

Thomas FERRIER

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15/12/2014

Lexique du partisan européen - "République"

REPUBLIQUE

république,europe,révolutionLa notion de république provient de l’expression romaine res publica, mot à mot la « chose publique », c'est-à-dire l’ « intérêt général » ou le « bien commun ». C’est l’idée d’un régime au service du plus grand nombre, du peuple dans son ensemble, et non au service d’une minorité favorisée. Si l’opposition entre patriciens et populaires ne sera pas réglée en 509 par l’action de Brutus l’Ancien, c’est pourtant à ce héros de la tradition romaine qu’on attribue la naissance de la République.

Ce n’est pas un hasard si le terme de « république » se traduit en grec par « démocratie », même si la république romaine, avec ses Comitia et son Senatus, était bien loin des canons de la démocratie athénienne. Polybe y verra au contraire une cité en équilibre entre les différents régimes possibles tels qu’analysés par Aristote, un régime à la fois aristocratique et démocratique. Pourtant, le modèle du citoyen romain, à la fois paysan et soldat, est fondamentalement démocratique par nature. Et ce même si le patricien a le droit d’être un chevalier (equites) alors que l’homme du peuple devra se contenter d’être légionnaire.

La république est donc en premier lieu la polyarchie, le commandement du « plus grand nombre », et s’oppose à la monarchie, de la même façon que Brutus l’Ancien a chassé les rois Tarquins. Est républicain qui n’est pas monarchiste. Ce qui ferait de nos jours vraiment beaucoup de républicains.

Mais la république est aussi la recherche de l’intérêt général, le refus d’être au service d’une minorité, que celle-ci repose sur une origine ou une confession, d’un groupe de pression ou d’un parti. A la différence d’un empire, cosmopolite par nature, la république repose sur l’homogénéité du corps de ses citoyens, sur la parenté d’origine et de culture. Cela évite justement la dissension qui naît nécessairement d’une trop grande différence et qui a mis fin à la république romaine. Ce n’est pas un hasard si la démocratie athénienne reposait sur le principe du droit du sang et sur le mythe de l’autochtonie.

Ceux qui se prétendent républicains, au nom de valeurs prétendument universelles, de « beaux principes » éthérés, ne le sont pas. C’est la nouvelle « noblesse » avec son « clergé » et ses « tables de la loi », l’hyper-classe politico-économique, son clergé médiatique et ses « droits de l’homme ». C’est une oligarchie qui se prétend républicaine, comme ces empereurs romains qui maintenaient le symbole SPQR mais en le vidant de son sens. Mais c’est en réalité une oligarchie au service d’intérêts planétarisés. Notre République, ce n’est pas la Vème oligarchie de l’Etat « français », c’est l’Europe. Une république qui chassera les tyrans qui emmènent notre civilisation à sa perte, au précipice d’une mondialisation suicidaire. Une république qui soumettra les puissances d’argent à l’intérêt général du continent et de sa population native. Une république qui brisera, qui « brisera [enfin] ces vieilles tables » (Nietzsche).

Thomas FERRIER

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08/11/2014

Lettre ouverte à Eric Zemmour

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Eric Zemmour,Europe,identité,lettre ouverteMonsieur Eric Zemmour, je n'ai pas lu votre dernier livre, dont on a beaucoup parlé. En revanche je suis régulièrement votre débat avec Nicolas Domenach dans l'émission Ca se dispute de la chaîne i-télé. Ainsi ai-je pu me faire une idée de vos positions.

Bien qu'éloigné de la ligne souverainiste que vous affichez, point sur lequel je reviendrai en détail, je précise que ce n'est que très rarement que j'approuve les critiques, parfois virulentes, de votre contradicteur de l'émission citée, lequel se complait dans l'hypocrisie politiquement correcte, bourgeoise et mondialiste. De la même façon, j'ai trouvé lamentable l'avalanche de reproches qui vous ont été adressés et notamment inepte la critique que Christophe Barbier a fait de votre livre dans l'Express. Sur la plupart des points, je vous donne toujours raison. Aussi suis-je très heureux du succès de votre livre. Il est cependant un sujet sur lequel je ne vous suis pas.

Vous dites par exemple que les Français ne reconnaissent plus la France. Voilà qui est très bien vu. Mais est-ce bien la France qu'ils ne reconnaissent plus? Si vous allez en Pologne, voire à Ekaterinbourg en Sibérie, vous vous croirez en France, ou plutôt peut-être dans une France d'il y a quelques décennies. Ce que les Français ne reconnaissent plus dans leur environnement, c'est tout simplement celui d'un pays européen. Bien sûr, la plupart des pays européens ont un cachet qui leur est propre. C'est le cas de l'Angleterre notamment, et l'on comprend que les Anglais tiennent à leurs coutumes. Mais si vous allez en Alsace ou en Corse, vous ne vous sentirez pas en région parisienne non plus. Même à l'intérieur de la Lorraine, de Nancy à Sarrebourg par exemple, au bout d'une heure de route vous êtes dépaysé.

Vous dites également que vous aimez la musique classique, vous la trouvez supérieure au rap. Ce n'est pas moi qui vous contredirai. J'imagine que vous aimez Bach, Mozart, Beethoven, Schubert. Ils n'étaient pas Français, ce qui n'empêchait pas d'ailleurs Mozart de tenir une correspondance en langue française. Notre patrimoine culturel est européen, qu'il concerne la littérature, la philosophie, la peinture, la sculpture, l'architecture, la musique … A la Renaissance, les artistes parcouraient l'Europe, comme les scientifiques. Descartes était-il français, quand il se trouvait chez lui en Hollande ?

Vous dites encore que la France n'est pas née de la révolution, qu'elle est bien plus ancienne. C'est vrai. Maintenant où la faire démarrer? Certains pensent à Vercingétorix. Mais la Gaule n'a jamais existé; elle n'a jamais été qu'une création romaine. Il y avait bien un pays celte, débordant très largement notre Hexagone. Avec les Latins, les Germains et quelques autres, on retrouve en gros la population de l'Europe occidentale et centrale. Or cette dernière était déjà presque instaurée en Etat au début la Rome impériale. C'est bien l'Europe qui est notre patrie d'origine. La France n'a jamais été qu'une Europe en réduction : un peuple au départ celte, une profonde imprégnation latine et une conquête par les Germains qui a donné au pays son nom.

Vous aimez la France de l'ancien régime, à l'époque où elle dominait intellectuellement l'Europe, et vous aimez celle de Napoleon, quand il accumulait les victoires et fondait le Code civil. Entre les deux, vous semblez voir la grande révolution, ses horreurs mises à part, comme initiatrice d'une forme de mondialisme. Quelques signes peuvent aller dans ce sens en effet, mais là n'est pas l'essentiel. Il faut retenir d'abord le retentissement, auprès des intellectuels de nos pays voisins, des idées révolutionnaires --- sans oublier dans cette affaire nos prédécesseurs américains. Il est bien dommage que Napoléon n'ait pas su se servir de cet avantage pour fonder une Europe non soumise, jusqu'à la Russie comprise. A l'époque de la révolution, on ne pensait pas vraiment à l'humanité dans son ensemble; plus tard les premiers internationalistes marxistes ne voyaient guère plus loin, non plus, que les Romains antiques. Quand on pensait pour la France, Europe en réduction, on pensait pour l'Europe et sa diaspora américaine.

Je conclus. Nous avons une patrie; c'est l'Europe. Qu'est-ce qui vous empêche de le reconnaître?

Peut-être pensez-vous tout simplement que cette idée européenne n'est pas réaliste, dans les circonstances d'aujourd'hui. Il est difficile de vous donner complètement tort. L'idée européenne ne progresse pas trop lentement; elle régresse. Mais pourquoi régresse-t-elle ? Vous ne semblez pas vous poser la question.

Vous voyez l'origine de tous nos maux dans l'Union européenne, cette construction technocratique. Vous avez raison d'en dire le plus grand mal. Elle réduit à une peau de chagrin la démocratie à l'intérieur de chacun des pays membres, au point que le choix de leurs dirigeants importe désormais bien peu. Elle sert de porte ouverte à la mondialisation. Elle place l'Europe sous la tutelle des Etats-Unis d'Amérique. Tout cela est exact.

Mais peut-être votre critique n'est-elle simplement pas assez sévère. Vous oubliez que c'est cette construction qui fait justement régresser l'Union Européenne. Vous semblez pourtant en avoir discerné la vraie nature. Ce n'est qu'une oligarchie, un club de dirigeants. N'avez-vous pas vu qu'ils sont tous mondialistes et europhobes, comme l'a très justement constaté un Elie Barnavi ? D'ailleurs votre contradicteur Nicolas Domenach, qui se déclare européen, l'est bien moins que vous-même. Et Christophe Barbier, lorsqu'il s'avance à citer une nation européenne, n'y met pas ce qu'il convient. Ce sont des hypocrites. Bref, comment n'avez-vous pas noté qu'avant tout autre chose l'Union européenne n'était pas européenne ?

Ensuite votre critique manque de discernement. L'Union européenne actuelle n'étant pas l'Europe, il ne faut pas dénoncer les idées européennes en même temps que le fonctionnement de la technostructure bruxelloise. Faisons une comparaison. Qui défendrait, dans la France d'avant la révolution, le système des fermiers généraux? Est-ce, pour autant, qu'il fallait détruire la France ? Certainement pas. Or nos commissaires bruxellois ne sont jamais que les fermiers généraux d'aujourd'hui, chargés qu'ils sont d'affermir les contraintes imposées aux Etats membres pour le compte d'un club de dirigeants, dits nationaux, tous coupés du peuple.

C'est à tort qu'on vous accuse de vous réjouir d'un déclin qui conforterait vos thèses. Mais vous n'avez pas vu non plus que du mal peut aussi surgir un bien? C'est l'ancien régime des fermiers généraux qui a convoqué des Etats généraux, lesquels ont pris pouvoir et commencé par abolir les privilèges. C'est notre assemblée européenne fantoche qui peut un jour prendre le pouvoir à des dirigeants corrompus. Et cela ne se fera peut-être pas dans la douceur.

En attendant, tout ce qui peut contribuer à réunir les Européens est bon à prendre. Croyez-vous qu'Allemands et Français aient besoin de systèmes sociaux vraiment différents ? La sécurité sociale a été installée par Bismarck bien avant d'exister chez nous. Certes, aujourd'hui, nous suivons des voies divergentes. Cependant notre plus grande différence tient dans notre taux d'allogénisation, lequel est bien supérieur qu'outre Rhin. Donc à ce qui fait qu'on ne reconnaît plus la France. Cette France qui ne peut pas marcher avec l'Allemagne est précisément celle qui vous déplaît.

Essayez donc d'y réfléchir. L'Europe, comme Nation, est un beau projet, comme l'unification allemande et italienne l'ont été . Si vous le portiez, vos ennemis seraient démasqués, désarmés.

Pierre EISNER (PSUNE/LBTF)

30/10/2014

Elections ukrainiennes 2014 : la sortie des sortants.

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Ukraine,élections parlementaires,2014,Porochenko,Arseniuk,SvobodaEn deux ans, le phénomène Euro-Maïdan et la fuite du président sortant Yanoukovitch ont modifié en profondeur la situation politique de l’Ukraine. Le tandem président/premier ministre, Porochenko/Arseniuk, à peine constitué, des élections anticipées qui se sont déroulées ce dimanche ont bouleversé la répartition des sièges à la Rada.

A 99,7% du dépouillement, les résultats quasi définitifs sont désormais connus et s’ils confortent l’équipe en place, ils mettent surtout fin à l’époque politique précédente.

En 2012, le Parti des Régions, qui a boycotté cette élection, l’emportait avec 30% des voix, offrant à l’ancien président Yanoukovitch une majorité confortable. Le parti de Ioutchenko, « Notre Ukraine », président antérieur, n’avait obtenu que 1,1% des voix. Le mouvement Batkivchina d’Ioulia Timochenko était le premier parti d’opposition avec 25,6% des voix. A droite et à gauche s’opposaient le parti nationaliste Svoboda (10.5% des voix) et les communistes du KPU (13,2% des voix). En 2012, le Parti Radical d’Oleg Lyachko devait se contenter d’1,1% et d’un siège unique. Enfin UDAR, le mouvement démocrate de Vitali Klitchko obtenait 14% des voix, devenant le troisième parti du pays.

Cette opposition, une fois le président Yanoukovitch renversé, a été balayée par les électeurs ukrainiens. Sous la forme du Bloc d’Opposition, faux nez du Parti des Régions, ce mouvement n’a obtenu que 9,4%, ce qui est néanmoins un score pas si mauvais, en sachant que les régions rebelles de l’est du pays et la Crimée n’ont pas voté. Batkivchina, le parti de Timochenko, n’obtient en 2014 que 5,7% des voix, soit seulement 0,7% de plus que la barre requise de 5% pour avoir des élus au scrutin proportionnel. Klitchko a quant à lui complètement disparu.

Le Front Populaire (ou « National ») du premier ministre Arseniuk est devenu en revanche le premier parti du pays, avec 22,2% des voix environ. Il devance d’une courte tête le Bloc du président Petro Porochenko, qui obtient 21,8% des voix. Autant dire que ces deux partis ont vocation à s’entendre. A priori, Arseniuk ouvrirait également la coalition au Parti Radical d’Oleg Lyachko, qui a obtenu 7,5% des voix, contre à peine 1% deux ans auparavant. Ce mouvement nationaliste modéré, pro-européen, connaît une progression significative.

Les communistes du KPU sont balayés, avec seulement 3,9% des voix. Ils perdent ainsi toute représentation nationale. Les électeurs ukrainiens ont peu apprécié les nostalgies soviétiques qui ont pu s’exprimer notamment dans l’est du pays.

Nouveau venu, le mouvement chrétien-démocrate Samopomitch (« Aide par soi-même ») avec 11% des voix remplace avantageusement UDAR. Il pourrait rejoindre la coalition qui tente de se mettre en place à l’issue du résultat. La gauche « sociale-démocrate » en revanche a disparu.

C’est au niveau du camp nationaliste que les cartes ont été redistribuées. Le succès du Parti Radical a asphyxié électoralement Svoboda, « Liberté », qui passe de 10,5% des voix en 2012 à 4,7% des voix en 2014, perdant toute représentation proportionnelle. Svoboda parvient néanmoins à sauver six députés au scrutin majoritaire, fort de quelques fiefs que le parti a su conserver. De même le Secteur Droit (Pravyi Sektor) de Dmytro Yaroch n’obtient que 1,8% des voix mais réussit au scrutin majoritaire à faire élire son dirigeant avec plus de 29% dans un district de Dniepropetrovsk. Les autres nationalistes, nationaux-démocrates du NDPU (0,07%) ou nationalistes du KUN (0,05%), sont largement marginalisés. Le recul significatif de Svoboda montre en tout cas que ce mouvement s’est usé dans les affrontements contre l’ancien pouvoir.

Au final, les vainqueurs de Maïdan remportent largement l’élection, mais le Parti des Régions n’a pas vraiment disparu même s’il est très affaibli. On a vu qu’en deux ans les cartes avaient été redistribuées. Porochenko et Arseniuk sont néanmoins attendus au tournant par les électeurs ukrainiens qui ont tendance à brûler le jour ceux qu’ils ont encensés le jour précédent. L’opposition traditionnelle au pouvoir pro-russe est en revanche laminée, à l’image du mouvement de Timochenko. De nouveaux venus émergent et les remplacent.

En tout cas, l’alibi russe selon lequel l’Ukraine a été victime d’un coup d’état fasciste tombe, en constatant que les partis nationalistes « durs » se sont effondrés.

 

Thomas FERRIER (PSUNE/LBTF)

20/10/2014

Contre l'universalisme, source de tout impérialisme

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universalisme,impérialisme,différences,civilisations,mondialismeLa première forme d’universalisme émerge dans l’ancienne Perse, sous la gouvernance des Achéménides. Après s’être substitué à leurs cousins mèdes, les Perses vont à partir de Cyrus se constituer un vaste empire, allant de la Mer Egée jusqu’à l’Inde. L’empire perse comprendra en son sein non seulement des populations iraniennes et iranophones, comme les Mèdes ou les Scythes, mais aussi des Grecs et des Arméniens, et surtout le monde ouest-sémitique (Babylone) et l’Egypte. De ce fait, la Perse formera un empire multiculturel. Néanmoins elle ne s’assumera jamais réellement comme universelle, car la religion zoroastrienne est une religion ethno-nationale qui oppose les Perses et les non-Perses, ces derniers étant assimilés à « Turan », le royaume (mythique) ennemi de l’Iran. Ainsi, seuls les Iraniens de souche pouvaient (et peuvent encore) être zoroastriens.

C’est sur cet embryon d’universalisme non assumé qu’intervient Alexandre. Le conquérant macédonien se substituera aux shahs de Perse mais en s’émancipant à la fois du rigorisme zoroastrien et des enseignements hellénocentrés d’Aristote. Certes, dans la réalité, l’universalisme d’Alexandre se limitera à unir par le mariage des Grecs et Macédoniens avec des femmes de la noblesse perse. Mais très vite, une fois le roi macédonien mort, et alors que ces mariages prendront fin aussi vite qu’ils auront été conclus, les monarchies hellénistiques qui lui survivront assumeront une idéologie universaliste explicite. Cela sera notamment le cas de la dynastie lagide en Egypte mais aussi des Séleucides en Orient.

Alors qu’un athénien de l’époque de Périclès aurait considéré la culture grecque comme l’apanage des seuls vrais Grecs, désormais l’hellénisme se répand en orient. Une ville comme Alexandrie sera le symbole de cette étrange fusion entre Grèce et Orient. Ce n’est pas un hasard si elle deviendra bien des années après un centre chrétien de première importance.

Alors que la Rome républicaine aspirait à unir des peuples proches, comme les autres tribus italiques, une forme d’universalisme romain se mit en place progressivement au gré des conquêtes. Certes Caton dénoncera la « fides punica » de Carthage et Virgile opposera les dieux anthropomorphes de Rome aux dieux zoomorphes de l’Egypte. C’est parce qu’il a trahi Rome pour succomber aux séductions orientales qu’Antoine sera aisément démonisé par Octavien qui, devenu Auguste, interdira les cultes égyptiens au cœur du pomœrium. Mais très vite l’empire romain se confondra avec le monde, et l’édit de Caracalla en 212 après J.C mettra fin à toutes différences entre les Romains et les populations qu’ils avaient vaincues.

A l’universalisme de la Grèce déclinante et à l’universalisme de la Rome impériale dans laquelle « Rome n’était plus dans Rome » s’ajouta un universalisme juif, une vision messianique où le culte du dieu unique ne serait plus celui du seul peuple judéen mais de l’humanité entière. Une même dérive religieuse avait eu lieu en Egypte aux alentours de 1400 avant J.C, avec le pharaon Amenhotep IV, dit Akhénaton, qui voulait faire du culte d’Aton une religion universelle.

Le courant universaliste juif et le courant universaliste gréco-romain se rencontrèrent dans l’esprit de Paul de Tarse. Lorsque ce dernier déclare qu’il n’y a plus « ni juif, ni grec », il introduit en religion l’universalisme. Alors que le paganisme, « religion du pays » (latin pagus), prêche l’enracinement et le culte des ancêtres, et que le judaïsme est la religion spécifique du peuple judéen, Paul appelle à renoncer à ces particularismes fondamentaux pour rejoindre la religion nouvelle. Alors que les religions antiques prêchaient la tolérance réciproque de peuples enracinés chacun dans leur tradition propre, le monothéisme oppose désormais le bien et le mal, ceux qui ont reconnu le discours de Christ et ceux qui l’ont refusé. Aux païens et aux juifs qui n’ont pas reconnu la divinité de Jésus l’enfer est réservé.

Dès lors, au nom d’une vérité révélée, il faudra convertir les païens et persécuter les hérétiques. Lorsque Constantin fit le choix de passer au christianisme, la tolérance antique cessa d’exister, jusqu’à ce que Théodose interdise purement et simplement aux païens le droit de pratiquer la religion de leurs ancêtres. L’islam prolongera et durcira le caractère violent du monothéisme chrétien, dénoncé à juste titre par Jean Soler dans ses ouvrages. Lui aussi sera universaliste, transcendant sous le regard d’Allah toutes les différences entre les peuples et les civilisations.

En 1789, la révolution française prônera également une forme d’universalisme, même si dans les faits le monde se limitait en réalité pour elle à l’Europe. Les idéologies du XXème siècle ne seront pas moins universalistes. Il existe un universalisme « socialiste » qu’on a appelé l’Internationale marxiste. Il existe un universalisme « libérale » qu’on appelle désormais « mondialisme ». Tous ces universalismes sont également des impérialismes, à la source de toutes les colonisations.

L’universalisme soviétique signera la domination des Grands-Russes sur les autres peuples de l’ancienne Russie tsariste, de la même façon que l’universalisme jacobin fut celui des Franciens (locuteurs des langues d’oïl) sur les autres peuples de l’ancienne France capétienne. Et l’universalisme libéral, avec sa démocratie de façade et ses « droits universels », considérablement renforcé depuis la chute de l’URSS, sera la marque de l’impérialisme américain.

En fait, toutes les formes d’impérialisme, qu’il soit libéral, communiste ou même nazi, ont à la base une forme d’universalisme, l’idée que leur modèle politique ou leurs valeurs civilisationnelles ont vocation à s’imposer au monde entier, en niant ou détruisant toutes les différences, tous les particularismes. L’universalisme souhaite un homme interchangeable, déraciné, un « citoyen du monde » c'est-à-dire en réalité un sujet d’une oligarchie planétarisée. De la même façon que tout le monde avait vocation à devenir « citoyen romain » lorsque Rome avait cessé d’être une république d’hommes libres, de la même façon que tout le monde peut devenir chrétien ou musulman, quelles que soient ses origines, l’humanité entière devrait se soumettre à la même utopie.

Or l’universalisme n’est simplement pas possible et à chaque fois qu’il a voulu s’imposer il a lamentablement échoué. Des civilisations très différentes n’ont pas vocation à s’entendre. Des peuples trop différents n’ont pas vocation à s’unir. Ils ne le veulent pas et ne le souhaitent pas. C’est pourquoi l’URSS s’est effondrée, c’est pourquoi les Eglises ont fini par se vider face à la vague de nationalisme qui submergea notre continent aux XIXème et XXème siècles, et c’est pourquoi le mondialisme aussi va s’effondrer, que cela soit celui promu par les Américains ou que cela soit celui promu par les islamistes.

Ne nous y trompons pas. Derrière l’impérialisme américain ou derrière le néo-jihad salafiste, on retrouve la même volonté de faire table rase du passé, d’inventer un « homme nouveau » sans racines et sans histoire, un renégat. Au final, l’universalisme finit toujours par faire couler le sang. Ceux qui refusent ce modèle unique, ce sont les païens persécutés par l’Eglise, les « infidèles » persécutés par les islamistes, les indigènes face aux colonisateurs, les koulaks face au bolchevisme, les chouans face aux jacobins, et d’une manière générale tous les dissidents confrontés à des régimes totalitaires.

L’universalisme est l’ennemi de l’humanité. Le respect et la préservation des différences, là est en revanche son salut.

Thomas FERRIER (PSUNE)

19/10/2014

De la table rase juridique européenne.

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droit.jpgDepuis plusieurs décennies, les pouvoirs politiques à la tête des différents états d’Europe ont pris, sans consulter le peuple et/ou sans veiller à lui livrer une information objective et complète des enjeux et des conséquences de leur politique, des décisions qui mettent en danger l’avenir de notre civilisation, de notre continent. Par irresponsabilité, par incapacité de voir plus loin que le bout de leur nez, ou au service conscient au contraire d’une idéologie liberticide, ils ont engagé l’Europe dans un processus mortifère et ce dans tous les domaines. Ils ont en clair créé en Europe les conditions propices à l’effondrement de notre civilisation, à la fois en ouvrant les frontières du continent à des flux migratoires post-coloniaux qui portent atteinte à notre identité de peuple européen, et en favorisant en interne les matérialisations classiques de la décadence telles que dénoncées déjà il y a près de deux millénaires par Juvénal dans ses Satires. Le « mariage pour tous » en est une illustration parmi tant d’autres.

Pour involuer ce déclin, un pouvoir politique national devrait engager un programme qui contreviendrait à un des principes fondamentaux du droit, qui est le principe de non-rétroactivité. Certes, il le ferait au nom d’une légitimité populaire, mais en dehors du cadre de la légalité. Il n’est donc simplement pas possible d’envisager dans le cadre national, que cela soit celui de la France ou de l’Allemagne, de revenir en arrière. Aucun gouvernement, même nationaliste, n’envisagera sérieusement d’annuler les décisions prises par ses prédecesseurs. Ainsi on sait très bien que l’UMP ne reviendra pas sur le « mariage pour tous » ni sur les politiques migratoires passées depuis trois ou quatre décennies. Mais on sait aussi que le FN, même s’il prétend en paroles le contraire, n’en ferait rien non plus, à supposer qu’il puisse arriver au pouvoir.

Si une politique n’est pas possible dans le cadre d’un référentiel politique donné, elle est possible si on choisit un tout autre cadre, par exemple celui d’un nouvel Etat qui ne saurait être la continuité de l’Etat précédent. En droit international, il existe un principe de continuité juridique liée à une continuité territoriale. Pour être plus clair, un Etat est contraint d’assumer la politique de l’Etat qui existait précédemment sur le même territoire. Même la révolution française en 1789 a maintenu de nombreux cadres de l’ancienne monarchie. Elle n’a pas pu faire table rase, même si elle a innové sur de nombreux sujets.

L’idée générale est donc que l’Europe naisse en tant qu’état-nation, à partir de l’Union Européenne actuelle, mais élargie à l’ensemble du continent. Cette nouvelle nation, qui se constituera ex nihilo, même si elle reposera par ailleurs sur une base objective, sera vierge juridiquement. Elle ne sera en soi liée à aucune politique décidée par les anciens Etats, qui auront cessé purement et simplement d’exister. C’est ce que j’appelle la table rase juridique européenne.

L’Europe se construira politiquement sans être engagée par les moindres traités ou conventions internationales, que ce soit les traités « européens » ou les constitutions nationales. Elle n’aura pas à « assumer » les politiques néfastes qu’auront auparavant décidées des gouvernements « nationaux » que ce soit en matière de définition de la nationalité ou bien de définition du mariage. Les politiques migratoires passées ou les innovations « matrimoniales » comme le « mariage pour tous » n’auront plus aucune valeur puisqu’elles auront été décidés par des Etats qui n’existent plus, et que le nouvel Etat, l’Europe unie, n’en tiendra donc pas compte. Un autre avantage de l’émergence de cet Etat vierge du point de vue du droit, c’est qu’il n’aura pas de dettes extérieures, alors que les Etats européens actuels sont globalement endettés.

L’Europe unie a une réelle légitimité d’existence en raison de la profonde parenté qu’il existe entre les Européens, au-delà de particularismes réels qu’il convient bien sûr de préserver. Les nations en tant qu’identités nationales et/ou régionales existent. Mais les Etats ne sont que des conventions institutionnelles qui peuvent apparaître ou disparaître au gré de l’histoire. L’Etat européen unitaire pourrait réussir là où les anciens Etats « nationaux » ont échoué. Et il permettrait surtout un redémarrage, un « reboot » total, où tout redeviendrait possible, où la politique que nous estimons absolument nécessaire pourrait être menée dans le respect du droit.

Cela s’apparente d’une certaine manière au passage d’un système informatique à un autre. Comment fait-on ? On sauvegarde d’abord toutes les données qu’on souhaite conserver et uniquement celles-là. Ensuite on réinitialise le disque dur, effaçant l’ancien système ainsi que toutes ses caractéristiques. Puis on installe un nouveau système et on y recopie les données sauvées. Ces données, c’est la civilisation européenne, sa culture, son patrimoine, son histoire, la population de notre continent d’avant ce que nous estimerons être son dévoiement. Le nouveau système informatique c’est l’Etat européen. Il aura ses règles et ses particularités, ses institutions, sa nationalité et son état civil. Ce ne seront pas ceux des anciens Etats, qui auront disparu avec les données endommagées et que nous n’avons donc pas conservées.

La table rase juridique permettra concrètement à l’Europe de reprendre sa marche en avant, considérant comme nuls et non avenus les égarements coupables des anciens Etats et les multiples trahisons des anciens gouvernements « nationaux ». Elle est d’un point de vue juridique la solution la plus satisfaisante.

Thomas FERRIER (PSUNE)

06/10/2014

GERB sur Sofia ? A propos des élections législatives bulgares [2014]

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Bulgarie-Borissov-en-quete-d-une-coalition-incertaine_article_popin.jpgLe GERB (« Citoyens en faveur du développement européen »), ce parti populiste et conservateur du premier ministre (démissionnaire) sortant Boyko Borissov, espérait obtenir une majorité confortable à l’Assemblée Nationale (Narodno Sabranie). Il n’en sera rien. Même si son parti est à nouveau vainqueur, il ne retrouve pas son plus haut niveau. Avec 32,7% des voix, il ne progresse que de deux points par rapport aux législatives de 2013 (30,5%) ou aux européennes de 2014 (30,4%). On est loin des 50% que Borissov espérait, dans un contexte de profond désaveu de la population. Le taux de participation à 17h00 était d’à peine 40%.

Le BSP (socialiste), qui en 2013 obtenait encore près de 26,6% des voix, n’a pas pu se maintenir au plus haut niveau. Déjà, aux élections européennes de cette année, il tombait à 18,9% des voix. Cette fois, il dépasse à peine les 15% des voix (15,4%). Une descente aux enfers qui ne profite même pas aux conservateurs du GERB.

Le mouvement du droit et de la liberté (DPS), qui obtenait 11,3% des voix en 2013 et le très bon résultat de 17,3% en 2014, maintient ses positions aux alentours de 14,8%. Il bénéficie notamment du vote de plus de 80% des Turcs mais aussi de 45% des Roms. Il représente essentiellement les minorités et des électeurs de gauche.

Nouveau venu de la politique nationale, le Bloc Réformateur, un mouvement de centre-droit, qui avait obtenu 6,5% des voix aux élections européennes, continue sa progression, obtenant 8,9% des voix. Son émergence est l’une des raisons de la faible progression du GERB. Il sera très probablement son partenaire au sein d’une coalition.

Le mouvement Ataka (« Attaque ») de Volen Siderov est depuis quelques années en totale régression. Alors qu’il avait encore obtenu 7,3% des voix en 2013, malgré la scission de son ex beau-fils Dimitar Stoyanov, il tombait à 3% (2,96) en mai dernier, perdant toute représentation parlementaire à Strasbourg. Le score de Siderov aux dernières élections présidentielles avait été également catastrophique. Ataka néanmoins avec 4,5% conserve de justesse une représentation nationale.

Il est la victime d’une concurrence nationaliste formée d’une coalition composée du NFSB et du mouvement VMRO ainsi que d’une dizaine d’autres organisations dont le NDP de Stoyanov. Séparés, le NFSB avait obtenu 3,7% des voix en 2013 contre 1,9% pour VMRO, totalisant 5,6% des voix. Aux élections européennes, dans le cadre d’une autre coalition avec « Bulgarie sans censure » (BBS) le VMRO avait obtenu 10,7% des voix. Dans le cadre de ce Front Patriotique, NFSB et VMRO réunis obtiennent 7,3% ce qui est un beau succès et laisse penser qu’il va continuer de progresser au détriment d’Ataka. A sa droite, l’Union Nationale Bulgare (BNS) de Stankov n’obtient que 0,17% des voix et devrait donc probablement se rallier au Front.

Le mouvement « Bulgarie sans censure », se présentant cette fois sous sa seule bannière, réussit à rentrer au parlement, obtenant 5,7% des voix. C’est aussi le cas de l’ « Alternative pour le Renouveau Bulgare » (ABV) de Georgi Parvanov, ancien président de la république (2002-2012), qui obtient 4,15% des voix (contre 4,02% aux européennes).

Au total, huit mouvements politiques seront représentés au parlement dont deux partis nationalistes, réunissant 12% des voix environ. Le GERB a donc plusieurs possibilités pour organiser autour de lui une coalition majoritaire, mais il devra certainement faire alliance en plus du Bloc Réformateur à un des deux mouvements nationalistes mais aussi au BBS et/ou à l’ABV. Borissov n’a pas obtenu un blanc seing de la part des électeurs bulgares. Leur confiance est limitée, en sachant que l’abstention reste le grand vainqueur de dimanche.

Thomas FERRIER (PSUNE/LBTF)

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05/10/2014

Elections législatives en Lettonie. La gauche en tête, la droite au pouvoir.

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Flag_of_Latvia.png(Mise à jour). Les résultats des élections lettones sont désormais connus. C’est bien le parti de gauche, favorable à la minorité russe, Saskana (« Harmonie »), qui s’impose de peu, avec 23% des voix et 25 sièges. Néanmoins son score est bien inférieur à celui obtenu aux législatives de 2011 (28,36%) des voix même si, par rapport aux élections européennes (13%) où il était catastrophique, il remonte la pente. Cette victoire néanmoins ne doit pas cacher les difficultés extrêmes que Saskana aura afin de doter le pays d’un gouvernement.

Le parti de centre-droit Vienotiba (« Unité ») échoue à devenir le premier parti du pays. Avec 21,87% des voix et 23 sièges, il ne progresse que de trois points par rapport à 2011 (18,83%) et est très éloigné de son résultat des élections européennes, où il avait obtenu 46,2% des voix. Cela démontre que le vote aux européennes était davantage en faveur du PPE que pour les seuls qualités de son représentant local.

Le mouvement agrarien et écologiste « Zalo un Zemnieku Savieniba » (ZZS), qui en 2011 n’avait obtenu que 12,22% des voix, et 8,3% seulement aux élections européennes de 2014, a connu un gain important de voix, puisqu’il obtient 19,53% des voix et 21 sièges, devenant ainsi le troisième parti du pays. Il est donc faiseur de roi, soutenant probablement la gauche. Malgré tout, même avec son renfort cette dernière n’aurait alors que 46 députés sur 100 en tout, et n’aurait donc pas la majorité. Ce parti bénéficie sans doute de l’effondrement du mouvement ZRP, qui avait obtenu 20,82% des voix en 2011 et a donc disparu.

Autre grand vainqueur, continuant sa progression, l’Alliance Nationale (Nacionala Apvieniba), autrement dit le mouvement TB/LNNK. En 2011, il avait créé la surprise en obtenant 13,88% des voix. Il a ensuite légèrement progressé aux européennes de 2014, obtenant 14,3% des voix. Ces législatives lui permettent de progresser de deux points, avec plus de 16,61% des voix et 17 députés.

Un petit mouvement conservateur a également réussi à rentrer au parlement. Il s’agit de la liste « No Sirds Latvijai » (Pour l’amour de la Lettonie) qui réalisé un score de 6,85% des voix et obtient 7 députés. Ce n’est pas le cas de l’Union Russe Lettone (LKS) qui n’obtient que 1,58% des voix (contre 6,4% aux européennes), ni du mouvement centriste « Vienoti Latvijai » (Pour une Lettonie unie) qui réalisé seulement 1,19% des voix.

Enfin le mouvement « Latvijas Regionu Apvieniba » (« Alliance des régions de Lettonie ») rentre également au parlement, en obtenant 6,66% des voix et 7 sièges. Il progresse ainsi par rapport aux européennes de 2014, où il avait dû se contenter de 2,5% des voix. Ce parti est plutôt de centre-droit. Son entrée au parlement indiquerait donc plutôt une coalition de droite.

Si en effet les nationalistes du TB/LNNK, le mouvement Unité, la liste conservatrice (NSL) et ce parti s’allient, ils auront 54 sièges en tout, donc la majorité absolue. La gauche aura du mal à bâtir une proposition de coalition alternative, notamment en raison de son marquage pro-russe qui, dans le contexte géopolitique actuel, est un point faible. Saskana a en effet bénéficié d’un vote massif des russes en sa faveur (russes qui composent 30% au moins du pays).

Néanmoins, une coalition composée de quatre partis politiques, dont chacun est indispensable pour que la majorité parlementaire soit conservée, risque d’être bien peu stable. Le TB/LNNK essaiera ainsi de peser de tout son poids sur la politique nationale. Alors qu’il est question que la Lettonie adopte l’euro, ce n’est pas anodin. Il faut toutefois préciser que le TB/LNNK n’est pas opposé à l’Union Européenne, mais ne souhaite pas que la souveraineté nationale soit affaiblie non plus.

Thomas FERRIER (LBTF/PSUNE)

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21/09/2014

L’Ecosse, entre déni de démocratie et mensonge souverainiste

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Un grave déni de démocratie.

q-icon-scottish-flag-3.jpegLe lecteur pourrait s’étonner de voir dénoncer un déni de démocratie alors même qu’en apparence le peuple écossais a été consulté sur son avenir. Mais la démocratie est l’expression libre du peuple, correctement informé par des media eux aussi libres et objectifs. S’il agit sous la contrainte ou sous la menace, en revanche, les principes fondamentaux de la démocratie sont bafoués.

David Cameron, le premier ministre britannique, s’était imaginé au vu des sondages de l’époque qu’organiser un référendum sur l’indépendance écossaise, alors que cette option semblait nettement minoritaire, lui permettrait de redorer son blason alors qu’il souffre d’un discrédit auprès de l’opinion, à la tête d’une coalition fragile. Comme tous les dirigeants « nationaux », ceux-ci ne consultent le peuple que s’ils y sont obligés par la constitution, comme en Irlande, ou s’ils sont quasi certains de l’emporter facilement.

Mais lorsque les gouvernements posent une question au peuple, généralement ce dernier ne leur donne pas la réponse qu’ils attendent, profitant qu’on leur donne enfin l’occasion de s’exprimer pour dire vraiment ce qu’ils pensent. En Suisse, les électeurs n’hésitent pas à donner leur aval à des votations remettant en question l’idéologie dominante, comme lorsqu’ils ont voté l’interdiction de la construction de minarets sur les mosquées. Certes, même chez eux, les media répètent en boucle les mantras de l’idéologie mondialiste, comme chez nous. Mais la démocratie locale, qui est une réalité helvétique, limite néanmoins leur impact.

Au moment où les sondages ont commencé à démontrer que les Ecossais allaient finalement dire oui à l’indépendance, les autorités britanniques ont paniqué. Cameron, qui avait donné son aval à ce référendum, a craint de devoir quitter le pouvoir. C’est ainsi que le rouleau compresseur politico-médiatique s’est abattu sur le pauvre peuple écossais afin de le contraindre, davantage encore que de le convaincre, à rejeter l’indépendance.

La grosse artillerie fut utilisée. La BBC et les autres media nationaux ont pris ouvertement parti contre cette indépendance. On a mobilisé les célébrités de la télévision, les acteurs et les chanteurs, et même les sportifs pour inviter les électeurs à modifier leur vote. Tous les partis politiques britanniques ont pris position contre la liberté du peuple écossais de choisir un autre destin qu’une union contrainte depuis le début du XVIIIème siècle. Du BNP au Labour, tout le monde était vent debout contre l’idée même que l’Ecosse se sépare de l’Angleterre en restant dans l’Union Européenne en nations égales.

Et comme cela ne suffisait pas encore, les banques ont sonné l’alarme, mettant en garde les Ecossais contre un choix incertain, puisque ceux-ci n’étaient plus garantis de conserver la livre sterling. Cet argument fut décisif aux yeux des plus de 50 ans qui furent au final 65% à refuser l’indépendance. La peur d’un lendemain économique hasardeux a été déterminante. Or ce n’est rien d’autre que du chantage et une façon habile d’attiser des peurs irrationnelles.

Si l’Ecosse avait voté pour l’indépendance, le reste du Royaume-Uni aurait dû faire avec. Après tout, l’indépendance du Monténégro vis-à-vis de la Serbie et la séparation de la Tchéquie et de la Slovaquie ne furent en rien un drame. Or David Cameron en personne a mis en garde les Ecossais en expliquant que la séparation ne serait pas à l’amiable, alors que c’est pourtant lui qui avait sollicité leur avis. Certains ont laissé entendre que des frontières seraient installées aux portes de l’Ecosse. Et d’autres encore ont expliqué que l’Ecosse ne serait plus membre de l’Union Européenne, alors que son adhésion automatique en soi ne poserait aucun problème.

Il est donc bien clair que les électeurs écossais ont été confrontés à une campagne extrêmement lourde de « mise en condition ». C’est héroïque que 44.7% des Ecossais aient néanmoins voté en faveur de l’indépendance. Mais les étrangers, qu’ils soient issus de l’Union Européenne ou du Commonwealth, davantage sensibles aux menaces, et sans enracinement identitaire, ont joué la carte de Londres. Sans leur participation d’ailleurs, les Ecossais seraient depuis jeudi indépendants.

Le résultat de ce référendum est donc en vérité une forfaiture, une démocratie de papier, une dictature qui cache son nom.

Le mensonge souverainiste.

Les souverainistes, français comme britanniques, nous expliquent que l’Union Européenne veut « détruire les nations » en favorisant les régionalistes. Or l’Union Européenne par le biais de ses représentants, Barroso en tête, a menacé l’Ecosse, et aussi la Catalogne, au cas où le oui l’emporterait. Après la « victoire » forcée de jeudi, Barroso a même déclaré que ce résultat était en faveur d’une « Europe unie, ouverte et plus forte ». C’est tout de même étonnant de la part d’une organisation dont David Cameron a dit le plus grand mal, souhaitant même en 2016 organiser un référendum pour proposer aux électeurs britanniques que le Royaume-Uni quitte l’UE.

Les souverainistes ne cessent de parlent de souveraineté du peuple, d’indépendance et de liberté. Or UKiP aussi bien que le FN étaient opposés à l’indépendance écossaise. La liberté est-elle valable pour les uns mais par pour les autres ? Par ailleurs, au nom de cette « souveraineté » nominale, que la construction « européenne » ne remet nullement en question, le prouvant une fois de plus en soutenant la position des Etats, Royaume-Uni comme Espagne, n’a-t-on pas en réalité aliéné la liberté des peuples ?

Le Royaume-Uni est en effet le pays le plus souverainiste d’Europe. Ses tabloïdes passent leur temps à conspuer leurs voisins européens. Le parti des conservateurs (Tories) a fait sécession d’avec le groupe PPE (droites européennes) à Strasbourg. UKiP a été le premier parti britannique à l’issue des élections européennes de 2014. Mais cette « souveraineté » constamment affichée par Londres n’est que de papier. Les véritables dirigeants du Royaume-Uni ne sont ni la reine ni le peuple britannique. Ce sont les Etats-Unis, dont le Royaume-Uni est vulgairement appelé le 51ème état américain, mais aussi la City, incarnation du capitalisme international donc du volet économique du mondialisme.

L’Union Européenne elle-même n’est européenne que de nom, car elle est dans les mains d’une hyper-classe « nationale » et internationale, composée des élites dévoyées de chaque état membre, au service des intérêts américains. On l’a constaté dans l’affaire ukrainienne. Economiquement, notamment pour l’Allemagne, les sanctions prises contre la Russie étaient extrêmement négatives, alors qu’en revanche les USA n’y ont rien perdu et ont même ainsi gagné des marchés. Rappelons aussi que l’actuelle Union « Européenne » négocie un traité (TAFTA) extrêmement défavorable à nos intérêts mais qui a tout pour plaire du côté de Washington.

C’est tout de même ironique. Les partis nationalistes et souverainistes d’Europe, qui sont les premiers à dénoncer la politique américaine, se sont joints au concert de tous les opposants à la libre expression du peuple écossais. L’Union Européenne, les Etats-Unis, la presse internationale, les milieux d’affaire et de la banque, les élites, et jusqu’au journal Le Monde, se sont d’ailleurs réjouis de la victoire du non. Une belle unanimité qui démontre si besoin est le mensonge d’un positionnement anti-système de la part des souverainistes. Seuls les militants catalans, flamands et padaniens mais aussi les russophiles du Donbass, ont finalement soutenu la position du SNP écossais en faveur de l’indépendance.

En clair, le Système tout entier avait décrété que l’indépendance de l’Ecosse représentait une menace sérieuse pour ses intérêts. C’est d’ailleurs pour cela qu’il fallait soutenir les indépendantistes écossais dont l’action aurait porté un coup dur au premier vassal de l’Amérique et déstabilisé des Etats qui depuis des décennies maintenant trahissent les peuples dont ils prétendent avoir la charge.

La victoire du non est donc celle du mondialisme sur l’auto-détermination des peuples et sur les libertés démocratiques des citoyens. Ceux qui s’en réjouissent, taisant les conditions dont ce non a été obtenu, se soumettent donc à l’idéologie dominante, même s’ils prétendent la combattre.

Combien de fois n’a-t-on pas entendu dire les organisations souverainistes que nos dirigeants n’avaient pas respecté le résultat du référendum sur la prétendue « constitution européenne » en 2005 ? Qu’ils essayaient d’effrayer les citoyens afin de déconsidérer ceux qui voulaient l’abandon de l’€uro ?

L’eurosceptique David Cameron a même expliqué aux Ecossais que dans le Royaume-Uni, ils étaient plus forts. Cet argument est exact mais n’est-il pas aussi exact au niveau européen ? Les Ecossais auraient intérêt à s’unir aux autres Britanniques, mais les Britanniques n’auraient pas intérêt à s’unir aux autres Européens ? L’émergence d’un Etat écossais divisait encore davantage le continent, certes. Mais les divisions nationales au sein de l’Europe aboutissent au même résultat. Si c’est vrai dans un cas, cela l’est aussi dans l’autre.
Ainsi, grâce à cette affaire écossaise, les souverainistes et autres prétendus « nationalistes » se sont-ils révélés sous leur vrai jour, des agents du mondialisme et de la domination atlantiste sur l’Europe occidentale et centrale. Ils en partagent les principes, comme l’universalisme auquel se soumettent volontiers UKiP et le FN, et avec eux tous les partis souverainistes, et la soumission à l’OTAN. Il est bien beau de prétendre démanteler l’OTAN si on ne propose aucune organisation crédible de défense européenne à la place.

Une Europe unie, condition de sa liberté.

Aucune Europe indépendante ne pourra voir le jour sans une armée européenne dont l’idée même est combattue par les souverainistes. Or les armées nationales des anciens Etats sont des nains par rapport à l’armée américaine, et le budget cumulé de l’Europe, même en y incluant la Russie, est dérisoire par comparaison. Un Etat endetté comme la France, qu’il soit dans l’Union Européenne ou pas, aurait-il les moyens d’avoir une armée à nouveau crédible pour assurer sa défense ?

Bien sûr, l’Ecosse seule, avec son Etat souverain, n’était pas une solution crédible, même si elle pouvait donner le sentiment aux Ecossais que leur identité serait davantage préservée. Mais le Royaume-Uni seul, et en réalité vassal de Washington, est-ce crédible ? Pas davantage. Quant à l’identité des peuples qui composent le Royaume-Uni, elle est vendue à une immigration post-coloniale continue depuis les années 50.

Alors, bien sûr, une Ecosse libre aurait pu avoir l’idée de ne pas imiter l’Angleterre en ce domaine, même si le discours du SNP et d’Alex Salmond n’était pas moins « politiquement correct » à ce sujet que ses adversaires de Londres. Beaucoup de jeunes écossais ont néanmoins voulu croire à un autre avenir que celui dicté par la City. Et ils ont été déçus.

Ce résultat doit d’ailleurs servir de leçon. Le mondialisme est assez fort pour imposer à un peuple, et ici aux Ecossais, une situation qui lui est très défavorable. Ce qui est vrai pour l’Ecosse le sera autant pour tout autre pays européen, même pour le Royaume-Uni. Un système qui sanctionne indûment la Russie en s’en prenant à son économie ne reculera devant rien.

Supposons qu’en France un mouvement « patriote » parvienne au second tour des élections présidentielles. Certes il ne subirait pas la même manœuvre qu’en 2002. Mais il aurait affaire aux mêmes pressions internationales que celles subies par les Ecossais. Qu’importe la nature de son programme économique. Bien sûr prôner la fin de l’€ n’est objectivement pas crédible. Mais même s’il y renonçait, la simple peur d’un changement politique majeur inquiétant les marchés, suffirait à faire céder une majorité de Français, pensant à leurs économies, au chômage ou à l’inflation.

C’est pourquoi là où les souverainistes prétendent que « seule la nation protège », alors qu’on voit bien que non seulement elle ne protège pas mais contraint le peuple à se soumettre, et qu’il n’y aurait de solution qu’à l’intérieur de chaque Etat pris séparément, nous devons leur opposer « l’Europe d’abord ! ».

Une Europe unie, par sa puissance dégagée, par son poids économique, qui demeurerait inégalée, pourrait être véritablement souveraine, c'est-à-dire en mesure de choisir librement son destin, sans qu’aucun chantage, sans qu’aucune menace, sans qu’aucune sanction ne puisse l’inquiéter. Sa force naturelle sera rassurante. Le peuple saura qu’il n’a rien à craindre. Car il n’y pas de véritable souveraineté ni de liberté si on n’a pas les moyens de ses ambitions. La souveraineté des souverainistes est de papier, leur liberté une soumission à l’Amérique. La véritable souveraineté n’est désormais possible qu’au niveau européen.

En ce sens, nous les européistes véritables, nous sommes aussi les seuls vrais souverainistes. A la souveraineté mensongère à l’échelle des Etats, nous opposerons la souveraineté réelle d’une Europe unie de l’Islande à la Russie. Une souveraineté d’airain. Avec son armée, avec son Etat. Une Europe réconciliée avec la Russie, qui a vocation à la rejoindre, et qui pourra mettre fin à la domination américaine sur notre continent !

Thomas FERRIER (PSUNE)

14/09/2014

Elections législatives suédoises, une victoire sociale-démocrate et un succès nationaliste

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Coat_of_arms_of_Sweden_(Lesser).svg.pngA un peu plus de 97% du dépouillement, les Suédois ont rendu leur verdict en donnant au parti social-démocrate (AP-SP) 31,1% des voix. Il remporte donc les élections, même s’il devra établir une coalition avec deux autres mouvements de gauche, et sans doute se trouver un allié supplémentaire issu de l’ancienne coalition de droite, désormais écartée du pouvoir.

Avec respectivement 5,7% et 6,8% des voix le Parti de Gauche (Vänsterpartiet) et les écologistes (Gröne) conservent à peur près leurs résultats de 2010, avec un léger tassement pour le second. Ils devraient néanmoins s’associer aux sociaux-démocrates. Cela ne sera pas le cas de l’Initiative Féministe (FI) qui avec 3,1% rate son entrée au parlement.

Le centre-droit est sanctionné après huit ans de pouvoir. Le mouvement des Modérés avec 23,2% subit un net revers (-6.8), annoncé dans les sondages mais certainement accentué en outre par la progression des populistes. Le Parti du Centre (Centerpartiet) avec 6,4% (-0.4) et les Libéraux Populaires (Folkpartiet Liberalerna) avec 5,4% (-1.7) sont également en net recul même si l’un et l’autre parviennent à sauver leur groupe parlementaire. Les chrétiens-démocrates (KD) obtiennent quant à eux 4,6% des voix (-1.0 point). Le résultat de la droite est donc nettement insuffisant pour espérer bâtir une coalition stable, à moins de s’ouvrir aux populistes.

Les nationalistes et/ou populistes du parti Sverigedemokraterna (Démocrates Suédois) connaissent en revanche un véritable succès, dans la droite ligne de leurs bons résultats aux élections européennes. Ils passent ainsi de 5,8% à 13% (+7.2), plus que doublant leurs résultats de 2010. Même si les grands partis ont annoncé qu’ils refuseraient toute alliance avec les SD, cela n’a pas empêché leur progression, supérieure même à ce qu’avaient annoncé tous les instituts de sondages, dont aucun ne les mettait à 12%. La formation de Jimmie Akesson confirme donc sa montée en puissance, empêchant toute coalition d’être majoritaire au parlement, gauche comme centre-droit.

Un gouvernement autour du parti social-démocrate, mené sans doute par son dirigeant, Kjell Löfven, dominant ces élections mais avec seulement un peu plus de 30% des voix, se mettra donc très vraisemblablement en place, mais il ne sera pas cohérent, tributaire du soutien indispensable de la gauche dure et aussi des écologistes pour se maintenir, et sans doute des libéraux. Ce n’est donc pas une franche victoire et les Sverigedemokraterna y sont certainement pour quelque chose. En effet, la droite en tout obtient 39,4% des voix alors que la gauche en obtient 43,6% et ne l’emporte donc que de quelques points. Les SD seraient donc « faiseurs de roi » et pourraient permettre à la droite de se maintenir, mais cette dernière s’est engagée à refuser cette possibilité, maintenant un cordon sanitaire autour d’un parti qui pourtant se recentre, sans être victime d’une expression plus radicale, le Parti des Suédois (Svenskarna Parti) ayant probablement fait un score très faible [les résultats des petits partis ne sont pas encore connus à cette heure]. Il avait obtenu 0.01% des voix en 2010.

Le résultat des Démocrates Suédois domine largement les débats de la presse suédoise ce soir, au moins autant que la victoire sociale-démocrate, largement attendue, mais plus limitée que prévue. La Suède joue désormais, comme en France, un jeu à trois bandes. Cela s’explique notamment par la crise identitaire que subit le pays, des zones de non-droit comme à Malmö faisant régulièrement parler d’elles. Les SD d’une manière très aseptisée reprennent ce thème mais en adoptant une vision « multikulti » modérée, l’acceptation de populations non-européennes respectueuses du pays d’accueil et non la vision identitaire du parti dans ses plus jeunes années.

Thomas FERRIER (PSUNE/LBTF)

06/09/2014

L’Europe et la Russie

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UE.jpgJ’ai volontairement repris, dans le titre, la façon de s’exprimer de la plupart des journalistes et des dirigeants de l’UE et de l’OTAN, lesquels décrivent le conflit actuel comme opposant d’un côté « Kiev et les Européens » et de l’autre « Moscou ». Or rien n’est plus absurde ; la Russie fait partie de l’Europe et le conflit n’est qu’un conflit interne à l’Europe. En réalité, c’est un peu plus que cela, mais pas dans le sens que l’on croit, comme on le verra.

Revenons d’abord très brièvement sur l’enclenchement du conflit et sur les vraies responsabilités, pour lesquels quelques commentateurs, minoritaires hélas, ont apporté malgré tout une vision éclairée. Tout a commencé quand l’UE a fait miroiter à l’Ukraine une certaine forme d’association sans englober la Russie dans sa démarche. Je passe sur la propagande et sur l’organisation de l’agitation, sur le non-respect des accords négociés à Kiev. Je passe aussi sur le rôle des USA et sur leur doctrine Brzezinski. C’est l’UE qui a commis la faute originelle et qui n’a rien fait pour corriger son erreur en maintenant toujours la Russie à l’écart. C’est elle et elle seule qui porte la responsabilité des morts d’aujourd’hui. Ce ne sont pas les USA, qui sont libres de leurs choix, les dirigeants européens n’ayant pas mission d’appliquer la stratégie d’un état qui n’est pas européen. Ce n’est pas l’Ukraine, qui est en décomposition. Ce n’est pas non plus la Russie.

La Russie pouvait-elle faire autre chose que réagir ? Chaque fois qu’elle s’est montrée conciliante, elle a été écrasée, humiliée. L’OTAN avait promis de ne pas s’étendre aux anciennes républiques soviétiques en échange de la réunification allemande ; la Russie n’a pas réagi quand cela s’est fait et maintenant l’OTAN envisage de s’étendre à l’Ukraine. Poutine a bien compris le message. Il a réagi en Géorgie et a fini par s’y faire respecter, même s’il est dommage que cela ait abouti à une situation bancale, avec des états non reconnus. Il a réagi de façon remarquable en reprenant une Crimée qui est russe et dont le rattachement à l’Ukraine par Khrouchtchev était justifié par la continuité géographique. Il devait réagir au Donbass. Là, on ne sait pas comment cela se terminera, mais il est peu probable que l’issue soit satisfaisante.

Que faut-il faire du côté de l’UE ? Il ne s’agit pas non plus de laisser entendre à la Russie qu’elle peut se permettre n’importe quoi : certains nostalgiques de l’URSS voudraient l’invasion de l’Ukraine. Mais il y a des dirigeants sérieux à Moscou alors qu’il n’y a que des pantins à Kiev. Il faut donc négocier comme Nicolas Sarkozy l’a fait pour la Géorgie, en reconnaissant à la Russie une part de bon droit et en indiquant ce qu’on exigeait d’elle par ailleurs. En Ukraine, il faudrait exiger de la Russie le respect de l’Ukraine et exiger d’elle de ne plus intervenir au Donbass dès lors que l’Ukraine aurait conféré un statut d’autonomie à cette province. En même temps, il faudrait faire comprendre aux dirigeants de Kiev qu’ils ne peuvent espérer aucun soutien s’ils n’acceptent pas cette autonomie. Partant de là, la Russie prendrait à sa charge le redressement économique de l’Est et l’UE celui du reste de l’Ukraine, dans le cadre d’une formule d’association UE-Ukraine-Russie.

Maintenant, si l’on replace le conflit dans une perspective européiste plus ambitieuse, en pensant à la future république à instaurer sur notre continent, le conflit prend une tout autre dimension. Bien sûr, on doit regretter cette guerre interne à l’Europe, qui fait des victimes dont on aurait pu se passer et qui va installer un fossé entre des Européens frères. Pourtant, étant donnée l’attitude des dirigeants de l’UE qui sont à la solde d’une puissance alliée mais étrangère, il fallait qu’elle ait lieu. Quelles que soient les réticences que l’on puisse avoir à propos des dirigeants russes, il faut reconnaître que la Russie d’aujourd’hui est le principal point d’ancrage de l’européanité sur le continent. Ainsi le conflit est-il une guerre entre l’Europe, représentée par la Russie, d’une part, et les mauvais démons de cette Europe, représentés par l’UE d’autre part. Il est donc essentiel que la Russie ne se couche pas dans cette affaire. C’est la survie d’une Europe européenne qui est en jeu.

En attendant, comment faire confiance aux dirigeants des USA et à ceux de l’UE en matière géopolitique ? Les Américains n’ont pas compris que cela fait deux décennies qu’ils ont tout faux quant à leurs alliances. Le 11 septembre ne leur a-t-il pas suffi ? L’exécution ignoble de leurs deux otages par les islamistes d’Irak et de Syrie ne leur a-t-elle pas ouvert les yeux ? Quant aux membres de l’UE, l’exemple de la Libye ne leur dit-il rien ? Ont-ils vraiment pris conscience de ce qui va se passer quand leurs milliers de djihadistes reviendront de Syrie ? Il est vrai que les pays de l’Est de l’UE sentent moins les dangers venant du Sud. Mais comment un dirigeant polonais, par exemple, lequel a nécessairement visité Paris à plusieurs reprises, peut-il se montrer aveugle ?

Peter EISNER (PSUNE/LBTF)

25/08/2014

Qu’est-ce qu’une nation ?

(Article de 2006)

EuropaNazione.jpgC’est ainsi qu’Ernest Renan intitula un ouvrage où il opposait la conception française de la nation qu'il soutenait à la conception allemande, la première reposant sur l’adhésion à un corpus de valeurs, la seconde reposant sur l’appartenance ethnique. Dépassant les querelles sémantiques de deux siècles de nationalisme diviseur en Europe, il est intéressant de réfléchir à ce qu’est une nation dans l’esprit européen unitaire.

Les Grecs de l’antiquité ignoraient en apparence la notion de « nation », qui est un terme latin, et la remplaçaient par celle de « peuple », qui pouvait s’exprimer par plusieurs vocables : le δήμος ou dêmos, terme que l’on retrouve dans celui de démocratie, d’une part, et l’ έθνος ou ethnos, d’autre part, qui a donné en français le terme d’ « ethnie » mais qui en grec moderne signifie « nation ». Le premier terme en revanche a pris un sens mineur en grec moderne, signifiant même « municipalité ». Ainsi peut-on considérer qu’il existait par exemple un dêmos athénien ou même attique au sein même d’un ethnos qui était la Grèce tout entière, selon le rêve panhellénique d’un Isocrate par exemple. Le droit du sang existait de fait à deux niveaux, au niveau municipal avec par exemple la loi de 451 avant J.C mise en place par Périclès, et d’une certaine manière au niveau « national ». De fait, le dêmos et l’ethnos désignent deux niveaux de peuple mais reposent l’un sur l’autre sur les mêmes critères, l’homogénéité.

Le terme latin de natio (gen. nationis) a un sens très proche, le terme populus, « peuple », désignant davantage la population indifférenciée voire la plèbe uniquement. Le dictionnaire Gaffiot confirme que le terme de nation dérive de la racine indo-européenne *gen-, qu’on retrouve dans le grec γένος (genos ou « race, lignée »). Dans le sens 2. de nātio, le dictionnaire propose de le traduire par « peuplade, nation [partie d’une gens, peuple, race] ». Ainsi, contrairement à la définition donnée par Renan, la notion même de « nation » implique une dimension ethnique certaine, implique une homogénéité de fait. La nation repose donc fondamentalement sur le principe du droit du sang, qui a été la règle de la France depuis le code Napoléon et qui l’est toujours aujourd’hui, même si cette fois en concurrence avec le droit du sol.

Le terme latin s’est répandu par la suite dans le reste de l’Europe. On le retrouve dans les langues germaniques avec l’allemand Nation et l’anglais nation, mais aussi en russe avec нация (natsia). Mais ce terme n’est qu’une variante d’un terme indigène plus important, et qui se traduira davantage par « peuple », bien que conservant le sens ethnique implicite dans « nation ». L’allemand use du terme de Volk, qu’il faut peut-être rapprocher du latin populus, et qui a un sens ethnique explicite. C’est ainsi que la nationalité allemande jusqu’en 2000 reposait sur le principe du droit du sang, et c’est aussi le cas des autres pays germaniques, même si le code de nationalité allemand s’est inspiré à l’origine de celui de Napoléon mais aussi de la citoyenneté athénienne qui reposait sur le droit du sang intégral. La plupart des spécialistes de l’histoire allemande, y compris de celle du IIIème Reich, ont souligné l’importance du Volk comme support de la nation germanique.

Chez les Slaves, les russes usent du terme народ ou narod, dans le sens de « peuple », mais il est intéressant de souligner que le polonais naród et le tchèque národ en revanche signifient strictement « nation », le terme latin n’ayant pas été adapté.

Dès lors sémantiquement les termes de nation et de peuple reposent fondamentalement sur un substrat ethnique, sur une homogénéité de peuplement, contrairement à la définition française que proposait Renan, et qui est contraire aussi bien à l’Europe ancienne qu’aux principes des autres pays européens. La conception évoquée par Renan définit davantage un empire, fondamentalement multinational par nature, et justifie l’impérialisme et la colonisation, et c’est pourquoi la politique française et la politique britannique en ce domaine ne différaient pas profondément. La république romaine reposait quant à elle sur la patrie latine et par la suite sur l’idée primitive d’une nation italienne, qui forma par la suite une province unitaire. En amalgamant par la conquête des territoires, après le triomphe sur Carthage, la république romaine se trouva bien mal adaptée et dut renoncer de fait au principe du droit du sang compte tenu de son élargissement. Mais se faisant, elle s’affaiblit et permit l’ascension de dictateurs perpétuels, de Marius à Octavien, ce dernier devenant le premier empereur. Mais Octavien, devenu Auguste, faisait reposer l’empire romain à peine né sur l’idée, que n’aurait pas renié un Aristote et qu’un Tacite approuvera par la suite, que les peuples orientaux étaient radicalement différents des peuples italiques et occidentaux en général, Grecs continentaux inclus. Ainsi, indéniablement, le premier empereur cherchait à maintenir une certaine forme d’homogénéité, considérant dans leur ensemble les peuples du continent européen comme de même nature. Et de fait, les populations européennes, à l’exception des Grecs, surent se romaniser rapidement et furent même jusqu’à la fin les plus fidèles soutiens de Rome. Mais la logique fondamentalement multinationale de l’empire, telle qu’incarnée par un Caracalla, empereur oriental donnant la citoyenneté romaine à l’ensemble des hommes libres de l’empire, ne pouvait qu’amener à la ruine de la romanité, même si les envahisseurs germaniques surent en préserver une part non négligeable et ne furent pas autant les destructeurs que l’on a pu croire. La fin de la romanité fut davantage due à l’évolution de l’empire romain lui-même, illustrée par la christianisation dans le domaine spirituel.

Ainsi, la nation européenne pour laquelle nous entendons œuvrer, une nation qui sera nécessairement organisée en république, et non en empire, et qui reposera sur une conception démocratique, c'est-à-dire sur le pouvoir effectif du dêmos, du peuple-nation, ne peut reposer que sur une homogénéité européenne relative de fait, et sur le concept juridique du droit du sang. Car le principe du droit du sol, qui il faut le préciser dérive du droit féodal et monarchique, « sont sujets du seigneur tous ceux nés sur sa terre », n’est pas un principe républicain, contrairement à ce que l’on croit généralement, n’est pas un principe démocratique, et le système athénien et péricléen du Vème siècle l’illustre remarquablement. Les Européens de fait forment une population relativement homogène, marquée par une parenté anthropologique, civilisationnelle, culturelle, spirituelle et même linguistique, si l’on pense à l’importance des langues indo-européennes, qui constituent l’essentiel des langues d’Europe, à l’exception du basque, du hongrois, de l’estonien, du finnois et de certaines langues caucasiennes. Si l’on ne prend comme exemple que l’Union Européenne actuelle, 96% des européens de l’UE parlent une langue indo-européenne comme langue natale [et 94% des Européens de l'Islande à la Russie-Sibérie].

On constate bien en ce sens que le concept de « nation européenne » n’est pas un artifice, encore moins une utopie, n’est même pas une nation en devenir ; l’Europe est de fait une nation, une nation comparable à la Chine ou à l’Inde, mais certainement pas aux États-Unis.

Thomas FERRIER

14:51 Publié dans Analyses, Institutions européennes | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : nation, europe | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook