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10/11/2013

Snowpiercer ou l'europhobie en action

Notre camarade européen Christophe nous a transmis une excellente analyse du film Snowpiercer (2013). Je vous la livre.

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snowpiercer,europhobie,chris evans,ed harrisJ'ai été voir Snowpiercer (2013) au cinéma, le concept me paraissant intéressant, à savoir une planète congelée et invivable après une boulette militaro-scientifique visant à endiguer le réchauffement climatique. Ce qu’il reste de survivants sont dans une sorte de train-obus géant (la Machine), voué à rouler sans fin sur une ligne de chemin de fer planétaire, sans autre but que de survivre dans ce système écologique clos. Outre que la salle m’ait paru très peu remplie, que le film est un peu longuet (plus de 2h00), et qu’il semblerait que la garniture chocolat ne tienne pas bien sur la glace framboise, le fait est que la bonne impression du début laisse vite place à un arrière-goût amer... Car ce qui devait être une allégorie politique intéressante se révèle être en fait un mélange de critique sociale (stupidement) simpliste et de masochisme europhobe à outrance.

Analyse rapide.

Le wagon de queue, c’est Germinal de Zola: c’est sombre, sale, bordélique, la bouffe c'est de la protéine en barre gélatineuse, on s'habille de guenilles, et on se fait rosser sévère au moindre faux pas. Donc il y a révolte, normal... La Kapo de service, qui vient pour mater tout ça, est une sorte de psycho-rigide acariâtre sans pitié, d’une mocheté absolue, diablement intelligente et calculatrice, et au discours fascistoïde bien rôdé. Après s'être faite neutralisée, la révolte suit son court, et nous découvrons petit à petit les autres wagons. Là où c'est beau et lumineux, où les gens sont propres, bien habillés et repus, nous y trouvons pêle-mêle: les incontournables soldats fascisants au style GIPN avec hache ensanglantée ; l’institutrice des écoles (une jolie blonde enceinte, mais visiblement coconne) qui transforme les gosses en robots dociles voués au culte du Chef et de la Machine; des fashion victims complétement camées en night-club ; des bourgeois tranquilles préservés des horreurs du monde dans leur petite bulle aseptisée… Sans oublier bien sur le tueur-à-gages blond, charismatique, et insensible à la douleur, l’homme de main au crâne rasé et à la politesse suspecte, etc. Et il n'y a là quasiment que des européens…

Parmi les rares qui ne le sont pas, citons l’éternelle « mama » black, battante et pleine d’empathie (variante féminine de Will Smith), et le technicien asiatique surdoué, sans qui l'histoire ne peut pas avancer... Omniprésents, comme souvent… Bref, il semblerait que la diversité n'ait que du bon, et, excepté le leader de la révolte (un type bien, qui inspire la sympathie), avouons que, pour un Européen, tout cela n'est pas très engageant...

Quant au Boss, The Master of The Machine, quasi Dieu himself, c’est Ed Harris, dans son habituel rôle mi-ange mi-démon « à la Stalingrad ». « Ne l’écoutez surtout pas, coupez lui la langue », entend-on… Un ascète, un fasciste, un vrai de vrai, Lucifer en personne ! Et c’est ainsi qu’on apprend que le vieux du wagon de queue (allez, disons-le, le grand sage des gauches) et le vieux de la locomotive (disons-le aussi, le leader maximo des fascistoïdes droitards…) sont en fait complices pour susciter et canaliser les révoltes, afin de réduire la population et préserver la vie: Ordo ab Chaos... Le but étant de donner les commandes du train au jeune leader de la révolte, la seule ayant réussi jusqu’ici, et qui, par cette sorte de sélection naturelle, leur semble le seul capable de prendre les rênes…

Mais là, vous n’y êtes pas tout à fait quand même : car c’est sans compter l’œil vif de notre ami d’Asie qui, bien entendu, a remarqué depuis plusieurs années un recul progressif des neiges et donc un hypothétique réchauffement des températures. C’est ainsi qu’on pourrait enfin sortir du train et survivre à l’extérieur… Hourrah ! Que du bonheur ! La Liberté approche, tout s'accélère, la révolte part en live sévère, le Führer est tué, on fait péter la seule porte qui donne vers l'extérieur, le train déraille emporté par une coulée de neige, c’est la fin de l’horreur, les gentils vont être libérés, les méchants éliminés, et une nouvelle ère, probablement pleine d’amour et de steaks, va pouvoir commencer… Enfin pas pour tout le monde, car il s'avère que les deux seuls survivants sont une ado asiatique maline et un gamin black libéré de l’esclavage… Le seul blanc restant, si l’on peut dire, étant un ours polaire qui passait par là, les regardant d’un air pataud…

Qu'en conclure? Eh bien, que le spectateur sort de la salle avec l'impression désagréable que les Européens sont tous plus ou moins repoussants et méprisables (même le leader de la révolte a eu son heure cannibale avant de se racheter, ainsi qu’il le confie, larmoyant), que la méchanceté, la bêtise, et l'ingratitude les caractérisent, qu'il n'en restera plus un seul à la fin, et que, finalement, « moins il y en a, mieux ce sera pour tout le monde, et bon débarras ! » Car à la fin de l'histoire, tout recommence au paléolithique, l’humanité nouvelle est asiatique et africaine, et on se dit que désormais, tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles... La messe est dite ! Amen ! Bref, dans le genre caricature, et surtout en ces temps d'auto-culpabilisation systématique et d’ouverture inconsidérée à l’Autre, Snowpiercer est un cas d’école, un film de propagande de merde, qui à mon sens a toute sa place dans les poubelles de l’histoire du cinéma !

Finalement, pour rétablir la balance, allez voir Gravity en 3D (2013), avec Ed Harris aussi d'ailleurs, George Clooney et la magnifique Sandra Bullock, et vous repartirez du bon pied. Il ne s’agit pas de nier les problèmes, comme les excès de la stratification sociale, ou le fait que l’espace soit aussi en train de devenir une poubelle, mais simplement de savoir faire la part des choses, loin des pleurnicheries misérabilistes à deux balles et de la haine de soi… Et en cela, Gravity est un film magnifique, qui ne vous fera pas regretter de lâcher 10€ pour "seulement" 1h30 de cinéma... Vous en sortirez grandis, fascinés par le spectacle du cosmos et les prouesses de la technologie, mais aussi questionnés sur les notions de solidarité et de sacrifice, interrogés sur le désespoir, la solitude, la volonté de vivre, sans oublier la part de tragique inhérente à toute aventure humaine.

Christophe (LBTF)

29/10/2013

Droit du sang, une définition de la nationalité qui fait polémique

 
Rappel historique des faits.

droit du sang,nationalité européenne,Périclès,ius sanguinisLe droit du sang (ius sanguinis) définit la nationalité d’un individu en fonction de la nationalité de ses ascendants, par opposition au droit du sol (ius soli), qui la définit en fonction de son lieu de naissance ce qui, en période de pression migratoire, lui fait perdre beaucoup de son sens.

Le droit du sang correspond à la conception démocratique de la citoyenneté. Il a été introduit dans la constitution d’Athènes en 451 avant J.C par Périclès en personne. C’est parce que la citoyenneté athénienne avait été bradée par les tyrans Pisistratides, offerte à leurs partisans étrangers, que le dirigeant principal d’Athènes estima nécessaire de restaurer cette citoyenneté. Il décida ainsi que dorénavant ne serait citoyen athénien que celui né de deux parents eux-mêmes citoyens d’Athènes et mariés en conformité avec les lois de la cité. Ironie de l’histoire, ses propres enfants, nés de sa relation avec Aspasie, qui n’était pas athénienne, ne purent pas devenir citoyens du fait de la règle introduite par leur père. Périclès ne se contenta toutefois pas de cette seule règle puisqu’il l’appliqua de manière rétroactive afin de réviser les listes de citoyens et de revenir sur les abus de pouvoir de Pisistrate en la matière.

Le droit du sol, qu’on lui oppose, relève en revanche d’une conception impériale, dans un empire romain de plus en plus cosmopolite, car c’est en 212 après J.C que l’empereur Caracalla, d’origine nord-africaine, concéda la citoyenneté romaine à l’ensemble des hommes libres de l’empire, et pas seulement d’ailleurs à ceux nés sur le sol romain. Ce fut l’une des raisons qui incita de nombreux Germains à franchir les frontières de l’empire, sachant qu’ils pourraient ensuite bénéficier de cet édit.

En France, le droit du sol correspond au droit féodal et monarchique, selon le principe que « tout serf né sur les terres d’un seigneur est serf du dit seigneur ». Contrairement aux dirigeants politiques contemporains qui affirment que le « droit du sol » est un droit républicain, c’est exactement le contraire. Il correspond au droit en vigueur dans des autocraties s’exerçant sur un territoire peuplé d’une population hétérogène, ce qui n’est pas le cas des républiques, fondées normalement sur l’homogénéité du corps des citoyens.

En 1789, la révolution française, qui se veut une révolution universelle, ne remet pas immédiatement en cause la règle en vigueur sous la monarchie. Il est vrai que cette dernière n’est abolie qu’en 1792 et que la jeune république a d’autres priorités que de modifier son code de la nationalité. A une époque où l’immigration était de toute façon marginale et européenne, il n’y avait pas d’urgence.

Sous le consulat, Napoléon Bonaparte doit trancher cette question. Les juristes révolutionnaires et ceux s’inspirant du droit romain sont partisans de l’adoption du droit du sang par la république, pour rompre avec l’héritage royal. Bonaparte se rallie à leur position et intègre cette disposition. Par la suite, elle sera adoptée au cours des décennies qui suivent par presque tous les pays européens, par la Grèce indépendante en 1830, par l’Italie et par l’Allemagne. Cette dernière, en 1913, adoptera même la version athénienne du droit du sang dite « intégrale », à savoir patrilinéaire et matrilinéaire à la fois.

En résumé, historiquement, le droit du sang est le droit démocratique par excellence, reposant sur l’idée qu’une république, se confondant alors avec la notion de « nation », homogène, par opposition à un empire. Si, en 1889, le droit du sol est ajouté au droit du sang en France, c’est pour des raisons contextuelles, la France abritant alors sur son sol de nombreux autres européens, parents en tous points des Français, qui ne sont pas soumis au service militaire et qui seraient pourtant bien utiles en cas de nouvelle guerre contre l’Allemagne. Après 1945, ce droit contextuel aurait dû sagement être abrogé.

La polémique actuelle.

La droite depuis le milieu des années 80 prône la restauration du seul droit du sang comme accès à la nationalité française, donc l’abrogation du droit du sol. C’est ce que réclama ainsi Valéry Giscard d’Estaing en 1991 dans un célèbre entretien accordé au Figaro Magazine où il dénoncera d’ailleurs l’immigration comme « invasion », mais c’était aussi le cas du programme du RPR en 1986 et bien sûr du FN lorsque celui-ci émergera à l’issue des élections européennes de 1984.

La « gauche » depuis une trentaine d’années attaque systématiquement le ius sanguinis en raison de son idéologie internationaliste et libertaire. C’est sous le gouvernement Schröder qu’en 2000 l’Allemagne introduira le droit du sol pour en faire bénéficier les nombreux Turcs nés en Allemagne à partir de la première génération de migrants venue en 1963 à l’appel d’un gouvernement allemand à la solde du grand patronat. Le gouvernement Prodi en Italie, vers 2005, a souhaité la même évolution mais a été chassé du pouvoir à temps, même si le gouvernement Letta en 2013 a l’intention de remettre cette question sur le tapis. Le « socialiste » Papandréou en Grèce, avant de démissionner, avait également saboté les règles d’accès à la nationalité grecque selon la même logique en 2010.

Lorsque François Fillon prône le droit du sang comme principale voie d’accès à la nationalité dans son programme de cet été, lorsque Jean-François Copé, dans le contexte de l’affaire « Leonarda », s’interroge sur le bien fondé du droit du sol lorsque celui-ci permet à des migrants clandestins de rester sur notre territoire, la droite ne fait que remettre en avant un thème qu’elle avait abandonné. Rappelons qu’en Allemagne, le candidat CDU/CSU Edmund Stoiber, finalement battu, avait courageusement indiqué qu’il reviendrait sur la loi Schröder, ce qu’Angela Merkel, élue en revanche, s’est bien gardée de faire.

Alors que le gouvernement français s’apprêtait à ouvrir son marché d’emplois à des travailleurs étrangers, qui plus est en provenance d’un autre continent, il aurait dû préalablement blinder son code de la nationalité, comme le font les pays du Golfe persique. C’est parce qu’il ne l’a pas fait que la situation migratoire de notre pays est devenue ingérable.

Néanmoins, restaurer aujourd’hui le droit du sang comme accès privilégié à la nationalité française serait nettement insuffisant car bien trop tardif. La lâcheté des gouvernements précédents, sans parler de celui actuellement en exercice, a été funeste. Par ailleurs, les autres pays d’Europe sont tombés dans le même piège car, au lieu d’imiter le Japon, ils ont imité la France et ont ainsi dénaturé leur nationalité comme nous avons dénaturé la nôtre. C’est là que l’idée d’une nouvelle nationalité, européenne, indépendante des nationalités des anciens Etats, et s’inspirant de la démarche originelle de Périclès, qui avait agi pour les mêmes raisons, a tout son sens.
 
Thomas FERRIER (PSUNE)

Guillaume Faye et l'Europe unie (4)

280px-Europe_(orthographic_projection)_svg.pngGuillaume Faye est le théoricien le plus représentatif de l'européisme identitaire, à savoir que l'Europe est sa patrie, et pas une simple construction politique ou économique. Auteur du Nouveau discours à la Nation Européenne (nouvelle édition en 1999), et de nombreux autres ouvrages dédiés à la défense de notre civilisation, son dernier étant Mon Programme, écrit pour enrichir le débat au moment des élections présidentielles de 2012. Il répond aux questions du blog LBTF.

LBTF: Bonjour Guillaume Faye. En 1999, vous ressortiez votre « Nouveau discours à la nation européenne », et en 2012 « Mon programme ». En 1999, vous affirmiez que « l’Union Européenne (…) est la mise en œuvre du projet d’union des cités grecques ». En 2012, dans le cadre de la campagne électorale, en revanche, vous déclarez ne plus défendre « la thèse des Etats-Unis d’Europe ». Qu’est-ce qui a changé, selon vous ?

Guillaume FAYE: Ce qui a changé, c'est l'histoire. L'idée d'union européenne a été dévoyée de l'intérieur. Mais ce n'est pas une raison pour l'abandonner. Quand vous aimez une femme et qu'elle vous trompe, ce n'est pas forcément une bonne raison pour cesser de l'aimer et de la détester. Pour l'instant, les États–Unis d'Europe doivent être mis entre parenthèses provisoires. Ce n'est pas néanmoins un argument pertinent pour être souverainiste. J'ai conscience qu'étant profondément machiavélien (au vrai sens du terme et non pas vulgaire), ma position peut poser problème.

LBTF: Dans « Mon programme », au chapitre sur la France et l’Europe, vous émettez des propositions que pourraient soutenir les souverainistes, avec un « conseil des gouvernements de l’Union », l’abolition du parlement européen, l’abrogation des accords de Schengen, même si vous prônez le maintien de l’€uro, avec exclusion des Etats surendettés, ce qui les amènerait objectivement à la ruine. Vous-êtes-vous converti au souverainisme ou est-ce simplement que, le cadre choisi par l’ouvrage, se plaçant dans une logique nationale, en lien avec les élections présidentielles, amène nécessairement à restaurer la « souveraineté nationale », en attendant une (éventuelle) souveraineté européenne ?

GF: La véritable Union européenne, de puissance, ne pourra se construire qu'autour d'institutions lisibles et simples. Nous sommes actuellement dans une situation ingérable, bureaucratique. Sans vrai fédérateur. L'essentiel est l'Idée Européenne qui, comme je l'ai répété est d'abord ethnique avant d'être économique, institutionnelle ou administrative. On a mis la charrue avant les boeufs. Le sentiment détermine les institutions et non l'inverse. Les Cités grecques ne se sont unies que face à un ennemi commun. En réalité, il faudrait la naissance d'un souverainisme européen. Mais il y a loin de la coupe à la bouche. L'idée européenne ne fonctionnera jamais tant qu'elle ne sera pas affectivement présente chez nos peuples. Ou alors, c'est du calcul de technocrates, sans aucune chance de réalisation. L'histoire a pour matière une certaine exaltation. L'Union européenne ne propose aucun idéal mobilisateur, pas plus – voire beaucoup moins, hélas – que les États qui la composent. Ce qui ne veut pas dire que j'abandonne mon idéal central de Nation Européenne (souveraine).

L'idée officielle actuelle d'Union européenne est l'inverse même de celle de Nation européenne. C'est contradictoire, mais c'est le jeu de la dialectique historique. Compliqué, n'est-ce pas ? Les institutions nouvelles que j'ai proposées dans ce livre procèdent du réalisme. Je me méfie de ce paradoxe qu'est le romantisme technocratique. Maintenant, je ne suis pas un gourou, j'ai une analyse variable. Qui peut prétendre avoir raison alors même que nous ne connaissons pas l'avenir et que nous voyons assez mal le présent ? La détermination de Thomas Ferrier pour des États-Unis d'Europe est une position qui doit être poursuivie, tentée. L'essentiel est l'unité de l'Europe, ethniquement, quelle que soit sa forme. Machiavel, suivant Aristote son maître, disait que seul compte le but. Les formes sont toujours assez secondaires.

LBTF: Même si le parlement européen n’a aucun pouvoir, il dispose d’une relative légitimité démocratique, en ce sens où des formations politiques marginales au sein de l’assemblée nationale, en raison d’un mode de scrutin majoritaire, peuvent y être représentées. En ce sens, à l’instar des Etats généraux en 1789, le parlement européen ne peut-il être l’antichambre d’une assemblée européenne constituante par auto-proclamation pour peu que des européistes authentiques y soient majoritaires ou en tout cas une forte minorité mobilisatrice (30% des députés par exemple) ? Une institution n’est-elle pas en mesure de s’émanciper et de prendre le pouvoir, malgré ses traités fondateurs ?

GF: Cette remarque est théoriquement vraie mais pratiquement problématique. Les institutions européennes ne sont pas démocratiques puisque la Commission viole en permanence les traités en passant du rôle d'exécution à celui d'ordonnancement. Le Parlement européen ressemble à une chambre d'enregistrement napoléonide. Bien sûr, une révolution serait possible. Le problème est que le Parlement européen n'est qu'une coquille vide. L'idée d'une assemblée européenne constituante et révolutionnaire ? Pourquoi pas ? Piste à suivre. Mais ce genre de situation ne sera possible que dans un contexte de crise très grave.

Il faudrait étudier sérieusement la possibilité juridique d'une révolte parlementaire européenne. L'idée est intéressante, on ne peut que la souhaiter même si l'on en doute. L'idée est brillante mais elle se heurte à la pesanteur d'une opinion publique matraquée et d'élites médiocres. Cela dit, en cas de crise très grave, une prise de conscience européenne globale est possible. Le recours au Parlement européen serait intéressant. Qui sait ? Dans les situations tragiques, l'ordre juridique et institutionnel connaît une distorsion bien connue des historiens. Voir à ce propos la remarquable biographie de Pompée par Éric Thessier (Perrin). Le Parlement européen pourrait-il devenir une instance révolutionnaire ? Dans l'histoire romaine (où le Sénat fut nul) comme dans d'autres, c'est un Princeps qui rétablit l'ordre de marche.

LBTF: En 1999, vous prôniez la subversion de l’Union Européenne et non la confrontation avec elle, « montons dans l’avion européen et jouons aux pirates de l’air, en montant en douce, puis braquons le pilote ». En 2012, vous évoquez l’idée que la France « fasse chanter » l’Union Européenne pour exiger d’elle une refonte totale.

GF: C'est vrai. Mais le problème, c'est que, tragiquement, l'avion européen n'a pas de réacteurs (contrairement à ce que j'avais cru) et ne peut même pas décoller. On ne s'amuse pas à braquer un avion au sol. En réalité, l'Union européenne est un être politique virtuel. Contrairement aux souverainistes français, je ne ne me réjouis pas de l'impuissance de l'UE. Celle de l'État français est la même. Le mal est global. Bien sûr, j'ai prôné une refonte totale de l'UE. Dans un sens machiavélien : reculer en apparence pour avancer en réalité. Il faut refonder complètement les institutions de l'UE, selon mes principes. Pour renforcer l'Europe.

LBTF: Demeurez-vous un européiste qui attend que la flamme de la foi en l’Europe se réveille ? Ou avez-vous abandonné l’espoir d’une révolution européenne, d’une république européenne ?

GF: Mon espoir est évidemment celui d'une nation européenne globale. Tout mon courant de pensée a toujours été celui du nationalisme européen, respectueux de tous les autres.

27/10/2013

Guillaume Faye et le PSUNE (3)

6487.pngNous avons interrogé Guillaume Faye et sollicité son opinion concernant le projet européiste du PSUNE. Tel est son avis sur l'utilité de notre modeste mouvement.

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LBTF: L’Europe ? De l’Islande à la Russie, ou sans la Russie ? Avec le Caucase ou sans ? Avec la Turquie ?

Guillaume FAYE: La Grande Europe, c’est-à-dire l’idée impériale, doit évidemment inclure la Russie. J’avais nommé cela l’ « Eurosibérie ». Mais mes amis russes de l’association Athenaeum, notamment le Pr. Pavel Toulaev, proches de l’Académie des Sciences de Russie, a préféré le terme d’ « Eurorussie ». Bien préférable au terme « Eurasie ». Les mots comptent car ils sont l’interface entre l’esprit humain et les choses. Une union entre l’Europe péninsulaire, l’Europe centrale et la partie est-ouralienne de la Fédération de Russie (en gros UE-Russie), constituerait le plus grand ensemble ethno-économique de la Terre. La question centrale, c’est l’affectivité d’appartenance, qu’on nomme aussi « patriotisme ». Tant que les peuples apparentés de souche, de même origine globale ethno-culturelle, « de l’Ibérie à la Sibérie », de Dublin à Vladivostok ne se sentiront pas membres d’un même homeland, d'un même volk global, les choses seront difficiles. Et puis, dans l’histoire, il a été démontré qu’il faut aussi la conjonction d’une menace globale perçue et d’un égregor, un chef mobilisateur.

La fantastique « union de peuples apparentés » qu’est l’Union Européenne, après tant de guerres entre nous, ne pourra jamais être féconde dans la mollesse prosaïque de réglementations économiques. C’est vrai, on peut penser que l’UE est un début, position dialectique hégélienne défendue par certains mais on peut aussi estimer que c’est une impasse. C’est-à-dire une mauvaise voie pour un bon projet. Il est extrêmement difficile de conclure. L’idée européenne est un grand projet et comme tout grand projet, sa solution demande de pouvoir sortir du labyrinthe.

L’idée européenne est un chantier, un chantier très difficile. Même s’il est assez mal parti, on ne peut pas y échapper. Votre projet, au PSUNE, me semble en tout cas différent dans son orientation idéologique de celle de l’eurocratie actuelle, qui correspond d’ailleurs exactement à l’idéologie des gouvernements des États membres et qui ne s’impose nullement à ces derniers, contrairement à ce que prétendent les souverainistes. Dans mon essai Mon Programme (Éd. du Lore), je formule une critique acerbe des institutions de l’UE, qui ne doit pas du tout être prise comme un renoncement à l’idée européenne.

LBTF: Que pensez-vous du projet européiste révolutionnaire du PSUNE ? Et (facultativement) de son dirigeant ?

Guillaume FAYE: C’est une belle initiative. Elle est nécessaire parce que les grandes idées doivent nécessairement à leur début avoir un caractère impensable et irréalisable. De Gaulle en 1940 avait une position impensable mais qui s’est révélée gagnante. L’essentiel est de bien sentir la réalité et de soumettre l’idéologie à la praxis, ce que n’a pas fait Lénine, contrairement à ce qu’il avait écrit. La vraie révolution suppose une certaine froideur, une analyse rigoureuse des faits. Un pragmatisme. Mais en même temps une vision, un idéal à long terme. Le PSUNE me semble posséder ces caractères. Thomas Ferrier, son dirigeant, s’inscrit dans un profil humain à la fois idéaliste et réaliste, ce qui correspond aux deux jambes de la démarche politique. Le PSUNE, à côté d’une démarche politique, doit penser à faire un long travail métapolitique d’influence.

LBTF: Que pensez-vous de l’idée de « nationalité européenne » qui permettrait de refonder sur des bases juridiques une citoyenneté que les Etats ont dévoyée en la conférant à n’importe qui ? La tabula rasa, qu’implique la naissance d’une Europe-Nation vierge juridiquement ne permettrait-elle pas de rendre tout possible, nous libérant non seulement de traités internationaux contraignants mais aussi des constitutions des Etats, véritables machines à enfermer et à trahir le peuple ?

Guillaume FAYE: Cette solution est parfaite d’un point de vue théorique, mais il est long le chemin de la coupe aux lèvres. D’autre part, attention : c’est aujourd’hui Bruxelles qui défend une ouverture des frontières à l’immigration, avec l’accord des États membres qui pourraient le refuser, et ce, pour la fausse bonne raison de compenser le déficit démographique européen. Fausse bonne raison, car le Japon, qui est dans la même situation refuse l’immigration. Il n’en meurt pas, au contraire, cela l’incite à l’innovation . Comme je l’expose dans « Mon programme » (Éd. du Lore), il faut revoir de fond en comble le fonctionnement de l’Union européenne. L’idée est bonne, mais la forme ne l’est pas. Par exemple, la garde à vue simplifiée pour les clandestins exigée par la Commission européenne et les mesures pro-immigration exigées par la Cour européenne de justice sont catastrophiques pour l’Europe elle-même. En l’état actuel, un pouvoir français qui, par exemple, appliquerait en matière d’immigration, d’expulsions, de statut des étrangers, etc. quelques unes des mesures que je prône, serait obligé d’affronter les institutions européennes et de contrevenir aux règles juridiques de l’UE.

Dans l’absolu, une nationalité européenne différente d’une citoyenneté nationale-étatique, plus restrictive que cette dernière, et donnant droit à des statuts juridiques spécifiques, supposerait un processus de rupture révolutionnaire par rapport à la philosophie du droit de l’UE. Il y aurait « rupture d’égalité ». Car refuser la nationalité européenne aux citoyens non-européens d’origine des États-Nations ne s’inscrit pas dans les principes généraux du droit de l’actuelle UE. Je suis donc bien d’accord : il s’agirait d’un passage en force révolutionnaire. Abolissons l’édit de Caracalla !

Guillaume Faye et la gouvernance "française" (1)

guillaume faye,politique française,europe,françois hollande,front nationalLe politiste engagé Guillaume FAYE, partisan de l'Europe comme nation, comme le rappelle l'intitulé d'un de ses anciens ouvrages, "Nouveau discours à la nation européenne", a accepté notre invitation à évoquer sa conception du monde à partir des questions thématiques que nous lui avons posées. Chaque jour, Le Blog Thomas FERRIER publiera ses réponses. Vous pouvez également retrouver ses analyses sur son propre blog, www.gfaye.com . Je précise à toutes fins utiles que les propos de Guillaume Faye ne réflètent pas nécessairement les positions de notre blog.

Nous ouvrons le bal par le thème de la politique française et notamment de la présidence "Hollande".

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LBTF: Juste quelques mots sur ce que vous inspire l’actualité politique du moment : affaire Cahuzac, bilan de François Hollande, « mariage pour tous », baisse programmée des allocations familiales, taxation future et probable des Smartphones et plus généralement de tout appareil connecté, laxisme judiciaire, affaire du « mur des cons », affaire du RER de Grigny, émeutes à Trappes, Colombes, Stockholm, agression islamique d’un militaire à Londres, Paris, situation de guerre civile à Marseille, affaire Méric, affaire Vikernes, affaire syrienne (faut-il intervenir ou pas ? Intérêt ou pas pour l’Europe ?)…

Guillaume FAYE: Pour tous ces commentaires politiques, vous voyez mon blog, J’ai Tout Compris ou gfaye.com Le gouvernement socialiste mène sa politique catastrophique dans la plus parfaite inconscience. C’est l’idéologie qui dirige, mêlée aux calculs politiciens classiques, à l’improvisation, etc. L’affaire Cahuzac est très amusante et reflète les terrifiantes contradictions de la gauche et de ce pays : voilà donc un ministre chargé de taxer et d’assommer fiscalement ses concitoyens qui, lui-même, fraude le fisc qu’il estime (d’ailleurs à juste titre) confiscatoire et racketteur. C’est l’arroseur arrosé, le gendarme-voleur. L’État le savait et l’a protégé en vain. La commission parlementaire d’enquête, entièrement truquée par le PS, a essayé de limiter les dégâts.

Mariage pour tous ? Ça fait plus de dix ans que j’avais dit que ça arriverait inéluctablement. C’est un symptôme, il faut s’attaquer aux causes. Sur l’insécurité et la criminalité (dues au mélange détonnant d’immigration incontrôlée et de laxisme judiciaire) nous allons monter vers des niveaux stratosphériques. Comme je l’ai souvent dit, nous nous dirigeons (pas seulement en France) vers soit une rupture, aux conséquences révolutionnaires, soit une mort tiède (Warmtod, concept éthologique lorenzien) , un effondrement mou. Il ne faut pas exclure , sous des formes imprévisibles, la révolte populaire massive des Européens de souche. Un phénomène viral, épidémique, transpolitique, qui ne toucherait pas que la France mais pourra se répandre comme une nuée ardente, au ras du sol, dans l’Union européenne. L’Histoire est ouverte, l’avenir est détectable mais non pas prévisible, l’impensable peut se produire. Mais l’Histoire, quand elle déchaine ses vagues, « n’épargne pas le sang », comme disait Jules César.

LBTF: En règle générale, comment voyez-vous le fonctionnement de l’actuelle présidence ?

Guillaume FAYE: François Hollande n’est pas à la hauteur d’un chef d’État, encore moins que ses prédécesseurs. Le dernier homme à la hauteur fut Pompidou. Pourquoi cette situation ? La cause est sociologique. Les élites, les vraies, se détournent de la carrière politique. Elles se destinent à la carrière économique (y compris à l’étranger). Les élus, le personnel des cabinets ministériels, les ministres sont d’un niveau plutôt en dessous de la moyenne requise par la fonction. Le plus étonnant, c’est au gouvernement, dont les membres (surtout les femmes) sont nommées au regard de critères (y compris la ”diversité”) qui n’ont rien à voir avec la compétence. Mme Duflot, Mme Taubira, Mme Touraine, Mme Filipetti, Mme Belkacem etc. sont des militantes, des idéologues, mais toutes atteintes par le principe de Peter : dépassement du niveau de compétence (c’était la même chose avec Rama Yade, un vrai gag ambulant). Ce n’est pas nouveau : un Kouchner aux Affaires étrangères était aussi inapte qu’un Douste-Blazy ou aujourd’hui que le prétentieux Fabius (rien à voir avec Hubert Védrine). Bref, pas de pros ou trop peu. La sphère politicienne souffre globalement d’un manque de niveau. Autant que d’une absence de vision, d’intuition et de bon sens.

Second élément, très grave aussi : la pollution de la classe politique, droite et gauche, par les briques idéologiques de la vulgate mortifère que nous connaissons bien., notamment sur la question de la préservation de l’identité ethnique européenne. En rupture avec les sentiments intuitifs d’un peuple de souche, invisible et sans droit à la parole.

LBTF: Par son côté « inamovible », par l’autisme dont semble faire preuve le Président de la République vis-à-vis d’un mécontentement croissant, illustré par une côte de popularité au plus bas, ne peut-on pas y voir là une certaine dérive monarchique, spécifique à la France, a contrario par exemple des Etats-Unis, où il existe, gravé dans le marbre constitutionnel et juridique, une procédure pouvant destituer le Président de ses fonctions (impeachment).

Guillaume FAYE: Le problème n’est pas tant constitutionnel que relevant du ”peuple français” lui-même, qui est très pusillanime. On mérite ceux qu’on élit. La France est une république monarchique, la Grande Bretagne, une monarchie républicaine. Cela dit, deux rois de France sur trois n’étaient pas à la hauteur, pas plus qu’un Princeps Augustus romain ( on traduit faussement pas ”Empereur”) sur deux. Le problème réside plus dans la solidité de la société civile et de la congruence du corps social autour de la Nation. Aux USA, la destitution est exceptionnelle. En France, elle est remplacée par la cohabitation : le Chef de l’État, le PR, rendu impuissant par une majorité parlementaire hostile. Si, après l’élection de M. Hollande, l’électorat avait élu une majorité non-socialiste au Palais Bourbon, M. Hollande n’aurait pas pu appliquer son programme. Il aurait passé ses journées à l’Élysée, à tourner en rond.

LBTF: Enfin plus généralement que vous inspire l’observation de l’actuelle classe politique, de l’extrême-gauche, au FN inclus, quand bien même ce dernier semble bénéficier d’une certaine notoriété médiatique plus importante qu’auparavant, notamment sous l’impulsion de Marine Le Pen et de l’énarque techno-souverainiste et ancien chevènementiste Florian Phillippot ? Que vous inspire le ralliement officiel du géopoliticien Aymeric Chauprade au FN, lui qui dans la Nouvelle Revue d'Histoire n°22 proposait comme solution au problème migratoire, le fait de « repasser le film à l’envers » ?

Guillaume FAYE: Les réponses à ces questions sont largement exprimées dans mon blog J’ai Tout Compris. Le FN recueille des voix non-politiques, protestataires. Sa critique des actuelles institutions européennes est exacte, mais la vision de l’Europe qu’il en tire est erronée. D’ailleurs, (contradiction) le FN a prospéré sur les élections européennes tout en étant anti-européiste. Passons. Le vote FN est essentiellement motivé par les problèmes d’immigration massive, d’islamisation et d’insécurité, toutes choses liées. Les positions du FN sur l’économie et le social sont erratiques et irréalistes. Le FN occupe une position symbolique dans la dramaturgie politique française mais pas encore gouvernementale. Il y a une forme de jacquerie dans le vote FN.

Concernant la question européenne, le FN rejette en bloc l’UE et l’Euro, parfois pour de bonnes raisons critiques. Cependant, les solutions du FN sont techniquement inappropriées. Sortir de l’€uro, c’est 40% d’inflation pour le Franc de retour et la fonte des neiges pour toutes les épargnes. La cata. Il vaut mieux modifier la structure du navire Europe en construction que de le couler. Encore une fois, l’idée européenne est la bonne mais les institutions européennes doivent être corrigées, comme l’idéologie qui les anime. La question centrale est d’ailleurs l’idéologie : une France souverainiste sans UE avec l’idéologie actuelle, il n’y aurait aucune différence. Le poison, ce n’est pas l’UE ou Bruxelles, c’est la mentalité générale qui nous corrompt. Elle est présente au cœur de toutes les élites de chacun de nos pays. Le problème, ce n’est pas l’UE, pas Bruxelles, pas le souverainisme, c’est l’idéologie dominante : le renoncement à l’identité ethnique et culturelle. L’ennemi, ce n’est pas l’ « Europe », c’est une pathologie mentale. Et, si une révolution surgit, une révolte, elle ne pourra être qu’européenne, c’est à dire épidémique – avec la Russie en arrière cour, derrière le décor.

Concernant Aymeric Chauprade et sa remarque que vous citez, je dirais que le problème migratoire a atteint un point de non-retour en Europe. Exactement comme un processus thérapeutique qui doit passer des médicaments à l’intervention chirurgicale. Pour résoudre ce problème, il faudra instaurer des protocoles douloureux. Inverser la tendance, repasser le film à l’envers, effectivement, C’est un processus révolutionnaire, qui relèvera d’une polémologie lourde. Je n’en dirai pas plus.

26/10/2013

Tchéquie : une victoire sociale-démocrate à la Pyrrhus ?

11520706-vecteur-drapeau-de-republique-tcheque.jpgVendredi et samedi se déroulaient les élections législatives tchèques anticipées, suite à la démission du gouvernement de centre-droit il y a quelques mois, empêtré dans des problèmes de corruption, et alors que l’ancien président Vaclav Klaus, issu du même parti ODS, a quitté ses fonctions avec une impopularité record.

Le parti social-démocrate tchèque (CSSD) remporte ses élections avec 20,45% des voix, soit une baisse de deux points environ par rapport à 2010. C’est donc un succès très relatif, même si son principal adversaire, le Parti Démocrate (ODS) réalise un score extrêmement bas, avec seulement 7,72% des voix, contre un peu plus de 20% il y a trois ans. Il n’est désormais plus le premier parti de droite.

Les conservateurs du mouvement TOP09, qui faisait également partie de la coalition sortante, et malgré l’opinion positive de nombreux électeurs pour Karel Schwarzenberg, sont sanctionnés avec 12% des voix contre 16,7% en 2010. Cette baisse est naturellement plus modérée que celle de l’ODS, mais elle témoigne d’un véritable rejet par les électeurs du gouvernement précédent. Le nouveau président de « gauche » Milos Zeman, dont les partisans (les Zemanovici) n’ont obtenu que 1,5% des voix, n’est pas non plus gagnant.

Ce sont de nouvelles formations politiques qui, sorties du néant, réussissent désormais une entrée fracassante au parlement. Des mouvements qu’on qualifiera hâtivement de « populistes » ont pris la place de la droite traditionnelle. Il y a notamment le mouvement démocrate de Tomio Okamura, d’origine tchèque et japonaise, qui obtient 6,88% des voix, et surtout la liste ANO 2011 du slovaque Andrej Babis, tribun de la plèbe à la rhétorique reconnue, avec 18,71% des voix, se plaçant second derrière la gauche.

Autre gagnant de ce scrutin, le parti communiste (KSCaM), issu de l’ancienne époque soviétique. Il réalise 14,91% des voix, en progression de plus de trois points. Il progresse notamment au détriment de la sociale-démocratie et limite également le départ d’un électorat ouvrier et populaire vers les vestiges de la droite nationaliste.

Alors que les Républicains ont disparu de la scène politique (le « Parti National » n’obtenant que 0,1% des voix aux élections précédentes) et que le Parti Ouvrier (Delnicka Strana), mouvement nationaliste radical, a été interdit, les partis souverainistes ne profitent pas de cet espace libre. La liste Hlavu Vzhuru (« Tenez la tête haute »), issue de la base du mouvement Suverinat, et soutenue par l’ancien président Vaclav Klaus, et qui avait obtenu plus de 2,5% des voix en 2010, s’effondre avec seulement 0,42% des voix, l’autre liste souverainiste (Suver.-Strana) n’obtient que 0,27% des voix. Le courant eurosceptique traditionnel est donc considérablement affaibli, même si le mouvement des Libres Citoyens (Strana Svobodnych Obcanu) obtient 2,42% des voix sur un programme de démocratie directe, avec proposition d’un référendum sur le maintien de la Tchéquie au sein de l’Union Européenne.

Dernier mouvement à passer la barre fatidique des 5%, ouvrant à des députés, l’union démocrate-chrétienne. Elle obtient 6,78% des voix et complète ainsi le tableau.

Les partisans d’un « socialisme national » à la tchèque, forme spécifique de sociale-démocratie, échouent à revivifier ce vieux courant national, brisé par cinquante de communisme. Ils n’obtiennent que 0,07%. Les monarchistes sont également réduits à un score extrêmement marginal (0,17%). Les Pirates obtiennent 2,63% ce qui démontre qu’un mouvement européen transnational est capable de s’organiser et de se présenter dans presque tous les pays de l’Union Européenne. Leur score n’est pas insignifiant même s’il sera difficile de capitaliser par la suite. Enfin, les Verts (Strana zelenych), beaucoup moins gauchistes qu’en France ou en Allemagne, restent à la marge avec 3,09% des voix.

Avec l’émergence de deux nouvelles formations politiques menées par des personnalités appréciées de nombreux électeurs, les deux partis principaux ne sont pas capables d’obtenir une coalition tenable. La plus logique reste l’alliance des communistes et des sociaux-démocrates dans une coalition de gauche plurielle, mais elle ne sera pas majoritaire. De même, une droite plurielle menée par TOP09 paraît extrêmement difficile à mettre en œuvre, du fait de l’effondrement total de l’ODS.

La Tchéquie ce soir est donc probablement une fois de plus ingouvernable, car de nombreux partis rentrent au parlement, en tout sept, deux de « gauche », trois de « droite » et deux inclassables. On retrouve par certains aspects un phénomène « Beppe Grillo » avec de nouveaux venus en politique, aux origines tranchant avec le tchèque de la rue. Elle peut au mieux espérer une coalition de « gauche » minoritaire, soutenue par exemple par ANO 2011, ou organiser une grande coalition d’où l’ODS serait probablement exclu.

Dans cette Europe en crise, l’électorat est fortement perturbé et ne sait plus à quel sein se vouer. Il peut tomber dans les bras de démagogues professionnels ou bien dans ceux de nationalistes obtus et d’europhobes de principe. Le résultat c’est l’effacement des différences entre la « gauche » et la droite.

Thomas FERRIER (PSUNE/LBTF)

20/10/2013

L’affaire « Leonarda », symbole d’une dérive politique française

Kosovo.gifLe cas de la jeune Leonarda Dibrani, expulsée vers son pays d’origine, le Kosovo, avec l’ensemble de sa famille, a créé une véritable tempête médiatique, obligeant le président de la république en personne à sortir de sa réserve. Il y a lieu de s’étonner lorsque le gouvernement d’un pays européen se sent obligé de suspendre toutes les affaires courantes pour réagir face à une reconduite à la frontière légale d’une famille d’immigrés clandestins.

Toutefois, ce cas est une fois de plus emblématique d’une société européenne, et en particulier française, à la dérive. Il pose la question du droit d’asile, des autres droits accordés aux immigrés clandestins et payés par les contribuables en France, de la gestion de l’immigration clandestine en général, de la politique du gouvernement PS en la matière, enfin de la façon dont le chef de l’état mène les affaires. Les conséquences politiques de ce qui aurait dû ne rester qu’une affaire de police seront probablement considérables.

1. Du droit d’asile et des autres droits accordés aux migrants illégaux.

Depuis de nombreuses années, le droit d’asile a été complètement perverti, n’étant qu’un moyen pour des immigrés clandestins de suspendre toute opération de reconduite à la frontière en y faisant appel. Par ailleurs, le principe même de l’asile impliquerait un caractère temporaire, alors que ceux qui en bénéficient ne retournent généralement jamais dans leur pays d’origine. Il y a dès lors lieu de s’interroger sur le bien fondé de maintenir un dispositif sur lequel en outre les citoyens n’ont jamais été consultés et qui est largement détourné de ses objectifs de départ.

D’une manière générale, à moins de ne pas pouvoir bénéficier de relais communautaires ou d’organisations d’extrême-gauche, appelant ouvertement à ne pas respecter la loi commune, un immigré clandestin a peu de chances d’être renvoyé dans son pays. La plupart des migrants reconduits à la frontière sont rentrés illégalement sur le territoire national par la Guyane ou Mayotte, ou bien ils sont d’origine européenne, et ne bénéficient pas de toutes les protections dont jouissent des migrants d’une autre origine.

Même s’il est débouté de tout droit d’asile, un clandestin contestera systématiquement les arrêtés d’expulsion au tribunal administratif et même en cour administrative d’appel. Dans la moitié des cas, l’arrêté sera annulé par le tribunal pour vice de forme ou sur certificat médical. Et par le biais du droit du sol (ius soli), si une famille de clandestins fait naître des enfants en France, elle sera inexpulsable. Sachant que les procédures durent pendant des années, la famille Dibrani elle-même était présente en France depuis plus de quatre ans, c’est bien souvent le cas.

La famille Dibrani a eu « le tort » de faire naître ses enfants en Italie, qui ne pratique par le droit du sol mais le droit du sang (ius sanguinis), le véritable droit républicain soit dit en passant, et a préféré s’installer dans un pays plus laxiste comme la France. Malgré tout, même les tribunaux français ont estimé que cette famille n’avait pas vocation à rester, ne manifestant aucune volonté d’assimilation. François Hollande ne conteste d’ailleurs pas le bien fondé de l’expulsion, d’un point de vue juridique.

Comment pourrait-on remédier à cette dérive ? Il serait peut-être judicieux de revenir sur le droit du sol, comme l’a fait l’Irlande il y a quelques années, confrontée à une immigration clandestine indésirable. Mais surtout il serait normal de considérer qu’un immigré clandestin, étant par principe rentré illégalement sur le territoire, a vocation à retourner dans son pays et doit y être encouragé, au lieu de favoriser sa venue par un appel d’air juridique. Leur accorder des aides sociales, scolariser leurs enfants, alors qu’on sait que l’éducation coûte cher, et leur permettre d’accéder à des juridictions administratives pour contester la loi, tout cela ne va pas dans le sens d’une véritable lutte contre l’immigration clandestine autre que cosmétique et rhétorique.

2. Des conséquences politiques de l’affaire.

Manuel Valls, qui joue sa carrière politique sur sa manière de gérer le ministère de l’intérieur, est en première ligne. Il est durement accusé par l’extrême-gauche et même par une partie de son camp de mener la même politique que son prédécesseur de droite. Mélenchon parle même de « rendre Valls au Front National ». Et s’il a menacé de quitter le gouvernement si « Leonarda » revenait en France, c’est parce qu’il sait qu’il est attendu au tournant par l’opposition.

François Hollande, pris entre deux feux, entre la propagande gauchiste qui pousse des lycéens parisiens dans la rue, et la crainte de faire le jeu du Front National, n’a une fois de plus pas su trancher. Alors que les éléments de l’enquête montraient que la police avait fait son travail, Hollande n’a pas voulu en rester là et s’est senti obligé de donner des gages sur sa gauche, en annonçant qu’il était prêt à accepter le retour de la jeune kosovare mais pas du reste de sa famille. Il n’a pas été récompensé parce que la « gauche » radicale a maintenu sa pression et conteste cette décision, qualifiée d’inhumaine. Et il continue de décevoir un peu plus encore les Français, en montrant son incapacité à prendre position, à cesser de ménager la chèvre et le chou.

Manuel Valls a été humilié par son président, mais ne parle pourtant pas de démission, annonçant que « Leonarda » ne reviendra pas en France, malgré les mots contraires de Hollande, mots qu’il prétend par ailleurs défendre. On saura dans les prochaines semaines s’il le paiera dans les sondages d’opinion ou si les Français le considéreront au contraire comme la victime d’un chef de l’état aux abois.

Le Front National est de fait le grand gagnant, une fois de plus, de cette affaire, car il pourra ainsi démasquer l’impuissance du gouvernement « socialiste », entre la réforme Taubira, que même Valls considérait comme laxiste, et un bilan sécuritaire des plus calamiteux. Pourtant, le FN accuse encore une fois l’Union Européenne, via Schengen, d’être responsable. En réalité, si la famille Dibrani a choisi la France et non l’Allemagne, et si elle a quitté l’Italie, pays qui sont tous membres de l’UE, c’est bien parce qu’elle y a trouvé un confort supérieur, bénéficiant de nombreux avantages dont ils n’auraient pas disposé dans d’autres pays. C’est donc bien un problème français, qui prend racine dans le préambule même de la constitution de la Vème république, préambule repris de la constitution précédente de 1946, et qui est dans le même esprit que la fameuse DUDH de 1948 sur laquelle la CEDH est bâtie.

Le Kosovo n’est pas membre de l’Union Européenne ni de l’espace Schengen. Par ailleurs, les dirigeants kosovars ont fait savoir qu’ils contestaient tout droit d’asile d’un ressortissant kosovar, le Kosovo étant pour eux un état de droit démocratique et respectueux des minorités. C’est du bon sens. Le problème n’est pas l’absence de frontières à l’intérieur de l’UE mais qu’il n’y ait pas de frontières autour de l’UE. En clair, sans politique européenne de lutte contre l’immigration clandestine, les frontières du continent resteront des passoires. Mais il ne peut y avoir de politique de cette nature sans Etat européen. Comme pour la question de l’€, la bonne gestion des frontières de l’UE n’est possible que si elle est pilotée par un Etat.

On voit bien que tant que l’UE n’aura pas à sa tête un gouvernement politique européen, et dirigé par des visionnaires et non par de médiocres boutiquiers comme Barroso ou Schulz, qui plus est nommés par les gouvernements des Etats, le vote populiste aura de beaux jours devant lui.

Mais à qui la faute ? Certainement pas aux électeurs qui en ont plus qu’assez de servir de vaches à lait. La faute en est aux chefs d’état et de gouvernement, qui ne sont pas à la hauteur des enjeux, et qui se sentent même obligés de céder aux injonctions d’une jeune kosovare.

Thomas FERRIER (LBTF/PSUNE)

13/10/2013

Diaboliser ou dédiaboliser le FN ? PS vs UMP 2.0

 
De la diabolisation du Front National.

Devil-Inside.jpgDe Libération accusant le FN d’être « 100% extrême-droite » et Marine Le Pen d’être une faf (« fasciste ») à des élus socialistes partis en croisade contre ce parti (Désir, Carlotti qualifiant le FN de « fasciste », Mandon évoquant « un parti national-fasciste » donc mussolinien, Assouline… etc), la « gauche » a décidé d’axer son plan de communication dans sa lutte contre un « fascisme » imaginaire, dans un anti-fascisme de bazar, une attitude que Lionel Jospin avait fustigée il y a quelques années, révélant qu’il n’avait jamais été autre chose qu’une stratégie.

Le FN avait survécu aux années 70 en restant un groupuscule alliant néo-fascistes et nationaux conservateurs. Avec François Mitterrand aux affaires, ex-volontaire national du mouvement du colonel de La Rocque, et qui avait défilé dans les années 30 contre « l’invasion métèque » aux côtés de camelots du roi, le FN allait se voir propulser en haut des écrans. Pour le président « socialiste », qui connaissait bien l’extrême-droite, et connaissait parfaitement aussi sa profonde médiocrité, il s’agissait de conserver le pouvoir en divisant la droite. Il ne s’agissait pas de favoriser un PFN ou une « nouvelle droite » prêts à s’allier avec armes et bagages avec la droite classique, mais de mettre en avant un provocateur né du nom de Jean-Marie Le Pen.

Et pour que ce Front National ne puisse pas être tenté de jouer la carte d’une « droite plurielle », Mitterrand a aussi inventé SOS-Racisme, officine du PS chargée de mettre en plan la fameuse diabolisation, face à laquelle la droite, RPR comme UMP, se retrouvera démunie, de peur d’assumer un discours plus ferme. Sans le talent rhétorique de Le Pen, malgré tout, et de ses lieutenants, le FN n’aurait été qu’un feu de paille. Avec les 11% obtenus aux élections européennes de 1984, puis le gain d’une trentaine de sièges de députés en 1986, grâce à l’introduction du scrutin proportionnel sous Mitterrand, le FN s’installe durablement dans le paysage politique national.

En 1987, le dérapage de Le Pen concernant le fameux « détail » donne un formidable élan à l’opération de diabolisation, qui n’avait pas encore pris corps. Désormais, Le Pen est devenu un paria au sein de la vie politique. Mais il commence vite à découvrir les avantages de la diabolisation, qui lui permet d’incarner un vote anti-système. Il n’y a pas que des désavantages à jouer le rôle du diable, d’autant plus qu’il est désormais convaincu que le « détail » va définitivement contrarier le destin national qu’il imaginait pouvoir jouer. Pour le PS, la diabolisation permet non seulement d’empêcher toute alliance droite/FN mais aussi d’accuser la droite de « faire le jeu du FN », alors même qu’elle tente de donner tous les gages possibles pour s’en distancer.

A la fin des années 80, la droite pense avoir trouvé la parade, en durcissant le ton sur la question migratoire. Chirac et « le bruit et les odeurs », Giscard dénonçant en 1991 l’immigration-invasion et prônant le droit du sang, vont tenter d’affaiblir ce FN si infréquentable. Pour que cette stratégie fonctionne, ce qui ne sera le cas qu’un bref instant pendant la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007, il faut des actes et non des paroles. Or les actes ne viendront pas. Au contraire, la droite se place toujours à la remorque de la « gauche » et ne revient jamais sur les décisions politiques prises par ses adversaires lorsqu’ils ont été au pouvoir. Tétanisés par une peur qui les paralyse, la peur d’être associée à « la bête », le RPR, l’UDF puis l’UMP n’ont jamais su mettre en œuvre une politique qui puisse faire reculer son adversaire à sa droite. Au contraire, le centre-droit à la Chirac et à la Juppé, fort peu éloigné sur les questions sociétales de la « gauche », a tout fait pour établir un cordon sanitaire entre lui et le FN. Et aujourd’hui encore Fillon est vigoureusement critiqué pour avoir laissé entendre pouvoir préférer un candidat FN à un candidat PS, alors que Copé a rappelé la règle du jeu, le refus de toute alliance sous aucun prétexte avec le FN, et l’exclusion de tout candidat ou militant qui enverrait un signal politique en ce sens.

Le plan ourdi par Mitterrand a fonctionné mieux qu’il ne pouvait l’imaginer puisque, même s’il est mort depuis dix-sept ans, sa stratégie lui a survécu au point d’être réactivée par un François Hollande au plus bas des sondages. Car la campagne médiatique que mène le PS contre le FN ne doit pas nous tromper. Elle permet de faire monter le FN qui se pose en victime d’attaques injustes, Marine Le Pen faisant son possible pour épurer son parti de tous les nationalistes, offrant sa tribune à des anciens du PS, de l’UMP ou du MoDem propulsés candidats à peine leur adhésion validée. Lorsqu’un sondage annonce un FN à 24% aux élections européennes, ce qui ne doit pas surprendre vu l’état du pays depuis l’élection d’Hollande, on devine un jeu dangereux mené par le PS. On devine qu’Hollande, pour être réélu en 2017, doit par tous les moyens éviter une candidature Sarkozy et surtout faire monter une Marine Le Pen, afin que cette dernière se retrouve au second tour face à lui et lui assure ainsi une réélection dans un fauteuil, au prix de faire imploser la droite classique et d’offrir à « Marine » un bon 40%.

De fait, une alliance objective a eu lieu entre le PS et le FN, même s’ils s’affrontent durement sur un plan médiatique. Mais en 2012, les dirigeants du FN ont appelé en interne au vote Hollande. Et la campagne médiatique contre eux sert remarquablement leurs intérêts, faisant de Marine Le Pen l’opposante en chef au gouvernement, alors que la droite classique est meurtrie par des querelles d’ego et par une totale incohérence stratégique. Fillon prône dans son programme le rétablissement du droit du sang alors que dans le même temps il dénonce à Valeurs Actuelles une campagne trop droitière de Sarkozy en 2012. Copé évoque un enfant à qui on aurait volé un pain au chocolat pendant le ramadan, pour ensuite expliquer à quel point les idées du FN le répugnent. Les électeurs de l’UMP, dont une majorité est favorable à des alliances locales avec le FN, n’y comprennent plus rien.
 
De la nécessaire dédiabolisation du FN.

Si le PS a inventé la diabolisation du FN pour nuire gravement à la droite, cette dernière aurait dû contre-attaquer par une politique de dédiabolisation, traitant le FN comme n’importe quel autre parti de droite et en se calquant sur l’attitude du PS vis-à-vis du Front de Gauche. Le problème c’est que l’UMP imagine avoir besoin des centristes, par exemple ceux de l’UDI, pour gagner les élections, et craint donc de les perdre en marquant le curseur trop à droite, et sait aussi avoir besoin d’un bon report des électeurs du FN au second tour. Cette position instable, qui oblige les leaders de l’UMP à adopter des attitudes contradictoires, est vouée à l’échec. Patrick Buisson avait bien compris quelle stratégie il était nécessaire d’adopter, ce qu’a fait Nicolas Sarkozy avec succès en 2007. Il n’y en a pas d’autre.

Si Nicolas Sarkozy a perdu les élections en 2012, c’est entre autres choses parce qu’il n’a pas su maintenir de manière déterminée cette ligne, s’affublant comme directrice de campagne de la centriste Kosciuszko-Morizet, au discours très conformiste. Lorsqu’il a compris qu’il était nécessaire à nouveau de durcir le ton, il était trop tard, surtout que la déception des électeurs avait été à la hauteur de l’espoir que Sarkozy avait suscité en 2007. Sa crédibilité sur les questions « identitaires » était émoussée. Sarkozy avait réussi à faire quasiment disparaître le FN de la scène politique nationale, tombant même à 4,3% des voix aux législatives de 2007, mais son incapacité à mener la politique qu’il avait promise, ses compromissions avec la « gauche » bobo, préférant choisir ses ministres chez ses adversaires que dans son propre camp, son ralliement objectif à l’idéologie mondialiste et à son arrogance financière, l’ont amené au désastre. Le FN, après être tombé de la roche tarpéienne, a réussi à remonter le capitole et désormais pourrait être devenu le premier parti du pays.

Sarkozy aura été le fossoyeur de la droite nationale mais aussi celui qui aura permis sa résurrection, comme si l’UMP avait été le bûcher d’où a pu renaître ce sombre phénix. Mais la leçon n’a pas été apprise par ceux qui s’envisagent comme ses successeurs, Fillon en tête.

Pour parer les coups de la « gauche », qui accuse l’UMP de collusions avec le FN, la droite devrait s’affirmer et prôner officiellement la fin de la diabolisation et l’ouverture à droite. Il convient de traiter le FN comme un parti comme les autres, ce qui ne signifie pas le ménager sur ses propositions les plus mauvaises, comme son rejet de la construction européenne et de l’€uro, mais être prêt au cas par cas à des alliances avec lui. En faisant tomber le mur entre les deux formations, la stratégie de la « gauche » sera vaincue et la droite pourra envisager un avenir. Dans le même temps, les électeurs seront contraints de voir le FN tel qu’il est et non pas tel que ses adversaires et les media le présentent. Le capital de sympathie dont jouit ce parti parce que les Français l’imaginent autrement qu’il n’est en vérité s’effondrera.

Il ne faut pas oublier que, contrairement à ce qu’affirme le PS, qui accuse le chômage et la précarité d’être la cause du vote FN, la raison principale et quasi unique pour laquelle de plus en plus de Français votent FN est la question de l’immigration extra-européenne et de l’insécurité qu’elle génère. Or, sur ces questions qui bâtissent son socle électoral, le FN de « Marine » est en train de virer sa cutille et au nom d’une vision universelle de la France, associée à un nationalisme europhobe, renoncer à son opposition à cette immigration là. Le FN accepte de fait l’idéologie de la diversité qu’il a prétendu fustiger depuis de nombreuses années, mais les électeurs ne s’en rendent pas compte puisque la « gauche » et les media affirment que le FN est un parti raciste.

En faisant sauter le verrou de la diabolisation, les électeurs du FN verront que « leur » parti est comme les autres, qu’il n’est qu’une variante de chevènementisme, et que la solution ne s’y trouve pas. Et même s’ils ne se tournent pas vers la droite classique, qui n’est pas plus lucide que le FN sur cette question essentielle qui tourmente les électeurs, ils pourront contribuer à l’émergence d’une véritable alternative politique au système en place.

Dédiaboliser le FN, c’est redonner à la démocratie toute sa place, en condamnant les anathèmes et en arrêtant de persécuter toute personne qui à un moment ou à un autre croit trouver dans le FN une solution à nos problèmes. Les réactions suite aux propos d’Alain Delon ou de Jean Roucas sont scandaleuses. Un citoyen doit avoir le droit de choisir librement quel parti il veut soutenir, sans être inquiété dans sa vie professionnelle comme dans sa vie personnelle. Ces réactions indignes que relaie la presse à chaque ralliement font d’ailleurs le jeu du FN.

Lorsque le FN aura été traité comme les autres partis, lorsqu’affirmer son soutien à ce parti n’aura aucune conséquence, il apparaîtra sous son vrai jour. Non pas comme un parti d’extrême-droite. Mais pas plus comme une alternative au fameux « UMPS ». Il apparaîtra comme un parti qui n’a pas compris les causes de l’effondrement de notre civilisation et en conséquence n’y apporte pas les bonnes solutions. C’est parce que le FN a l’image d’un parti « pas comme les autres » qu’il devient populaire. Si le FN apparaît comme le parti du système qu’il est, une fois l’image de radicalité qui lui est associée par les media évaporée, il s’effondrera car la dédiabolisation aboutie, que souhaite pourtant Marine Le Pen, c’est la mort du FN.
 
Thomas FERRIER (PSUNE)

07/10/2013

Il faut une alternative au Front national !

alternatif.jpgCe dimanche 22 septembre, Jean-Pierre Elkabbach, Mickaël Darmon et Arnaud Le Parmentier du journal Le Monde, accueillaient Marine Le Pen sur la chaîne i>TELE entre 10 et 11 heures, dans le cadre de l’émission « Le grand rendez-vous » en partenariat avec la station Europe 1 et Le Monde.

Dans la première moitié de l’émission, consacrée aux affaires mondiales et la sécurité, Marine Le Pen, sans pour autant montrer une quelconque finesse d’analyse, a tenu tête à des journalistes enfermés dans des stéréotypes éculés, juste capables de lui envoyer des remarques caricaturales, pour renforcer finalement son emprise sur le débat.

Dans la seconde moitié, les mêmes journalistes, rouges de colère, n’ont cessé de l’interrompre, posant question sur question dans un total désordre, sans parvenir à la déstabiliser vraiment, lui rendant service au contraire. Dans cette partie, consacrée notamment à l’Europe, on aurait pu penser le terrain défavorable à l’invitée. Or ses opposants n’ont rien réussi contre elle.

Cette émission, après bien d’autres, a fait apparaître une évidence. Désormais, en France, face au Front national de Marine Le Pen, il n’y a plus de pensée politique. Cela fait un moment qu’on s’en doutait, vu que les partis dits de gouvernement étaient incapables de se définir autrement que par rapport au Front. Le PS ne sait rien proposer d’autre que de lutter contre lui --- alors qu’il en assure la promotion par ses paroles et ses actes. L’UMP, au dire de certains de ses dirigeants, aurait comme ligne fondatrice la barrière qu’il défend et qui le sépare dudit parti.

Déjà on a souvent dit que le Front national aurait le monopole du réel. Il serait le seul à oser parler ouvertement de la situation explosive dans les banlieues, de l’exécution très relative de peines pourtant réduites au minimum, de l’absence de respect de la laïcité et de quelques autres anomalies qui montrent le décalage entre la réalité et le discours officiel.

Il faut désormais ajouter que, dans une classe politique médiocre, le Front national de Marine Le Pen se verrait, paradoxalement, concéder une sorte de monopole de la cohérence. C’est, de fait, l’incohérence de ses adversaires que l’auditeur pouvait constater lors de l’émission dons nous parlons.

L’incohérence en politique extérieure.

A propos de l’attentat à Nairobi, Marine Le Pen n’a eu aucune peine à expliquer que nous déplorons ici l’action de ceux que nous avons soutenu ailleurs. Alors que nous combattons les terroristes islamistes au Mali, nous les avons aidés en Libye et nous ne cessons de les aider en Syrie, avec les conséquences que l’on peut craindre en retour sur notre territoire. Elle a expliqué notre aide aux « rebelles » syriens par l’allégeance au Qatar, dont la France serait devenue la « catin » par le choix de ses dirigeants. Elle aurait pu ajouter que notre position au Mali, certes plus cohérente avec nos intérêts, n’était guère plus glorieuse, puisque dictée par une vision colonialiste, qu’on désigne sous le néologisme de Françafrique ; elle ne l’a pas fait parce qu’elle partage, hélas, cette vision. Heureusement pour elle, ses contradicteurs n’ont rien relevé, puisqu’ils la partagent aussi, comme la classe politique dirigeante.

L’incohérence en matière sécuritaire.

Sur le terrain de la sécurité, abordé à propos de la montée de la criminalité de sang à Marseille, Marine Le Pen n’a eu aucune peine non plus à dénoncer le double langage des dirigeants, fermes dans leurs allocutions, certains élus allant jusqu’à appeler l’armée, mais timorés sur le terrain, interdisant à la police d’exercer son métier. En effet si l’on a peur que des délinquants poursuivis se réfugient dans un transformateur ou s’aventurent sur la voie ferrée, que leur scooter conduit à sa limite vienne buter un véhicule, si l’on a peur qu’une intrusion policière dans certains quartiers suscite des révoltes, si l’on ne veut en aucun cas construire des prisons, alors il faut interdire à la police d’agir et à la justice de sévir. Cependant Marine n’a pas été très claire sur ce que devraient assumer des dirigeants qui renonceraient au laxisme. Bien sûr, ses contradicteurs ne pouvaient la mettre en défaut là-dessus puisqu’ils nient en bloc tous les problèmes.

L’incohérence en matière européenne.

On s’attendait surtout à voir Marine Le Pen en difficulté sur les chapitres de l’économie et de l’Europe. Or il n’en a rien été non plus. Il est vrai qu’elle a su modérer un peu son discours, se contentant de présenter quatre exigences qu’elle voudrait négocier, notamment, avec Angela Merkel :

- la possibilité, pour la France, de recourir à un protectionnisme intelligent,
- le retour aux frontières nationales pour contrôler les entrées des personnes,
- la priorité des lois nationales,
- le patriotisme économique, avec notamment la restriction des marchés publics.
 
Là où Le Pen est moins claire, c’est quand elle dit qu’elle espère obtenir ces dérogations avant de proposer un référendum sur la sortie de l’Euro. Ou bien ces points sont compatibles avec l’Euro et il n’est plus besoin d’en sortir. Ou ils ne le sont pas et il ne sert à rien de négocier ; on sort alors de l’Euro d’abord.
 
Pour autant, ses critiques envers le discours dominant sont justifiées. Son programme est cohérent, si l’on n’y regarde pas de trop près, ce qui ne veut pas dire qu’il soit pertinent. Ses adversaires, contradicteurs d’un jour ou classe politique nationale, ne sont pas cohérents du tout. C’est bien normal puisque tous sont europhobes, autant qu’elle et juste différemment. Ils sont mondialistes et ne voient l’Europe que comme une étape sans intérêt propre. La façon dont les médias dénigrent le modèle allemand, qui ne serait bon que pour des teutons, la façon dont François Hollande fait la guerre à Angela Merkel, comparée à Bismarck de ce côté du Rhin, tout cela en dit long sur l’absence de sentiment européen chez nos élites.

Evidemment personne n’a demandé à Marine Le Pen si elle serait favorable à une union un peu protectionniste, à un contrôle sans faiblesse des frontières européennes par une police européenne, à un parlement européen votant les lois et représentant démocratiquement les citoyens de l’union, à un patriotisme économique européen. Dans ces conditions, que peut-on lui reprocher ?

Et alors ?

Compte tenu de ce qui vient d’être dit, on pourrait s’attendre à une déferlante "Front national" lors des prochaines élections. Elle n’aura pas lieu parce que la propagande relayée par les médias est toujours très puissante. Etant donnée la médiocrité des autres, l’électeur ne pourrait logiquement que voter pour ce parti, mais on saura l’en dissuader.

En tout cas, si le Front national venait à gagner une élection majeure, ce ne serait pas un scandale en soi. Ce serait un fait de démocratie banal, un acte républicain comme beaucoup d’autres. Etant donné ce que sont ses adversaires, le dit parti l’aurait simplement mérité.
 
Alors, où est le problème ? Il est dans le fait que les solutions proposées par Marine Le Pen s’appuient sur une analyse erronée ; elles sont fondamentalement inadaptées. Mettre le Front national aux commandes ne pourrait que conduire à une impasse et ce parti ne se maintiendrait alors pas longtemps. Nous allons voir tout cela de plus près.

Une erreur d’analyse sur la politique française.

Marine Le Pen ne parle que de l’UMPS, renvoyant dos-à-dos les deux grands partis de gouvernement. Elle n’a pas tort sur tout. Dans bien des cas, l’UMP est tétanisée par le discours de la « gauche » et les mêmes consignes proviennent des mêmes loges. Mais elle n’a pas raison non plus.

Son attitude a deux explications toutes simples. D’un côté, c’est au PS de François Mitterrand que le FN doit son démarrage électoral. De l’autre, l’UMP, comme avec Nicolas Sarkozy, chasse souvent sur ses propres terres et lui dispute les électeurs. Pour toutes ces raisons, en 2012, le FN a favorisé l’élection de François Hollande.
 
Cependant l’UMPS n’avait de traduction concrète qu’avec le Front républicain. Ce dernier a été une création du PS pour piéger la droite. La stratégie exigeait en même temps la diabolisation du FN, stratégie que l’UMP a bêtement relayée. Dès lors que le FN ne voudrait plus être diabolisé, il ne devrait plus parler d’un UMPS qui le marginalise. Il devrait être un parti parmi d’autres. Avec l’assouplissement du discours de l’UMP vis-à-vis du FN, l’occasion devrait être saisie par ses dirigeants.
 
Plus fondamentalement, on ne peut pas identifier les lignes politiques de l’UMP et celle du PS. Il est vrai que les deux se soumettent à Bruxelles, mais pas de la même façon. L’UMPS joue la carte européenne en l’assumant, donc de façon parfois efficace. Le PS déteste l’Europe et ne fait que la subir, avec les défauts cumulés des deux niveaux, national et européen. Bien sûr, compte tenu de son europhobie, Marine Le Pen ne peut pas donner ici un bon point à l’UMP ; à la limite elle devrait en donner un mauvais, pour faire la différence, comme pourrait d’ailleurs le faire un Jean-Luc Mélenchon.
 
En matière sécuritaire et identitaire, l’UMPS a échoué là où le PS échoue. Mais il y a des degrés. La future loi Taubira dépasserait très largement la loi Dati. Nicolas Sarkozy avait commencé un programme de constructions de prisons, tenté des centres éducatifs fermés, instauré les peines plancher pour les récidivistes. Tout cela a disparu ou va disparaître.
 
L’électeur de base ne s’y trompe pas. Il a su voter Sarkozy en 2007. En 2012 Marion Maréchal-Le Pen a été élue avec le concours de jeunes militants de l’UMP.
 
La position de Marine Le Pen n’est pas sans conséquences graves. L’électorat UMP est prêt à des alliances pour les municipales. Pourquoi reste-t-elle si timide, prenant le risque du maintien d’élus PS détestés ? Le peuple pourrait s’en souvenir.

Une erreur majeure d’analyse sur l’Europe.

Dans l’émission dont nous parlons, Marine Le Pen a été relativement discrète sur l’Europe. Elle n’a pas été agressive envers Angela Merkel. Il reste que son europhobie est structurante dans sa pensée : c’est l’Europe qui nous interdit ceci, l’Europe qui nous interdit cela.

Or, n’en déplaise à notre invitée, la faute de l’Europe est qu’il n’y a pas d’Europe. Ou bien elle est aux abonnés absents ou elle se contente de renvoyer le discours de dirigeants nationaux qui n’osent pas s’exprimer à titre personnel et assumer leurs choix.

Prenons un exemple qui a servi à Marine Le Pen, celui de l’intervention en Libye. A ceux qui l’accusaient de cautionner les massacres programmés par Kaddhafi sur la population de Benghazi, elle a opposé une remarque très pertinente : accusez vous l’Allemagne, qui n’a rien fait, de complicité dans ces massacres, accusez-vous l’Italie, accusez-vous l’Espagne ? Y a-t-il meilleure démonstration du fait que la position française ne doit rien à l’Europe ? Que si Europe il y avait eu, la France n’aurait peut-être pas pu aider les islamistes ? C’est la même chose avec la Syrie. D’ailleurs, dans les deux cas, les Etats-Unis sont plus modérés que la France. Dans le second, David Cameron a eu le mérite de s’en remettre à la représentation populaire. Nos voisins, comme l’Union, ne sont pas responsables de nos errements.
 
L’Europe interdit-elle à la France de construire des prisons ? L’oblige-t-elle à instaurer le mariage homosexuel ? Sur presque tous les sujets, l’Europe n’y est pour rien et, même dans l’optique de Marine Le Pen, ce peut être dommageable.
 
Il reste la question de l’économie. La monnaie commune nous interdit de laisser opérer la dépréciation monétaire comme correcteur de compétitivité, puisque ce n’est pas la nôtre. Monsieur de la Palice aurait pu le dire. Dans les faits, c’est pourtant faux. Nous avons la possibilité de disposer en France d’un euro dont le pouvoir d’achat soit inférieur à celui qu’il a en Allemagne, comme ce serait le cas pour un Franc dévalué. Il suffit de jouer sur la TVA. Avec un taux à 25% sur les produits délocalisables, contre 19% en Allemagne, l’euro français aurait, sur ces produits, une valeur d’achat inférieur d’environ 6% à celui de nos voisins allemands. Cela revient à diminuer de 6% aussi le prix des produits que nous cherchons à exporter. N’est-ce pas ce qui était attendu ? Mieux, cela n’augmenterait pas le coût des importations de matière première, alors qu’une vraie dépréciation le ferait.

Des propositions inadaptées.

6486.pngNous n’allons pas expliquer en détail pourquoi la solution aux difficultés justement relevées par Marine Le Pen ne peut pas se trouver à l’échelle de la France alors qu’en revanche elle est tout à fait imaginable à l’échelle de l’Europe, pour peu qu’on le veuille bien, évidemment. Notre cadre national est trop petit ; nous ne faisons pas le poids, même avec la meilleure volonté du monde ; nous ne pouvons pas agir sur les règles du jeu, celles qui nous écrasent.

En réalité, seul le programme du PSUNE apporte les réponses adaptées aux problèmes mortifères qui menacent le continent tout entier.
 
Peter EISNER (LBTF)

29/09/2013

"Victoire" à la Pyrrhus de la grande coalition en Autriche

carte-autriche.jpgUne semaine après les électeurs allemands, les électeurs autrichiens devaient se prononcer ce dimanche pour renouveler les 183 sièges de député de leur parlement. Et une fois de plus, les sondages de fin de campagne se sont révélés très proches du résultat final.

Les populistes eurosceptiques réussissent un score sans précédent avec près de 30,8% des suffrages, ce qui est largement supérieur au score du parti vainqueur, le SPÖ (sociaux-démocrates), qui n’obtient que 27,1% (-2,2%, - 4 sièges), mais ils sont divisés en trois mouvements, à savoir le FPÖ de Hans-Christian Strache, le BZÖ fondé par feu Jörg Haider et un nouveau venu piloté par le milliardaire Frank Stronach.

Le FPÖ, réconcilié avec sa branche carinthienne du FPK, réussit avec 21,4% des voix un score très positif, progressant de 3,9 points et obtenant 42 sièges (+8). On est toutefois loin de sondages de 2012 mettant le FPÖ en deuxième position face à la SPÖ. On est également loin du score d’Haider en 2000 (27%). L’avenir néanmoins semble rose pour ce parti, car son frère ennemi, le BZÖ de Buchner, sombre avec 3,6% des voix seulement (- 7.1%) et perd toute représentation parlementaire. Il a été notamment victime d’un basculement de certains de ses électeurs vers le FPÖ mais surtout vers la liste de Stronach. Avec 5,8% des voix, ce dernier obtient pour son parti 11 sièges, mais son score est très inférieur à ce que certains sondages lui prédisaient il y a plusieurs semaines. La droite nationale se contentera donc de 53 sièges, soit autant que le SPÖ.

Néanmoins, la chute de Stronach et la disparition du BZÖ offrent à terme à Strache la perspective de rassembler par la suite sous son égide l’ensemble du « camp national ». Malgré un bon résultat, mais qui n’est pas non plus remarquable, la défaite du BZÖ et de Stronach, défaite relative dans son dernier cas, doit lui faire plaisir.

Le SPÖ n’est pas le seul à reculer, puisque les conservateurs de l’ÖVP sont également sanctionnés, n’obtenant que 23,8% des voix et 46 sièges (- 2,2%, - 5 sièges). C’est la sanction logique d’une grande coalition, même si « gauche » et droite réunis obtiennent réunis le plus mauvais score de l’après-guerre.

D’autres formations ont en effet profité du désaveu par une partie de l’électorat du gouvernement sortant. Les Verts (Grüne) avec 11,5% (+ 1%) et 22 sièges (+2) obtiennent un résultat honorable et une légère progression, mais moindre par rapport à ce que présidaient certains sondages qui les voyaient à 14 et même à 15%. En revanche, un nouveau venu, le NEOS, mouvement libéral et pro-européen, semble avoir réussi à tirer sa carte du jeu. Avec 4,8% des voix, le NEOS obtient neuf sièges. C’est un très bon résultat pour une formation récente. En Autriche, dépasser les 4% donne des sièges, ce qui n’est pas le cas chez le voisin allemand, l’AfD ayant ainsi été exclue tout comme le FDP pour ne pas avoir atteint 5%.

Pour les petits partis, les résultats sont conformes aux habitudes. Le KPÖ avec 1% des voix progresse très modestement (+0,2%), le CPÖ (chrétiens) régresse et tombe à 0,1% (-0,5% par rapport à 2008), ce qui annonce la fin probable de leur existence politique. Les Piraten, avec 0,8% des voix, échouent tout comme leurs homologues allemands. Les électeurs autrichiens sont restés sages. Notons toutefois que le parti des Pirates est de fait le premier mouvement transnational, même si ses résultats sont très modestes.

La (future) grande coalition, inévitable au vu des résultats, se dessine avec un SPÖ toujours dominant son partenaire. Avec 99 sièges sur 183, l’union SPÖ/ÖVP est majoritaire et pourrait proposer de s’ouvrir aux Verts et à NEOS. Le FPÖ restera aux portes du pouvoir, en sachant qu’en plus une union avec l’ÖVP n’aurait pas permis de dégager une majorité parlementaire. Sur le papier, toutefois, une union ÖVP/FPÖ/Stronach est pensable, mais l’ÖVP a fait le choix du refus de toute coalition de droite. Strache inquiète davantage qu’Haider, notamment en raison de sa ligne eurosceptique et de sa volonté de travailler avec Marine Le Pen et Geert Wilders.

Thomas FERRIER (PSUNE)

Brèves européennes… (20)

1211-presseurop-vadot.gifITALIE

Berlusconi condamné, la prochaine étape était sa destitution du statut de sénateur italien. Il avait à de nombreuses reprises menacé le gouvernement d’être prêt à le faire tomber s’il était abandonné à ce sort judiciaire qui lui est promis. Les dernières déclarations du président du conseil Letta l’ont fait choisir la confrontation pure et simple. La presse italienne unanime condamne le « geste fou » d’un homme acculé.

Ayant demandé aux ministres du PDL de démissionner du gouvernement, ceux-ci se sont promptement exécuté. Ils déstabilisent ainsi un « jeune » gouvernement bâti sur des assises fort peu solides. Dans un tel contexte, et alors que des élections législatives anticipées pourraient se solder par un match nul, le président Napolitano va sans doute chercher à mettre en place une coalition gérable, qui dépendra essentiellement du bon vouloir des députés de la liste Grillo.

Même si Berlusconi a été depuis des années l’objet de procédures judiciaires et ce dans de nombreuses affaires financières et même de mœurs (« Ruby »), dénonçant des juges « rouges », et il est vrai qu’il y a lieu en France comme en Italie de s’interroger sur la neutralité d’une magistrature syndiquée désignant ses adversaires idéologiques sur un « mur des cons », son entêtement à vouloir échapper à la justice de son pays est impressionnant. Il est prêt à engager l’avenir de son pays pour protéger son avenir personnel. Mais qui l’a fait roi ? C’est bien le peuple italien, qui l’a choisi à plusieurs reprises depuis 1994 pour présider à ses destinées.

Toutefois, lorsqu’on analyse les premiers mois du gouvernement Letta, on constate qu’il emmène l’Italie dans le mur, aussi surement que les marchés financiers. Les côtes de Lampedusa n’ont jamais été autant assaillies par des migrants en déshérence, le mauvais signal « Kyenge » ayant engendré naturellement un appel d’air conséquent. C’est sans regret qu’il faudrait souhaiter la chute de Letta, et d’une certaine manière, paradoxalement, il est possible que Berlusconi rende service involontairement à son pays. Et il n’est pas sûr que, malgré les admonestations du Vatican, l’électeur italien de droite et même du centre soit spécialement choqué par les tribulations sexuelles de son ancien président du conseil. La Rome impériale n’a jamais été vraiment effacée dans les mémoires par la religion de Christ.

L’électeur de base de Beppe Grillo, constatant l’impasse politique de son vote, pourrait au final préférer le tribun Berlusconi, un homme visiblement prêt à tout, au meilleur comme au pire. Ce dernier aura indiscutablement marqué l’Italie de la fin du XXème siècle et du début du XXIème. Chassé sous la pression des marchés financiers, véritables décideurs pour le moment de l’avenir de l’Europe, jusqu’à ce qu’on ose les remettre à leur vraie place, Berlusconi pourrait revenir en fanfare, alors qu’on l’imagine au fond du trou. Il l’a déjà prouvé par le passé. Il faut toujours se méfier des vieux lions, car ils ont toujours la volonté de bondir et de mordre.

GRECE

La chasse aux nazis est ouverte, et dans ce jeu politique, même en mode hellénique, tous les coups sont permis. La victime de la vindicte gouvernementale, sous pression des partenaires de la Grèce, et de l’Union Européenne ? L’Aube Dorée (Hrysi Afgi) de l’extrémiste Nikos Michaloliakos. Il faut dire qu’il faisait tache et donnait de son pays une très mauvaise image aux yeux de la presse bobo des capitales européennes. Et alors que la Grèce début janvier 2014 va présider pour six mois l’Union Européenne, Samaras avait intérêt à mettre de l’ordre dans sa maison, quitte à organiser des poursuites judiciaires baroques et dont on peut s’interroger sur la légalité juridique.

Croisement des affaires Vikernes et Méric. Un militant antifasciste, rappeur de son état, Pavlos Fyssas, a été tué lors d’une rixe par un militant nationaliste proche de l’Aube Dorée. Et voilà que ce samedi, Michaloliakos et plusieurs députés de son parti sont arrêtés à la demande de la Cour Suprême grecque, accusés d’appartenir à une organisation de nature terroriste. Un parti représenté à la Vouli par 18 députés est ainsi mis en examen, et ce à la suite d’une campagne médiatique liée à un fait divers sordide. De toute évidence, cet évènement tombait d’une manière propice afin de permettre à Samaras de régler en très peu de temps une grosse épine dans son pied. Ceci dit, entre Syriza et l’Aube Dorée, il est difficile de dire ce qui en vérité serait le pire pour les Grecs.

Mais n’a-t’il pas agi avec trop d’empressement, afin de flatter une partie de l’opinion internationale ? Encensé pour cette action par tout ce que la France compte de journalistes de « gauche », c'est-à-dire 95% de ce corps de métier, Samaras pourrait le regretter amèrement.

Un mouvement recueillant près de 15% dans les sondages ne se manie pas à la légère, car c’est prendre le risque de lui offrir la pose du martyr. Un député d’extrême-droite ne s’est d’ailleurs pas gêné pour rappeler que les politiciens corrompus qui ont « ruiné le peuple grec », n’ont pas été condamnés. Il n’y a pas à ma connaissance de mouvement politique représenté au parlement qui ait été réellement interdit. Le Vlaams Blok l’a certes été mais pour se reconstituer immédiatement en Vlaams Belang.

Ce n’est pas à des magistrats ni à des adversaires politiques de juger d’un parti, aussi détestable soient les idées qu’il mette en avant. C’est au peuple de dire si « Aube Dorée » est digne de ses suffrages ou pas. Or il semble qu’un électeur sur six pense qu’il l’est. La faute est clairement du côté des responsables politiques du PASOK et de la Nouvelle Démocratie, qui ont laissé faire l’effondrement du pays, s’ils n’en ont pas été complices, et qui soumettent le peuple grec à une immigration indésirable qui excède de plus en plus de Grecs.

Supposons qu’à l’issue de son enquête, la Cour soit incapable de prouver ses accusations contre « Aube Dorée » ou bien qu’elle ne puisse pas engager de poursuites, pour vice de forme, parce que je doute que dans cette affaire médiatique, les règles du droit aient été toutes respectées. L’effet sera désastreux. Alors que la classe politique nationale est démonétisée aux yeux de l’opinion publique, « Aube Dorée » reviendrait du tribunal en vainqueur. C’est le pire cadeau qu’on pourrait faire au peuple grec. Visiblement, ceux qui rabâchent aux oreilles du peuple les horreurs de notre histoire, n’ont pas la si longue mémoire qu’ils prétendent avoir.

Combattre « Aube Dorée », c’est donner au peuple grec les moyens de sa renaissance, au sein d’une Europe unie. Bien sûr qu’il ne sert à rien de voter pour des partis extrémistes, pour Syriza comme pour Hrysi Afgi. Mais il n’est pas sûr qu’il soit non plus utile de voter pour des partis de menteurs et de corrompus. L’impasse est d’abord de la responsabilité d’une classe politique européenne médiocre, incapable de combattre les maux qui gangrènent notre civilisation, et ayant choisi de livrer le peuple à la folie criminelle des mondialistes.

Les juges peuvent demain interdire « Aube Dorée » mais n’empêcheront pas la colère populaire de s’exprimer par d’autres biais. Et de toute façon, le lendemain même, un nouveau parti, « Aube Argentée » ( ?) verra le jour, avec une popularité accrue.

Un fait divers où un citoyen d’extrême-gauche meure des coups portés par un citoyen d’extrême-droite déclenche une campagne médiatique sans équivalent dans le pays. Cela sert les intérêts d’un gouvernement sous pression, mis en demeure d’agir contre un parti politique sulfureux, mais légal, par les autres dirigeants des pays européens. Ca ne trompe personne.

Thomas FERRIER (PSUNE)

23/09/2013

Elections allemandes 2013 : un scrutin sans grande surprise

 
angela-merkel.jpgA 85% du dépouillement, les grandes tendances ne devraient pas être modifiées ; ainsi peut-on considérer le résultat des élections législatives allemandes comme à peu près certain, l’incertitude restant dans le nombre de sièges accordés à la CDU/CSU. Si cette dernière obtenait, de manière inédite, la majorité absolue des sièges, elle pourrait gouverner sans besoin d’une coalition avec la SPD ni d’alliance contre nature de dernière minute avec Die Grünen.

La CDU/CSU obtient 42,7% des voix environ (34,1% pour la CDU et 8,6% pour la CSU). C’est l’effet Merkel mais aussi l’effondrement du FDP qui est pour la première fois de son histoire exclu du Bundestag. Avec seulement 4,8% des voix (et 2,4% même en premier choix), le mouvement est durement sanctionné par les électeurs. Il a également été victime d’un fort vote utile en faveur de la chancelière sortante.

La SPD représenté par Peer Steinbrück a été lourdement sanctionnée avec 25,5% des voix, ce qui est malgré tout une progression d’environ 2.6 points. L’impact des scandales ayant touché la CDU et la mise en cause de Merkel dans l’affaire des écoutes américaines a été très faible. Le bilan économique, certes contestable, de la CDU a joué en sa faveur, malgré une politique énergétique particulièrement maladroite, à savoir la sortie contre tout bon sens du nucléaire.

Les écologistes sont également sanctionnés durement, en raison des scandales liés à la pédophilie qui ont touché le parti ces derniers mois, mais aussi parce que Merkel a asséché la principale revendication des Grünen, la sortie du nucléaire. Avec 8,2% des voix, ils retombent à un score à un chiffre, annonçant peut-être leur chant du cygne.

Die Linke, avec 7,9% des voix, maintient sa force, même si le parti de Gregor Gysi perd 3.3 points. Il continue en Allemagne de l’Est d’avoir le vent en poupe, même si la tendance WASG semble en revanche avoir échoué à se maintenir à l’Ouest.

La principale inconnue de ce scrutin était le résultat du mouvement AfD, un parti récent basé sur une sortie de l’€uro, mais ayant aussi adopté la thématique migratoire d’une manière plus souple toutefois que la droite nationaliste. Comme la NPD en 1969 (4,3%), AfD échoue à rentrer au Bundestag, n’obtenant que 4,6% des voix, ce qui constitue malgré tout un bon premier score, et annonce un succès potentiel pour les élections européennes de 2014, la barre étant alors à 3%. Malgré tout, symboliquement, c’est un échec, même si relatif. En outre, AfD n’a pas réussi à assécher complètement l’extrême-droite.

La NPD avec 1,2% des voix perd un 0.3 point. Elle continue ainsi son inexorable chute vers la marginalité groupusculaire, malgré des coups médiatiques provocateurs. Elle ne peut pas accuser les Républicains, les REP n’obtenant que 0,2% des voix (- 0.2), mais tout au plus les candidats de Pro Deutschland (0.2%), Die Freiheit faisant un score dérisoire. Réunie, la droite nationale obtient un ridicule 1,6%, toutes chapelles confondues. Elle est essentiellement victime de AfD mais aussi d’un vote en faveur de la CDU/CSU.

Autre échec, celui des Piraten, qui n’obtiennent que 2,1% des voix, alors que certains sondages il y a quelques mois leur promettaient une entrée fracassante au parlement. L’incohérence de leur ligne politique, l’importance des enjeux et la popularité d’Angela Merkel ont fait le reste.

C’est donc face à une Allemagne en forme, même si une grande coalition devait voir malgré tout le jour, et une chancelière soutenue, que le président français Hollande va devoir négocier. Réélue en fanfare, elle sera moins bien disposée à son égard. Le score de l’AfD, qui aurait pu l’inquiéter, l’amènera en revanche à tempérer sa politique européenne, les Grecs pouvant en faire les frais.

La CSU, avec 8,6% des voix, dépasse les Verts et la Gauche. C’est un score inespéré qui va lui permettre de peser davantage au sein de la coalition avec la CDU. Elle détrône la FDP, éliminée du jeu. Philip Rösler, son porte-parole, était d’ailleurs effondré ce soir.
 
Thomas FERRIER (PSUNE)

14/09/2013

Elections norvégiennes 2013

ferrier,psune,elections législatives en norvège 2013Ce lundi se déroulaient des élections législatives très attendues en Norvège. C’est la première fois en effet que les électeurs s’expriment dans un scrutin national à la suite des attentats de Breivik. Leur réaction était donc attendue. La gauche craignait un vote de sanction car, passé le temps du deuil, les Norvégiens avaient le sentiment que le gouvernement n’avait pas pris toutes les dispositions nécessaires pour prévenir ce genre d’actes. En outre, même si la situation économique reste positive, un vote d’alternance est logique.

Malgré sa popularité en berne, les Travaillistes (Arbeiderpartiet) demeurent le premier parti du pays, avec 30,8%, perdant certes 4,5 points par rapport à 2009, mais deux seulement par rapport à 2005. Ils formeront avec 55 députés le plus grand groupe, même s’il sera amputé de neuf sièges. Mais ce succès personnel du parti se fait au détriment de ses alliés naturels. Le parti de centre-gauche Senterpartiet, avec 5,5% des voix, perd 0,7% et un siège, et de même le Parti Socialiste (Socialistisk Venstreparti) n’obtient que 4,1% des voix (-2,1) et 7 sièges (-4), l’ensemble n’obtenant que 72 sièges en tout (-14). De son côté, le parti écologiste (Miljopartiet De Gronne), soutenu par l’ancien candidate écologiste aux élections présidentielles françaises, la franco-norvégienne Eva Joly, progresse nettement et obtient son premier siège avec 2,8% (+2,4) des voix. Le parti Rouge (Rodt), avec 1,1% des voix (-0,3) reste sans député.

Les Conservateurs (Høyre) avec 26,8% remportent le scrutin, même s’ils sont seconds en voix, en pourcentage et en sièges. Ils progressent de 9,6 points en cinq ans, et passent de 30 sièges à 48. De nombreux électeurs ont quitté le Parti du Progrès (Fremskrittspartiet) afin de voter utile, mais aussi par réaction face aux évènements d’Utoya, en raison de la brève appartenance de Breivik au FP. Ce dernier n’avait pas trouvé sa place au sein d’une formation qu’on présente en France comme de « droite nationale », une sorte de FN soft, ce qui était sans doute encore le cas sous la direction de Carl Hagen, mais qui donne des gages à l’idéologie dominante, ayant même choisi un norvégien d’origine indienne pour diriger sa section de jeunesse.

L’effet « Breivik » aura été de recentrer encore davantage la formation dirigée par Siv Jensen sur une position de droite conservatrice, mais à ce jeu certains électeurs auront préféré les conservateurs originaux, et en outre les électeurs inquiets par la problématique migratoire seront probablement restés chez eux. Avec 16,3% des voix, le FP perd 6,6 points par rapport à 2009 mais aussi 5,8 points par rapport à 2005. En 2009 en effet, avec 22,9% des voix, le FP était devenu le second parti du pays et le premier parti d’opposition. Il est désormais largement distancé par le Høyre.

Enfin, plusieurs partis nouveaux sont apparus, mais demeurent à un niveau faible. Les Pirates (Piratpartiet) n’obtiennent que 0,3% des voix et le mouvement des Chrétiens (De Kristne) seulement 0,6%. Ils sont donc loin de la barre des 2% donnant droit à des élus. En 2009, les listes alternatives de droite nationale, comme les Patriotes Norvégiens (NorgesPatriotene), étaient réduites à néant. En 2013, c’est au tour des communistes de se retrouver à zéro. Il faut environ 60.000 voix pour espérer des députés, et toutes ces formations en sont loin.

En cumulé, le centre-droit, si on y inclut le FP, aurait obtenu 53,7% des voix (+4,1), avec un échange de voix entre Høyre et le FP d’environ sept points, alors que le centre-gauche n’aurait obtenu que 40,2% des voix, mais ce si on ne compte pas les Verts en leur sein.

Pour gouverner, conservateurs et libéraux de Venstre (5,2% des voix, +1,4 ; 9 sièges, +7), autre gagnant de ce scrutin mais dans une moindre mesure, auront besoin de former une coalition avec le Parti du Progrès pour gouverner. Ce dernier y semble prêt , n’étant plus en mesure de devenir le premier parti du pays. Il répudie « progressivement » toute idée d’identité nationale et/ou européenne pour des strapontins ministériels. Toutefois, le prix à payer pourrait être de connaître la situation du FPÖ après 2000 en Autriche, la droite conservatrice s’emparant d’une partie (supplémentaire) de son électorat.

L’évolution du FP, qui certes n’a jamais été comparable aux autres partis nationaux, FN comme FPÖ, laisse présager de celle que connaîtront ces autres partis si les portes du pouvoir s’ouvrent à eux dans le cadre d’une grande coalition. Mais pour leurs électeurs, qui en espérent sans doute autre chose, la leçon sera amère.
 
Thomas FERRIER (PSUNE/LBTF)

03/09/2013

L'Europe selon Jacques Cordonnier

ada20ans.pngLe blog Thomas Ferrier reprend ses entretiens sur l'Europe. Aujourd'hui, Jacques Cordonnier, président du mouvement régionaliste Alsace d'Abord, et européen de coeur et d'esprit depuis toujours. Il nous a fait l'honneur de répondre à nos questions avec sa franchise habituelle.

LBTF: Jacques Cordonnier, bonjour !

Jacques Cordonnier: bonjour !

LBTF: Région, Nation, Europe ? Y a-t-il selon vous un mot de trop dans ce triptyque ?

JC: Les appartenances à une région, à une nation et à l’Europe sont les trois composantes du sentiment identitaire de chaque Européen. L’importance relative de chacun de ces liens – région, nation, Europe - est variable selon les individus, mais que nous le voulions ou non, nous sommes tous déterminés par cette triple appartenance.

LBTF: L’Alsace de par son histoire est une terre d’Europe par excellence. Comment expliquez-vous que l’européanisme naturel de l’électeur alsacien l’amène paradoxalement à soutenir dans une proportion non négligeable un parti europhobe comme le Front National ?

JC: Les résultats électoraux en Alsace, lors des différents scrutins depuis plusieurs décennies, peuvent sembler paradoxaux. Mais le paradoxe n’est qu’apparent. Lors du référendum sur le traité de Maastricht en 1992, comme au référendum sur le traité constitutionnel en 2005, c’est l’Alsace qui, de toutes les régions françaises, a donné au « Oui » ses meilleurs scores. Et au moment des élections présidentielles, c’est aussi l’Alsace qui vote dans des proportions importantes en faveur du Front National.

Comment s’expliquent ces paradoxes ? Eh bien, tout simplement les électeurs alsaciens font la part des choses entre les différents scrutins, et savent hiérarchiser leurs critères de choix. Pour les élections présidentielles, ils mettent en tête de ces critères la question de l’immigration. Quand ils sont interrogés sur l’avenir de l’Europe, ils font sans barguigner le choix de la construction européenne. Il y a en réalité une grande cohérence dans ces résultats électoraux : les Alsaciens sont favorables à l’Europe européenne et hostiles à l’immigration non-européenne.

LBTF: Une vague d’euroscepticisme semble s’abattre sur l’Europe. Pour ceux qui ont foi comme nous en l’Europe et en son unité, qu’est-ce qui peut maintenir la flamme ?

JC: Les effets de la crise financière et économique ont, depuis 2008, amplifié la méfiance de nombreux européens vis-à-vis de l’Europe. Les dirigeants politiques, même pro-européens, en portent une grande part de responsabilité, car ils ont toujours tenu un discours ambigu auprès de leurs électeurs, imputant aux institutions européennes les conséquences de leurs propres insuffisances.

Mais en même temps, les Français comme les autres Européens prennent de plus en plus conscience que les menaces et les tensions qui se développent à l ‘échelle de la planète ne peuvent pas trouver de réponse à l’échelle d’un pays. La montée en puissance de la Chine, la responsabilité des États-Unis dans les dérèglements de la finance mondiale, la dépendance énergétique de l’Europe, l’augmentation continue de l’immigration non européenne sont au cœur de problématiques qui dépassent largement l’échelle de la France seule. Les récentes révélations de l’espionnage des institutions européennes par les agences américaines de renseignement illustrent bien à quel niveau se déroulent les conflits et à quel niveau doit être organisée la riposte.

LBTF: Comment résister ? Entre ceux qui usurpent l’idée d’Europe, la réduisant à n’être qu’une province du « système-monde », et ceux qui profitent des défauts graves de l’UE actuelle pour enterrer l’idée européenne avec le parlement de Strasbourg, nous sommes cernés par des aveugles.

JC: Les souverainistes ne cessent de dénoncer l’Europe de Bruxelles comme une Europe fédérale. Ceci est totalement trompeur. Par sa tendance à s’attribuer autoritairement toutes les compétences, l’Europe de Bruxelles se construit au contraire sur un modèle très largement jacobin. La subsidiarité si souvent invoquée n’est plus qu’un concept inappliqué. Loin d’être fédérale, l’Europe est aujourd’hui jacobine à l’extrême, puisqu’elle conjugue tous les défauts des systèmes ultra-centralisés : autoritarisme, opacité et pouvoir parlementaire inexistant.

À l’autre bout de l’échelle, il y a les nombreux europhiles d’incantation. Ces partisans de l’Europe économique ont favorisé la dérive libérale des institutions. Loin de préparer l’avènement d’une Europe politique, l’hypertrophie de l’économie a entraîné la dépolitisation et la consécration du pouvoir des experts. L’Europe se retrouve aujourd’hui chahutée dans le mouvement brownien d’une mondialisation débridée, à la grande satisfaction d’un certain nombre de commissaires européens.

Entre les souverainistes et les europhiles de la finance - les aveugles - il y a ceux qui voient, ceux qui préconisent et réclament la réforme des institutions européennes pour relancer et vivifier le projet européen. La relance de l’Europe politique est la seule réponse aux effets désastreux de la mondialisation poussée à l’excès.


LBTF: L’Europe de vos rêves, ou de vos espoirs, c’est quoi ? Une Europe fédérale ?

JC: Le bon chemin vers l’union politique de l’Europe, c’est la voie fédérale qui seule permet de construire un ensemble politiquement cohérent, souverain, tout en respectant les différences et les spécificités des peuples. La question de la souveraineté est la question fondamentale et il faut méditer cet étrange paradoxe : tout ce que les États membres de l’Union ont perdu en souveraineté n’a pas profité à l’Europe ; celle-ci n’est pas devenue plus souveraine pour autant. On aurait pu espérer que le Parlement européen s’empare instantanément de chaque parcelle de souveraineté abandonnée par les États. Malheureusement, les choses ne se sont pas passées comme cela. Le Parlement européen, seule instance théoriquement détentrice de la souveraineté populaire, s’est privé à la fois de son pouvoir normatif et de son pouvoir de contrôle. Le Parlement européen n’est aujourd’hui qu’une chambre d’enregistrement pilotée par les chefs des partis nationaux.

LBTF: Que vous inspire l’idée de « nation européenne » au singulier, à partir du moment où elle est bâtie sur de saines bases et respecte les identités régionales ?

JC: L’Europe en réalité n’a pas pour but d’effacer les nations, mais de les dépasser, en séparant la nation de l’État. Les nations sont des réalités historiques qui doivent être prises en compte dans une optique marquée par l’application systématique du principe de subsidiarité, au même titre que les régions et les territoires articulés autour des grandes métropoles. Sublimer les nations européennes en une nation européenne est le projet auquel nous devons nous attacher. Il faudra remplacer la démagogie par la pédagogie et expliquer aux peuples que la marche vers l’intégration politique implique que les États membres consentent à des abandons de souveraineté, par le haut en faveur de l’Europe, et par le bas en faveur des régions.

L’actualité à propos du conflit syrien a mis en lumière l’incapacité de la France à agir seule et l’alignement de son gouvernement sur celui-des États-Unis. Ceci démontre à quel point la souveraineté de la France seule est limitée, stérile et inopérante. Et c’est cela que les partis nationalistes veulent préserver ? Dérisoire ! Une Europe unie aurait assurément mieux défendu les intérêts des Européens.

LBTF: Dominique Venner affirmait que l’Europe souffrait de l’absence d’une religion identitaire. Pensez-vous que le paganisme puisse être l’une des voies d’un renouveau spirituel de l’Europe ?

JC: Je ne le pense pas, pour la simple raison que le paganisme n’existe plus. Pour qu’une religion prospère, il lui faut des adeptes et des prêtres. On constate d’ailleurs que les Européens s’éloignent de plus en plus de leur foi, quelle que soit leur religion, l’islam mis à part. Les gens deviennent agnostiques. Le redressement de l’Europe ne viendra pas de la religion, mais de la politique.

LBTF: Que répondez-vous à ceux qui prônent la mort de l’Union Européenne ?

JC: Ceux qui prônent la mort de l’Union sont à classer dans la même catégorie que ceux qui prônent la sortie de l’Union. Même s’ils sont plus nombreux qu’il y a dix ans, ils sont encore minoritaires. En France, en additionnant les électeurs du Front de gauche, de Debout la République et du Front national, on est en dessous de 30 %. Et encore, il reste à vérifier si tous ces gens-là sont vraiment pour la fin de l’Union. Un sondage récent a montré que plus de 50 % des électeurs FN souhaitaient que la France reste dans la zone Euro. Mais il demeure que, même minoritaires, ces europhobes peuvent s’avérer dangereux car ils font peur aux responsables politiques qui guignent leurs voix aux élections.

Le meilleur argument à opposer aux europhobes, c’est la perspective d’une réforme en profondeur des institutions de l’Europe. La première institution à réformer, c’est bien sûr la Commission de Bruxelles. On ferait un grand pas en avant en décidant que le président de la Commission soit élu au suffrage universel et non plus choisi par les chefs de gouvernement selon le critère de la moindre compétence. Il faudra aussi modifier le mode de désignation des membres de la Commission. C’est à raison, malheureusement, que les nationalistes de tous pays leur reprochent leur manque de légitimité. Réformons, transformons la Commission européenne, mais de grâce, ne tirons pas prétexte de ses défauts pour sortir de l’Union européenne.

LBTF: Quel est le principal défaut et la principale qualité selon vous de l’€uro ?

JC: La grande qualité de l’Euro, monnaie de l’Europe, est d’être le premier attribut de sa souveraineté et l’outil indispensable de son retour à la croissance et à la puissance. Pour s’en convaincre, il suffit de voir tous les efforts que déploient les États-Unis pour l’affaiblir. Le grand défaut de l’Euro, est de ne pas avoir été crée par des politiques, mais par des experts et des techniciens de la finance. Un défaut en entraînant un autre, les politiques ont été appelés à la rescousse pour accueillir dans la zone Euro des pays qui n’étaient pas prêts à l’intégrer. La zone Euro est un ensemble qui n’a pas trouvé sa cohérence et dont la gouvernance est encore fortement marquée par l’opacité. Il faut réformer les institutions, changer les gouvernants, mais en aucun cas abandonner l’Euro.

LBTF: L’Europe est-elle condamnée à un long déclin et à la division perpétuelle, comme la Grèce et ses cités au IVème siècle ?

JC: Le déclin de l’Europe, entamé au début du XXème siècle, n’est pas une fatalité. Les pères de l’Europe qui se sont attelés à sa reconstruction après la dernière guerre ont fait de mauvais choix qui nous ont fait perdre plusieurs décennies : être partis du commerce et de l’économie au lieu de la politique et de la culture, n’avoir jamais statué sur les frontières et la finalité de l’Europe, avoir construit une Europe sans les peuples et même parfois contre les peuples. Aujourd’hui, les Européens entrevoient confusément les raisons pour lesquelles nous sommes dans l’impasse.

Les europhiles sincères ne peuvent se contenter d’incantations sur l’Europe idéale et rejeter en bloc ce qui existe aujourd’hui. Il faut changer les hommes. Ce ne sont pas les institutions seules qui sont en cause, mais bien les hommes et les femmes qui y siègent et qui prennent des décisions en notre nom.

Il faut que l’Union européenne soit pensée et animée par des politiques. L’exécutif bruxellois ne gouverne pas, il se contente de gérer. José-Manuel Barroso, l’actuel président de la Commission, navigue à vue, sans aucune vision à long terme. Quant au Parlement européen, il faudra qu’un nouveau Traité lui donne le pouvoir de légiférer et de contrôler.

De l’Union européenne à l’Europe unie, le chemin est long et difficile. La période chaotique que traverse l’Europe aujourd’hui est la phase de prise de conscience. Les Européens sont en train de réaliser que leur avenir n’est pas dans le métissage planifié, la soumission au pouvoir des financiers, l’alignement sur les Américains. Les Européens doivent réapprendre à rêver de grandeur et d’indépendance.

LBTF: Jacques Cordonnier, je vous remercie. C'est dans l'unité d'action que les vrais Européens triompheront ensemble de l'adversité.

04/08/2013

Napoléon et l'Europe unie

"L'Europe n'eût bientôt fait de la sorte véritablement qu'un même peuple, et chacun en voyageant partout, se fût trouvé toujours, dans la patrie commune." (Napoléon Ier, 24 août 1816, Sainte-Hélène)

Kohl et l'immigration extra-européenne

kohl.jpgAlors que l'ancien chancelier social-démocrate Helmut Schmidt, dans un entretien récent auquel j'ai consacré un article, avait expliqué que si l'assimilation des Européens était aisée, celle des Turcs paraissait beaucoup plus difficile, on apprend que l'ancien chancelier Helmut Kohl, en 1982, n'en pensait pas moins.

Dans un article du journal turc Hürriyet, on apprend ainsi que pour Kohl, "il serait nécessaire dans les quatre prochaines années de diminuer de 50% le nombre de Turcs [en Allemagne]", reconnaissant toutefois qu'il ne lui serait pas possible de "le dire publiquement".

Il explique également que l'Allemagne "n'a jamais eu le moindre problème avec les Portugais et les Italiens (...) parce que ces communautés s'intégrent bien", ajoutant que c'est parce qu' "ils étaient européens". En revanche, Kohl considérait que le nombre de Turcs était bien trop important pour envisager leur assimilation, car "ils proviennent d'une culture tout à fait différente".

Non seulement Helmut Kohl aurait été opposé à l'adhésion de la Turquie à l'Union Européenne, comme Angela Merkel prétend l'être, tout en ne faisant rien pour mettre fin au processus, et était un défenseur du ius sanguinis, comme le candidat CSU Edmund Stoiber, mais il avait ainsi manifesté son refus d'une multiculturalisation de l'Allemagne, processus que Merkel a reconnu comme un échec, mais sans rien faire pour revenir en arrière.

On découvre ainsi que de grands dirigeants européens, pour qui le projet d'Europe unie avait tout son sens, des "pères fondateurs" de l'Europe moderne, comme Valéry Giscard d'Estaing, Helmut Schmidt et désormais Helmut Kohl, ont dénoncé une situation qui n'a cessé d'empirer depuis avec une lucidité sans faille.

Ce qu'il faudrait comprendre, c'est pourquoi ils n'ont rien pu faire lorsqu'ils étaient au pouvoir pour endiguer une involution dont ils savaient qu'elle était calamiteuse.

Qu’est-ce qui fait monter le FN ?

Qu’est-ce qui fait monter le FN ?

fnuf.jpgMême s’il est désolant qu’un parti europhobe comme le FN soit extrêmement haut dans les enquêtes d’opinion, on ne saurait plus nier la réalité d’un vote de plus en plus significatif en sa faveur. Un sondage pour les élections européennes le place même à 18% des voix, ce qui est considérable pour ce type d’élection. Rappelons qu’en 2009, alors qu’il avait pourtant digéré la scission du MNR et remonté déjà la pente par rapport à son effondrement à 4,3% aux législatives, le FN ne fit que 6,34% des voix. En clair, avec 18% des voix, il progresserait en cinq ans de 185%. Mais un sondage IFOP de fin mai le place même à 21%, et à 20% en juin selon l’institut CSA. C’est dire qu’il faut s’attendre pour juin 2014 à un résultat très élevé pour ce parti. De plus, il conserverait en points voire dépasserait le score de Marine Le Pen aux présidentielles de 2012. Comment expliquer une telle progression dans l’opinion publique de ce parti ?

Le PS, allié de fait du FN

On se souviendra que François Mitterrand avait joué la carte du FN pour diviser la droite. Ce jeu machiavélien avait consisté d’abord à encourager les media à inviter l’outsider Le Pen puis à introduire une part de proportionnelle en 1986, offrant au FN un groupe parlementaire pendant deux ans. On sait en outre que l’anti-racisme que le PS mettra en avant était destiné en partie à empêcher toute fusion des droites, fusion qui aurait anéanti tout l’intérêt de la manœuvre.

Mais aujourd’hui, alors que le FN a éliminé le PS d’un second tour dans plusieurs législatives partielles, il est bien évident que cette stratégie a été abandonnée. Désormais, le PS cherche par tous les moyens à faire baisser le FN mais il s’y prend si mal qu’il fait son jeu. Et les résultats du gouvernement sont, en matière d’immigration et d’insécurité, si désastreux, par une sorte d’effet « Taubira », malgré les formules choc du ministre de l’intérieur, qu’il ne peut en être autrement.

L’UMP est divisée en deux lignes quasi incompatibles, entre les européistes timides lorgnant sur le centre de François Fillon, et une droite populiste et davantage eurosceptique autour de Jean-François Copé. Une ligne européiste et populiste à la fois pourrait réussir. C’était la ligne de Nicolas Sarkozy, mais cette synthèse a explosé. Elle n’est donc pas en mesure d’empêcher la fuite d’électeurs populaires vers le FN.

Mais c’est pourtant bien le PS qui est le principal responsable de ce vent d’europhobie qui souffle sur notre pays et profite au Front. Alors que l’UMP met en avant une « histoire de la nation européenne », écrite par le député européen Philippe Juvin, le gouvernement PS a vis-à-vis de l’Europe une attitude contradictoire et souvent hostile. François Hollande ne parle d’ailleurs quasiment jamais d’une manière positive de l’Europe, ayant prétendu pendant sa campagne que la France seule pourrait la réorienter dans le sens de la croissance. Quant à Jean-Luc Mélenchon, qui tape beaucoup sur l’UE, sans remettre en cause pour autant l’€uro, et en soutenant d’une manière caricaturale l’immigration, il favorise là encore le FN en orientant l’électorat populaire qui lui reste vers des thématiques eurosceptiques, le FN ayant acquis une légitimité sur ces questions, d’où le positionnement très ambigu vis-à-vis de lui d’un Dupont-Aignan.

Qu’oppose le PS au FN de Marine Le Pen ? Il tente à nouveau la vieille ficelle complètement usée de l’antiracisme et de l’antifascisme, de l’indignation exacerbée pour tel ou tel propos relativement anodin d’un des dirigeants de ce parti. On reprochera à Marine Le Pen d’avoir comparé l’occupation des rues par la prière musulmane à l’occupation allemande, alors qu’on reprochait a contrario à son père d’avoir sous-estimé la nocivité de la seconde. Cette attitude ne paie pas. Ce n’est pas en dissolvant quelques partis extrémistes, en les reliant plus ou moins implicitement au FN, ou en arrêtant un norvégien radical, qui avait appelé à voter pour Marine Le Pen en 2012, qu’il arrivera à le faire baisser.

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02/08/2013

Relents monarchiques sous la 5ème République

monarchie,Mitterrand,dérive,république gaullienneIl peut sembler paradoxal de parler de relents de nature monarchique dans un système républicain, comme celui de la France sous la cinquième république. Pourtant nous allons voir que cela n’a rien de déplacé. Surtout cela va bien au-delà des fameuses « dérives monarchiques » que l’on a dénoncé à gauche dès les présidences du général Charles de Gaulle.

Dans sa perspective historique, Thomas Ferrier a associé la démocratie au polythéisme et la monarchie au monothéisme. Nous constaterons, en effet, qu’il y a des relations entre les traits monarchiques et une forme de pensée religieuse, voire monothéiste.

Charles de Gaulle a voulu que le président ait un certain domaine réservé, à savoir la défense et la politique étrangère. Ainsi le président peut-il décider seul d’engager l’armée : il ne peut cependant pas prolongement indéfiniment cet engagement sans l’aval de l’Assemblée. De plus il ne peut pas décider du budget de la défense. Aussi ses prérogatives sont-elles, malgré tout, limitées.

Avec les présidents qui ont suivi, peu à peu le domaine réservé s’est élargi jusqu’à toucher un peu tout. Cependant, si le président promulgue les lois, il ne les vote pas. En droit, la politique de la nation reste entre les mains de l’Assemblée. D’ailleurs, en cas de cohabitation, le pouvoir présidentiel est très limité ; c’est surtout un pouvoir de nuisance, de blocage. Si, en dehors de ce cas, le président a une influence si forte, c’est parce qu’il tient sa majorité.

C’est avec François Mitterand que les choses ont vraiment changé de nature. Avec celui qui reprochait pourtant au Général le « coup d’état permanent », la France a connu le premier monarque républicain. Les choses se sont désormais décidées « au château ».

Ce n’est pas tellement la personnalité du premier président de gauche qui l’explique, même s’il était lui-même issu d’une droite nationaliste. C’est dans la façon de pensée des militants du parti « socialiste » qu’il faut chercher l’explication. Voilà qui ajoute un nouveau paradoxe, quand on sait que le socialisme authentique privilégie la décision collective, à l’opposé de toute forme monarchiste. De fait, le « socialisme » officiel n’a conservé que les modalités, les apparences de la décision collective. Michel Rocard dénonçait une sorte de fétichisme dans les milieux de gauche, plus attachés aux symboles qu’aux réalités, peut-être à la suite des nombreuses désillusions qu’ils ont connues.

Les milieux de gauche sont désormais porteurs d’une idolâtrie qui n’a rien de semblable à ce que l'on rencontre à droite. Il leur faut à tout prix un grand prêtre, que celui-là les prenne de force comme Mitterrand, où qu’il soit le fruit d’élections primaires de circonstance comme Ségolène Royal et François Hollande. Une fois désigné, par lui-même ou presque par hasard, ce grand prêtre est le nouveau Dieu, celui d’un peuple de moutons fidèles. Ainsi Mitterand a-t-il d’abord été le premier « président de droit divin », celui qui se laissait appeler « Dieu ».

Ainsi le président Mitterand n’était-il pas celui des Français, mais celui d’un parti religieux, une sorte d’Ayatollah. C’est ce qui explique la capacité de résistance à la cohabitation dont il a fait preuve.

Ses prédécesseurs Georges Pompidou et Valéry Giscard d’Estaing ne disposaient pas de ce peuple de fidèles. La majorité était divisée et beaucoup moins « godillot » qu’on ne l’a dit. Elle suivait en général, non pas par ferveur religieuse mais par pragmatisme, chacun cherchant à se faire réélire, du moins tant que la référence présidentielle étaient perçue positivement.

Ensuite Chirac est arrivé et s’est comporté en « président-roi fainéant ». Il y a peu à dire sur son compte. Le cas de Nicolas Sarkozy est plus intéressant. Il a laissé l’image d’un hyper-président, se mêlant de tout. Pourtant le comparer à Mitterand serait une erreur. Comme Pompidou et Giscard, la droite l’a suivi par pragmatisme, parce qu’il a su parler des sujets que les gens ont au cœur, du moins tant que la comparaison entre son action et ses promesses ne l’a pas desservi. Il ne tenait pas sa majorité autant qu’on l’a dit. C’est elle qui lui a imposé de conserver Fillon comme premier ministre.

Le discours d’un candidat ou d’un président est désormais celui d’un despote. Il ne dit pas qu’il soumettra tel projet au parlement, mais qu’il décidera. Madame Royal annonçait partout « sa première mesure ». Le « Moi président » annonçait que jamais telle option ne serait retenue.

Aujourd’hui notre président, François Hollande, est de nouveau « socialiste ». Comme Mitterand, il se prend pour « Dieu ». Cependant il tient aussi du roi fainéant et manœuvrier qu’était Chirac, minimisant sa responsabilité pour tout ce qui fâche et paradant en chef de la Françafrique quand il en a l’occasion. Il arrive qu’on le contredise, qu’un Claude Bartolone ne veuille pas d’une transparence qu’il a pourtant « décidée ». Mais il s’en sort toujours parce qu’il a pris l’habitude de dire tout et son contraire. Finalement le peuple ne l’écoute plus. Ce qui est extraordinaire n’est pas qu’on puisse lui tenir tête, mais qu’il puisse encore décider quelque chose. C’est bien parce son peuple de fidèles est toujours là, qui feint de critiquer le Premier ministre et sa politique pour le ménager lui-même.

Peter EISNER (PSUNE/LBTF)