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19/11/2012

Algérie française vs Europe européenne


Algérie française vs. Europe - 14 nov. 2012 par PSUNE-NEUSP

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11/11/2012

« Skyfall » ou le retour au mythe « Bond »

His name is Bond, James Bond.

05-2.jpgDans la continuité de « Casino Royal », et en oubliant la malheureuse expérience de « Quantum of solace », qui n’était vraiment pas au niveau de l’opus précédent, Skyfall est le troisième film avec Daniel Craig dans le rôle de 007, même s’il s’agit officiellement du 23ème film. Et force est de reconnaître que ce long-métrage est très certainement le meilleur de la série, et ce même si Craig n’a pas le charisme exceptionnel de Connery. Il a la chance d’avoir à ses côtés d’excellents réalisateurs et de non moins excellents scénaristes. La différence d’avec les films au scénario squelettique mettant en scène Pierce Brosnan est ainsi saisissante.

Evoquons rapidement les points contestables de ce film. Le choix d’une Moneypenny issue de la diversité n’est pas des plus heureux, alors que Skyfall retourne au mythe Bond, celui de Ian Fleming. Mais il fallait bien céder à l’air du temps et respecter le quota. Les allusions à une éventuelle expérience homosexuelle de Bond n’étaient pas forcément nécessaires mais s’intègrent à la même logique. Enfin, à l’exception d’une actrice grecque, le casting des James Bond girls évite les actrices européennes, privilégiant le charme épicé d’une franco-asiatique sculpturale. Nous sommes en 2012 et l’idéologie dominante, mondialiste, écrase tout sur son passage, même si le Batman de Nolan a su résister remarquablement à cette pression.

L’inspiration tirée d’autres films paraît évidente à voir Skyfall. Les allusions à Batman sont nombreuses, à savoir un manoir avec des passages secrets, un James Bond jeune tourmenté par la mort de ses parents, un vieil homme qui conserve l’héritage familial, et le caractère célibataire propre au personnage. En revanche, les gadgets sont quasiment absents, à part l’apparition de l’Aston Martin originel, avec son équipement d’époque (siège éjectable et mitrailleuse à l’avant). Le choix du réalisme a été privilégié même si on conçoit mal comment Bond a pu survivre à deux balles tirées dans la poitrine ou à sortir indemne d’une chute dans l’eau glacée. Enfin, le début du film se passant à Istambul rappelle Taken 2 et Liam Neeson en agent américain déjouant la vengeance d’un gang albanais.

Le film repose tout comme The Dark Knight Rises sur la chute du héros. Trahi par son directeur, qui préfère prendre le risque de le faire abattre plutôt que de lui faire confiance jusqu’au bout, alcoolique, incapable de vaincre ses démons intérieurs, cynique et provocateur, Bond est en fin de cycle. Mais, à la différence de Batman, qui raccroche la cape pour préférer les charmes de Selina Kyle, Bond va renaître. Il fallait bien pouvoir proposer un Bond 24 dans deux ans aux spectateurs. Jugé inapte au service, ce que M lui cache, Bond doit revenir au meilleur niveau. Face à un ancien agent devenu un ennemi viscéral du MI6, et connaissant toutes les ficelles du métier, Bond doit parvenir à se sublimer jusqu’à incarner le 007 héroïque de Fleming. Finie la démarche aristocratique de Sean Connery. Fini l’humour britannique de Roger Moore. Craig est dans l’action pure et dure.

Ce retour aux sources est remarquablement illustré par une fin purement écossaise où Bond retrouve sa terre natale et le cimetière familial. Attendant l’ennemi, réfugié dans le manoir de ses ancêtres, afin de protéger M traquée, Bond revoit sa plus longue mémoire avant de faire à nouveau marche avant. Dans un tonnerre de feu, son manoir est finalement brûlé mais tel le phénix, Bond sort indemne des flammes. Il n’empêchera néanmoins pas le M incarné par Judi Dench de céder la place au nouveau M que représente Ralph Fiennes, parfait dans le rôle.

Les dernières minutes du film nous ramènent cinquante ans en arrière, dans l’une des toutes premières scènes de 007 dans « Docteur No ». L’hommage implicite rendu au maître Fleming et au Bond idéal, Connery en personne, est évident. Est-ce à dire que James Bond aura le droit à encore cinquante années nouvelles, et qu’on le découvrira en 2062 sur ce qui aura remplacé nos écrans ? Entre temps, il sera devenu noir, homosexuel et peut-être même musulman.

La chute, la déchéance puis la renaissance de James Bond ne personnifient-ils pas le déclin de l’occident ? C’est bien par un retour aux ancêtres, à la tradition, à la terre natale, que Bond renaît. Cela converge avec la phrase de Nietzsche selon laquelle « l’homme de l’avenir sera celui qui aura la plus longue mémoire ». Et sa renaissance se fait de manière flamboyante au sens littéral. L’éternel retour du même a lieu devant les yeux du spectateur. Bond change mais ne change pas. Le personnage atteint son acmé, ce qui laisse présager d’une suite bien moins reluisante, sauf si Christopher Nolan prend les manettes. Son influence est évidente dans « Skyfall » même s’il n’a été associé ni de près ni de loin au projet.

Thomas FERRIER (LBTF/PSUNE)

17:10 Publié dans Analyses, Cinéma, Culture | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : james bond, skyfall, m, sean connery, ian fleming | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

L’histoire et la mémoire : 732 et 1962

martel1.jpgDepuis l’époque où les historiens romains défendaient le point de vue du sénat impérial contre les princes, l’histoire a représenté un enjeu politique important. A la damnatio memoriae antique consistant à passer sous silence les pages sombres, en effaçant le nom des tyrans des lieux de mémoire, nous sommes passés depuis les années 70 à l’hypermnésie, à une exploitation outrancière de la mémoire collective à sens unique, afin que l’Europe fasse pénitence pour toutes les tragédies du passé. Et ceux qui veulent s’opposer à cette mémoire de repentance, propose une relecture de l’histoire qui n’est pas moins mensongère. Or la vérité historique est libératrice et salvatrice, car elle permet de contextualiser les évènements, de les démythifier, de leur rendre leur coloration d’origine.

Récemment, des militants identitaires ont occupé une mosquée en construction à Poitiers, en hommage à Charles Martel qui y aurait repoussé les musulmans en 732, ce qui a amené la journaliste Elisabeth Levy dans un débat l’opposant Clémentine Autain à y dénoncer une pure légende. De la même manière, le président « socialiste » François Hollande a ajouté une nouvelle journée nationale de commémoration le 19 mars, en relation avec la signature d’un cessez le feu en Algérie le 19 mars 1962, date considérée par beaucoup d’anciens combattants et de pieds noirs comme celle d’une défaite. Le nouveau président a de fait une propension particulière à ne vouloir voir que les pages sombres de l’histoire de son pays, selon une lecture bien partisane des évènements.

Cet article a pour but de redonner le sens authentique aux évènements historiques et aux enjeux évoqués par ces deux dates.

732, une opération de pillage qui tourne mal

La tradition veut que Charles Martel ait arrêté une invasion maure à Poitiers en 732 et le représente comme le défenseur de la chrétienté, et accessoirement de l’Europe. Or, Charles Martel n’était absolument pas un croisé en lutte face à un conquérant déterminé. Lui-même n’était guère chrétien. Son surnom latin de martellus, « le marteau », ne paraît pas faire allusion à une arme que Charles aurait spécialement affectionnée, mais plutôt au dieu germanique au marteau qu’est Donar, correspondant au dieu scandinave Thor. Car en 732, malgré la conversion de Clovis deux siècles auparavant, le paganisme a survécu, et la preuve en est que sous Pépin puis sous Charlemagne et même sous Louis le pieux, des capitulaires rappelleront l’interdiction de pratiquer le paganisme sous peine des pires sanctions.

Comme beaucoup de francs, et aussi comme beaucoup de gallo-romains, comme ses soldats, Charles est superficiellement chrétien mais le paganisme est toujours présent. Ses symboles et ses valeurs dominent. Il est probable que nombreux compagnons de combat de ce maire du palais n’étaient même pas chrétiens. Charles n’est pas un païen, car sinon les plus hautes responsabilités de l’Etat lui auraient été interdites. Mais ce n’est pas pour autant un authentique chrétien. Il méprise les prêtres et s’insurge contre les biens des Eglises. Et, au pouvoir, il nationalisera les dits biens, que son fils leur restituera après la mort du héros.

L’incursion musulmane à laquelle il mettra fin n’est pas de son côté une opération militaire, pas même l’avant-garde d’une invasion en cours. C’est une razzia, une opération ciblée de pillage. En direction de Tours, cette troupe a déjà dépassé Poitiers lorsqu’elle tombe sur l’armée de Charles. Par le biais d’un bon service de renseignement, Charles a eu vent de l’affaire et intervient. On ignore s’il y a véritablement eu une bataille ou si les maures sont repartis immédiatement en Espagne.

Charles n’a pas protégé le christianisme, qu’il méprisait, et n’a pas eu à protéger l’Europe car ce n’était pas une invasion qu’il a eu à affronter. Mais il a mis un coup d’arrêt à une intrusion islamique qui, si elle avait réussi, aurait pu amener les arabo-musulmans à organiser et cette fois pour de bon une opération militaire d’envergure. Voyant qu’en face il y avait du répondant, l’idée n’émergea pas. La division des princes goths d’Espagne avait permis aux compagnons de Tariq de poser le pied sur le sol européen et de s’emparer de l’Hispanie entière, à part quelques îlots de résistance d’où viendra la Reconquista. Mais face à eux, c’était un homme noble, sens du prénom « Karl » en germanique, incarnation du dieu barbu et roux qui affronte les géants de givre.

Charles a sauvé l’Europe d’une future invasion même s’il n’a pas vaincu une armée. Il a envoyé un signal fort, un message, qui a été compris par ses ennemis. Et ensuite, il est probable qu’il a magnifié sa geste pour en tirer un profit politique important. Si les Carolingiens ont pu remplacer les Mérovingiens, ils le doivent à Charles.

1962, une colonisation qui prend fin

François Hollande a fait du 19 mars (1962), date du cessez le feu entre la France coloniale et l’Algérie naissante, une journée nationale du souvenir, exaspérant les anciens combattants, les pieds noirs, l’UMP et le FN. Cette date représente concrètement la défaite de la France, et s’il est normal que le peuple algérien puisse fêter à juste titre cette date clé de son histoire, ce n’est pas normal en revanche que le peuple français doive spécialement s’en souvenir.

Sur cette question qui suscite anormalement de passions, cinquante ans après, et alors que l’écrasante majorité des français ne s’y intéresse pas, il convient de rappeler certains principes politiques généraux.

En premier lieu, la colonisation de l’Algérie a commencé par une opération de lutte contre le brigandage en Méditerranée. En 1829, l’armée du roi Charles X a débarqué à Alger pour écraser la base arrière de ces criminels et notoirement trafiquants d’esclaves. Cette action n’avait pas comme but de s’emparer d’un territoire, ni d’y implanter des colons. C’est sous Napoléon III puis sous la IIIème république que progressivement le bey d’Alger, ancienne colonie turque, a été conquis. La fin du XIXème siècle, époque d’élan colonial de l’Europe occidentale, transformera ces implantations précoces en bases d’un empire colonial en gestation.

Disons le tout net. La présence française n’était pas légitime en Algérie et l’idée même « d’Algérie française », contre laquelle s’opposèrent les socialistes (Clémenceau) et les patriotes (Déroulède) était une folie. Cette folie aurait été toutefois moins funeste si la France avait colonisé à la façon britannique au lieu de vouloir faire croire à ces populations qu’elles étaient destinées à devenir françaises, contre tout bon sens.

Et il était logique qu’après l’effondrement du pays en 1940 face à l’armée allemande, et au déclin des puissances coloniales après 1945, au profit des Etats-Unis et de l’Union Soviétique, puissances farouchement anti-colonialistes, de nombreux algériens aient voulu se doter d’un véritable état souverain et indépendant. Même si l’Algérie comme état est née de cette guerre de fondation, les algériens étaient légitimes dans leur volonté de chasser la puissance occupante. Même si on peut en dénoncer les moyens employés, le combat pour l’indépendance de l’Algérie qu’a mené le FLN était légitime.

Par ailleurs, le bilan économique de la colonisation de l’Algérie était très négatif pour la France. Clémenceau avait bien eu raison face à Ferry en dénonçant de l’argent dilapidé dans l’aventure coloniale au lieu de le consacrer à améliorer le sort des français et à se préparer militairement face à un risque de nouvelle guerre. De Gaulle en avait parfaitement conscience. Homme de l’est du pays, sans attaches en Afrique du Nord, l’empire colonial lui a toujours apparu comme un boulet. S’il a manœuvré habilement en se servant de cette crise pour accéder au pouvoir, au prix d’un mensonge éhonté, « l’Algérie est et restera française », il a eu fondamentalement raison. L’Algérie ce n’était pas la France. Et lorsqu’un Le Pen, qui en 1958 considérait la jeunesse algérienne comme une force pour la France, déclara que parce que « nous n’avons pas eu l’Algérie française, nous avons eu la France algérienne », il s’est lamentablement trompé.

Une fois de plus, De Gaulle a eu raison et l’extrême-droite a eu tort. L’ « Algérie française » était une erreur monumentale qu’il n’aurait pas fallu commencer et à laquelle il fallait mettre fin au plus tôt. 1962 c’est huit ans de trop.

Mais, une fois que cela a été dit, il n’y a pas lieu de revenir en permanence sur le sujet. Et si François Hollande le fait, c’est pour récompenser un électorat d’origine algérienne qui a voté à plus de 95% en sa faveur et aussi en préparation de son voyage en Algérie. Il s’agissait ni plus ni moins que de flatter l’orgueil algérien, au détriment de la fierté nationale, dans l’optique d’être bien accueilli. Mais personne ne lui a demandé d’aller en Algérie, que je sache.

L’Algérie est indépendante et il était normal qu’elle le soit. Aucune nostalgie à l’égard d’une prétendue « Algérie française » n’a de sens. Notre dette s’arrête avec les accords d’Evian. Nous aurions dû par ailleurs finaliser cette décolonisation au lieu de vouloir maintenir des liens avec nos anciennes colonies. Couper les ponts aurait été sage. Or, l’Algérie n’est pas vraiment libérée de la France, et surtout la France n’est pas assez libérée de l’Algérie.

C’est bien pourquoi, au lieu de faire des journées nationales du souvenir, il est temps de finir la décolonisation et de mettre fin à la Françafrique. Et s’il faut absolument des journées du souvenir, alors faisons du 11 novembre, fête de tous les combattants européens, et du 9 mai de chaque année un jour mémorable, celui de l’Europe unie et réconciliée.

Car notre avenir est européen, et non méditerranéen. Car notre avenir est à Berlin et à Moscou, et pas à Alger et à Oran. La France est un pays européen, les Français un peuple européen. Et c’est de cela qu’il convient de se souvenir et de rien d’autre.

Vive l’Algérie algérienne et surtout vive l’Europe européenne !

Thomas FERRIER (LBTF/PSUNE)

04/11/2012

Pour une géopolitique (vraiment) européenne !

 
insigne%20Eurocorps;maxh=150,maxw=150.jpgSortie d’une époque troublée, la géopolitique est redevenue une discipline fondamentale de l’analyse des faits contemporains et la base de stratégies d’alliance. Mais elle n’a pas pour autant cessé d’être la manifestation de la « volonté de puissance » des Etats. C’est ainsi qu’elle reste fondamentalement nationale, même si elle se place dans un cadre mondialisé. Le géopoliticien Aymeric Chauprade, qui refuse ce qu’il appelle les « pan-ismes », comme l’est par exemple le paneuropéanisme, reste ainsi dans une démarche nationale. Et un ouvrage récent d’un autre géopolitologue, Pascal Gauchon, s’intitule même « Géopolitique de la France ». En revanche, la « géopolitique de l’Union Européenne » sortie chez Ellipses paraît d’un poids bien modeste, par rapport aux ouvrages de la même collection consacrés à la Russie, à la Chine, à l’Inde et aux Etats-Unis. Enfin, seule exception à la règle, Yves Lacoste a consacré un numéro complet de la revue Hérodote à « l’Europe et ses limites ».

Or, le choix d’une géopolitique nationale n’est pas sans impact quant à l’avenir du continent européen puisqu’il implique des stratégies diplomatiques particulièrement centrifuges, tel pays jouant de ses liens avec tel ou tel ensemble linguistique, tel pays jouant de son positionnement géographique, tel pays conservant des liens avec un ancien empire colonial, tel pays enfin cherchant à maintenir une diplomatie dite « traditionnelle ». Cela amène à des alliances contre-nature dites de « revers », et surtout ces divisions favorisent des puissances extra-européennes qui raisonnent à l’échelle continentale, comme les Etats-Unis par exemple, la Chine ou le monde islamique.

La géopolitique « nationale » est devenue le pire ennemi du peuple européen, puisqu’au nom d’une diplomatie qu’on ne peut pas qualifier de « démocratique », les choix en la matière étant strictement ceux de nos dirigeants, cela amène à « vendre le pays » aux intérêts de telle ou telle puissance amie. Il suffit de songer au renforcement croissant des positions économiques du Qatar en France depuis plusieurs années.

Une géopolitique « nationale » qui trahit les intérêts du peuple.

La géopolitique française est essentiellement afrotrope, arabotrope et islamotrope. Cela tient aux liens conservés avec les anciennes colonies françaises, dont la langue française est bien souvent restée langue officielle, permettant de regrouper tous ces états au sein de la francophonie, et avec notamment les pays du Maghreb, dont l’islam est une composante « identitaire » essentielle. La décolonisation accomplie, on aurait pu penser que la stratégie de De Gaulle d’une réconciliation franco-allemande comme axe de base d’une unification politique du continent européen serait restée seule en piste. Or, même si le thème européen est demeuré fort, les dirigeants français ont maintenu les liens avec les anciennes colonies, encourageant même un fort flux migratoire venant de ces pays, au prix de déstabiliser profondément la société française. Présente encore sur les autres continents, par le biais de colonies redéfinies comme départements et territoires d’outre mer, la France conserve une vocation mondiale, voulant « jouer » dans la cour des grands.

Le danger d’une telle géopolitique, et on l’a vu avec les déclarations néfastes de François Hollande à Dakar il y a quelques semaines, c’est qu’elle amène les gouvernements français à pratiquer l’ingérence dans les affaires africaines, hier en Côte d’Ivoire et aujourd’hui au Mali, et surtout à faire preuve d’un laxisme coupable en matière migratoire. Tout cela éloigne la France de l’Europe alors que la crise de l’€uro devrait au contraire l’en rapprocher, et cela met la France en porte à faux vis-à-vis d’une Allemagne qui, à raison, se désintéresse des affaires africaines.

Enfin, l’islamotropie du gouvernement français amène à la mise en avant d’un discours antisioniste dominant, malgré des déclarations pro-israéliennes hypocrites, comme celles de François Hollande à l’égard de Benyamin Netanyahu, l’Etat cédant toujours davantage à des revendications communautaires islamiques et passant sous silence l’antisémitisme nouveau qui émerge des banlieues concernées. Une géopolitique européenne digne de ce nom aurait au contraire à cœur d’assurer la pérennité de l’Etat hébreu.

De même, le Royaume-Uni est prisonnier de sa diplomatie, qui est doublement coloniale, puisqu’elle entretient à la fois une relation de soumission à l’ancienne colonie de peuplement britannique que sont les Etats-Unis, et une relation de dépendance réciproque avec ses colonies africaines et asiatiques par le biais du Commonwealth. On notera ainsi que Londres a privilégié le soutien aux populations africaines de son ancien empire colonial, au détriment des européens installés en Afrique du Sud et au Zimbabwe. Comme dans le cas français, cette diplomatie a amené le Royaume-Uni à accepter sur son sol plusieurs millions d’antillais, de pakistanais, d’égyptiens, d’indiens ou d’africains, déstabilisant dès les années 60 la société britannique. Des déclarations tonitruantes du conservateur Enoch Powell à l’émergence du « National Front », et jusqu’aux attentats islamistes de Londres, tout cela illustre le fait que cette diplomatie souveraine ne s’est pas faite au service des intérêts du peuple britannique, bien au contraire.

L’Espagne joue la carte de l’Amérique centrale et méridionale, par ces liens que sont la langue espagnole et l’ancienne sujétion coloniale, et enfin la carte géographique en entretenant une relation ambigüe avec le Maroc. Elle subit en retour ces dernières années une forte immigration en provenance de ces deux ensembles. Il ne s’agit pas de sud-américains d’origine espagnole souhaitant retourner au pays des pères, puisque généralement ceux-ci constituent l’élite politique et économique de leur pays de substitution, mais au contraire des anciennes populations soumises issues des civilisations précolombiennes. Et de même, alors que l’histoire de l’Espagne est celle d’une reconquista de huit siècles, suivie de l’expulsion des « Maures » en 1609, la question musulmane est revenue par le biais de l’immigration, au point où certaines organisations radicales se revendiquent d’Al-Andalus, mythe d’un âge d’or islamique, d’une « Espagne » tolérante, vue de l’esprit de doctrinaires mondialistes du XXIème siècle.

L’Allemagne a conservé sa diplomatie traditionnelle, celle déjà en vigueur sous Guillaume II. Elle a cultivé ses liens avec la Mitteleuropa, selon la théorie de Franz Neumann voulant que l’Allemagne ait vocation à unir autour d’elle l’Europe centrale et orientale. Elle a cultivé sous Schröder son amitié avec la Russie voisine, comme du temps de Bismarck. L’amitié française a malgré tout pu subsister, malgré les méfiances d’un Mitterrand face à la réunification allemande. Mais elle a aussi maintenu son turcotropisme, ce qui a amené dès les années 60 plusieurs millions de Turcs et de Kurdes musulmans à s’installer en Allemagne même, avec les conséquences identiques à celles que j’ai évoquées pour la France et le Royaume-Uni. Néanmoins, il faut reconnaître que la géopolitique allemande est pour le moment la plus européenne, parce que sa géopolitique traditionnelle a été considérablement fragilisée par l’usage qui en a été fait sous le régime national-socialiste.

La Russie quant à elle a toujours oscillé entre occidentalisme et slavophilie, entre l’Europe et l’Asie. La géopolitique « nationale » est eurasiatique, à l’instar des théories de Douguine, c'est-à-dire qu’elle présente la Russie comme un espace intermédiaire entre les deux continents et non comme un pays strictement européen. En réalité, l’occidentalisation comme l’affirmation du caractère slave de la Russie sont toutes deux pleinement compatibles avec l’européisme. Le fait que la Russie se soit rattachée la Sibérie à partir de 1589 ne change rien à sa nature européenne. Mais la géopolitique « nationale » nie ce fait, et amène un Poutine à s’allier à la Chine ou à l’Iran, mais aussi à tourner le dos à l’Union Européenne.

Le cas ukrainien l’illustre remarquablement, puisque le pays est tiraillé entre le Parti des Régions, russotrope, et le mouvement « Patrie » de Timochenko, américanotrope. On notera que le parti nationaliste « Svoboda » est à la fois hostile à l’Union Européenne et à la Russie, mais souhaite l’intégration de l’Ukraine à l’OTAN. La Russie, par crainte de l’Occident, au lieu de dissocier le reste de l’Europe des Etats-Unis, soutient des régimes rétrogrades comme celui de Loukachenko au Belarus, comme du semi-autocrate ukrainien Yanoukovitch. L’Ukraine, pays européen par excellence, pourrait au contraire servir de pont entre l’UE et la Russie, et ne remplit pas sa vocation naturelle. Elle est victime de deux géopolitiques contradictoires.

Ces exemples se retrouvent chez les autres pays européens, même si le poids de ces derniers rend leur géopolitique moins nocive. La Hongrie, sous l’influence des nationalistes du Jobbik, pratique ainsi une diplomatique nostalgique et parfois même fondée sur une histoire fantaisiste. Le lien forcé entre la Hongrie et les Huns amène Budapest à soutenir l’adhésion de la Turquie à l’UE, au nom d’une parenté imaginaire. En outre, elle reprend la vocation impériale d’une Hongrie amputée de son empire, du temps de la double monarchie austro-hongroise, et attise les revendications identitaires des Hongrois de Slovaquie et de Roumanie.

La Belgique maintient ses liens avec l’ancien Congo belge, les Pays-Bas avec le Surinam et l’Indonésie, le Portugal avec le Brésil, la Chine (via Macao), l’Angola et le Mozambique, l’Italie joue à nouveau la carte africaine comme sous Mussolini, et cela amène là encore à une immigration indésirable aux yeux de beaucoup de citoyens.

En conséquence, la géopolitique en Europe a deux résultats :

1. l’encouragement à une immigration extra-européenne non désirée par les Européens, que ce soit l’immigration centre-asiatique en Russie, l’immigration afro-musulmane en France, l’immigration sud-américaine en Espagne, l’immigration indo-pakistanaise au Royaume-Uni. Cela crée un flux que subissent les autres pays européens, même ceux qui n’ont jamais eu de colonies, comme la Grèce, l’Irlande ou le Danemark.
2. l’influence politique oppressante des Etats-Unis sur l’Europe occidentale et centrale, un regain nationaliste en Russie comme réponse politique à cette influence, et en conséquence la division de l’Europe, incapable d’opposer un front commun, politique comme économique, à ses ennemis. La géopolitique « nationale » éloignant la Russie du reste de l’Europe, mais aussi le reste de l’Europe de la Russie, à cause des USA, nuit à l’Europe. C’est logique car par sa nature « nationale », elle sert les stratégies souverainistes et est donc un facteur d’europhobie.

Vers une géopolitique européenne ?

De tous les partis politiques en France et en Europe, seul le PSUNE est déterminé à rompre avec ces géopolitiques « nationales » suicidaires, avec ces diplomaties obsolètes et contraires aux intérêts populaires. Il s’agit ni plus ni moins que d’élaborer une diplomatie européenne fondée sur une géopolitique européenne.

Cela implique un certain nombre de grands principes qu’il conviendrait de mettre en place rapidement, à savoir :

- le refus explicite de toute tutelle américaine, la relation bilatérale entre l’Europe et les USA devant être fondée sur un principe d’égalité, d’amitié et de totale indépendance. Il s’agit de mettre en œuvre une forme de politique Monroe à l’européenne. Si l’objectif n’est pas une rupture totale avec les USA, il s’agit de se faire respecter par ces derniers, ce qui peut passer par une phase de dureté. La première mesure essentielle c’est de dénoncer le traité de l’Atlantique Nord et d’exiger le départ des bases américaines hors d’Europe.
- une décolonisation assumée et menée à son terme. Cela implique un détachement total de l’Europe des questions africaines, la fin de la Françafrique et du Commonwealth, l’indépendance des dernières colonies (« DOM-TOM » et équivalents).
- une ouverture très forte de l’Union Européenne en faveur de la Russie, avec à terme la reconnaissance de la vocation de cette dernière à rejoindre l’UE. Dans le même temps, la diplomatie européenne doit changer de ton vis-à-vis de la Turquie d’Erdogan, mettre fin au processus d’élargissement qui l’associe, et exiger le départ des troupes turques hors de Chypre. En ce sens, l’UE doit oser prôner l’adhésion de l’Ukraine, de la Moldavie et de la Géorgie, mais aussi du Belarus et de l’Arménie, et bien sûr, je l’ai dit, celle de la Russie.
- une politique remigrationniste afin de s’opposer au retour de la question coloniale, cette fois introduite au cœur même des anciennes métropoles. La « question (néo-)coloniale » est ce qui empêche la France et le Royaume-Uni notamment de jouer clairement la carte de l’Europe unie.

Enfin, en matière diplomatique et stratégique, l’euro-centrisme doit être la doctrine de base de toute politique européenne en la matière, et correspond à ce que fut l’isolationnisme en Amérique. Néanmoins, même si le refus de toute ingérence est affirmé, l’Europe aura besoin de fait d’alliés de revers face à certaines puissances qui peuvent menacer ses intérêts vitaux. Si elle parvient à établir une relation équilibrée avec les USA, tout en défendant âprement ses intérêts, elle doit vis-à-vis du monde islamique et de la Chine mettre en œuvre une diplomatie ambitieuse, et conforme à ses traditions les plus ancestrales. Quatre alliés se dégagent en Asie, à savoir l’Inde et l’Iran, et accessoirement l’Afghanistan et le Tadjikistan. Il s’agit pour l’Europe de maîtriser les ambitions turques, la Turquie étant alors coincée entre la Grande Europe et l’Iran, et de se protéger aussi du Pakistan, coincé entre l’Iran et l’Inde, mais facteur de déstabilisation de l’Asie Centrale et au-delà de la Russie.

Enfin, la frontière de l’Amour entre la Russie et la Chine va devenir la frontière entre l’Europe (élargie) et l’Asie. La géopolitique russe de Nicolas II doit devenir la géopolitique européenne de demain. On sait que la Chine cherche à développer ses relations avec l’Afghanistan, de même que l’Inde et la Russie. Il faut soutenir les secondes contre la première.

Le principal problème de cette alliance c’est que l’Iran et l’Afghanistan sont pour le moment soumis à des régimes islamistes, europhobes par nature. Il est bien évident que, pour des raisons totalement différentes de celles des Etats-Unis, l’Europe a intérêt à la chute de ces régimes et à la remise en avant des shahrs, c'est-à-dire des empires, traditionnels. Mohammed Reza Pahlavi et Zaher Shah étaient des europhiles patentés. Ils se souvenaient l’un comme l’autre des traditions ancestrales communes, indo-européennes, de cette parenté civilisationnelle pré-islamique si importante par ailleurs. Leur diplomatie aurait convergé naturellement avec celle d’une Europe européenne unie. C’est en ce sens qu’il faut encourager les populations iranophones notamment à reprendre leur destin en main et à revaloriser leur héritage ancestral au détriment d’un islam qui reste la religion d’un conquérant exogène.
 
Thomas FERRIER
Secrétaire général du PSUNE

Du dieu de l’orage.

Arès,Mars,Thor,Perun,Martin,Indo-européens,paganisme,dieu de l'orage,dieu de la guerre,Thomas FERRIERLa civilisation crétoise, avant que les Achéens ne s’implantent dans l’île honorait un dieu du ciel associé à la figure du taureau. Ce dieu, dont le nom est probablement perdu, même s’il est possible que le nom du roi mythique Minos ait été son théonyme, était à la fois le dieu du ciel souverain et le dieu de l’orage. En revanche, les Grecs originels comme tous les peuples indo-européens, avaient séparé le ciel en deux divinités bien différentes, un dieu du ciel souverain d’une part, roi et père des dieux et des hommes, et un dieu de l’orage et de la guerre, le second étant fils du premier, Arès fils de Zeus.

Un dieu indo-européen.

Le nom du dieu indo-européen de l’orage et de la guerre, les deux fonctions étant associées par la synthèse symbolique entre la fureur de la tempête et la mêlée guerrière, est plus difficile à reconstituer que celui du dieu indo-européen du ciel diurne, *dyeus *pater (latin Dius Pater, grec Zeus Patêr), car il bénéficiait dès l’origine de plusieurs épiclèses le caractérisant. A la différence de son père *dyeus, c’était un dieu bien moins distant, davantage présent aux côtés des hommes, participant aux batailles et protégeant le royaume des mortels contre les forces de destruction, géants et dragons.

Ainsi était-il évoqué comme le héros par excellence, le *ner (qui a donné le dieu Indra en Inde), ou encore comme le brave, le noble, *aryos (qui a donné le dieu Arês en Grèce), mais sa fonction orageuse primait avant tout. Il était le dieu « tonnant », *tenros ou *tonaros, comme chez les Celtes (Taran), les Germains (Thor) et les Hittites (Tahruntas), mais aussi le « frappeur », sous le nom de *perkwunos, à la fois dieu du chêne (*perkwus) et dieu de la foudre qui l’abat (racine *perk-), et c’est sous cette forme que les Baltes (lituanien Perkunas, letton Perkons) et les Slaves (russe Perun) choisirent de l’appeler.

Pendant longtemps, les spécialistes des mythologies indo-européennes considéraient que *perkwunos était le nom de ce dieu de l’orage ou n’était qu’un aspect du dieu du ciel. Son nom originel semblait perdu pour toujours, et ce même si de bonne heure Georges Dumézil avait eu une intuition prometteuse en associant le dieu romain Mars avec les divinités de l’orage et de la tempête de l’Inde védique, les Maruts, avant d’invalider son hypothèse quelques années après.

La forme originelle du nom du dieu Mars romain, dont les fonctions orageuses avaient été considérablement diminuées par l’influence grecque, chez qui Zeus s’était complètement substitué à Arès dans ce rôle, était Mavors. On pouvait en déduire l’existence d’un dieu plus ancien du nom de *Maworts (génitif *Mawrtos), qui semble bien correspondre à ces Maruts de l’Inde ancienne. A ces deux exemples, il faudrait sans doute rajouter un exemple letton avec le dieu mineur Martins, frère d’Usins, en qui on reconnaît le nom de l’aurore, Martins ayant un rôle de défenseur du pays. Cela rappelle l’image d’un dieu Mars patronnant les champs de bataille aussi bien que protégeant les champs du paysan du Latium.

Tout porte à croire que *Maworts était le nom du dieu indo-européen de l’orage, et par extension de la guerre.

Le dieu de la virilité.

Arès,Mars,Thor,Perun,Martin,Indo-européens,paganisme,dieu de l'orage,dieu de la guerre,Thomas FERRIERCette figure divine se voit associée de nombreuses figures animales, à la différence des autres divinités, et chaque animal représente une fonction bien précise du dieu orageux et guerrier.

Il y a en premier lieu tous les animaux liés symboliquement à l’orage, ceux qui portent le foudre céleste. On retrouve ainsi le taureau, dont le son produit par ses sabots sur le sol résonne comme le tonnerre, mais aussi le pivert, dont on prête la capacité à abattre des arbres, tout comme la foudre, ou encore l’aigle, animal porteur de foudres bien connu, et associé dans notre imaginaire moderne, comme chez les Romains de la république et de l’empire, à Jupiter mais non à Mars.

En second lieu, il s’agit des animaux liés à la virilité et au pouvoir fécondant de l’homme. En ce sens, tous les animaux liés à la sexualité masculine relèvent du dieu orageux. C’est bien sûr le cas de l’ours, à qui au moyen-âge on prêtait des aventures avec des femmes, mais aussi des mâles des animaux d’élevage, le bélier, le taureau là encore, le bouc, comme ceux tirant le char de Thor en Scandinavie.

Enfin, tous les animaux liés spécifiquement au combat et au champ de bataille lui sont naturellement associés. C’est bien sûr le cas du cheval, animal d’une grande noblesse associé aux aristocraties guerrières, ainsi à Rome le noble était un equites, un « chevalier », et pas un homme du rang. C’est aussi le cas du corbeau et du vautour, fossoyeurs des morts à la guerre laissés sans sépulture. D’une manière générale, tous les animaux belliqueux, mais qui sont aussi bien souvent liés à la virilité préalablement évoquée, relèvent de ce dieu. C’est surtout le cas du loup, animal martial par excellence, dont les vertus de la meute inspiraient les troupes guerrières indo-européennes dans les temps les plus archaïques. Le char de Mars était ainsi, à l’origine, tiré par deux loups gigantesques.

Le tueur de dragons.

Arès,Mars,Thor,Perun,Martin,Indo-européens,paganisme,dieu de l'orage,dieu de la guerre,Thomas FERRIERUn des actes les plus héroïques accompli par le dieu de l’orage est son combat et sa victoire contre le serpent du monde, dragon monstrueux entourant la terre de ses anneaux, et créature primitive du chaos. Dans le cas grec, Arès est privé de cette victoire décisive au profit d’autres dieux ophioctones comme Apollon, vainqueur du dragon Python, Zeus qui triomphe du démon ophidien Typhon, ou Héraclès.

C’est bien sûr au dieu Thor dans toute sa splendeur que l’on pense, avec son marteau écrasant le crâne de Jormungandr, même si son combat final est un match nul, l’un et l’autre s’entretuant. J’ai par ailleurs analysé cette fin étrange comme la marque du poète chrétien pour donner d’un dieu ancestral fort respectable une mort héroïque, sans que son culte doive perdurer. Mais c’est aussi le combat céleste entre le dieu Indra et le serpent Vritra, comme celui entre Tarhuntas et le dragon Illuyankas chez les Hittites. Dans la version indienne, Indra est pris de terreur face à une créature extrêmement puissante au point où il est contraint de se réfugier dans les profondeurs. De même, face aux géants Aloades, le dieu Arès est impuissant, enfermé par les deux frères dans un tonneau. Dans les deux cas, c’est par l’intervention d’un autre dieu, le dieu du feu Agni dans le cas indien, le dieu Hermès dans le cas grec, que le dieu guerrier retrouve sa puissance et parvient à vaincre son ou ses ennemis.

Le dieu celte Taran est représenté en cavalier terrassant un démon anguipède qui correspond grosso modo au Typhon grec. Le dieu slave Perun n’est pas en reste, vainqueur de Zmiya, le « serpent », écrasé par sa hache. Ce mythe le plus ancien a été conservé après la christianisation sous la forme de différents saints, comme Elie en Russie, Michel et Georges en Europe occidentale. Pire, le serpent, ennemi des dieux, devint la figure du paganisme, à l’instar du Graouilly de Metz. On ne pouvait pas inventer d’inversion accusatoire aussi subtile.

Une généalogie complexe.

Arès,Mars,Thor,Perun,Martin,Indo-européens,paganisme,dieu de l'orage,dieu de la guerre,Thomas FERRIER*Maworts, comme tous les dieux antiques héritiers de ses fonctions, était un dieu particulièrement estimé de nos plus lointains ancêtres. Il le devait à son lignage autant qu’à son image. En tant que dieu de l’espace céleste intermédiaire, ciel rouge de l’aurore et du crépuscule mais aussi ciel noir de l’orage, sa puissance était entre le ciel et la terre, entre *dyeus *pater et *dhghom *mater, entre son père et sa mère.

Les fils de *dyeus, les « fils du ciel », étaient intimement liés à la lumière dont leur père était l’incarnation même. C’est parce qu’il a vaincu les ténèbres du chaos que *dyeus a forgé l’univers, dont il est le garant de l’ordre, *artus. *Maworts est le dieu du feu intermédiaire, celui de l’éclair, qui tombant du ciel sur la terre enflamme le sol. Il partage ce rôle igné avec ses frères, *Sawelyos, le dieu du soleil, astre flamboyant réchauffant notre planète, et *Wlkanos, le dieu du feu terrestre et de la forge. C’est ce dernier qui lui fabrique ses armes, son armure et son casque mais qui à l’occasion l’accompagne sur le champ de bataille, au même titre que le dieu du vent, *Weyus, dont Hermès est par certains aspects le digne descendant.

Mais *Maworts n’était pas un dieu célibataire, son rôle d’ancêtre des hommes impliquant qu’il ait eu une descendance nombreuse. Ses relations avec les mortelles se retrouvent dans les nombreux mythes où Zeus ou Jupiter s’unit à une humaine pour engendrer des héros et des rois. Mais son épouse est, on l’a vu précédemment, la déesse de l’aurore, *Ausos.

Au dieu Arès, on prête ainsi une relation amoureuse avec deux divinités spécifiques, que l’on peut associer aisément, à savoir Eôs, l’Aurore incarnée, et Aphrodite, l’Aurore amoureuse, mère d’Erôs. Le couple *Maworts/*Ausos remonte ainsi à l’aube des temps.

Lorsque l’on voulait insister sur la dimension juvénile et filiale de *Maworts, il était représenté comme un jeune guerrier imberbe. C’est l’Arès classique. En revanche, si son rôle paternel et protecteur primait, le dieu apparaissait comme un guerrier dans la force de l’âge et barbu. C’est le Mars Vengeur d’Auguste, à la barbe jovienne, mais aussi l’Arès archaïque et le dieu Thor à la barbe rousse, comme la couleur du sang que le combattant verse au combat.

Le dieu rouge.

Arès,Mars,Thor,Perun,Martin,Indo-européens,paganisme,dieu de l'orage,dieu de la guerre,Thomas FERRIERSurnommé Rudianos chez les Celtes, le « rouge », le dieu guerrier est associé de manière classique à la couleur rouge. Il est probable que le dieu indien Rudra, qui servira de base à Shiva, avait également ce sens et présentait alors la dimension la plus sombre d’Indra, qu’il remplacera à l’époque du brahmanisme. La cape du général romain était rouge, tout comme la barbe du dieu germano-scandinave Thor. Le rouge était la couleur du ciel intermédiaire, et aussi de l’amour, mais elle était tout autant associée à la guerre et à la deuxième fonction indo-européenne, le blanc et le noir étant les couleurs symboliques des deux autres fonctions.

Devenu le drapeau de la révolution puis de l’idéologie socialiste, le drapeau rouge remonte à une très longue histoire et ce n’est pas un hasard s’il a été brandi la première fois sur le Champ de Mars. Le rouge était déjà la couleur du drapeau de la république romaine (SPQR) et du royaume antique de Macédoine.

De cette symbolique vient l’expression « rouge de colère », à savoir que le dieu guerrier répand une aura de cette couleur lorsqu’il est courroucé. C’est aussi l’image de la lune de sang, du combat céleste contre les forces de destruction. Rouge sang. Sang principe de vie, lorsque l’enfant naît par l’action bienfaitrice de Venus, mais sang symbole de mort, lorsqu’il résulte de la victoire de Mars sur ses ennemis. Rouge symbole d’amour comme la pomme rouge que l’homme romain offrait à la femme qu’il aimait pour lui déclarer sa flamme. Rouge symbole du sang répandu sur le champ de bataille et offert aux animaux de proie.

Mars ou l’Europe incarnée.

Le dieu de l’orage a de manière évidente un lien étroit avec l’homme européen, et ce n’est pas un hasard si au moyen-âge, les Européens sont faits descendants de Japhet, fils de Noé, qui n’est autre selon l’interprétation de l’époque que le titan Japet, qui correspond fonctionnellement à l’olympien Arès. Les Européens sont alors les fils de Japet c'est-à-dire fils d’Arès, « japhétides » donc « aryens ».

Autre hasard qui n’en est pas un, le dieu guerrier est associé à la planète qui porte en Europe son nom, Mars, la planète rouge. La tradition veut que ce soit les Babyloniens qui aient associé cette planète à une sorte de dieu de la guerre et de la peste, Erra, dont certains ont voulu faire la base de l’Arès grec. En réalité, l’homologue sumérien de *Maworts n’était autre que le dieu de l’orage Ishkur, qui correspond au dieu amoréen Martu, dont le nom fut peut-être emprunté à des tribus indo-européennes venus s’installer en Orient.

Or la planète Mars est non seulement rouge, comme la couleur du dieu indo-européen de l’orage, mais possède deux satellites, tout comme Arès a deux fils jumeaux, Deimos et Phobos, tout comme Thor a aussi deux fils, Modi et Magni, et tout comme Mars a deux rejetons, Romulus et Rémus. On sait aujourd’hui que la connaissance astronomique dans l’Europe ancienne était loin d’être rudimentaire, et Stonehenge apparaît autant comme un télescope que comme un temple solaire, tout comme le disque de Nebra illustre la recherche de la connaissance du cosmos.

Ce désir de Mars, cette idée typiquement européenne d’une planète terraformée et colonisée par l’homme, se retrouve dans la science-fiction contemporaine. Les « martiens » sont nécessairement belliqueux, ce que découvre John Carter selon les romans d’Edgar Rice Burrough, et souhaitent envahir la terre, comme chez H.G. Wells. On dit que les hommes descendent de Mars, comme les femmes descendraient de Venus. Et Robert Kagan, géopoliticien américain, place l’Amérique sous le signe de Mars, de ce dieu fondateur de Rome, la cité conquérante par excellence, d’un dieu Mars qu’on retrouve sur la porte de Brandebourg à Berlin mais aussi au Capitole de Washington et même tout en haut de la porte Héré sur la place Stanislas à Nancy.

Mars et Christus, « dieu rouge » contre « dieu blanc ».

Arès,Mars,Thor,Perun,Martin,Indo-européens,paganisme,dieu de l'orage,dieu de la guerre,Thomas FERRIERLorsque le christianisme voulut s’implanter en Europe, il trouve naturellement le dieu de l’orage et de la guerre sur sa route. Le dieu rouge, comme le Raudhr Thorr de la Scandinavie du Xème siècle, s’oppose au dieu blanc qu’est Christus (Hvati Krist), qui a repris les traits d’Apollon et de Balder. Les valeurs héroïques s’opposent aux valeurs mielleuses d’une religion de l’après-monde.

Face à la croix, ce talisman magique qui enchaîne l’esprit européen, comme l’a expliqué à sa manière le poète Heinrich Heine, les anciens païens décidèrent de porter leur croix, à savoir le marteau de Thor (Þórshamar), l’épée de Mars, parfois remplacée par la massue d’Hercule, ou encore la hache de Perun (Cекира Перуна). Mais de ce conflit entre deux visions du monde si antagonistes, c’est le Christ blanc qui fut (momentanément ?) vainqueur.

Le christianisme n’a pas pu se séparer d’une figure aussi éminente mais à chercher à limer les dents de ce loup guerrier. Martin de Tours, dont le prénom signifie « petit Mars, Martinus, était un soldat de la légion qui déserte, jette sa toge au sol, pour se consacrer à christianiser la population. Le guerrier jette ses armes au sol, comme Vercingétorix vaincu face à César. Martin remplacera Mars lors de la fête guerrière, d’origine germanique mais romanisée, du 11 novembre, fête des Einherjars ou héros morts au combat et siégeant aux côtés de Wotan au Walhalla en l’attente de la bataille céleste décisive. Martin remplacera aussi le dieu letton Martins, tout comme Jean remplacera le dieu balte Jaanis, homologie du Janus romain.

Dans ce XXIème siècle où montent les périls, Mars le « rempart de l’Olympe » (Hymne homérique à Arès) fera son devoir pour protéger l’Europe. Et nous, fidèles au père de Romulus, nous serons présents à ses côtés. Son épée sera le bouclier de notre civilisation.

Thomas FERRIER (PSUNE/LBTF)

Brèves européennes... (16)

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Le loup dérange. Pourtant, en Espagne et en Italie, où il est présent en nombre bien plus important, et je n’évoque même pas l’Europe centrale et orientale, sa cohabitation avec l’homme semble se passer plutôt bien et la même chose peut être dite en ce qui concerne l’ours. Ces nobles animaux, à la richesse symbolique si forte en terre d’Europe, pourraient voir leur situation en France se détériorer sous la pression d’éleveurs pourtant largement dédommagés auprès d’un pouvoir public, d’un gouvernement pourtant associé à de prétendus « écologistes », qui ne parlent jamais d’environnement mais préfèrent davantage soutenir la régularisation des clandestins, la légalisation du cannabis et le mariage homosexuel. D’ailleurs, il est intéressant de noter que la formation politique suisse Ecopop propose en revanche de limiter l’immigration à un seuil maximal de 0,2% d’entrées par an (par rapport à la population totale).

Le loup indiffère ces pouvoirs publics mais pas les véritables défenseurs de l’écologie et de l’identité européenne que nous sommes. Alors que l’élevage de moutons est de plus en plus destiné à l’abattage, et aussi à l’abattage ritualisé, le choix est entre la préservation d’intérêts économiques en soutenant un animal d’élevage, qui est sans doute tué moins sauvagement par le loup que dans les abattoirs par l’homme, et la protection d’un animal menacé en Europe, et dont seulement une centaine de spécimens sont présents sur notre territoire. On estime en revanche à 100.000 le nombre de chiens redevenus sauvages en France, et c’est eux qui en vérité causent le plus grand nombre de dégâts, dégâts ensuite imputés au loup. En outre, la réintroduction du loup pourrait considérablement ralentir l’expansion des sangliers qui causent de vrais ravages.

Dans cette opposition entre l’économie et la nature, c’est la nature qu’il faut ici encore défendre. Une profession, aussi respectable, soit-elle, ne doit pas engendrer l’extinction d’une espèce qui dérange. Et si la défense des loups a un coût, c’est un coût raisonnable par rapport à d’autres politiques gouvernementales scandaleuses et bien plus coûteuses encore. Il faut s’opposer à tout abattage de loups car, non seulement leur nombre ne doit pas diminuer, mais il faut accepter et assumer son expansion. Sur notre territoire, l’exploitation humaine devrait diminuer pour redonner toute sa place aux espèces naturelles propres à notre environnement indigène. Loups, ours, lynx et autres grands prédateurs de notre faune doivent être préservés et défendus à tout prix.

TURQUIE

L’ « arrogant Erdogan » continue de menacer et de vociférer contre le peu empressement de l’Union Européenne à faire avancer le processus d’adhésion. En réalité, en ce domaine, il est le principal responsable de cette situation, en raison de son attitude vis-à-vis de Chypre et aussi de la politique intérieure qu’il mène. Car nous ne sommes pas dirigés par des adversaires à cette adhésion, à part la tiède Merkel, et le nouveau président est plutôt turcophile. C’est aussi le cas de Guido Westerwelle, ministre FDP, partisan d’une Turquie intégrée. Rappelons qu’alors que François Hollande s’était engagé à relancer le vote d’une loi réprimant la négation du génocide arménien, il n’en a encore rien fait.

Erdogan exige que la Turquie soit membre de l’Union avant 2023, date du centenaire de la naissance de la république turque, une république dont pourtant il bafoue tous les principes, remisant la noble figure de Mustafa Kemal, pas assez islamique. Il est vrai qu’Atatürk était fondamentalement hostile à l’islam même s’il a assuré le caractère musulman de son pays par « patriotisme », en essayant de désarabiser l’islam et en réintroduisant les traditions turques païennes, parallèlement au fait de présenter les Turcs comme descendants des Hittites indo-européens.

La répression intérieure, le jugement de journalistes et de militaires dans le cadre d’un vaste complot qui permet de mettre au pas l’armée et de faire taire l’opposition laïque, ne joue pas en faveur d’Erdogan. Celui-ci menace qu’on « perde la Turquie ». Alors, perdons-la ! Car si on souhaite une véritable Europe européenne, une Europe puissante et homogène, la Turquie n’y a simplement pas sa place. C’est dommage pour ces véritables européens que sont les beyar Türkler (20 à 25% de la population turque), mais la Turquie en cours de réislamisation d’Erdogan et de Gül, nous n’en voulons pas.

Une Europe qui se ferait respecter exigerait déjà la fin de l’occupation turque de Chypre et le rapatriement des colons turcs installés sur l’île depuis 1974. Rappelons qu’en 1913 puis en 1920, la question de la Turquie dans l’Europe a bien failli être réglée, mais c’est encore la faute des nationalistes d’Europe, et notamment des Balkans, si cela n’a pas pu être le cas.

L’idée d’Europe politique s’est d’ailleurs bâtie dès le XVème siècle contre l’empire ottoman, ancêtre de la Turquie moderne. Georges de Podiebrad avait ainsi théorisé une union européenne, incluant la Moscovie (Russie), pour s’opposer aux conquérants turco-musulmans. Mais l’Europe là encore ne s’est pas faite, et Constantinople est tombée. L’empressement des américains à vouloir que nous intégrions la Turquie prouve par l’exemple qu’il faut bien au contraire s’en garder à tout prix.

Merci Recep Erdogan d’avoir déconsidéré aux yeux du plus grand nombre d’européens votre pays par une politique de taqiya islamiya qui ne trompe plus personne, même plus Daniel Cohn-Bendit. La question me paraît donc heureusement réglée pour longtemps.

Et en revanche, apportons notre plein et entier soutien à la petite Arménie, coincée entre la Turquie à l’ouest et l’Azerbaïdjan à l’est.

EURO-REGIONS

L’UE exerce un chantage politique contre les nationalistes catalans et écossais. Au service des Etats, et non Europe fédérale indépendante et souveraine, elle menace la Catalogne et l’Ecosse de ne pas être membres de facto de l’UE si celles-ci quittent l’Espagne et le Royaume-Uni. La procédure est odieuse mais n’est pas surprenante. Les commissaires n’ont pas pour mission de bâtir une Europe fédérale des régions, contrairement à ce que des souverainistes extrêmes comme Hillard prétendent, mais bien de maintenir la dictature des états jacobins sur leur propre peuple.

A cet égard, la livraison par la France de la nationaliste basque Aurore Martin à l’Espagne, où elle risque douze ans de prison pour avoir comme seule faute été présente à une manifestation d’une organisation interdite, est symptomatique de cette fausse « Europe » qu’on nous vend. Où est l’Europe lorsque d’un côté des Pyrénées, on risque douze ans de prison et de l’autre côté la pleine jouissance de ses droits de citoyen ?

Rappelons que s’il faut condamner sans atermoiement le terrorisme, qu’il soit islamique ou indépendantiste, c’est bien parce que le général Franco, de l’extrême-droite la plus rétrograde, a combattu nationalistes catalans et basques au lieu de s’appuyer sur eux, n’hésitant pas à utiliser des troupes coloniales marocaines pour tuer des patriotes d’une identité régionale respectable, que le nationalisme est si virulent dans ces deux provinces, se teintant de gauchisme. On notera que l’indépendantisme « de droite », comme en Ecosse avec le SNP (Scottish National Party), n’est pas marqué par un quelconque terrorisme.

La réaction outrée de nombreuses personnes de gauche et de droite, et même de Marine Le Pen, dans cette affaire, me paraît justifiée. Même si Manuel Valls prétend, peut-être à raison, n’y être pour rien, il devrait exiger du gouvernement espagnol une simple condamnation formelle et symbolique contre la jeune femme, et son retour en France. L’Espagne, quand elle se la joue jacobine, est aussi insupportable que la France. En Allemagne, où le jacobinisme est exclu, les régionalistes font des scores très faibles parce que leur identité régionale est défendue par l’Etat fédéral.

Même si le Royaume-Uni par le biais de la dévolution et l’Espagne par sa fédéralisation, ont tenté de respecter les identités évoquées, lorsqu’il s’agit d’aller au bout de la logique, les gouvernements se dégonflent et l’Union Européenne cautionne ce renoncement, qu’elle accepte en revanche pour le Kosovo. Deux poids, deux mesures ? Si les américains étaient favorables à l’indépendance de l’Ecosse et de Catalogne, croyez bien que cette indépendance aurait déjà eu lieu.

Thomas FERRIER (LBTF/PSUNE)

Face à la fausse "gauche" !


Contre la fausse Gauche - 24 oct 2012 par PSUNE-NEUSP

03/11/2012

Analyse en video des élections ukrainiennes


Elections ukrainiennes Les résultats - 31 oct 2012 par PSUNE-NEUSP

31/10/2012

Elections ukrainiennes 2012, une victoire en demi-teinte pour Yanoukovitch.

emblem.gifAprès deux jours, depuis la publication des premières estimations, les résultats définitifs des élections législatives ukrainiennes qui se sont déroulées dimanche dernier ne sont toujours pas officiellement connus. Néanmoins, les grandes tendances sont connues et petit à petit les scores s’affinent.

A 97% des suffrages, l’ordre des partis politiques ne devrait pas changer. Le « Parti des Régions » du président en exercice est premier avec un peu plus de 30% des voix environ, dépassant le parti « Patrie » de Ioulia Timochenko, actuellement en prison, qui obtient néanmoins environ 25,5% des voix. L’ancien sportif Vitaliy Klitchek, à la tête de l’Alliance Démocratique Ukrainienne pour la Réforme (UDAR), obtient un score très honorable avec près de 14% des voix, devançant les communistes ukrainiens, alliés du gouvernement PR, qui obtiennent moins de 13,3% des voix.

Enfin, la grande surprise du scrutin est le score élevé du parti nationaliste « Liberté » (Svoboda), allié du FN français et à la fois eurosceptique et atlantiste. Ce mouvement, issu à l’origine d’une formation radicale, le Parti Social-National d’Ukraine, et dont le symbole était la rune du loup, mais devenu depuis l’Union Pan-ukrainienne « Liberté », et dont le logo est désormais une main à trois doigts, façon stylisé de représenter l’emblème du pays, était annoncé au mieux à 6% des voix dans les sondages. Il obtient au final près de 10,5% des voix et réussit ainsi à faire rentrer 35 députés au parlement.

Enfin, le parti "Notre Ukraine" de l'ancien président Ioutchenko connaît une sévère déconvenue avec un score de 1,1% environ, tout comme le mouvement de Nataliy Korolevski "Ukraine, en avant", qui n'obtient que 1,6% des voix. Les autres partis en lisse demeurent à un niveau insignifiant, à l'instar de l'Assemblée Nationale Ukrainienne (c'est à dire l'UNA), mouvement nationaliste historique, qui obtient 0,08% et a été complètement phagocyté par Svoboda.

En nombre de sièges, le Parti des Régions et son allié communiste obtiendraient 223 sièges sur 450, mais devraient pouvoir gouverner avec le renfort d’élus indépendants et/ou sans étiquette. L’opposition démocratique obtient en revanche 177 sièges. Les indépendants et sans étiquette sont enfin 43. Ils auront un rôle décisif, de même que les deux élus du Parti du Peuple, pour offrir à Yanoukovitch la majorité à l’assemblée.

Même si l’opposition dénonce des manœuvres électorales et des fraudes dans la partie est du pays, le score du Parti des Régions n’est pas surprenant. Il matérialise l’opposition de fond entre l’ouest et l’est du pays. En Crimée et dans les régions les plus proches de la Russie, « régionaux » et communistes obtiennent jusqu’à 80% des voix. Dans l’ouest et le centre, c’est en revanche le parti de Timochenko qui s’impose, mais avec un score moins brillant. Enfin, à l’ouest, sauf exception, Svoboda est le premier ou le deuxième parti, avec une pointe à 38% dans la région de Lvov, et il est également premier parmi le vote des ukrainiens de l’étranger (23,7%). Plus faible au centre du pays, il obtient néanmoins plus de 17% des voix à Kiev, en raison de l’immigration extra-européenne naissante dans la capitale et qui irrite de nombreux électeurs.

Si la capitale Kiev et la ville la plus occidentale Lvov représentent l’opposition démocratique et/ou nationaliste au président, Kharkov, Donetsk, Odessa ou Dniepropetrovsk sont largement favorables à ce dernier. Il est toutefois indéniable que dans ces régions, le PR a un contrôle important de la population et on peut penser que ses scores là bas résultent d’une contrainte beaucoup plus forte. En outre, le PR obtient plus de 20% des voix à Kiev, et bénéficie donc d’une meilleure répartition territoriale que ses adversaires. Sa victoire est donc logique.

Toutefois, en pourcentage, l’opposition devance le Parti des Régions, qui bénéficie de l’élection par un autre mode de scrutin de la moitié des députés. Sans cela, il aurait été clairement battu. On ne peut donc pas considérer ce vote comme une victoire personnelle. Il faut aussi convenir du fait que Timochenko n’est pas si populaire, même si son sort en détention inquiète à juste titre les chancelleries occidentales.

Enfin, la crise géopolitique de l’Ukraine continue, tiraillé entre un Ukraine indépendant et eurotrope, mais aussi malheureusement russophobe, à l’ouest, et un Ukraine russotrope à l’est et au sud, rassurant son partenaire oriental quant à la pérennité de la base russe de Sébastopol.

En vérité, l’Ukraine est prise entre deux feux, alors qu’il lui faudrait concilier à la fois l’amitié avec la Russie mais aussi avec le reste de l’Europe, et défendre la réconciliation entre les deux en représentant un pont diplomatique. L’Ukraine cessera cette division politique et géographique mortifère si l’UE sait s’émanciper de la tutelle américaine et s’allier d’une manière franche et fraternelle avec la Russie pour forger l’Europe puissante de demain.

Thomas FERRIER (LBTF/PSUNE)

28/10/2012

Face à l'extrême-droite !


Contre l'extrême-droite, 17 oct. 2012 par PSUNE-NEUSP

21/10/2012

Ich stimme Merkel !

bundestag_(german_parliament).jpgQuand je dis que je vote Merkel, il faut comprendre que ma déclaration est purement métaphorique. En effet je ne suis pas citoyen allemand et je n’ai pas de dérogation spéciale me permettant de participer aux élections allemandes. De plus je pourrais aussi bien dire que j’ai voté Schröder. Par ailleurs je n’ai pas de sympathie particulière pour Angela Merkel. Je préfère son bras droit Wolfgang Schäuble. Pour finir, la politique allemande ne m’enthousiasme pas plus que cela. Dans le passé, l’égoïsme allemand, parfaitement personnifié par Die Grünen, a été responsable des conflits en ex-Yougoslavie. Aujourd’hui il est le grand responsable du déséquilibre énergétique en Europe, du renoncement aux promesses sur le climat.

Si je dis que je vote Merkel, c’est parce que la chancelière cherche à faire avancer l’intégration européenne et parce que le parlement allemand joue pleinement son rôle. Je me sens mieux représenté par les députés allemands que par leurs homologues français. Grâce à eux, je participe, par procuration, au contrôle démocratique de l’Europe, contrôle que le club des dirigeants des Etats membres est incapable d’exercer. C’est un peu comme lorsque les agents de la fonction publique font grève pour le compte des travailleurs du privé. C’est très insuffisant, mais c’est mieux que rien.

La télévision nous a passé récemment des images du rapprochement franco-allemand initié par le général de Gaulle. On y voit le général s’adresser à notre ancien ennemi, dans sa langue, avec une chaleur et un naturel qui tranchent avec les quelques mots hachés sortis de la bouche d’un ridicule François Hollande. On y voit surtout la ferveur de la réaction à ses propos. Des panneaux portent l’inscription Ein Bundestag für Europa. C’est exactement ce que je souhaite: un vrai Bundestag à la tête de l’Europe, pas un parlement de planqués et fiers de l’être, tous europhobes par ailleurs.

La préparation du prochain sommet bruxellois montre pour une fois clairement les divergences abyssales entre Hollande et Merkel et je suis meurtri d’être représenté, comme le citoyen français que je suis en attendant que se réalise le rêve européen, par celui qui nous gouverne.

Ce que Wolfgang Schäuble propose n’est rien de moins qu’un ministre des Finances de fait pour la zone €uro, avec des pouvoirs étendus et notamment la possibilité de retoquer les budgets nationaux, de demander des « améliorations » comme on dit. L’Allemagne voudrait que cette intégration budgétaire soit mise en place dès 2013. Forte de cette avancée, l’Europe, c’est-à-dire d’abord l’Allemagne, pourrait exercer utilement sa solidarité avec les états de l’Union qui connaissent des problèmes. La visite d’Angela Merkel à Athènes prouve sa sincérité.

Il est bien clair que François Hollande, qui tient à faire semblant de gouverner alors que son navire n’a pas de barre à bord et qui tient surtout à rassurer ses troupes en dépensant toujours plus en faveur d'un assistanat improductif et d'une aide somptuaire à quelques amis, ne peut l’accepter. Il demande tout de suite une mutualisation partielle de la dette sous la forme d’€uro-obligations. Quant aux réformes de fond, ce ne sera qu’après 2014, quand la crise sera terminée … Bref il renvoie tout cela aux calendes grecques, sans mauvais jeu de mots. Autrement dit, il demande de mettre en commun le remboursement sans mettre en commun la décision de la dépense. Ce faisant, il se fait le porte-drapeau du laxisme. Contrairement à ce qu’on dit, il ne porte pas les aspirations des pays du Sud : l’Italie et l’Espagne font de réelles réformes structurelles qui justifient qu’on cherche à les aider, pas la France.

Evidemment l’Allemagne, quel que soit le vainqueur des prochaines élections, n’acceptera jamais de suivre Hollande. D’ailleurs la mise en place des fameux eurobonds y nécessiterait une réforme de la constitution.

L’Allemagne a donc fait un pas vers l’Europe. La France, par la voix de son président, lui renvoie une fin de non-recevoir, comme elle l’a déjà fait par deux fois. Alain Minc a raison de dire qu’une quatrième fois ne se présentera pas.

Cette responsabilité historique se double d’une autre, celle de voir l’Europe sombrer de nouveau dans la crise. « Elle est finie », dit notre "président". Il aurait presque raison s’il voulait bien répondre positivement à l’Allemagne, au moins la prendre au mot sur ses propositions. A défaut, il fait tout ce qu’il faut pour que la crise ignorée perdure, jusqu’à la catastrophe.

Dans la nuit de jeudi à vendredi, un accord entre Européens a pu être arraché à propos des banques. Il s’agissait d’une part de mettre en place une assistance aux banques en difficulté et d’autre part d’instaurer une supervision bancaire par la Banque centrale européenne. Evidemment, François Hollande s’intéressait d’abord à la première partie et c’est la raison pour laquelle il tenait à accélérer le processus. A l’inverse, Angela Merkel n’était pas disposée à financer sans garantie. De plus, elle aurait voulu que la supervision des budgets soit abordée en même temps. Il s’en est suivi une querelle de calendrier. Cette dernière a été résolue par un compromis dont le détail importe peu. La seule chose à retenir, sur laquelle l’Allemagne ne pouvait pas reculer, est que l’assistance ne pourra être opérée qu’une fois la supervision installée, c’est-à-dire pas tout de suite. Par ailleurs l’assistance ne sera que partielle, faute d’avoir voulu parler des budgets. Le journal L’expansion ne se trompe pas quand il dit que Madame Merkel, soucieuse de ne pas paraître trop généreuse avant les élections de septembre prochain, est sortie gagnante du bras de fer.

Sur cette question comme sur les autres, étant donné que c’est l’Allemagne seule qui dispose du pouvoir d’assistance, pourquoi Hollande s’obstine-t-il en permanence à tenter de faire avaliser une attitude de laxisme à l’état pur, au risque de retarder sinon d’hypothéquer le relèvement de l’Europe, juste pour le petit plaisir d’avoir fait reconnaître son propre rôle ? Jusqu’où cette gloriole misérable nous conduira-t-elle ?

Peter Eisner (LBTF/PSUNE)

Hollande/Le Pen, même combat


Hollande Le Pen, même combat - 17 oct 2012 par PSUNE-NEUSP

14/10/2012

Chroniques européennes du 14 octobre 2012

LITUANIE

Ce 14 octobre 2012, les électeurs lituaniens votaient pour élire leur nouveau parlement (la seimas) et les sondages annonçaient une victoire de la coalition de gauche sur la droite sortante, incarnée notamment par les démocrates chrétiens de l’Union de la Patrie (Tevynes Sajunga).

Selon les sondages sortis des urnes, en attendant les résultats définitifs au cours de la nuit, les travaillistes (Darbo partija) avec 19,8% constitueraient le premier parti du pays, devant leurs alliés sociaux-démocrates (LSDP), qui auraient obtenu 17,8% des voix. La droite libérale et conservatrice est largement perdante, puisque les démocrates chrétiens (TS-LKS) n’obtiennent que 16,7% des voix, les libéraux républicains (LRLS) 8,5%. Le parti néo-libéral « La voie du courage » (Drasos kelias) créent la surprise en obtenant plus de 8,5% des voix. D’autres formations de droite libérale et/ou conservatrice ferment la marche avec 3% pour le LiCS (« libéraux centristes »), 4,7% pour les agrariens du LVZS et enfin 1,3% pour une petite formation démocrate chrétienne du nom de « Sajunga Taip ».

L’extrême-gauche, incarnée par le Front Socialiste du Peuple (Socialistinis Liaudies Frontas), correspondant à peu près au Front de Gauche français, avec 1,2% des voix, échoue à représenter une force politique significative.

Les différents mouvements souverainistes et/ou nationalistes connaissent un succès mitigé. « Ordre et Justice » (PTiT), un mouvement eurosceptique et conservateur, obtient le score estimable de 8,4% des voix. En revanche, les nationalistes de l’Alliance Nationale (Nacionalinis Susivienijimas « Uz Lietuva Lietuvoje ») échouent dans leur tentative unitaire, n’obtenant que 1,2% des voix, souffrant principalement d’un phénomène de vote utile en faveur d’ « Ordre et Justice », de même que le Parti des Républicains (Respublikonu partija), petit mouvement souverainiste, qui n’obtient que 0,4% des voix. Enfin la minorité polonaise, avec 4,8% des voix, rassemble son camp.

Dans un contexte de crise économique, les électeurs ont voulu sanctionner le pouvoir en place en offrant le pouvoir à une coalition de gauche modérée. Alors que les écologistes allemands ont pu obtenir du gouvernement Merkel l’arrêt du nucléaire, lors d’un référendum qui a eu lieu ce même jour, les électeurs ont choisi de soutenir l’industrie nucléaire.

BELGIQUE

Des élections locales se déroulaient également en Belgique, dans un contexte particulier, à savoir la montée prévisible du parti indépendantiste flamand NVA, dirigé par Bart De Wever, historien connu pour avoir réussi à perdre près de soixante kilos en quelques mois. Il était candidat à la mairie d’Anvers, ville connue pour avoir été l’un des fiefs historiques du Vlaams Belang, parti nationaliste flamand anti-immigration. C’est à Anvers en effet que Filip Dewinter avait fait ses meilleurs scores. En 2006, il obtenait même 33,5% des voix.

Bart De Wever a réussi son pari. Il obtient plus de 37% des voix, loin devant le candidat socialiste sortant Patrick Janssens, qui passe sous la barre des 30% (29,1% précisément). Il est vrai qu’il a été gêné par une dissidence de gauche, le candidat du PVDA social-démocrate obtenant 8,2% environ. Ces voix manquantes expliquent à elles seules l’échec du PS. Le Vlaams Belang est également le grand vaincu de cette soirée, puisqu’il n’obtient que 9,9%, soit une perte sèche de près de 24 points. Cette chute considérable, que Filip Dewinter expliquait par un scrutin marqué par une forte dichotomie entre le NVA et le PS, n’est pas spécifique à Anvers, même si elle y est très importante. Le VB perd 9% à Ostende, 11% à Bruges, 11,5% à Gand, 8% à Louvain, 5% à Tongres. Enfin, si les Verts (Groen) progressent (8,1%), le mouvement libéral Open VLD perd quatre points (avec 5,7% des voix).

La gauche socialiste domine en revanche nettement les élections municipales à Bruxelles même, mais aussi à Charleroi, à Mons, à Tournai, et à Liège, avec des scores en progression significative. Seule Namur, parmi les grandes villes de Wallonie, échappe au PS en faveur de CDH.

La droite nationale wallonne, fortement affaiblie par l’interdiction des « fronts nationaux » sous la pression de Marine Le Pen, qui a bénéficié de l’étrange bienveillance de la justice belge en sa faveur, s’est effondrée. A Charleroi, elle obtient toutes chapelles confondues 4,4% des voix (Nation : 0,87%, RW : 0,74%, Wallonie d’abord : 0,67%, FNW : 2,21%) et 2,4% à Namur (Wallonie d’abord).

Les élections municipales belges ont ainsi confirmé à la fois la nette progression du NVA et le renforcement en Wallonie du PS, accentuant le clivage social et politique entre les deux entités. En revanche, l’extrême-droite sort extrêmement affaiblie, le Vlaams Belang reculant considérablement, et les nationalistes wallons disparaissant presque complètement du terrain électoral.

Thomas FERRIER (LBTF/PSUNE)

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07/10/2012

Abu Hamza, symbole de la permissivité maladive de l’Europe

Hamza.jpgAprès huit ans de procédure, le « citoyen britannique » Abu Hamza a enfin été envoyé aux Etats-Unis pour y être jugé. Abu Hamza, cet égyptien naturalisé britannique par on ne sait quel délire, était bien connu comme prêcheur de haine dans ce qu’il est convenu d’appeler le « Londonistan ». Ce n’est qu’avec les évènements du 11 septembre 2001 que la presse commence à s’intéresser à ce sinistre personnage, puisque ce dernier a approuvé l’action des islamistes.

Son cas est intéressant car il représente bien la permissivité de l’Europe, et le Royaume-Uni, membre un peu à part au sein de l’Union Européenne, et référence des souverainistes, n’échappe pas du tout à la règle. Cet islamiste, qui prônait l’instauration de la sharia en Grande-Bretagne, est même devenu citoyen britannique, une « citoyenneté » qu’il décrivait de manière très objective comme, je cite, une « identité superficielle », une commodité lui permettant de voyager, et qu’il réduisait à des simples « papiers » bien utiles.

Alors que les sociétés démocratiques anciennes, et les sociétés européennes modernes jusqu’il y a quelques décennies, étaient économes en naturalisation, considérant cette dernière comme un acte exceptionnel, elles ont depuis largement ouvert les vannes des naturalisations de masse, offrant sa nationalité à n’importe qui. En France 120.000 personnes par an en moyenne sont naturalisées pour des motifs les plus variés mais se résumant généralement à un temps de présence « suffisant » sur notre territoire. Le PS, à peine en place depuis quelques mois, a d’ailleurs à nouveau assoupli les règles de naturalisation, la droite ayant introduit quelques légers freins par le biais d’un questionnaire de culture générale sur notre pays. Il faut dire que cela lui procure des électeurs supplémentaires, même si on naturalise des gens qui ne parlent même pas français, qui sont entrés illégalement sur notre territoire ou des musulmans fondamentalistes. Ce fut le cas au Royaume-Uni d’Abu Hamza.

Non content de cracher sur son pays d’adoption à chaque allocution, ce personnage n’a jamais manifesté la moindre compatibilité avec la civilisation européenne, qu’il méprise de toute son âme. Et pourtant, lorsque les Etats-Unis le réclament, il faut huit ans de procédure pour pouvoir enfin le faire partir de ce pays. Il a utilisé tous les recours possibles, nationaux et internationaux, en appelant même à la CEDH. Il faut toutefois noter que bien que « citoyen britannique », le gouvernement a pu au final l’extrader, preuve qu’il ne l’a jamais vraiment considéré comme tel d’ailleurs. On apprend par ailleurs par la presse britannique que la reine d’Angleterre elle-même était contrariée par la présence de cet extrémiste.

Parce que le droit est devenu fou, parce que les procédures de recours sont bien trop nombreuses et surtout accessibles à n’importe qui, la civilisation européenne n’est plus capable de se faire respecter sur son propre sol. Elle confère la nationalité des états à n’importe qui, elle donne des droits à des gens qui n’ont jamais rien fait pour les mériter. Il faut donc huit ans pour qu’un fanatique puisse être expulsé. Mais combien d’années ont en revanche été nécessaires pour le naturaliser ? Qui a pris cette décision ? Qui a signé le décret de naturalisation ?

Theresa May, le ministre conservateur de l’Intérieur, a déclaré que ce délai trop long était frustrant. Cela veut bien dire que, UE ou pas, l’Etat britannique n’est plus depuis longtemps un état souverain, et ce même si David Cameron lance une croisade aussi excessive qu’injuste contre le fédéralisme européen. Est-ce l’Union Européenne qui a fait naturaliser Abu Hamza ? Est-ce que l’Union Européenne qui a inventé la CEDH, née à Londres au sortir de la seconde guerre mondiale, CEDH qu’a utilisée Abu Hamza pour retarder pendant des années son extradition ?

Et même quand enfin le gouvernement britannique peut l’envoyer aux Etats-Unis, il le fait en exigeant des Américains qu’il n’envoie pas en détention Abu Hamza à Guantanamo et qu’il ne le condamne pas à la peine capitale. Le « Capitaine Crochet » a enfin quitté le navire de sa majesté mais visiblement le Royaume-Uni continue de le choyer au-delà de l’Atlantique.

Combien cette procédure a-t’elle coûté au contribuable britannique ? Et aux autres européens qui financent par leurs impôts la CEDH et autres institutions du même style, dont la tâche principale est de nous désarmer juridiquement contre des individus de ce genre ? Et qui se soucie des droits que les Européens devraient avoir sur leur sol ?

L’exemple d’Abu Hamza nous montre que l’Europe actuelle est enchaînée par les propres traités et conventions d’ordre juridique qu’elle a signée. Il faut que l’Europe s’unisse mais il faut aussi que l’Europe se refonde sur une base juridique plus saine, moins laxiste, moins permissive, et qui permette aux Européens de se faire respecter chez eux !

Thomas FERRIER (LBTF/PSUNE)

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De la laïcité en politique...

flamines.jpgLe débat sur la laïcité est redevenu d’actualité depuis que Marine Le Pen s’en est emparé, ce qui lui est contesté notamment par la gauche. Lorsque « Marine » déclare que « nos valeurs républicaines sont issues de notre culture chrétienne », alors même qu’elle peut déclarer par ailleurs que la laïcité est une neutralité vis-à-vis des religions, exigeants des français de confession juive qu’ils renoncent à porter la kippa pour qu’elle puisse faire interdire le voile islamique, on lui reproche de « déguiser sa xénophobie en défense de la laïcité » (Renaud Dely). En liant laïcité et christianisme, Marine Le Pen défend implicitement le christianisme face à l’islam en s’appuyant sur la « République ».

En réalité, la laïcité n’est pas et n’a jamais été un traitement neutre et équitable entre toutes les religions. Ce n’est pas un hasard si Maurice Allard, député socialiste, et l’un des partisans les plus durs de la loi de 1905 sur l’Eglise et l’Etat, ne cachait pas son apologie implicite du paganisme issu de la tradition indo-européenne et rendait hommage à l’empereur Julien. La laïcité est la défense du peuple contre les clercs, mais surtout la défense des valeurs populaires contre les dogmes religieux. Le « laos » est en grec « le peuple », et la laïcité est stricto sensu « la chose du peuple », comme la république d’ailleurs (« res publica »).

La laïcité est donc la défense de la religion populaire, qui en Europe est un mélange de paganisme et de christianisme (fonds païen, forme chrétienne), une « double foi » (une dvoeverie en russe, terme désignant la synthèse de ces deux spiritualités). Il s’agit ni plus ni moins que d’affirmer les valeurs traditionnelles européennes, dans lesquelles la femme est considérée comme l’égale de l’homme (depuis Pénélope attendant le retour de son époux à Ithaque), dans lesquelles la nudité n’insulte pas la divinité, dans lesquelles les plaisirs de la vie ne sont pas diabolisés, dans lesquelles le sexe n’est pas synonyme d’impureté et dans lesquelles représenter la divinité n’est pas un blasphème mais un acte de piété.

En liant la laïcité au christianisme, Marine Le Pen se trompe complètement dans le sens qu’on peut accorder à cette notion positive. Mais elle se trompe encore davantage en reprenant le sens courant donné à ce terme par la fausse « gauche ». L’Etat n’a pas à être neutre et à traiter équitablement toutes les religions. L’Etat a comme mission de défendre le peuple, les valeurs et les conceptions du peuple.

Ce n’est pas à une laïcité chrétienne, augustinienne (« rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu »), qu’il faut faire référence, pas plus qu’à une « laïcité » égalitariste moderne, mais bien à la laïcité européenne dans son authenticité, la laïcité antique, gréco-romaine. A Rome, les Juifs pouvaient porter la kippa et pratiquer la circoncision, par dérogation de la loi générale, afin de respecter les coutumes ancestrales de ce peuple, à partir du moment où celui-ci ne cherchait pas les imposer aux Romains. En revanche, ceux qui s’opposaient à la loi commune au nom des principes de leur religion, et qui ne pouvaient se prévaloir d’une clause d’exception, étaient condamnés.

Thomas FERRIER (LBTF/PSUNE)

Thomas FERRIER et le mythe de la christianisation pacifique


L'historien Thomas Ferrier à propos de la... par enquete-debat

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23/09/2012

Entre euroscepticisme et eurofuturisme…

sondage,IFOP,Le Figaro,euroscepticisme,européisme,opinion,Union Européenne,euroAlors que 76% des membres du conseil fédéral d’ « Europe » Ecologie – Les Verts ont voté contre le traité budgétaire européen promu par François Hollande et Angela Merkel, au grand dam d’un Cohn-Bendit qui en profite pour prendre ses distances avec ce mouvement, le thème européen n’apparaît décidément plus comme un élément fédérateur.

Un sondage IFOP, commandé par Le Figaro et consacré à la question européenne, de septembre 2012, matérialise ce désaveu dont l’idée européenne semble souffrir de la part du peuple français.

En premier lieu, le sentiment d’européanité, qui est ainsi confondu avec celui d’appartenance à l’Union Européenne, est au plus bas, puisque 7% seulement des personnes interrogées se considèrent comme européennes avant tout, et 9% de plus se considèrent comme européens parmi d’autres référents identitaires. Néanmoins, le fait d’être membre de l’UE reste intéressant pour 49% des français, contre 27% qui pensent le contraire. Cela ne signifie pas que pour autant l’UE reste crédible puisque sa gestion de la crise économique ne convient qu’à 24% des sondés, contre 76% qui l’estiment peu ou pas efficace. L’€, principal élément tangible de la construction européenne, n’est plus un atout que pour 23% des gens, 45% estimant au contraire qu’elle est un élément de handicap. Il l’est selon la majorité des sondés en matière de compétitivité de l’économie française (négatif pour 61% d’entre eux), de chômage (63%) et surtout en matière de niveau des prix, ce vieux mythe eurosceptique, l’€uro étant négatif à 89%. Néanmoins, aussi négatif soit l’€uro à leurs yeux, ils ne sont que 35% pour penser qu’il faudrait revenir au franc (l’expression adaptée aurait dû être de « retrouver une monnaie nationale ») contre 65% qui estiment le contraire. L’€-phobie reste néanmoins à un niveau assez haut, même s’il est inférieur à septembre 2011 et plus encore à mai 2010, mais elle n’a pas progressé d’une manière déterminante pour autant.

Le manque de solidarité européenne s’exprime nettement lorsque le cas grec est évoqué, l’idée d’une exclusion d’Athènes si elle ne parvient pas à réduire sa dette et son déficit, étant soutenue par 65% des personnes interrogées.

Enfin, en interrogeant les seules personnes en âge de voter en 1992, lors du référendum sur le traité de Maastricht, le non aurait été de 64% (contre 49% dans la réalité) et le oui aurait été largement dominé avec seulement 36% des voix (contre 51% dans la réalité). Ce résultat témoigne que parmi les partisans de l’Europe politique en 1992, beaucoup sont désabusés et regrettent l’introduction de l’€uro, même si les partisans d’un retour au franc demeurent minoritaires.

Toutefois, même si ces résultats ne sont pas encourageants, les citoyens ne sont néanmoins pas nécessairement cohérents. Le fédéralisme européen séduit encore 40% des sondés, contre 60% qui souhaitent au contraire moins d’intégration européenne. C’est le score le plus bas pour cette question, mais cela reste une option crédible. L’idée d’une politique économique et budgétaire unique n’est pas repoussée, même si elle est minoritaire. Et on peut même parler d’ « eurofuturisme » pour 44% des français, qui estiment probable la mise en place d’un état européen unique, tel que le prône par exemple le PSUNE. Et c’est même le cas pour 46% des sympathisants du Front National, alors que 40% de ceux du Front de Gauche partagent leur avis.

Quant à la question de l’appartenance de la Turquie à l’Union Européenne, le rejet des citoyens n’a jamais été aussi fort. 84% des personnes interrogées sont opposées à l’adhésion turque. La politique intérieure turque, avec la réislamisation de plus en plus évidente de la rue turque, mais aussi avec l’autoritarisme accru de Recep Erdogan, rentre sans doute en ligne de compte. Mais c’est au moins une bonne nouvelle car toute initiative du gouvernement « socialiste » en faveur de cette option ne peut qu’être refroidie par cette opinion si hostile. Néanmoins 37% des sympathisants du Front de Gauche restent favorables à cette adhésion, sans doute et on le verra dans d’autres sondages, parce qu’il a en son sein le plus grand nombre d’islamotropes.

Ce sondage n’illustre pas seulement un clivage entre eurosceptiques et européistes, mais divise les familles politiques et même les genres. Ainsi, les hommes sont les plus favorables à l’Europe politique. 10% se sentent d’abord européens, 54% estiment que l’appartenance à l’UE est intéressante, 31% que l’€ est un atout, 40% auraient voté oui à Maastricht (contre 33% des femmes), 47% souhaiteraient une Europe plus intégrée (mais seulement 33% des femmes) et ils sont même 54% à croire à un état européen unique pour l’avenir.
Le sentiment d’européanité est le plus fort au MODEM et à Europe-Ecologie, en revanche il est inexistant au FN, preuve que la propagande europhobe de Marine Le Pen en a écarté les éléments pro-européens (Nouvelle Droite et autres), et faible au Front de Gauche (4%). En revanche, le Front de Gauche reste moins défavorable à l’UE (47% sont pour) alors que le FN y est très hostile (21% seulement des sympathisants FN considèrent l’UE d’une manière favorable).

Concernant le « retour au Franc », 37% des partisans du Front de Gauche le souhaitent, ce qui est à peine plus élevé que la moyenne, alors que 78% des partisans du FN y sont favorables. L’€uro est d’ailleurs un point de clivage entre l’UMP (20% d’anti-€) et le FN (80% d’anti-€).

Alors que les sympathisants FN semblent les plus opposés à l’UE, ils souhaitent pourtant l’exclusion de la Grèce de la zone €uro, à laquelle ils disent ne pas croire, à 81% et même à 85% si on ne compte que les électeurs FN. Le Front de Gauche est en revanche solidaire des Grecs à 54%.

Parmi ceux qui souhaitent une intégration européenne accrue, 15% des partisans du FN et 28% des partisans du FG s’y montrent favorables, ce qui monte que même au sein d’une mouvance europhobe, comme le FN, il reste malgré tout des partisans de l’idée européenne. 55% des partisans de l’UMP comme du PS sont également favorables à cette intégration. Enfin, parmi les 44% des français pronostiquant un état européen unique à terme, on retrouve ce pourcentage aussi bien à gauche qu’à droite, au Front de Gauche comme au Front National, mais c’est une idée surtout masculine.

La tradition politologique classique a toujours considéré l’électorat féminin comme davantage conservateur, et c’est pourquoi la République n’a instauré le vote des femmes qu’en 1946, ce qui est très tardif. Elle avait craint un temps que les femmes favorisent la victoire des monarchistes ou des cléricaux. Force est de constater que ce sondage IFOP renforce cette idée, même si demeure un socle solide de citoyennes favorables à l’Europe politique. Toutefois, l’exclusion de la Grèce si nécessaire est soutenue majoritairement par des hommes (à 69%), les femmes étant légèrement plus modérées (62%), et surtout par ceux pour qui l’esprit de solidarité aurait dû être le plus fort, ouvriers (72%), employés (69%) et professions intermédiaires (70%).

Un autre sondage IFOP pour Atlantico, consacré à la question du vote des étrangers aux élections locales est également intéressant à analyser. Rappelons que les citoyens des états membres de l’Union Européenne disposent déjà du droit de vote aux élections municipales et européennes en France. 61% des français s’opposent à l’attribution de ce vote aux étrangers « non européens », l’expression « non européens » pouvant d’ailleurs être comprise par certains sondés comme un synonyme d’« allogènes ». 41% sont même farouchement opposés à cette idée. Ils n’étaient que 45% en décembre 2011 à le refuser. De quoi faire réfléchir le PS alors que plus de soixante-dix de ses députés poussent le gouvernement à instaurer ce droit de vote.

Sur cette question, hommes et femmes sont à égalité dans leur refus d’un tel vote, le clivage étant essentiellement entre la gauche et la droite. 72% des électeurs de gauche souhaitent une telle innovation mais seulement 31% y sont très favorables. En revanche, 89% des électeurs de droite refusent cet élargissement du droit de vote, dont 89% des électeurs UMP et 92% des électeurs FN. Enfin, le MD de Bayrou est favorable au droit de vote des étrangers extra-communautaires à 53%, alors qu’une telle mesure, mettant citoyens de l’UE et étrangers hors UE à égalité est fondamentalement la négation de l’idée européenne. Autre clivage, l’âge. 45% des moins de 35 ans sont pour le vote des étrangers contre 37% des plus de 35 ans. Cela illustre aussi la montée en puissance du vote d’origine immigrée. Gauchistes et écologistes sont en pointe dans ce combat (à 76%), le PS étant légèrement plus prudent (71%), mais les plus acharnés sont clairement les Verts (41% de très favorable).

En conclusion, ces sondages montrent que si l’opinion majoritaire est plutôt dans le camp des eurosceptiques à court terme, cela ne va pas jusqu’à remettre en cause majoritairement la monnaie unique et cela n’implique pas véritablement un refus d’une Europe politique pour l’avenir, en tout cas un refus définitif. Même au sein de la formation la plus europhobe, on constate qu’entre 15 et 20% de ses partisans ne sont pas opposés à l’idée européenne, même si le sentiment d’européanité semble pourtant absent.

Si l’Union Européenne telle qu’elle est actuellement gouvernée déplaît et nuit fondamentalement à l’idée européenne, l’idée qu’une autre Europe est possible, et même l’idée qu’une autre Europe verra nécessairement le jour, avec un état européen unitaire à la tête du continent. L’esprit prométhéen des Européens n’est pas encore mort. En revanche, les français sont déterminés, et de plus en plus, à préserver leur identité, en disant non à la Turquie et non au vote des « étrangers non-européens » et c’est plutôt rassurant. Il reste à leur faire comprendre que c’est dans une Europe politique forte que cette identité sera la mieux préservée et que l’Etat français est leur principal adversaire en vérité, alors que les eurosceptiques leur font croire qu’il est leur protecteur. Confondre un bourreau avec un protecteur, voilà le mensonge naïf que Nicolas Dupont-Aignan et Marine Le Pen en tête voudraient nous faire avaler.

Thomas FERRIER (LBTF/PSUNE)

22/09/2012

Provocations...

 
peter eisner,psune,laïcité,islam,charlie hebdo,marine le penLa publication par Charlie Hebdo de caricatures touchant à l’Islam a suscité, en France, beaucoup de réactions de la part de nos élites. Certaines intelligentes, comme celle de Christophe Barbier, interrogé dans l’émission C’est Dans l’Air, et d’autres hypocrites, comme celle d’Olivier Mazerolle débattant avec Ruth Elkrief.

La première erreur généralement commise est de penser que cette publication était adressée aux musulmans. Un représentant du journal s’est même trompé en disant qu’il voulait attaquer les intégristes. En réalité, c’est la population française dans son ensemble, sa classe politique et médiatique en particulier, qui en était le destinataire. Charlie Hebdo, que je n’ai jamais lu ni feuilleté car je n’ai aucune raison de l’apprécier, a fait pour une fois œuvre utile. Il a posé, sans le savoir, la question suivante aux Français : tenez-vous réellement aux principes fondamentaux qui font notre civilisation et nos modes de vie ? Ou alors êtes-vous prêts à toutes les compromissions ?

Là au moins, Christophe Barbier a été clair. Nous devons être intransigeants sur le liberté d’expression, même si cela nous fait prendre des risques. Notre liberté vaut bien de les prendre. Il a répondu « oui » à la question.

De son côté, Olivier Mazerolle, parmi beaucoup d’autres mais peut-être plus que d’autres, a répondu « non » en essayant de nous faire prendre ce « non » pour un « oui ». Selon lui, l’hebdomadaire n’aurait pas dû publier : c’était irresponsable. En revanche il faudrait, toujours selon lui, se montrer très ferme sur le respect de nos règles, refusant, par exemple, la pression sur les médecins hommes amenés à examiner des femmes. Il est vrai que nos dirigeants ne sont pas très clairs sur les sujets de ce genre. On a interdit la burqa dans l’espace public, mais on ne fait pas de zèle pour l’empêcher. On n’a rien fait contre l’abattage hallal généralisé. On ne parle plus des horaires séparés dans les piscines. On a accepté des exceptions dans les sports etc. Cependant Mazerolle croit-il nous duper en nous laissant imaginer que la fermeté qu’il préconise sera plus facile à installer que la liberté d’expression ? Mettons-nous à la place du musulman qui veut respecter les préceptes religieux qu’on lui a appris. Il n’est pas obligé de lire Charlie Hebdo ; de plus les insultes contre sa religion ne sont pas de son fait. En revanche, s’il permet qu’un homme examine sa femme, c’est lui qui commet l’offense. N’est-ce pas plus douloureux pour lui ?

En fait, tout est lié. Le respect de la place de la femme dans la société et la liberté d’expression ne sont pas séparables. Si l’on capitule sur l’un, on capitulera sur l’autre.

Marine Le Pen a lancé un autre pavé dans la mare, en proposant d’interdire les signes religieux dans la rue. La classe politique a réagi négativement dans sa quasi totalité. En revanche, comme un sondage de BFM semble le montrer, les Français y seraient favorables. Elle ajoute ceci : il faut interdire le voile, donc aussi la kippa. Elle fait ainsi œuvre utile en lançant le débat, même si elle n’a pas étudié sérieusement la question et y apporte une réponse inadaptée.

La seconde erreur généralement, qu'elle commet par ailleurs, est de placer sur le même pied les religions juive et musulmane. Cette erreur dérive d’une autre, celle qui consiste à interpréter la laïcité sous un angle exclusivement universaliste : soit une laïcité de combat qui s’oppose à toutes les religions, soit une laïcité d’empathie qui est ouverte à toutes, celle qui est choisie aujourd’hui par les anciens laïcards.

Or la laïcité, prise dans son sens authentique, est ce qui vient du peuple, par opposition à ce que prêchent les clercs. En Europe, la démonstration publique d’un christianisme populaire est laïque ; à l’intérieur du christianisme, les réminiscences de paganisme chez les gens du peuple sont des signes de laïcité. Comme un nombre important de Juifs a partagé la vie des Européens pendant des siècles et contribué à la culture européenne, leur pratique religieuse ne contredit pas la laïcité. Sachant, toutefois, que le port de signes extérieurs est surtout le fait de gens récemment arrivés.
 
L’Islam européen, celui des Albanais par exemple, n’a jamais posé de problèmes, mais il est très minoritaire. C’est au contraire un Islam d’importation, étranger au peuple européen, qui est en cause. Il ne peut pas se prévaloir des excuses que l’on accordera au Judaïsme.

Cette seconde provocation nous ramène à la première. La différence majeure, chez nous, entre le Judaïsme et l’Islam est que le second est prosélyte quand le premier ne l’est pas. Un article de Thomas Ferrier en a fait récemment la démonstraton. Ainsi la notion de « terre d’Islam », qui désigne toute terre sur laquelle un musulman a posé le pied, n’a-t-elle rien en commun avec la « terre d’Abraham ». En fait, la question posée par Charlie Hebdo se résume ainsi : la France, et par extension l’Europe, est-elle terre d’Islam ?
 
Peter Eisner (LBTF/PSUNE)