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08/05/2016

Lettre ouverte à un ami d'extrême gauche

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extrême gauche, syndicalisme,mondialisme,Europe,socialismeVotre discours est toujours le même. Il glorifie, partout et en toute occasion, la lutte des gentils travailleurs contre les méchants patrons ou contre l'état employeur, justifie toutes les grèves, toutes les manifestations organisées par les syndicats les plus durs. Il existe pourtant des éléments qui devraient vous amener à réfléchir.

Vous soutenez, par exemple, aussi bien les ouvriers en grève en Allemagne et en France. N'avez-vous pas remarqué que les règles du travail ne sont pas les mêmes dans les deux pays et que les intérêts des ouvriers peuvent se trouver antagonistes ? Ce qui peut être bon pour les uns peut être mauvais pour les autres.

Les gouvernements des pays dans lesquels vous vous opposez à l'action sont issus d'élections. Dans ces dernières les riches exploiteurs sont beaucoup moins nombreux que les pauvres opprimés. Comment expliquez-vous que ce soient les intérêts des moins nombreux qui l'emportent ?

Prenons un exemple qui est, dans son principe à défaut des détails, hélas très répandu. Dans un bassin d'emploi déjà sinistré, une entreprise connaît de graves difficultés. Elle propose d'abaisser les salaires de ses ouvriers pour équilibrer ses comptes. Que va-t-il se passer ?

Les ouvriers et leurs syndicats acceptent les propositions de la direction et l'entreprise est momentanément sauvée. Mais rien ne dit que le problème ne va pas finir de se représenter.

Les ouvriers et leurs syndicats refusent ces propositions. Les difficultés de l'entreprise s'aggravent rapidement jusqu'à la faillite. Tout le monde perd son emploi.

On voit que, devant une telle situation, il ne peut y avoir que de mauvaises réponses. Rien ne sert de prôner la lutte, d'organiser la grève, de monter des actions violentes. Tout ce qui peut être tenté ne fait qu'accélérer le désastre.

Vous allez me dire que s'il n'y a rien à faire c'est parce que le problème ne se situe pas au niveau de l'entreprise. Vous avez parfaitement raison. Mais vous ne voudrez pas dire que si le bassin d'emploi n'avait été sinistré, l'entreprise aurait pu se séparer d'une partie de ses effectifs, lesquels auraient trouvé du travail dans des entreprises voisines en développement. Peu importe.

Si le niveau adéquat n'est pas celui de l'entreprise, alors quel est-il ? Il faut savoir que le plein emploi dépend de deux facteurs : les biens dont la production est utile et les personnes employables à cette fin.

La réponse qui vient aussitôt à l'esprit est celui de l'état, à savoir par exemple la France. C'est à ce niveau qu'est organisé le vote du peuple et qu'on pourrait raisonnablement attendre des décisions. Malheureusement nous vivons une période où la production des biens nécessite souvent une échelle plus grande que la France et où le mouvement des personnes vers la France connait de multiples circonstances l'alimentant. On ne peut absolument rien faire contre le premier fait. Accessoirement vous vous opposez à toute restriction pour le second. Ce niveau est donc inadéquat. Et cela ne dépend pas de la bonne volonté des électeurs et des dirigeants. C'est une chose que vous auriez pu noter, plutôt que de vous accrocher, comme les souverainistes, à l'élection présidentielle.

D'ailleurs on a déjà créé une zone de libre-échange en Europe. A ce niveau on dispose de la bonne échelle pour produire des biens nécessitant de gigantesques investissements. Cependant vous n'êtes pas seul à vous opposer à une solution à ce niveau. Du côté des personnes, l'organisation de l'Europe est si incohérente que le contrôle des frontières y est inopérant. Et surtout, du côté de biens, cette zone de libre échange n'est qu'un prétexte pour entrer dans un libre-échange mondial, dans lequel on n'attend même pas de réciprocité. Peut-être allons-nous échapper au TAFTA, mais ce ne sera que partie remise. Les pauvres Européens n'y peuvent rien. Il n'y a pas, à ce niveau, suffisamment de démocratie pour espérer un changement. Et de cela vous parlez peu.

Il ne reste donc que le niveau mondial. Le problème est que s'il y a peu de démocratie au niveau de l'Europe, il n'y en a pas du tout au niveau mondial. Surtout il n'est pas possible qu'il y en ait. De grands blocs existent qui entendent bien garder leur autonomie. Il s'agit bien de la Chine ou de l'Inde que des Etats-unis d'Amérique. De plus les disparités de développement entre les continents rendent impossible toute harmonisation. Qu'il y a-t-il de commun entre des revendications salariales en France et au Bengladesh ? Pire encore, les disparités culturelles sont insurmontables.

Tout semble donc bloqué. Heureusement ce n'est pas vrai. Il y a un niveau où les choses peuvent changer. C'est celui de l'Europe, puisque ce n'est pas son concept mais son organisation qui est en cause. La réponse est donc extrêmement simple. Il suffit de transférer un système démocratique rendu inutile au niveau des états vers un équivalent au niveau de l'Europe. Cela s'appelle l'intégration européenne. Qu'attendez-vous pour y penser ? Ne trouvez-vous pas que, pour se voiler la face, les souverainistes n'y suffisent pas ?

Pierre Eisner (Le Parti des Européens)

Du sultan Recep Ier et du calife François.

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Ch7R3rHXAAA78kF.jpgLa commission de Bruxelles a officiellement indiqué son souhait de supprimer les visas pour les Turcs qui souhaiteraient visiter l’Union Européenne. Elle ne fait que transposer la décision des principaux chefs d’état et de gouvernement, Angela Merkel en tête, en échange de la pleine collaboration des autorités turques au plan établi de gestion des migrants « syriens » (beaucoup n’étant pas syriens du tout, ceci dit).

Le négociateur turc va néanmoins changer en cours de route. Le premier ministre Davutoglu, coupable d’avoir été encore trop accommodant avec les dirigeants européens, est démis par la volonté du président Recep Erdogan. Celui-ci a ainsi fait savoir que la suppression des visas qu’il exige ne souffrirait d’aucune contrepartie. Pas question pour lui de généraliser le passeport biométrique ou d’adapter sa politique anti-terroriste, dédiée aux Kurdes, pas à Daech bien sûr.

Erdogan continue sa politique de renforcement de son autorité en vue d’établir une crypto-autocratie à peine cachée en vérité. Personne ne doit lui faire de l’ombre. Après avoir réduit l’armée au silence, avec la bénédiction naïve de l’Union Européenne, après avoir réintroduit le voile islamique, Erdogan veut désormais tous les pouvoirs pour mener à bien la réislamisation du pays. Pour avoir négligé sa volonté, Davutoglu est débarqué. Le prochain premier ministre devra être un personnage effacé, vassal soumis de son sultan.

Alors que la Russie de Poutine est victime de sanctions économiques, dont la droite parlementaire en France a demandé sans succès l’arrêt, la Turquie d’Erdogan est l’objet d’une indécente flatterie. Merkel a même livré à la justice allemande un humoriste qui avait osé se moquer du tyranneau. Il faut ménager ce dernier, connu pour ses colères noires, et ce à tout prix. Il a en effet le doigt appuyé sur la manette ouvrant le barrage migratoire.

Il aurait suffit pourtant que les Européens changent leurs lois afin de rendre leurs pays moins attractifs aux migrants. Mais nos dirigeants semblent incapables d’oser montrer les crocs et de faire preuve d’une force morale même minimale. Au contraire, toute l’eurocratie est allée à Canossa offrir au pape François le prix Charlemagne. Il est vrai qu’il aurait été difficile de lui remettre le prix Charles Martel.

Le pape se permet (voir mon article précédent) depuis des mois de culpabiliser les Européens en les invitant à faire preuve d’un « nouvel humanisme » qui consisterait à accueillir tous les migrants sur son sol. Il déclare même rêver d’une Europe « où être migrant ne soit pas un délit ». Il prône lui aussi le multiculturalisme au lieu de ranger la chrétienté derrière la défense de l’européanité. François a ainsi mis fin au compromis romano-chrétien, et donc euro-chrétien, établi par l’empereur Constantin. En échange de la protection terrestre de l’Empire, l’Eglise devait lui assurer une protection céleste.

En flattant Erdogan et en se soumettant aux injonctions morales suicidaires de François, les dirigeants de l’Union Européenne trahissent gravement les intérêts des Européens. Une toute autre politique serait au contraire nécessaire, associant cohérence et fermeté, défense du véritable humanisme européen, celui hérité des Grecs et des Romains, et refus d’un multiculturalisme mortifère auquel les mondialistes, dont ce pape est, voudraient nous soumettre.

Le discours à tenir au pape, c’est de s’en tenir à la défense de son Église, et à s’abstenir de toute position publique de nature politique, en particulier invitant les Européens à faire preuve de faiblesse. Le discours à tenir au président turc, c’est de lui rappeler que son pays occupe illégalement Chypre-Nord et qu’il a existé en 1920 un traité de Sèvres qu’on pourrait avoir envie de ressusciter.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

01/05/2016

« Habebamus papam ». Bergoglio contre l’Europe.

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image4.jpgL’Europe est victime d’une grave crise migratoire. Des milliers de migrants, syriens ou non syriens, parfois chrétiens mais bien plus souvent musulmans, se massent chaque jour à nos portes afin de gagner nos rives pour y bénéficier de tous les droits de nos concitoyens, sans qu’on exige d’eux l’accomplissement des mêmes devoirs.

Nous serions en devoir de leur refuser l’entrée, parce que nos ancêtres ne se sont pas battus pour que notre continent cède à une mauvaise conscience attisée par des faussaires moraux. On peut d’ailleurs constater que les pays arabo-musulmans se gardent bien d’accueillir chez eux ces migrants pourtant de même origine qu’eux. Les pétromonarchies du Golfe, qu’on présente abusivement comme des alliés, s’y refusent et les migrants eux-mêmes savent qu’il vaut mieux éviter de tester leurs frontières.

L’Europe paie d’ailleurs l’alignement de sa politique sur celle des États-Unis, avec parfois un zèle troublant, comme cet entêtement du gouvernement français à faire tomber Bachar-El-Assad à tout prix, permettant au cancer « Daesh » de naître.

Dans un tel contexte, les provocations répétées du « pape » François, alors que les opinions publiques européennes expriment une légitime inquiétude et alors que les États semblent moralement désarmés pour faire respecter les frontières de notre continent, sont inacceptables.

Il est normal de déplorer que des gens quittent leur pays parfois au péril de leur vie, même si c’est souvent pour de mauvaises raisons, et si les « réfugiés » sont souvent en fait des migrants économiques profitant de l’occasion pour s’installer dans une Europe bien trop généreuse à leur endroit. Il est également parfaitement légitime de porter assistance à des naufragés, car c’est un devoir moral élémentaire.

Mais ce n’est acceptable que si on associe ces actions de mesures d’une grande fermeté, en indiquant explicitement aux migrants que ce voyage aller sera suivi immédiatement d’un voyage retour. Ainsi l’argent dépensé pour payer les passeurs sera perdu, et les risques pris auront été bien inutiles.

Le pape devrait appeler ces migrants à demeurer chez eux et à se battre sur leur propre sol, comme le font ces courageux combattants kurdes, contre la barbarie islamique qui les menace, si c’est bien elle qu’ils prétendent fuir. Car on peut parfois en douter. Il devrait inviter l’Europe à avoir le courage de savoir dire « non » et ne pas détourner les règles de l’hospitalité en des règles d’assistanat.

La véritable hospitalité, c’est celle des Phéaciens envers Ulysse. Après lui avoir porté assistance, après qu’il fait naufrage, les Phéaciens armèrent un bateau et permirent au héros de retrouver Ithaque, son île natale. Aujourd’hui, elle consiste à pacifier la situation sur place, comme la Russie y a contribué, et à permettre à ces migrants de retourner chez eux. Elle ne consiste pas à leur donner chez nous des droits pour lesquels nos ancêtres se sont battus.

C’est là qu’il faut comprendre que le « pape » François sort de la réserve propre à sa charge pour empiéter sur un terrain politique pour lequel il n’est pas légitime. Il donne des leçons de morale et en vérité de culpabilisation aux Européens, les incitant au laxisme migratoire et donc à la lâcheté identitaire. Ce faisant, il ne rend service à personne.

Son action d’accueillir à Rome même plusieurs familles de migrants, par ailleurs tous musulmans, est symboliquement un appel d’air parfaitement nocif. Il va encourager d’autres personnes à prendre des risques insensés et en même temps exacerber les Européens qui en ont assez de subir des flux indésirables alors qu’ils ne sont en rien responsables des causes.

Il agit ainsi en militant de la « théologie de la libération », ce christiano-marxisme qui domine une partie de l’Amérique du Sud d’où le pape est originaire, oubliant par ailleurs qu’il est lui-même de souche européenne. Au lieu d’agir au service de l’Europe et des Européens en encourageant ces derniers à la résistance, comme Nicolas V apportant son soutien à Constantinople en 1453, il veut nous désarmer. C’est irresponsable.

Depuis Constantin, en Europe, le compromis entre le pouvoir politique et L’Église a reposé sur une assistance mutuelle. Le pape actuel rompt cet équilibre pour prôner une forme d’évangélisme post-colonial pleurnichard. Et pour ce faire, il est prêt à trahir une Europe en danger de mort pour la simple et bonne raison que sa religion y est affaiblie, sans se demander pourquoi. De la religion on demande assistance et non leçon de morale, appui et non culpabilisation. Le pape se croit au Ier siècle de l’empire romain alors que nous sommes dans la situation du Vème siècle, celui des invasions barbares.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

19:26 Publié dans Analyses, Religion | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : pape, françois, immigration, islam, réfugiés | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

26/04/2016

Elections serbes : succès ou échec du SNS de Vucic ?

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Elections législatives serbes 2016,Vucic,Seselj,SNS,SRSA 98.6% du dépouillement, selon les données du site serbe officiel (RIK), les résultats quasi définitifs du scrutin sont désormais connus et infirment en grande partie mon analyse rapide et succinte d’hier soir, disposant alors d’informations incertaines. En effet, plusieurs formations politiques étaient légèrement en dessous des 5% des voix, seuil permettant de disposer de députés au sein de la nouvelle assemblée.

Le SNS au pouvoir d’Aleksandar Vucic a finalement obtenu 48.23% des voix et 131 députés contre 48.35% et 158 députés en 2014. C’est donc non seulement une stagnation en pourcentage mais une défaite en nombre d’élus, le SNS n’étant alors majoritaire que de seulement six sièges. Cela s’explique surtout par l’entrée au parlement de députés nationalistes, ce qui n’était pas le cas en 2014.

Le SPS (Parti Socialiste de Serbie), héritier désormais éloigné des communistes yougoslaves, et qui était associé au pouvoir, obtient 10.98% des voix et 29 sièges contre 13.49% et 44 sièges en 2014. Lui aussi régresse et pour les mêmes raisons. Il est également victime à la marge d’un vote des anciens partisan de Milosevic en faveur du Parti Radical Serbe (SRS).

Le SRS en effet était tombé à 2% en 2014, une chute terrible que même son alliance avec des formations plus radicales, comme Obraz, n’avait pu enrayer. Il était alors en voie de marginalisation. L’acquittement de son dirigeant historique Vojislav Seselj auprès du TPI de La Haye a permis à ce dernier de faire campagne et de remonter la pente. Avec 8,09% des voix et 22 sièges, il fait renaître son parti. Ce succès a limité la progression de la formation nationaliste concurrente, le Dveri, associé cette fois au Parti Démocrate de Serbie. Ces deux partis séparés avaient obtenu 7,82% des voix en 2014. Réunis, ils n’obtiennent que 5% exactement, et sous réserve du maintien de ce résultat, feront rentrer 13 députés. C’est un succès malgré tout mais pas autant que cette coalition aurait pu espérer. Le SRS le domine à nouveau.

Les héritiers de Boris Tadic, divisés en deux formations rivales, parviennent également à rentrer au parlement. Le Parti Démocrate obtient 6.04% et 16 sièges contre 6.03% et 19 sièges en 2014. Il se maintient au même niveau qu’en 2014. Le Parti Social-Démocrate, qui se revendique explicitement de l’ancien président Tadic, obtient 5.03% des voix et 13 sièges contre 5.7% et 18 sièges en 2014. Ces deux formations survivent donc mais sont très éloignées de leurs scores d’il y a quelques années. Le recentrement du SNS de Tomislav Nikolic, désormais animé par Aleksandar Vucic, a clairement étouffé l’ancienne majorité parlementaire. Mais sa domination n’est pas si écrasante.

La liste « C’est assez » (Доста је било) (centre-gauche) n’avait obtenu que 2.09% en 2014. Avec 6.03% des voix et 16 sièges, elle parvient à obtenir enfin une représentation nationale. Les électeurs ont choisi de donner un peu de sang neuf à la politique nationale.

Les minorités sont enfin représentées comme à chaque fois au parlement, avec 4 députés pour le VMS hongrois (Voïvodine), 4 représentants du Sandjak de Novi Pazar, et 2 députés pour de petites formations régionales comme le « Parti vert » (Zelena Stranka). Les formations pro-russes obtiennent quant à elles seulement 0.62% des voix. Les nationalistes albanais pro-européens obtiennent 0.43% des voix.

Bien que le SNS soit en position de gouverner à nouveau le pays, Aleksandar Vucic a échoué à mobilier davantage d’électeurs en sa faveur qu’en 2014. Sa majorité est donc légère, alors qu’il espérait un large rassemblement lui permettant de conduire son pays vers la voie de l’intégration à l’Union Européenne. La remontée du SRS a certainement joué un rôle dans cet échec. Néanmoins, il n’a aucune véritable opposition en face de lui, le SPS lui-même étant en recul. 131 députés sur 250 sont avec lui, les 119 restants étant éparpillés dans 6 autres formations politiques, avec 35 nationalistes anti-européens en tout en leur sein.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

04/04/2016

Réflexions hebdomadaires (semaine du 28/03/2016)

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Palmyre.

La cité antique de Palmyre a été reprise par les forces syriennes gouvernementales aux fanatiques de Daesh, et ce avec l’appui militaire décisif de la Russie. Malheureusement le site a été considérablement dégradé, le temple de Baal n’est plus qu’un amas de pierres. Cette victoire bien trop tardive nous révèle un formidable gâchis. La responsabilité, ou plutôt l’irresponsabilité, des dirigeants occidentaux, est colossale. Le premier réflexe face aux « printemps arabes » qui fut par exemple celui de Mme Alliot-Marie, apportant un bref soutien à Ben Ali en Tunisie, avant que la presse n’en dise pis que pendre, était le bon. On se souviendra de l’attitude lamentable des occidentaux dans l’affaire iranienne en 1979, lâchant lamentablement le shah avant de réaliser leur méprise, ayant fait de Khomeini un défenseur des libertés avant de découvrir son vrai visage.

L’acharnement de certains dirigeants européens à vouloir à tout prix la tête de Bachar-El-Assad, et prêts à des alliances contre-nature pour obtenir sa chute, est incompréhensible. Qu’avons-nous gagné au final ? Une crise migratoire sans précédent contre laquelle le laxisme de l’actuelle Union Européenne, et de chacun des Etats membres, nous désarme. Des destructions sans doute irréparables du patrimoine antique de la Syrie et de l’Irak. Et un cancer islamiste au cœur du Proche-Orient qui nous envoie ses métastases se faire exploser dans nos capitales. Au final, avec l’aide de la Russie, c’est le régime baasiste qui reprend petit à petit le terrain. Et maintenant celui dont on souhaitait contre tous bon sens la déchéance devient le seul interlocuteur sur le terrain. Tout ça pour ça. Il eut mieux valu soutenir dès le départ Assad dès le premier fumigène de contestation. Combien de vies auraient ainsi été épargnées ?  Combien de sites antiques sauvés ? Et surtout cette brèche migratoire n’aurait pas existé.

Désormais tout le monde est perdant. Mais les dirigeants aveugles qui nous ont emmenés une nouvelle fois à ce désastre ne rendront aucun compte.

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De la déchéance de la nationalité en France.

François Hollande ce mercredi a annoncé renoncer à sa mesure phare, qu’il avait annoncé à grand fracas au lendemain des attentats de Paris, divisant ainsi sa propre majorité. Il accuse la droite d’être responsable de son propre échec puisque, modifiant le texte initial afin de ne pas trop déplaire à la gauche, il devait s’attendre à ce que la droite refuse, ce qu’elle a fait au Sénat, rétablissant le texte d’origine proposé par Hollande lui-même.

Cette mesure n’aurait pas été efficace et serait restée de l’ordre du symbolique, nous dit-on. Mais les symboles sont importants. Ils démontrent notre volonté de résister ou notre faiblesse. Certes ils ne suffisent pas. Ils ne sont qu’un premier pas. Mais si « nous sommes en guerre », comme le dit Manuel Valls, alors il est important de démontrer que nous sommes déterminés à gagner. Cette « déchéance » existait déjà dans le droit français, sans besoin de légiférer davantage, mais jamais aucun gouvernement n’a eu vraiment le courage de l’appliquer sans ménagement, sans atermoiement.

Ceci étant dit, la question n’a jamais été tant de déchoir quelqu’un d’une nationalité dont manifestement il n’aurait jamais dû disposer que de s’interroger sur les critères qui ont fait qu’il l’a obtenue. C’est bien au moment de l’attribution de la nationalité française qu’il faudrait se poser les bonnes questions mais on ne l’a jamais fait puisque ce sont des décisions administratives opaques qui sont à l’œuvre. La « gauche » notamment a ouvert largement l’accès à la nationalité, en France comme dans le reste de l’Europe, et la droite n’a jamais osé revenir en arrière. Lorsqu’elle a tenté de le faire, sous Giscard ou sous Kohl, la « société civile », c'est-à-dire en réalité les différents lobbies, églises aussi bien que loges, syndicats gauchistes ou grand patronat ultra-libéral, s’y est opposée. Voilà ce que la France, et l’Europe, récolte à avoir dévoyé depuis plusieurs décennies ce bien qui appartient au seul peuple et sans bien sûr jamais lui demander son avis, redoutant ou devinant que celui-ci serait le contraire du leur.

Les nationalités des Etats d’Europe occidentale ont perdu objectivement toute valeur, à force d’avoir dévoyé leur sens en la donnant à tout un chacun, oubliant que le principe démocratique de la nationalité, et ce depuis Périclès, c’était le « droit du sang » dont un Giscard prônait encore le rétablissement en 1991 sans être écouté. Schröder en 2000 fut de la même façon un irresponsable, tout comme Papandreou en Grèce ou Rienzi en Italie, en le sabotant. Le résultat est connu.

De la crise russo-ukrainienne.

Beaucoup de fantasmes sur la Russie de Poutine, que certains parent de toutes les vertus mais que nombreux au niveau médiatique accusent de méfaits ou de projets imaginaires. La Russie de Poutine joue en mode défense depuis 2003. Une fois que Poutine a mis fin au pillage de son pays organisé par les oligarques, même s’il en toléra certains, pour peu qu’ils se rallient à son régime et cessent toute activité politique, et qu’il a mis de l’ordre en Tchétchénie, au prix d’un compromis détestable avec un islamiste « modéré » qui devait se révéler pas si modéré que ça, il s’est trouvé en opposition avec les USA. Ceux-ci ont rapidement réactivé la doctrine Brzezinski qu’ils avaient abandonnée lorsque la Russie d’Eltsine gisait à terre. Poutine a essayé de jouer la carte de l’Europe contre les USA, mais l’Europe a été incapable de répondre à son appel. Alors il a fini par se lasser de tendre la main sans que personne ne la prenne en retour.

La Russie se retourne sur elle-même et s’isole, nous dit-on. Mais à qui la faute ? Quand elle s’est tournée vers l’Union Européenne, cette dernière était aux abonnés absents ou au téléphone avec Washington. A partir de 2006, Poutine a considéré que l’Europe ne ferait rien pour lui, qu’elle était incapable de s’émanciper de cette tutelle dont elle a héritée en 1945. La Russie se sent comme une citadelle assiégée, entourée d’ennemis, à part le Belarus de Loukachenko et l’Arménie. La Géorgie puis l’Ukraine ont voulu se rapprocher des USA, s’émancipant de l’influence russe pour se jeter dans les bras de l’atlanto-mondialisme. Ils s’imaginaient sans doute l’ours russe trop affaibli pour réagir. Au contraire, cela a provoqué chez lui un regain d’orgueil. L’ancien président géorgien Sakashvili, désormais membre du gouvernement ukrainien, et atlantiste déclaré, a subi une amère leçon.

La Russie joue en mode défense et pas en mode attaque, contrairement à ce que prétendent les dirigeants polonais et lituaniens, valets serviles de Washington, trahissant ainsi les intérêts de leur pays et les intérêts de l’Europe. Les sanctions économiques absurdes que l’Europe fait peser contre la Russie, obligeant cette dernière à rendre coup pour coup, sont une victoire à la Pyrrhus. Les USA nous font porter le poids d’une division du continent qu’ils attisent.

Reste la question de la Crimée. Celle qui est la cause de toute cette excitation en Europe de l’Est. Celle qui fait croire que la Russie de Poutine jouerait le jeu de l’Allemagne d’Hitler, prête à dévorer ses voisins à la moindre occasion. Celle qui fait qu’une division de chars américains sera installée en Europe de l’Est, au nom de cet OTAN qu’il aurait fallu dissoudre dès 1991. La Crimée a été rattachée arbitrairement à l’Ukraine par Khroutchchev en 1954. Pourquoi donner de l’importance à un acte fait par le despote d’un régime totalitaire ? La Crimée n’est pas plus ukrainienne qu’elle n’était tatare du temps des Ottomans. Elle n’est pas plus russe d’ailleurs en soi. Mais elle abrite depuis le XVIIIème siècle la flotte russe et sa population est majoritairement russophone par ailleurs. Où est donc le drame que de revenir sur la décision absurde d’un hiérarque soviétique ?

Le premier acte que Porochenko aurait dû faire, dès le début de sa mandature, c’est d’aller à Moscou. Rassurer les Russes sur ses intentions. Ce qu’aurait dû faire l’Union Européenne lorsqu’elle a proposé son partenariat à l’Ukraine. Pourquoi exclure la Russie de cette question ? La politique européenne à l’est étant dictée par les USA, elle a sciemment écarté les Russes du jeu. Qu’ils réagissent mal peut logiquement se comprendre. Quand on provoque un ours, il ne faut pas s’étonner de recevoir un coup de patte. Mais quand on lui présente un pot de miel à partager, il devient aimable. Bâtir l’Europe sans exclure la Russie. L’associer au contraire à sa construction. Voilà la saine politique. C’est entre Européens que la solution à la crise ukrainienne se trouve. En écartant les puissances étrangères qui appuient sur nos plaies, hier au Kosovo, aujourd’hui en Ukraine. En réconciliant ceux que l’histoire a divisés.

J’admets parfaitement qu’on puisse considérer que la Russie dans cette affaire n’a pas eu la réaction la plus avisée, mais les dirigeants ukrainiens ont été de véritables irresponsables. La Russie neutralise ses adversaires par la division (Transnistrie, Abkhazie, Ossétie du nord, Donbass) de leur territoire. Les USA font un jeu semblable mais de manière beaucoup plus subtile en Europe occidentale, et ce avec la pleine complicité de nos dirigeants. Mais si la Russie n’avait pas agi de la sorte, l’OTAN serait à ses portes. Ce qu’elle ne peut pas accepter, sachant la russophobie qui règne à Washington, cas de Trump excepté, un Trump qui a d’ailleurs souligné la nocivité de maintenir l’OTAN. Poutine n’est pas la Russie mais un instant de la vie de sa nation. On le devine suffisamment pragmatique pour changer son fusil d’épaule si l’Union Européenne devait enfin prendre son destin en main. A ceux qui veulent que la Russie change, je leur dis de changer d’abord. Songeons à ce monument de propagande américaine, Rocky IV, à l’époque où les relations russo-américaines commençaient à se détendre : « If I can change and we can change, everybody can change ». (Si je peux changer et si nous pouvons changer, tout le monde peut changer.)

Que l’Union Européenne converge vers la Russie, au lieu de s’en défier sous mauvaise influence, et ainsi la Russie convergera vers l’Union Européenne. Ainsi (re)naîtra la « maison commune ».

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

06/03/2016

Elections slovaques : à droite toute !

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nationalisme,euroscepticisme,Slovaquie,migrants,islamOn s’attendait à une victoire de Robert Fico, premier ministre sortant du SMER, parti social-démocrate aux accents nationalistes et anti-migrants. Elle a été au rendez-vous certes mais apparaît davantage comme une victoire à la Pyrrhus. Avec 28.3% des voix, le SMER perd 16 points, ce qui peut s’apparenter à une sérieuse déconvenue, et n’obtient que 49 sièges, loin des 75 sièges requis pour former une majorité. Au moins Robert Fico peut se satisfaire de l’absence d’un grand parti d’opposition.

Les grands gagnants sont les différentes formations de droite nationale dont la division ne fut désastreuse pour aucune. Le Parti National Slovaque (SNS), qui avait été écarté du parlement en 2012 avec 4.6% des voix (< 5%, synonyme d’élimination), renaît littéralement sous la conduite de son nouveau dirigeant Andrej Danko et obtient 8.7% des voix et 15 sièges. L’éviction du Le Pen slovaque, Ian Slota, en 2013, est pour beaucoup dans ce résultat. C’est certes un score inférieur à celui que les sondages pouvaient lui faire espérer. Mais la concurrence fut forte. Ainsi, le LSNS (« Parti du peuple – Notre pays ») de Marian Kotleba, considéré parfois comme néo-fasciste, obtient 8% des voix (contre 1.6% en 2012) et 14 députés. A ces deux partis classique, il faut ajouter le mouvement Sme Rodina (« Nous sommes une famille » du populiste Boris Kollar, qui pendant toute sa campagne a tapé sur les migrants musulmans. Il obtient 6.6% des voix et 11 sièges.

La droite eurosceptique et libérale incarnée par le mouvement Sloboda a Solidarita (« Liberté et solidarité ») s’impose comme deuxième parti du pays avec 12.1% des voix (contre 5.9% en 2012) et 21 sièges. Les autres formations de droite s’en sortent honorablement, à savoir le nouveau venu SIET (5.6% et 11 sièges) et le mouvement OL’ANO (11% des voix et 19 sièges, +2.4 points). Seul les chrétiens démocrates (KDH) échouent de peu et sont éliminés, avec 4.9% des voix (-4 points). Enfin, le Mouvement des Hongrois (SMK/MKP) avec 4% des voix reste à peu près au même niveau qu’en 2012 (-0.26).

Avec une droite nationale réunie à 23.4% des voix, on peut dire que l’opinion publique slovaque s’est radicalisée suite à la crise des migrants. Il s’agissait pour les Slovaques de mettre la barre suffisamment à droite pour donner à Robert Fico des arguments solides pour résister aux pressions de l’Union Européenne. C’est désormais le cas. Même si ce dernier est malgré tout fragilisé et va probablement devoir s’allier avec ces formations ou en tout cas avec une partie d’entre elles. 

Ces résultats vont encourager ceux qui pensent que soutenir au pouvoir une ligne dure aboutit à décomplexer la population et à ouvrir la porte à des formations beaucoup plus radicales. Le cas hongrois l’indique aussi avec un Jobbik qui est souvent en deuxième position derrière le mouvement de Viktor Orban et ce au détriment de la sociale-démocratie. En revanche, en Tchéquie, depuis l’époque des années 90 où le parti des Républicains inquiétait l’opinion occidentale, aucun mouvement nationaliste n’a émergé, mais la droite tchèque est assez à droite pour l’empêcher.

Le groupe de Visegrad commence désormais à se singulariser par cette montée d’un courant nationaliste et donc potentiellement ou ouvertement eurosceptique, qui est en réalité motivée par une inquiétude croissante des populations face à l’immigration non-européenne et/ou musulmane qui touche l’Europe occidentale. Boris Kollar a notamment fait campagne sur le fait que Bratislava n’ait pas à connaître la situation de Cologne et de Paris. En France, on préfère fermer les yeux, comme ce politologue de BFM-TV expliquant ce matin que la France était le pays d’Europe ayant le moins d’immigrés, ce qui va contre tout sens commun, puisque ne prenant pas en compte les flux antérieurs.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

04/03/2016

La Russie, nation d’Europe et non d'Eurasie

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eurasisme,Europe,Russie,Douguine,USAMa position n’a pas changé d’un iota. La Russie est une nation d’Europe. Or je constate depuis longtemps que deux camps s’opposent à ce sujet, pour des raisons parfois opposées mais paradoxalement souvent identiques, niant à la Russie sa pleine et entière européanité. En Russie même, on oppose traditionnellement les occidentalistes (западники) et les slavophiles (славянофилы), les premiers considérant la Russie comme européenne et même comme « occidentale » et les seconds envisageant la Russie comme une civilisation en tant que telle, autour de la notion de « monde slave ». Ce second courant a désormais pris dans les faits le nom d’eurasisme et a notamment Alexandre Douguine pour chef de file.

Ce dernier semble avoir mal assimilé l’opposition « Europe vs Occident » de la Nouvelle Droite française dont il tenta d’être le représentant en Russie, l’amenant à adopter des positions très ambigües concernant l’islam. On a souvent prêté à Douguine une influence déterminante sur Vladimir Poutine mais ce dernier n’a joué des thèmes eurasistes que pour provoquer une Europe dont il a espéré le soutien pendant longtemps et dont il désespère de la voir se soumettre sans pudeur aux USA en adoptant par ailleurs une politique migratoire et morale absolument suicidaire. Douguine également a apporté un soutien sans mesure aux sécessionnistes du Donbass, ce qui est aussi erroné selon moi que d’apporter un soutien aux supplétifs nationalistes ukrainiens de Soros, car tout ce qui divise l’Europe, et donc l’Ukraine, sert les intérêts géo-stratégiques américains.

La vision américaine de la Russie est celle d’un pays non-européen qu’il convient de repousser en Asie. C’était aussi la vision nazie qui niait au peuple russe son européanité/aryanité jusqu’en 1944 où, la défaite s’annonçant, elle changea radicalement de position en soutenant l’armée Vlassov. C’est la doctrine Brzezinski que les dirigeants polonais et lituaniens notamment suivent aveuglément, agissant en idiots utiles d’une puissance qui soumet l’Europe à son diktat. La vision eurasiste est aussi celle d’un pays bipolaire, d’une civilisation russe en tant que telle, qui serait à la fois européenne et asiatique. Cette vision est celle de ce que je pourrais appeler un « souverainisme russe » qui, tournant le dos à l’Europe, s’oriente vers l’Asie, exactement comme le souverainisme français tend à s’orienter vers l’Afrique.

L’histoire véritable du peuple russe est pourtant tout à fait étrangère à ces conceptions. Le premier peuplement n’est pas slave mais iranophone nomade. L’Ukraine et le sud de la Russie ont été en effet peuplés de haute antiquité par les Proto-Iraniens dont les nomades Cimmériens, Scythes puis Sarmates furent les héritiers et survivances, alors que d’autres Iraniens (futurs Mèdes et Perses) envahirent l’ancienne Elam pour fonder l’Iran moderne. Ces Scythes et Sarmates n’étaient donc pas des Asiatiques mais bien des Européens au sens strict, tout comme leurs descendants du Caucase, les Ossètes ou Alains, mieux connus en Europe occidentale pour avoir envahi la Gaule et l’Hispanie.

Le second peuplement de l’actuelle Russie (d’Europe) fut celui des Slaves, partis du bassin du Pripet en Belarus actuels, et qui peuplèrent non seulement l’Ukraine et la Russie actuelles mais aussi une partie d’Europe Centrale (les Polanes fondèrent ainsi la Pologne tandis que les Serbes envahissaient l’empire byzantin). Ces Slaves formèrent l’essentiel du peuplement russe, influencé au nord par des peuples finno-ougriens, eux aussi européens. A ce peuplement de départ, il faut ajouter plusieurs autres peuples venus d’Europe, notamment les Goths puis les Varègues (Suédois).

C’est par la rencontre entre les Slaves de l’Est (futurs Russes, Ukrainiens et Biélorusses) et les Varègues (Vikings de l’Est, surtout de souche suédoise) que naquit la Rus’ de Kiev, un des grands empires du moyen-âge. La Rus’ (Русь) de Kiev reposait donc sur un système mixte, avec apports germaniques et influences occidentales précoces. Il suffit de songer au mot « roi » en russe qui provient soit du germanique *kuningaz (князь), soit du nom franc Karl/Carolus (король). Sa religion était issue du paganisme slave, mâtiné d’éléments scandinaves, autour notamment du culte de Perun/Thor et de celui de Volos/Odhinn. La mythologie slave en effet est clairement indo-européenne donc européenne, analogue à celle des Baltes, des Germains et des Celtes. De même, les Slaves possédaient l’équivalent des druides celtes, avec leurs « mages (волхвы).

Jusqu’aux invasions mongoles du XIIIème siècle, l’histoire de la Russie ne diffère pas du reste de l’Europe. Les « Russiens » choisirent l’orthodoxie grecque plutôt que le catholicisme latin pour des raisons d’opportunité et de géographie, l’un et l’autre étant par ailleurs européens. Soumise à un joug tatar et musulman de plus de deux siècles, la Russie n’en conservera que quelques termes. Prétendre que cela aurait fait de la Russie un pays eurasiatique serait comme d’affirmer que l’Espagne est eurafricaine. Quant au « despotisme oriental » qu’on prête aux tsars, c’est de toute évidence une exagération occidentale. Même si la Russie a été coupée des évolutions du reste de l’Europe, ses structures comme le servage l’ayant maintenu dans un relatif archaïsme, cela n’en fait pas moins un pays européen. Elle a su rattraper une bonne partie du retard et le communisme l’a maintenu dans un conservatisme sociétal plutôt bénéfique à une époque où le reste de l’Europe semble atteint de sénilité précoce.

La Russie n’est pas occidentale, et d’ailleurs l’Occident même n’existe pas vraiment, car on confond sous ce terme l’Europe et ses (anciennes) colonies de peuplement, émancipées au XIXème siècle pour la plupart. Mais elle n’est pas non plus asiatique. Il ne faudrait pas se tromper en considérant son expansion territoriale en Asie à partir d’Ivan IV en 1588, et notamment sa conquête de la Sibérie, comme ayant changé la nature du peuple russe. Lorsque la Russie s’empare de la Sibérie, c’est au nom de la civilisation européenne, c’est une extension de l’Europe qui s’impose en Asie. Les peuples non-européens de Russie, que ce soit en Russie d’Europe (au sud-est) ou en Russie-Sibérie, ne sont pas des russes, mais des peuples soumis à la Russie. Ils ne changent donc pas la nature de la Russie, tout comme les DOM-TOM ne font pas de la France un pays africain, océanien ou méso-américain.

Occidentalistes et slavophiles s’opposaient donc stérilement. Cette opposition factice rappelle celle entre Renan et Fichte, alors que la conception française de la nation n’était pas moins ethnique en vérité que celle de son voisin germanique. Car la Russie est européenne aussi parce qu’elle est slave et dans cet hiver identitaire elle est même désormais plus européenne que la France. Elle aura certainement un rôle important à jouer dans le relèvement civilisationnel de l’Europe que nous appelons de nos vœux. Il faut également espérer que Poutine restera insensible aux sirènes eurasistes. La marginalisation récente de Douguine laisse penser qu'il n'est pas dupe.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

16:48 Publié dans Analyses, Histoire | Lien permanent | Commentaires (22) | Tags : eurasisme, europe, russie, douguine, usa | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

28/02/2016

Elections parlementaires irlandaises – les partis classiques sanctionnés

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Irlande,élections,2016,Fine Gael,Fianna Fail,Sinn feinLes élections législatives en Irlande se déroulent depuis vendredi dernier. Si le nombre total et respectif d’élus pour chaque parti est encore indéterminé, nous connaissons les résultats du vote de préférence, qui permet de déterminer le poids respectif de chaque parti dans l’opinion publique.

Le Fine Gael d’Enda Kenny, parti sortant car actuellement au pouvoir, qui avait dû gérer la crise, est durement sanctionné par les électeurs. Avec 25.5% des voix, il recule de plus de 10.6 points, ce qui est une sévère déconvenue, les électeurs ayant sanctionné le gouvernement dans les urnes d’une manière plus forte que les sondages ne le présageaient, alors que le dernier sondage lui donnait 30% des voix.

Le Fianna Fail, qui est légèrement plus au centre que le Fine Gael, profite de cet effondrement. Avec 24.3% des voix, il talonne le Fine Gael de près d’un point et surtout il progresse de près de 7 points en cinq ans. Un autre grand vainqueur de ce scrutin est le parti nationaliste « de gauche » Sinn Fein, qui obtient 13.8% des voix (+3.9), ce qui constitue une progression significative au détriment du parti au pouvoir, même si les sondages pouvaient lui faire espérer jusqu’à entre 15 et même 20%.

Autre puni par les électeurs, le Labour Party qui avec 6.6% recule de près de 13 points. Il est notamment concurrencé par les Sociaux-Démocrates (Social Democrats) qui obtiennent 3% des voix, mais aussi par les Verts (Green Party) avec 2.7% (+0.9) et par le mouvement anti-austérité AAA-PBP avec 3.9% des voix (+1.7).

Les formations indépendantes, candidats indépendants aussi bien qu’alliance des indépendants (Independent Alliance), obtiennent en tout 17.2% des voix (+5.1), ce qui témoigne de l’insatisfaction de nombreux électeurs par rapport aux formations institutionnelles classiques.

Une formation nouvelle de centre-droit, le mouvement Renua Ireland (« Nouvelle Ere »), émerge doucement avec 2.2% des voix pour une première candidature aux élections législatives. En revanche, malgré un contexte migratoire européen très inquiétant, la « droite nationale » représentée par les Démocrates Catholiques (Catholic Democrats) continue de ne pas peser, n’obtenant que 0.1% des voix.

Pour la première fois, les deux grands partis de centre-droit (FG et FF) n’obtiennent pas 50% des voix (49.8%) mais cet affaiblissement ne profite pas à la gauche classique (Labour) et pas autant au Sinn Fein que ce dernier pouvait l’espérer. C’est au bénéfice de petites formations nouvelles, de gauche ou de centre-droit, mais surtout au profit des candidats indépendants des partis, que les votes sont allés.

Se profile en conséquence une grande coalition Fine Gael / Fianna Fail qui ne peut néanmoins que favoriser les mouvements d’opposition et notamment le Sinn Fein. L’Irlande elle aussi entre dans l’ère de l’instabilité politique, même si cela se fait davantage au profit de la gauche, comme en Espagne et au Portugal, que d’une droite de conviction encore très marginale, le Sinn Fein ne relevant pas d’un national-populisme mais d’une sociale-démocratie plus ou moins patriote.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

21/02/2016

Le projet européen et le Brexit

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brexit1.jpgNous allons découvrir un paradoxe. Il ne s'agit pas de donner du crédit aux délires des souverainistes britanniques qui ne sont jamais que des souverainistes parmi d'autres. Il s'agit d'une simple constatation ; si l'on avait mis en place une Europe intégrée digne de ce nom, bien des exigences de David Cameron se seraient trouvées sans objet.

Le reproche fondamental fait au projet actuel par beaucoup de citoyens britanniques est qu'il comporte une fuite en avant, l'adhésion à "toujours plus d'Europe". Quand on regarde de près, on s'aperçoit que c'est surtout jusqu'ici un "toujours plus de n'importe quoi". De fait c'est avant tout un élargissement sans précaution qui s'opère, au détriment d'une plus grande intégration, ce qui va d'ailleurs dans le sens souhaité par les dirigeants britanniques eux-mêmes.

Mais, quoi qu'il en soit, il n'est pas décent de demander de monter dans un bus dont on ne connait pas la destination, de s'inscrire dans un processus dont on ne connait pas la finalité. Un projet de construction européenne décent aurait dû dire d'emblée où l'on voulait aller et avec qui. Or on fait toujours semblant d'intégrer la Turquie en même temps qu'on évoque un gouvernement économique à la carte. Peut-être envisager comme but ultime une république fédérale étendue au continent européen --- et à lui seul --- n'aurait pas eu la faveur de certains états de l'Union, mais cela aurait permis d'avancer résolument et, in fine, tous les états auraient rejoint un tel projet.

La première demande formulée par David Cameron concernait la restriction des aides sociales aux migrants. Il lui a bien été donné satisfaction, mais au prix d'un système complexe qui ne résout que partiellement le problème. Dans une Europe fédérale intégrée, un même principe devrait s'appliquer partout avec, dans un premier temps, des réglages un peu différents suivant les régions de certains paramètres, comme les niveaux de TVA, de salaire minimum, ou encore de soutien aux familles. Après tout la très jacobine République française avait instauré pour les fonctionnaires une indemnité de résidence variable suivant les localités. Mais le soutien aux familles serait apporté là où sont les familles, indépendamment du lieu de l'emploi d'un de ses membres. Par ailleurs, lorsque l'harmonisation serait atteinte, il ne faudrait pas pour autant créer des incitations aux migrations internes. Ainsi ce premier point serait-il sans objet.

La seconde demande était la supériorité de la loi anglaise sur la loi européenne. Un système de "carton rouge" a été accordé aux britanniques, mais sous la forme d'une usine à gaz qui déconsidère l'Union en même temps qu'elle ne démontre pas une faisabilité évidente. De quoi les citoyens britanniques ont-ils peur ? De perdre avec l'Europe une indépendance diplomatique qu'ils ont abdiquée depuis longtemps au bénéfice des Etats-unis ? De perdre une indépendance militaire qu'ils ont cédé à l'OTAN ? Non, ils ont juste peur de perdre certaines coutumes auxquelles ils tiennent. Si le projet européen allait dans le sens d'une véritable Europe fédérale, il se concentrerait sur les questions régaliennes, laissant les autres sujets à l'appréciation des régions. Autrement dit le second point serait aussi sans objet.

Sur les autres demandes, comme la protection vis-à-vis des crises de l'Euro, David Cameron n'a obtenu que des réponses symboliques. En fait les exigences britanniques sont exclusivement calibrées par rapport à une Union dont le fonctionnement est chaotique. Elles ne s'adressent pas à ce qui peut concerner un projet européen. Si d'aventure le Royaume uni quittait l'Europe, avec le risque de se réduire à la seule Angleterre, et que les européens continentaux en profitaient pour bâtir un état fédéral, alors la question se poserait de son adhésion ou plutôt de son intégration. Mais ce seraient bien d'autres aspects, plus sérieux, qu'il faudrait alors peser. Surtout le fait de ne pas avoir pu participer à l'élaboration des structures de cet état serait cruellement ressenti.

Par exemple, pour parler d'un sujet régalien autrement plus délicat que le nom de la monnaie voire que la protection sociale pour laquelle les britanniques ont tout changé chez eux, quel système judiciaire faudra-t-il donner demain à l'Europe? Le système anglais n'est pas si mauvais. Ne peut-on pas s'en inspirer un peu? Faut-il lui tourner résolument le dos? Il serait absurde de penser que chaque état actuel dispose du système convenant le mieux à sa propre nature. La comparaison ne peut qu'être bénéfique.

En réalité l'Union actuelle est une mise en commun de tous les défauts des états qui la composent : atlantisme aveugle chez les Anglais, atlantisme et russophobie chez les Polonais, repentance perpétuelle chez les Allemands, tropisme colonial chez les Anglais et les Français … Et ce que veulent fondamentalement les souverainistes, c'est garder leurs vilains défauts pour eux seuls. Certes ce n'est pas pire que de contaminer les autres, comme on le fait aujourd'hui, mais c'est affligeant tout de même. En conclusion, tout le monde est dans une impasse. Les tenants de l'Union qui ont capitulé, comme les souverainistes qui ne se posent pas les bonnes questions. La vérité est ailleurs, chez les vrais partisans de l'Europe.

Pierre EISNER (Le Parti des Européens)

14/02/2016

De l’impasse souverainiste au défilé des Européens ? (2/2)

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Europe,révolution,Européens,putsch,StrasbourgSi le souverainisme français ne propose qu’une impasse, on l’a vu, et la situation est d’ailleurs assez comparable chez nos voisins européens, à quelques nuances institutionnelles près, il pourrait en revanche exister une solution européenne, continentale, audacieuse, qui consisterait à une rupture politique au niveau de Strasbourg et non plus au niveau de Paris ou de Berlin et ce par la voie démocratique.

Des conditions préalables à cette rupture sont impérativement requises. Il s’agit en premier lieu de disposer d’un parti politique unitaire de rassemblement des Européens sur une ligne révolutionnaire. Il s’agit ensuite de faire émerger ledit parti, bénéficiant alors de ralliements populaires significatifs et d’une médiatisation suffisante, afin qu’il soit en mesure d’obtenir au moins 30% des voix au niveau de l’actuelle Union Européenne et donc de faire entrer au sein du parlement de Strasbourg un nombre très important de députés.

Dans ce contexte favorable, ledit parti bénéficierait d’un groupe conséquent au parlement et serait en mesure de bloquer le fonctionnement de ses institutions, d’empêcher le petit jeu droite/gauche de répartition d’un pouvoir certes symbolique (présidence du parlement, présidence des commissions), de refuser par principe le candidat à la présidence de la commission présenté par les Etats, en proposant éventuellement son propre candidat issu de ses rangs.

Avec une forte minorité de l’opinion publique derrière soi, nombreux députés de la droite et du centre seront sans doute tentés d’un rapprochement avec ledit parti européen, lui permettant alors de disposer d’une majorité de basculement. Dans ce cadre, le Parlement Européen s’auto-proclamerait assemblée européenne constituante. Ce schéma rappelle fortement les bases de ce qui allait devenir la révolution française entre mai et juillet 1789. A l’époque, le Tiers-Etat, confronté à un pouvoir vacillant et à un roi pusillanime, avait obtenu le doublement de sa représentation, avant de rompre finalement avec les institutions monarchiques lors du célèbre serment du jeu de paume en fondant l’assemblée nationale constituante.

Il s’agirait donc ni plus ni moins de ce que Helmut Schmidt, qui était partisan de cette solution pour faire avancer l’Europe, a appelé un « putsch démocratique » contre les Etats, contre les gouvernements et donc contre la Commission dont les membres sont mis en place par lesdits gouvernements.

En 1789, le roi de France, après avoir cédé à plusieurs reprises, et on imagine aisément nos gouvernements actuels, démissionnaires dans la crise des migrants par exemple, agir de même, voulut reprendre la main en attirant des troupes mercenaires à Paris, de manière à mâter les « insurgés institutionnels », déclenchant alors l’ire populaire des Parisiens, ces derniers s’emparant violemment de la si insignifiante prison de la Bastille et amenant le roi à céder sur toute la ligne. Louis XVI chercha par la suite secrètement à étouffer la révolution en encourageant une intervention étrangère, ce qui amena à sa fuite et son arrestation à Varennes, et à la victoire contre toute attente de Valmy face à la coalition « internationale ».

De la même manière, les gouvernements nationaux chercheront à étouffer cette révolution européenne naissante en faisant appel à l’armée. Mais ceux-ci, impuissants et lâches, céderont probablement très rapidement. L’idée même de faire tirer sur des Européens amassés autour de Strasbourg afin de défendre les « acquis de la révolution » leur sera odieuse, alors même qu’ils sont incapables de toute façon de faire tirer sur qui que ce soit. En outre, un parti capable d’obtenir 30% des voix aura de nombreux relais de fait dans les armées nationales. L’exemple de l’empire romain rappelle que nombreux furent les empereurs à finir sous le glaive de leurs propres troupes.

Mais si les gouvernements nationaux sont défaillants, il est probable qu’une coalition internationale pilotée par l’OTAN, donc par les USA, pourra voir le jour. Une telle ingérence américaine, inévitable, ne pourrait alors qu’amener un autre acteur à rentrer dans le jeu, à savoir la Russie. Cette dernière aurait tout intérêt à neutraliser tout interventionnisme atlantiste et aurait le beau rôle en protégeant de fait l’expression populaire européenne.

Europe,révolution,Européens,putsch,StrasbourgIl est alors possible que l’armée européenne ne naisse pas par décision du politique mais sur le terrain, par le ralliement à la révolution de généraux et de troupes venus de tout le continent, à l’instar de Louis Rossel pour la Commune de Paris. L’armée européenne naîtrait au combat, et l’Europe unie connaîtrait son Valmy.

Mais ce schéma changerait toute la donne. L’Etat Européen naîtrait par un enfantement douloureux, comme tout régime naissant face à un contexte tendu. Mais il serait délié de toute allégeance institutionnelle, ne rendant compte que devant le peuple, c'est-à-dire les Européens. Il ne serait plus tenu par aucun traité, aucune convention internationale, aucune constitution verrouillée, aucun droit « devenu fou ». Il pourrait tout faire une fois les soubresauts de sa naissance rapidement digérés.

En résumé, les souverainistes ne pourront rien faire mais des « européistes » révolutionnaires dans le style de ceux que je décris ici pourraient non seulement arriver au pouvoir à un niveau pertinent pour agir librement, c'est-à-dire au niveau de l’Union Européenne actuelle, mais pourraient radicalement changer les politiques actuelles et passées, et redonner aux Européens, au détriment de leurs anciennes élites nationales dévoyées, leur véritable souveraineté, non pas théorique comme le prônent les souverainistes « nationaux », mais une souveraineté continentale réelle dans le cadre d’une Europe unie solide et puissante.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

De l’impasse souverainiste au défilé des Européens ? (1/2)

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ue_mayk_knife_presseurop.jpgLa lecture du dernier ouvrage de Bruno Mégret, ancien haut responsable du Front National dans les années 90, ouvrage intitulé « Le temps du phénix », évoque sous la forme d’un récit l’arrivée hypothétique en 2017 d’un nouveau président élu sur une ligne « nationale » et la politique que ce dernier mènerait pendant cinq ans pour changer les choses. Au final, le bilan serait maigre alors même qu’il aurait fait preuve d’une force de conviction exceptionnelle, d’une fine stratégie et de beaucoup d’audace. Mais ce serait un programme correct pour « Les Républicains » si ceux-ci avaient un chef digne de ce nom à leur tête.

Beaucoup de citoyens d’obédience « souverainiste » imaginent de la même façon l’arrivée du Front National au pouvoir. C’est pourtant une illusion, pas seulement parce qu’il est hautement improbable que le FN gagne un jour les élections présidentielles, encore moins en conservant sa ligne actuelle et sa façon de se gouverner lui-même, et dans la foulée les élections législatives. La cinquième république, calibrée idéalement en apparence pour le seul De Gaulle, ce qui n’a pas empêché le grand homme d’être contraint à une sortie bien peu glorieuse, est verrouillée de telle manière qu’aucun parti révolutionnaire et/ou alternatif qui remettrait en cause le « socle des valeurs » admis par le régime en place ne pourra jamais arriver au pouvoir. C’est la même chose en Allemagne où la « loi fondamentale » est destinée à empêcher que l’histoire ne se répète et qu’un doctrinaire plébéien accède au pouvoir.

S’entêter comme le font les souverainistes et nationalistes eurosceptiques à chercher une solution politique nationale, qui plus est démocratique, est déraisonnable, mais penser à une solution continentale serait franchir un Rubicon mental qui leur semble indépassable.

Voyons donc les conditions requises pour que le FN réussisse hypothétiquement à accéder au pouvoir et surtout à vraiment changer les choses.

En premier lieu, il faudrait que son parti gonfle considérablement, attire et conserve des autorités morales, intellectuels ou hauts fonctionnaires, en dehors de l’énarque en chef qui sert à sa dirigeante de second. Or ce dernier « coupe » toute tête qui dépasse afin de conserver son emprise sur le parti. Il faudrait aussi que le FN soit dirigé par une personnalité remarquable, qui dispose à la fois des qualités du fondateur et de la modernité de l’héritière. Deux conditions non réunies aujourd’hui.

Ensuite, il faudrait que ce parti obtienne au premier tour un score quasiment de plus de 40%. On a vu qu’aux régionales même un tel score n’était pas suffisant face à une grande coalition de tous contre le FN. Or rien n’indique que le jeu de propagande de 2002, même atténué, ne reprenne pas en 2017 (par exemple). Et enfin il devrait arriver à dépasser la barre de 50% sur une ligne non centriste, alors que le second tour implique de mettre de l’eau dans son vin et de proposer un consensus acceptable. Or le succès du FN tient justement à sa ligne hétérodoxe et aux persécutions dont il est victime par le système politico-médiatique pour cette raison.

Rappelons en outre que la ligne anti-UE et anti-€ est anxiogène pour de nombreux électeurs, une ligne que Marine Le Pen ne veut pas remettre en question, pensant y voir la seule façon de se distinguer de la droite classique, sachant qu’elle ne veut pas mettre trop en avant le thème migratoire, surtout sur une ligne « ethniciste » qu’attendent pourtant ses électeurs, car il est diabolisant.

Mais allons au bout de l’équation. Le FN devra donc, sans alliés et sans coalition, gagner les présidentielles et les législatives qui suivent. Car toute coalition impliquera compromission et donc des renoncements sur des éléments clé du projet qu’on prête à ce parti. Mais cela ne suffira pas. Le Sénat sera verrouillé et il faudra alors au moins sept ans de victoires locales ininterrompues pour s’en emparer. Actuellement, le FN ne dispose que de deux sénateurs et un seul député stricto sensu, en plus d’un apparenté. Qui peut imaginer un parti impuissant pendant cinq ans à cause du Sénat gagner toutes les élections intermédiaires, municipales et départementales.

Or, sans le Sénat de son côté, impossible de se débarrasser du Conseil Constitutionnel, de modifier les traités internationaux, d’amender la constitution en supprimant des  principes délétères repris ensuite dans la DUDH de 1948.

Moralité ? Même si le FN gagnait toutes les élections nationales, présidentielles et législatives, et cette hypothèse paraît invraisemblable en l’état, il ne pourrait rien changer à la situation de la France et serait balayé aux élections suivantes. En rester à cette stratégie en liant l’avenir à ce seul parti, à la personnalité qui en est à sa tête et à ce seul cadre politique, serait suicidaire. Cette ligne du FN est d’ailleurs la même à DLF, où Nicolas Dupont-Aignan n’envisage que l’élection présidentielle, la « mère des batailles » comme disait Jean-Marie Le Pen.

Et il ne faudrait pas oublier les pressions internationales, diplomatiques et surtout économiques, tant de la part de l’Union Européenne, même si elle est assez impuissante, que de nos partenaires européens. Même l’abandon de l’euro et la rupture avec l’UE n’auraient pas lieu. D’ailleurs, dans son ouvrage, le président version Bruno Mégret conserve l’euro et maintient l’adhésion à l’Union Européenne, même s’il tente avec plus ou moins de succès de la réformer.

Le souverainisme ne propose donc qu’une impasse politique, au nom de postulats de principe qu’il refuse de remettre en question, et notamment le rejet de l’idée européenne, s’entêtant à imaginer un président idéal libéré des entraves d’institutions dont les souverainistes souhaitent la pérennité voire le renforcement au détriment de l’actuelle Union Européenne, pourtant impuissante.

Nous verrons dans une seconde partie qu’il existe un défilé des Européens, un passage étroit et arpenté, qui pourrait permettre aux Français et aux autres Européens, au prix d’une certaine audace, de s’en sortir et d’assurer au niveau continental le relèvement civilisationnel de l’Europe entière.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

07/02/2016

Les animaux sacrés et leur nom tabou chez les Indo-Européens

religion.pngbears.jpgLes Indo-Européens associaient généralement les grands prédateurs, qu’ils admiraient, à leur dieu de la guerre (*Maworts). Deux espèces parmi toutes étaient particulièrement honorées, à savoir l’ours (*ərktos) et le loup (*wlkwos), reconnus pour leur esprit combatif. Les guerriers sacrés du monde germanique se partageaient d’ailleurs entre les Berserkir (guerriers-ours) et les Ulfhednar (guerriers-loups).

Ces animaux étant admirés et en même temps pour les mêmes raisons très craints, les peuples indo-européens connurent une étrange pratique, à savoir tabouiser le nom originel de l’animal, de peur que de l’appeler par son nom véritable ne l’attire. C’est notamment le cas de l’ours.

Son nom indo-européen *ərktos a été conservé au sein de peuples qui n’étaient pas amenés à le côtoyer régulièrement. C’est ainsi que les Grecs continuèrent de l’appeler αρκτος, même si en grec moderne son nom devint féminin (αρκουδα), de même que les Latins l’appelèrent ursus et les anciens Indiens ṛksas (et aussi arménien arj, vieux-perse arša, farsi xers). Plus surprenant encore, les Basques s’approprièrent le nom indo-européen de cet animal sans doute de bonne heure en le nommant hartz.

Le monde celte pour qui l’ours symbolisait la royauté conserva également son nom, en gaulois *artos, en gallois moderne arth, en breton arzh. Le roi Arthur était ainsi un grand roi (ardri) ours alors que Merlin l’enchanteur apparaissait dans le rôle du druide suprême (ardrui).

Mais progressivement le nom de l’animal devint un secret. Ainsi les Ecossais l’appelèrent math « le bon » pour atténuer son légendaire courroux, et les Irlandais modernes le nomment en gaélique béar, qui n’est autre qu’un emprunt à l’anglais bear.

Ce dernier terme est un emprunt aux langues germaniques (anglais bear, allemand Bär, suédois björn) et signifie « le brun ». Les peuples germano-scandinaves en effet craignaient davantage le loup, tout comme en général les peuples du nord, à l’exception des Celtes. En le surnommant par sa couleur, les Germains évitaient ainsi sa rencontre. Ce raisonnement fut exactement le même dans le monde slave, où l’ours devient le « mangeur de miel » (russe медведь), et dans le monde balte où il fut appelé locys en lituanien (lācis en letton), « le lècheur ».

Alors que les Celtes ne semblaient donc pas craindre l’ours, il en fut différemment du loup, plutôt associé au monde des morts. C’est lui qu’ils choisirent de tabouiser. Si le nom gaulois originel du loup fut sans doute *volcos, très vite ce dernier terme fut remplacé par bledos, « le gris ». C’est ainsi qu’en breton le loup est bleiz (cornique bleydh, gallois blaidd, gaélique faol).

Les autres peuples indo-européens en revanche conservèrent tous son nom traditionnel *wlkwos (grec λυκος, latin lupus, scandinave ulfr, sanscrit vṛkas, russe волк, lituanien vilkas, arménien gayl).

Le « brun » et le « gris », associés pourtant défavorablement par exemple dans le Roman de Renart, étaient donc des animaux consacrés à la royauté et à la guerre chez les Indo-Européens. Le Mars romain, dieu des loups, rappelle que les anciennes confréries guerrières (Männerbund) aimaient se comparer à une meute. Le loup, tout comme l’ours, est également un animal-guide. C’est un loup d’acier (gelezinis vilkas) qui guida le roi lituanien Gediminas vers la colline où il devait construire Vilnius, sa future capitale. Quant au mythe de Romulus et Rémus nourris par une louve, cela rappelle l’enfant-loup de la tradition indienne (« Mowgli »).

Songeons aussi à la déesse-ourse, divinité vierge gardienne des forêts et chasseresse, l'Artio celte mais aussi l'Ar(c)témis grecque. Les jeunes filles se déguisaient en ourses au moment du passage à l'adolescence dans la Grèce classique.

Enfin, ce mythe selon lequel Arthur reviendrait d’Avallon ramener la paix sur la Bretagne est évidemment une comparaison avec l’ours qui hiberne dans sa grotte. C’est le thème du « retour du roi » qu’on retrouve aussi dans le monde germanique associé à l’empereur Frédéric.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens/LBTF)

23:20 Publié dans Analyses, Religion | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : loup, ours, tabou | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Les raisons du refus de l'adhésion turque à l'Union Européenne

Europe.pngTurquie.jpgDeux promesses inconsidérées avaient été faites à la Turquie. En 1963, De Gaulle et Adenauer, agréablement surpris par les résultats de la « révolution kémaliste », avaient indiqué que la Turquie pourrait faire partie de la CEE à peine née (1957) qui se résumait alors à l’idée d’un marché commun, sans aucun attribut politique, ce à quoi De Gaulle était farouchement opposé. En 2005, au prix d’une négociation douteuse, où l’Autriche leva son veto en échange de la promesse d’une adhésion accélérée de la Croatie, des pourparlers d’adhésion avec la Turquie furent ouverts, alors même qu’une telle proposition n’avait pas été faite à des pays réellement européens, comme la Serbie ou l’Albanie par exemple. C’était évidemment absurde.

La Turquie en effet a une indéniable dimension eurasiatique, que n’a pas la Russie contrairement à ce que beaucoup croient, et ne saurait être qualifiée d’européenne, même si elle a en elle une part d’européanité, illustrée notamment par les Turcs Blancs (beyaz Türkler) d’où fut issu Atatürk en personne. Le peuplement anatolien d’origine, pré-indo-européen et pré-sémitique, semble avoir résisté à deux millénaires de vagues indo-européennes (Hittites, Arméniens, Phrygiens, Grecs, Perses et Latins) et caucasiennes (Lazes, Circassiens) mais aussi à la vague altaïque des Turcs Oghuz, peu nombreux et qui se fondirent dans la population native tout en lui imposant la langue turque et l’islam, et aussi en partie au brassage interne de l’empire ottoman (avec des populations européennes et non-européennes).

Si la Turquie est partiellement européenne pour ces raisons, sa culture et son histoire politique de ces cinq derniers millénaires se sont établies contre la civilisation européenne. La Turquie, sous les traits de l’empire ottoman, a pu assiéger Vienne à deux reprises, sans oublier ce qu’elle a fait subir à plusieurs peuples européens, dont Grecs, Serbes et Albanais, sans parler de sa conquête de Constantinople, et de la mort héroïque de Constantin XI Dragasès. Cette histoire ancienne ne saurait être tenue pour négligeable, malgré l’alliance contre nature entre François Ier et Soliman, une tache honteuse sur le règne de ce grand roi de France. Je songe encore à la bataille de Missolonghi où de courageux Grecs offrirent leur vie pour leur patrie et pour l’Europe entière.

Alors bien sûr il y a le mirage kémaliste. On oublie bien souvent que Kemal Atatürk a établi son régime sur une victoire contre les Grecs et ainsi l’exil de 500.000 Grecs vers la Grèce indépendante en 1920, et sur la répression de tout ce qui n’était pas turco-musulman. Atatürk sur un plan personnel détestait la religion établie qu’avait adopté son peuple à la sortie de l’Asie Centrale dix siècles auparavant. Il réprouvait des principes qu’il considérait comme archaïques et méprisables. C’est ainsi que naquit la laïcité turque, mais une laïcité qui faisait de l’islam la religion nationale de la Turquie, pour peu que cet islam se réforme dans le sens imposé par Atatürk, à savoir avec un Allah rebaptisé Tanri, un Coran écrit en turc, sans califat, sans voile pour les femmes, sans fez pour les hommes, en prenant comme référence le droit civil suisse.

Mais Atatürk, aussi fascinant et déterminé qu’il ait pu être, n’a pas gouverné 20 ans. Il est mort en 1938 à la veille de la seconde guerre mondiale. On ignore d’ailleurs quel camp il aurait choisi. Sa révolution fut inachevée et Inönü déjà d’en atténuer les effets. Un consensus mou s’établit alors. Les islamistes radicaux étaient écartés du pouvoir à l’instar de ce qui arriva à Erbackan dans les années 90. Mais même au sein du nationalisme laïc du MHP, une forme d’islamo-nationalisme grandissait. C’est sur les paysans anatoliens (« Kara Türkler ») et sur cette synthèse d’islam et de nationalisme turc que devait s’établir l’AKP, au nom de promesses mensongères faites à la bourgeoisie turque, à peine sortie d’un gouvernement de coalition critiqué pour corruption et dont seul le MHP et le CHP réussir à survivre difficilement. Le développement économique et le processus d’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne permirent à Erdogan de s’imposer et de briser un par un ses adversaires.

En 2008, l’armée et les institutions « kémalistes » ont tenté d’interdire l’AKP pour viol de la constitution. Cela s’est joué à un membre de la Cour Suprême près. L’AKP survécut et désormais Erdogan écrasa brutalement tous ces adversaires, par le biais de grands procès liées à une obscure affaire où une organisation secrète, « Ergenekon », aurait conspiré contre le gouvernement. Des journalistes et des hauts gradés de l’armée furent arrêtés. Erdogan liquida ainsi l’héritage de Mustafa Kemal d’un trait de plume.

La réislamisation de la société turque sous son impulsion est une réalité. La politique répressive à l’égard des Kurdes, qui a amené le gouvernement turc à des relations bien troubles avec l’EI en Irak et en Syrie, en est une autre. La provocation vis-à-vis de la Russie, avec ce chasseur abattu, en est encore une autre. On voit bien que l’AKP d’Erdogan, qui a même réussi à marginaliser l’ancien président plus modéré, et pourtant issu de ses rangs, Abdullah Gül, domine la société et même quand il titube comme en début d’année 2015, il arrive à rebondir quelques mois après au prix d’une nouvelle guerre en pays kurde et à l’issue d’attentats criminels aux origines obscures, ralliant 4 ou 5 points d’électeurs MHP lui permettant de retrouver cette majorité parlementaire tant espérée pour qu’Erdogan puisse se tailler un costume de super-président. Le scandale n’est pas que la Turquie se dote de manière souveraine du gouvernement qu’elle souhaite et qu’elle se colore à nouveau de vert. C’est son affaire.

Le scandale est que l’Union Européenne n’en tienne pas compte, en arrêtant ce processus d’adhésion contre-nature. Or que fait-elle sous l’impulsion d’Angela Merkel, et ce en raison de migrants prétendument syriens qui déferlent sur l’Allemagne (et le reste de l’Europe occidentale), parce que la Turquie facilite en réalité leur départ vers notre continent ? Elle rouvre les pourparlers d’adhésion, ouvrant un nouveau chapitre, alors même qu’Ankara continue de ne pas reconnaître la Chypre grecque et continue son occupation illégale (depuis 1974) du nord-est de l’île. Elle offre plusieurs milliards d’euros à Erdogan pour qu’il garde les migrants sur son territoire. Elle prône de manière suicidaire la suppression des visas turcs pour l’espace Schengen, alors qu’on sait que de nombreux faux passeports syriens et turcs pullulent.

Notre position est très claire et en rupture avec cette ligne politique aberrante. Il s’agit de doter l’UE de véritables frontières et que ces dernières soient respectées par la Turquie, de décréter la fin de l’occupation de Chypre, et surtout de mettre fin au plus tôt au processus d’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne, ouvert de manière inconsidérée par des gouvernements sans mandat. La Turquie n’est pas européenne, même si elle a une part d’Europe en elle, et certainement pas parce qu’elle a conservé la Thrace (3% de son territoire, 5% de sa population) qui aurait dû lui être reprise en 1913 puis dans le cadre du traité de Sèvres (1920). Cette position dure ne m’empêche pas de souhaiter pour le bien du peuple turc lui-même la chute du gouvernement AKP et la mise en avant d’un néo-kémalisme. Mais les signes actuels donnent peu d’espoir d’un tel renouveau à brève ou moyenne échéance. Et cela ne m’empêche pas de souligner l’amitié que l’Europe entendra préserver avec la Turquie si cette dernière parvient à se libérer de cette régression idéologique qui préside actuellement à ses destinées.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

Les (non-)institutions de l’Union Européenne. Le mythe d'une Europe fédérale

Europe.pngUnion Européenne,impuissance,institutions,Etats,gouvernements,parlement européenOn lui prête l’ambition, qu’on en partage l’idée ou qu’on s’y oppose, d’être une Europe fédérale. Mais l’Union Européenne est certes une Europe des Etats mais sans un Etat pilote pour la diriger. Et surtout, elle ne peut en aucune manière être considérée comme indépendante des gouvernements des Etats, bien au contraire. Il est donc assez malhonnête intellectuellement d’accuser l’UE de politiques qui lui sont imposées par ceux qui la pilotent, les chefs d’Etat et de gouvernement, même s’il est clair que les (prétendus) dirigeants de l’Union Européenne en partagent pleinement les objectifs et l’idéologie. Analysons donc brièvement les différentes structures de l’actuelle Union Européenne.

Il y a en premier lieu la fameuse Présidence Européenne. Le président en exercice est l’ancien premier ministre polonais Donald Tusk, sauvé in extremis d’une débacle électorale par cette promotion inespérée, alors même que son adversaire, le PiS de Jaroslaw Kaczynski, a fini par arriver au pouvoir à Varsovie. A-t-il été élu par les Européens comme c’est le cas du président américain aux USA ? Sûrement pas. Il a été choisi par les chefs d’état et de gouvernement dont il n’est que le missus dominicus, chargé d’appliquer la politique que ces derniers soutiennent, sans aucune marge d’autonomie et dans un silence assourdissant. Autant dire que Donald Tusk ne décide de rien, tout comme la responsable officielle de la diplomatie de l’UE, l’italienne Federica Mogherini, parfaitement silencieuse et inexistante.

Il y a ensuite la célèbre et si décriée Commission Européenne, qui dispose théoriquement de l’initiative des lois. En réalité, chaque commissaire représente un des 28 pays membres et il est choisi par le chef d’état et/ou de gouvernement de son pays. C’est ainsi que Pierre Moscovici, ancien ministre du gouvernement français, a été imposé à Bruxelles par François Hollande. Là encore le président de cette institution, le luxembourgeois Jean-Claude Juncker, pourtant inquiété pour des affaires financières douteuses, a été choisi par les chefs d’état et de gouvernement à l’issue d’une joute entre le Royaume-Uni et l’Allemagne et donc d’une négociation entre partenaires. Autant dire que Juncker ne décide de rien non plus et se contente d’exercer une fonction théorique, le véritable pouvoir étant auprès de ceux qui l’ont choisi.

Le véritable pouvoir décisionnel au sein de l’UE est détenu par deux conseils, le Conseil de l’Union Européenne, qui réunit les ministres concernés dans un domaine spécifique, et le Conseil Européen, dont sont membres les chefs d’état et de gouvernement. Là encore, on oublie de rappeler que ce sont eux qui décident de l’initiative des lois et directives. Il est mensonger de leur part de faire croire qu’ils combattent à Paris ou à Berlin certaines politiques européennes qu’ils prônent en réalité à Bruxelles.

Reste le Parlement Européen. Celui-ci a certes gagné quelques pouvoirs comme de pouvoir refuser les commissaires proposés par les Etats mais c’est un pouvoir dont il n’use guère. Le PE est divisé en deux camps principaux, le PPE et l’ASDE, qui se mettent d’accord en permanence et se partagent le pouvoir. PPE et ASDE ne sont pas de vrais partis politiques mais des coalitions de partis nationaux mises en place pour des raisons techniques et financières. Là encore ce sont les chefs d’état et de gouvernement, ou leurs principaux opposants à l’intérieur du Système, qui décident de tout.

Mais le Parlement Européen dispose d’une relative légitimité populaire dont un parti politique courageux pourrait demain bénéficier et s’en servir comme d’un levier contre toutes les institutions susnommées et contre tous ceux qui les contrôlent, à savoir les gouvernements « nationaux ». C’est la stratégie que Le Parti Des Européens prône, à savoir opposer Strasbourg à Bruxelles, opposer le Parlement Européen à la Commission et aux deux Conseils, comme pendant les Etats Généraux en 1789 le Tiers-Etat s’est opposé à la noblesse, au clergé et au roi.

L’Union Européenne ne pourra être réorientée que si le Parlement Européen de Strasbourg prend son rôle vraiment au sérieux et ose s’opposer aux Etats au lieu de se soumettre servilement aux gouvernements et aux partis nationaux. L’actuelle n’est même pas l’embryon d’un Etat fédéral, malgré un euro qui de toute façon n’est pas imposé à tous les Etats membres. C’est une structure administrative résultant de traités entre Etats souverains qui s’accordent pour mettre en commun certaines politiques économiques impopulaires qu’ils approuvent en les faisant par cette institution fantôme. En réalité, les échecs et les erreurs de l’UE sont tous imputables aux gouvernements « nationaux », de droite comme de gauche. Et il va falloir oser le dire et le répéter !

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

27/01/2016

PSUNE. Bilan d’une décennie (2006-2016)

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6487.pngLe PSUNE a dix ans. Un âge avancé pour celui qui est pourtant resté encore au stade de l’embryon. C’est donc l’heure d’un bilan.

L’idée d’un parti national-européen, idée que d’autres jadis et notamment dans les années 60 ont défendue malheureusement sans succès, est née d’un constat, à savoir que le cadre national était devenu une impasse politique. Il suffit de songer à l’obsession présidentielle des dirigeants de tous les partis français et qui occulte tout le reste. Hollande, Sarkozy et Marine Le Pen en rêvent toutes les nuits, tout comme Mélenchon, Bayrou et même Dupont-Aignan. En 2017, il est d’ailleurs probable qu’on se retrouve avec à peu près les mêmes candidats qu’en 2012.

Le problème c’est que le président de la république n’a plus aucun pouvoir, autre que symbolique. Et que ce poste ne permet donc aucunement de changer quoi que ce soit. La faute n’en est pas à l’Union Européenne, aux pouvoirs très limités et aux dirigeants de toute façon nommés par les chefs d’état et de gouvernement. Elle est à l’image des Etats qui la composent. Or si le pouvoir n’est plus national, il n’est pas encore européen. En réalité, c’est à une véritable absence de (contre-)pouvoir que nous sommes confrontés. L’économie a en conséquence naturellement pris le pas sur le politique. C’est la malédiction de l’or. Car l’économie n’est en aucune manière une science exacte et s’apparente souvent à un jeu d’apprenti sorcier.

Les mots « souveraineté » et « indépendance » ne sont justement plus que des mots, des fétiches agités devant les peuples. Au niveau « national », c’est bien la politique américaine qui domine, même si la Russie tente tant bien que mal d’y résister. Elle est bien seule et se trouve obligée de faire des alliances contre-nature, et notamment avec la Chine, mettant à terme sa propre intégrité en danger.

L’idée était donc (et elle reste selon moi pleinement valide) de bâtir un Etat unitaire européen (EUE) contre les Etats « nationaux » et les gouvernements, selon le principe de jouer Strasbourg contre Bruxelles, le Parlement Européen contre la Commission, de jouer les Européens contre leurs prétendues « élites », afin par une auto-proclamation en assemblée européenne constituante, donc pas un « putsch européen », de renverser la table, de bâtir un Etat vierge juridiquement à l’échelle du continent. Cet Etat aurait pour missions de restaurer l’identité des peuples européens, de garantir à l’avenir sa pérennité, de donner à l’Europe une véritable indépendance par rapport aux USA.

Le nom du PSUNE, parti destiné à porter cette idée révolutionnaire, était néanmoins très idéologisé et à l’issue d’une longue discussion entre les fondateurs et compagnons de route de cette aventure, avait été choisi comme le moins mauvais choix. Il s’est révélé néanmoins inadapté à l’objectif qui était le sien et surtout inadéquat par rapport à la communication politique contemporaine. Le mot « socialiste » est assez vite devenu inaudible et source d’incompréhension de gens susceptibles de nous rejoindre. En outre le mot national-européen, même si séparé par le mot « unitaire », était objectivement désastreux car l’association avec le premier terme pouvait créer là encore une confusion très dommageable.

Si son nom correspondait bien à notre vision des choses, à savoir la défense de l’unité politique des Européens et de ses travailleurs, sa complexité était un facteur défavorable à la réussite du projet. La politique médiatisée actuelle nécessite un grand esprit de synthèse. Le temps passé à expliquer ce que nous ne sommes pas est perdu pour énoncer ce que nous voulons.

Alors que la nécessité d’une Europe politique et identitaire est de plus en plus criante, l’impasse d’un retour en arrière illusoire promu par les populismes de toutes sortes étant en position dominante, et que les maux qui rongent notre civilisation s’aggravent rapidement, nous ne sommes pas au rendez-vous de l’histoire.

C’est pourquoi le PSUNE dès demain connaîtra sa mue pour renaître sous une forme plus efficace et plus explicite. Il changera ainsi de nom d’usage et de logo. Il se dotera d’un programme 2016 révisé qui ne devrait pas remettre en question les principes sur lesquels nous nous sommes établis. J’espère que ces changements vous surprendront favorablement, vous qui me suivez depuis plusieurs années.

A demain.

Thomas FERRIER (LBTF/PSUNE)

PS: le blog connaîtra également quelques légères modifications.

Les impasses de l’Union Européenne actuelle.

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UE.jpgA peine sortie dans la douleur, et sans noblesse, de la crise grecque, elle se plonge désormais dans la crise migratoire qu’elle subit par des décennies de laxisme, par des appels d’air insensés envoyés par exemple par l’actuelle chancelière allemande, par une idéologie de repentance qui l’oblige à courber l’échine devant n’importe quel individu qui se présente à ses frontières.

Certains Etats verrouillent à nouveau leurs frontières et construisent même des murs pour ne pas avoir à exprimer une « solidarité européenne » qui consisterait à accueillir sur leur sol ceux qu’ils sont en droit et même en devoir de ne pas accepter. Ce ne sont pas les Etats qui comme la Hongrie ferment la porte mais bien ceux qui la laissent ouverte et en premier lieu la Grèce du gauchiste Tsipras ou l’Allemagne de la libérale Merkel qu’il faudrait critiquer.

L’UE vacille sur ces fondations molles. Elle craint la sortie du Royaume-Uni (Brexit) qui montrerait que son expansion géographique jusqu’aux frontières du continent prend fin. L’idée qu’elle incarnerait l’avenir risquerait bien d’être largement dévaluée à partir du moment où un Etat important quitte le navire, même si c’est pour se réfugier dans les bras de l’Amérique et continuer son suicide migratoire de son côté, pour peu que le migrant soit issu du Commonwealth et pas de Pologne ou de Roumanie.

Il convient donc de refonder l’Europe, de la « réinventer » comme le dit Arnaud Leparmentier dans Le Monde du 27/01. Mais si le constat est juste, la solution se laisse désirer. Et Leparmentier, comme tant d’autres analystes, tombent dans les travers qu’il dénonce lui-même. Dans « Réinventer l’Europe : quels plans B ? », Leparmentier évoque les différentes (non-)solutions possibles.

La première solution qu’il balaie d’un revers de la main est le retour en arrière, qu’il associe notamment à Marine Le Pen. Or si la construction « européenne » actuelle est une impasse, si elle est incapable de trouver les solutions aux maux qui la rongent et rongent chacun des Etats qui la composent, il est logique et même normal de vouloir en sortir et de revenir sur ses bases de départ. Le problème est que l’Europe est sans doute au milieu de la rivière mais qu’elle a suivi le courant. En clair, la rive de départ n’est plus au même endroit. Le « retour en arrière » est donc illusoire et suicidaire, parce que ce serait se tourner vers une rive qu’un feu de forêt ravage. Ainsi il est totalement différent de ne pas adopter l’euro, ce que le Royaume-Uni et le Danemark ont fait, et de revenir à une monnaie nationale. Les interdépendances étatiques liées à l’euro ne sont pas si faciles que cela à briser et au prix d’un coût exorbitant. L’euro peut certes s’effondrer mais même ceux qui en théorisent (et en souhaitent) la chute n’auront alors que leurs yeux pour pleurer.

La seconde solution qu’il balaie aussi d’un autre revers est le « saut fédéral ». Pour lui, ce positionnement est inaudible et marginalisant, car « l’Europe (a été prise) en grippe ». Or pour quelqu’un qui comme Leparmentier dénonce l’immobilisme de l’actuelle UE, « le statu quo est destructeur », « l’Europe ne peut pas rester au milieu du gué », cette réaction est étrange. Et puis l’expression en tant que telle ne veut pas dire grand-chose. Veut-on évoquer un Super-Etat européen fédéral conservant les Etats actuels en mode affaibli? Il est bien évident qu’un tel Etat passerait nécessairement par une pleine collaboration des Etats « nationaux » à ce processus dont ils ne veulent à aucun prix. Ce serait en réalité la situation actuelle mais « déguisée » par des artifices institutionnels, exactement comme la fausse « constitution » rejetée en 2005. En réalité jamais l’Union Européenne ne s’est pensée comme autre chose qu’une Europe des Etats « nationaux », et ce n’est donc pas un saut fédéral qu’il faudrait oser mais un saut unitaire par le biais sans doute d’une révolution européenne.

L’Europe unie qui en résulterait pourrait très bien être fédérale à sa manière, sans d’ailleurs que les futurs Etats en question correspondent aux actuels et sans être tenue d’hériter de leurs politiques délétères passées.

Quant à l'impopularité de l'actuelle Union Européenne aux yeux des Européens eux-mêmes, ce qui est indéniable, elle ne saurait signifier un rejet de toute idée d'Europe politique par principe et certainement pas de cette Europe unie dont l'émergence dépendrait nécessairement du soutien populaire.

Il écarte également une seconde solution « bis » qui serait un processus révolutionnaire auquel il n’associe que l’extrême-gauche. Pour Leparmentier, la mondialisation n’est pas une option mais une réalité à accepter. Mais l’extrême-gauche partage le même avis, prônant un alter-mondialisme qui n’est qu’une autre face du mondialisme. Tsipras et la Troïka, même combat.

Vient alors la solution qu’il prône et qu’il est allé chercher chez l’eurosceptique Védrine. Et là, on s’interroge. Aux yeux de Leparmentier, la « marche en avant » se résume à une « harmonisation budgétaire et fiscale » de la zone euro et « de vraies frontières extérieures à Schengen ». Vœux pieux. Les leçons de l’échec relatif de l’euro et de Schengen n’ont visiblement pas été comprises. Rien ne sera possible sans Etat européen unitaire ! Des frontières et une monnaie sans un Etat pour les piloter, cela ne fonctionne pas. Et comme aujourd’hui on maintient une division fétichisée de peur d’oser l’unité. Dans ce cas, pourquoi reprocher aux eurosceptiques de vouloir mettre fin à cette « aventure » ? C’est leur donner raison. C’est leur dire qu’en effet une Europe unie relève d’une utopie. Mieux vaut alors mettre fin à l’Union Européenne, à sa monnaie unique, à son marché commun, à son espace sans frontières intérieures.

Ainsi (si mal) défendue, l’Union Européenne est perdue. L’Etat unitaire est la seule solution de son salut. Il évitera un mortifère retour en arrière, alors que les Etats « nationaux » n’ont plus les moyens d’une politique indépendante et resteront ad vitam aeternam les vassaux d’ « Uncle Sam », et aussi les égarements d’une Union Européenne perdue dans les délires du mondialisme idéologique et de la mondialisation économique.

Pour disposer autour de l’Europe de véritables frontières, en y associant nos partenaires naturels, les Russes notamment, il faut un Etat pilote, un Etat européen stratège qui en ait le contrôle total et qui ne délègue pas cette mission aux Etats « nationaux ». Et de toute façon, des frontières ne serviraient à rien sans définition de qui a vocation à en faire partie et qui n’a pas vocation à en faire partie. Cela ne se limite pas à la question de la Turquie à laquelle il faudrait opposer un non définitif. Cela pose les questions de l’identité européenne et donc de la nationalité européenne. Une Europe politique authentique devrait donc de ne pas être tributaire des politiques (suicidaires) passées des Etats mais permettre d’agir sans carcans, et de remettre en cause un demi-siècle de naïvetés humanistes et de folies mondialistes.

Thomas FERRIER

17/01/2016

Valeurs universelles contre valeurs européennes !

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Dans un article publié dans Le dix.jpgMonde « Culture et Idées » daté du 16/01/2016, l’historien Emmanuel Droit oppose Angela Merkel et Marine Le Pen, expliquant ainsi qu’il faudrait soutenir la première parce qu’elle prônerait une Allemagne « européenne, humaniste, défendant des valeurs universelles » sous prétexte de l’ouverture qu’elle a affichée vis-à-vis de prétendus réfugiés et qui a abouti aux conséquences déplorables qu’on connaît.

Cette définition m’a interpelé. En premier lieu, il est surprenant de définir l’Allemagne comme « européenne » parce qu’elle accueille des migrants non-européens. En fait, être « européen » serait donc vouloir que l’Europe cesse à terme d’être européenne. Etrange conception. Ensuite, qu’est-ce que l’humanisme ? Ce n’est visiblement pas la défense des humanités classiques, alors que l’enseignement du grec et du latin en France est menacé par une scandaleuse réforme de l’éducation nationale. En vérité, cet « humanisme » prétendu n’est qu’un humanitarisme éthéré, un autre nom pour une forme de gauchisme, mâtiné de christianisme des catacombes, tout cela au nom de la mauvaise conscience d’une Europe qui se serait « mal conduite » par le passé.

Le point essentiel qui suscite ma réaction est surtout qu’une Allemagne « européenne » défendrait des « valeurs universelles ». On comprend bien qu’il s’agit pour cet auteur de défendre la fameuse DUDH, dont la CEDH est la transposition juridique dans le droit national et européen contemporain.

Cette notion de « valeurs universelles » définirait donc l’Europe à la place de « valeurs européennes ». En résumé, l’Europe se définirait par son inexistence.

Il convient de comprendre cette expression de deux manières différentes. Or aucune des deux n’est acceptable.

Soit les valeurs européennes ont une portée universelle et alors cela siginfierait que la civilisation européenne serait supérieure moralement aux autres civilisations. C’est le principe même du colonialisme qui est à juste titre condamné et même du nazisme honni. Vouloir imposer des valeurs prétendument européennes au monde entier, c’est de l’impérialisme, ni plus ni moins, et c’est bien sûr indéfendable.

Soit les valeurs européennes n’existent simplement pas, et alors c’est nier l’existence d’un peuple européen, remettre en question le principe même de toute construction européenne d’ailleurs, et c’est alors une grave manifestation d’ethno-masochisme associé à un racisme europhobe. Et c’est bien sûr là encore indéfendable.

En réalité, il faut comprendre la mise en avant de valeurs universelles, c'est-à-dire de la DUDH, dans les deux sens. C’est l’expression d’un suprémacisme civilisationnel et en même temps celle d’une haine de l’homme européen, donc une forme de « chauvino-mondialisme », dominateur et suicidaire à la fois.

De vraies valeurs universelles devraient l’être sur un plan géographique mais aussi historique. De telles valeurs ne seraient donc liées à aucun peuple en particulier mais l’apanage de tous. On constate bien qu’il n’en est rien et que les valeurs du monde islamique, de l’Inde ou de la Chine sont sensiblement différentes des nôtres. Mais elles ne seraient également liées à aucune époque en particulier. Or la DUDH est née en Europe (au sens large) dans un contexte très précis, qui est la période post-traumatique de l’après-guerre (1948). Les valeurs contingentes qui en émergent sont définies par le rejet de ce que l’Europe a vécu entre 1918 et 1945. A un nationalisme exacerbé et criminel, on oppose un universalisme qui n’est pas moins exacerbé et qui va se révéler à sa manière criminel à son tour et cette fois encore au détriment des Européens. Ces valeurs, qui ne sont pas universelles, ne sont en vérité pas non plus européennes.

En effet, les valeurs européennes ne sont pas représentées par les fascismes, qui en furent davantage une sordide dénaturation que la négation, mais elles ne sont pas non plus représentées par le mondialisme qui leur a succédé. Les vraies valeurs européennes ne sont pas « universelles » mais simplement européennes, héritières de la matrice indo-européenne, de la Grèce, de Rome, de la double foi pagano-chrétienne et de l’Europe du Nord et de l’Est. Des valeurs que nous partageons pleinement avec la Russie de Poutine d’ailleurs. Des valeurs qu’on qualifie de chrétiennes quand elles sont si souvent païennes. Des valeurs héroïques. Les Européens selon le grec Hippocrate il y a 2500 ans étaient définis comme « chérissant la liberté et honorant la bravoure ». Voilà quelles sont nos valeurs.

Thomas FERRIER (PSUNE/LBTF)

Sol Invictus et le monothéisme solaire.

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Racines.

sol invictus,monothéisme,paganisme,empire romain,mondialisme,christianismeDans la tradition égyptienne ancienne, le dieu le plus important du panthéon était le Soleil, qui était honoré sous différents noms selon les cités, mais qui portait dans toute l’Egypte le nom de Rê. En tant qu’Atoum-Rê, il apparaissait comme le dieu créateur du monde et sous les traits d’Amon-Rê comme un dieu souverain. Rê était également appelé Horus (Heru), sous la forme d’Horus l’ancien comme sous celle du fils d’Osiris et d’Isis. Le dieu Horus, son avatar sur la terre, aurait même guidé le peuple égyptien, à l’époque où ses ancêtres venaient d’Afrique du nord, sur cette nouvelle terre noire (Kemet) qui finit par porter son nom.

C’est la barque de Rê qui garantissait chaque jour l’ordre cosmique contre les forces de destruction et de chaos incarnées par le serpent Apep (« Apophis »). A sa proue, le dieu orageux Set combattait le dit serpent, avant que la tradition populaire tardive ne finisse par le confondre avec lui et n’en fasse plus que le meurtrier d’Osiris.

L’importance du culte solaire fut telle que le roi Amenhotep IV, plus connu sous celui d’Akhenaton, en fit son culte unique et fut le premier à créer un monothéisme solaire lié à sa personne, honorant le disque solaire divinisé (Aton). Les seuls prêtres et intercesseurs d’Aton vis-à-vis des hommes étaient le pharaon lui-même et son épouse Nefertiti. Son culte s’effondra à sa mort et les prêtres d’Amon veillèrent à ce que son nom disparaisse des inscriptions.

Mais en revanche dans la tradition indo-européenne, dont Grecs et Romains (notamment) seront les héritiers, le dieu du soleil est un dieu parmi d’autres et jamais le premier. Aux temps de l’indo-européanité indivise, ce dieu se nommait *Sawelyos et monté sur un char tiré par des chevaux blancs, il tournait autour de l’astre portant son nom. Le dieu suprême était son père *Dyeus, le dieu du ciel et de la lumière. Parmi les fils de *Dyeus qu’on nommait les *Deywôs (les « dieux »), trois étaient liés au feu, en conformité avec le schéma dumézilien des trois fonctions et sa version cosmique analysée par Haudry. Il y avait en effet le feu céleste (Soleil), le feu du ciel intermédiaire (Foudre) et le feu terrestre (Feu). De tous les fils de *Dyeus, le plus important était celui de l’orage et de la guerre (*Maworts), qui parfois devint le dieu suprême chez certains peuples indo-européens (chez les Celtes avec Taranis, chez les Slaves avec Perun, chez les Indiens avec Indra). Le dieu du soleil était davantage lié aux propriétés associées à l’astre, donc apparaissait comme un dieu de la beauté et aussi de la médecine. Ce n’était pas un dieu guerrier.

A Rome même, le dieu Sol surnommé Indiges (« Indigène ») était une divinité mineure du panthéon latin. Il était né le 25 décembre, à proximité du solstice d’hiver. Dans ce rôle solaire, il était concurrencé par le dieu de l’impulsion solaire, Saturne, dont le nom est à rapprocher du dieu indien Savitar, avant d’être abusivement associé au Cronos grec.

En Grèce enfin, selon un processus complexe, les divinités du soleil, de la lune et de l’aurore se sont multipliées. L’Aurore était donc à la fois Eôs, l’Aurore personnifiée, mais aussi Athéna dans son rôle de déesse de l’intelligence guerrière et Aphrodite dans celui de déesse de l’amour. Et en ce qui concerne le Soleil, il était à la fois Hêlios, le fils d’Hypérion (qui n’était autre que lui-même), et Apollon, le dieu de la lumière, des arts et de la médecine. Cette confusion entre ces deux dieux fut constamment maintenue durant toute l’antiquité.

Evolution.

sol invictus,monothéisme,paganisme,empire romain,mondialisme,christianismeIIIème siècle après J.C. L’empire romain est en crise. A l’est, les Sassanides, une Perse en pleine renaissance qui rêve de reconstituer l’empire de Darius. Au nord, les peuples européens « barbares » poussés à l’arrière par des vagues asiatiques et qui rêvent d’une place au soleil italique et/ou balkanique.

Le principat, qui respectait encore les apparences de la république, tout en ayant tous les traits d’un despotisme éclairé, a explosé. Place au dominat. Victoire de la conception orientale du pouvoir sur la vision démocratique indo-européenne des temps anciens. L’empereur n’est plus un héros en devenir (divus) mais un dieu incarné (deus). Il est le médiateur de la puissance céleste et des hommes, à la fois roi de fait et grand pontife. Le polythéisme romain était pleinement compatible avec une conception républicaine du monde, comme l’a montré Louis Ménard. Empereur unique, dieu unique.
Si le christianisme comme religion du pouvoir d’un seul était encore trop marginal pour devenir la religion de l’empereur, un monothéisme universaliste s’imposait naturellement dans les têtes. Quoi de plus logique que de représenter l’Un Incréé de Plotin par le dieu du soleil, un dieu présent dans l’ensemble du bassin méditerranéen et donc apte à unir sous sa bannière des peuples si différents. Mondialisme avant la lettre. Cosmopolitisme d’Alexandre. Revanche des Graeculi sur les vrais Romani, d’Antoine sur Octavien.

C’est ainsi que naquit un monothéisme solaire autour du nom de Sol Invictus, le « Soleil Invaincu » et/ou le « Soleil invincible ». Le dieu syrien El Gabal, les dieux solaires égyptiens et l’iranien Mithra, enfin le pâle Sol Indiges, le froid Belenos et Apollon en un seul. Le monothéisme solaire d’Elagabale, mort pour avoir eu raison trop tôt, de Sévère Alexandre, qui ouvrit même son panthéon à Jésus, puis d’Aurélien, s’imposa. Certes Sol n’était pas l’unique « deus invictus ». Jupiter et Mars furent aussi qualifiés de tels, et il est vrai que de tous les dieux romains, Mars était le seul légitime en tant que déité de la guerre à pouvoir porter ce nom.

En réalité, « Sol Invictus » fut l’innovation qui facilita considérablement au final la victoire du christianisme. Constantin, qui était un dévot de ce dieu, accepta de considérer Jésus Christ, que des auteurs chrétiens habiles désignèrent comme un « soleil de justice » (sol iustitiae) comme une autre expression de ce même dieu. Le monothéisme « païen » et solaire de Constantin, épuré de tout polythéisme, comme sous Akhenaton, et le monothéisme chrétien fusionnèrent donc naturellement. Le jour du soleil fut dédié à Jésus, tout comme celui-ci désormais fut natif du 25 décembre. Jésus se vit représenté sous les traits d’un nouvel Apollon, aux cheveux blonds, à la fois Dieu incarné et homme sacrifié pour le salut de tous.

Au lieu de s’appuyer sur le polythéisme de leurs ancêtres, les empereurs romains, qui étaient tous des despotes orientaux, à l’instar d’un Dioclétien qui exigeait qu’on s’agenouille devant lui, à l’instar d’un shah iranien, voulurent faire du christianisme contre le christianisme. Dioclétien élabora une théologie complexe autour de Jupiter et d’Hercule. Le héros à la massue devint une sorte de Christ païen, de médiateur, qui s’était sacrifié sur le mont Oeta après avoir vaincu les monstres qui terrifiaient l’humanité et avait ainsi accédé à l’immortalité.

Et l’empereur Julien lui-même se fit un dévot du Soleil Invincible, sans se rendre compte un instant qu’il faisait alors le plus beau compliment au monothéisme oriental qu’il pensait combattre. Il osa dans ses écrits attribuer la naissance de Rome non au dieu Mars mais à Hélios apparu dans un rôle fonctionnel guerrier. Le monothéisme solaire a pourtant permis au christianisme de s’imposer, à partir du moment où l’empereur a compris que l’antique polythéisme était un obstacle moral à l’autocratie. Constantin alla simplement plus loin qu’Aurélien dans sa volonté d’unir religieusement l’empire. Jesus Invictus devint le dieu de l’empire romain.

Le monothéisme autour de Sol Invictus, loin d’être la manifestation d’une résistance païenne, était au contraire la preuve de la victoire des valeurs orientales sur une Rome ayant trop négligé son héritage indo-européen en raison d’un universalisme suicidaire. Cela nous rappelle étrangement la situation de l’Europe contemporaine.

Thomas FERRIER (PSUNE/LBTF)

Note: Mithra à l’origine n’est pas un dieu solaire. C’était la fonction de l’ange « adorable » zoroastrien Hvar (Khorsid en moyen-perse). Il incarnait au contraire le dieu des contrats, de la parole donnée et de la vérité, à l’instar du Mitra indien. Par la suite, il récupéra des fonctions guerrières aux dépens d’Indra désormais satanisé (mais réapparu sous les traits de l’ange de la victoire, Verethragna). Enfin il finit par incarner le Soleil en tant qu’astre de justice. Le Mithras « irano-romain », évolution syncrétique ultérieure, conserva les traits solaires du Mithra iranien tardif. Il fut également associé au tétrascèle solaire (qualifiée de roue de Mithra, Garduneh-e Mehr, ou de roue du Soleil, Garduneh-e Khorsid) qui fut repris dans l’imagerie christique avant d’être utilisé deux millénaires plus tard par un régime totalitaire.