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07/12/2015

Analyse rapide des résultats du 1er tour des Elections Régionales 2015

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elec.jpgA 90% du dépouillement, en l’absence notamment des résultats de l’Ile de France et des Antilles, le résultat officiel du ministère de l’intérieur indique le Front National comme premier parti du pays, et grand vainqueur des élections, avec 28.94% des voix. On peut pronostiquer un FN légèrement au-dessus de 28% lorsque les résultats seront complets, en sachant que l’Ile de France lui est moins favorable.

Il échoue donc à obtenir le cap symbolique des 30% des voix même s’il connaît une progression de près de trois points par rapport à son résultat des élections départementales. Ce résultat attendu par les sondages confirme néanmoins sa progression constante. Surtout, en Provence et dans le Nord, il obtient un niveau exceptionnel, avec 41.2% pour Marine Le Pen dans le Nord et 41.26% pour sa nièce Marion dans le Sud-Est. Florian Philippot passe en tête dans l’Est avec 36.06% des voix. Enfin Louis Aliot obtient 32.65% des voix dans le Sud-Ouest, loin devant le candidat de droite Dominique Reynié (18.63%). Dans deux autres régions (Centre et Bourgogne-Franche-Comté), le FN est également nettement en tête (30.5% dans le Centre, à cinq points devant la droite ; 31.5% en Bourgogne-FC, à sept points devant la droite).

En revanche, l’extrême-droite anti-FN connaît des résultats extrêmement médiocres, avec 0.62% en PACA pour la liste Ligue du Sud (Bompard) qui a immédiatement annoncé son soutien à Marion Maréchal Le Pen pour le second tour, et 0.35% pour la liste Martinez dans le sud-ouest. Le PDF de Carl Lang, conscient de sa faiblesse, n’avait pas osé candidater contre la présidente du FN dans le Nord.

La droite parlementaire, qui espérait beaucoup de ces élections régionales, échoue donc à incarner l’alternative principale. Avec 26.8% des voix (résultat provisoire), il est devancé par le Front National. Le PS résiste en Bretagne et en Aquitaine-Limousin-Poitou-Charente et devrait conserver ces deux régions. Il est second en Languedoc-Roussillon/Midi-Pyrénées et devrait s’y imposer logiquement, sauf si les électeurs de droite votent utile en faveur du candidat FN. La droite est première en Auvergne/Rhône-Alpes devant le FN, mais aussi en Normandie (devançant le FN de seulement 0.2 points), dans les Pays de la Loire et en Ile de France. C’est assez peu au final. Ses chances de succès au second tour sont néanmoins réelles dans ces régions.

Avec 23% des voix, le PS résiste à la montée en puissance des droites. Les autres gauches sont affaiblies (3.7% pour EELV, 1.64% pour le PCF, 2.76% pour une coalition EELV/Front de gauche, 2.38% pour le Front de Gauche), représentant en tout néanmoins 10.5% des voix.

Debout La France, la liste de Nicolas Dupont-Aignan obtient 3.84% des voix en France (sans les résultats de l’Ile de France où son président dépasserait les 6%), dans un contexte de fort vote Front National, ce qui est donc un résultat assez correct. Le parti ultra-souverainiste UPR obtiendrait 1% des voix environ. Enfin la liste Lutte Ouvrière obtiendrait 1.55% des voix, ce qui est le score habituel de ce parti depuis plusieurs années, même si cette fois il était sans concurrence, le Nouveau Parti Anticapitaliste étant absent. L’extrême-gauche stricto sensu est donc renvoyée à la marginalité qu’elle représente réellement en France.

La droite est divisée quant à la stratégie à tenir. L’UDI et le centre-droit poussent pour un désistement de la droite en faveur de la gauche là où elle est troisième, donc essentiellement dans le sud-ouest. Les Républicains maintiennent au contraire une ligne de défiance réciproque (PS = FN) et Nicolas Sarkozy s’oppose à ce que son parti se retire, même troisième, ou fusionne avec la gauche. C’est aussi ce qu’a répété Bruno Lemaire (LR).  Le PS est donc prêt à un aberrant ultime sacrifice, se sabordant là où il est troisième, même lorsque la gauche réunie est en voix supérieur à la droite, ainsi en Provence ou dans le Nord. A cette heure, on ne sait pas quelle sera la stratégie du PS dans l’Est, son candidat refusant de se retirer, ce qui pourrait offrir à Florian Philippot la région. Il n’est pas dit en outre que l’électorat de gauche apprécie ce jeu tactique et se mobilise pour une droite accusée de complaisance avec les idées dites « d’extrême-droite ». Ce sacrifice peut donc être parfaitement vain, en plus d’être choquant d’un point de vue démocratique et irrespectueux des électeurs de gauche qui seront ainsi privés de toute représentation (toutes tendances confondues) au Conseil Régional pendant cinq ans.

Sur le papier, si le PS se retire, le FN pourrait n’obtenir aucune région. Mais c’est théorique. Dans le sud-ouest, les électeurs de droite vont-ils barrer la route au PS en votant Aliot ? Et les électeurs de gauche vont-ils se déplacer dans le Nord ou la Provence pour barrer la route au FN en élisant une droite qu’ils abhorrent au moins autant ?

Enfin, Debout la France va être confronté à un grave dilemme. En Ile de France, doit-il s’allier au second tour à la droite « républicaine » ou au FN ? En Pays de la Loire, sa candidate a déjà annoncé son soutien au FN. Et dans l’Est, où son candidat fait 4.78% des voix, que se passera-t-il, alors que le candidat FN est le plus souverainiste qui puisse exister ? Si Dupont-Aignan hésite, il devrait alors rester en dehors du Conseil Régional dans sa région. L’heure des choix pour lui a commencé. Son avenir politique en dépendra.

Thomas FERRIER (PSUNE/LBTF)

12/11/2015

Régions et provinces de l’Europe unie de demain

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maps.jpgJ’évoque souvent sur les réseaux sociaux cette Europe unie, l’Europe-Nation à bâtir, en expliquant qu’elle sera fondée sur le principe de la « subsidiarité identitaire » selon une formule classique de partage des tâches, à savoir « à l’Europe la souveraineté, aux régions l’identité ». Cette vision de la « région » et/ou « province » et/ou « nation »,  qui peut correspondre au cadre national classique ou à des subdivisions nouvelles du dit cadre, mérite d’être explicitée.

Deux régions aujourd’hui se battent pour leur indépendance par rapport à un cadre étatique traditionnel. Il s’agit de l’Ecosse et de la Catalogne. Il convient de souligner que de nombreuses barrières leur sont opposées. A ceux qui affirment que le mondialisme veut le démantèlement des nations par le régionalisme, ces évènements apportent un démenti catégorique. En effet, ni l’ONU ni l’Union Européenne n’encouragent leurs revendications, bien au contraire. Et même si ces régionalismes sont de centre-gauche, qu’ils ne remettent malheureusement pas en question le « multiculturalisme » qui est plus mortifère pour eux qu’un cadre national qui n’a jamais eu depuis les années 70 en tout cas comme volonté de briser leurs identités, ils sont combattus. Il suffit de songer à la mise en examen d’Artur Mas ou au refus de tenir compte de l’appel à l’indépendance d’une majorité de parlementaires catalans. Il faut aussi songer aux nombreuses pressions que le Royaume-Uni et l’Union Européenne ont fait peser sur les électeurs écossais, l’indépendance étant refusée par une majorité légère, appuyée par le vote des électeurs issus des minorités d’importation.

Pour moi, le cadre politique est moins important que le cadre identitaire, et il est plus important que la Catalogne préserve son identité au sein d’une Espagne unie que par une indépendance théorique. Mais il est vrai qu’aujourd’hui, peu importe ce cadre, nos identités sont menacées comme jamais elles ne l’ont été. Et une Ecosse indépendante ou une Catalogne indépendante demain ne feront pas mieux que le Royaume-Uni et l’Espagne et j’ai peur même qu’elles fassent pire.

Mais en revanche il existe aussi des aspirations naturelles pour chaque peuple, pour chaque identité d’Europe, d’être respecté. Et si la séparation du cadre national, mais en se maintenant en revanche pleinement dans la construction européenne, peut apaiser les tensions générées par une histoire complexe, alors il faut la faire. Que l’Europe unie demain soit divisée en 46 ou en 150 subdivisions internes n’est en rien problématique s’il y a bien unité et un Etat européen à la tête du continent, respectueux bien sûr de toutes les identités qui le composent.

Dans le cadre de l’Europe de demain à laquelle j’aspire, et qui irait donc des fjords d’Islande aux steppes de Russie, toutes les identités devront être préservées et des pouvoirs spécifiques au niveau le plus près de ces réalités devront exister pour le permettre.

Voici donc le schéma que je défends concernant les pouvoirs dévolus à chaque niveau administratif et/ou identitaire.

Le premier cadre est la cité. Il faut revoir complètement son fonctionnement afin que les citoyens soient pleinement associés à sa vie et à son évolution. Elire un maire et son conseil municipal pour plusieurs années n’est pas suffisant. Une fois le mandat en poche, l’édile fait ce qu’il veut, et bien souvent l’édile de droite appliquera la politique promue par son adversaire de gauche. Ou il sera enchaîné par des règles juridiques l’empêchant de tenir ses promesses. C’est donc aux citoyens de trancher. Le référendum municipal doit être inscrit dans le droit, chaque cité divisée en quartiers ou dèmes élisant chacun ses représentants et instituant un système de rotation. Pas de maire donc, mais un édile choisi par les comités de quartier et représentant leurs intérêts. Et selon un principe de répartition des pouvoirs, les habitants de la cité, pour peu qu’ils y soient installés un temps suffisamment long à définir, décideront de l’avenir de leur ville. Par exemple, ce ne sera pas au maire, ni au préfet, ni au conseil d’état, et encore moins au gouvernement, de décider si une mosquée, ou n’importe quel autre temple d’ailleurs, doit être construite dans les frontières de la collectivité territoriale.

Le second cadre est celui de la région qui peut correspondre aux anciennes nations (région « Portugal » par exemple) ou à un nouveau cadre décidé par les habitants (région « Catalogne »). Dans tous les cas, ce redécoupage éventuel ne sera pas décidé d’en haut mais devra provenir de l’expression libre du peuple. Bretons, Corses… et autres choisiront librement s’ils voudront faire partie d’une « région » France ou être leur propre région. Ces décisions ne remettront en revanche jamais en cause l’appartenance à l’Europe. Il n’y aura jamais « d’article 50 » dans la (vraie) constitution européenne que j’imagine. La région aura des pouvoirs spécifiques, des sénateurs pour la représenter au Sénat européen, une sorte de Bundesrat européen, une assemblée régionale dotée de réels pouvoirs, mais toujours par subsidiarité, et notamment celui de protéger la langue de la région (par exemple le breton en Bretagne), de déterminer les règles d’urbanisme pour respecter l’environnement et les traditions locales, et même éventuellement de décider de l’installation d’Européens issus d’autres régions. La région pourra favoriser le localisme économique, privilégier ainsi la ruralité, et aura en charge des missions nombreuses en matière d’écologie. Ce n’est pas à une commission à Bruxelles ou ailleurs de décider de la façon de fabriquer les produits artisanaux. La limite sera la non-utilisation d’OGM et tout ce qui peut avoir un impact sur les autres régions. La défense du terroir au niveau du terroir.

Ainsi, certains Européens sont attachés à leurs figures souveraines. Même si je suis personnellement très républicain, je n’ai pas à juger de cet attachement sincère à ces têtes couronnées. Hors de question de les abolir par décision européenne. Ce seront aux gens concernés de maintenir ou pas ce lien s’ils le souhaitent. Il y a là une indéniable démarche identitaire que je ne saurais vouloir balayer d’un revers de main. On peut penser que les Anglais voudront conserver leur lien avec la dynastie des Windsor par exemple et ils doivent pouvoir le faire. On peut imaginer en revanche que les Gallois voudront rompre et ils auront aussi ce droit. Aux régions concernées d’imaginer librement le statut qu’ils leur conféreront.

La subsidiarité identitaire comme fondement de l’Europe doit être un principe intangible. Nous aurons tous la même nationalité en commun mais pas nécessairement les mêmes attachements charnels. Il est hors de question de vouloir bâtir une Europe jacobine et encore moins de tenir en suspicion les liens historiques profonds de chaque peuple composant ce grand peuple que sont les Européens.

Un régionaliste sincère et un patriote attaché à sa patrie historique doivent pouvoir exister pleinement dans l’Europe unie, se reconnaître en elle et s’y épanouir. Les identités ne s’opposent pas mais se renforcent. On doit pouvoir se sentir nancéen, lorrain, français et européen dans l’Europe de demain, mais tout autant si on le souhaite ne se sentir qu’ « européen » ou « corse et européen » ou « nantais et européen » ou » français et européen ». En revanche on aura à cœur de conserver toutes les strates qui composent notre européanité, et qui fait la véritable richesse de notre continent.

En revanche, ce principe exclut le cadre politique « traditionnel », le droit en vigueur dans un pays européen n’étant pas une « tradition identitaire ». Hors de question de considérer un laxisme « local » comme une règle à préserver. Tout ce qui relèvera du souverain au sens fort sera du domaine de l’Etat européen.

Une euro-région pourra décider de créer une police régionale et même une armée régionale citoyenne, mais l’armée européenne, même divisée en légions « linguistiques », dépendra de l’Etat européen, de même que la diplomatie, la politique de l’énergie, la justice (dans les domaines où la subsidiarité n’aurait pas de sens) et tout ce qui relève des fonctions dévolues à un Etat. Là sera le vrai partage des tâches.

Thomas FERRIER (PSUNE/LBTF)

09/11/2015

Elections croates : victoire du HDZ à la Pyrrhus

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élections parlementaires 2015,croatie,hdz,hspHier soir, on annonçait la victoire de la droite conservatrice aux élections parlementaires croates qui se déroulaient ce dimanche, bien que sans majorité parlementaire. En réalité, le HDZ ne domine le SDP (sociaux-démocrates) que de 1.27 points, ce qui est dérisoire. Par ailleurs le scrutin se déroulait dans 10 régions, en plus d’une « région » pour les Croates de l’étranger et d’une « région » pour les minorités ethniques (Serbes…) avec répartition des sièges en fonction de ces dernières. Il fallait en effet dépasser 5% dans une région pour y avoir des élus.

Le HDZ, autour de la coalition « Alliance Patriotique », allant du centre-droit à l’extrême-droite (HSP-AS), a obtenu 34.64% des voix au niveau national et est en tête dans cinq régions (et chez les Croates de l’étranger). Le SDP (gauche) autour de la coalition « La Croatie avance » obtient 33.37% des voix et remporte également cinq régions. Ces deux partis sont donc dans un mouchoir de poches et ne devraient différer que très légèrement en nombre de sièges. Les autres partis feront donc la différence sans qu’il soit à cette heure établi qu’une coalition majoritaire pourra se mettre en place.

Le HDZ peut compter comme alliés les élus de la liste conservatrice et régionale HDSSB qui obtient des sièges dans la région IV mais c’est bien peu. Il peut néanmoins espérer le soutien déterminant de la liste MOST, un mouvement de centristes libéraux, qui a obtenu 13.64% des voix, devenant ainsi le troisième parti du pays, et fait rentrer des députés dans les dix régions croates. Son rôle sera déterminant pour toute majorité, de gauche comme de droite, et sera donc férocement courtisé.

Le SDP a en revanche de nombreux alliés au sein de la nouvelle assemblée. Il peut espérer le soutien de la liste Zivi Zid (humanistes/pacifistes) qui n’a obtenu que 4.26% des voix mais a réussi à faire rentrer des députés dans quatre régions. En outre, la liste de gauche unie (Coalition Travail et Solidarité) autour de Milan Bandic avec 3.39% des voix parvient néanmoins à passer la barre des 5% dans trois régions (II, VI et VII). Les progressistes/réformistes  (« Croatie qui réussit ») de centre-gauche n’obtiennent que 1.57% mais dépassent les 5% dans la région III. En revanche, la liste OraH (centre-gauche et écologistes) avec 1.74% des voix n’aura pas d’élus dans la future assemblée. Enfin, une liste istrienne (« Notre propre droit ») avec 1.9% au niveau national mais 19.8% dans la région VIII (Istrie) aura aussi quelques élus en renfort pour la gauche.

La droite nationaliste, hors coalition autour du HDZ (avec le soutien du HSP Ante Starčevic), est en revanche laminée. La coalition droitière « Prêts », composée des ultra-conservateurs du HKS, des défenseurs de la famille du OS et du HSP (Parti croate du droit), n’obtient que 0.63% des voix sur l’ensemble du pays, alors que la scission HSP Autochtone (A-HSP) sous ses propres couleurs n’obtient que 0.54%. L’extrême-droite indépendante (et divisée) en est donc réduite à 1.17% des voix.

Dans l’assemblée 2015, et en partant du principe que de nouvelles élections ne seront pas rapidement organisées, la gauche est donc en position de force par rapport à la droite, qui ne pourra espérer gouverner qu’avec le soutien du MOST, en espérant que cela soit suffisant pour former une majorité. Difficile en conséquence de parler de victoire des conservateurs.

[Méthodologie : Les résultats des élections croates ne sont fournis que par région. J’ai donc dû ajouter l’ensemble des voix de chaque parti dans chaque région par rapport à l’ensemble des personnes ayant voté pour un parti, hors vote blanc donc, pour déterminer les résultats nationaux.]

Thomas FERRIER (PSUNE/LBTF)

01/11/2015

Turquie : succès logique de l’AKP d’Erdogan

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Elections,Turquie,novembre 2015,AKP,DHP,MHP,CHP,ErdoganLes sondages annonçaient unanimement que le pari de Recep Erdogan serait une fois de plus perdu. Samedi dans la journée, j’ai eu pourtant une autre intuition. Je sentais que les sondages seraient démentis et que l’opinion turque se ferait encore avoir par leur autocrate. Je me souvenais aussi de ce meeting de Strasbourg où Erdogan avait donné des leçons à toute l’Europe alors que jamais ni la France ni l’Allemagne n’auraient dû l’autoriser à s’exprimer devant sa diaspora afin de mobiliser les électeurs turcs d’Europe. On peut deviner d’ailleurs que ceux-ci auront massivement répondu à son appel.

Erdogan avait comme objectif numéro 1 de briser le parti HDP d’où sa campagne politique et militaire au Kurdistan et ce tout en prétendant lutter contre Daech, responsable d’un terrible attentat à Ankara (95 morts et 246 blessés). Il a échoué de peu car le HDP a obtenu 10,6% des voix et 59 sièges.

Toutefois, l’AKP obtient 49.1% des voix et 316 sièges sur 550 (57.5% des députés) progressant ainsi de plus de 8.3 points. Il dispose désormais de la majorité absolue, néanmoins insuffisante pour modifier la constitution, pour une fois de plus gouverner. Beaucoup d’électeurs turcs, dans un contexte anxiogène, ont eu peur de se retrouver sans gouvernement une fois de plus. Le CHP étant trop éloigné dans les sondages de l’AKP, il ne pouvait apparaître comme en situation de gouverner. Seule une alliance CHP-MHP, donc sur une ligne nationaliste, pouvait en effet peser en face de l’AKP.

Le CHP avec 25.% des voix (+0.4) et 134 sièges maintient ses positions, comptant sur un socle électoral stable. Ses électeurs traditionnels n’ont pas été dupes des manipulations du pouvoir pour se maintenir à tout prix. Mais c’était insuffisant pour pouvoir renverser les grandes tendances. Au-dessus de 40% des voix, l’AKP est de fait incontournable. Il bénéficie aussi de la réislamisation progressive de la société turque, l’œuvre de déconstruction de l’héritage kémaliste par le subtil Erdogan.

La raison principale de ce succès de l’AKP tient surtout à l’attitude de certains électeurs. Ceux du Saadet (islam conservateur) ont préféré le vote utile, le Saadet n’obtenant plus que 0.6% des voix (-1.4). C’est le MHP nationaliste qui perd le plus à ce jeu, avec seulement 11.9% des voix (-4.4) et 41 sièges. L’attitude d’Erdogan à l’égard des Kurdes a pesé nettement dans ce résultat. De même, le HDP a limité la casse mais a perdu 2.5 points. La stratégie de l’AKP a donc été doublement gagnante, affaiblissant le HDP, accusé de tous les maux, mais aussi le MHP. Les nationalistes les plus islamisants auront en effet choisi Erdogan au lieu de Bahçeli.

Les autres partis politiques font une simple figuration. Le BBP (national-islamiste) obtient 0.6% des voix seulement (il était absent des élections précédentes). Les organisations d’extrême-gauche sont balayées (0,9%) comme les mouvements démocratiques (0.3%) et comme le mouvement nationaliste Millet (« Parti de la nation ») qui obtient… 0% des voix.

L’Union Européenne, et les principaux dirigeants de ses Etats membres, est responsable de cette situation en cautionnant depuis des années les dérives autocratiques du pouvoir turc alors même qu’elle prétend les dénoncer. En demandant l’aide à la Turquie pour lutter contre les flux migratoires, au prix d’une relance des pourparlers d’adhésion à l’Union Européenne, ce dont une écrasante majorité d’Européens ne veut pas, Angela Merkel a offert à Erdogan le plus beau des cadeaux, sa caution. Il est logique qu’il en soit donc récompensé dans les urnes.

Thomas FERRIER (LBTF/PSUNE)

20:53 Publié dans Analyses, Elections en Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : elections, turquie, novembre 2015, akp, dhp, mhp, chp, erdogan | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

25/10/2015

Elections parlementaires polonaises. Succès massif du PiS, effondrement du PO et de la gauche historique

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Elections parlementaires polonaises 2015,Kaczynski,PiS,PO,Kukiz,Korwin,KopaczA cette heure, nous ne connaissons que le sondage IPSOS sorti des urnes. Mon analyse va donc se fonder sur ces données. Aucun site gouvernemental ou de presse n’indique de résultats, même partiels. Il est vrai que le vote n’a pris fin qu’à 21h00. Cet article sera mis à jour au fur et à mesure de l’arrivée des résultats.

Le PiS (« Loi et Justice »), le parti fondé par les frères Kaczynski, et dont l’actuel président polonais Andrzej Duda est issu, a remporté comme les sondages l’annonçaient les élections parlementaires avec 39% des voix environ et 242 sièges, soit 12 sièges de plus que la majorité absolue. Il succède en conséquence au Parti Libéral (PO) de Donald Tusk. Ce dernier, désormais président de l’Union Européenne, a été remplacé par Ewa Kopacz, tandis que Jaroslaw Kaczynski s’était mis en retrait derrière sa candidate, Beata Szydło, qui devrait donc devenir premier ministre.

Le PO (« Plateforme civique ») connaît comme prévu une chute vertigineuse (-16%), avec seulement 23.4% des voix et 133 sièges (-74). Il est douloureusement sanctionné par les électeurs qui attendaient une alternance, dans un contexte anxiogène avec la crise des migrants aux portes du pays. Pour de nombreux Polonais, seule la droite conservatrice et ultra-catholique pourra protéger la nation. Je doute que l’euroscepticisme de cette formation politique soit néanmoins populaire. Le défaite de Komorowski aux élections présidentielles était un signe précurseur évident de ce basculement de l’opinion.

Avec 9% environ des voix et 44 sièges (selon les estimations), la liste Kukiz’ 15 connaît un succès notable. Animé par l’ancien chanteur de rock Paweł Kukiz, cette formation politique nouvelle, qualifiée de populiste, s’impose à la troisième place. Les électeurs polonais aiment laisser leur place à de nouveaux venus (comme la liste Palikot en 2011) avant de s’en lasser. Le mouvement « Moderne » (Nowoczesne) est en revanche sur une ligne de centre-droit, libérale et pro-européenne. Avec 7.1% des voix et 22 sièges, il rentre pour la première fois à la Sejm (parlement).

Enfin, le désormais classique PSL (Parti du Peuple Polonais), un mouvement agrarien de droite modérée, préserve sa place au parlement, avec 5.2% des voix et 18 sièges, même s’il perdrait trois points et dix sièges. Il était il est vrai associé au gouvernement sortant.

L’échec le plus surprenant vient de la gauche unie (Lewica Razem) qui n’obtient que 6.6% des voix et surtout ne se voit attribué aucun siège dans la future assemblée, à la différence de la minorité allemande (1 représentant). La liste de gauche alternative Razem n’obtient quant à elle que 3.9% des voix et là encore aucun siège.

A droite, la liste menée par Janusz Korwin-Mikke (« Korwin ») échoue également, n’ayant obtenu que 4.9% des voix et aucun siège. C’est une déconvenue pour le député européen. Il a été victime de la division de son camp et de l’implosion de son parti. Ses provocations dialectiques ne lui ont pas permis d’émerger, dans un contexte de forte polarité PiS/PO. Beaucoup de ses électeurs potentiels auront préféré voter utile. Aucune information n’est parvenue concernant les autres listes de droite nationale, durablement marginalisées à l’image de Samoobrona ou du Camp National (Ruch Narodowy).

Thomas FERRIER (PSUNE/LBTF)

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Mise à jour: bien que non officiels, les résultats donnent finalement 37,6% au PiS et 232 sièges (sur 460) soit deux sièges de plus que la majorité, ce qui est fragile. Le PO obtient 24,1% des voix et 137 sièges, la liste Kukiz' 15 8.8% des voix et 42 sièges, le mouvement "Moderne" (Nowoczesna) 7,6% et 30 sièges et enfin le PSL agrarien 5,13% des voix et 18 sièges (ayant de justesse franchi la barre fatidique des 5%). La liste Lewica ("Gauche unie") étant une coalition, il lui fallait obtenir 8% des voix pour avoir des élus. Avec 7,55% des voix, elle se retrouve donc sans députés. Ainsi la gauche sociale-démocrate tout comme la liste de gauche Razem (3,6%) se retrouve absente du parlement, ce qui est une première en Pologne et même en Europe.

Victime de sa division, la liste "Korwin" de Janusz Korwin-Mikke, n'obtient que 4,76% des voix et en conséquence aucun élu. Avec 0,86% des voix, dont le KNP dissident (0,03% des voix) et les vestiges de Samoobrona (0,03% aussi), les autres listes sont marginales. Le "Ruch Narodowy" (Camp National) était également absent.

En conséquence, le PiS se retrouve sans alliés à droite pour renforcer sa position au parlement. S'il devait perdre quelques députés, il se retrouvera alors en situation minoritaire.

Les erreurs stratégiques de Nicolas Sarkozy.

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Nicolas Sarkozy,Buisson,erreurs,MoranoL’importance passée de Patrick Buisson aux côtés de l’ancien président de la république se démontre à l’aune des conséquences actuelles de son absence. Sans boussole stratégique, Nicolas Sarkozy est perdu et navigue à vue. Le coût politique de ces errements pourrait être désastreux pour les primaires et/ou pour l’élection présidentielle. Ne pouvant s’honorer d’un bilan politique satisfaisant d’ancien président, qui avait abouti à la victoire d’Hollande et non à sa réélection, il est relativement démuni. La stratégie de 2007 d’assèchement du FN semble au point mort. Sarkozy, tout comme Hollande, semble avoir accepté par principe l’idée que Marine Le Pen serait au second tour et sans doute en tête.

La première erreur de Sarkozy a été de se séparer de Buisson, suite aux écoutes « indélicates » de ce dernier, sans le remplacer par quelqu’un animé du même bon sens tactique mais sans les défauts de l’ancien journaliste de Minute. Guillaume Peltier (ex-FN, ex-MNR, ex-MPF) était de fait l’héritier naturel. Or il a été marginalisé suite au « coup de gueule » de Nathalie Kosciuszko-Morizet en faveur de son éviction car elle « n’aime pas les fascistes » (selon ses propos) fin 2014.

Si Nicolas Sarkozy veut échouer lamentablement aux primaires face à Juppé, décourageant tous les militants de la droite de l’UMP qui seraient tentés de le soutenir, il n’a qu’à continuer à écouter les conseils de NKM qui est à  la droite ce que Macron est à la gauche, à savoir une pièce rapportée du camp adverse. Les centristes iront vers leur poulain naturel, Alain Juppé. Celui-ci est donc le grand gagnant des derniers mois.

L’erreur de Sarkozy est de défendre une ligne de second tour, où il devra effectivement rassembler au centre face à Marine Le Pen, alors qu’il n’est même pas encore au premier tour. Il part du principe qu’Hollande serait nécessairement éliminé dès le premier tour alors qu’une élection n’est jamais remportée avant d’avoir été jouée. C’est là encore une erreur stratégique majeure. Hollande en profite, favorisant de fait le FN en en faisant son principal adversaire, car il sait que sa seule chance d’être réélu en 2017 est de se retrouver en face de Marine Le Pen au second tour. Sarkozy lui facilite donc la tâche.

L’affaire Nadine Morano est un exemple encore plus désastreux de cette ligne suicidaire de Sarkozy. En lâchant mollement Morano, sous prétexte de propos mal rapportés par cette dernière de De Gaulle, propos maladroits dans la forme davantage que dans le fond, car en adéquation malgré tout avec ce que pense une partie importante des « Républicains », il a commis une erreur majeure. Il s’est fait inutilement une ennemie alors qu’elle le soutenait sur une ligne droitière et plébéienne favorable. Il a en outre montré une certaine faiblesse acceptant de se faire dicter sa conduite par le candidat de droite Richert aux élections régionales « Grand-Est » et ses colistiers, qui menaçaient de démissionner si Sarkozy maintenait Morano. Il a même été félicité par Manuel Valls et d’autres ténors du PS pour ce fait d’armes.

Dernière erreur en date ? Avoir accepté de participer avec Cambadélis (PS) à l’opération de déstabilisation de l’émission « Des paroles et des actes » à laquelle Marine Le Pen était conviée en « guest star ». Ce faisant, il a accrédité la dénonciation de ce fameux « UMPS » par le FN, de cette dénonciation d’une collusion de la gauche et de la droite pour faire taire le peuple. Tout ce qui encourage dans l’esprit des électeurs l’idée qu’au fond PS et LR (ex-UMP) c’est la même chose est au bénéfice du FN.

Un Sarkozy courageux aurait osé demander un débat en face à face à Marine Le Pen ce jeudi, au lieu de manœuvrer pour vider l’émission de son sens en coalition avec ses adversaires du PS. Le fait qu’il n’y ait pas pensé ou qu’il n’ait pas osé montre qu’il a peur de l’affronter. Cette frilosité trahit une incertitude criante quant à la bonne stratégie à adopter. En affrontant MLP, il se serait placé comme la seule forme d’opposition et aurait préparé dans les esprits le duel de second tour 2017, écartant la gauche du jeu car Hollande, en tant que président en exercice, n’aurait pas pu participer au débat.

Nicolas Sarkozy préfère laisser à Marine Le Pen le « monopole du réel ». Il est devenu inaudible en s’alignant sur les thèses conformistes d’Alain Juppé qui sera toujours plus légitime que lui sur ce terrain. Comment la droite de l’ex-UMP pourrait avoir encore confiance en lui ?

Pour se ressaisir et regagner le terrain perdu, pour devenir à nouveau un minimum crédible sur les thèses sécuritaires et identitaires, ce sera maintenant très compliqué. L’entêtement de la droite classique à s’aligner sur les thèses idéologiques de la gauche est suicidaire. C’est la raison principale d’ailleurs de la montée du FN depuis 1988.

Sarkozy au final sera peut-être quand même le candidat de la droite, car Juppé reste un homme politique usé et associé à l’époque chiraquienne, et peut-être même gagnera-t-il l’élection présidentielle tant Hollande est décrié par les Français, mais il est à craindre que Sarkozy II soit une fin de règne, rappelant le dernier mandat de Chirac (2002-2007). Après un Hollande s’effondrant dans les sondages à peine élu, Sarkozy serait élu par défaut et impopulaire avant même de gouverner. La France pourrait-elle s’en relever ?

Thomas FERRIER (PSUNE/LBTF)

18/10/2015

Elections suisses : une continuité politique sans surprise.

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220px-Christoph_Blocher_(Bundesrat,_2004).jpgSelon les résultats provisoires (source: SRF), qui s’affineront au fur et à mesure de la soirée, les électeurs suisses ont renforcé les partis de droite, à savoir l’UDC/SVP de Christoph Blocher (voir photographie), qui emporterait 29,5% des voix (+2,9) et les libéraux-radicaux du PLR avec 16.3% des voix (+1.2). Le score de l’UDC se maintient comme premier parti du pays et dépasserait même son score maximal de 2007 (28.9%). Le contexte anxiogène, avec les vagues migratoires aux portes du pays (et de l’Europe), explique ce net renforcement. Enfin, le PDC (démocrates-chrétiens) stagne relativement (tout est relatif à quelques points près) du scrutin avec 12,1% (-0.2) tandis que le PBD (démocrates-bourgeois), un petit mouvement conservateur, reculerait à 4,1% (-1,3).

3% des électeurs sont donc passés du centre-gauche à la droite, ce qui ne constitue pas un bouleversement fondamental du paysage électoral. Le PS (socialistes/sociaux-démocrates) avec 18,9% (+0.2) maintient ses positions et notamment dans les cantons francophones. Les Verts reculent, passant de 8.4 à 6.9% en quatre ans, de même que les libéraux-écologistes du PVL, passant de 5.4% à 4/6% (-0.8). Enfin les évangélistes suisses (PEV) se maintiennent avec 1.9% des voix (-0.1).

Le MCG (mouvement populiste de Genève) conserve son siège unique, de même que la Ligue du Tessin (Lega) et ses deux sièges obtenus en 2011. Enfin un siège aurait été attribué à un petit mouvement d'extrême-gauche (LIN), qui aurait obtenu 1.2% des voix.

Les grands équilibres sont donc maintenus, même si l’UDC passerait de 54 à 65 sièges (+11), la propre fille de Christoph Blocher ayant été élue, renforçant ainsi son poids à l’assemblée. Le PS perdrait deux sièges (44), quand le PLR passerait à 30 (+3). Le PDC conserverait ses 28 sièges et le PBD passerait à 8 (+7) malgré son recul national. Les Verts passent à seulement 10 sièges (-5) et le PVL à 6 (-6).

Une élection suisse de plus qui ne changera pas grand-chose au peuple, et la perspective d’une adhésion à l’UE actuelle est toujours aussi éloignée. La situation réelle de l’UE ne peut qu’inciter les Suisses à persévérer dans ce refus, même si les maux qui touchent l’UE sont les mêmes en vérité que ceux de la Suisse. La solution ne sera pas nationale, mais elle n’est pas encore européenne. En attendant qu’une véritable Europe politique et identitaire voit le jour, l’UDC restera le premier parti et de loin. Les Suisses ne renonceront à leur si précieuse souveraineté que pour une Europe qui en vaudra vraiment le coup.

Thomas FERRIER (LBTF/PSUNE)

05/10/2015

Elections législatives portugaises : une victoire de la droite malgré une gauche dominante

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Résultats.JPGLa coalition de droite autour du PSD (Parti Social Démocrate) et du PP (Parti Populaire) a remporté les élections législatives portugaises avec environ 37% des voix, auxquelles il faut ajouter 1,7% en faveur des candidats PPD/PSD qui ne se présentait pas sous l’étiquette commune et 0,2% pour les candidats CDS-PP les imitant, ce qui fait environ 39% des voix en tout.

Le Parti Socialiste, de centre-gauche, son principal adversaire dans cette élection, n’obtient que 32.3% des voix. Il est victime d’une gauche plus radicale, divisée entre les candidats communistes et écologistes de la liste PCP-PEV (8,1%) et le Bloc de Gauche (BE) qui obtient près de 10.2% des voix, un mouvement plutôt eurosceptique et opposé à l’euro avec lequel la gauche modérée ne pourra pactiser.

Les autres partis sont largement marginalisés dans le cadre de cette élection. Le mouvement de défense des animaux (PAN) obtient néanmoins 1,3% des voix et le Parti Démocrate Républicain (PDR), un mouvement populiste et euro-sceptique mais « centriste » obtient 1.15% des voix. Les trotskystes du PCTP (Parti des Travailleurs) n’obtiennent que 1,13% des voix tandis que les nationalistes du PNR obtiennent 0,5% des voix, leur meilleur score à une élection portugaise mais très loin de pouvoir influencer en quoi que ce soit la politique nationale. Leur progression reste dérisoire.

A peine plus de 60% des électeurs ont participé au vote, presque 4% d’entre eux ayant voté blanc ou nul. Ce n’est pas franchement un grand succès pour la démocratie portugaise, dans un contexte où l’austérité domine. La droite devrait être reconduite au pouvoir mais à cette heure il est difficile de savoir si elle aura la majorité à l’assemblée. Elle demeure en tout cas le premier parti du pays à près de cinq points de son principal concurrent.

Les électeurs portugais ont donc refusé de donner un blanc-seing au gouvernement sortant. En 2011 la majorité formée du PPD/PSD et du CSD/PP était beaucoup plus nette, avec presque 50% des voix à eux deux. L’idée de former une coalition au lieu de se présenter séparément ne semble pas avoir été très heureuse. La gauche (PS) progresse de près de 4 points et surtout le Bloc de Gauche prend près de 5 points.

C'est indiscutablement une victoire à la Pyrrhus pour la droite modérée.

Thomas FERRIER (PSUNE/LBTF)

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21/09/2015

Elections législatives grecques : le maintien de Syriza et de Tsipras au pouvoir

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Alexis Tsipras,Syriza,Grecs Indépendants,Nouvelle Démocratie,Aube Dorée,législatives 2015Les élections législatives grecques du 20 septembre 2015, faisant suite à l’impossibilité d’Alexis Tsipras de maintenir sa majorité parlementaire, ont été boycottées par une forte minorité d’électeurs, l’abstention atteignant presque 44%. De nombreux électeurs ne croient plus que les élections changeront leur avenir. Ils boycottent donc Tsipras mais aussi ses adversaires qui ne leur inspirent pas davantage confiance. Cela pose la question de la compatibilité en démocratie et gouvernance économique dans le cadre du mondialisme. La démocratie n’est plus nationale et elle n’est pas encore européenne, ce qui veut dire qu’elle est à rebâtir.

Selon les résultats à 88% du processus de dépouillement, Syriza s’impose de plus de sept points face à la Nouvelle Démocratie, contrairement à tous les sondages qui annonçaient un score serré et même pour certains une victoire de la droite. Un réflexe de vote utile et de maintien du gouvernement en place a visiblement joué.

L’Unité Populaire, le parti né de la scission de Syriza, qui n’avait néanmoins par reçu le renfort de figures médiatiques, Varoufakis ayant plutôt apporté un discret soutien aux communistes du KKE, a échoué à faire la différence. Avec 2.9% des voix, elle rate de peu la barre de 3% donnant droit à des élus. C’est une véritable chance pour Tsipras car cela lui permet d’augmenter sa prime de premier parti du pays.

Syriza obtient donc 35,6% des voix environ et 145 sièges, manquant seulement de 5 élus lui permettant d’être majoritaire sans alliés. Fort heureusement, les Grecs Indépendants, souverainistes membres de la coalition sortante, ont réussi in extremis à passer la barre des 3% avec 3,7% des voix et donc 10 sièges.

La gauche traditionnelle, le PASOK, associé au mouvement de gauche démocratique « Dimar », continue de rester à la marge de Syriza, considérablement affaiblie par l’ère Papandreou. Il obtient 6,3% des voix et 17 sièges. Syriza reste dans l’esprit des électeurs de gauche une sorte de parti social-démocrate de remplacement.

Aube Dorée (XA), le mouvement ultra-nationaliste grec, avec presque 7% des voix et 18 sièges (+1) retrouve son niveau classique, reprenant 0.8% en huit mois, mais le contexte migratoire n’a pas augmenté de manière significative ses voix. Il reste fort en Laconie (11,7%) et en Attique hors Athènes même (8,9%). A Lesbos, fortement impacté par les migrants ces derniers mois, XA n’obtient que 8% des voix et son score est analogue dans les îles du Dodécanèse. Il n’a pas bénéficié non plus de l’absence du Laos, représenté par une scission marginale, l’Union Patriotique ELLAS, qui n’a obtenu que 0,1% des voix. La direction de XA étant en prison, et dans l’incapacité de faire campagne, son dirigeant ayant par ailleurs fait une nouvelle provocation à propos de la mort d’un chanteur grec dont son parti est accusé d’en être responsable, ce résultat reste important. XA est une sorte de NPD en plus dur, très éloigné du national-populisme classique.

La Nouvelle Démocratie a raté son pari de revenir aux affaires, espérant fermer la parenthèse Tsipras. Avec 28,1% des voix et 75 députés (-1), elle progresse à peine par rapport à Janvier 2015 (+0.3). C’est loin d’être un succès, alors que Syriza ne perd qu’1.2 points malgré une scission. Les électeurs n’ont pas oublié les responsabilités de la droite, comme de la gauche classique, dans leur situation.

Les centristes, divisés en « To Potami » et l’Union des Centres (Enosi Kentroon), sont parvenus à rentrer au parlement mais ils sont loin de leurs espérances. Le premier n’obtient que 4,1% (-2) et 11 sièges (-6) et le second 3,4% (+1.5) et 9 sièges (+9). Néanmoins, réunis ils obtiennent 20 députés.

Les communistes (KKE) et l’extrême-gauche (Antarsya) ne bénéficient pas non plus d’une colère anti-Tsipras en leur faveur. Le KKE obtient 5,6% des voix (+0.09) et 15 sièges (-) et Antarsya avec 0,85% des voix est loin du compte.

Les électeurs grecs ont choisi en premier lieu le refuge de l’abstention, ayant du mal à se passionner pour une affaire politicienne ayant peu d’impact sur leur quotidien et déçus par le jeu de dupes de Tsipras. Néanmoins ce dernier garde un réel crédit auprès de ses partisans, ses opposants internes ayant été désavoués ce soir par les Grecs. La Nouvelle Démocratie et le PASOK restent presque au même niveau qu’en janvier, de même qu’Aube Dorée, troisième parti certes mais sans progression notable. Le pari de Tsipras est néanmoins réussi mais au prix d’un rejet croissant des électeurs de l’ensemble de cette classe politique, lui y compris.

Thomas FERRIER (PSUNE/LBTF)

06/09/2015

Les causes de la déstabilisation durable de l’Irak et de la Syrie.

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islamisme,atlantisme,Occident,déstabilisation,Irak,Syrie,HusseinLe Proche-Orient de l’après-1945, sortant à peine de l’époque coloniale, était partagé entre deux traditions laïques, le modèle kémaliste d’une part et le modèle « baasiste » d’autre part. Ce « socialisme arabe », librement inspiré des fascismes européens, reposait sur l’unité politique des Arabes et sur le refus de l’état israélien, son laïcisme relatif laissant une grande place culturelle à l’islam. Le « baasisme » en Irak et en Syrie finit par mener à l’arrivée au pouvoir de dictatures relativement éclairées et assez peu islamiques, recevant ainsi le soutien des communautés chrétiennes, et dont l’opposition principale justement était islamiste.

Entre des dictatures tenant le pays et un régime inédit de terreur dont EI nous donne un aperçu actuel très significatif, il fallait admettre les premières comme un mal nécessaire. On oublie souvent que la démocratie en Europe a mis presque deux siècles à s’établir, même si la caricature actuelle qu’elle est devenue nous sidère.

La guerre froide a amené les Américains à choisir le pire des deux. Dès 1979, ils promeuvent ainsi face aux soviétiques une rébellion islamique, incarné par le commandant Massoud mais aussi par l’embryon de ce qui allait devenir le mouvement taliban, et bien sûr en utilisant les services de Ben Laden. Après le chaos qui fit suite au départ des troupes soviétiques en 1985, les islamistes allaient pouvoir s’imposer en toute tranquillité, favorisés par leur grand voisin du sud, autre allié des USA d’ailleurs, avant que ce cancer n’émerge médiatiquement à partir du 11 septembre 2001.

En déstabilisant le régime du shah d’Iran et en faisant le jeu de Khomeiny, présenté alors comme un démocrate face à un tyran par une presse occidentale complaisante, les USA se trouvèrent face à un golem , la République Islamique d’Iran. Ils jouèrent alors la carte de l’Irak baasiste de Saddam Hussein, soutenant son pays, ainsi que le firent la France et le Royaume-Uni, face à son ennemi de l’est. Alors même que les baasistes étaient en général honnis en raison de leur rapprochement avec l’URSS et de leur hostilité envers Israël, ce n’était pas le cas en Irak.

C’est donc se pensant autorisé que Saddam Hussein en 1991 décida de s’emparer du Koweït, ayant reçu des signaux contradictoires en provenance d’Occident. Or si le chat irakien avait été implicitement encouragé, en tout cas pas découragé, pour dévorer la souris Koweït, dès qu’il avança sa patte, le chien américain le mordit. La première guerre d’Irak, perdu par Hussein, amena son régime à jouer la carte de l’islam. C’en était fini d’un Hussein se revendiquant de Sargon et du passé pré-islamique de la Mésopotamie. Il y eut donc une réislamisation relative du pays, même si la tolérance à l’égard des chrétiens, mais pas des Kurdes, fut maintenue.

Le 11/09 changea dramatiquement les choses. C’est à ce moment que les USA décidèrent d’écraser les Talibans d’Afghanistan, après les avoir laissés prospérer pendant 16 ans. Leur intervention militaire lourde, puis leur occupation, n’ont rien résolu. L’islamisme radical continue d’y prospérer, un talibanisme « soft » s’étant imposé. Les mini-jupes dans les rues de Kaboul dans les années 70 avaient disparu d’ailleurs depuis bien longtemps.

Profitant de l’effet 11/09, l’administration Bush en profita pour mener une seconde guerre d’Irak, sur des motifs plus ou moins arbitraires. Cette fois, ils eurent la peau de Saddam Hussein, mais sans rien proposer pour le remplacer. La « démocratie » en Irak finit en bain de sang. Si le partie chiite, victime d’attentats de temps en temps, contrôle désormais sa zone, de même que les Kurdes, le pays sunnite est dans un véritable chaos. La réislamisation entamée par Hussein après 1991 amena à un nouveau terrorisme islamique et né de ses entrailles à Daech/EI.

Avec les printemps arabes, que personne en Occident n’avait prévus, les dictatures laïques arabes furent mises à mal. Là encore, les occidentaux jouèrent la carte des islamistes, contre tout bon sens. Les chutes de Kadhafi en Libye, de Ben Ali en Tunisie et de Moubarak en Egypte les amenèrent au pouvoir, même s’ils reculent en Tunisie et ont perdu la seconde manche au Caire. Ainsi la Syrie de la dynastie Assad fut-elle à son tour malmenée, alors que nous aurions dû soutenir le régime, malheureusement allié à l’Iran et à la Russie, « malheureusement » car c’est la seule raison pour laquelle les USA et l’Occident prônent la fin de ce régime. Pire, la Turquie mais aussi les Occidentaux ont armé la rébellion dont la composante islamique est essentielle.

De la déstabilisation de l’Irak sunnite et d’une partie de la Syrie est donc née l’EI et son organisation Daech, dont on constate les actions de manière quotidienne, avec la destruction du magnifique site antique de Palmyre, qui avait résisté à 1500 ans de christianisme et d’islam. Et plus récemment, conséquence aussi de tout cela, des centaines de milliers de migrants, motivés par des raisons économiques avant tout, sinon ils iraient dans les pays arabes alentours, sous réserve que ceux-ci fassent preuve du même laxisme que les pays de l’UE, arrivent massivement en Europe.

En clair, les USA et l’Europe occidentale, qui lui est soumise depuis 1945, ont favorisé un islamisme qu’ils prétendent déplorer ensuite, alors qu’ils ont contribué à ses succès. Mais seule l’Europe subit le coût migratoire en retour, et pas les USA. En favorisant Erdogan en Turquie, par le biais d’un absurde processus d’adhésion à laquelle personne ne croyait vraiment, qui a ainsi pu mettre à bas des pans entiers de l’héritage de Mustafa Kemal, en faisant tomber le shah d’Iran pour de bas calculs pétroliers, en favorisant les plus obscurantistes en Afghanistan (et au Pakistan), et aujourd’hui en souhaitant le départ de Bachar El Assad, l’Occident a créé un monstre qui naturellement s’est retourné contre son créateur.

Thomas FERRIER (PSUNE/LBTF)

Compléments à propos du FN.

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Tri.jpgDans le dernier billet sur le FN, on a expliqué pourquoi ce dernier ne serait jamais dédiabolisé, ce qui aura pour effet à la fois de le maintenir à un haut niveau, à l'abri des critiques sur l'incohérence de son programme et en situation de recueillir les votes de contestation, et en même temps de fixer une limite à ce haut niveau, avec pour conséquence d'interdire son accès au pouvoir.

A peine Marine Le Pen avait-elle fait prononcer l'exclusion de son père, dans une stratégie de dédiabolisation bien accueillie au dehors, que les assauts contre son parti ont redoublé de la part du monde politiquement correct et des partis dits de gouvernement. Ils se sont même montrés plus violents qu'ils ne l'avaient jamais été.

C'est d'abord Jean-Christophe Cambadélis qui a annoncé que le FN, s'il arrivait au pouvoir, expulserait hors de nos frontières quatre millions de français musulmans. Or, même du temps de Jean-Marie Le Pen, aucune proposition de ce genre n'a jamais été formulée. De plus on se demande où Cambadélis est allé chercher le chiffre de quatre millions. Estime-t-il qu'il y a autant de partisans du djihad en France?

Ensuite l'invitation de Marion Maréchal-Le Pen à l'école d'été de la Sainte Baume, dans le cadre d'une opération de formation organisée par le diocèse de Fréjus-Toulon, a suscité des réactions indignées de la part de la classe médiatique et politique, jusqu'au président "républicain" du Sénat, Gérard Larcher. Il faut reconnaître que la hiérarchie de l'Eglise a soutenu cette initiative, en la replaçant dans le cadre du débat. Peut-être est-ce la raison de la fureur des opposants au Front. En même temps, pourquoi un représentant de la droite a-t-il cru bon de se mêler aux voix de gauche? C'est la preuve qu'une certaine droite est toujours menée par le PS, on peut même dire fraternellement. C'est aussi la preuve que l'esprit centriste n'est pas contenu à l'intérieur des structures du Modem, voire de l'UDI. Les ténors "républicains" que sont Juppé et Larcher sont bien au centre. Contrairement à leur électorat, bien sûr.

Pour finir, les médias ont donné la parole à Marine Le Pen sur la "submersion migratoire", profitant de son passage à Brachay où elle tenait son discours de rentrée. C'est ainsi qu'elle a été interrogée sur le sujet au journal de 20 heures de TF1. Le thème était généralement mis de côté ces derniers temps. Il fallait montrer que le FN restait lui-même.

Ainsi le FN est-il, d'un côté, encouragé à se normaliser et, de l'autre, accablé d'autant plus qu'il cherchera à le faire. Il est soumis à un système de régulation qui le maintient dans son rôle de nuire à la droite. Du moins est-ce ce qui est attendu.

Pierre EISNER (PSUNE/LBTF)

24/08/2015

Qui mène Les Républicains ?

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LR.jpgDans mes deux précédents billets, nous avons vu que le PS, avec une classe médiatique à sa botte, menait de fait l'évolution du FN comme, peut-être de façon moins marquée, celle des centres. Nous allons maintenant considérer la situation de la droite classique, autrement dit le parti des "républicains". La réponse est assez complexe.

Le PS et la classe médiatique jouent un rôle non négligeable dans le pilotage de la droite française classique. C'est ainsi que l'on parle, à propos de cette dernière, de "la droite la plus bête du monde". Par exemple la droite ne revient pratiquement jamais sur les mesures prises par la "gauche". Elle n'aurait pas voté "le mariage pour tous"; mais elle n'osera pas l'abroger. Elle n'aurait pas voté « les 35 heures »; mais elle n'osera pas revenir directement sur leur application. Pour la retraite à 60 ans, elle a opéré une correction a minima. De son côté le PS au pouvoir se fait une gloire de défaire toutes les lois votées par la droite qui l'a précédé, sans même chercher à savoir si l'une d'elles irait dans son sens.

Il est vrai que la droite a peur de la "rue", de manifestations de masse que le PS peut susciter à propos de n'importe quelle réforme, manifestations bénéficiant d'une couverture médiatique exceptionnelle.

Cependant la droite classique est aussi animée par des orientations qui lui sont propres et qui ne doivent rien aux pressions. Il y a en principalement deux, qui sont tantôt complémentaires, tantôt contradictoires. C'est ce qui explique la diversité et les hésitations dans cette mouvance.

L'une des orientations marquant la droite est un libéralisme économique assumé. Ce dernier va de pair avec la promotion de l'initiative individuelle. Il explique l'importance donnée au mérite individuel. Cette orientation est partagée avec les centres. Surtout elle est partagée avec les droites de tous les pays, voire par certains partis socialistes étrangers. Elle est par ailleurs dominante dans l'Union européenne, jusqu'à s'imposer à la gauche française.

Il y a cependant, comme nous allons le voir, des limites au libéralisme des "Républicains" et c'est cela qui est le plus intéressant.

L'autre orientation marquant la droite est la "tradition". Il ne serait pas exact de parler de conservatisme, car il s'agit souvent d'un retour à la tradition.

C'est bien sûr le respect des valeurs traditionnelles en matière de société, comme l'importance donnée à la famille. C'est notamment le respect d'un mode de vie pas si ancien, qu'est venue bouleverser une immigration incontrôlée suivie d'une naturalisation de masse. Ainsi la droite se demande-t-elle s'il ne conviendrait de revenir au droit du sang.

Il y a davantage dans cette orientation. La tradition à laquelle la droite se réfère inclut un modèle social bâti dans des luttes menées par la classe ouvrière des générations passées. Ainsi, paradoxe s'il en est, la droite s'attache-t-elle à défendre réellement le modèle social français en l'adaptant au besoin, quand la "gauche" ne s'attache qu'aux apparences. S'il reste un peu de socialisme en politique, c'est donc à droite qu'il faut le chercher.

La tradition inclut également un modèle entrepreneurial qui se préoccupe du bien être des ouvriers et n'est pas esclave d'actionnaires à courte vue. En fait la concurrence à laquelle tient la droite est surtout hexagonale, ou alors interne à une Europe qui serait plus intégrée. Elle s'accommode mal du mondialisme et de certaines directives de l'UE.

Prenons l'exemple de l'augmentation de la TVA qui aurait dû être décidée dès 2007 et qui a été timidement proposée en 2012 avant d'être balayée par le nouveau pouvoir. C'était une mesure socialiste. Une réponse libérale au manque de compétitivité des entreprises se serait limitée à la baisse des dépenses publiques. L'augmentation de TVA permet de maintenir le modèle social et le service public. Car la droite est très attachée au service public, à son efficacité et son image. Elle n'a pas usurpée l'étiquette « républicaine », si du moins on la prend dans son vrai sens, celui de l'intérêt commun, pas dans celui de valeurs prétendues universelles qui ont été définies par une oligarchie.

On assiste à un renversement des valeurs. Si la droite française avait le courage de présenter sa meilleure face, ce qui impliquerait qu'elle se démarque des centres, alors elle verserait un peu dans le socialisme, dans la proximité avec les classes laborieuses. On aurait pu s'attendre à ce que le PS qui fait la loi dans les médias encourage cette orientation. Or c'est exactement le contraire. Le PS empêche que les résolutions de droite qui iraient dans le sens du socialisme aboutissent. Il interdit le socialisme chez les autres. Comme on le verra, il l'interdit aussi chez lui.

En fait la pression médiatique menée par des sympathisants du PS pousse la droite à montrer sa pire face, celle de l'argent qui règne en maître. Et cette dernière est assez bête pour donner toutes les occasions de se faire piéger. Les médias s'en emparent goulûment, ayant un peu vite oublié les frasques de François Mitterrand et de Roland Dumas.

Pierre EISNER (LBTF/PSUNE)

19:09 Publié dans Analyses, Elections en Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : droite, les républicains, ump, gauche | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

22/08/2015

Qui mène le centre ?

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Logo_udf.pngDans un précédent billet nous avons vu que le FN était mené par la galaxie du PS par l'intermédiaire de la classe médiatique. Nous allons voir qu'il en est de même de ce qu'on appelle le "centre" ou le "centre droit".

De la même façon que le FN d'aujourd'hui, les centres sont caractérisés par l'absence d'idéal politique, fût-ce un idéal perverti. Souvent appelé le « marais », le centre, sous quelque forme qu'il prenne, est le marigot où pataugent tous les arrivistes. Quand François Bayrou prétend voter pour les propositions allant dans le bon sens d'où quelles viennent, comme si choisir ce qui était bon allait de soi, il nie le rôle de la vision politique, laquelle guide précisément le choix. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que le centre soit mené de l'extérieur, du PS en l'occurrence.

Comme dans le cas du FN, le centre doit favoriser la "gauche" et nuire à la droite. Il y a cependant de grandes différences. Il convient en effet :

1 - que le centre existe sans prendre de trop de place, pour ne pas empiéter sur la "gauche", tout en lui fournissant un réservoir d'électeurs,

2 - qu'il divise la droite, ou du moins l'influence, pour lui faire perdre les voix des sympathisants de la « droite de la droite » au profit du FN,

3 - que la "gauche" ne lui laisse jamais la place en terme d'alliances.

Le point 1 est décisif dans le second tour des élections. L'aide peut venir d'un choix des dirigeants : en 2012 François Hollande a obtenu le soutien de François Bayrou. Mais c'est surtout le choix personnel de certains lecteurs qui décide : en 2017, le PS espère que des électeurs ayant voté Alain Juppé à la primaire de droite répugnent à suivre Nicolas Sarkozy s'il est choisi. Cependant un centre trop fort pourrait marginaliser la "gauche", appliquant plus ou moins sa politique mais lui faisant perdre ses prébendes.

Le point 2 rejoint ce que nous avons vu pour le FN. Fondamentalement, pour que le FN ferme la route à la droite, il faut faire monter le premier et diviser la seconde. Sachant que le premier ne doit pas trop monter non plus.

Le point 3 a toujours été satisfait, le centre ayant en général vocation à s'associer à la droite. C'était vrai pour l'UDF et c'est vrai pour l'UDI. La seule exception a été la parenthèse Bayrou en 2007 et 2012. Cependant, en 2007, Ségolène Royal n'a pas voulu négocier avec Bayrou et, en 2012, Hollande n'a pas voulu non plus.

Comment la classe médiatique doit-elle opérer pour satisfaire les points ci-dessus ? Elle doit ouvrir les ondes au centre, ce qui lui est d'autant plus facile que la ligne politique du centre n'existe pas; si l'on préfère c'est par défaut le même politiquement correct « bobo » qui la caractérise et qui s'applique aussi au PS. Elle doit surtout être sévère avec la droite classique et faire clairement apparaître la fracture qui la sépare du centre. De cette façon le point 2 est rempli et le point 1 en partie aussi.

Il reste à éviter de promouvoir un centre conquérant et à empêcher l'alliance avec la "gauche" pour satisfaire le point 3 et ce qu'il reste du point 1. Pour cela il convient de "droitiser" médiatiquement le centre, de la même façon qu'on continue de diaboliser le FN. C'est le volet économique qui sert d'appui à l'ancrage à droite du centre. Ici encore c'est très facile. Les positions du PS comme celles du candidat Hollande sur l'économie sont si lamentables qu'il sera difficile à un politicien qui n'est pas rompu aux traditions de la "gauche" de les adopter.

L'inclinaison paresseuse vers le centre est parfaitement illustrée par les positions prises par Alain Juppé depuis qu'il brigue la candidature à la future présidentielle. Il parvient à déborder Bayrou par sa gauche. On l'a vu très politiquement correct à propos du mariage pour tous. On le voit pratiquement sur la ligne du PS en matière d'éducation, ce qui est un comble pour quelqu'un qui sort du moule de l'élitisme républicain. Le seul point sur lequel Najat Belkacem a pu le reprendre, et là les médias l'ont bien relevé, est la valorisation du salaire des instituteurs, ce qui est curieusement une option marquée à droite, qui figurait dans le programme de Sarkozy. Sinon, sur le pédagogisme officiel qui détruit l'acquisition de la lecture et du calcul au primaire, pas un mot de sa part. Sur le "collège unique" qui abaisse tout le monde de peur d'en faire monter quelques uns, il ne touchera qu'au vocabulaire.

Veut-il que l'Ecole forme des citoyens, c'est-à-dire des personnes instruites capables de jugement autonome, bref des hommes ou des femmes libres ? Pas du tout. Il ne faut pas, selon lui, de clivage entre droite et gauche sur l'Ecole.

Bref Juppé se laisse porter par le courant médiatique bien-pensant en donnant des coups de pagaie pour faire bonne mesure. Il est impossible de faire plus centriste que lui. Bayrou doit être vert de rage.

Cela étant le dosage du point 1 est délicat. La primaire à droite complique le jeu du PS. Si Juppé venait à l'emporter, il balaierait Hollande au second tour, à supposer que ce dernier en soit. Même si Juppé avait dû se rapprocher de la droite classique avant le premier tour pour éviter un FN qui y serait trop fort. Ensuite les législatives porteraient au pouvoir une droite assez semblable à ce qu'elle a toujours été. Et les marges de manœuvre du président ne seraient pas si grandes. Les PS aurait tout perdu, y compris un adversaire au pouvoir facile à combattre.

Pierre EISNER (LBTF/PSUNE)

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Qui mène le FN ?

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fnps.jpgIl y a plusieurs façons d'analyser les évolutions du FN : de l'intérieur, en considérant les actions de ses dirigeants, ou de l'extérieur, en considérant les pressions qui s'exercent sur lui et les ouvertures qu'on lui offre. C'est la seconde façon qui nous en apprend le plus. Regardons comment l'eau qui sort de terre se répand en surface. On a l''impression qu'elle en fait à sa guise. En réalité c'est la pente du sol, ce sont les obstacles divers qui guident son trajet. Il en est de même pour le FN, du moins tant que ce parti n'aura pas de vision politique claire et assumée.

Bien sûr, le détail du parcours de ce parti est-il ponctué par l'intransigeance de son fondateur, par la médiocrité de sa présidente ou par la personnalité de tel ou tel. Mais les grandes lignes de son évolution lui échappent. C'est la classe médiatique, c'est-à-dire fondamentalement le PS, qui les dessine. Elle le fait en accordant l'antenne à tel dirigeant à tel moment, en lançant une campagne de dénigrement à tel autre. Bref tout se passe comme si c'étaient des gens comme Laurent Joffrin qui tenaient la tête du FN.

Quelles sont donc les parois de la vallée que le PS et son bras armé de la classe médiatique ont mis en place pour le FN ? Très simplement il s'agit de faire gagner la "gauche". Pour cela il convient

1 - que le FN soit assez fort pour peser,
2 - qu'il prenne des voix à droite sans trop en prendre à gauche,
3 - qu'il ne puisse pas s'allier avec la droite.

Pour remplir le point 3 et un peu le point 2, il faut que le FN soit diabolisé. En effet il faut pouvoir empêcher les partis de droite de conclure des accords, ne serait-ce que des alliances électorales comme la "gauche" en conclut avec l'extrême gauche. Mais il faut aussi que les électeurs de gauche résistent à l'envie de voter pour ce parti dont on a décidé qu'il serait infréquentable. Cependant, pour remplir le point 1 et un peu le point 2, il ne faut pas que le FN soit trop diabolisé non plus. Bien sûr la diabolisation permet au FN de recueillir la contestation au pouvoir. Mais il faut aussi permettre à certains électeurs de droite de s'y retrouver.

Par conséquent, quelles que puissent être les déclarations et démonstrations des dirigeants du FN, jamais leur parti ne sera normalisé, considéré comme un autre. En revanche l'inscription du FN dans la stratégie de dédiabolisation de sa présidente n'est que celle dans la ligne de plus grande pente instituée de l'extérieur. Elle permet au parti d'être plus fort, de prendre plus à droite, mais sans excès cependant, sans espoir d'accéder au pouvoir contre la "gauche", parce que la diabolisation restera là, prête à être activée à tout moment.

Ces derniers jours, à l'occasion de l'exclusion du FN de son fondateur, on a parlé de l'évolution de la ligne politique du parti. On peut la mesurer à la lumière du poids respectif de deux orientations : l'allophobie et l'europhobie.

Au départ le FN s'est construit sur le rejet des allogènes, représentés notamment par certains immigrés, de la part d'une frange importante de la population. C'est cette orientation que les partis au pouvoir jugent insupportable, probablement parce qu'ils se sont montrés incapables de traiter le problème de l'immigration de masse. C'est exclusivement cette orientation que la classe bien pensante retient pour définir le fonds de commerce du FN, comme pour parler de la lepenisation des esprits. C'est bien parce que cette orientation trouve un écho majoritaire dans le pays qu'il fallait la combattre avec force.

Avec Marine, le FN a glissé du rejet des allogènes vers le rejet de l'idée européenne, idée abusivement confondue avec la technocratie de l'UE actuelle. Curieusement, alors que les médias occultent tout ce qui pourrait renforcer la première orientation, évitant le plus possible de donner les noms ou prénoms des suspects dans les crimes, ces mêmes médias ouvrent largement l'antenne à Florian Philippot pour dire du mal de l'Europe. Le risque est moindre car le sentiment européen reste majoritaire, quand l'UE elle-même est peu appréciée. En plus l'europhobie interdit toute alliance politique avec la droite. Elle n'empêcherait pas celle avec la "gauche", qui s'allie avec un "parti de gauche" aussi europhobe que le FN, sachant que François Hollande n'est pas très net lui-même sur la question européenne, soumis qu'il est aux USA et plombé par des promesses faisant peu de cas de nos voisins.

Ainsi l'évolution de la ligne stratégique était-elle dirigée de l'extérieur. Pour autant le fameux fonds de commerce reste en réserve pour maintenir un niveau de diabolisation quoi qu'il arrive. Il pouvait paraître surprenant que les médias accordent une pareille audience au vieux fondateur. Or ce n'est que très normal; c'est une façon de mettre en place des digues.

Le résultat est que le FN est assuré de faire de bons scores, avec la possibilité de gratifier ses militants. En revanche il n'accèdera pas au pouvoir. Pour cela il aurait fallu qu'il ait une ligne politique forte, en adéquation avec les attentes profondes de l'électorat, aussi bien sur l'immigration que sur l'Europe, quitte à devoir peiner avant de recruter les fruits de son labeur.

Maintenant, comme chacun sait, il peut arriver que le Golem échappe à son créateur.

Pierre EISNER (LBTF/PSUNE)

11:00 Publié dans Analyses, Elections en Europe | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : fn, marine le pen, gauche, diabolisation | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

19/07/2015

Hollande ou la politique du tronc creux

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Hollande.JPGIl est des troncs d'arbre qui ressemblent à s'y méprendre à des troncs d'arbres sains. Cependant ils sont creux, seulement faits d'une écorce. Si l'on appuie un poing contre eux, il les traverse. Ces troncs sont exactement ce que sont les dernières propositions de François Hollande à propos de l'Euro.

Le problème est que les commentateurs du monde politico-médiatique ont, pour le moins, tardé à réagir. Ils semblent se prêter à la mystification, qu'ils soient complices ou incompétents.

Une organisation renforcée de la zone euro ? Voilà pour commencer ce que le président propose. Il est, certes, tout à fait évident qu'une monnaie commune nécessiterait une intégration économique, bien au-delà de ce qu'on connaît aujourd'hui. Cependant François Hollande est-il crédible quand il en parle ?

Il voudrait des règles plus strictes. Comment le peut-il quand il n'est pas capable de respecter celles qui existent déjà. C'est comme un sauteur en hauteur qui, incapable de franchir une barre d'un mètre, demanderait qu'on porte la barre à deux mètres.

Et que ferait-on de la Grèce dans cette zone Euro plus intégrée ? Il s'est félicité du maintien de ce pays dans la zone, au prix d'un abaissement des exigences du même genre que celui dont a bénéficié la France pour son déficit. Vouloir mieux intégrer la zone Euro passerait d'abord dans un certain sens par un Grexit suivi d'un Franxit.

Enfin il n'y a pas d'intégration économique sans intégration politique. D'ailleurs Hollande parle de "gouvernement de la zone Euro". Quelle perte de souveraineté est-il prêt à consentir, lui qui s'est fait élire pour s'opposer à la démarched'Angela Merkel et qui donne en permanence des gages à sa gauche ?

La France dans une avant-garde ? Il y a déjà antinomie à proposer une organisation renforcée, concernant tous les pays de la zone, et une avant-garde, séparant certains pays des autres. On ne peut pas à la fois vouloir la cohésion, jusqu'à la Grèce comprise, et la séparation.

Et puis comment le mauvais élève de la classe peut-il prétendre à faire partie de l'élite? Il est vrai que, selon Hollande, l'avant-garde serait constituée de tous les pays qui en décideront. Autant dire que les Grecs en seront candidats parmi les premiers. Pour reprendre l'exemple sportif, une épreuve de qualification sélectionne uniquement ceux qui sont capables de franchir une barre donnée. Quelle est la barre fixée par Hollande ? Un déficit nul peut-être ?

Un budget spécifique et un parlement ? Assurer un contrôle démocratique est certainement une bonne chose, mais promouvoir trop d'instances prétendûment "démocratiques" ne peut que tuer la démocratie.

Il s'agit ici d'organiser l'avant-garde. Mais, apparemment sans toucher aux Etats actuels, ni à l'Union Européenne, ni à la zone euro. On fabriquerait un mille-feuilles à l'image de celui que notre président s'est montré incapable de réduire dans son pays.

Il y aurait un budget spécifique. Pourquoi faire ? Alimenté comment ? S'agirait-il, par exemple de financer l'éducation? Donc avec les mêmes règles de fonctionnement et de recrutement partout. Nul ne peut y croire de la part de Hollande. Faudrait-il prélever l'impôt à la place des pays actuels ? Peut-être celui sur les entreprises, qu'il faudrait alors unifier. Ce n'est pas pensable.

Il y aurait un parlement. Ce pourrait être une partie du parlement européen. Mais il faudrait de nouveaux partis et un nouveau président. Comment pourra-t-on éviter la confusion et l'effondrement d'un pouvoir parlementaire déjà bien faible, comme la crise grecque l'a montré ?

Il n'y a que deux façons de mettre du sens derrière le verbiage creux qu'on nous a servi.

La première est la convergence. On prend deux pays, ou davantage, comme la France et l'Allemagne. Sous le contrôle démocratique de leurs parlements respectifs, ils décident d'aligner leurs politiques sur un certain nombre de points : imposition des sociétés, du capital, des personnes, système de santé, aides sociales, périmètre de la fonction publique, code du travail … On laisserait juste une différence temporaire de TVA pour faciliter les adaptations. Le système allemand n'est pas parfait : il lui manque une politique familiale et il joue un peu trop sur la main-d'oeuvre de ses voisins européens. Mais, sur presque tous les points, ce serait au système français d'évoluer.

Le problème est que, depuis qu'il a été élu, François Hollande a pratiqué une stratégie de la divergence. S'il a mis en place quelques usines à gaz pour tenter de corriger l'excès d'imposition qu'il a installé, jamais il n'a cherché à traiter les problèmes à la base. C'est ainsi qu'il a préféré laisser entendre qu'il accordait des "cadeaux aux patrons" assortis de contreparties illusoires, plutôt que de reconsidérer l'impôt sur les entreprises.

Chaque jour ou presque, on traite en France un nouveau sujet sans le moindre souci de la convergence avec notre voisin. Ségolène Royal a supprimé une taxe routière sur les poids-lourds qui s'inspirait du modèle allemand. Elle s'oppose à une fiscalité du diesel plus proche de celle de l'essence, comme en Allemagne. Dans les deux cas, on aurait pu mettre sur pied une fiscalité commune européenne ou, pour le moins, les mêmes règles de part et d'autre du Rhin, au prix éventuels de quelques ajustements en Allemagne. On aurait déjà pu le faire pour le permis à points, la vitesse sur les routes …

La seconde voie est l'intégration. Les pays qui sont intégrés disparaissent en tant que tels au profit d'un nouvel état. C'est au niveau de ce dernier que la démocratie s'exerce. C'est beaucoup plus simple et c'est définitif. Mais évidemment il faut le vouloir. On est aux antipodes des petites combines de François Hollande.

Pierre EISNER (PSUNE/LBTF)

15/07/2015

Hollande ou la mouche du coche

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grexit,Tsipras,Merkel,HollandeUn accord a été obtenu pour la Grèce et presque tout le monde s'en est félicité, la bourse reprenant des couleurs. Au moment où tout le monde parlait de "Grexit", mon précédent billet annonçait un inévitable accord. En fait la zone Euro n'a jamais eu le droit d'exclure un pays, aussi fautif fût-il. Ce qui s'est passé était donc écrit.

Or il s'agit d'un mauvais accord, un accord qui ne règlera rien et laissera la Grèce devant ses difficultés. Le signe le plus évident des défauts de ce qui a été conclu est la présence du FMI. On peut exiger tout ce qu'on veut d'Européens, leur dicter une ligne aussi dure que l'on voudra. Il y a une chose que l'on ne doit pas faire : les soumettre, sans défense, au joug d'un organisme mondialiste.

Alexis Tsipras a fait preuve d'honnêteté. Il admet avoir dû signer un mauvais accord. Notamment, il avait voulu écarter le FMI du jeu, mais il n'a pas obtenu gain de cause. Il admet explicitement que la Grèce a perdu sa souveraineté. C'était inévitable, mais on aurait au moins pu troquer le statut de Grecs libres contre celui de l'appartenance à une Europe d'hommes libres.

Et quelle hypocrisie ! On va faire voter le parlement grec ! Demande-t-on à un pays de voter la capitulation? Une union européenne digne procèderait par des "ordonnances européennes". Mais encore faudrait-il qu'elle possède une base démocratique. Comment le quatuor Merkel-Hollande-Tsipras-Tusk a-t-il fait-il pour s'arroger le pouvoir? La protestation de Jean-Luc Mélenchon est, pour une fois, légitime.

Pendant ce temps, François Hollande pavane en affirmant que rien n'aurait été obtenu sans l'action commune de la France et de l'Allemagne. Mais que voulait-il obtenir? Avant les négociations a-t-il dit quelles seraient les bases d'un bon accord? On n'a rien entendu là-dessus. Et après? A-t-il dit en quoi l'accord était bon? Là c'eût été un peu plus difficile. En fait Hollande voulait un accord à n'importe quel prix, un arrangement quel qu'il soit pourvu qu'il y ait arrangement. C'est la fameuse "synthèse" qu'il combinait comme chef du PS. Autrement dit il ne voulait que ce qui était inévitable. Dans ces conditions, il était évident qu'Hollande ne jouerait aucun rôle dans la négociation. Tout ce que nous balancent les médias n'est qu'enfumage.

Il est également vrai que, malgré le soutien d'une majorité d'états et la pression de son opinion publique, Angela Merkel n'avait pas la partie si facile, flanquée qu'elle était d'un Hollande se présentant en défenseur de la Grèce. Peut-être est-ce pour cela qu'elle a besoin du FMI pour faire respecter l'accord. Si la France avait un peu mieux honoré ses engagements et adopté une position concertée avec l'Allemagne, alors le couple franco-allemand aurait pu négocier, en position beaucoup plus forte, un accord paradoxalement plus acceptable par les Grecs, excluant notamment le FMI. Ce qu'a dit Nicolas Sarkozy n'était pas aussi déplacé que les médias l'ont fait croire.

Pour finir, Hollande nous surprend en annonçant qu'il est favorable à un "gouvernement économique européen". Jusqu'ici il a tout fait pour l'empêcher, au point que l'Allemagne n'y croit plus. Comment faut-il comprendre cette sortie? Probablement de deux façons qui se mêlent.

D'abord ce sont, comme il est coutumier de dire, des "paroles verbales". Comme en chaque occasion, le discours est creux, les mots n'ont plus de sens, quand l'action n'a pas de consistance. Il faut comprendre que la méthode Hollande consiste à "faire des factions" après avoir "dit des dictions". On bombe le torse sans raison. On n'a même pas l'humilité d'un Tsipras.

Ensuite, peut-être la crise grecque a-t-elle vaguement fait comprendre à Hollande qu'il a couvert d'un tel discrédit la parole de la France, que notre pays pourrait se voir bientôt mis au banc des accusés et humilié comme la Grèce. Il agite alors le drapeau de la soumission - par rapport à ses options claironnées il y a quelques jours encore - avant la confrontation. C'est le loup bêta qui baisse la tête devant le loup alpha.

Dans l'accord avec l'Iran également, la France n'a été que la mouche du coche. La différence avec la crise grecque est que Laurent Fabius affichait une ligne apparemment plus dure que celle d'Obama. Or il ne faut pas s'y tromper. La négociation s'est faite entre Etats-Unis et Iran, avec Israël en toile de fond. La Russie a aidé de façon technique. La France n'a pas existé.

Pierre EISNER (PSUNE/LBTF)

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11/07/2015

Grexit-Franxit

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Grexit,Franxit,PSUNELe titre provocateur que j'ai choisi peut laisser penser que je prédis la sortie de la France de la zone Euro. On peut se rassurer sur ce point; la France ne sera pas exclue dans l'immédiat. Mais la Grèce ne le sera pas non plus.

En revanche la Grèce va rester un boulet pour l'Europe pour encore des années. Et, de son côté, la voix de la France ne comptera plus du tout en Europe. Chaque pays sera, à sa manière, un paria.

On est loin du temps où l'Allemagne tendait la main à la France pour mettre en place un gouvernement économique commun. Cette main a été tendue trois fois et elle a été trois fois repoussée. Avec la présidence Hollande c'est dès le départ, dès la campagne électorale, que le refus français est devenu définitif. L'Allemagne ne fera pas une quatrième tentative. Aujourd'hui, forte de ses succès économiques, elle se replie sur elle-même.

Il y a un point commun entre la Grèce et la France, c'est la perte de crédibilité.

Alexis Tsipras a tout fait pour en arriver là. Elu sur la base de promesses démagogiques, il a fait semblant de maintenir un dialogue avec les autres états européens sur des bases aux antipodes de ses promesses. Alors que l'échéance fatale se profilait, il a renouvelé ses promesses baptismales en provoquant un référendum qui a rejeté les exigences des états européens, pour capituler aussitôt, au moins en paroles, devant les créanciers de son pays.

Les dirigeants européens n'ont pas confiance en Tsipras, Wolfgang Schaüble encore moins que les autres. Les investisseurs n'ont pas confiance en la Grèce. Les Grecs n'ont pas confiance dans leur système bancaire. En réalité, ce n'est pas un problème grec. C'est un problème européen. Quand une famille connait un membre malade, elle l'aide, sans mettre de conditions, mais sans le laisser se soigner tout seul. Il faudrait mettre en place un petit gouvernement économique européen en Grèce pour quelques années, gouvernement dans lequel Tsipras siègerait mais qui ne serait responsable que devant le seul parlement européen. Il faudrait remplacer les banques grecques par des banques européennes, soumises aux seules lois de ce gouvernement européen, pour faire revenir les capitaux exilés et rassurer les citoyens. Et il faudrait lancer l'économie grecque avec des capitaux européens. On ne parlerait pas de la dette.

Evidemment cela supposerait une réforme du parlement européen. Et cela supposerait que la souveraineté illusoire que les Grecs s'imaginent avoir encore soit mise au rang des accessoires. Et cela supposerait surtout que les autres citoyens européens acceptent l'idée de connaître un jour le même sort. Il faudrait donc beaucoup de courage politique à tous, ou alors une révolution en Europe.

En France, François Hollande a perdu tout crédit. Déjà la France, comme la Grèce, n'a jamais été capable de respecter ses engagements. Mais, ces derniers temps, Hollande n'a pas fait mieux que Tsipras. Elu, de la même façon, sur la base de promesses démagogiques inspirées par une idéologie hostile à l'entreprise, il a noué depuis plus d'un an un dialogue ambigu avec un patronat aussi peu fiable que la commission de Bruxelles. Ces derniers jours, avec Manuel Valls, il n'a cessé de défendre en France le maintien de la Grèce dans la zone Euro, tout en se comportant en Europe en lavette dans le bras de fer entre Tsipras et Merkel. Ce n'est pas pour dire qu'il faille souhaiter la sortie de la Grèce. Cependant il faut expliquer ce qu'il convient de faire pour l'éviter. Or la virulence de Merkel n'a n'égale que la torpeur de Hollande.

Evidemment la situation française est moins grave. Mais la solution sera la même que pour la Grèce : un gouvernement économique européen. Si l'on veut aller au bout du raisonnement, cela veut dire un gouvernement européen tout court. C'est-à-dire remplacer les états actuels par un état européen. C'est le programme du PSUNE.

On notera que la Russie a tendu aussi la main à l'Europe. Vladimir Poutine a défendu la "maison Europe", s'exprimant en allemand devant le Bundestag. Que fait-on aujourd'hui ? On pousse la Russie dans les bras de la Chine. Or seule la Russie peut nous sauver, au sein de cet Etat européen dont nous avons besoin.

Pierre EISNER (PSUNE/LBTF)

20/06/2015

La droite danoise, minoritaire, conquiert le pouvoir

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DF.jpgCe jeudi 18 juin, des élections législatives avaient lieu au Danemark. Les Sociaux-Démocrates (Socialdemokratiet) au pouvoir, menés par « la » premier ministre sortante Helle Thorning-Schmidt, espéraient être reconduits à la tête du pays après leur victoire en 2011 à la tête d’une coalition de gauche. Le centre-droit, le Venstre (Libéraux), mené par Lars Løkke Rasmussen, était de son côté empêtré dans les affaires, et en conséquence fragilisé.

Avec 26.3% des voix et 47 sièges, les SD progressent de 1.5% et gagnent trois sièges. Ils (re)deviennent le premier parti du pays, alors que la droite les avait dépassés en 2011. Ce succès relatif est trompeur. Le centre-gauche (Radikale Venstre), qui faisait partie de leur coalition, s’est effondré passant de 9.5% des voix et 17 sièges en 2011 à 4.6% (-4.9) et 8 sièges (-9). De la même façon, le Parti Populaire Socialiste (SFP = Socialistisk Folkeparti) est douloureusement affaibli, passant de 9.2% et 16 sièges à 4.2% (-5) et 7 sièges (-9).

Cette baisse significative du vote de gauche profite à deux partis de gauche, les « rouge-vert » d’Enhedlisten, qui passent de 6.7% et 12 sièges à 7.8% et 14 sièges, et la liste de gauche Alternativet, nouvelle venue, qui obtient 4.8% des voix et 9 sièges. En tout la cause perd environ trois points, ce qui n’est pas une chute si considérable.

La droite libérale incarnée par le parti Venstre, avec 19.5% des voix et 34 sièges, chute lourdement. Elle perd 5.6 points et 13 sièges. Cette diminution s’explique par une légère progression de l’Alliance Libérale (Liberal Alliance), passant de 5 à 7.5% des voix et de 9 à 13 sièges. En revanche, le parti conservateur populaire (Konservative Folkeparti) passe de 4.9% et 8 sièges à 3.4% (-1.5) et 6 sièges. Elle est donc en nombre de sièges plus faible que la gauche.

Celui qui au final va élire le roi est le Parti du Peuple Danois (Dansk Folkeparti) mené par Kristian Thulesen Dahl, en remplacement de Pja Kjarsgaard, tête de file du parti depuis de nombreuses années, et désormais en retrait. Dahl souhaiterait néanmoins qu’elle obtienne la présidence de l’assemblée, en échange d’un soutien à la droite libérale, sans nécessairement bâtir avec elle une coalition. Le DFP est passé de 12.3% des voix et 22 sièges à 21.1% (+8.8) et 37 sièges, devenant le second parti du pays, après avoir été aux élections européennes de 2014 premier. Cette progression se fait notamment au détriment de la droite conservatrice et du Venstre mais aussi du SFP, mouvement socialiste à connotation eurosceptique. Le DFP récupère ainsi des déçus de droite comme de gauche.

Bien que le DFP ne soit pas victime d’un cordon sanitaire comme il peut exister en Belgique, au Royaume-Uni ou en France, il lui est impossible d’espérer être à la tête d’une coalition de droite. Il peut au mieux espérer ce que le FPÖ autrichien avait obtenu en 2000, être le partenaire de la droite classique. Cela n’avait pas bien réussi à ce parti. Le DFP n’a peut-être pas forcément intérêt à s’associer et pourrait être gagnant à proposer un soutien extérieur, au cas par cas, tenant la droite sous son influence sans pâtir nécessairement de l’usure du pouvoir.

Le résultat important du DFP, qui n’est pas une surprise même s’il n’était pas attendu à un aussi haut niveau à une élection nationale, démontre que dans un pays économiquement prospère, où le chômage reste très bas, le débat sur l’identité prend une part importante. D’ailleurs, un parti de défense des immigrés espérait pouvoir se présenter pour contrer le discours de la DFP mais n’en a pas été capable. Les Danois, sans nécessairement être des eurosceptiques, ont constaté que l’UE était en crise. L’idée d’adhésion à la zone euro est d’ailleurs au plus bas dans ce pays. Le DFP entend quant à lui s’inspirer du modèle britannique, sans prôner un départ de l’UE, mais en renégociant certains points de cette construction. Il est également évident que le Danemark, tout comme la Hongrie, voudra se prémunir de tout quota de migrants clandestins qu’il aurait pu être amené à héberger.

Thomas FERRIER (PSUNE/LBTF)