Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

23/09/2013

Elections allemandes 2013 : un scrutin sans grande surprise

 
angela-merkel.jpgA 85% du dépouillement, les grandes tendances ne devraient pas être modifiées ; ainsi peut-on considérer le résultat des élections législatives allemandes comme à peu près certain, l’incertitude restant dans le nombre de sièges accordés à la CDU/CSU. Si cette dernière obtenait, de manière inédite, la majorité absolue des sièges, elle pourrait gouverner sans besoin d’une coalition avec la SPD ni d’alliance contre nature de dernière minute avec Die Grünen.

La CDU/CSU obtient 42,7% des voix environ (34,1% pour la CDU et 8,6% pour la CSU). C’est l’effet Merkel mais aussi l’effondrement du FDP qui est pour la première fois de son histoire exclu du Bundestag. Avec seulement 4,8% des voix (et 2,4% même en premier choix), le mouvement est durement sanctionné par les électeurs. Il a également été victime d’un fort vote utile en faveur de la chancelière sortante.

La SPD représenté par Peer Steinbrück a été lourdement sanctionnée avec 25,5% des voix, ce qui est malgré tout une progression d’environ 2.6 points. L’impact des scandales ayant touché la CDU et la mise en cause de Merkel dans l’affaire des écoutes américaines a été très faible. Le bilan économique, certes contestable, de la CDU a joué en sa faveur, malgré une politique énergétique particulièrement maladroite, à savoir la sortie contre tout bon sens du nucléaire.

Les écologistes sont également sanctionnés durement, en raison des scandales liés à la pédophilie qui ont touché le parti ces derniers mois, mais aussi parce que Merkel a asséché la principale revendication des Grünen, la sortie du nucléaire. Avec 8,2% des voix, ils retombent à un score à un chiffre, annonçant peut-être leur chant du cygne.

Die Linke, avec 7,9% des voix, maintient sa force, même si le parti de Gregor Gysi perd 3.3 points. Il continue en Allemagne de l’Est d’avoir le vent en poupe, même si la tendance WASG semble en revanche avoir échoué à se maintenir à l’Ouest.

La principale inconnue de ce scrutin était le résultat du mouvement AfD, un parti récent basé sur une sortie de l’€uro, mais ayant aussi adopté la thématique migratoire d’une manière plus souple toutefois que la droite nationaliste. Comme la NPD en 1969 (4,3%), AfD échoue à rentrer au Bundestag, n’obtenant que 4,6% des voix, ce qui constitue malgré tout un bon premier score, et annonce un succès potentiel pour les élections européennes de 2014, la barre étant alors à 3%. Malgré tout, symboliquement, c’est un échec, même si relatif. En outre, AfD n’a pas réussi à assécher complètement l’extrême-droite.

La NPD avec 1,2% des voix perd un 0.3 point. Elle continue ainsi son inexorable chute vers la marginalité groupusculaire, malgré des coups médiatiques provocateurs. Elle ne peut pas accuser les Républicains, les REP n’obtenant que 0,2% des voix (- 0.2), mais tout au plus les candidats de Pro Deutschland (0.2%), Die Freiheit faisant un score dérisoire. Réunie, la droite nationale obtient un ridicule 1,6%, toutes chapelles confondues. Elle est essentiellement victime de AfD mais aussi d’un vote en faveur de la CDU/CSU.

Autre échec, celui des Piraten, qui n’obtiennent que 2,1% des voix, alors que certains sondages il y a quelques mois leur promettaient une entrée fracassante au parlement. L’incohérence de leur ligne politique, l’importance des enjeux et la popularité d’Angela Merkel ont fait le reste.

C’est donc face à une Allemagne en forme, même si une grande coalition devait voir malgré tout le jour, et une chancelière soutenue, que le président français Hollande va devoir négocier. Réélue en fanfare, elle sera moins bien disposée à son égard. Le score de l’AfD, qui aurait pu l’inquiéter, l’amènera en revanche à tempérer sa politique européenne, les Grecs pouvant en faire les frais.

La CSU, avec 8,6% des voix, dépasse les Verts et la Gauche. C’est un score inespéré qui va lui permettre de peser davantage au sein de la coalition avec la CDU. Elle détrône la FDP, éliminée du jeu. Philip Rösler, son porte-parole, était d’ailleurs effondré ce soir.
 
Thomas FERRIER (PSUNE)

14/09/2013

Elections norvégiennes 2013

ferrier,psune,elections législatives en norvège 2013Ce lundi se déroulaient des élections législatives très attendues en Norvège. C’est la première fois en effet que les électeurs s’expriment dans un scrutin national à la suite des attentats de Breivik. Leur réaction était donc attendue. La gauche craignait un vote de sanction car, passé le temps du deuil, les Norvégiens avaient le sentiment que le gouvernement n’avait pas pris toutes les dispositions nécessaires pour prévenir ce genre d’actes. En outre, même si la situation économique reste positive, un vote d’alternance est logique.

Malgré sa popularité en berne, les Travaillistes (Arbeiderpartiet) demeurent le premier parti du pays, avec 30,8%, perdant certes 4,5 points par rapport à 2009, mais deux seulement par rapport à 2005. Ils formeront avec 55 députés le plus grand groupe, même s’il sera amputé de neuf sièges. Mais ce succès personnel du parti se fait au détriment de ses alliés naturels. Le parti de centre-gauche Senterpartiet, avec 5,5% des voix, perd 0,7% et un siège, et de même le Parti Socialiste (Socialistisk Venstreparti) n’obtient que 4,1% des voix (-2,1) et 7 sièges (-4), l’ensemble n’obtenant que 72 sièges en tout (-14). De son côté, le parti écologiste (Miljopartiet De Gronne), soutenu par l’ancien candidate écologiste aux élections présidentielles françaises, la franco-norvégienne Eva Joly, progresse nettement et obtient son premier siège avec 2,8% (+2,4) des voix. Le parti Rouge (Rodt), avec 1,1% des voix (-0,3) reste sans député.

Les Conservateurs (Høyre) avec 26,8% remportent le scrutin, même s’ils sont seconds en voix, en pourcentage et en sièges. Ils progressent de 9,6 points en cinq ans, et passent de 30 sièges à 48. De nombreux électeurs ont quitté le Parti du Progrès (Fremskrittspartiet) afin de voter utile, mais aussi par réaction face aux évènements d’Utoya, en raison de la brève appartenance de Breivik au FP. Ce dernier n’avait pas trouvé sa place au sein d’une formation qu’on présente en France comme de « droite nationale », une sorte de FN soft, ce qui était sans doute encore le cas sous la direction de Carl Hagen, mais qui donne des gages à l’idéologie dominante, ayant même choisi un norvégien d’origine indienne pour diriger sa section de jeunesse.

L’effet « Breivik » aura été de recentrer encore davantage la formation dirigée par Siv Jensen sur une position de droite conservatrice, mais à ce jeu certains électeurs auront préféré les conservateurs originaux, et en outre les électeurs inquiets par la problématique migratoire seront probablement restés chez eux. Avec 16,3% des voix, le FP perd 6,6 points par rapport à 2009 mais aussi 5,8 points par rapport à 2005. En 2009 en effet, avec 22,9% des voix, le FP était devenu le second parti du pays et le premier parti d’opposition. Il est désormais largement distancé par le Høyre.

Enfin, plusieurs partis nouveaux sont apparus, mais demeurent à un niveau faible. Les Pirates (Piratpartiet) n’obtiennent que 0,3% des voix et le mouvement des Chrétiens (De Kristne) seulement 0,6%. Ils sont donc loin de la barre des 2% donnant droit à des élus. En 2009, les listes alternatives de droite nationale, comme les Patriotes Norvégiens (NorgesPatriotene), étaient réduites à néant. En 2013, c’est au tour des communistes de se retrouver à zéro. Il faut environ 60.000 voix pour espérer des députés, et toutes ces formations en sont loin.

En cumulé, le centre-droit, si on y inclut le FP, aurait obtenu 53,7% des voix (+4,1), avec un échange de voix entre Høyre et le FP d’environ sept points, alors que le centre-gauche n’aurait obtenu que 40,2% des voix, mais ce si on ne compte pas les Verts en leur sein.

Pour gouverner, conservateurs et libéraux de Venstre (5,2% des voix, +1,4 ; 9 sièges, +7), autre gagnant de ce scrutin mais dans une moindre mesure, auront besoin de former une coalition avec le Parti du Progrès pour gouverner. Ce dernier y semble prêt , n’étant plus en mesure de devenir le premier parti du pays. Il répudie « progressivement » toute idée d’identité nationale et/ou européenne pour des strapontins ministériels. Toutefois, le prix à payer pourrait être de connaître la situation du FPÖ après 2000 en Autriche, la droite conservatrice s’emparant d’une partie (supplémentaire) de son électorat.

L’évolution du FP, qui certes n’a jamais été comparable aux autres partis nationaux, FN comme FPÖ, laisse présager de celle que connaîtront ces autres partis si les portes du pouvoir s’ouvrent à eux dans le cadre d’une grande coalition. Mais pour leurs électeurs, qui en espérent sans doute autre chose, la leçon sera amère.
 
Thomas FERRIER (PSUNE/LBTF)

01/09/2013

Le PSUNE, parti des Européens, mouvement pour l’Europe Nation

newlogopsd1png2s1.pngL’ère des nations (1815-1945), débutant avec l’effondrement de l’empire napoléonien et finissant dans les ruines de Berlin, a emmené l’Europe au bord du précipice, détournant son génie créateur vers la volonté de détruire son voisin, alors même que dans le domaine de l’industrie, elle rayonnait, et qu’elle imposait sa volonté au monde entier, dans un phénomène de colonisation dont nous allions payer par la suite le prix des décennies après l’indépendance de ces pays auparavant sous tutelle.

Pourtant, les pères fondateurs de l’actuelle Union Européenne (Schuman, Monnet, De Gasperi, Adenauer, Spaak… etc) ont échoué à construire l’Europe unie dont ils se voulaient les promoteurs. Face au refus de toute Europe fédérale par un Etat français empêtré dans des guerres coloniales et craignant davantage un sursaut allemand qu’une vassalisation américaine, l’Europe politique a été abandonnée en chemin dès 1954, au profit d’une Europe exclusivement économique.

Pris en étau entre des Etats prêts à mettre en commun des politiques économiques libérales que tous les dirigeants partageaient, mais refusant toute concession concernant leur souveraineté politique, et une opinion publique désinformée par des media restés « nationaux », la construction européenne n’a pas avancé.

En un demi-siècle, l’Europe politique est toujours aussi absente alors même qu’elle n’a jamais été aussi nécessaire. La CEE puis l’UE n’ont pas été en mesure d’émanciper l’Europe du joug américain, alors même que le bloc soviétique, seule justification de l’existence de l’OTAN, s’était effondré. La monnaie unique (€uro) est certes monnaie « nationale » de 17 états du continent, mais elle ne bénéficie d’aucun pilotage démocratique et d’aucun appui, car l’Europe politique est inexistante, limitée à un parlement européen sans pouvoir où les partis « nationaux » remisent leurs politiciens en fin de carrière afin de leur offrir un revenu complémentaire, des parlementaires élus certes démocratiquement mais dans le cadre des (anciens) Etats.

Alors que les Etats n’ont jamais cessé d’être souverains, ils ont laissé croire que l’Union Européenne actuelle était responsable de politiques qu’ils souhaitaient mais savaient impopulaires. Nain politique, l’UE est pourtant accusée d’être une sorte de dictateur non élu imposant sa volonté à des peuples privés de parole. Or, c’est l’Etat « national », dirigé par une oligarchie politico-économico-médiatique, à l’idéologie ouvertement mondialiste, qui est le principal responsable et coupable de l’avilissement de notre civilisation.

L’Europe est en effet, prise dans sa globalité aussi bien qu’analysée au niveau de chaque état, dans une situation de déclin qui pourrait paraître irréversible aux yeux d’une classe politique dévoyée et corrompue, veule et se soumettant au plus offrant. Déclin démographique avec un taux de natalité européen extrêmement bas, et qui plus est surévalué par la prise en compte de la démographie des populations issues de l’immigration post-coloniale installées sur notre continent, sans consultation démocratique des Européens. Déclin économique, avec une production qui s’exile de plus en plus dans les pays à l’économie émergente et au faible coût de main d’œuvre, et alors que ses meilleurs chercheurs s’en vont aux USA. Déclin moral, avec la promotion de modes de vie incompatibles avec une civilisation cherchant à se relever, avec une corruption endémique et une insécurité chronique, essentiellement due à l’échec d’un modèle multiculturel utopique que nos dirigeants veulent imposer contre tout bon sens. Déclin militaire, avec une armée française et une armée britannique en hiver budgétaire, et une armée russe disposant d’un matériel vieilli.

Face à ces maux qui s’accumulent, menaçant à terme la civilisation européenne toute entière dans son existence même, les Etats ne sont pas seulement impuissants mais complices de cet effondrement, s’ils n’en sont pas les promoteurs, vendant leur peuple aux intérêts d’un mondialisme criminogène. Et l’Union Européenne, dont les dirigeants ne sont que les pions placés par les gouvernements, et sans légitimité démocratique pour asseoir un quelconque pouvoir, n’est que la courroie de transmission de politiques « nationales » suicidaires.

C’est face à ce déclin, qui est réversible si des Européens et des Européennes de bonne volonté engagent la contre-décadence et prennent démocratiquement les rênes du pouvoir, que le PSUNE est né. Ce mouvement a pour ambition d’œuvrer à l’unité politique de l’ensemble du continent européen, de l’Islande à la Russie, de bâtir ainsi la Nation Européenne, sublimation des anciennes nations et Etat nouveau dont la mission est de préserver puis de restaurer notre civilisation afin qu’elle retrouve la grandeur qui a été la sienne. Mais il a aussi pour mission de défendre les Européens, en Europe d’abord mais aussi dans le monde, d’assurer le relèvement politique, économique, démographique et moral de notre terre.

Seule une Europe unie, disposant d’un Etat démocratique légitime à sa tête, peut être en mesure de vaincre les périls qui s’annoncent et de mettre fin au pourrissement intérieur qui est en train de mettre notre civilisation à genoux. Les politiques nécessaires demandent en effet une action au plus haut niveau, qui est celui de l’Europe, et pas à l’intérieur de chacun des anciens Etats. Il est trop tard pour une solution « nationale » et il est inimaginable que chaque pays évolue d’une manière parallèle. Non seulement le temps manque mais la division politique de notre continent permet aux puissances d’involution de ruiner petit à petit des pans entiers de notre civilisation. Les USA aussi bien que la Chine ou l’umma islamiya jouent les uns contre les autres.

psune,thomas ferrier,great europe,présentation du parti,europe,européensFace à ce déclin, le PSUNE propose la mise en place d’un Etat européen unitaire, bâti sur des bases démocratiques, rompant avec l’idéologie mondialiste au profit d’une conception eurocentrée, n’ayant à cœur que la défense des stricts intérêts des Européens. Cet Etat a vocation à réunir en son sein tous les (anciens) Etats du continent, y compris à moyen terme la Russie, faisant de l’Europe la première puissance mondiale.

L’Europe du PSUNE rompra avec l’atlantisme des dirigeants actuels de l’UE, ce qui ne signifie pas qu’elle ne cherchera pas à maintenir dans la mesure du possible un lien d’amitié, d’égal à égal, avec son ancienne colonie américaine. Elle cherchera à encercler le cœur de l’islamisme par une alliance de revers, avec Israël, le Liban, la Syrie et un Iran libéré du joug du régime des héritiers de Khomeiny et réconcilié avec son ancienne mémoire, comme le souhaitait le dernier shah, et en outre avec l’Inde, que nous concevons comme un partenaire davantage que comme un concurrent, et dont nous n’oublions pas l’antique parenté de nos deux civilisations.

Une Europe eurocentrée, c’est une Europe qui rompra avec les anciens liens coloniaux des anciens Etats. Elle mettra fin à toute Françafrique, repositionnera l’Espagne sur son destin européen, éloignera le Royaume-Uni des USA et le rapprochera du continent qui est le sien, et elle engagera la Russie à se retourner vers l’ouest et à rompre avec tout eurasisme suicidaire. Le fleuve Amour n’est pas une zone tampon mais la frontière entre deux mondes.

L’Europe de demain affirmera les valeurs européennes les plus ancestrales, et non les pseudo-valeurs mondialistes de l’après-1945, une époque où une Europe divisée n’avait plus son destin en mains. Elle défendra son européanité, ce qui est son essence profonde, et protégera son peuple contre toutes les submersions et contre toutes les subversions. Elle mettra en avant son héritage, son bien commun le plus fondamental, et tout en respectant les identités régionales et (ex-)nationales, unira ceux qui sont intimement apparentés, à savoir les Européens.

Dans ce cadre, elle instituera une nationalité européenne fondée sur les critères démocratiques, ceux de l’Athènes du Vème siècle, matrice de notre civilisation, afin que les Européens, frères nés d’un même sang, en soient les détenteurs naturels, gardiens d’un noble patrimoine. Elle mettra ainsi fin au dévoiement des anciennes nationalités, données à n’importe qui pour n’importe quelle raison, comme s’il s’agissait d’un droit et non d’un héritage et d’un devoir.

C’est sur ces questions et sur bien d’autres encore que le PSUNE entend œuvrer, même si sa voix est pour le moment inaudible au sein d’un silence mortifère.

Nous sommes la voix de l’Europe. Et nous allons réussir à ce qu’à nouveau notre continent puisse se faire entendre… et respecter.

Dans l’unité, nous triompherons, car dans la division, nous périrons.

L’Europe vaincra.

Thomas FERRIER, secrétaire général du PSUNE

04/08/2013

Napoléon et l'Europe unie

"L'Europe n'eût bientôt fait de la sorte véritablement qu'un même peuple, et chacun en voyageant partout, se fût trouvé toujours, dans la patrie commune." (Napoléon Ier, 24 août 1816, Sainte-Hélène)

Qu’est-ce qui fait monter le FN ?

Qu’est-ce qui fait monter le FN ?

fnuf.jpgMême s’il est désolant qu’un parti europhobe comme le FN soit extrêmement haut dans les enquêtes d’opinion, on ne saurait plus nier la réalité d’un vote de plus en plus significatif en sa faveur. Un sondage pour les élections européennes le place même à 18% des voix, ce qui est considérable pour ce type d’élection. Rappelons qu’en 2009, alors qu’il avait pourtant digéré la scission du MNR et remonté déjà la pente par rapport à son effondrement à 4,3% aux législatives, le FN ne fit que 6,34% des voix. En clair, avec 18% des voix, il progresserait en cinq ans de 185%. Mais un sondage IFOP de fin mai le place même à 21%, et à 20% en juin selon l’institut CSA. C’est dire qu’il faut s’attendre pour juin 2014 à un résultat très élevé pour ce parti. De plus, il conserverait en points voire dépasserait le score de Marine Le Pen aux présidentielles de 2012. Comment expliquer une telle progression dans l’opinion publique de ce parti ?

Le PS, allié de fait du FN

On se souviendra que François Mitterrand avait joué la carte du FN pour diviser la droite. Ce jeu machiavélien avait consisté d’abord à encourager les media à inviter l’outsider Le Pen puis à introduire une part de proportionnelle en 1986, offrant au FN un groupe parlementaire pendant deux ans. On sait en outre que l’anti-racisme que le PS mettra en avant était destiné en partie à empêcher toute fusion des droites, fusion qui aurait anéanti tout l’intérêt de la manœuvre.

Mais aujourd’hui, alors que le FN a éliminé le PS d’un second tour dans plusieurs législatives partielles, il est bien évident que cette stratégie a été abandonnée. Désormais, le PS cherche par tous les moyens à faire baisser le FN mais il s’y prend si mal qu’il fait son jeu. Et les résultats du gouvernement sont, en matière d’immigration et d’insécurité, si désastreux, par une sorte d’effet « Taubira », malgré les formules choc du ministre de l’intérieur, qu’il ne peut en être autrement.

L’UMP est divisée en deux lignes quasi incompatibles, entre les européistes timides lorgnant sur le centre de François Fillon, et une droite populiste et davantage eurosceptique autour de Jean-François Copé. Une ligne européiste et populiste à la fois pourrait réussir. C’était la ligne de Nicolas Sarkozy, mais cette synthèse a explosé. Elle n’est donc pas en mesure d’empêcher la fuite d’électeurs populaires vers le FN.

Mais c’est pourtant bien le PS qui est le principal responsable de ce vent d’europhobie qui souffle sur notre pays et profite au Front. Alors que l’UMP met en avant une « histoire de la nation européenne », écrite par le député européen Philippe Juvin, le gouvernement PS a vis-à-vis de l’Europe une attitude contradictoire et souvent hostile. François Hollande ne parle d’ailleurs quasiment jamais d’une manière positive de l’Europe, ayant prétendu pendant sa campagne que la France seule pourrait la réorienter dans le sens de la croissance. Quant à Jean-Luc Mélenchon, qui tape beaucoup sur l’UE, sans remettre en cause pour autant l’€uro, et en soutenant d’une manière caricaturale l’immigration, il favorise là encore le FN en orientant l’électorat populaire qui lui reste vers des thématiques eurosceptiques, le FN ayant acquis une légitimité sur ces questions, d’où le positionnement très ambigu vis-à-vis de lui d’un Dupont-Aignan.

Qu’oppose le PS au FN de Marine Le Pen ? Il tente à nouveau la vieille ficelle complètement usée de l’antiracisme et de l’antifascisme, de l’indignation exacerbée pour tel ou tel propos relativement anodin d’un des dirigeants de ce parti. On reprochera à Marine Le Pen d’avoir comparé l’occupation des rues par la prière musulmane à l’occupation allemande, alors qu’on reprochait a contrario à son père d’avoir sous-estimé la nocivité de la seconde. Cette attitude ne paie pas. Ce n’est pas en dissolvant quelques partis extrémistes, en les reliant plus ou moins implicitement au FN, ou en arrêtant un norvégien radical, qui avait appelé à voter pour Marine Le Pen en 2012, qu’il arrivera à le faire baisser.

Lire la suite

23/07/2013

La cote d’amour de l’Europe en berne (Eurobaromètre 79)

drapeau-europeen.jpgL’eurobaromètre de juillet 2013 vient d’être publié par l’Union Européenne. Bien sûr, les questions les plus dérangeantes comme l’identité européenne ou l’élargissement, et notamment le cas de la Turquie, n’ont pas été posées, car on devinait une réponse qui ne plairait pas à nos dirigeants. Mais les renseignements fournis par ce sondage demeurent intéressants.

62% des Européens se sentent citoyens de l’Union, ce qui est tout de même relativement faible. Il faut dire que les avantages de cette « citoyenneté » ne sautent pas aux yeux puisqu’elle n’apporte aucune plus value notable par rapport à la citoyenneté « nationale ». Ce serait différent si la séparation entre ceux qui seraient citoyens européens et ceux qui ne le seraient pas été bien plus significative et si les règles de son acquisition n’étaient pas automatiquement liées à un processus de naturalisation interne à un des états membres. Le principe d’une nationalité européenne, synonyme plus ou moins de citoyenneté européenne, avec des critères précis d’attribution et offrant une « exclusivité citoyenne », renforcerait considérablement une Europe en berne en lui offrant un complément d’appartenance identitaire qui lui fait défaut.

Néanmoins, il y a donc 37% des Européens qui ne se considèrent pas comme citoyens de l’Union mais exclusivement comme citoyen national. La France est légèrement en dessous de la moyenne quant à ce sentiment, car 61% des Français seulement se considèrent comme citoyens européens. C’est bien moins que d’autres pays comme Malte (81%), l’Allemagne (73%) ou des pays plus eurosceptiques en apparence comme le Danemark (71%) ou la Suède (69%), mais c’est toutefois davantage qu’au Royaume-Uni (48%), qu’à Chypre (45%) et en Grèce (44%). L’impact de la crise économique dans ces deux derniers pays explique pour beaucoup ce résultat, alors que l’UE leur apparaît comme punitive. Mais n’oublions pas que le désaveu de la classe politique nationale est encore plus fort.

Même si un vent d’euroscepticisme semble souffler sur notre continent, il s’inscrit dans un contexte de défiance des Européens contre le pouvoir politique, communautaire comme national. 31% des Européens ont confiance dans l’Union Européenne, ce qui est certes peu, mais 26% seulement en leur parlement national, et 25% en leur gouvernement. C’est une crise politique générale à laquelle nous assistons et qui emporte tout sur son passage.

L’optimisme pour l’avenir de l’Union Européenne n’est également pas brillant. 49% restent optimistes, mais 46% sont désormais pessimistes. Parmi les plus optimistes, nous avons le Danemark (72%) et la Pologne (63%), mais 44% seulement des Français le sont, 40% des Espagnols et des Britanniques, 30% des Grecs, 28% des Chypriotes et autant de Portugais.

La question de l’€uro, cette monnaie unique qu’on accuse de tous les maux, est différente. On pourrait imaginer que les pays dans lesquels le sentiment européen est fort seraient les premiers à le soutenir, mais il n’en est rien. Si 51% des Européens y sont favorables, 43% lui sont opposés. Le soutien en France et en Allemagne est modéré (62% et 66%), alors qu’il est nettement plus fort dans certains pays slaves mais aussi en Belgique (76%) et en Finlande (75%).

Les pays qui ne possèdent pas l’€ comme monnaie sont généralement hostiles à cette dernière. 25% des Tchèques, 29% des Polonais, 32% des Danois mais seulement 15% des Britanniques et 19% des Suédois sont favorables à la monnaie unique. Ce désaveu n’est pas surprenant dans le contexte actuel, et notamment au Royaume-Uni, où la propagande €uro-phobe est particulièrement virulente. Paradoxalement, en Hongrie, 50% des habitants sont pour l’€, ce qui n’est pas le cas du futur adhérent à la zone, la Lettonie (43% de pour), et encore moins pour la Lituanie voisine (40%). 79% des Britanniques et des Suédois sont opposés à toute introduction. Dans le cas de la Grèce, en revanche, 60% des Grecs veulent conserver la monnaie unique (36% sont contre) et dans le cas de Chypre, c’est 47/47, la crise bancaire ayant un effet désastreux sur l’image monétaire en général.

On peut ainsi constater que le sentiment européen est à la baisse et qu’en tout cas il ne converge pas avec le soutien à l’€uro. Certains pays où l’européanité est forte (Suède, Danemark) ne veulent pas en entendre parler, alors que les Britanniques sont encore plus hostiles, mais 48% d’entre eux restent européens. La volonté de l’aile dure du parti conservateur de Cameron de sortir leur pays de l’UE divise l’opinion. Le rejet de l’€uro en revanche est très massif.

Lire la suite

29/06/2013

Analyse des résultats complets et définitifs des élections albanaises

 
482_2.jpgAlors que le site officiel de la commission électorale reste bloqué à 99,55% du dépouillement, le journal Shqipteria nous donne le tableau complet des résultats au niveau national sur l’ensemble des bureaux de vote (5508).

Le Parti Socialiste d’Edi Rama est le premier parti du pays avec 41,5% des voix (+ 0,6), obtenant 66 députés (+1) mais il progresse très peu. Ce n’est donc pas sur ses seules forces que la coalition qu’il dirige, l’Alliance pour une Albanie Européenne, mais grâce aux résultats de ses alliés. La LSI (Socialistes pour l’Intégration), formation modeste, triomphe avec 10,5% des voix (+5,6) et 16 députés (+12). Elle est le véritable vainqueur du scrutin et, en ayant choisi le camp de Rama, elle lui permet de devenir premier ministre. N’ayant que 66 sièges sur 140, même en comptant les deux sièges obtenus par le Parti Chrétien Démocrate (0,5% et 1 siège) et le mouvement Bashkimi (0,8%, 1 sièges), le PS est contraint de faire d’importantes concessions à son partenaire principal. Les autres listes associées connaissent en revanche un résultat plus modeste, le PDS tombant à 0,7% des voix, le PSDA (sociaux-démocrates) à 0,6% (-1,2), l’Alliance Populaire à 0,5% (+0,5), le Parti socialiste et vert 91 à 0,4%.

Néanmoins, l’alliance ASE obtient en score cumulé 57,7% des voix, ce qui constitue une large victoire et surtout incontestable. Elle progresse de 12,3% et de 18 sièges, avec 84 sièges en tout, soit quatorze de plus que la majorité absolue au parlement.

Le Parti Démocrate de Sali Berisha est le grand perdant du jour, même si sa coalition « Aleanca per Punesim, Mireqenie e Integrim » obtient 39,4% des voix. Le PD n’obtient en effet que 30,6% des voix, soit 9,4 points de moins qu’en 2009 et 49 députés (contre 68 précédemment). C’est davantage la chute du PD qui explique à lui seul ce résultat désastreux qu’un désaveu de ses alliés. Le Parti pour les Droits, l’Intégration et l’Unité (PDIU) obtient 2,6% des voix (+1,7) et 4 sièges (+3). Le Parti Républicain (PRS) obtient 3% des voix (+0,9) et 3 sièges (+2). Le Parti « Démochrétien » obtient enfin 0,8% (-0,1) tout comme le Balli Kombëtar qui se contentera de 0,3% (-0,1). Les autres formations de la coalition demeurent marginales.

Les listes indépendantes sont quant à elles écrasées par ce duel fratricide, le FRM (Mouvement démocratique) n’obtient que 1,7% des voix, et 0 siège puisqu’il ne fait pas partie d’une coalition. Le système albanais ressemble en effet au système italien en ce sens que la barre à franchir est beaucoup plus haute lorsque l’on est seul qu’accompagné. L’Alliance Rouge et Noire (Aleance Kuq e Zi ou AK) a échoué également, avec 0,6% des voix seulement. Cette formation nationaliste, créditée en début d’année de plus de 12% des voix dans les sondages, n’a cessé de s’effondrer. Le vote utile aura fait le reste, en plus de la méfiance de beaucoup d’albanais pour leurs voisins kosovars, y voyant peut-être un frein à leur propre intégration à l’Union Européenne. Celle-ci a été plébiscitée et le parti le plus pro-européen (mais pas au sens d’un européisme authentique, bien sûr) a triomphé. Enfin, la Ligue pour les Droits et le Progrès (LDP) n’obtient que 0,1% des voix.

Edi Rama sera donc premier ministre et Sali Berisha retournera dans l’opposition. A 68 ans, sa carrière n’est pas nécessairement terminée, mais il aura fort à faire pour retrouver le crédit lui permettant à nouveau de s’imposer dans quatre ans. Quant à Rama, il aura une mission difficile, s’opposer à la corruption qui gangrène l’Albanie et crédibiliser la demande d’adhésion du pays à l’UE, par des réformes structurelles profondes.

On notera enfin que l’Albanie, pays prétendument musulman, n’a vu la candidature d’aucune liste se revendiquant de l’islam, alors que plusieurs listes démocrates-chrétiennes étaient présentes en revanche, dans les deux camps. Les courants classiques d’Europe occidentale sont pleinement représentés, y compris un « Front National » (Balli Kombëtar) intégré à la droite classique. Quant au nationalisme albanais à vocation expansionniste, il est largement désavoué. L’idée d’unification de l’Albanie et du Kosovo a été nettement rejetée. On comprend bien que l’objectif numéro 1 de l’Albanie, ce n’est ni l’islam ni le nationalisme, mais bien l’Europe. En revanche, un processus d’adhésion trop lent en faveur d’une Union Européenne trop faible pourrait changer la donne défavorablement. Pour cela, l’UE doit devenir réellement une Europe politique et surtout une Europe identitaire, décidée à se faire respecter par les USA, mais aussi affirmant clairement ses valeurs les plus fondamentales, les plus ancestrales aussi, en rejetant définitivement la candidature turque.

L’Albanie a vocation à rejoindre l’Union Européenne, mais pas la Turquie. L’Albanie est globalement désislamisée quand la Turquie se réislamise sous la conduite de l’AKP d’Erdogan. L’Albanie est européenne, la Turquie ne l’est pas. Les électeurs albanais l’ont une fois de plus démontré avec beaucoup de maturité.
 
LBTF

25/06/2013

Albanie: la "gauche" triomphe !

élections parlementaires albanaises 2013,Edi Rama,Sali BerishaLes résultats partiels (à 95% des suffrages dépouillés) des élections parlementaires albanaises donnent 57,88% pour la coalition de "gauche" ASHE, autour du Parti Socialiste d'Albanie et 39,79% pour la coalition de droite APMI du premier ministre sortant Sali Berisha. Le FRD (démocrates) se contente de 1,73% des voix et l'alliance rouge et noire (AKZ) de 0,6% soit nettement moins que les 2,5% qu'annonçaient les derniers sondages, et bien moins que les 14% qui était leur cote maximale en début d'année.

L'ASHE aurait environ 85 députés (65 PSA, 17 LSI, 3 divers) contre 56 députés pour l'APMI (48 PDA, 3 PR, 4 PDIU, 1 KDP). Edi Rama sera donc le prochain premier ministre, avec une majorité confortable, même si le PSA seul n'est pas majoritaire.

LBTF

24/06/2013

Elections albanaises, victoire probable de la gauche (résultats partiels)

Sali Berisha,Edi Rama,PS,PD,AKZ,élections parlementaires albanaises,2013A un peu moins de 50% du dépouillement, selon les données fournies par région par la commission électorale albanaise, la victoire du Parti Socialiste (PSS) paraît indiscutable, avec une avance certaine. Il n’y a que dans la région de Kukës que le PD est majoritaire (51,21%) sans alliés.

Dans la région de Shkodër, PSS et LSI (« gauche socialiste ») réunis obtiennent plus de 40% des voix, contre environ 42% pour la coalition autour du Parti Démocrate de Berisha.

Dans la région de Lezhë, la gauche est à plus de 48% des voix contre un peu moins de 41% des voix pour le PD (PD + PDK + Parti Républicain d’Albanie). Dans la province de Dibër, 49% des voix se sont portés sur la coalition PSS+LSI. La droite, bien qu’étant le premier parti hors coalition, est en revanche largement dominée en coalition.

La victoire probable de la gauche paraît évidente dans les grandes villes que sont Durrës et la capitale Tiranë. A Durrës, la gauche coalise au moins 47% des voix, la droite étant aux alentours de 42%. A Tiranë même, PSS+LSI, et sans tenir compte de petites listes de gauche associées au PSS, dépassent nettement les 50%, 52% précisément pour les deux partis uniquement.

Dans les régions méridionales, le phénomène est comparable, avec le renfort du Partia Bashkimi dans au moins trois d’entre elles. En Elbasan, PSS+LSI représentent 52,5% des voix, et dans la région de Fier, 54% environ. Dans celle de Berat, PSS+LSI dépassent les 70%, ce qui constitue un véritable désaveu pour le parti de Sali Berisha. En Korçë, là encore PPS et LSI réunis obtiennent plus de 52,5% des voix.

Dans la province de Vlorë, à la frontière grecque, le PSS et la LSI réunis obtiennent 58% des voix environ, dépassent là encore de très loin le Parti Démocrate, malgré le renfort d’autres partis (PDK et PDIU). Enfin, dans celle du Gjirokastër, à l’ouest de la Macédoine albanaise, la gauche dépasse les 62% des voix.

Dans les provinces les plus peuplées comme dans celles du sud, le Parti Socialiste d’Albanie domine largement la droite, notamment grâce au renfort de la LIS (Lerizja Socialiste për Integrim). La coalition dépasse le Parti Démocrate dans toutes les régions sauf deux, et il n’y a que dans la région de Kukës, à la frontière d’avec le Kosovo que la coalition de Sali Berisha s’impose.

Les autres formations politiques indépendantes sont en revanche largement dominées. L’alliance « rouge et noire » (Aleanca Kuq e Zi), nationaliste, est écrasée, les derniers sondages indiquant déjà cet effondrement prévisible. AKZ se retrouve selon les régions entre 0,25% des voix et 1,15% (à Tiranë), et le plus souvent aux alentours de 0,5% des voix au mieux.

Le mouvement néo-démocratique (FRD) échoue lui aussi, oscillant entre 1,18% (Lezhë) des voix et 3,07% des voix (Dibër).

La publication des résultats complets des élections législatives albanaises devrait affiner l’analyse mais ne devrait pas modifier de manière significative ce résultat. Malgré une annonce contraire, le parti au pouvoir paraît vaincu et Edi Rama serait ainsi le probable premier ministre.

Thomas FERRIER (PSUNE/LBTF)

23/06/2013

Le « tous contre un » passe de justesse

ump-lol.jpgLe second tour de l’élection partielle de la troisième circonscription du Lot et Garonne se déroulait ce dimanche, opposant à la désagréable surprise du PS, grand vaincu du premier tour, le candidat UMP Jean-Louis Costes, que Jérôme Cahuzac aurait décrit aujourd’hui au journal Le Monde comme un homme « détesté du plus grand nombre », au candidat FN Etienne Bousquet-Cassagne, fils d’un notable de droite de la région.

Alors que le PS avait appelé à un Front Républicain, dans une circonscription classiquement située au centre-gauche, afin de barrer la route à un potentiel troisième député pour le FN, la participation a augmenté mais avec un vote blanc important, près de 8% des bulletins. Il s’agit de toute évidence d’électeurs de gauche refusant de choisir entre la droite et l’extrême-droite.

Avec 53,76% des voix contre 46,24% pour son adversaire, le candidat UMP s’impose. Il a pu récupérer une partie des électeurs ayant porté leur vote sur des candidats divers droite et des électeurs du PS qui ont suivi les consignes officielles du parti. Néanmoins, le score du FN est impressionnant, dans une circonscription où il était notoirement plutôt modeste. Il a progressé entre les deux tours de plus de 7095 voix, quand l’UMP progressait de 8762 voix, disposant déjà d’une petite avance.

Dans ce cadre, il paraît évident que la droite a assuré la victoire de son candidat naturel, le report des voix en faveur du candidat FN étant principalement et de toute évidence de gauche. L’électorat populaire, par delà les consignes des partis nationaux, se reconnaît davantage dans le discours populiste du néo-FN, avec en arrière fond un ras le bol non seulement envers la corruption des élus (Cahuzac), la déception provoquée par Hollande mais aussi contre une allogénisation qui, sans être comparable à celle de la région parisienne, agace de plus en plus.

Si une victoire du candidat FN était hautement improbable compte tenu du mode de scrutin en vigueur et de la cartographie électorale de ce département, le score du FN reste très élevé et surtout c’est sa marge de progression qui est impressionnante. Il est ainsi passé de 26% à un peu plus de 46% des voix entre les deux tours. On avait de la même façon constaté dans l’Oise une progression au moins aussi impressionnante. C’est certes insuffisant pour s’imposer, même si cette barre symbolique des 50% n’est pas infranchissable. A Marseille, dans la circonscription de Sylvie Andrieux, condamnée mais non encore démissionnaire, le candidat FN, Stéphane Ravier, semblerait capable de s’imposer si une partielle avait lieu. Il n’avait perdu que de très peu en 2012. Dénoncer la corruption serait certainement un slogan de campagne efficace.

Alors que la cote de popularité du président en exercice, après une légère accalmie, repart à la baisse, et que la rentrée s’annonce difficile avec la question des retraites qui va revenir sur la table, ce résultat est un avertissement lourd pour l’actuelle majorité mais aussi pour son opposition. Arnaud Montebourg, qui s’en prend au président de la commission Barroso, qu’il accuse de favoriser la montée du FN par des déclarations publiques inopportunes, ne s’y est pas trompé. Sa déclaration ne suffira pas à détourner l’électorat populaire de cette impasse politique qu’est le vote FN, dont l’europhobie exacerbée est plus que déraisonnable.

Thomas FERRIER (PSUNE/LBTF)

L'union de l'Europe ou la guerre ?

"En Albanie, la rhétorique dominante est le national-européisme. Les politiciens disent : "nous les Albanais, nous serons unifiés sous le ciel européen, les frontières ne compteront plus, on pourra oublier la Serbie, la Macédoine et la Grèce !" Si le projet européen échoue, l'Europe verra son pire reflet dans les Balkans. Le pire désordre possible. Je ne parle pas de la guerre. D'autres acteurs, comme la Russie, qui a de forts liens avec la Serbie, ou la Turquie, qui a soutenu les Albanais et la Bosnie, entreront dans la danse. On reviendra à des alliances anciennes."

(Fatos Lubonja, propos recueillis par Piotr Smolar, Le Monde.fr, 23/06/2013)

16/06/2013

Helmut Schmidt : pour un putsch européen !

 

putsch démocratique,helmut schmidt,européisme,parlement européen"Il y a deux ans, j’ai dit que le Parlement européen devrait faire un putsch. C’était d’ailleurs notre idée avec VGE lorsque nous avons décidé que les parlementaires européens seraient élus au suffrage universel. Nous espérions que le Parlement puisse se saisir des sujets importants sans demander l’autorisation aux Etats. (…) Aujourd’hui, il n’a même pas le droit d’initiative, ce qui est grotesque. Ce « putsch démocratique » n’a pas encore eu lieu." (Helmut Schmidt, Le Point, 13 juin 2013, n°2126)

 

Dans l’esprit du chancelier social-démocrate allemand et du président de centre-droit français, le parlement européen n’avait pas vocation à demeurer une chambre d’enregistrement. Il devait oser, par la légitimité démocratique qui était la sienne, « prendre le pouvoir ». Schmidt parle ainsi de « putsch » c'est-à-dire de coup d’état démocratique. Ce qu’il n’avait pas prévu, c’est la profonde médiocrité des parlementaires européens, choisis par les partis nationaux pour justement ne pas être de véritables acteurs de la vie politique.

Le parlement européen n’a de puissance que si ceux qui le composent sont prêts à la revendiquer, à l’exiger et à l’obtenir. Il aurait dû se saisir de toutes les occasions pour peser, par exemple en refusant d’entériner le second mandat de Barroso.

C’est parce que le parlement de Strasbourg est peuplé d’irréductibles europhobes, de pathétiques déchus parlementaires, de seconds couteaux, et ne parvient à se doter comme figures de proue que de gens comme Désir, Cohn-Bendit ou Schulz, qu’il n’a pas été capable de prendre son destin en main et de s’émanciper de la tutelle des Etats. Seuls de véritables européistes, qui arriveraient à être présents au sein de cette « aimable » assemblée, sans tenir leur mandat de partis nationaux, pourront y faire entendre la voix de l’Europe. C’est l’enjeu essentiel de 2014, à savoir la création de listes européistes dotées de moyens financiers suffisants et ayant pu émerger médiatiquement. Sinon, les véritables défenseurs de l’Europe devront une fois de plus assister en spectateurs à la joute stérile entre « euro-»mondialistes et europhobes.

Nouvelle défaite du PS à une élection partielle

Blason-Lot-et-Garonne.pngCette élection du 16 juin 2013 dans la 3ème circonscription du Lot et Garonne avait valeur de test aux yeux de tous les analystes politiques. Fief de Jérôme Cahuzac, aujourd’hui démissionnaire, où il avait obtenu plus de 46% des voix au premier tour, le PS espérait limiter la casse, alors même qu’il perd toutes les élections législatives partielles.

Les résultats sont sans appel. Avec un taux de participation d’un peu plus de 45% des voix, contre 65% en 2012, les électeurs se sont modestement mobilisés. Ceux qui l’on fait ont voulu sanctionner le gouvernement. L’UMP obtient 28,71% des voix (+ 1,71%) mais le FN obtient le second score avec 26,04% des voix (+10,44%), connaissant ainsi une très forte progression en pourcentage. Le PS finit troisième avec 23,69% des suffrages exprimés, mais seulement 10,35% des inscrits, et est donc éliminé purement et simplement à l’issue du premier tour. Son candidat ne pourra pas accuser Jérôme Cahuzac d’avoir divisé son camp, ce dernier ayant envisagé à un moment d’être à nouveau candidat mais ayant ensuite renoncé. Il est toutefois probable que si Cahuzac avait été le candidat socialiste, et ce malgré l’affaire le concernant, il aurait fait un score nettement plus honorable.

Les autres candidats n’ont fait que de la figuration. La candidate du Front de Gauche n’obtient que 5,08% des voix (+ 0,38%) et le candidat écologiste culmine à 2,78% des voix. Les candidatures de témoignage de personnalités parisiennes, comme le droitier Nicolas Miguet, connu pour son engagement contre les impôts (0,42%), le souverainiste europhobe François Asselineau (0,58%) et le provocateur Rachid Nekkaz (0%, et 0 voix), sont largement marginalisés. L’extrême-gauche se contentera de 1,11%, ne bénéficiant nullement d’un « effet Méric ». Les candidats divers droite, dont le report des voix pourrait être favorable au candidat FN, cumulent 3,76% des voix. Enfin, une candidate « de la diversité », estampillée MODEM, se contente de 2,33% des voix.

Le second tour oppose donc un candidat UMP, Jean-Louis Costes, à un candidat FN, Etienne Bousquet-Cassagne. Sur le papier, l’UMP devrait l’emporter, surtout si les électeurs de gauche s’abstiennent, mais une partie d’entre eux pourrait être tentée, tout comme dans l’Oise il y a quelques mois, de soutenir le FN. L’écœurement de beaucoup de citoyens envers la droite parlementaire, divisée et ridiculisée par le conflit Fillon/Copé, et envers une « gauche » qui a beaucoup déçu et beaucoup trahi, explique à lui seul ce résultat, qui vaut tous les sondages.

Dans une circonscription traditionnellement de gauche, le PS est éliminé. La droite et l’extrême-droite s’affronteront, une fois de plus. Et la majorité parlementaire de la « gauche » va continuer de diminuer. La condamnation de Sylvie Andrieux, si celle-ci démissionne, pourrait à Marseille permettre l’entrée d’un troisième député FN, en la personne de Stéphane Ravier, battu de justesse par la députée socialiste en 2012.

2013 est une mauvaise année pour le PS. 2014 pourrait être pire. Et je ne crois pas qu’en ayant Harlem Désir comme chef de file, le PS peut faire un bon score aux élections européennes.

Thomas FERRIER (PSUNE)

13/05/2013

Retour sur les élections législatives bulgares (J+1)

 A 99,6% environ des suffrages dépouillés, nous connaissons désormais le résultat quasi définitif des élections législatives bulgares de ce dimanche.

Avec 30,74%, le GERB remporte les élections législatives, avec un score honorable mais largement insuffisant pour pouvoir bâtir une majorité stable au parlement, sauf en cas de grande coalition. Il devance le Parti Socialiste Bulgare (ex-communiste), qui obtient néanmoins 27,06% des voix, soit à peine plus de trois points d’écart d’avec son adversaire de droite. Il est fort peu probable dans l’état actuel de l’opinion publique et compte tenu d’une opposition ferme entre les deux partis principaux qu’une alliance voie le jour.

Le parti représentant la population turcophone, le Mouvement pour les Droits et les Libertés (DPS), connaît également un beau succès avec 10,46% des voix, ce qui constitue et de loin son meilleur score. Il a ratissé large au sein de cette communauté mais aussi probablement auprès d’une partie des électeurs roms.

Enfin, le mouvement Ataka de Volen Siderov a plutôt bien résisté, malgré le score exécrable de son leader aux dernières élections présidentielles, n’ayant pas obtenu 4% des voix. Avec 7,4% des voix, il ne réalise pas son score maximal mais est à nouveau en progression électorale, une progression qui aurait été plus nette sans la concurrence du Front National pour le Salut de la Bulgarie (NFSB), qui échoue de peu à rentrer au parlement, avec 3,75% des voix. Les autres formations nationalistes, en particulier le VMRO (1,9%), le Parti National-Démocrate de Dimitar Stoyanov (0,09%), l’Unité Nationale Patriotique (0,1%) ou le Mouvement pour l’Unité Nationale (0,06%) sont nettement dominées. En tout, la droite nationaliste obtient 13,4% environ des suffrages.

Les autres mouvements conservateurs, comme l’Union des Forces Démocratiques (1,39%), l’Union Chrétienne Sociale (0,05%), Ordre, droit et justice [PSZ] (1,7%) ou le Parti Chrétien Démocrate (0,1%) sont marginalisés, tout comme les centristes du CSD (1,53%), l’Alliance Libérale (0,25%).

A gauche, les écologistes se contentent de 0,74% des voix, la Ligue communiste 0,17% et Gauche bulgare 0,17%. Le PSB a fait le plein de son camp, bénéficiant d’un fort utile destiné à triompher du GERB. Même si le pari n’est pas rempli, ce bon résultat annonce une future déconvenue pour le GERB si ce dernier n’arrive pas à créer une majorité parlementaire, ce qui semble le cas. Ataka a d’ailleurs fait savoir qu’elle n’avait pas l’intention de rejoindre une coalition.

23:21 Publié dans Analyses, Elections en Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

12/05/2013

Elections législatives bulgares : le GERB triomphe de la nausée

BULGARIE

élections législatives bulgares,ataka,gerb,psb,bulgarie,thomas ferrierC’est dans une Bulgarie désespérée que les électeurs se sont rendus ce dimanche aux urnes mais sans conviction. A 17h30 à Sofia, seulement 41,3% des électeurs avaient fait le déplacement. Encore une fois, en Europe centrale, le parti de l’abstention est le grand vainqueur. Il l’est d’autant plus que la corruption endémique de la classe politique bulgare a fait des ravages dans l’opinion.

En l’absence même de résultats préliminaires, nous devons pour le moment nous contenter des différents sondages sortis des urnes. La hiérarchie entre les partis politiques semble à peu près déterminée à cette heure.

Le GERB, parti de droite libérale et conservatrice, et actuellement au pouvoir à Sofia, semblerait demeurer le premier parti du pays, avec entre 30,4% et 34% des voix, loin devant le PSB (socialistes bulgares), qui n’obtiendrait qu’entre 25,3% et 28,7%.

Le mouvement de défense de la minorité turque connaît également un résultat plus qu’honorable avec près de 10% des voix, et même 10,9% dans le sondage le plus favorable. Il a su ratisser et même assécher le vote de sa communauté, afin de peser au parlement comme troisième force du pays.

La droite nationaliste et eurosceptique, représentée par Ataka de Volen Siderov mais aussi par le Front National pour le Salut de la Bulgarie (NFSB) de Valeri Simeonov, s’en sort plutôt bien, alors que les sondages d’il y a encore un moins l’annonçaient comme l’une des grandes perdantes du scrutin. Mais les derniers scandales politiques lui ont permis de relever la tête.

Créditée d’entre 7,5 et 9%, Ataka réussit un score honorable, alors même que le parti était en perte de vitesse, depuis notamment le score extrêmement médiocre de Siderov aux dernières élections présidentielles, score qui avait amené, en plus de problèmes matrimoniaux, à une scission menée par son ancien beau-fils Dimitar Stoyanov, député européen et fondateur du « Parti National-Démocrate », structure totalement absente à ce scrutin. En revanche, le NFSB rate de peu l’entrée au parlement, avec 3,3% des voix environ. Il fait jeu égal avec le DSB (Démocrates pour une Bulgarie Forte), de droite conservatrice, et qui ne rentrera pas non plus au parlement, au grand dam du GERB, mais aussi avec le DBG (« Bulgarie des citoyens »).

Le VMRO (nationalistes macédoniens), avec environ 2,1% des voix, et le P3C (mouvement populiste « Ordre, loi et justice ») avec entre 1,5 et 2,1%, complètent la marche.

En résumé, la droite conservatrice, bien que divisée en plusieurs factions, domine au niveau électoral, mais seul le GERB entre au parlement et se retrouve ainsi sans alliés. Le PSB a échoué à proposer une alternative crédible au GERB mais pourrait compter sur l’appui de la communauté turque (DPS). Le pays risque donc d’être sans majorité parlementaire, ce qui pourrait conduire à de nouvelles élections. Les nationalistes, Ataka en tête, capitalisent quant à eux un peu moins de 15% des voix, ce qui est un score plutôt élevé. Siderov apparaît comme l’un des gagnants de ce scrutin, ayant réussi à digérer sa scission interne et contenir la concurrence du NFSB.

Thomas FERRIER (PSUNE/LBTF)

Mise à jour: à 22h50, à 86% du dépouillement, l'organisme NTSIOM nous donne les résultats provisoires suivants: GERB 32,04%, BSP 26,22%, DPS (turcs) 9,93%, ATAKA 8,5%, NFSB 4,11%. Cela signifie que, contrairement aux prévisions, les nationalistes du NFSB rentreraient également au parlement de Sofia.

28/04/2013

Brèves européennes… (19)

Bjarni_Benediktsson.jpgISLANDE

Des élections législatives se déroulaient ce samedi en Islande, dans un contexte de rigueur économique, conséquence naturelle de la crise budgétaire. Alors qu’aux élections précédentes, le Parti de l’Indépendance, parti principal du pays depuis 1946, avait été durement sanctionné par les électeurs, tombant à 23,7% des voix, c’était au tour de la coalition de gauche de subir la colère des citoyens.

Dans cette joute électorale, trois partis aspiraient à la première place dans les urnes, même si le Parti du Progrès devait selon les sondages d’imposer et au Parti de l’Indépendance et à l’Alliance sociale-démocrate.

Or, déjouant les sondages, c’est bien la droite conservatrice, menée par Bjarni Benediktsson, qui s’impose sur la ligne d’arrivée, avec 26,7%, soit trois points de mieux qu’en 2009, ce qui représente malgré tout un score très médiocre pour ce parti. Il domine le Parti du Progrès, présidé par Sigmundur Gunnlaugsson, qui n’obtient que 24,3% des voix, progressant néanmoins de 9,5% en quatre ans mais de manière insuffisante pour prendre la tête de l’assemblée. Enfin, l’Alliance sociale-démocrate de Arni Arnason, avec 12,9% des voix, s’effondre littéralement, perdant près de 17 points et dix sièges.

Le premier ministre sortant, qui ne se représentait pas, est ainsi sévèrement sanctionné. Comme il s’agissait en outre du principal parti favorable à l’adhésion à l’Union Européenne de son pays, ce résultat constitue un coup dur pour ses partisans. Son allié, le Mouvement vert de gauche, représenté par la jeune Katrin Jakobsdottir, avec 10,9% des voix, perd la moitié de son score de 2009 (21,7%) et quatre sièges. Les sondages annonçaient une chute pourtant bien plus forte encore.

Parmi les autres vainqueurs de cette élection, dépassant les 5% fatidiques qui impliquent d’obtenir des élus, il y a le « Futur Brillant » (Björt Framtid), un mouvement libéral et même libertaire, qui réussit avec 8,4% des voix à obtenir six sièges, ce qui pour un parti récent est un excellent résultat. De même, le Parti Pirate (Pirataflokurinn) de la députée sortante Birgitta Jonsdottir, obtient 5,1% des voix et trois sièges. Pour la première fois, en Europe, un mouvement « pirate » accède au parlement national.

Les autres partis, exclus du parlement, sont l’Aurore (Dogun), un mouvement écologiste, avec 3,1% des voix, score identique pour le Parti des Propriétaires (Flokkur Heimilanna), le Parti Démocrate Islandais n’obtenant que 2,5% des suffrages. Les écologistes de droite doivent se contenter de 1,7%, alors que la coalition de gauche « arc-en-ciel » (Regnboginn) n’obtient qu’1%.

Fort de ce succès très relatif, même si son avance n’est que de 2,4% des voix, Bjarni Benediktsson est pressenti comme le nouveau premier ministre islandais. Conservateur et libéral, il est hostile au processus d’adhésion de l’Islande à l’UE mais est en revanche proche des positions atlantistes.

ITALIE

Letta.jpgDepuis plusieurs semaines, l’Italie était à la recherche d’un nouveau gouvernement pour rassurer les marchés et éviter de nouvelles élections dans quelques mois. Les cocus semblent désormais deux, à savoir la Ligue du Nord et le Mouvement 5 Etoiles de Beppe Grillo, représentant réunis plus de 30% des voix.

Les électeurs qui en effet souhaitaient un véritable renouveau de la classe politique en sont en effet pour leurs frais. C’est même pire que ce qu’ils pouvaient redouter. Le premier drame c’est la réélection, sous la pression, de l’actuel président de la république, l’ancien communiste Giorgio Napolitano, âgé de près de 88 ans, et qui finirait donc son mandat à 95 ans. Alors que la démocrate Bersani, intransigeant vis-à-vis de Berlusconi, était contraint de se retirer après avoir échoué à faire élire Romano Prodi comme président, Napolitano a fini par proposer à un autre démocrate, Enrico Letta, la présidence du conseil.

Berlusconi, afin de se prémunir contre ses démêlés judiciaires, a adoubé le nouveau premier ministre à la condition qu’il accorde la vice-présidence du conseil, et le ministère de l’intérieur, à un proche en la personne d’Angelino Alfano.

Letta a choisi Enzo Milanesi, un proche de la commission de Bruxelles, comme ministre des affaires européennes. En tout, il a choisi cinq personnalités indépendantes, 11 membres du Parti Démocrate, dont la nouvelle ministre de l’intégration, Cecile Kyenge, première africaine à occuper un poste de ministre, et partisane acharnée du droit du sol et de l’ouverture à l’immigration. C’est en ce sens que la Ligue du Nord, qui a fait de la lutte contre l’immigration un thème majeur, est trahie par la droite libérale et conservatrice. 6 ministres, dont Alfano, sont issus du PDL de Berlusconi, en plus d’un démocrate chrétien (UDC), d’un partisan de Monti (Mario Mauro) et de la radicale Emma Bonino, plus connue à Strasbourg qu’à Rome. Aucun ne provient de la Ligue ou du M5S.

Ce gouvernement d’union nationale à dominante démocrate (12 ministres dont le premier ministre sur 24 ministres en tout) a été mis en place à l’initiative du président italien (à nouveau) en exercice Napolitano. Il va de soi que les premières mesures seront certainement en faveur des lobbies communautaires, comme il en est de même en France. Il faut que les Italiens s’attendent à l’introduction du droit du sol et peut-être au mariage homosexuel. Même si Gianfranco Fini a été écarté du parlement, les nouvelles idées qu’il défendait y sont majoritaires. En tout état de cause, Hollande semble disposer d’un nouvel allié pour faire « payer l’Allemagne ».

En maintenant sa ligne courageuse et intransigeante, Beppe Grillo a cru pouvoir fragiliser le Système en place mais celui-ci s’est au contraire renforcé autour du président sortant et réélu. Qu’un vieillard de 88 ans ait eu un rôle déterminant à jouer afin qu’il y ait un nouveau gouvernement en dit long sur l’état de décrépitude de la politique italienne, et d’une manière générale, de la politique européenne.

Berlusconi a quant à lui choisi la conciliation plutôt que l’affrontement, et ce pour ses intérêts personnels et non le salut de son pays. S’il a réussi à avoir la tête de Bersani, alors même que les sondages prédisaient au PDL une probable victoire en cas de nouvelles élections, ramenant l’industriel milliardaire à la tête de l’Etat, il a en revanche accepté Letta, comme il avait accepté Monti. Ses électeurs sont eux aussi poignardés dans le dos.

Face à une coalition « gauche »-droite, Beppe Grillo n’a qu’un seul choix, dénoncer la collusion entre les deux grands partis italiens, mais il peut aussi être sanctionné dans les urnes, car au final il aura réussi à faire gagner ceux là même dont il espérait la chute. Il se contentera d’avoir débarrassé (provisoirement) la classe politique italienne d’un Di Pietro ou d’un Fini, et d’avoir contribué à la chute inévitable de Monti. Il est toutefois difficile de savoir si les Italiens n’auront pas un gouvernement encore plus nocif que le précédent, car on sait ce que l’on quitte mais jamais ce qui nous attend.

Et lorsqu’on lit que 78% des Français souhaiteraient un gouvernement de coalition nationale, ce qui est incompatible avec le scrutin majoritaire, comme le souligne à juste titre Michel Sapin, on se dit qu’ils n’ont pas bien conscience de ce que cela signifie. Réunir les bras cassés de la fausse « gauche » et de la vraie « droite », le tout autour par exemple d’un Bayrou, qui n’est pas moins mou que le président français actuel, ce n’est vraiment pas la clé du salut.

15/04/2013

Premières élections européennes en Croatie

élections européennes croates 2013,hdz,sdp,hsp,hcsp,tomislav sunicLa Croatie rejoignant l’Union Européenne au 1er juillet 2013, les électeurs croates devaient élire pour un an leurs représentants au parlement de Strasbourg. Dans un contexte où le sentiment europhile a considérablement régressé lorsque la perspective d’adhésion est devenue réelle, ses élections permettent de tester l’opinion croate.

Et comme habituellement, le principal vainqueur est… l’abstention. 21% seulement des électeurs se sont déplacés pour une élection sans véritable enjeu et alors qu’ils savent qu’ils vont devoir revoter dans moins d’un an et dans le contexte des élections européennes générales, tous pays confondus. La mobilisation n’était donc pas du tout au rendez-vous.

A près de 97% du dépouillement à cette heure, les résultats quasi définitifs sont désormais connus et ne devraient plus évoluer qu’à la marge.

Avec 33% environ des voix, la coalition de centre-droit autour du HDZ de l’ancien président Tudjman est le vainqueur de ces élections, devançant avec un peu moins de 32% la coalition de centre-gauche, actuellement au pouvoir, autour du SDP (sociaux-démocrates). Autant dire que les deux grands partis se valent mais il faut noter toutefois le score plus que satisfaisant du principal mouvement d’opposition. L’information est toutefois à relativiser vue la faible participation.

Troisième et dernier parti à obtenir des élus, les travaillistes croates, proches de la gauche radicale, obtiennent environ 5,75% des voix, ce qui est un résultat plutôt correct, qui s’explique certainement par la déception d’une partie des électeurs de gauche dans le contexte d’une crise économique et politique qui affaiblit le SDP.

Avec un peu moins de 4% des voix, la coalition de paysans et de libéraux échoue à obtenir des élus. C’est aussi le cas de la coalition istrienne autour d’Ivan Jakovcic avec environ 3,8% des voix. Enfin le HDSSB, réunissant des conservateurs et des modérés, avec un peu plus de 3,1% des voix, échoue également. Ils ne sont pas tant victimes d’un vote utile en faveur du HDZ mais surtout d’un manque de mobilisation de leurs électeurs.

A droite, les autres formations connaissent un désaveu certain. Le HRAST (centre-droit) n’obtient que 2,5% des voix environ, le A-HSS (paysans dissidents) 0,9%, alors que les démocrates centristes n’obtiennent que 0,75% des voix. Les retraités plafonnent à 1,48%, alors que les différentes formations écologistes sont réduites au minimum (1,5% pour l’Action de Jeunesse, proche des Verts européens, 1,15% pour la Coalition des Verts).

Les nationalistes et eurosceptiques sont les principaux perdants de cette élection. Contrairement à ce qui se passe dans les autres états membres, la Croatie n’a pas eu à faire l’expérience de son intégration à l’Union Européenne, puisqu’elle attendait depuis plusieurs années à ses portes. Si l’adhésion suscite un enthousiasme très mitigé, l’europhobie reste minimale. Elle est essentiellement incarnée par plusieurs mouvements « du droit », issus de la filiation des « ustasi ». Cette division ne profite à aucun d’entre eux. Le HSP historique, loin des 6% obtenus il y a quelques années, tombe à 1,4% des voix, alors que le HCSP, scission qui présentait une dynamique certaine et tendait à rivaliser avec son ancien parti, mené par une figure du nationalisme européen en la personne de Tomislav Sunic, n’obtient qu’un insignifiant 0,7%. Les dissidents du A-HSP quant à eux doivent se contenter de 0,32% finissant avant-dernier de la vingtaine de listes présentes.

Enfin, l’extrême-gauche communiste, victime du vote en faveur des travaillistes, et d’une manière générale fort peu populaire en Croatie, se limite à un peu moins de 0,5% des suffrages.

Cette élection est donc à retenir par le taux absolument médiocre de la participation, qui atteint un record, mais aussi par la nette victoire dans ce contexte des deux principales coalitions (HDZ et SDP), qui raflent l’écrasante majorité des sièges de député européen, et atteignent ensemble les 65% des voix. Il est toutefois vraisemblable qu’en 2014, un an après l’adhésion, lors des nouvelles élections européennes, la participation soit bien supérieure, redistribuant alors les cartes.

Thomas FERRIER (PSUNE)

07/04/2013

L’Alsace dit non à la fusion

référendum, fusion départementale,Alsace,Bas-Rhin,Haut-Rhin,non,Thomas FERRIER,PSUNE65% environ de oui dans le Bas-Rhin, 55% environ de non dans le Haut-Rhin. Même si le oui l’avait emporté dans les deux départements, le quorum de 25% de oui n’aurait pas été atteint, la mobilisation n’ayant pas été à la hauteur. Mais ce résultat est un vote de défiance d’une partie des Alsaciens, et notamment des habitants de Colmar (70% de non), dans un contexte où la classe politique toute entière est mise en cause par les citoyens (crise interne de l’UMP + désaveu du gouvernement PS) et où les accusations de corruption n’ont jamais été aussi fortes.

Même si les partisans du non, les partis parisiens anti-régionalistes (FN et DLR en tête, Front de gauche), vont s’attribuer le mérite de cet échec, l’explication est beaucoup plus simple, à savoir la peur des habitants du Haut-Rhin d’être défavorisés par rapport à ce monstre qu’est Strasbourg, siège du parlement européen. Les départements, aussi artificiels aient-ils été dans leur conception, ont créé aussi des oppositions intérieures à chaque région. L’opposition légendaire en Lorraine entre Nancy et Metz, entre la capitale historique et la capitale administrative, serait une autre illustration de ce micro-chauvinisme qu’on retrouve aussi bien dans les stades de football. Les Alsaciens sont solidaires lorsque leur région est en compétition avec une autre région, mais se divisent en interne quand la question les concerne de près.

C’est d’ailleurs pourquoi les élections européennes ne permettent pas d’établir une majorité claire au parlement européen. En effet, pour cela, il aurait fallu des listes européennes se présentant dans le cadre d’une circonscription unique. Tant que les citoyens voteront pour la liste PS ou la liste UMP aux élections européennes, ils raisonneront de manière « nationale » et sur des enjeux qui n’ont rien à voir avec les questions concernant l’avenir du continent. Ils voteront notamment pour ou contre la majorité parlementaire et/ou présidentielle.

Dans le cas de ce référendum alsacien, les électeurs n’ont pas considéré qu’il y avait un enjeu suffisant pour perdre quelques minutes de son dimanche à aller voter, surtout avec ce beau ciel bleu. Le projet qui leur était proposé n’était pas assez ambitieux et a inquiété certains électeurs, notamment du Haut-Rhin, qui craignaient une marginalisation de leur département par rapport au voisin. Et puis, ce projet venait d’en haut, du président du conseil régional, des élites politiques de la région et du pays. Il n’était pas issu d’une manifestation populaire spontanée, d’une revendication ancienne et légitime.

Résultat : les partisans du oui n’ont pas su convaincre de l’intérêt simplement de cette fusion. L’enjeu a été détourné par les partis politiques vers des querelles de chapelle ou d’idéologie, et aussi vers un vote de défiance envers les institutions. Lorsque les citoyens n’ont plus confiance, ils expriment un non de principe, un non de protestation et aussi un non de désespoir.

De la même façon, si un référendum national était lancé par la majorité « socialiste » en vue de supprimer les départements, le non s’imposerait assez naturellement, les français en profitant pour signifier leur opposition de plus en plus croissante à ce gouvernement, alors que dans un autre contexte ils y seraient massivement favorables. Ce n’est que par une pratique régulière de la logique référendaire, en posant la question sur des enjeux de fond, que l’on pourra obtenir des citoyens une attitude mature. Les Suisses nous montrent l’exemple, une fois de plus.

Néanmoins, cette élection a au moins eu un mérite, c’est de faire sortir les europhobes du bois et de les faire se révéler tels qu’ils sont, petits et méprisables. Le Front National a certainement perdu beaucoup de crédit dans une région qui lui est plutôt favorable sur un plan électoral, même si ce résultat va en apparence dans son sens.

Thomas FERRIER (PSUNE)