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22/05/2016

Elections présidentielles en Autriche. Le FPÖ vainqueur ?

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En attente des résultats définitifs prenant en compte les nombreux votes par correspondance, a priori plutôt favorables au candidat écologiste Van der Bellen, le candidat FPÖ Norbert Hofer bénéficie d'une petite avance [21.9% des voix], selon les résultats du ministère de l'intérieur, alors que les sites d'information placent les deux candidats à égalité, avec une légère avance pour le candidat de gauche. Nous devrons attendre demain pour savoir qui remportera cette élection et pour en tirer le bilan.

Il semble en tout cas que les menaces à peine voilées des autorités de l'Union Européenne et des grands pays d'Europe occidentale aient suscité une certaine angoisse chez les électeurs, notamment chez les électrices. Si le candidat écologiste, pourtant sans soutien réel au sein de la population, devait s'imposer, ce serait une nouvelle victoire du matraquage démophobe contre l'expression libre d'un peuple européen.

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19:20 Publié dans Analyses, Elections en Europe | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : norbert hofer, van der bellen | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

21/05/2016

Des fêtes de l’Europe de demain. Du malentendu païen/chrétien

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fêtes,Europe,Le Parti des EuropéensLe Parti des Européens, a consacré au sein de son programme un chapitre (VII) aux fêtes nationales de l’Europe (articles 7 et 8). Certains m’ont fait part d’une surévaluation de la dimension païenne de l’Europe au détriment notamment des christianismes européens, s’inquiétant d’un parti pris défavorable à une action collective utile de tous les Européens au salut de leur civilisation. Dans cet article, je vais évoquer ces deux sujets, à savoir les fêtes unitaires et la place du christianisme au sein du parti comme du continent.

Fêtes de l’Europe et subsidiarité identitaire.

Nous avons choisi de reconnaître comme jours fériés et chômés deux jours chrétiens emblématiques liés à Noël, à savoir le 25 décembre (Noël catholique et protestant) et le 6 janvier (Noël orthodoxe). Noël est la fête pagano-chrétienne par excellence, synthèse entre le culte solaire et le culte christique.

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Nous avons également retenu les fêtes suivantes, qui ont une dimension pan-européenne forte, à savoir le 1er janvier, jour de l’an dans toute l’Europe, le 21 avril qui correspond à l’équinoxe de printemps et à la fondation de Rome, le 1er mai, fête du travail et fête celte de Beltaine, le 21 juin pour le solstice d’été et la Saint-Jean, le 1er novembre (Toussaint et Samhain celte), et le 21 décembre, pour le solstice d’hiver. Equinoxes et solstices sont des dates clé du calendrier européen, tant païen que christianisé, et ce dans toute l’Europe.

Deux fêtes laïques seront également instituées et auront vocation à réconcilier les Européens. Ce sera le cas du 9 mai, qui est déjà la fête de l’Europe, qui est aussi la fête de la victoire en Russie, au détriment d’un 8 mai qui rappelle une période sombre avec une Europe divisée et surtout une Europe avilie par les crimes commis sur son sol. Le 11 novembre sera consacré à un hommage rendu à tous les combattants européens et symbolisera la réconciliation de tous au-delà des conflits du passé qui les ont divisés.

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Christianisme et paganisme.

Le Parti des Européens défend tous les Européens, que ceux-ci soient chrétiens, athées ou païens, juifs ou musulmans européens (ces derniers étant présents dans les Balkans ou dans le Caucase). Il n’a pas une approche confessionnelle de la politique. Il est toutefois un fait que le paganisme, en tant que religion indigène de l’Europe, y est fort estimé. Cela ne doit pas être compris comme la marque d’un mépris à l’égard de la religion majoritaire de l’Europe, et nous respectons totalement nos compatriotes chrétiens, qui partagent pleinement notre combat pour une Europe à nouveau européenne, enracinée et identitaire.

Nous attachons également une grande importance au respect de l’histoire, par exemple sur les conditions de la christianisation de l’Europe. Que celle-ci ne se soit pas faite par une adhésion libre mais par la coercition relève de faits historiques avérés, qu’on le déplore (ce qui est mon cas) ou qu’on s’en réjouisse. Rappeler cette vérité n’est pas une marque d’irrespect à l’égard des convictions de nos compatriotes. Il ne s’agit pas du tout de régler les comptes du passé, et un païen n’a pas plus à être anti-chrétien qu’un chrétien n’a à être anti-païen. C’est entre Européens réconciliés que nous devons agir.

Le Parti des Européens, qui prône la réconciliation entre tous les Européens, entre les Albanais et les Serbes par exemple ou entre les Ukrainiens et les Russes, prône aussi bien sûr la réconciliation en religion, à partir du moment où c’est l’intérêt de l’Europe qui domine l’esprit de chacun.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

16/05/2016

Quel avenir pour le Front National ? (2ème partie)

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Marion vs Florian. Florian vs Marine.

Flamme-fd-BBR.jpgEn 2017, il ne fait quasiment aucun doute que Marine Le Pen sera au second tour des élections présidentielles, peut-être même en tête de tous les candidats. Peu imaginent de même sa victoire, même face à François Hollande. Les élections régionales ont servi de démonstration de force. Après un premier tour où les deux Le Pen dominaient nettement leur région respective, leur défaite au second tour fut nette. Or si, dans les régions qui lui sont le plus favorables, il n’atteint que 40 à 42% des voix face à un seul adversaire, qui peut croire que Marine Le Pen atteindra plus de 50% des voix au second tour de la présidentielle.

Si le plafond de verre a donc été relevé, essentiellement parce que la situation de la France est de plus en plus catastrophique, il existe toujours. Et il n’est pas sûr que la ligne actuelle, plus rassurante pour les électeurs des partis adverses, permette de conserver le socle électoral déjà acquis. La « France apaisée » aurait pu être le slogan d’un François Mitterrand. Mais il est difficile de penser que le FN puisse jouer la même partition que lui, tout en espérant le vote d’électeurs principalement motivés par les questions migratoires et identitaires.

Par ailleurs la ligne anti-€ et anti-UE, qui permet au FN d’éviter de rentrer dans des débats sur l’identité française et européenne, où il serait alors obligé d’assumer une identité européenne à laquelle il prétend en même temps ne pas croire, n’est pas électoralement rentable. Et elle ferme bien des portes sans en ouvrir de nouvelles. Certes Marine Le Pen s’est dite récemment « européenne », une concession étonnante, mais l’idée même d’une Europe politique, serait-elle identitaire, semble lui faire horreur.

Au sein du FN, comme avant 1998, deux courants s’opposent. Il y a un courant « marioniste », qui a reçu le soutien de plusieurs figures identitaires, et qui se positionne en faveur d’une France plus européenne, plus libérale, plus catholique aussi, un courant ouvert aux alliances à droite. En face on trouve un courant « social-républicain » autour de Florian Philippot. Ce courant se veut plus social, étatiste, parfois sur une ligne qu’on retrouvera même chez un François Hollande, mais surtout anti-européenne et farouchement eurosceptique.

L’euroscepticisme souverainiste, qu’on retrouve aussi en mode extrême chez Asselineau, refuse l’idée européenne au nom de prétendues trop grandes différences entre les Européens, interdisant de penser à toute unité du continent, mais nie dans le même temps des différences bien plus majeures existant pourtant entre « Français de souche » (c'est-à-dire Européens) et « Français issus des flux migratoires post-coloniaux ».

Au niveau électoral et même au niveau des sympathisants et adhérents, la ligne « marioniste » est très majoritaire. En revanche, au niveau de l’appareil politique, et de plus en plus, c’est la ligne « philippotiste » qui s’impose, et chaque départ, chaque exclusion, la renforce davantage encore. Or le FN n’est pas un parti au fonctionnement interne démocratique, et tenir l’appareil est donc essentiel. La nomination des responsables départementaux, la composition du bureau politique, le choix des candidats, tout cela relève de la direction et notamment de la présidente.

Or, à chaque fois que Marine Le Pen a dû choisir entre sa nièce et son lieutenant, c’est ce dernier qui l’a emporté, car il y a une convergence idéologique évidente entre la dirigeante et son « fidèle » vassal, un même logiciel politique. Marine Le Pen ne se sent pas en effet « de droite » et c’est ce qu’elle a ainsi répondu à un Robert Ménard par exemple. Si « Marion » estime le catholicisme, « Marine » a très peu d’empathie à l’égard de cette religion, comme à l’égard du paganisme par ailleurs, qu’elle méprise par ignorance.

Marion Maréchal-Le Pen est donc progressivement marginalisée au sein d’un parti où elle est pourtant très populaire. Privée de soutiens, à part dans sa région d’élection, elle est confrontée à une hostilité croissante d’un appareil politique envahi par les partisans de Philippot, tous standardisés sur un même modèle idéologique et même anthropologique.

On comprend bien que Florian Philippot souhaite au plus tôt l’écarter pour se retrouver en situation de monopole et pour préserver son avenir politique. Le post-marinisme est déjà lancé. Lorsque Marine Le Pen cédera sa place, de sa propre volonté ou par la contrainte, il veut être le seul héritier possible. « Marion » est donc un obstacle à son ascension personnelle.

Marion Maréchal Le Pen aura donc tôt ou tard à faire un choix douloureux, soit la rupture et une aventure solitaire qui a peu de chance de succès, soit la soumission et le silence et donc une disparition politique en douceur, soit enfin une retraite politique précoce pour se consacrer à sa vie professionnelle et familiale, résultante probable de la seconde position.

Une fois « Marion » écartée, Marine Le Pen et Florian Philippot se retrouveront face à face. Une tentation « mégretiste » chez son lieutenant sera sans doute irrésistible. Il faut se méfier de ceux qui proclament haut et fort leur fidélité inébranlable et en font même un principe.

Mais l’histoire n’est pas un éternel recommencement et il est probable que ces petits jeux auront déjà lassé les joueurs que sont les électeurs. Après 2017 et cet échec programmé, il n’est pas sûr que le FN continue dans cette voie ascensionnelle qui est pour le moment la sienne. Surtout, le reniement identitaire de ce parti selon la ligne Philippot, le souverainisme dominant alors sans partage le parti, en décalage total d’avec les aspirations profondes des électeurs du FN, pourrait avoir comme conséquence l’émergence d’une force identitaire nationale et/ou européenne. Les chapelles identitaires qui se rangent par défaut derrière le FN feraient donc probablement un faux calcul à court terme.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

Quel avenir pour le Front National ? (1ère partie)

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Dédiabolisation ou dédramatisation. Provocation stérile ou soumission systémique.

Flamme-fd-BBR.jpgLa ligne de Marine Le Pen depuis son arrivée à la tête du FN en 2011, encouragée par son lieutenant Florian Philippot, repose sur la dédiabolisation. Il ne s’agit pas seulement de taire certaines positions qui pourraient être considérées comme trop radicales ni de cesser de se prêter aux jeux des clins d’œil à des mouvances marginalisantes. C’était la ligne « Mégret », selon le principe de « la main de fer dans un gant de velours ». Aucune déclaration malvenue sur la seconde guerre mondiale mais aucune concession sur les questions d’identité.

La dédiabolisation mariniste consiste au contraire à affirmer haut et fort son ralliement aux thèmes dominants du système en place, et à limiter son ton révolutionnaire aux questions d’économie, ne prônant la rupture qu’avec l’Union Européenne, sans vouloir la réformer dans un sens plus opportun, mais pas avec le multiculturalisme ambiant. Cela a amené la mairie FN d’Hénin-Beaumont à récemment autoriser la construction d’une mosquée au motif que s’y opposer serait illégal.

C’est donc concrètement la recherche d’un adoubement par les autorités politiques et par les vecteurs médiatiques.

Une stratégie potentiellement beaucoup plus efficiente aurait été plutôt la dédramatisation, en expliquant que les mesures (auparavant) préconisées étaient de bon sens, qu’elles seraient salvatrices, et qu’elles étaient bien moins terribles que le résultat d’un pourrissement sociétal bien plus accentué. Toute une dialectique forgée jadis par ce qui a été appelé la « Nouvelle Droite » était prête à l’emploi pour retourner le discours de l’adversaire contre lui-même.

La dédiabolisation aurait dû amener le FN, devenu conformiste, à s’effondrer car « un FN gentil, ça n’intéresse personne ». En outre, comme parti de gouvernement, le FN n’est pas crédible. Ce n’est pas un parti de masse. Les élites y sont rares, les intellectuels inexistants, les rares ayant essayé de s’implanter au sein de ce parti ayant dû plier bagage. Sur de nombreux thèmes, en dehors de ses sujets de prédilection, le FN est faible, malgré la création de collectifs spécialisés.

Pour le moment, le FN de Marine Le Pen a eu une chance incroyable, c’est que sa stratégie a échoué. Normalement, pour tout autre parti, l’échec de sa ligne aurait dû avoir comme conséquence son effondrement électoral. Cela n’a pas été le cas du FN, à qui ses électeurs prêtent un crypto-programme remigrationniste, malgré les déclarations des plus hauts responsables du parti dans le sens au mieux d’une assimilation a minima, vœu pieux ne coûtant pas bien cher, et sans remettre en question les naturalisations complaisantes réalisées par les gouvernements précédents et par l’actuel.

Mais il y aura bien un moment où les électeurs se rendront compte que leur espérance sera déçue, que la vision qu’ils ont de ce parti est celle que ses adversaires en donnent. Quand le FN sera semblable aux autres partis, et que la diabolisation aura cessé, il apparaîtra tel qu’il est et ne tardera pas alors à péricliter. Son salut n’aura alors été que de courte durée. Heureusement pour lui le PS a tout intérêt à maintenir une ligne de démarcation entre le FN et les partis dits « républicains » bien qu’ils ne le soient pas plus que lui.

C’est très différent par exemple d’un parti comme le FPÖ. Celui-ci est bien implanté dans la société civile et la diabolisation n’a plus de prises sur lui. Son candidat aux présidentielles Norbert Hofer est même en passe de s’imposer. Et le dirigeant Hans-Christian Strache est à 34% dans les sondages en cas d’élections législatives anticipées. Or ils n’ont rien renié de ce qu’ils sont. Ils ont tu les provocations dialectiques qu’un Haider pouvait tenir jadis. Mais n’ont pas évolué d’un iota sur les fondamentaux.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

Communiqué : Victoire pour Verdun.

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http://thomasferrier.hautetfort.com/media/01/02/1594474141.PNGCommuniqué du Parti des Européens : Victoire pour Verdun.

Une initiative gouvernementale malheureuse avait consisté en l’invitation du rappeur Black M à un concert destiné à la jeunesse franco-allemande clôturant le 29 mai, journée de commémoration consacrée aux combattants français et allemands, morts ou blessés lors de la bataille de Verdun.

Ce choix, qui avait tout d’une provocation, ou d’un manque criant d’imagination, car on ne voit pas le lien entre l’œuvre « musicale » du dit rappeur et ce sujet mémoriel, et qui paraît décalé aussi d’avec les aspirations de la jeunesse d’Europe, a abouti à une réaction justifiée d’Européens sur les réseaux sociaux. Une campagne demandant l’annulation de ce concert a ainsi commencé.

C’est par la volonté de quelques centaines de blogueurs et de « twitteurs », relayée ensuite par les dirigeants des partis politiques, FN puis Républicains, qui eux arrivèrent après la bataille principale, en espérant en retirer la gloire, que le gouvernement a cédé et le Parti des Européens s’en félicite, même s’il sera vigilant jusqu’au 29 mai contre toute autre initiative inappropriée de cette nature.

La mémoire des 350.000 Européens morts à Verdun, lors d’une bataille où ils firent preuve d’un grand courage, même si cette guerre était une folie et cette bataille une hérésie stratégique, mérite mieux que des hommages politiciens, de responsables politiques qui justement n’ont pas vraiment appris les leçons véritables de ces conflits. Ce 29 mai devrait être un jour consacré à la mémoire européenne, à celle de notre civilisation, et pas de servir de promotion électorale ou musicale à quiconque.

Merci à tous ceux qui ont su faire entendre raison au pouvoir et l’amener à renoncer, même si ce dernier enrobe ce renoncement de leçons morales et d’indignations sélectives. Car face à une décision injuste, tous les citoyens doivent s’opposer. Et cela a été le cas ici. Il est triste toutefois de devoir « montrer les crocs » pour obtenir ce que la raison aurait dû naturellement imposer.

Le Parti des Européens.

13:16 Publié dans Communiqués | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : parti des européens, concert, black m, verdun | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

08/05/2016

Lettre ouverte à un ami d'extrême gauche

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extrême gauche, syndicalisme,mondialisme,Europe,socialismeVotre discours est toujours le même. Il glorifie, partout et en toute occasion, la lutte des gentils travailleurs contre les méchants patrons ou contre l'état employeur, justifie toutes les grèves, toutes les manifestations organisées par les syndicats les plus durs. Il existe pourtant des éléments qui devraient vous amener à réfléchir.

Vous soutenez, par exemple, aussi bien les ouvriers en grève en Allemagne et en France. N'avez-vous pas remarqué que les règles du travail ne sont pas les mêmes dans les deux pays et que les intérêts des ouvriers peuvent se trouver antagonistes ? Ce qui peut être bon pour les uns peut être mauvais pour les autres.

Les gouvernements des pays dans lesquels vous vous opposez à l'action sont issus d'élections. Dans ces dernières les riches exploiteurs sont beaucoup moins nombreux que les pauvres opprimés. Comment expliquez-vous que ce soient les intérêts des moins nombreux qui l'emportent ?

Prenons un exemple qui est, dans son principe à défaut des détails, hélas très répandu. Dans un bassin d'emploi déjà sinistré, une entreprise connaît de graves difficultés. Elle propose d'abaisser les salaires de ses ouvriers pour équilibrer ses comptes. Que va-t-il se passer ?

Les ouvriers et leurs syndicats acceptent les propositions de la direction et l'entreprise est momentanément sauvée. Mais rien ne dit que le problème ne va pas finir de se représenter.

Les ouvriers et leurs syndicats refusent ces propositions. Les difficultés de l'entreprise s'aggravent rapidement jusqu'à la faillite. Tout le monde perd son emploi.

On voit que, devant une telle situation, il ne peut y avoir que de mauvaises réponses. Rien ne sert de prôner la lutte, d'organiser la grève, de monter des actions violentes. Tout ce qui peut être tenté ne fait qu'accélérer le désastre.

Vous allez me dire que s'il n'y a rien à faire c'est parce que le problème ne se situe pas au niveau de l'entreprise. Vous avez parfaitement raison. Mais vous ne voudrez pas dire que si le bassin d'emploi n'avait été sinistré, l'entreprise aurait pu se séparer d'une partie de ses effectifs, lesquels auraient trouvé du travail dans des entreprises voisines en développement. Peu importe.

Si le niveau adéquat n'est pas celui de l'entreprise, alors quel est-il ? Il faut savoir que le plein emploi dépend de deux facteurs : les biens dont la production est utile et les personnes employables à cette fin.

La réponse qui vient aussitôt à l'esprit est celui de l'état, à savoir par exemple la France. C'est à ce niveau qu'est organisé le vote du peuple et qu'on pourrait raisonnablement attendre des décisions. Malheureusement nous vivons une période où la production des biens nécessite souvent une échelle plus grande que la France et où le mouvement des personnes vers la France connait de multiples circonstances l'alimentant. On ne peut absolument rien faire contre le premier fait. Accessoirement vous vous opposez à toute restriction pour le second. Ce niveau est donc inadéquat. Et cela ne dépend pas de la bonne volonté des électeurs et des dirigeants. C'est une chose que vous auriez pu noter, plutôt que de vous accrocher, comme les souverainistes, à l'élection présidentielle.

D'ailleurs on a déjà créé une zone de libre-échange en Europe. A ce niveau on dispose de la bonne échelle pour produire des biens nécessitant de gigantesques investissements. Cependant vous n'êtes pas seul à vous opposer à une solution à ce niveau. Du côté des personnes, l'organisation de l'Europe est si incohérente que le contrôle des frontières y est inopérant. Et surtout, du côté de biens, cette zone de libre échange n'est qu'un prétexte pour entrer dans un libre-échange mondial, dans lequel on n'attend même pas de réciprocité. Peut-être allons-nous échapper au TAFTA, mais ce ne sera que partie remise. Les pauvres Européens n'y peuvent rien. Il n'y a pas, à ce niveau, suffisamment de démocratie pour espérer un changement. Et de cela vous parlez peu.

Il ne reste donc que le niveau mondial. Le problème est que s'il y a peu de démocratie au niveau de l'Europe, il n'y en a pas du tout au niveau mondial. Surtout il n'est pas possible qu'il y en ait. De grands blocs existent qui entendent bien garder leur autonomie. Il s'agit bien de la Chine ou de l'Inde que des Etats-unis d'Amérique. De plus les disparités de développement entre les continents rendent impossible toute harmonisation. Qu'il y a-t-il de commun entre des revendications salariales en France et au Bengladesh ? Pire encore, les disparités culturelles sont insurmontables.

Tout semble donc bloqué. Heureusement ce n'est pas vrai. Il y a un niveau où les choses peuvent changer. C'est celui de l'Europe, puisque ce n'est pas son concept mais son organisation qui est en cause. La réponse est donc extrêmement simple. Il suffit de transférer un système démocratique rendu inutile au niveau des états vers un équivalent au niveau de l'Europe. Cela s'appelle l'intégration européenne. Qu'attendez-vous pour y penser ? Ne trouvez-vous pas que, pour se voiler la face, les souverainistes n'y suffisent pas ?

Pierre Eisner (Le Parti des Européens)

Du sultan Recep Ier et du calife François.

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Ch7R3rHXAAA78kF.jpgLa commission de Bruxelles a officiellement indiqué son souhait de supprimer les visas pour les Turcs qui souhaiteraient visiter l’Union Européenne. Elle ne fait que transposer la décision des principaux chefs d’état et de gouvernement, Angela Merkel en tête, en échange de la pleine collaboration des autorités turques au plan établi de gestion des migrants « syriens » (beaucoup n’étant pas syriens du tout, ceci dit).

Le négociateur turc va néanmoins changer en cours de route. Le premier ministre Davutoglu, coupable d’avoir été encore trop accommodant avec les dirigeants européens, est démis par la volonté du président Recep Erdogan. Celui-ci a ainsi fait savoir que la suppression des visas qu’il exige ne souffrirait d’aucune contrepartie. Pas question pour lui de généraliser le passeport biométrique ou d’adapter sa politique anti-terroriste, dédiée aux Kurdes, pas à Daech bien sûr.

Erdogan continue sa politique de renforcement de son autorité en vue d’établir une crypto-autocratie à peine cachée en vérité. Personne ne doit lui faire de l’ombre. Après avoir réduit l’armée au silence, avec la bénédiction naïve de l’Union Européenne, après avoir réintroduit le voile islamique, Erdogan veut désormais tous les pouvoirs pour mener à bien la réislamisation du pays. Pour avoir négligé sa volonté, Davutoglu est débarqué. Le prochain premier ministre devra être un personnage effacé, vassal soumis de son sultan.

Alors que la Russie de Poutine est victime de sanctions économiques, dont la droite parlementaire en France a demandé sans succès l’arrêt, la Turquie d’Erdogan est l’objet d’une indécente flatterie. Merkel a même livré à la justice allemande un humoriste qui avait osé se moquer du tyranneau. Il faut ménager ce dernier, connu pour ses colères noires, et ce à tout prix. Il a en effet le doigt appuyé sur la manette ouvrant le barrage migratoire.

Il aurait suffit pourtant que les Européens changent leurs lois afin de rendre leurs pays moins attractifs aux migrants. Mais nos dirigeants semblent incapables d’oser montrer les crocs et de faire preuve d’une force morale même minimale. Au contraire, toute l’eurocratie est allée à Canossa offrir au pape François le prix Charlemagne. Il est vrai qu’il aurait été difficile de lui remettre le prix Charles Martel.

Le pape se permet (voir mon article précédent) depuis des mois de culpabiliser les Européens en les invitant à faire preuve d’un « nouvel humanisme » qui consisterait à accueillir tous les migrants sur son sol. Il déclare même rêver d’une Europe « où être migrant ne soit pas un délit ». Il prône lui aussi le multiculturalisme au lieu de ranger la chrétienté derrière la défense de l’européanité. François a ainsi mis fin au compromis romano-chrétien, et donc euro-chrétien, établi par l’empereur Constantin. En échange de la protection terrestre de l’Empire, l’Eglise devait lui assurer une protection céleste.

En flattant Erdogan et en se soumettant aux injonctions morales suicidaires de François, les dirigeants de l’Union Européenne trahissent gravement les intérêts des Européens. Une toute autre politique serait au contraire nécessaire, associant cohérence et fermeté, défense du véritable humanisme européen, celui hérité des Grecs et des Romains, et refus d’un multiculturalisme mortifère auquel les mondialistes, dont ce pape est, voudraient nous soumettre.

Le discours à tenir au pape, c’est de s’en tenir à la défense de son Église, et à s’abstenir de toute position publique de nature politique, en particulier invitant les Européens à faire preuve de faiblesse. Le discours à tenir au président turc, c’est de lui rappeler que son pays occupe illégalement Chypre-Nord et qu’il a existé en 1920 un traité de Sèvres qu’on pourrait avoir envie de ressusciter.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

01/05/2016

« Habebamus papam ». Bergoglio contre l’Europe.

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image4.jpgL’Europe est victime d’une grave crise migratoire. Des milliers de migrants, syriens ou non syriens, parfois chrétiens mais bien plus souvent musulmans, se massent chaque jour à nos portes afin de gagner nos rives pour y bénéficier de tous les droits de nos concitoyens, sans qu’on exige d’eux l’accomplissement des mêmes devoirs.

Nous serions en devoir de leur refuser l’entrée, parce que nos ancêtres ne se sont pas battus pour que notre continent cède à une mauvaise conscience attisée par des faussaires moraux. On peut d’ailleurs constater que les pays arabo-musulmans se gardent bien d’accueillir chez eux ces migrants pourtant de même origine qu’eux. Les pétromonarchies du Golfe, qu’on présente abusivement comme des alliés, s’y refusent et les migrants eux-mêmes savent qu’il vaut mieux éviter de tester leurs frontières.

L’Europe paie d’ailleurs l’alignement de sa politique sur celle des États-Unis, avec parfois un zèle troublant, comme cet entêtement du gouvernement français à faire tomber Bachar-El-Assad à tout prix, permettant au cancer « Daesh » de naître.

Dans un tel contexte, les provocations répétées du « pape » François, alors que les opinions publiques européennes expriment une légitime inquiétude et alors que les États semblent moralement désarmés pour faire respecter les frontières de notre continent, sont inacceptables.

Il est normal de déplorer que des gens quittent leur pays parfois au péril de leur vie, même si c’est souvent pour de mauvaises raisons, et si les « réfugiés » sont souvent en fait des migrants économiques profitant de l’occasion pour s’installer dans une Europe bien trop généreuse à leur endroit. Il est également parfaitement légitime de porter assistance à des naufragés, car c’est un devoir moral élémentaire.

Mais ce n’est acceptable que si on associe ces actions de mesures d’une grande fermeté, en indiquant explicitement aux migrants que ce voyage aller sera suivi immédiatement d’un voyage retour. Ainsi l’argent dépensé pour payer les passeurs sera perdu, et les risques pris auront été bien inutiles.

Le pape devrait appeler ces migrants à demeurer chez eux et à se battre sur leur propre sol, comme le font ces courageux combattants kurdes, contre la barbarie islamique qui les menace, si c’est bien elle qu’ils prétendent fuir. Car on peut parfois en douter. Il devrait inviter l’Europe à avoir le courage de savoir dire « non » et ne pas détourner les règles de l’hospitalité en des règles d’assistanat.

La véritable hospitalité, c’est celle des Phéaciens envers Ulysse. Après lui avoir porté assistance, après qu’il fait naufrage, les Phéaciens armèrent un bateau et permirent au héros de retrouver Ithaque, son île natale. Aujourd’hui, elle consiste à pacifier la situation sur place, comme la Russie y a contribué, et à permettre à ces migrants de retourner chez eux. Elle ne consiste pas à leur donner chez nous des droits pour lesquels nos ancêtres se sont battus.

C’est là qu’il faut comprendre que le « pape » François sort de la réserve propre à sa charge pour empiéter sur un terrain politique pour lequel il n’est pas légitime. Il donne des leçons de morale et en vérité de culpabilisation aux Européens, les incitant au laxisme migratoire et donc à la lâcheté identitaire. Ce faisant, il ne rend service à personne.

Son action d’accueillir à Rome même plusieurs familles de migrants, par ailleurs tous musulmans, est symboliquement un appel d’air parfaitement nocif. Il va encourager d’autres personnes à prendre des risques insensés et en même temps exacerber les Européens qui en ont assez de subir des flux indésirables alors qu’ils ne sont en rien responsables des causes.

Il agit ainsi en militant de la « théologie de la libération », ce christiano-marxisme qui domine une partie de l’Amérique du Sud d’où le pape est originaire, oubliant par ailleurs qu’il est lui-même de souche européenne. Au lieu d’agir au service de l’Europe et des Européens en encourageant ces derniers à la résistance, comme Nicolas V apportant son soutien à Constantinople en 1453, il veut nous désarmer. C’est irresponsable.

Depuis Constantin, en Europe, le compromis entre le pouvoir politique et L’Église a reposé sur une assistance mutuelle. Le pape actuel rompt cet équilibre pour prôner une forme d’évangélisme post-colonial pleurnichard. Et pour ce faire, il est prêt à trahir une Europe en danger de mort pour la simple et bonne raison que sa religion y est affaiblie, sans se demander pourquoi. De la religion on demande assistance et non leçon de morale, appui et non culpabilisation. Le pape se croit au Ier siècle de l’empire romain alors que nous sommes dans la situation du Vème siècle, celui des invasions barbares.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

19:26 Publié dans Analyses, Religion | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : pape, françois, immigration, islam, réfugiés | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Communiqué du Parti des Européens: une nouvelle étape !

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Après notre passage remarqué au colloque de l'Institut Iliade, le Parti des Européens continue son cheminement. Notre projet, en pleine adéquation avec les aspirations des Européens, se prolonge.

L'Europlite, symbole de notre combat pour une Europe unie et identitaire, symbole de résistance et de reconquête, incarne cette volonté de changer les choses. Nous voulons conserver de l'Union Européenne ce qui est bon ou peut le devenir, et mettre fin à ce qui est nocif, en commençant par la Commission de Bruxelles.

A l'issue d'une publication sur les réseaux sociaux pendant deux mois, nous avons présenté au public les 144 points du programme rangés en 12 thèmes fondamentaux.

Nous engageons dès maintenant une campagne de sensibilisation à nos idées afin que le plus grand nombre de citoyens en accord en totalité ou en partie puisse nous rejoindre pour qu'ensemble nous puissions faire revivre notre projet européen.

Thomas Ferrier et tous les membres du LPE remercient Cédric Rivaldi pour son travail sur l'amélioration de l'Europlite.

 

POUR UNE NOUVELLE EUROPE
REJOIGNEZ LE PARTI DES EUROPEENS

Retrouvez-nous sur les réseaux sociaux et sur notre site www.psune.fr

26/04/2016

Elections serbes : succès ou échec du SNS de Vucic ?

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Elections législatives serbes 2016,Vucic,Seselj,SNS,SRSA 98.6% du dépouillement, selon les données du site serbe officiel (RIK), les résultats quasi définitifs du scrutin sont désormais connus et infirment en grande partie mon analyse rapide et succinte d’hier soir, disposant alors d’informations incertaines. En effet, plusieurs formations politiques étaient légèrement en dessous des 5% des voix, seuil permettant de disposer de députés au sein de la nouvelle assemblée.

Le SNS au pouvoir d’Aleksandar Vucic a finalement obtenu 48.23% des voix et 131 députés contre 48.35% et 158 députés en 2014. C’est donc non seulement une stagnation en pourcentage mais une défaite en nombre d’élus, le SNS n’étant alors majoritaire que de seulement six sièges. Cela s’explique surtout par l’entrée au parlement de députés nationalistes, ce qui n’était pas le cas en 2014.

Le SPS (Parti Socialiste de Serbie), héritier désormais éloigné des communistes yougoslaves, et qui était associé au pouvoir, obtient 10.98% des voix et 29 sièges contre 13.49% et 44 sièges en 2014. Lui aussi régresse et pour les mêmes raisons. Il est également victime à la marge d’un vote des anciens partisan de Milosevic en faveur du Parti Radical Serbe (SRS).

Le SRS en effet était tombé à 2% en 2014, une chute terrible que même son alliance avec des formations plus radicales, comme Obraz, n’avait pu enrayer. Il était alors en voie de marginalisation. L’acquittement de son dirigeant historique Vojislav Seselj auprès du TPI de La Haye a permis à ce dernier de faire campagne et de remonter la pente. Avec 8,09% des voix et 22 sièges, il fait renaître son parti. Ce succès a limité la progression de la formation nationaliste concurrente, le Dveri, associé cette fois au Parti Démocrate de Serbie. Ces deux partis séparés avaient obtenu 7,82% des voix en 2014. Réunis, ils n’obtiennent que 5% exactement, et sous réserve du maintien de ce résultat, feront rentrer 13 députés. C’est un succès malgré tout mais pas autant que cette coalition aurait pu espérer. Le SRS le domine à nouveau.

Les héritiers de Boris Tadic, divisés en deux formations rivales, parviennent également à rentrer au parlement. Le Parti Démocrate obtient 6.04% et 16 sièges contre 6.03% et 19 sièges en 2014. Il se maintient au même niveau qu’en 2014. Le Parti Social-Démocrate, qui se revendique explicitement de l’ancien président Tadic, obtient 5.03% des voix et 13 sièges contre 5.7% et 18 sièges en 2014. Ces deux formations survivent donc mais sont très éloignées de leurs scores d’il y a quelques années. Le recentrement du SNS de Tomislav Nikolic, désormais animé par Aleksandar Vucic, a clairement étouffé l’ancienne majorité parlementaire. Mais sa domination n’est pas si écrasante.

La liste « C’est assez » (Доста је било) (centre-gauche) n’avait obtenu que 2.09% en 2014. Avec 6.03% des voix et 16 sièges, elle parvient à obtenir enfin une représentation nationale. Les électeurs ont choisi de donner un peu de sang neuf à la politique nationale.

Les minorités sont enfin représentées comme à chaque fois au parlement, avec 4 députés pour le VMS hongrois (Voïvodine), 4 représentants du Sandjak de Novi Pazar, et 2 députés pour de petites formations régionales comme le « Parti vert » (Zelena Stranka). Les formations pro-russes obtiennent quant à elles seulement 0.62% des voix. Les nationalistes albanais pro-européens obtiennent 0.43% des voix.

Bien que le SNS soit en position de gouverner à nouveau le pays, Aleksandar Vucic a échoué à mobilier davantage d’électeurs en sa faveur qu’en 2014. Sa majorité est donc légère, alors qu’il espérait un large rassemblement lui permettant de conduire son pays vers la voie de l’intégration à l’Union Européenne. La remontée du SRS a certainement joué un rôle dans cet échec. Néanmoins, il n’a aucune véritable opposition en face de lui, le SPS lui-même étant en recul. 131 députés sur 250 sont avec lui, les 119 restants étant éparpillés dans 6 autres formations politiques, avec 35 nationalistes anti-européens en tout en leur sein.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

25/04/2016

Elections législatives serbes : le SNS en force au parlement

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En l’absence de résultats définitifs à cette heure, le Parti Progressiste Serbe (SNS) d’Aleksandar Vucic aurait obtenu 49% des voix et 161 sièges, lui donnant ainsi une large majorité, même s’il n’a pas réussi à dépasser la barre des 50% des suffrages. Il bénéficierait en effet de l’exclusion de nombreuses formations arrivées très légèrement en dessous des 5% permettant d’avoir des élus, sauf cas spécifique des listes représentant les minorités.

Derrière lui, l’allié indispensable de la coalition sortante, le Parti Socialiste de Serbie (SPS), est loin derrière avec 12.1% des voix et 39 sièges. Désormais, le SNS n’aura plus besoin de lui pour gouverner. C’est aussi une véritable renaissance pour le Parti Radical Serbe de Vojislav Seselj, revenu en politique après avoir été acquitté au TPI de La Haye. Il obtient 7.9% des voix et 25 sièges. Ce succès se fait au détriment de l’autre formation nationaliste, le Dveri, qui n’aurait obtenu que 4.91% des voix, ratant de peu l’élection de députés, sous réserve de confirmation de ces résultats. Le SRS, qui avait été exclu en 2014 du parlement, y retrouve sa place pour y représenter le courant eurosceptique et nationaliste.

Le Parti Démocrate (DS), parti de centre-droit dirigé par Bojan Pajtic, avec seulement 6.1% des voix et 20 députés, est largement marginalisé. La liste « Tadic » qui se présentait également au nom du Parti Social-Démocrate, quant à elle, n’obtient que 4.97% des voix, et est elle aussi exclue du parlement, tout comme la liste de centre-gauche Dosta je Bilo (« C’est assez ! »), avec 4.94% des voix. C’est donc trois formations politiques qui échoueraient de très peu à passer cette barre fatidique. Enfin, le parti représentant les Hongrois de Voïvodine (VMS) aurait obtenu 1.47% des voix et en conséquence 4 sièges.

Le SNS de Vucic disposerait donc de 65% des députés au parlement national sur les 250 députés élus en tout. C’est une majorité très confortable. Les résultats définitifs permettront d’affiner cette analyse lorsqu’ils seront connus.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

04/04/2016

Réflexions hebdomadaires (semaine du 28/03/2016)

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Palmyre.

La cité antique de Palmyre a été reprise par les forces syriennes gouvernementales aux fanatiques de Daesh, et ce avec l’appui militaire décisif de la Russie. Malheureusement le site a été considérablement dégradé, le temple de Baal n’est plus qu’un amas de pierres. Cette victoire bien trop tardive nous révèle un formidable gâchis. La responsabilité, ou plutôt l’irresponsabilité, des dirigeants occidentaux, est colossale. Le premier réflexe face aux « printemps arabes » qui fut par exemple celui de Mme Alliot-Marie, apportant un bref soutien à Ben Ali en Tunisie, avant que la presse n’en dise pis que pendre, était le bon. On se souviendra de l’attitude lamentable des occidentaux dans l’affaire iranienne en 1979, lâchant lamentablement le shah avant de réaliser leur méprise, ayant fait de Khomeini un défenseur des libertés avant de découvrir son vrai visage.

L’acharnement de certains dirigeants européens à vouloir à tout prix la tête de Bachar-El-Assad, et prêts à des alliances contre-nature pour obtenir sa chute, est incompréhensible. Qu’avons-nous gagné au final ? Une crise migratoire sans précédent contre laquelle le laxisme de l’actuelle Union Européenne, et de chacun des Etats membres, nous désarme. Des destructions sans doute irréparables du patrimoine antique de la Syrie et de l’Irak. Et un cancer islamiste au cœur du Proche-Orient qui nous envoie ses métastases se faire exploser dans nos capitales. Au final, avec l’aide de la Russie, c’est le régime baasiste qui reprend petit à petit le terrain. Et maintenant celui dont on souhaitait contre tous bon sens la déchéance devient le seul interlocuteur sur le terrain. Tout ça pour ça. Il eut mieux valu soutenir dès le départ Assad dès le premier fumigène de contestation. Combien de vies auraient ainsi été épargnées ?  Combien de sites antiques sauvés ? Et surtout cette brèche migratoire n’aurait pas existé.

Désormais tout le monde est perdant. Mais les dirigeants aveugles qui nous ont emmenés une nouvelle fois à ce désastre ne rendront aucun compte.

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De la déchéance de la nationalité en France.

François Hollande ce mercredi a annoncé renoncer à sa mesure phare, qu’il avait annoncé à grand fracas au lendemain des attentats de Paris, divisant ainsi sa propre majorité. Il accuse la droite d’être responsable de son propre échec puisque, modifiant le texte initial afin de ne pas trop déplaire à la gauche, il devait s’attendre à ce que la droite refuse, ce qu’elle a fait au Sénat, rétablissant le texte d’origine proposé par Hollande lui-même.

Cette mesure n’aurait pas été efficace et serait restée de l’ordre du symbolique, nous dit-on. Mais les symboles sont importants. Ils démontrent notre volonté de résister ou notre faiblesse. Certes ils ne suffisent pas. Ils ne sont qu’un premier pas. Mais si « nous sommes en guerre », comme le dit Manuel Valls, alors il est important de démontrer que nous sommes déterminés à gagner. Cette « déchéance » existait déjà dans le droit français, sans besoin de légiférer davantage, mais jamais aucun gouvernement n’a eu vraiment le courage de l’appliquer sans ménagement, sans atermoiement.

Ceci étant dit, la question n’a jamais été tant de déchoir quelqu’un d’une nationalité dont manifestement il n’aurait jamais dû disposer que de s’interroger sur les critères qui ont fait qu’il l’a obtenue. C’est bien au moment de l’attribution de la nationalité française qu’il faudrait se poser les bonnes questions mais on ne l’a jamais fait puisque ce sont des décisions administratives opaques qui sont à l’œuvre. La « gauche » notamment a ouvert largement l’accès à la nationalité, en France comme dans le reste de l’Europe, et la droite n’a jamais osé revenir en arrière. Lorsqu’elle a tenté de le faire, sous Giscard ou sous Kohl, la « société civile », c'est-à-dire en réalité les différents lobbies, églises aussi bien que loges, syndicats gauchistes ou grand patronat ultra-libéral, s’y est opposée. Voilà ce que la France, et l’Europe, récolte à avoir dévoyé depuis plusieurs décennies ce bien qui appartient au seul peuple et sans bien sûr jamais lui demander son avis, redoutant ou devinant que celui-ci serait le contraire du leur.

Les nationalités des Etats d’Europe occidentale ont perdu objectivement toute valeur, à force d’avoir dévoyé leur sens en la donnant à tout un chacun, oubliant que le principe démocratique de la nationalité, et ce depuis Périclès, c’était le « droit du sang » dont un Giscard prônait encore le rétablissement en 1991 sans être écouté. Schröder en 2000 fut de la même façon un irresponsable, tout comme Papandreou en Grèce ou Rienzi en Italie, en le sabotant. Le résultat est connu.

De la crise russo-ukrainienne.

Beaucoup de fantasmes sur la Russie de Poutine, que certains parent de toutes les vertus mais que nombreux au niveau médiatique accusent de méfaits ou de projets imaginaires. La Russie de Poutine joue en mode défense depuis 2003. Une fois que Poutine a mis fin au pillage de son pays organisé par les oligarques, même s’il en toléra certains, pour peu qu’ils se rallient à son régime et cessent toute activité politique, et qu’il a mis de l’ordre en Tchétchénie, au prix d’un compromis détestable avec un islamiste « modéré » qui devait se révéler pas si modéré que ça, il s’est trouvé en opposition avec les USA. Ceux-ci ont rapidement réactivé la doctrine Brzezinski qu’ils avaient abandonnée lorsque la Russie d’Eltsine gisait à terre. Poutine a essayé de jouer la carte de l’Europe contre les USA, mais l’Europe a été incapable de répondre à son appel. Alors il a fini par se lasser de tendre la main sans que personne ne la prenne en retour.

La Russie se retourne sur elle-même et s’isole, nous dit-on. Mais à qui la faute ? Quand elle s’est tournée vers l’Union Européenne, cette dernière était aux abonnés absents ou au téléphone avec Washington. A partir de 2006, Poutine a considéré que l’Europe ne ferait rien pour lui, qu’elle était incapable de s’émanciper de cette tutelle dont elle a héritée en 1945. La Russie se sent comme une citadelle assiégée, entourée d’ennemis, à part le Belarus de Loukachenko et l’Arménie. La Géorgie puis l’Ukraine ont voulu se rapprocher des USA, s’émancipant de l’influence russe pour se jeter dans les bras de l’atlanto-mondialisme. Ils s’imaginaient sans doute l’ours russe trop affaibli pour réagir. Au contraire, cela a provoqué chez lui un regain d’orgueil. L’ancien président géorgien Sakashvili, désormais membre du gouvernement ukrainien, et atlantiste déclaré, a subi une amère leçon.

La Russie joue en mode défense et pas en mode attaque, contrairement à ce que prétendent les dirigeants polonais et lituaniens, valets serviles de Washington, trahissant ainsi les intérêts de leur pays et les intérêts de l’Europe. Les sanctions économiques absurdes que l’Europe fait peser contre la Russie, obligeant cette dernière à rendre coup pour coup, sont une victoire à la Pyrrhus. Les USA nous font porter le poids d’une division du continent qu’ils attisent.

Reste la question de la Crimée. Celle qui est la cause de toute cette excitation en Europe de l’Est. Celle qui fait croire que la Russie de Poutine jouerait le jeu de l’Allemagne d’Hitler, prête à dévorer ses voisins à la moindre occasion. Celle qui fait qu’une division de chars américains sera installée en Europe de l’Est, au nom de cet OTAN qu’il aurait fallu dissoudre dès 1991. La Crimée a été rattachée arbitrairement à l’Ukraine par Khroutchchev en 1954. Pourquoi donner de l’importance à un acte fait par le despote d’un régime totalitaire ? La Crimée n’est pas plus ukrainienne qu’elle n’était tatare du temps des Ottomans. Elle n’est pas plus russe d’ailleurs en soi. Mais elle abrite depuis le XVIIIème siècle la flotte russe et sa population est majoritairement russophone par ailleurs. Où est donc le drame que de revenir sur la décision absurde d’un hiérarque soviétique ?

Le premier acte que Porochenko aurait dû faire, dès le début de sa mandature, c’est d’aller à Moscou. Rassurer les Russes sur ses intentions. Ce qu’aurait dû faire l’Union Européenne lorsqu’elle a proposé son partenariat à l’Ukraine. Pourquoi exclure la Russie de cette question ? La politique européenne à l’est étant dictée par les USA, elle a sciemment écarté les Russes du jeu. Qu’ils réagissent mal peut logiquement se comprendre. Quand on provoque un ours, il ne faut pas s’étonner de recevoir un coup de patte. Mais quand on lui présente un pot de miel à partager, il devient aimable. Bâtir l’Europe sans exclure la Russie. L’associer au contraire à sa construction. Voilà la saine politique. C’est entre Européens que la solution à la crise ukrainienne se trouve. En écartant les puissances étrangères qui appuient sur nos plaies, hier au Kosovo, aujourd’hui en Ukraine. En réconciliant ceux que l’histoire a divisés.

J’admets parfaitement qu’on puisse considérer que la Russie dans cette affaire n’a pas eu la réaction la plus avisée, mais les dirigeants ukrainiens ont été de véritables irresponsables. La Russie neutralise ses adversaires par la division (Transnistrie, Abkhazie, Ossétie du nord, Donbass) de leur territoire. Les USA font un jeu semblable mais de manière beaucoup plus subtile en Europe occidentale, et ce avec la pleine complicité de nos dirigeants. Mais si la Russie n’avait pas agi de la sorte, l’OTAN serait à ses portes. Ce qu’elle ne peut pas accepter, sachant la russophobie qui règne à Washington, cas de Trump excepté, un Trump qui a d’ailleurs souligné la nocivité de maintenir l’OTAN. Poutine n’est pas la Russie mais un instant de la vie de sa nation. On le devine suffisamment pragmatique pour changer son fusil d’épaule si l’Union Européenne devait enfin prendre son destin en main. A ceux qui veulent que la Russie change, je leur dis de changer d’abord. Songeons à ce monument de propagande américaine, Rocky IV, à l’époque où les relations russo-américaines commençaient à se détendre : « If I can change and we can change, everybody can change ». (Si je peux changer et si nous pouvons changer, tout le monde peut changer.)

Que l’Union Européenne converge vers la Russie, au lieu de s’en défier sous mauvaise influence, et ainsi la Russie convergera vers l’Union Européenne. Ainsi (re)naîtra la « maison commune ».

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

06/03/2016

Elections slovaques : à droite toute !

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nationalisme,euroscepticisme,Slovaquie,migrants,islamOn s’attendait à une victoire de Robert Fico, premier ministre sortant du SMER, parti social-démocrate aux accents nationalistes et anti-migrants. Elle a été au rendez-vous certes mais apparaît davantage comme une victoire à la Pyrrhus. Avec 28.3% des voix, le SMER perd 16 points, ce qui peut s’apparenter à une sérieuse déconvenue, et n’obtient que 49 sièges, loin des 75 sièges requis pour former une majorité. Au moins Robert Fico peut se satisfaire de l’absence d’un grand parti d’opposition.

Les grands gagnants sont les différentes formations de droite nationale dont la division ne fut désastreuse pour aucune. Le Parti National Slovaque (SNS), qui avait été écarté du parlement en 2012 avec 4.6% des voix (< 5%, synonyme d’élimination), renaît littéralement sous la conduite de son nouveau dirigeant Andrej Danko et obtient 8.7% des voix et 15 sièges. L’éviction du Le Pen slovaque, Ian Slota, en 2013, est pour beaucoup dans ce résultat. C’est certes un score inférieur à celui que les sondages pouvaient lui faire espérer. Mais la concurrence fut forte. Ainsi, le LSNS (« Parti du peuple – Notre pays ») de Marian Kotleba, considéré parfois comme néo-fasciste, obtient 8% des voix (contre 1.6% en 2012) et 14 députés. A ces deux partis classique, il faut ajouter le mouvement Sme Rodina (« Nous sommes une famille » du populiste Boris Kollar, qui pendant toute sa campagne a tapé sur les migrants musulmans. Il obtient 6.6% des voix et 11 sièges.

La droite eurosceptique et libérale incarnée par le mouvement Sloboda a Solidarita (« Liberté et solidarité ») s’impose comme deuxième parti du pays avec 12.1% des voix (contre 5.9% en 2012) et 21 sièges. Les autres formations de droite s’en sortent honorablement, à savoir le nouveau venu SIET (5.6% et 11 sièges) et le mouvement OL’ANO (11% des voix et 19 sièges, +2.4 points). Seul les chrétiens démocrates (KDH) échouent de peu et sont éliminés, avec 4.9% des voix (-4 points). Enfin, le Mouvement des Hongrois (SMK/MKP) avec 4% des voix reste à peu près au même niveau qu’en 2012 (-0.26).

Avec une droite nationale réunie à 23.4% des voix, on peut dire que l’opinion publique slovaque s’est radicalisée suite à la crise des migrants. Il s’agissait pour les Slovaques de mettre la barre suffisamment à droite pour donner à Robert Fico des arguments solides pour résister aux pressions de l’Union Européenne. C’est désormais le cas. Même si ce dernier est malgré tout fragilisé et va probablement devoir s’allier avec ces formations ou en tout cas avec une partie d’entre elles. 

Ces résultats vont encourager ceux qui pensent que soutenir au pouvoir une ligne dure aboutit à décomplexer la population et à ouvrir la porte à des formations beaucoup plus radicales. Le cas hongrois l’indique aussi avec un Jobbik qui est souvent en deuxième position derrière le mouvement de Viktor Orban et ce au détriment de la sociale-démocratie. En revanche, en Tchéquie, depuis l’époque des années 90 où le parti des Républicains inquiétait l’opinion occidentale, aucun mouvement nationaliste n’a émergé, mais la droite tchèque est assez à droite pour l’empêcher.

Le groupe de Visegrad commence désormais à se singulariser par cette montée d’un courant nationaliste et donc potentiellement ou ouvertement eurosceptique, qui est en réalité motivée par une inquiétude croissante des populations face à l’immigration non-européenne et/ou musulmane qui touche l’Europe occidentale. Boris Kollar a notamment fait campagne sur le fait que Bratislava n’ait pas à connaître la situation de Cologne et de Paris. En France, on préfère fermer les yeux, comme ce politologue de BFM-TV expliquant ce matin que la France était le pays d’Europe ayant le moins d’immigrés, ce qui va contre tout sens commun, puisque ne prenant pas en compte les flux antérieurs.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

04/03/2016

La Russie, nation d’Europe et non d'Eurasie

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eurasisme,Europe,Russie,Douguine,USAMa position n’a pas changé d’un iota. La Russie est une nation d’Europe. Or je constate depuis longtemps que deux camps s’opposent à ce sujet, pour des raisons parfois opposées mais paradoxalement souvent identiques, niant à la Russie sa pleine et entière européanité. En Russie même, on oppose traditionnellement les occidentalistes (западники) et les slavophiles (славянофилы), les premiers considérant la Russie comme européenne et même comme « occidentale » et les seconds envisageant la Russie comme une civilisation en tant que telle, autour de la notion de « monde slave ». Ce second courant a désormais pris dans les faits le nom d’eurasisme et a notamment Alexandre Douguine pour chef de file.

Ce dernier semble avoir mal assimilé l’opposition « Europe vs Occident » de la Nouvelle Droite française dont il tenta d’être le représentant en Russie, l’amenant à adopter des positions très ambigües concernant l’islam. On a souvent prêté à Douguine une influence déterminante sur Vladimir Poutine mais ce dernier n’a joué des thèmes eurasistes que pour provoquer une Europe dont il a espéré le soutien pendant longtemps et dont il désespère de la voir se soumettre sans pudeur aux USA en adoptant par ailleurs une politique migratoire et morale absolument suicidaire. Douguine également a apporté un soutien sans mesure aux sécessionnistes du Donbass, ce qui est aussi erroné selon moi que d’apporter un soutien aux supplétifs nationalistes ukrainiens de Soros, car tout ce qui divise l’Europe, et donc l’Ukraine, sert les intérêts géo-stratégiques américains.

La vision américaine de la Russie est celle d’un pays non-européen qu’il convient de repousser en Asie. C’était aussi la vision nazie qui niait au peuple russe son européanité/aryanité jusqu’en 1944 où, la défaite s’annonçant, elle changea radicalement de position en soutenant l’armée Vlassov. C’est la doctrine Brzezinski que les dirigeants polonais et lituaniens notamment suivent aveuglément, agissant en idiots utiles d’une puissance qui soumet l’Europe à son diktat. La vision eurasiste est aussi celle d’un pays bipolaire, d’une civilisation russe en tant que telle, qui serait à la fois européenne et asiatique. Cette vision est celle de ce que je pourrais appeler un « souverainisme russe » qui, tournant le dos à l’Europe, s’oriente vers l’Asie, exactement comme le souverainisme français tend à s’orienter vers l’Afrique.

L’histoire véritable du peuple russe est pourtant tout à fait étrangère à ces conceptions. Le premier peuplement n’est pas slave mais iranophone nomade. L’Ukraine et le sud de la Russie ont été en effet peuplés de haute antiquité par les Proto-Iraniens dont les nomades Cimmériens, Scythes puis Sarmates furent les héritiers et survivances, alors que d’autres Iraniens (futurs Mèdes et Perses) envahirent l’ancienne Elam pour fonder l’Iran moderne. Ces Scythes et Sarmates n’étaient donc pas des Asiatiques mais bien des Européens au sens strict, tout comme leurs descendants du Caucase, les Ossètes ou Alains, mieux connus en Europe occidentale pour avoir envahi la Gaule et l’Hispanie.

Le second peuplement de l’actuelle Russie (d’Europe) fut celui des Slaves, partis du bassin du Pripet en Belarus actuels, et qui peuplèrent non seulement l’Ukraine et la Russie actuelles mais aussi une partie d’Europe Centrale (les Polanes fondèrent ainsi la Pologne tandis que les Serbes envahissaient l’empire byzantin). Ces Slaves formèrent l’essentiel du peuplement russe, influencé au nord par des peuples finno-ougriens, eux aussi européens. A ce peuplement de départ, il faut ajouter plusieurs autres peuples venus d’Europe, notamment les Goths puis les Varègues (Suédois).

C’est par la rencontre entre les Slaves de l’Est (futurs Russes, Ukrainiens et Biélorusses) et les Varègues (Vikings de l’Est, surtout de souche suédoise) que naquit la Rus’ de Kiev, un des grands empires du moyen-âge. La Rus’ (Русь) de Kiev reposait donc sur un système mixte, avec apports germaniques et influences occidentales précoces. Il suffit de songer au mot « roi » en russe qui provient soit du germanique *kuningaz (князь), soit du nom franc Karl/Carolus (король). Sa religion était issue du paganisme slave, mâtiné d’éléments scandinaves, autour notamment du culte de Perun/Thor et de celui de Volos/Odhinn. La mythologie slave en effet est clairement indo-européenne donc européenne, analogue à celle des Baltes, des Germains et des Celtes. De même, les Slaves possédaient l’équivalent des druides celtes, avec leurs « mages (волхвы).

Jusqu’aux invasions mongoles du XIIIème siècle, l’histoire de la Russie ne diffère pas du reste de l’Europe. Les « Russiens » choisirent l’orthodoxie grecque plutôt que le catholicisme latin pour des raisons d’opportunité et de géographie, l’un et l’autre étant par ailleurs européens. Soumise à un joug tatar et musulman de plus de deux siècles, la Russie n’en conservera que quelques termes. Prétendre que cela aurait fait de la Russie un pays eurasiatique serait comme d’affirmer que l’Espagne est eurafricaine. Quant au « despotisme oriental » qu’on prête aux tsars, c’est de toute évidence une exagération occidentale. Même si la Russie a été coupée des évolutions du reste de l’Europe, ses structures comme le servage l’ayant maintenu dans un relatif archaïsme, cela n’en fait pas moins un pays européen. Elle a su rattraper une bonne partie du retard et le communisme l’a maintenu dans un conservatisme sociétal plutôt bénéfique à une époque où le reste de l’Europe semble atteint de sénilité précoce.

La Russie n’est pas occidentale, et d’ailleurs l’Occident même n’existe pas vraiment, car on confond sous ce terme l’Europe et ses (anciennes) colonies de peuplement, émancipées au XIXème siècle pour la plupart. Mais elle n’est pas non plus asiatique. Il ne faudrait pas se tromper en considérant son expansion territoriale en Asie à partir d’Ivan IV en 1588, et notamment sa conquête de la Sibérie, comme ayant changé la nature du peuple russe. Lorsque la Russie s’empare de la Sibérie, c’est au nom de la civilisation européenne, c’est une extension de l’Europe qui s’impose en Asie. Les peuples non-européens de Russie, que ce soit en Russie d’Europe (au sud-est) ou en Russie-Sibérie, ne sont pas des russes, mais des peuples soumis à la Russie. Ils ne changent donc pas la nature de la Russie, tout comme les DOM-TOM ne font pas de la France un pays africain, océanien ou méso-américain.

Occidentalistes et slavophiles s’opposaient donc stérilement. Cette opposition factice rappelle celle entre Renan et Fichte, alors que la conception française de la nation n’était pas moins ethnique en vérité que celle de son voisin germanique. Car la Russie est européenne aussi parce qu’elle est slave et dans cet hiver identitaire elle est même désormais plus européenne que la France. Elle aura certainement un rôle important à jouer dans le relèvement civilisationnel de l’Europe que nous appelons de nos vœux. Il faut également espérer que Poutine restera insensible aux sirènes eurasistes. La marginalisation récente de Douguine laisse penser qu'il n'est pas dupe.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

16:48 Publié dans Analyses, Histoire | Lien permanent | Commentaires (22) | Tags : eurasisme, europe, russie, douguine, usa | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

28/02/2016

Elections parlementaires irlandaises – les partis classiques sanctionnés

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Irlande,élections,2016,Fine Gael,Fianna Fail,Sinn feinLes élections législatives en Irlande se déroulent depuis vendredi dernier. Si le nombre total et respectif d’élus pour chaque parti est encore indéterminé, nous connaissons les résultats du vote de préférence, qui permet de déterminer le poids respectif de chaque parti dans l’opinion publique.

Le Fine Gael d’Enda Kenny, parti sortant car actuellement au pouvoir, qui avait dû gérer la crise, est durement sanctionné par les électeurs. Avec 25.5% des voix, il recule de plus de 10.6 points, ce qui est une sévère déconvenue, les électeurs ayant sanctionné le gouvernement dans les urnes d’une manière plus forte que les sondages ne le présageaient, alors que le dernier sondage lui donnait 30% des voix.

Le Fianna Fail, qui est légèrement plus au centre que le Fine Gael, profite de cet effondrement. Avec 24.3% des voix, il talonne le Fine Gael de près d’un point et surtout il progresse de près de 7 points en cinq ans. Un autre grand vainqueur de ce scrutin est le parti nationaliste « de gauche » Sinn Fein, qui obtient 13.8% des voix (+3.9), ce qui constitue une progression significative au détriment du parti au pouvoir, même si les sondages pouvaient lui faire espérer jusqu’à entre 15 et même 20%.

Autre puni par les électeurs, le Labour Party qui avec 6.6% recule de près de 13 points. Il est notamment concurrencé par les Sociaux-Démocrates (Social Democrats) qui obtiennent 3% des voix, mais aussi par les Verts (Green Party) avec 2.7% (+0.9) et par le mouvement anti-austérité AAA-PBP avec 3.9% des voix (+1.7).

Les formations indépendantes, candidats indépendants aussi bien qu’alliance des indépendants (Independent Alliance), obtiennent en tout 17.2% des voix (+5.1), ce qui témoigne de l’insatisfaction de nombreux électeurs par rapport aux formations institutionnelles classiques.

Une formation nouvelle de centre-droit, le mouvement Renua Ireland (« Nouvelle Ere »), émerge doucement avec 2.2% des voix pour une première candidature aux élections législatives. En revanche, malgré un contexte migratoire européen très inquiétant, la « droite nationale » représentée par les Démocrates Catholiques (Catholic Democrats) continue de ne pas peser, n’obtenant que 0.1% des voix.

Pour la première fois, les deux grands partis de centre-droit (FG et FF) n’obtiennent pas 50% des voix (49.8%) mais cet affaiblissement ne profite pas à la gauche classique (Labour) et pas autant au Sinn Fein que ce dernier pouvait l’espérer. C’est au bénéfice de petites formations nouvelles, de gauche ou de centre-droit, mais surtout au profit des candidats indépendants des partis, que les votes sont allés.

Se profile en conséquence une grande coalition Fine Gael / Fianna Fail qui ne peut néanmoins que favoriser les mouvements d’opposition et notamment le Sinn Fein. L’Irlande elle aussi entre dans l’ère de l’instabilité politique, même si cela se fait davantage au profit de la gauche, comme en Espagne et au Portugal, que d’une droite de conviction encore très marginale, le Sinn Fein ne relevant pas d’un national-populisme mais d’une sociale-démocratie plus ou moins patriote.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

21/02/2016

L’obsession présidentielle, une maladie française.

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pantin.jpgA un an et demi environ des élections présidentielles de 2017, les grandes écuries se mettent en ordre de bataille pour choisir le candidat qui portera leurs couleurs lors de la confrontation suprême au titre de guignol de cinq années. Nous sommes là en pleine mythologie, celle du président Superman ou désormais de la présidente Supergirl, doté(e) de pouvoirs surnaturels permettant de changer le plomb en or, de transformer 3 à 5 millions de chômeurs en travailleurs pouvant partir à la retraite à 60 ans.

L’appel de la présidence est irrésistible, même s’il n’y aura qu’un seul élu, et qu’on sait a priori qui ne le sera pas. Il faut en être. C’est la Super-party de 2017. Le précieux sésame c’est 500 élus grattant leur signature sur un bout de papier envoyé au Conseil Constitutionnel. Bien sûr, aucun président ne changera quoi que ce soit, même doté d’une majorité silencieuse à sa botte. Les enjeux dépassant largement le cadre national, s’illusionner sur des solutions apportées selon un mauvais référentiel dans un mauvais cadre n’est pas responsable.

Marine Le Pen a dit oui. L’appel était trop fort. Et puis qui lui contesterait en interne le titre de candidate en chef ? Certes Robert Ménard a voulu lui faire comprendre qu’il fallait abandonner les clés de la boutique pour apparaître comme la candidate du rassemblement, détachée de toute allégeance trop politicienne. Mais, pas folle la guêpe. A peine battue, elle trouverait la porte de la boutique fermée et désormais gérée par le coucou/gourou en chef, Florian Philippot. Donc elle restera présidente du FN comme son père avant elle. Les autres élections n’avaient aucune importance.

Jean-Luc Mélenchon immédiatement a annoncé officiellement sa candidature même si sa relation avec le PCF est très tendue. Il veut être dans le club des candidats, même s’il sait qu’il n’a aucune chance d’obtenir le précieux trône de fer rouillé. Par une sorte de réaction pavlovienne, Marine Le Pen ayant annoncé être candidate sur TF1, il ne pouvait pas s’empêcher d’y répondre.

Evidemment Nicolas Dupont-Aignan est candidat, de même que François Asselineau, même si ce dernier aura sans doute du mal à obtenir les si fameuses 500 signatures. Mais le souverainiste a naturellement la présidentielle dans la peau puisqu’il croit que l’Etat français est la solution alors qu’il est en fait une partie du problème.

On attend la candidature de Cécile Duflot en remplacement d’Eva Joly. On sait qu’elle aussi subit l’attraction irrésistible de la présidentielle de 2017. François Hollande sent aussi qu’elle en est victime. Il cherche donc à la neutraliser par exemple en proposant un poste de ministre à Emmanuelle Cosse que cette opposante prétendue à la politique gouvernementale s’est empressée… d’accepter.

François Hollande et Nicolas Sarkozy évidemment veulent être présidents. Le premier veut continuer à bénéficier des ors du pouvoir. Il est bien loin d’avoir des convictions mais ce poste ne nécessite pas d’en avoir. De Gaulle avait certes une haute idée de la France mais Hollande est conforme à son personnage d’ancien premier secrétaire du PS. Il est heureux dans son rôle de président, même s’il est aussi bas dans les sondages qu’il est possible de l’être.

Nicolas Sarkozy a certes été déçu de son premier mandat. Il avait à l’époque une vision plus élevée de la présidence française. Mais il y a trouvé en revanche un gîte confortable. Même s’il a été battu en 2012, il veut sa revanche. Pour défendre un projet et des convictions ? N’exagérons pas.

Enfin François Bayrou, le si silencieux Bayrou, qui s’est fait oublier depuis 2012 et son pathétique soutien au « héros de la révolution » Hollande, faute qui ne lui sera peut-être pas pardonnée, va bien sûr resurgir des profondeurs de l’oubli. Candidat à la présidentielle, à défaut d’être président, est son métier préféré. Sorti du tombeau du centrisme où il a été congelé cinq ans, il revient. Soyons en assurés.

Nous sommes donc dans la « configuration idéale » pour inviter les électeurs à l’abstention maximale. Nous nous retrouverons à un détail, ou plutôt à un Duflot près, dans la situation de 2012, avec les mêmes candidats. La différence est qu’on annonce Marine Le Pen au second tour et peut-être même en tête. La seconde place est donc précieuse puisqu’elle amènera à la victoire. Il sera bien temps de réactiver l’antifascisme incantatoire le jour venu pour balayer les chances de la première dauphine. Et dans cette affaire, qui sont les perdants ? Les Français bien sûr.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

Le projet européen et le Brexit

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brexit1.jpgNous allons découvrir un paradoxe. Il ne s'agit pas de donner du crédit aux délires des souverainistes britanniques qui ne sont jamais que des souverainistes parmi d'autres. Il s'agit d'une simple constatation ; si l'on avait mis en place une Europe intégrée digne de ce nom, bien des exigences de David Cameron se seraient trouvées sans objet.

Le reproche fondamental fait au projet actuel par beaucoup de citoyens britanniques est qu'il comporte une fuite en avant, l'adhésion à "toujours plus d'Europe". Quand on regarde de près, on s'aperçoit que c'est surtout jusqu'ici un "toujours plus de n'importe quoi". De fait c'est avant tout un élargissement sans précaution qui s'opère, au détriment d'une plus grande intégration, ce qui va d'ailleurs dans le sens souhaité par les dirigeants britanniques eux-mêmes.

Mais, quoi qu'il en soit, il n'est pas décent de demander de monter dans un bus dont on ne connait pas la destination, de s'inscrire dans un processus dont on ne connait pas la finalité. Un projet de construction européenne décent aurait dû dire d'emblée où l'on voulait aller et avec qui. Or on fait toujours semblant d'intégrer la Turquie en même temps qu'on évoque un gouvernement économique à la carte. Peut-être envisager comme but ultime une république fédérale étendue au continent européen --- et à lui seul --- n'aurait pas eu la faveur de certains états de l'Union, mais cela aurait permis d'avancer résolument et, in fine, tous les états auraient rejoint un tel projet.

La première demande formulée par David Cameron concernait la restriction des aides sociales aux migrants. Il lui a bien été donné satisfaction, mais au prix d'un système complexe qui ne résout que partiellement le problème. Dans une Europe fédérale intégrée, un même principe devrait s'appliquer partout avec, dans un premier temps, des réglages un peu différents suivant les régions de certains paramètres, comme les niveaux de TVA, de salaire minimum, ou encore de soutien aux familles. Après tout la très jacobine République française avait instauré pour les fonctionnaires une indemnité de résidence variable suivant les localités. Mais le soutien aux familles serait apporté là où sont les familles, indépendamment du lieu de l'emploi d'un de ses membres. Par ailleurs, lorsque l'harmonisation serait atteinte, il ne faudrait pas pour autant créer des incitations aux migrations internes. Ainsi ce premier point serait-il sans objet.

La seconde demande était la supériorité de la loi anglaise sur la loi européenne. Un système de "carton rouge" a été accordé aux britanniques, mais sous la forme d'une usine à gaz qui déconsidère l'Union en même temps qu'elle ne démontre pas une faisabilité évidente. De quoi les citoyens britanniques ont-ils peur ? De perdre avec l'Europe une indépendance diplomatique qu'ils ont abdiquée depuis longtemps au bénéfice des Etats-unis ? De perdre une indépendance militaire qu'ils ont cédé à l'OTAN ? Non, ils ont juste peur de perdre certaines coutumes auxquelles ils tiennent. Si le projet européen allait dans le sens d'une véritable Europe fédérale, il se concentrerait sur les questions régaliennes, laissant les autres sujets à l'appréciation des régions. Autrement dit le second point serait aussi sans objet.

Sur les autres demandes, comme la protection vis-à-vis des crises de l'Euro, David Cameron n'a obtenu que des réponses symboliques. En fait les exigences britanniques sont exclusivement calibrées par rapport à une Union dont le fonctionnement est chaotique. Elles ne s'adressent pas à ce qui peut concerner un projet européen. Si d'aventure le Royaume uni quittait l'Europe, avec le risque de se réduire à la seule Angleterre, et que les européens continentaux en profitaient pour bâtir un état fédéral, alors la question se poserait de son adhésion ou plutôt de son intégration. Mais ce seraient bien d'autres aspects, plus sérieux, qu'il faudrait alors peser. Surtout le fait de ne pas avoir pu participer à l'élaboration des structures de cet état serait cruellement ressenti.

Par exemple, pour parler d'un sujet régalien autrement plus délicat que le nom de la monnaie voire que la protection sociale pour laquelle les britanniques ont tout changé chez eux, quel système judiciaire faudra-t-il donner demain à l'Europe? Le système anglais n'est pas si mauvais. Ne peut-on pas s'en inspirer un peu? Faut-il lui tourner résolument le dos? Il serait absurde de penser que chaque état actuel dispose du système convenant le mieux à sa propre nature. La comparaison ne peut qu'être bénéfique.

En réalité l'Union actuelle est une mise en commun de tous les défauts des états qui la composent : atlantisme aveugle chez les Anglais, atlantisme et russophobie chez les Polonais, repentance perpétuelle chez les Allemands, tropisme colonial chez les Anglais et les Français … Et ce que veulent fondamentalement les souverainistes, c'est garder leurs vilains défauts pour eux seuls. Certes ce n'est pas pire que de contaminer les autres, comme on le fait aujourd'hui, mais c'est affligeant tout de même. En conclusion, tout le monde est dans une impasse. Les tenants de l'Union qui ont capitulé, comme les souverainistes qui ne se posent pas les bonnes questions. La vérité est ailleurs, chez les vrais partisans de l'Europe.

Pierre EISNER (Le Parti des Européens)

14/02/2016

De l’impasse souverainiste au défilé des Européens ? (2/2)

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Europe,révolution,Européens,putsch,StrasbourgSi le souverainisme français ne propose qu’une impasse, on l’a vu, et la situation est d’ailleurs assez comparable chez nos voisins européens, à quelques nuances institutionnelles près, il pourrait en revanche exister une solution européenne, continentale, audacieuse, qui consisterait à une rupture politique au niveau de Strasbourg et non plus au niveau de Paris ou de Berlin et ce par la voie démocratique.

Des conditions préalables à cette rupture sont impérativement requises. Il s’agit en premier lieu de disposer d’un parti politique unitaire de rassemblement des Européens sur une ligne révolutionnaire. Il s’agit ensuite de faire émerger ledit parti, bénéficiant alors de ralliements populaires significatifs et d’une médiatisation suffisante, afin qu’il soit en mesure d’obtenir au moins 30% des voix au niveau de l’actuelle Union Européenne et donc de faire entrer au sein du parlement de Strasbourg un nombre très important de députés.

Dans ce contexte favorable, ledit parti bénéficierait d’un groupe conséquent au parlement et serait en mesure de bloquer le fonctionnement de ses institutions, d’empêcher le petit jeu droite/gauche de répartition d’un pouvoir certes symbolique (présidence du parlement, présidence des commissions), de refuser par principe le candidat à la présidence de la commission présenté par les Etats, en proposant éventuellement son propre candidat issu de ses rangs.

Avec une forte minorité de l’opinion publique derrière soi, nombreux députés de la droite et du centre seront sans doute tentés d’un rapprochement avec ledit parti européen, lui permettant alors de disposer d’une majorité de basculement. Dans ce cadre, le Parlement Européen s’auto-proclamerait assemblée européenne constituante. Ce schéma rappelle fortement les bases de ce qui allait devenir la révolution française entre mai et juillet 1789. A l’époque, le Tiers-Etat, confronté à un pouvoir vacillant et à un roi pusillanime, avait obtenu le doublement de sa représentation, avant de rompre finalement avec les institutions monarchiques lors du célèbre serment du jeu de paume en fondant l’assemblée nationale constituante.

Il s’agirait donc ni plus ni moins de ce que Helmut Schmidt, qui était partisan de cette solution pour faire avancer l’Europe, a appelé un « putsch démocratique » contre les Etats, contre les gouvernements et donc contre la Commission dont les membres sont mis en place par lesdits gouvernements.

En 1789, le roi de France, après avoir cédé à plusieurs reprises, et on imagine aisément nos gouvernements actuels, démissionnaires dans la crise des migrants par exemple, agir de même, voulut reprendre la main en attirant des troupes mercenaires à Paris, de manière à mâter les « insurgés institutionnels », déclenchant alors l’ire populaire des Parisiens, ces derniers s’emparant violemment de la si insignifiante prison de la Bastille et amenant le roi à céder sur toute la ligne. Louis XVI chercha par la suite secrètement à étouffer la révolution en encourageant une intervention étrangère, ce qui amena à sa fuite et son arrestation à Varennes, et à la victoire contre toute attente de Valmy face à la coalition « internationale ».

De la même manière, les gouvernements nationaux chercheront à étouffer cette révolution européenne naissante en faisant appel à l’armée. Mais ceux-ci, impuissants et lâches, céderont probablement très rapidement. L’idée même de faire tirer sur des Européens amassés autour de Strasbourg afin de défendre les « acquis de la révolution » leur sera odieuse, alors même qu’ils sont incapables de toute façon de faire tirer sur qui que ce soit. En outre, un parti capable d’obtenir 30% des voix aura de nombreux relais de fait dans les armées nationales. L’exemple de l’empire romain rappelle que nombreux furent les empereurs à finir sous le glaive de leurs propres troupes.

Mais si les gouvernements nationaux sont défaillants, il est probable qu’une coalition internationale pilotée par l’OTAN, donc par les USA, pourra voir le jour. Une telle ingérence américaine, inévitable, ne pourrait alors qu’amener un autre acteur à rentrer dans le jeu, à savoir la Russie. Cette dernière aurait tout intérêt à neutraliser tout interventionnisme atlantiste et aurait le beau rôle en protégeant de fait l’expression populaire européenne.

Europe,révolution,Européens,putsch,StrasbourgIl est alors possible que l’armée européenne ne naisse pas par décision du politique mais sur le terrain, par le ralliement à la révolution de généraux et de troupes venus de tout le continent, à l’instar de Louis Rossel pour la Commune de Paris. L’armée européenne naîtrait au combat, et l’Europe unie connaîtrait son Valmy.

Mais ce schéma changerait toute la donne. L’Etat Européen naîtrait par un enfantement douloureux, comme tout régime naissant face à un contexte tendu. Mais il serait délié de toute allégeance institutionnelle, ne rendant compte que devant le peuple, c'est-à-dire les Européens. Il ne serait plus tenu par aucun traité, aucune convention internationale, aucune constitution verrouillée, aucun droit « devenu fou ». Il pourrait tout faire une fois les soubresauts de sa naissance rapidement digérés.

En résumé, les souverainistes ne pourront rien faire mais des « européistes » révolutionnaires dans le style de ceux que je décris ici pourraient non seulement arriver au pouvoir à un niveau pertinent pour agir librement, c'est-à-dire au niveau de l’Union Européenne actuelle, mais pourraient radicalement changer les politiques actuelles et passées, et redonner aux Européens, au détriment de leurs anciennes élites nationales dévoyées, leur véritable souveraineté, non pas théorique comme le prônent les souverainistes « nationaux », mais une souveraineté continentale réelle dans le cadre d’une Europe unie solide et puissante.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)