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02/08/2018

Invoquons Mars, père des Européens !

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Mars, père des Européens.

Ares (bust).jpgIl est le dieu latin de la guerre, et si son nom de Mars est connu de tous, il était également appelé Mamers et surtout Mavors, directement issu de son nom indo-européen originel *Maworts (génitif *Mawertos), désignant le dieu de l’orage et de la guerre, correspondant au dieu letton Martins et aux divinités indiennes de l’orage, les Maruts, qui font partie du cortège d’Indra. Sous d’autres noms indo-européens, Mars correspond au Thor scandinave ou au Perun slave, et bien sûr à l’Arès grec.

C’est le dieu du « printemps sacré » (uer sacrum), lorsque toute la jeunesse d’une tribu est envoyée fonder une nouvelle cité guidée par un animal sacré associée au dieu. Les Mamertins furent guidés par le dieu en personne sous sa forme physique, comme leur nom l’indique. Les Eques furent guidés par un cheval envoyé par Mars, tandis que les Taurins avaient été guidés par un taureau, les Hirpins pas un loup, les Picéniens par un pivert, et toute la nation italique, le nom originel étant Vitalia, le pays des (troupeaux de) veaux, est en réalité associée au dieu Mars.

Parmi tous les peuples et au sein des peuples latins, la cité de Rome est des plus éminentes. La tradition attribue sa fondation à deux jumeaux, Romulus et Rémus, fils de Mars et de la vestale Rhea Silvia, elle-même fille de Numitor, le roi d’Albe, et que son oncle Amulius avait fait enfermer. Les jumeaux furent protégés par un pivert et une louve envoyés par leur père. Et un couple de bergers les adopta, ignorant leur origine divine et royale. C’est ainsi que Mars fut qualifié de « père des Romains ».

Lorsque Romulus et ses hommes enlevèrent les filles sabines, les mariages furent bénis par Venus Cloacina, épouse de Mars. C’est ainsi que Rutilius Namatianus, douze siècles plus tard, dira des Romains qu’ils associent les qualités réunies de Mars et de Venus, mère d’Enée par ailleurs. C’est sous la forme d’un nuage d’orage que Mars enlèvera par la suite son fils Romulus, devenu alors le dieu Quirinus, et l’emmènera sur l’Olympe.

Père des Romains, il s’assura toujours d’intervenir aux côtés des légions face au danger et plusieurs soldats à plusieurs époques témoigneront de la présence à leur côté d’une figure puissante galvanisant leur élan guerrier. Il est vrai que les Grecs aussi chantaient le péan afin qu’Arès soit parmi eux. Protecteur de César, qui dédaigna malgré tout ses avertissements, comme lorsque le dieu fit tinter ses lances dans la Regia la veille de son assassinat, il veilla auprès d’Octavien et d’Antoine afin que le dictateur soit vengé. C’est Mars Vengeur (Ultor) qui porta la colère des légions contre Brutus et Cassius. C’était aussi Mars Vengeur qui avait incité Brutus l’ancien à chasser les rois étrusques, Brutus qui avait dédié le poignard de Lucrèce au dieu puis offert un champ à celui-ci, le Champ de Mars (Campus Martius).

A la tête des armées de la république, il était Mars Gradivus, qui parcourt le champ de bataille afin d’occire les ennemis de la cité. Et en temps de paix, il devenait Mars Quirinus, « rassembleur du peuple », et à l’occasion protecteur du blé contre la rouille, agissant en guerrier même sur le champ du paysan latin.

Par la guerre, il amenait la paix. On l’honorait comme Mars Pacifer, lorsqu’il apportait la paix, et comme Mars Pacator, quand il revenait vainqueur de la bataille. Bien avant le dieu du soleil (Sol Invictus), Mars était dit Invictus, c’est-à-dire invaincu et invincible. Il était souvent simplement vainqueur, Mars Victor, aux côtés d’une Venus Victrix l’accompagnant tout comme Nerio, Bellone et Minerve au combat.

Au sein de la légion, Mars était devant et harcelait l’ennemi, il était Propugnator. Les cris de colère des Gaulois invoquant leur dieu champion, Camulos, lui répondaient. Et lorsque la légion était triomphante, et que l’empire s’étendait, il était honoré comme dieu Propagator. C’est ainsi que les valeurs de la Rome italique s’étendaient jusque dans les provinces orientales, sans grand succès ceci dit dans ce dernier cas.
L’empereur Maxence, face à Constantin qui se tournait vers un dieu étranger, honora à son tour Mars Propagator et donna même à son propre fils le prénom de Romulus. Il reconstruit quatre-vingt temples à Rome comme l’empereur Auguste en son temps s’en était vanté dans ses Res Gestae. Et Julien lui-même voulut sacrifier à Mars avant sa guerre contre les Perses. Mais le dieu ayant envoyé des signes contraires, tout comme César avant lui, Julien négligea son message et trouva la mort au combat, transpercé d’une lance revendiquée par le parti chrétien.

Mais Mars était là en témoin silencieux lorsque l’armée européenne d’Arbogast fut écrasée par l’armée chrétienne de l’empereur Théodose. Il ne sauva pas Rome car il avait promis douze siècles, et pas un de plus, à Romulus, comme les douze vautours que ce dernier avait vus dans le ciel.

Et aujourd’hui, alors que l’Europe est menacée comme jamais elle ne l’a été de toute son histoire, et que son existence même est en question, il est temps d’invoquer la puissance de celui qui ne fut pas seulement le père des Romains mais qui est aussi celui de tous les Européens, amis de la bravoure comme les qualifiait Hippocrate il y a 2.500 ans, de tous ces *Āryōs ancestraux dont Arès porte le nom.

Mars, uigila !

20:01 Publié dans Analyses, Histoire, Religion | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : mars, européens, victoire | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

08/05/2015

Victoire écrasante de David Cameron aux élections britanniques

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tories.jpgTous les media annonçaient une réélection difficile pour David Cameron, au coude à coude avec son adversaire travailliste Ed Miliband. On imaginait alors un Royaume-Uni ingouvernable, avec une droite prise en otage par UKIP, et donc une coalition multicolore à la tête du pays.

Les résultats, bien loin des sondages, sont sans appel. Avec 36.9% des voix (+0.8) et 331 sièges (+24), les Conservateurs sont les grands vainqueurs du scrutin et réussissent à dépasser la majorité absolue (326) de cinq sièges. Ils n’auront pas besoin d’alliés pour gouverner le pays pendant cinq ans. Même s’ils ne progressent pas en voix d’une manière significative, leur victoire est homogène sur une grande partie du pays. Avec 30.4% des voix (+1.4), le Labour est battu, alors même qu’il progresse en voix et en pourcentage. Il n’obtient toutefois que 232 sièges (-26). Il a certes récupéré les voix de Libéraux-Démocrates déçus mais de manière insuffisante pour faire la différence.

Les Libdem de Nick Clegg sont en revanche les grands perdants de ce scrutin, tombant à 7.9% des voix et à 8 sièges (-49). C’est une véritable déculottée qu’a subi ce parti libéral pro-européen. Il paie là le prix d’une alliance contre nature de cinq ans avec la droite conservatrice aux relents eurosceptiques. Incapable de marquer sa différence, associé à une politique d’austérité qu’il a dû avaler, le parti est sévèrement puni dans les urnes.

Avec 12.6% des voix (+9.5%), le mouvement UKIP de Nigel Farage progresse nettement entre 2010 et 2015 mais est très loin des 27% des voix obtenus aux élections européennes. Dans un tel contexte, c’est une sérieuse déconvenue, aggravée par l’échec personnel de Farage, UKIP devant se contenter d’un seul élu à l’arrachée. Ce dernier, qui s’était engagé à démissionner de la présidence du parti en cas de défaite, s’est exécuté, même s’il n’exclut pas un retour dans quelques mois à la tête d’une formation marquée par son charisme. Dans ses 12.6% des voix, on trouve des électeurs conservateurs soutenant une ligne très eurosceptique mais aussi toute la droite nationale. Le BNP (1.9% en 2010) est laminé et doit se contenter d’un millier d’électeurs. Les English Democrats en ont un peu plus de 6000. Tout cela est dérisoire.

Si les Conservateurs progressent malgré cette fuite d’électeurs droitiers vers UKIP, c’est qu’ils récupèrent une part essentielle de l’électorat Libdem. Ceux-ci ont finalement préféré reconduire le gouvernement précédent, au prix de la survie de leur mouvement, plutôt que de mettre le Labour au pouvoir. Les attaques de Cameron contre une gauche accusée de s’inspirer du « contre-modèle » français ont pu faire mouche. En outre, environ 3% des électeurs britanniques se sont décidés au dernier moment, par un réflexe de vote utile et pour donner une majorité au pays, à soutenir le premier ministre sortant.

Autre vainqueur et non des moindres de ce scrutin, le mouvement indépendantiste écossais SNP. Il obtient 56 des 59 sièges pour l’Ecosse et atteint exactement 50% des voix, ce qui est en fait et de loin le premier parti de la province. Les Libdem et le Labour ont été sérieusement punis. Au final, les conservateurs disposent de deux sièges et le Labour d’un seul. Néanmoins, ce succès du SNP ne lui permettra pas de peser sur le Labour, dont il aurait été un partenaire indispensable. Là encore, des électeurs ont pu craindre son influence et ont alors choisi les Tories de Cameron.

Les nationalistes gallois (Plaid Cymru) obtiennent 3 sièges et 12.1% dans leur province. Ils progressent très légèrement en voix dans un contexte de vote utile. En revanche, les nationalistes de Cornouailles, à savoir le Mabyon Kernow, restent à un niveau très faible, entre 1.1 et 4.1% des voix selon les cantons. En Irlande du Nord, les électeurs étaient également très partagés. Les unionistes obtinrent 8 sièges quand le Sinn Fein n’en a obtenu que 3. Les premiers ont obtenu 25.7% des voix et les seconds 24.5%. Une nouvelle formation émerge, l’UUP, formation alliée avec les Tories avec 16% des voix. Le SDLP (la gauche nord-irlandaise) obtient 3 sièges.

Enfin, les Verts (Greens) progressent nettement, passant de 1% à 3.8% en cinq ans, et réussissant à faire rentrer un élu à la Chambre des Communes. Ils ont pu à la marge freiner le résultat du Labour.

david cameron,ukip,labour,tories,victoire,snpDavid Cameron, qui s’était engagé à tenir un référendum sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union Européenne, et qui le fera probablement en 2017, sort très renforcé. Il le doit au relatif échec d’UKIP mais aussi à l’effondrement de son allié libéral-démocrate. Même si sa progression est très faible, elle est suffisante et elle a permis de faire basculer le scrutin dans de nombreuses circonscriptions en sa faveur, y compris dans le fief de Farage. La gauche, qui reste généralement forte en terre non-anglaise, conserve son bastion gallois et la région autour de Londres, en raison notamment du vote des ex-immigrés, mais perd l’Ecosse. Cette dernière aura d’ailleurs un poids sans doute déterminant dans le résultat du futur référendum. En effet, elle est beaucoup plus pro-européenne que le reste du pays et pourrait le menacer d’une sécession si le Royaume-Uni choisissait une voie trop anglocentrée.

En tout cas, voici Cameron aux affaires jusqu’en 2019-2020. Il continuera de mener sa politique d’austérité et à naviguer sur un fil avec l’Union Européenne, qui a déjà annoncé, par le biais de Juncker, qu’elle n’accepterait pas de limitations à la liberté de circuler, une des raisons pourtant du vote eurosceptique au Royaume-Uni en l’absence d’un positionnement « identitaire » européen et d’un refus clair des flux passés et présents venus du Commonwealth. L’europhobie croissante de l’opinion britannique, attisée par une presse aux ordres de la City, n’est pas une fatalité. Mais ce n’est pas avec l’Union Européenne actuelle, enlisée dans sa médiocrité et aboyant les ordres des USA, et appelant au laxisme migratoire, comme le Vatican d’ailleurs, qui fera évoluer les mentalités en sa faveur.

 

Thomas FERRIER (PSUNE/LBTF)

20:45 Publié dans Analyses, Elections en Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : david cameron, ukip, labour, tories, victoire, snp | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook