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27/04/2015

Lexique du partisan européen - "Europhobie"

EUROPHOBIE

ID1.png1. L’europhobie est en premier lieu l’expression de la haine à l’égard des Européens (toutes confessions confondues) popularisée de manière maladroite sous le terme de « racisme anti-blancs ». Cette hostilité de principe est notamment répandue dans les banlieues allogénisées de nombreuses villes d'Europe mais aussi dans les pays d’Afrique et d’Asie, voire même d’Amérique centrale et méridionale. Certains européens expriment également une forme d’auto-racisme à l’encontre de leur propre ethnie, notamment sous l’effet d’une repentance excessive, les amenant à l’adoption de coutumes extra-européennes et jusqu’à la conversion à l’islam. Le soutien de certains hommes politiques, notamment à l’extrême-gauche, à une immigration sans restriction ou à l’apologie du métissage relève également d’une démarche europhobe.

2. L’europhobie est en second lieu la négation de la profonde parenté entre Européens ou en tout cas une relativisation excessive. Cette idéologie est dominante chez les souverainistes, notamment français, allant de Jean-Pierre Chevènement à Marine Le Pen, de François Asselineau à Florian Philippot. Selon eux, les Européens sont trop différents entre eux, l’Europe n’existe simplement pas, et nous serions plus proches de populations aneuropéennes, notamment celles  de nos anciennes colonies, que de nos voisins européens. Ils font preuve de réductionnisme linguistique, défendant une francophonie qui dans la plupart des pays africains est en outre totalement superficielle. Ils oublient en revanche que 96% au moins des Européens parlent une langue indo-européenne. Ils défendent les « confetti de l’empire », c'est-à-dire les territoires d’outre-mer conservés par la France à l’issue du processus de décolonisation, y compris une île comme Mayotte, à 99% afro-musulmane, mais refusent en revanche l’idée que les Européens aient un destin commun.

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Il ne faudrait néanmoins pas confondre sous le même terme le refus de principe de toute Europe politique et le scepticisme vis-à-vis de l’idée d’une Europe unie. Est eurosceptique celui qui reconnaît la parenté entre Européens mais considère que bâtir une Europe politique n’est pas possible ou n’est plus possible. Lorsque Jean-Marie Le Pen parle d’ « Europe boréale » tout en refusant l’idée d’une Europe politique unitaire au nom d’une « Europe des nations », il fait preuve d’euroscepticisme. Il reconnaît la réalité européenne mais ne croit pas en une organisation politique prenant appui sur cette réalité. Là est une vraie différence entre le père et la fille. Cette dernière fait de la lutte contre l’euro et du refus de toute Europe politique son principal cheval de bataille, accusant la construction européenne de tous les maux et notamment d’un déclin français que son père attribuait au contraire principalement à l’immigration aneuropéenne. De la même façon, lorsqu’un mouvement comme l’UKip britannique s’oppose à l’immigration issue de l’Europe centrale et orientale alors qu’il ne dit rien contre celle issue du Commonwealth, ce dernier fait preuve d’europhobie et non d’euroscepticisme. Les eurosceptiques peuvent se rallier à l’idée européenne si celle-ci émerge sur une base identitaire crédible. Les europhobes la combattront en revanche sous toutes ses formes, mêmes les plus heureuses et salvatrices.

En conclusion, et ce n’est pas le moindre des paradoxes, les souverainistes, aussi bien à Debout la France qu’au Front National, et les populations issues des flux migratoires post-coloniaux, partagent le même rejet de l’Europe, les uns en raison de leur origine, les autres en raison de leur idéologie. Quant au PS, il unit en lui ces deux formes d’europhobie, en soutenant simultanément la culpabilisation collective des Européens et une forme de chauvinisme universalisé, à savoir la défense d’une expression française irréductible et en même temps sa négation au nom de valeurs universelles. C’est un « mondialisme à la française ».

Thomas FERRIER (PSUNE/LBTF)

19/04/2015

Elections législatives en Finlande : victoire du centre sur la droite

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flag-finland-XL.jpgEn 2011, les conservateurs du KOK (« Parti de la coalition nationale ») étaient le premier parti du pays. Même s’ils ne reculent au final que de 3% en 2015, ils perdent néanmoins six députés et surtout ne sont plus premier. C’est désormais le mouvement centriste KESK (Suomen Keskusta ou « Centre ») qui remporte le titre et devrait composer le prochain gouvernement.  Avec 21% des voix environ et 49 sièges, même s’ils devront trouver des alliés, qui pourraient être les populistes du Perussuomalaiset (« Parti des Finlandais »), ils s’imposent. Les « Vrais Finlandais » du PS, le mouvement de Timo Soini donc, régressent toutefois, perdant 1.5 points et 1 siège. Avec 17.6% des voix, contre 19.1% en 2011, ils demeurent néanmoins le troisième parti du pays, mais réalisent aussi une contre-performance par rapport aux élections européennes.

Les sociaux-démocrates (SDP) avec 16.54% des voix et 34 sièges sont également les grands perdants de ces élections. Un phénomène de vote utile en faveur des centristes a pu jouer contre eux. Ils perdent 2.4 points et 8 sièges. Les Verts (Vihreä Liitta) n’en profitent pas. Avec 7.6% des voix et 14 sièges (+4), ils conservent presque le même niveau qu’en 2011 (+0.3 pts). De même, l’Alliance de Gauche (VAS) est aussi en recul avec 7.3% (-0.8 pts) et 12 sièges (-2). La gauche stricto sensu représente néanmoins 60 sièges. Sa division est donc mortifère.

A droite, les chrétiens-démocrates stagnent à 3.5% (-0.6 pts) et 5 sièges (-1) tandis que les formations eurosceptiques ou nationalistes, en dehors des Perussuomalaiset, sont au plus bas, 0.5% pour le Parti de l’Indépendance (+0.4 pts toutefois) et 0.2% pour le mouvement anti-immigration Muutos 2011 (M11). Les Pirates obtiennent 0.8% des voix (+0.2) et sous la rubrique « autre » (Muut) on trouve 0.6% des voix et 1 siège.

Mouvement très minoritaire représentant les Suédois, le RKP (Parti populaire suédois) obtient 4.9% (+0.6 pts) et 11 sièges (+2). Difficile pour ce parti de faire mieux, compte tenu de son créneau « identitaire ». Mais il réussit à rassembler son camp dans une écrasante proportion.

Au final, on peut constater que les sondages étaient à peu près exacts, même si les Perussuomalaiset ont obtenu un résultat un peu meilleur que ce qu’ils pouvaient espérer, minimisant leur recul. A la différence des « Démocrates Suédois », ils sont néanmoins bien moins diabolisés et pourraient être associés au pouvoir, même si la presse leur reproche d’exprimer des manifestations de nette hostilité à l’égard notamment de plusieurs milliers de réfugiés somaliens musulmans, dans un pays qui reste encore très massivement indigène (européen). Et ils s’inscrivent désormais durablement dans le paysage politique finlandais.

Le « Centre » a obtenu environ 7% de plus qu’en 2011, venant de la droite (-3) comme de la gauche (-3) et de manière plus limitée des populistes (-1). Cette victoire, je le précise, est néanmoins celle d’un parti qui a fait 22% des voix. On est très loin d’un succès exceptionnel. C’est l’avantage toutefois du système proportionnel, qui oblige à composer avec des forces parfois assez éloignées idéologiquement. Juha Sipilä, le dirigeant du KESK, devrait devenir le prochain chef du gouvernement, à la tête d’une coalition qui reste encore à créer.

Thomas FERRIER (PSUNE/LBTF)

08/04/2015

Face à une « scission » du FN ?

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tremblement_de_terre.jpgLe père fondateur Jean-Marie Le Pen s’est mis en rupture avec la présidente, sa fille, d’une façon, semble-t-il, totale et définitive. Ce ne serait qu’un problème interne à un parti, voire un pur problème familial, si les réactions des autres partis, en premier lieu de l’UMP, n’en faisaient un problème politique national.

Qu’aurait pu faire la droite devant un tel événement ? Elle aurait pu affirmer que le Front national n’était désormais plus ce parti infréquentable qu’on a connu, qu’il était devenu comme les autres partis ayant vocation à gouverner, et qu’il fallait seulement l’affronter sur le plan de son programme, d’un programme parfaitement incohérent, tantôt inapplicable, tantôt catastrophique.

Or ce n’est pas du tout ce qui a l’air de se passer. Interrogé sur la chaîne i-télé, Eric Woerth affirme que les propos du père sont inadmissibles, mais que le programme lui-même est inadmissible, avec ou sans le père. De son côté, Eric Ciotti voit dans les propos contestés « l’ADN du Front national ». Comment peut-on restaurer l’image des politiques avec des analyses aussi médiocres ?

Les propos du père, issus d’un entretien non encore publié du journal Rivarol, et qui ont déclenché le tollé, ne sont ni nouveaux, ni intéressants. Comment un responsable peut-il tomber dans le panneau posé devant ses pieds à chaque fois ? Pourquoi ne renvoie-t-il pas la question en demandant en quoi elle concernait l’actualité ? Il semble que l’impulsivité de Jean-Marie Le Pen l’emporte chez lui sur toutes autres choses. Ou que sa fureur de ne plus être le premier, comme cela a failli se passer avec Bruno Mégret, l’aveugle. Même s’il doit bien comprendre qu’il ne sera plus le chef du parti qu’il a créé, il lui restait la possibilité de critiquer ce qu’il perçoit comme des dérives, peut-être même des dérives sectaires, et il vient de se priver de ce droit.

Ce n’est pas le plus important. Il apparaît que le hiatus gigantesque qui sépare la classe politique et les citoyens, loin d’être atténué au Front national, y est plus important encore. Les électeurs de ce parti n’ont, pour la plupart, rien en commun avec les dirigeants.

Les dirigeants actuels, les véritables inspirateurs parmi lesquels Florian Philippot figure en première place, n’ont rien à voir avec le père fondateur du parti, lequel a tenu sa réputation de la dénonciation d’un certain nombre de faits que la classe politico-médiatique voulait taire. C’est là que Front national rencontrait son électorat.

Les influences du nouveau parti sont essentiellement doubles. C’est d’une part le courant chevènementiste, qui est à la fois de gauche, europhobe et méditerranéen. C’est d’autre part le lobby « libertaire ». Voilà comment d’un projet reaganien, avec moins d’état, moins d’assistanat, avec, par exemple, une retraite à 65 ans et avec un recentrage sur les traditions, on est passé à un parti étatiste libertaire, avec un SMIC très élevé, la retraite à 60 ans et le « mariage pour tous ». L’électorat n’a pas suivi cette évolution, sauf en ce qui concerne une frange venue de la gauche, Marine Le Pen ayant réalisé l’exploit d’étouffer Jean-Luc Mélenchon.

Le clash provoqué par le père et la réaction de tous les cadres du parti, s’ils avaient été correctement analysés, auraient pu faire apparaître ces problèmes existentiels en pleine lumière et obliger le parti à clarifier sa ligne. Heureusement pour les actuels penseurs de cette formation, les autres partis de l’establishment, en affirmant tout de suite que rien n’a changé depuis les origines du Front, leur sauvent la mise et, une fois de plus, les aident. Quand Robert Ménard rappelle qu’il n’est pas au Front National mais qu’il partage avec lui la défense de traditions, d’une culture et d’une civilisation, et qu’il dit que c’est une chance pour ce parti, il aurait pu montrer la voie à la droite. Or cette dernière préfère répéter le discours qui lui est soufflé par la gauche.

Peter EISNER (LBTF)

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15/03/2015

De la conquête européenne du pouvoir. Stratégie pour une refondation continentale

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Constat.

Les pays européens sont confrontés à la montée des mêmes périls auxquels ils sont incapables d’opposer un front commun. L’Union « Européenne » actuelle est impuissante à les enrayer et en nie même l’existence, tout comme chaque Etat « national » pris séparément. Depuis un demi-siècle l’Europe vit sous la coupe de l’idéologie mondialiste, sur l’utopie universaliste mortifère, que ce soit sous le masque du libéralisme américain ou celui de l’internationalisme prolétarien. La Russie, libérée en 1991 de la dictature communiste, est seule aujourd’hui à tenter de s’opposer à ce diktat, mais elle est elle-même bien impuissante, ne pouvant offrir qu’une résistance symbolique. L’hiver démographique n’épargne aucun pays européen et même lorsque le taux officiel est satisfaisant, il masque le fait qu’il s’agit en partie d’une natalité d’importation, obtenue par le biais de flux migratoires post-coloniaux. Ces flux sont en passe de submerger littéralement la vieille Europe sans que celle-ci ne se dote des outils pour y parer, bien au contraire. Nombreux sont les relais internes à s’en féliciter. A cela s’ajoute une crise du chômage qui ne diminue que par une plus grande précarisation du travail. L’islam, qui était réduit en Europe dans les années 50 au Caucase et aux Balkans, est également apparu par le biais de ces flux dans tous les pays d’Europe occidentale, posant des problèmes de fond en matière de laïcité, d’identité et de sécurité.

La montée des populismes « nationaux », des souverainismes et des indépendantismes, est la conséquence logique de cette situation mais en aucun cas le signe d’une prochaine guérison, bien au contraire. L’égoïsme national est une chimère. Taper sur l’€ ou sur l’Union Européenne ne changera rien à la situation. Se replier sur des cadres nationaux dévoyés est un faux remède. Les nationalités ont perdu toute valeur, depuis que leur accès a été grandement facilité, même en Allemagne, jadis gardienne farouche de la sienne, tout comme a été dénaturée l’institution du mariage. Les constitutions enferment les peuples au lieu de les protéger. Un droit devenu fou restreint nos libertés.  Et les Églises appellent à l’ouverture à l’autre au lieu de prôner la réaffirmation des valeurs européennes ancestrales.

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Dans un tel contexte, s’imaginer arriver au pouvoir à l’échelle d’un seul pays pour y changer quoi que ce soit est parfaitement naïf. Outre les carcans juridiques qu’il serait quasiment illusoire de faire sauter, les autres gouvernements, sans parler des USA, auraient tôt fait d’exercer des pressions économiques redoutables sur ce nouveau pouvoir récalcitrant. On a vu Syriza en Grèce, mouvement élu sur un programme démagogique, se coucher très vite devant la fameuse « Troïka » même si en paroles Tsipras fait croire à son peuple le contraire. Et ce serait la même chose si en France un mouvement de « droite nationale » par exemple s’imposait à l’issue d’élections démocratiques. Il se heurterait immédiatement au Sénat et au Conseil Constitutionnel qu’il ne serait en mesure de vaincre qu’en gagnant toutes les élections pendant cinq ans, alors qu’il aura déçu ses partisans les plus acharnés par son incapacité à agir immédiatement. Et je ne parle pas là des condamnations internationales qui mettraient l’économie française à genoux en une semaine à la moindre velléité d’un changement radical de paradigme.

Les problèmes étant européens, ils ne peuvent être résolus qu’au niveau européen. Ce n’est qu’à l’échelle de l’Europe qu’un pouvoir disposerait de la masse critique donc des moyens réels de réorienter le continent dans un tout autre sens, sans avoir à tenir compte des constitutions, des traités ou des pressions internationales. L’Europe ne pourra être refondée sur une base démocratique et authentiquement européenne que par une forme de « putsch », par une révolution. Valéry Giscard d’Estaing et Helmut Schmidt ont évoqué la nécessité d’un tel « putsch européen », dont l’antichambre ne pourrait être que le parlement européen. En clair, on ne peut réorienter l’UE que de l’intérieur, après en avoir forcé les portes par le soutien des électeurs, et ainsi l’amener à ce qu’elle aurait dû être et qu’elle n’a pas pu ou su devenir. L’Union Européenne sera ainsi « malgré elle » l’antichambre de l’Europe Nation.

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Solution.

Qui dit problème européen, dit solution européenne. Qui dit solution européenne, dit programme européen. Qui dit programme européen, dit parti européen, car une coalition de partis nationaux serait incapable d’opposer un front uni, et on le constate avec l’incapacité des partis souverainistes à s’entendre (quatre groupes au moins à Strasbourg), sans parler des querelles de personnes. Qui dit parti européen, dit enfin leader européen.

Bâtir un programme européen qui aurait à cœur la défense de l’identité européenne (européanité) et de toutes les identités subsidiaires de l’Europe (régionales et nationales), c’est donc le proposer aux électeurs européens par le biais d’un parti identitaire européen, un mouvement d’union et de défense des Européens indigènes, un mouvement d’opposition au mondialisme et au « multikulti » en provenance des USA.

La seule stratégie possible c’est de s’appuyer sur les électeurs européens, donc de les convaincre, et de jouer la carte des élections européennes. L’objectif est d’obtenir un maximum de députés à Strasbourg, au moins 30%, élus dans toute l’Union Européenne sur la même ligne programmatique. A ce moment là, la droite et les derniers nationalistes ou souverainistes se rallieront, par opposition à une « gauche » de plus en plus étrangère aux intérêts réels des Européens et pactisant avec ce qui détruit notre civilisation.

Avec plus de 50% des députés, élus ou ralliés, les institutions européennes deviendront ingouvernables. Le président de l’assemblée ne sera plus élu par une union factice entre PPE et PSE. Le parlement sera clivé entre le camp de l’Europe et le camp de l’Anti-Europe. La majorité parlementaire pourra alors s’autoproclamer assemblée européenne constituante, élaborant la constitution d’un nouvel Etat qui s’appellera l’Europe. Cet Etat, vierge juridiquement par nature, puisque créé « ex nihilo », ne sera pas engagé par les constitutions et les traités d’Etats qui auont à ses yeux cessé d’exister, comme en 1789 les parlements régionaux ont disparu. Bien sûr certains gouvernements tenteront de s’y opposer, d’entrer en résistance. Mais la plupart céderont, abandonnés de l’intérieur, et de leur propre chef se démettront. Ils sont incapables de résister au mondialisme. Ils seront encore moins capables de s’opposer à cette vague révolutionnaire européenne.

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Ainsi verra le jour un gouvernement européen provisoire, une sorte de comité de salut public destiné à fonder l’Etat européen unitaire et à proposer une constitution aux citoyens européens. Il devra avoir à cœur de défendre comme point de départ ce que je nomme le « projet Périclès ». Il s’agit de la mise en place d’une nationalité européenne indépendante des nationalités des (anciens) Etats, bien trop dévoyées, par application de critères de convergence, par exemple une date de référence, une époque où les nationalités des Etats avaient encore un sens. Cette nationalité européenne reposerait sur le principe du ius sanguinis intégral, un principe d’ascendance, par patrilinéarité et matrilinéarité associées.

Un autre principe sera celui de l’exclusivité citoyenne, qui existe au niveau du droit de vote ou de l’accès à la fonction publique dans la plupart des pays européens. En démocratie, le citoyen est en effet lié à des droits et des devoirs exclusifs. Cette exclusivité devra être élargie à plusieurs domaines sociaux clé, par exemple le droit de propriété du sol ou le droit au travail, afin d’encourager un phénomène remigratoire.

C’est ainsi qu’un Etat européen, que la nation européenne dans un sens politique, pourra voir le jour. Une fois la constitution adoptée par référendum, des élections européennes auront lieu dans le cadre de la nouvelle organisation politique du continent.

Cet État invitera les autres pays européens non membres de la nouvelle Europe, et notamment la Russie, à envoyer des représentants afin de s’associer et de la rejoindre à plus ou moins brève échéance. Ils intégreront alors la première puissance mondiale et se verront immédiatement traités des maux que leur Etat « national » était incapable de résoudre, à supposer qu’il en ait eu l’intention. Il faudrait considérer cet Etat européen comme un remède continental dont l’application guérira notre civilisation et nous donnera les moyens d’une nouvelle renaissance. Un droit européen au service des Européens se sera substitué à d’anciens droits « nationaux » devenus des étaux. Les anciens traités, les anciennes constitutions, auront alors disparu. L’Europe pourra enfin envisager un avenir rayonnant, alors qu’en 2015 il est plus que sombre.

Le sacrifice des anciennes souverainetés nationales, qui avaient été vidées de toute réalité objective depuis des décennies, fantômes qu’on invoquait comme tant de fétiches, aura été le prix à payer, un prix à payer symbolique. L’OTAN aura cessé d’exister au profit d’une armée européenne et la géopolitique américaine visant à diviser l’Europe et à rejeter la Russie en Asie aura alors été rendue vaine. Ainsi l’Europe, qui aura alors échappé à l’extinction que le mondialisme lui promet, et qui aura su trouver en elle cette unité que les souverainistes lui refusent, sera sauvée. Et son identité plurimillénaire avec elle.

Thomas FERRIER (PSUNE)

Elections départementales : 3 stratégies à l’œuvre en vue de 2017

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Stratégie-médias-sociaux.jpgLes 22 et 29 mars prochains, les électeurs français, à l’exception des parisiens et des lyonnais, éliront leurs conseillers généraux dans le cadre de la réorganisation géographique des cantons. Remplaçant les élections cantonales, qui se déroulaient à chaque fois sur la moitié du pays, ces départementales sont donc devenues de fait un enjeu national, une façon pour les partis politiques de juger de leur poids dans l’opinion. Elles seront suivies en fin d’année des élections régionales, qui se dérouleront là encore dans des circonscriptions qui ont été profondément modifiées. Restera alors un an et demi avant les présidentielles de 2017. Les trois grands partis (FN, PS et UMP) ont chacun un plan de bataille.

Le plan du Front National.

La stratégie générale de Marine Le Pen a été déterminée par Florian Philippot. Elle consiste à récupérer les 55% d’électeurs qui avaient voté non au référendum sur le traité (prétendument) constitutionnel européen. Il s’agit donc de réactiver le slogan « ni droite ni gauche » sur une ligne socialisante, étatiste et souverainiste, donc anti-européenne. En revanche, les thèmes identitaires, qui forment la raison principale du vote FN pour beaucoup d’électeurs, sont minimisés, même s’il faut continuer d’envoyer quelques signaux en direction de cet électorat. Cela est grandement facilité par la « diabolisation » médiatique qui laisse penser à l’existence d’un crypto-programme plus dur, une vue de l’esprit mais à laquelle beaucoup d’électeurs « identitaires » croient pour se rassurer.

Dans un article précédent, alors publié sous anonymat sur un autre blog, j’avais expliqué que la ligne europhobe du néo-FN amènerait naturellement ce dernier à renoncer à toute idée de lutte contre l’allogénisation. C’est le « grand renoncement » qui serait nécessaire pour que s’ouvrent les portes du pouvoir. En réalité, la stratégie la plus efficace serait sans doute l’inverse, à savoir renoncer au programme démagogique anti-€ et anti-UE tout en maintenant un discours ferme sur la question migratoire.

Crédité dans les sondages d’un résultat entre 28 et 33%, avec une abstention record, le Front National confirmera donc probablement sa place de premier parti électoral, même s’il en est loin en nombre de militants et de cadres. La stratégie Philippot, qui n’aura été pour rien en réalité dans ce résultat, se verra donc confortée ainsi que le poids de son concepteur, désavoué en interne par les militants mais soutenu mordicus par sa dirigeante.

S’il me paraît difficile qu’il puisse gagner suffisamment de duels, surtout face à la droite UMP, pour emporter des conseils généraux, il pourrait en revanche éliminer le PS de nombreux seconds tours, ce qui au moins aurait une certaine utilité pour désavouer le pouvoir en place. Et surtout l’hypothèse que le FN emporte en fin d’année des régions (Nord-Picardie, Normandie, Grand-Est ou PACA) est plus que probable. Les conditions seront donc idéales pour assurer à Marine Le Pen un gros score au premier tour des présidentielles 2017 et un résultat très honorable au second tour. Mais ses chances de victoire sont nulles, en raison justement de son programme économique, à la fois démagogique et anxiogène.

Le plan du Parti Socialiste.

Le PS n’a qu’une option, assurer au président sortant sa réélection, même s’il est sans doute le plus mauvais président de la Vème république. Or ce même président est largement rejeté par l’opinion et son premier ministre, en première ligne, ne lui servira plus très longtemps de bouclier. Ses chances d’une réélection sont donc extrêmement faibles, même si personne en interne ne lui contestera d’être candidat. Valls sait qu’il devra attendre 2022. On devine qu’un Sarkozy 2 servirait plutôt ses intérêts.

La seule solution pour le PS est de faire diminuer la droite suffisamment pour espérer passer devant et se retrouver au second tour face au FN. C’est ce qu’espère Hollande car c’est sa seule chance de réélection. En clair, il veut nous rejouer Chirac 2002 mais cette fois avec la droite éliminée. Or Sarkozy n’a pas vraiment réussi son retour, c’est le moins qu’on puisse dire.

C’est pourquoi le PS a clairement joué la carte du FN, le faire monter au maximum au détriment de l’UMP, ce qui n’est pas très difficile tant l’UMP est molle sur presque tous les sujets et en outre très divisée. On pourra alors s’étonner du ton très martial de Valls contre le FN depuis plusieurs semaines. Peut-être est-ce là encore une façon de le faire progresser, tant un tel sectarisme est contre-productif. Ou alors, à l’annonce d’une débâcle électorale sans précédent, Valls tente-t-il de conserver son poste par une surenchère dialectique. Il pourra alors expliquer ensuite que lui seul a osé attaquer le FN et se doter ainsi d’un brevet de « résistant ». Le plus probable est néanmoins que la stratégie du PS est en train de se retourner contre lui.

En effet, il apparaît de plus en plus évident que le FN ne mord pas seulement sur l’électorat UMP mais aussi sur l’électorat de gauche, y compris celui du PS. Cela annule alors tout intérêt à le soutenir. C’est ainsi que le PS est en train de revoir sa position et est en mode panique. Dans de telles conditions, la réélection de Hollande est encore plus compromise. A force d’avoir voulu jouer avec le feu, il arrive qu’on s’y brûle. Et la démarche égocentrique du président, qui ne souhaite sa réélection que pour bénéficier des avantages du poste élyséen, ne trompe personne.

Le plan par défaut de l’UMP.

Sarkozy lui-même a dû établir par défaut une stratégie pour son parti, en l’absence des conseils d’un Buisson écarté depuis l’affaire des « écoutes ». Il n’est pas dit toutefois que Buisson aurait pu lui offrir une bonne stratégie. Il est peu probable que l’UMP parvienne à récupérer des électeurs partis au FN. En revanche, il doit tenter de maîtriser l’hémorragie.

Mais l’ancien président doit surtout ménager son aile gauche. La principale menace vient de l’UDI. Si les centristes s’avisent de proposer un candidat, les chances de la droite d’être au second tour sont limitées. Aussi Sarkozy les ménage. Il a mis en avant NKM pour les conserver alors que Wauquiez est là pour colmater la brèche vers le FN. Il n’est pas sûr que cette stratégie « mi-figue mi-raisin » soit très convaincante. En outre, il lui faut neutraliser à tout prix Juppé. Tenir un discours trop droitier serait donc dangereux, même s’il rassurerait au moins 50% des électeurs UMP.

La stratégie de l’UMP est donc faible, incohérente et même dangereuse. Mais c’est la seule possible. Tenir encore plus de deux ans sur cette ligne paraît très difficile. Sarkozy devra négocier entre des tendances opposées afin d’éviter un 21 avril à l’envers. S’il parvient à neutraliser tout candidat centriste, à l’exception d’un Bayrou incontrôlable mais très fragilisé par son soutien à Hollande en 2012, les chances d’un duel Sarkozy/Le Pen en 2017 seront très probables. Mais le président sera élu par défaut là aussi, comme Hollande en 2012 l’a été par rejet de son adversaire. Il aura alors bien du mal à gouverner le pays et risque d’être impopulaire à peine élu. La France peut-elle encore se le permettre ? Marine Le Pen en 2022, à condition d’avoir mis de côté certaines lubies, aurait alors ses chances.

L’UMP est le mouvement le plus menacé par son absence de réelle stratégie. Sa refondation envisagée par Sarkozy, avec un nouveau nom, est donc indispensable. Mais il n’est pas sûr qu’elle soit suffisante. L’UMP devra donc marquer davantage sa différence d’avec le PS, sans aller trop loin dans un discours identitaire qui lui aliénerait sa « gauche ». C’est un véritable combat d’équilibriste.

En revanche, ces élections départementales offriront sans doute un beau succès aux candidats UMP et ce grâce au FN et non malgré lui. Ce dernier permettra d’éliminer de nombreux candidats PS offrant des conseils généraux à la droite. En revanche, là où le FN est plus faible, notamment dans les grandes villes, il risque d’aider de fait le PS à limiter la casse, sauf si la punition électorale du PS est féroce.

Conclusion.

Les départementales de 2015 se concluront sans doute par une belle victoire UMP et par un succès grandissant du FN. Le PS ne devrait même pas limiter la casse. Pourtant Hollande ne changera rien ou à la marge. Il conservera Valls sauf si le PS devait perdre 80% de ses conseils généraux et probablement même Taubira. Le président l’a d’ailleurs annoncé. Cela devrait encore lui aliéner quelques soutiens car un tel manque d’écoute de l’électorat est digne de Louis XVI enfermé dans son château. Il ne dissoudra pas l’assemblée, il est trop tard pour ça. Désormais le pouvoir est aux abois et sans stratégie crédible. Jouer la carte du FN est en train de se retourner contre lui. Réponse partielle dès dimanche prochain.

Thomas FERRIER (PSUNE/LBTF)

08/03/2015

La Russie, amie d'une Europe authentique

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images.jpgLa guerre civile ukrainienne, l’annexion de la Crimée et le récent assassinat de l’opposant libéral Boris Nemtsov, amènent les media occidentaux à considérer la Russie de Poutine comme une menace pour la paix en Europe. Selon une inversion accusatoire classique, un article du journal Le Monde du 23 février affirme même que la Russie considérerait l’Union Européenne « comme son ennemie ».

Que reproche-t-on réellement à Poutine ? De braver les interdits de la police de la pensée. De remettre en cause les dogmes d’un Occident sur le déclin. D’avoir redonné à la Russie ses lettres de noblesse, alors qu’elle était affaiblie et même avilie du temps d’Eltsine. Poutine en effet n’est pas un partisan déclaré d’une « gay pride » moscovite mais il préfère relancer la natalité du peuple russe, qui était auparavant au plus bas. S’il n’est pas nationaliste, désavouant les excès de la droite radicale, il est néanmoins patriote.

Gorbatchev a été abusé. S’il a eu raison de redonner leur liberté aux pays d’Europe centrale et orientale, s’il a été utile pour libérer la Russie d’une dictature nocive, les USA en revanche n’ont pas joué le jeu. Ils n’ont jamais traité la (nouvelle) Russie comme un partenaire respectable, à traiter avec correction. Pendant qu’Eltsine assistait impuissant ou complice au démantèlement du pays, engraissant les oligarques comme d’autres engraissent les oies, un par un, les pays d’Europe centrale adhéraient à l’OTAN, une organisation née pour enrayer le communisme et qui n’avait donc plus lieu d’exister après 1991.

Poutine a été choisi en 1999 par Eltsine mais sans avoir encore révélé qui il était. Il a tenu sa parole, protégeant la famille de l’ancien président de poursuites sans doute justifiées. En revanche, il a démantelé le système Eltsine, traquant sans répit les « marchands du temple ». Berezovski dut s’exiler et Khodorkovski finit en prison. Poutine a eu le temps d’analyser les causes du déclin de son pays et nommer les coupables. Au pouvoir, il va donc les combattre sans ménagement. D’un point de vue russe, ces gens ont trahi leur patrie.

Poutine a parfaitement compris que la Russie était une nation d’Europe et a maintenu la ligne de la « maison commune européenne » au moins jusqu’à 2005. Il a tendu la main à l’Union Européenne qui jamais n’a eu le courage de la saisir, préférant être la vassale des USA. S’il a obtenu difficilement l’abandon de la mise en place de bases américaines anti-missiles aux frontières du pays, il n’a pas pu enrayer la stratégie américaine contre son pays et n’a pas réussi à convaincre les autres Européens de se désolidariser de cette puissance qui a mis le continent sous diktat.

La stratégie russe consiste donc à neutraliser les vassaux de l’Amérique qui vivent à ses frontières, y compris par des actions militaires. La Transnistrie, l’Ossétie du nord et l’Abkhazie et maintenant le Donbass ukrainien, empêchent Moldavie, Géorgie ou Ukraine de rejoindre l’OTAN. L’adhésion à l’Union Européenne, dans la mesure où cette dernière ne se place pas en adversaire, ne le dérange pas. C’est une réponse impopulaire aux yeux de la communauté internationale et cause de conflits gelés. Il est trop facile d’en accuser la Russie. C’est bien parce qu’elle est victime d’une stratégie russophobe d’encerclement, pensée par les technocrates de Washington, républicains comme démocrates, qu’elle est contrainte de répondre comme elle le peut et sans bénéficier des appuis nécessaires pour éviter de jouer un « mauvais rôle ».

La balle est clairement dans le camp de l’Union Européenne. C’est à celle de décider si elle veut continuer à payer les pots cassés d’une stratégie atlantiste ou si elle est prête à prendre son destin en mains. La politique qu’elle mène est contraire à ses intérêts et surtout à ceux des peuples. Elle est vectrice de mondialisme lorsqu’elle devrait au contraire être un rempart.

Les USA n’ont peur que d’une chose, que l’Union Européenne et la Russie convergent et travaillent de concert pour l’intérêt des Européens. Ils favorisent donc en son sein tous les germes de décadence, promouvant toutes formes de communautarisme, et sont un soutien sans réserve d’une immigration massive indigeste et mettant en danger les valeurs les plus ancestrales de la civilisation européenne.

Or la Russie semble renoncer à cette espérance d’une Europe se libérant de ce joug et préfère se tourner par défaut vers l’Asie. Elle commet là une erreur majeure. Son avenir est européen et ne peut qu’être européen. Son salut est en elle et en nous, comme le nôtre d’ailleurs. Elle choisit d’encourager les passions centrifuges de l’Union Européenne au lieu d’encourager son unité, de peur que cette unité se fasse contre elle.

Mais les vrais européistes savent que la Russie a toujours été le rempart de l’Europe face à l’Asie avide de ses richesses. Et ils savent désormais que la Russie est aussi le rempart de l’Europe contre une Amérique qui nie ses racines européennes et se retourne contre la maison-mère, trahissant dans le même temps le peuple américain fondateur, de souche européenne, minoritaire sur son propre sol dans quelques décennies.

Les libéraux-atlantistes, dans et en dehors de la Russie, sont des ennemis déclarés de notre civilisation et de leur propre peuple. Les gouvernements d’Europe orientale qui tapent sur la Russie se trompent d’ennemis. Et les nationalistes ukrainiens, passéistes, bafouent les principes mêmes qu’ils devraient chérir, oubliant qu’ils sont des Slaves et (donc) des Européens et pas des Occidentaux. La Russie n’est pas l’ennemie de l’Europe, elle est une composante de l’Europe. Les Russes sont nos frères, comme le sont pour eux et pour nous les Ukrainiens. Mais la Russie attend que les Européens envoient à leur tour les bons signaux et redeviennent maîtres chez eux, dans tous les sens du terme.

L’alliance euro-russe, le ralliement de la Russie au projet d’unification politique du continent européen, voilà la seule ligne que devraient défendre de véritables Européens, d’âme et de sang, de cœur et de raison. En n’oubliant pas que les spéculateurs qui ont attaqué la Grèce et par ce biais la zone euro ne roulaient pas pour Moscou mais pour Washington. En n’oubliant pas qu’une Europe unie de l’Islande à la Russie sera et de loin la première puissance mondiale, détrônant les USA. En n’oubliant pas que la grande Europe sera capable de faire entendre sa voix, et ainsi de protéger concrètement son identité contre toutes les agressions, internes et externes, du mondialisme.

Si l’avenir de la Russie est européen, l’avenir de l’Europe est dans l’amitié avec la Russie, même « poutinienne ». Nous pourrons donner des leçons à Vladimir Poutine quand nous aurons su nous doter de vrais dirigeants et entreprendre les réformes indispensables pour notre salut. Et je ne doute pas qu’alors les Russes sauront nous encourager. Mais n’attendons pas d’eux qu’ils fassent le travail pour nous.

L’Europe avec la Russie, la Russie dans l’Europe !

Thomas FERRIER (PSUNE)

Lexique du partisan européen - "Paganisme"

PAGANISME

paganisme,europe,renaissance,olympe,asgard,polythéismeNom donné aux religions polythéistes, et notamment d’Europe, aux IVème et Vème siècle, par les partisans de la religion chrétienne. Le paganus ou « païen » signifie stricto sensu « homme du pays », « national ». Il s’oppose à l’alienus, « étranger ». En religion, le païen est tenant de la religion native, alors que le chrétien défend une religion certes à vocation universaliste mais néanmoins importée du Proche-Orient, le monothéisme étant apparu dans un contexte spécifique (fin du VIIème siècle avant notre ère, sous le règne du roi judéen Josias) au sein d’un peuple spécifique (les habitants des royaumes de Juda et d’Israël).

En Europe, le « paganisme » relève pour l’essentiel de la tradition polythéiste indo-européenne, reposant sur l’existence d’un couple divin formé du dieu du ciel diurne et de la lumière et de la déesse de la terre et de la fertilité. Ce dieu est *Dyeus *Pater, qui a donné en grec Zeus Patêr et en latin Dius Pater (devenu Jupiter). Son épouse est surnommé *Diwni (grec Dionê), celle de *Dyeŭs, bien que son nom soit en réalité*Dhghōm *Mater (Dêmêtêr, la « Terre Mère »). Ce couple a engendré les *Deywōs ou « dieux », dont le sens est « célestes » ou plus précisément (« ceux [nés] de Dyeŭs »), qui ont en charge des domaines bien spécifiques, notamment le patronage des astres, des éléments de la nature ou des phénomènes atmosphériques mais aussi, par association d’idées, des fonctions humaines. Ainsi sont intimement liés aurore et amour, feu et forge, ou encore orage et guerre. Ce sont des associations symboliques, la couleur rouge par exemple, ou l’image que la guerre est sur terre ce que la tempête est au ciel.

Le « paganisme » a été la religion d’une grande partie du monde. Il existait dès les premières expressions de religiosité par l’humanité, donc au moins dès le paléolithique. C’est la religion originelle de l’humanité, qu’on admette une origine unique ou plurielle de cette dernière. Il est aussi la religion des anciens Judéens (« Cananéens ») avant qu’ils ne passent au monothéisme.

Les caractéristiques du « paganisme » sont de porter un sentiment identitaire naturel, donc un attachement « national » aux dieux ancestraux, de développer une vision du monde plurielle via un « polythéisme des valeurs ». Mais il s’agit avant tout d’une vraie religion avec ses principes, ses rites et ses croyances. Paul Veyne devait reconnaître que « les Grecs croyaient à leurs dieux », que le « paganisme » n’était pas la simple expression poétisée d’une vision athée du monde. Le mot « païen » a souvent le sens d’incroyance. Il n’en était rien. Il rappelle que le polythéisme des anciens n’était pas universaliste mais identitaire, enraciné sur une terre et un peuple.

Avec la conversion au christianisme de l’empereur Constantin puis les décrets liberticides anti-païens de ses successeurs, une fois les réactions païennes (Julien 363, Eugène 394, Anthème 472, Illus 488) jugulées, les Européens furent contraints d’abandonner leurs dieux ancestraux même s’ils résistèrent pendant plusieurs siècles. Cette résistance amena les autorités chrétiennes, le pape Grégoire Ier en tête, à imaginer paganiser le christianisme afin de le rendre moins insupportable aux Européens, afin d’en atténuer les traits les plus exogènes. Il fit ainsi récupérer les fêtes païennes, un processus que Constantin avait entamé, et même les lieux de culte. La cathédrale de Chartres fut ainsi construite sur la forêt des Carnutes où se réunissaient les druides.

Mais au XVème siècle, face à la réforme qui prônait un retour aux « saintes écritures », l’Eglise a voulu réévangéliser l’Europe, la couper définitivement de ses racines païennes. Au lieu de dépaganiser le christianisme, elle n’a réussi qu’à déchristianiser l’Europe occidentale. L’orthodoxie, confrontée à l’islam, n’a pas en revanche tenté de se dépaganiser et c’est pourquoi elle a mieux résisté. Dès le Vème siècle, époque où le christianisme fut imposé par la violence à nos ancêtres, des penseurs se mirent à imaginer une restauration de l’antique religion sous sa forme originelle ou sous sa forme rénovée. De Rutilius Namatianus (Vème siècle) à Louis Ménard (XIXème siècle), en passant par Gémiste Pléthon (XVème, Grèce) et Pompilius Laetus (XVème, Italie), Frédéric II Hohenstaufen et Erasme, Voltaire et Sade, Hölderlin et Nietzsche, ils furent nombreux à œuvrer en ce sens.

Mais ce n’est qu’au XXème siècle que ces pionniers virent leurs efforts récompensés avec une nouvelle génération d’Européens renouant avec la foi ancestrale, alors que les églises se vident et que les périls s’annoncent aux frontières de notre civilisation. Sous les noms de Druidecht (« druidisme »), Asatru (« foi envers les dieux d’Asgard »), Rodnoverie (« religion ancestrale » slave) ou Religio Romana (« religion romaine »), des mouvements ont essaimé en Europe. Et même s’ils sont minoritaires, même s’ils n’ont pas toujours su rompre avec l’idéologie universaliste dominante, ils ont permis au paganisme de ressortir du tombeau où l’Eglise avait cru définitivement l’enterrer, oubliant que l’oiseau de feu, qu’on nomme aussi phénix, est immortel.

C’est en Inde et en Iran que des chercheurs européens (Filippo Sassetti, William Jones, Anquetil-Duperron, Thomas Young, Friedrich Schlegel) ont pu reconstituer l’antique tradition. Qu’ils ont pu retrouver en Asie ce que l’Europe croyait avoir perdu sur son propre sol. Les dieux de l’Olympe et d’Asgard avaient trouvé refuge en Inde, comme l’exprima à sa manière le poète Evariste Parny, parent de Leconte de Lisle, dans sa « Guerre des dieux » (1807). Et désormais ils sont de retour et cette fois ce sera pour toujours.

En 2015, après un millénaire de rupture, l’Islande se dotera à nouveau d’un temple en l’honneur des dieux d’Asgard et de Vanaheimr, tandis que résonnent sur le mont Olympe les chants de Grecs ayant renoué avec leur auguste mémoire.

Et les Européens, alors que les ténèbres obscurcissent le ciel de leur avenir, sauront retrouver dans leurs Dieux la force morale qui leur manque. L’épée de Mars et le marteau de Thor, enfin réconciliés, sauront offrir à l’Occident fatigué une nouvelle aurore !

Thomas FERRIER

14:26 Publié dans Analyses, Lexique, Religion | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : paganisme, europe, renaissance, olympe, asgard, polythéisme | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

03/03/2015

Elections législatives en Estonie : un statu quo bouleversé par deux nouveaux partis

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estonie,élections législatives,roivas,savisaar,populismeCe dimanche 1er mars se déroulaient en Estonie des élections parlementaires pour renouveler les 101 sièges du parlement. Avec 27.7% des voix et 30 sièges, le Parti Estonien de la Réforme (ER), de centre-droit, dirigé par Taari Roivas (34 ans, photo), a remporté le scrutin, même s’il lui faudra organiser autour de lui une coalition solide. Il est néanmoins en recul, perdant un point environ et trois sièges. Ce résultat s’explique par un contexte géopolitique complexe, avec les tensions actuelles entre l’Union Européenne et la Russie au sujet du conflit ukrainien. La lassitude des électeurs a ainsi été limitée.

Les sociaux-démocrates (SDE), allié principal de la coalition sortante, avec 15.2% des voix et 15 sièges subissent également une contre-performance, perdant deux points et quatre sièges. A eux deux, ils n’ont plus la majorité absolue, 52 sièges en 2011 contre 45 sièges en 2015.

Le troisième allié pourrait être le parti démocrate chrétien, assez conservateur, à savoir le mouvement Pro Patria et Res Publica (EIRPL). Lui aussi a connu un camouflet électoral. Avec 13.7% des voix, contre 20.5% en 2011, il perd sept points et neuf sièges. En revanche, s’il apportait son soutien à la coalition, celle-ci obtiendrait 59 sièges. Mais voudra-t-il rejoindre une alliance avec des sociaux-démocrates ?

Plus modéré, plus libéral que conservateur, un nouveau venu fait son entrée au parlement, à savoir la formation « Parti Libre » (EV). Avec 8.7% des voix et 8 sièges, il peut servir de faiseur de roi. Il pourrait alors choisir de former une coalition de droite, qui serait majoritaire. Reste à savoir si Raivas va vouloir rompre avec la coalition précédente. La droite réunie obtiendrait ainsi 52 sièges soit la majorité absolue.

Un autre mouvement fait son entrée à Tallinn, à savoir le parti EKR, « Parti Conservateur du Peuple ». C’est une formation de type populiste, au programme assez comparable à celui du FN français. Il est nationaliste, eurosceptique, favorable en revanche à la démocratie suisse, et hostile à l’immigration extra-européenne. Ce dernier point est une différence avec le parti de Marine Le Pen qui dénonce l’immigration en général et qui ne remet pas (plus ?) en cause les flux post-coloniaux ayant abouti à des naturalisations pourtant complaisantes. Avec 8.1% des voix et 7 sièges, il sera certainement écarté de toute coalition, même s’il n’est pas a priori l’objet d’une diabolisation.

A leur droite, le Parti pour l’Indépendance (EIP), qui avait obtenu 1.3% des voix aux élections européennes, est écrasé avec seulement 0.2% des voix. De même les Verts estoniens échouent nettement avec seulement 0.9% des voix et aucun siège.

Le Parti Estonien du Centre (EK), qui représente notamment la minorité russophone (25.2% de la population), représenté par Edgar Savisaar, demeure le second parti du pays, avec 24.8% (+1.5%) des voix et 27 sièges (+1). Il est désormais ostracisé par les grands partis, qui refusent toute coalition avec lui. Ce mouvement a choisi une ligne pro-russe, souhaitent que l’Estonie serve de liant entre l’UE et la Russie voisine. Dans un contexte de propagande russophobe exacerbée, sa position l’isole. La minorité russe a néanmoins maintenu son soutien en faveur du dit parti, d’où son score plus qu’honorable.

On peut retenir de ces élections deux enseignements :

1.    La situation en Ukraine attise les tensions entre les deux principaux partis, qui s’opposent à ce sujet. Les sociaux-démocrates semblent par ailleurs avoir choisi une ligne atlantiste.

2.    Le populisme continue d’émerger dans chaque pays européen. L’Estonie, auparavant préservée, connaît désormais cette situation, avec un EKR à 8% des voix.

Thomas FERRIER (PSUNE/LBTF)

Les trois visages du mondialisme politique

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mondialisation.jpgEn politique, le mondialisme est la traduction d’une pensée universaliste, qui s’attache à nier tous les particularismes. Cependant cette pensée est déguisée, la plupart du temps, sous des dénominations qui semblent s’y opposer. Nous en décrirons trois versions. Il se trouve qu’en France, plus encore qu’ailleurs, ces trois versions recouvrent la totalité des formations politiques ayant pignon sur rue, qu’elles soient représentées ou non dans les assemblées. Ainsi toute la politique accueillie dans les médias est-elle d’inspiration mondialiste.

Il y a d’abord l’universalisme assumé. Par exception celui-ci n’a pas besoin de déguisement. Mais il n’est représenté qu’à la marge et rarement identifié. Son modèle serait celui d’un état mondial. Jusqu’ici aucun projet précis n’a été élaboré dans ce sens. Comme des pays tels que l’Inde ou la Chine, à la fois homogènes et très peuplés, n’ont aucune chance d’entrer dans un tel schéma, un état mondial ne peut être envisagé qu’autour d’une sorte d’Eurafrique, laquelle pourrait voir le jour quand l’Europe serait suffisamment africanisée. Le choix d’une religion universelle se porterait évidemment vers l’Islam.

Les tenants de cet universalisme assumé sont à chercher du côté d’une certaine extrême gauche antisioniste, celle qui se cache, par exemple, derrière le bouffon Dieudonné. Ils ont deux pays principaux comme bêtes noires, qui sont la Russie et Israël. Ce dernier s’oppose, par nature, au projet universaliste.

S’il n’existe ni projet cohérent, ni formation explicite pour le porter, cet universalisme imprègne, malgré tout, le monde occidental. On retrouve sa philosophie dans les organisations non gouvernementales, ou dans l’alter mondialisme. Surtout le monde politique et médiatique ne peut s’y opposer, puisqu’en en partageant les principes. Par exemple, on a institué un devoir de repentance envers les peuples ayant subi la colonisation ou souffert de l’esclavage, lequel doit moins à la recherche de la vérité quant aux responsabilités qu’à la soumission au poids démographique de ces peuples dans cet état mondial virtuel.

Il y a, à l’opposé, l’universalisme impérialiste. Ce dernier est paradoxal puisqu’il se définit dans le cadre d’un état tel qu’il en existe aujourd’hui, de la France par exemple. C’est autrement qu’on le dénomme, parlant de nationalisme ou de souverainisme. Des partis comme le Front national ou UKip en sont des exemples.

Le paradoxe vient de la cohabitation entre une vision universaliste d’une part et la prétendue défense d’un état-nation de l’autre. Cela ne semble pas gêner ses défenseurs. C’est ainsi qu’on « définit » la France par des valeurs universelles, absurdité s’il en est pourtant.

Le fait que la France et le Royaume Uni soient deux pays concernés par cette version du mondialisme ne doit rien au hasard. Ce sont deux pays ayant eu un empire colonial, qui se sont senti une vocation à diriger le monde comme leur propre empire, et qui en conservent la nostalgie.

De nos jours, l’universalisme mondialiste est porté par un autre pays, les Etats-Unis d’Amérique. Ces derniers veulent toujours régenter le monde, y faire notamment régner une « démocratie » conforme à leur modèle, comme Jules Ferry parlait de la responsabilité des races supérieures envers les races inférieures. Le racisme suprématiste n’est pas absent de cette vision, mais celui-là personne ne le dénonce.

Entre les deux, il y a l’universalisme prétendument européen. Cette version est née de la volonté d’en finir avec les états-nations identitaires de la vieille Europe, accusés d’être responsables des guerres que le continent a connues. On a donc saisi l’occasion de la « construction européenne », dont la conséquence la plus visible a été de retirer aux démocraties nationales une partie de leur pouvoir, au bénéfice d’une superstructure non étatique, l’actuelle Union "Européenne".

Certains, peut-être plus lucides que d’autres, ont compris que l’Europe était le cadre naturel d’une véritable nation, ce dont, précisément, ils ne voulaient pas. Aussi ont-ils réussi à empêcher que la construction ne parvienne à son terme, qui serait la création d’un Etat européen souverain.

A part quelques symboles, comme l’hymne et le drapeau, et quelques réalisations utiles, comme la monnaie unique et l’union bancaire, l’actuelle Union "Européenne" est tout sauf européenne. Dans le conflit en Ukraine, ceux que l'on appelle "pro-européens" prennent directement leurs ordres de Washington. De façon générale, les dirigeants de l’Union s’appuient sur l’organisation militaire de l’OTAN, sur le FMI et sur la banque mondiale. Ils s’apprêtent à instaurer une zone de libre échange avec les Etats-Unis.

Il y a, entre les trois versions, quelque chose de remarquable. C’est leur parfaite complémentarité. Les impérialistes peuvent critiquer, à juste titre, l’échec de l’Europe des prétendus "européistes", lesquels peuvent leur renvoyer à la figure ces valeurs universelles que tous partagent. Et les universalistes assumés n’ont qu’à se féliciter de voir les autres travailler pour eux.

Rares sont ceux qui, comme Eric Zemmour ou Alain Finkelkraut, ne tombent pas dans le piège mondialiste. Malheureusement ceux-là n’ont pas vu que la seule façon de s’en protéger était d’assumer le cadre européen, en oubliant le cadre dit national. Si l’Union européenne peut être critiquée avec autant de pertinence, c’est bien parce que l’Europe est le cadre où la vision universaliste est la plus déplacée.

Peter EISNER (PSUNE/LBTF)

15/02/2015

Les Etats-Unis en Europe. De quoi je me mêle ?

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sam.jpgNous ne sommes vraiment pas en Europe. Nous avons toujours l’OTAN et, derrière l’OTAN, les Etats-Unis d’Amérique qui gouvernent notre politique dite « étrangère », laquelle est, bien souvent, la politique interne à l’Europe. Ce sont eux qui ont décidé de la manière dont allait se disloquer la Yougoslavie, avec des conséquences terribles pour cette région. Il est vrai que les Européens ont commencé par manquer à leur devoir, à commencer par les Allemands qui se sont empressés de reconnaître la Croatie, en ne convoquant pas une conférence pour organiser pacifiquement ce démembrement. Ce sont donc les Etats-Unis qui ont décidé des bons et des méchants, avec les bons Bosniaques musulmans qui pouvaient se permettre de bombarder le marché de Sarajevo pour en accuser les Serbes et les bons Croates qui ont chassé de leur terre les Serbes de la Krajina. Cela nous le savions depuis longtemps.

Nous pensions que l’Europe, nulle sur le plan des relations internationales, gérait un peu mieux son économie. Le problème de la dette grecque lui incombe ; ce sont les citoyens des autres pays européens qui paieront. Or qui faisait la loi en Grèce jusqu’aux dernières élections ? C’était une « troïka » représentant le FMI, la BCE et la commission. Le FMI est une instance internationale. Qu’a-t-il donc à faire dans nos problèmes ? A la rigueur il pourrait prêter à l’Europe qui prêterait à la Grèce ; mais il prête directement. Quant à la BCE, elle est indépendante. Il reste la commission, qui est à l’Europe ce que les fermiers généraux étaient à notre ancien régime. Où sont les représentants du peuple européen ? Le nouveau pouvoir grec a raison de ne plus vouloir de cette troïka. En revanche cela ne change rien pour lui sur le fond. Jusqu’ici nous n’avions que les conséquences d’une gestion lamentable des problèmes par des dirigeants européens incapables, en Grèce et ailleurs. Or voici que survient un fait nouveau. Monsieur Obama se permet de porter un jugement positif sur les demandes grecques. De quoi je me mêle ?

Ces derniers jours, la situation dans l’Ukraine orientale a appelé une initiative d’Angela Merkel et de François Hollande. L’idée n’était pas mauvaise, mais elle faisait suite à des déclarations belliqueuses en provenance des Etats-Unis, qui leur faisaient peur. Etait-ce un éclair de lucidité ? On peut en douter. Dans cette affaire il y a quelque chose qui cloche, indépendamment de tout jugement sur les responsabilités respectives des Ukrainiens et des Russes. Dans quel esprit nos deux chefs d’état sont-ils venus à Minsk ? Comme médiateurs ? Si c’était le cas, il fallait au moins respecter les apparences. Pourquoi les occidentaux se concertent-ils toujours avec Porochenko avant de parler à Poutine ? Pourquoi ce même Porochenko a-t-il été invité, après les accords de Minsk, à Bruxelles ? Ou alors ils veulent imposer leurs vues à la Russie. Pourquoi pas ? Mais, dans un tel cas, il leur est inutile de s’encombrer d’Ukrainiens qui ne peuvent que les gêner par leur intransigeance.

Il faut dire que les journalistes ne font pas preuve non plus d’une impartialité ne serait-ce qu’apparente. C’est ainsi que Vladimir Poutine, président élu comme les autres et juste plus populaire chez lui que ces autres, est qualifié de « maître du Kremlin » ? Pourquoi ne parle-t-on pas du maître (de la maîtresse ?) du Bundestag, du maître de l’Elysée ?

Il y a cependant bien pire. On a vu Biden donner des leçons et proférer des menaces. C’est son droit. Cependant quand il dit qu’il donnera des armes à l’Ukraine en cas d’échec, sans se soucier du responsable de l’échec, il pousse Porochenko à chercher cet échec. Sans doute l’échec n’a-t-il pas été total dans la mesure où les deux grands « européens » voulaient annoncer une issue positive à leurs opinions nationales. Mais on voit aujourd’hui Porochenko annoncer que le cessez le feu a peu de chances d’être respecté. Comment le sait-il ? Parce qu’il ne le fera pas respecter ? Or, si les accords ne sont pas suivis d’effet, on sanctionnera la Russie, sans chercher le responsable. D’ailleurs ces sanctions ne seront levées que si les tensions diminuent. On ne cherche pas non plus à savoir qui pourrait l’empêcher.

Il y a deux explications possibles. Ou bien les dirigeants de l’UE veulent se faire bien voir de la Pologne et des Etats-Unis. Ou alors ils cajolent Porochenko parce qu’ils veulent le lâcher. Peut-être est-ce un peu les deux. Ou alors ce ne serait qu’une nouvelle version du politiquement correct. Quand on est du « bon » côté, quand on œuvre pour la « bonne » cause, alors tout est permis. Les Anglo-Saxons savent très bien faire. Les américains ne savent-ils pas truquer les preuves quand ils croient avoir la justice pour eux ?

Dans cette ambiance, il est très étonnant que quelques politiciens et commentateurs se soient mis à tenir un discours différent de celui des dirigeants et des médias. C’est ainsi que, dans le journal Le Monde, François Fillon a écrit que les Etats-Unis s’étaient disqualifiés dans le différend entre Russes et Ukrainiens. C’est ainsi que, dans L’Express, Christian Makarian écrit que « notre incompréhension [de la Russie] révèle notre fainéantise intellectuelle, ce voluptueux sentiment de supériorité ». Il conclut magistralement ainsi : « on réagit [face à Vladimir Poutine qui exploite les déficiences molles du commerce] par la réduction du commerce. Or on ne peut lui répliquer que par une idée plus haute, plus vaste de l’Europe ». Dans le même journal, Jacques Attali, qu’on connaît plutôt comme un insupportable mondialiste, voit plus loin : « la Russie doit être notre alliée ». Le croissant de nos ennemis va « du Nigeria à la Tchétchénie, en passant par le Mali, la Syrie, l’Irak, l’Afghanistan et une partie du Pakistan ». Il décrit en même temps les vrais ennemis d’Israël. Surtout il n’y met pas l’Iran, qu’il ne résume pas à quelques dirigeants aboyeurs, ni même les Chiites. Il semblerait qu’il ait enfin compris.

Peter EISNER (PSUNE/LBTF)

08/02/2015

Pourquoi Mitterrand n'aurait pas dû être président en 1981

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mensonge,mitterrand,caste médiatique,démocratie,usurpation,francisqueMon analyse ne porte pas sur le bilan des quatorze années du président « socialiste », d’un homme qui avait dénoncé De Gaulle en proclamant « dix ans, ça suffit ! » et qui, face au péril migratoire qu’un Giscard n’avait pas su combattre avait déclaré, « vous êtes ici chez vous chez nous ».

La question est de savoir comment cet homme politique, avec son passé, a pu devenir le premier président « PS » de la Vème république. L’idée est que si son histoire authentique avait été révélée aux Français, malgré l’impopularité relative du président sortant, il n’aurait jamais été élu et aurait même dû être désavoué par ses principaux soutiens.

Que pouvait-on savoir dès 1981 en cherchant un peu, en faisant un travail journalistique de base, travail qui n’a pas été mené ou alors limité à certains journaux « sulfureux » (Le Crapouillot, Minute) dont aucun journal de référence ne reprit les découvertes ? Ces informations étaient en réalité connues de ses adversaires comme de nombreux journalistes. Mais elles ont été tues et nous tenterons d’expliquer pourquoi. En 1981, peu savaient qu’un début de cancer de la prostate avait été diagnostiqué chez le candidat « socialiste ». Cette information aurait néanmoins dû être connue des Français, et à plus forte raison en 1988. Ils étaient en droit de connaître l’état de santé précis d’un candidat à l’élection ultime. Ils ne l’ont été qu’une fois Mitterrand réélu et gravement atteint, lorsque le secret ne pouvait plus être conservé.

Mais nombreux connaissaient le passé d’extrême-droite de François Mitterrand dans les années 30, un proche alors de l’Action Française et des Croix de Feu, mais aussi de la Cagoule, et qui avait même défilé au quartier latin contre « l’invasion métèque ». Ils savaient aussi que Mitterrand n’avait pas été résistant tout de suite et même avait soutenu Pétain jusqu’en 1942, au point d’être décoré de la francisque par le vieux maréchal. Ils savaient que le candidat socialiste menait une double vie, mais seul l’hétérodoxe Jean-Edern Hallier osa braver ce tabou au péril de sa vie et ce bien après 1981. Enfin, ils ne pouvaient pas ignorer que Mitterrand lui-même avait organisé dans les années 50 un faux attentat contre sa personne, le fameux « attentat » dit de l’Observatoire qui, à lui seul, aurait dû lui interdire toute carrière politique de premier plan.

Voilà des éléments que les Français étaient en droit de connaître avant de se prononcer sur le choix de leur président de la république. Mais les media n’ont rien dit, de même que ses adversaires, de gauche comme de droite. L’ancien employé de Messerschmitt, le volontaire STO Georges Marchais, aurait été mal placé pour lui faire la leçon. Et la droite, comme à son habitude, n’a aucun courage quand elle est confrontée aux leçons de morale d’une « gauche » pourtant mal placée en ce domaine. On le voit encore ces derniers jours avec des ténors de l’UMP appelant à voter pour le PS contre le FN.

C’est en 1965 qu’une occasion en or de neutraliser politiquement Mitterrand était offerte à Charles De Gaulle. Ce dernier s’était ainsi imaginé être élu dès le premier tour, mais il fut contraint à un second tour qu’il emporta nettement, mais sans dominer de manière écrasante son adversaire. De Gaulle avait sous la main un dossier complet. Il pouvait ainsi réduire le dit adversaire à néant. Son honneur personnel lui interdit néanmoins d’utiliser l’arme absolue, sans songer qu’il aurait pu arrêter là la carrière de quelqu’un qui devint 26 ans après président. On constatera de la même façon que Valéry Giscard d’Estaing n’a jamais osé attaquer Mitterrand sur son passé, ni en 1974, ni en 1981.

Pourquoi la droite et les media n’ont-ils pas osé déballer ce passé qui n’aurait jamais dû passer ? La droite a toujours été tétanisée par la « gauche » et n’a jamais osé lui rentrer dans le lard. Elle ne l’a pas fait en 1981 et pas davantage depuis. On imagine pourtant un Chirac en 1988 faisant alliance avec le FN et qui aurait pu rétorquer aux leçons de morale de Mitterrand le passé de ce dernier. Sa victoire était alors assurée.

Quant aux media, le milieu journalistique étant dominé par la « gauche », ils avaient intérêt à taire la vérité et à assurer ainsi le succès de leur poulain, même si ce dernier avait été jadis d’extrême-droite, un « crime » qu’on ne pardonne pas en revanche à Longuet ou Madelin. Ils ont ainsi menti aux Français, pratiqué une évidente désinformation, afin de donner à la « gauche » une victoire politique après sa victoire idéologique (depuis 1968).

A partir du moment où les Français ont élu François Mitterrand sans bénéficier des informations nécessaires pour se déterminer de manière libre et souveraine, cette élection a constitué un coup d’état politico-médiatique, un viol du peuple. Et de même en 2012 on aurait pu avoir comme président un homme politique ayant un « problème » avec les femmes, si son comportement ne lui avait pas dû une arrestation aux USA. L’Elysée serait devenu un véritable lupanar. En 2007, les deux candidats du second tour affichaient une famille unie alors qu’aucun des deux ne vivait plus avec son compagnon. C’est ainsi qu’Arnaud Montebourg, à cause d’une boutade médiatique où il révélait que le problème de Ségolène Royal était « son compagnon », fut exclu de la campagne. Mentir aux Français avant d’être élu, ce n’est pas simplement faire de fausses promesses qu’on sait ne pas tenir, c’est mentir aussi sur qui on est et avec qui on vit.

Ce trait de caractère ne se trouve pas qu’au PS ou à l’UMP. On se souviendra ainsi de l’émoi médiatique faisant suite à l’annonce par un journal à scandales de l’orientation sexuelle d’un haut responsable du FN. Néanmoins, à l’âge médiatique, malgré la malhonnêteté intellectuelle des media du Système, les secrets les mieux gardés finissent par voler en éclats. Il serait bon qu’ils explosent avant que ces gens soient élus et non une fois en place.

Si la classe médiatique faisait bien son travail, elle aurait le devoir de livrer aux citoyens une information des plus complètes. Mais elle ne le fait pas car elle a un intérêt personnel à mentir et à faire élire des gens qui sans cela ne seraient jamais élus. François Mitterrand en 1981 aurait été battu ou n’aurait même pas été choisi candidat de la « gauche ». Chirac en 1995 n’aurait sans doute pas non plus été élu, de même que Sarkozy en 2007 et Hollande en 2012. L’histoire de notre pays aurait-elle alors changé en mieux ? C’est probable. Car rien de bon ne naît des mensonges !

C’est pourquoi il ne peut y avoir de démocratie véritable que s’il y a une transparence totale en politique et que si des journalistes neutres et objectifs informent correctement les citoyens de la réalité derrière les beaux discours et les apparences. Nous en sommes malheureusement loin.

Thomas FERRIER (PSUNE/LBTF)

26/01/2015

Elections législatives en Grèce – Victoire de Syzira ou la démagogie triomphante.

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syriza_logo.jpgLes derniers sondages indiquaient une forte poussée de Syriza, la formation de gauche radicale d’Alexis Tsipras, ces derniers jours. Ce dimanche, elle est confirmée. A 89% du dépouillement, les grandes tendances sont connues et ne devraient évoluer qu’à la marge.

Syriza obtient près de 36.4% des voix et 149 sièges, manquant de peu la majorité absolue à 151 sièges. Le parti pourrait néanmoins l’obtenir dans les prochaines heures si la tendance générale se poursuit. C’est une nette victoire pour ce mouvement considéré comme l’équivalent du Front de Gauche de Mélenchon en France. Ce dernier s’est d’ailleurs plus ou moins attribué ce résultat, sans qu’il ait participé de quelque manière que ce soit à la campagne électorale.

La Nouvelle Démocratie du premier ministre sortant Antonis Samaras a connu en revanche une sévère déconvenue, avec moins de 27.9% des voix et 76 sièges, ce qui malgré tout n’est une chute que de deux points par rapport à 2012. Syriza en revanche a obtenu près de dix points de plus. Ce résultat peut s’expliquer aisément, on le verra.

Le PASOK, la gauche sociale-démocrate historique, avec 4.7% des voix environ, sauve de justesse sa tête et conserve 13 députés. Mais il continue sa descente aux enfers, puisqu’en 2012 il obtenait encore 12.3% des voix. Il a été littéralement avalé par Syriza, ce qui implique néanmoins un recentrage de ce dernier, car il n’y a pas eu 35% de vote gauchiste en Grèce.

L’Aube Dorée (Hrysi Afgi), qui avait été quasiment démantelé par le gouvernement, avec ses principaux dirigeants arrêtés sous de graves accusations, obtient 6.3% des voix et 17 sièges. C’est moins que ce que certains sondages annonçaient et moins que les 6.9% obtenus en 2012. Dans un contexte où les électeurs ont voulu donner leur chance à Syriza, le résultat n’est pas calamiteux. Les Grecs Indépendants, souverainistes de droite, perdent en revanche beaucoup de voix, passant de 7.5% à 4.7% des voix et 13 députés (contre 20 en 2012). Le LAOS reste aussi insignifiant qu’en 2012 avec 1% environ des voix. Sa disparition à brève échéance paraît inévitable.

Les communistes du KKE progressent légèrement avec 5.5% des voix (contre 4.5% en 2012) et obtiennent ainsi 15 députés, tout comme les centristes et modérés de « To Potami », nouveau venu, qui réalisé avec 6% des voix et 17 sièges un score honnête pour une première élection. Socialistes dissidents (2.4%) ou centristes alternatifs de l’Union des Centres (1.8%) échouent à atteindre la barre fatidique des 4% donnant droit à une représentation nationale.

Syriza est donc en mesure de gouverner le pays, malgré un programme économique parfaitement démagogique, et inapplicable, malgré le fait de ménager l’Eglise et les riches armateurs, qui n’ont pas subi la crise, malgré un programme en matière d’immigration parfaitement délirant par son laxisme débridé. Le parti devra néanmoins s’associer pour gouverner, probablement avec le KKE si celui-ci joue le jeu, mais certainement pas avec le PASOK, durement fragilisé.

Le résultat de Syriza est dû essentiellement à la logique gauche/droite. Avec l’élimination du PASOK, Syriza incarne la gauche face aux conservateurs de Nouvelle Démocratie. Ceux-ci sont au pouvoir depuis 2012 et ont dû appliquer des mesures de restriction budgétaire particulièrement draconiennes, engendrant bien sûr une forte impopularité en retour. Le sérieux de leur gouvernance a déplu à beaucoup d’électeurs. Ceux-ci se sont imaginé que la victoire de Syriza permettrait au moins de desserrer l’anneau. Je crains qu’ils ne se soient trompés.

Il n’y a pas de solution nationale à cette crise que connaît la Grèce, mais que connaît à des degrés divers toute l’Europe, même la Russie. Seul un pouvoir européen fort et légitime pourrait obliger les mondialistes à plier le genou devant elle. La Grèce serait ainsi sauvée et l’Europe avec elle.

Les promesses déraisonnables de Syriza rappellent les promesses du candidat socialiste en France en 2012. Ils ne feront pas le dixième de ce qu’ils ont annoncé, surtout s’ils veulent maintenir la Grèce dans la zone euro. Entre l’euro et leurs prétendues idées, ils devront choisir.

L’échec programmé de Syriza montrera définitivement aux Européens l’utopie d’un salut « national », qu’il soit promu par l’extrême-gauche ou par l’extrême-droite. Le soutien implicite du FN et de DLR à Syriza, soutien contre nature, uniquement motivé par une UE-phobie de principe, risque d’avoir un effet boomerang. Si rien ne change, et rien ne changera, leurs propres « solutions » perdront beaucoup en crédibilité.

Thomas FERRIER (PSUNE)

17/01/2015

Lexique du partisan européen - "Révolution"

REVOLUTION

révolution européenneUne révolution s’incrit dans un processus cyclique. Elle met fin à un cycle et donne naissance à un nouveau. Elle est donc au sens strict une renaissance. Un mouvement révolutionnaire est ainsi caractérisé par son refus d’accepter le monde « tel qu’il est », par une remise en cause radicale des fondements de la société en place, de ses valeurs et de ses discours, par la volonté d’arriver au pouvoir en s’affranchissant partiellement ou totalement des règles en vigueur, et par son but d’agir non seulement sur le présent et l’avenir mais en revenant sur toutes les politiques menées antérieurement qui n’iraient pas dans son sens. Il veut « changer le monde ».

Les européistes ("identitaires") sont des révolutionnaires partisans de la mise en place d’un nouvel Etat vierge juridiquement qui a pour nom « Europe ». Leur but est de refonder l’Europe sur ses valeurs ancestrales, donc sur ses racines, son « européanité ». Ils reconnaissent les principes fondamentaux de la démocratie en ce sens qu’elle est porteuse d’une légitimité populaire et qu’elle correspond à la vision naturelle profonde des Européens. Néanmoins, leur arrivée au pouvoir est envisagée selon un processus révolutionnaire analogue à celui ayant permis la révolution française mais ce au niveau européen. Ils prônent donc d’abord une « révolution par les urnes », à savoir l’acquisition d’un fort soutien populaire européen, puis une « révolution par les actes », l’auto-proclamation du parlement européen en assemblée européenne constituante, cette dernière agissant de manière indépendante des anciens Etats et sans être liée aux politiques qui y auront été menés par le passé. Enfin, leur révolution est une rupture avec l’universalisme dominant les partis politiques contemporains, au profit d’une vision strictement eurocentrée. C’est donc à une triple révolution, politique, institutionnelle et morale qu’ils invitent les Européens.

Thomas FERRIER

Perspectives 2017

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François Hollande.

On le disait fini. La séquence d’émotion « Charlie », en cela grandement aidée par une coopération totale des media, a permis de remettre en selle le président et son exécutif. L’ « union nationale » tait toute réflexion pour mettre la nation en ordre de bataille derrière son chef. Les ténors de la droite et même la dirigeante du FN ont ainsi reconnu au président le fait d’avoir été « à la hauteur ». Certes, le temps est encore long jusqu’à 2017 mais Hollande a au moins gagné la légitimité au sein de son camp et c’est ce qui était pour lui le plus important. Sa candidature en 2017 ne devrait donc pas être menacée.

En 2017, François Hollande fera du Hollande et personne ne s’attend à autre chose de sa part. Il défendra son « bilan ». Difficile dans ces conditions de lui donner la moindre chance de passer au second tour. La gauche est divisée, Front de Gauche et Ecologistes seront à nouveau de la partie. Quant à son allié de second tour, François Bayrou, il est durement affaibli. Néanmoins on ne sait jamais. Hollande a prouvé par le passé sa capacité à rebondir et on s’étonnera une fois de plus que les Français ne lui demandent aucun compte. Dans le drame, le peuple français a conservé un brin de nostalgie pour la monarchie. Il a besoin d’être rassuré, il a besoin qu’on lui mente. Une nation d’hommes libres, à la conscience aiguisée, ne se serait jamais comportée ainsi.

Nicolas Sarkozy.

Son retour politique a été calamiteux. Ses longs silences face à l’actualité en disent long sur son incapacité à déterminer une stratégie politique pour 2017. Adepte des équilibres, il a remis en avant la centriste Kosciuszko-Morizet, qui lui avait pourtant coûté la victoire en 2012, pour neutraliser le centre. Il a également propulsé Laurent Wauquiez pour rassurer la droite du parti. Buisson éliminé du jeu présidentiel suite à la fameuse affaire des « écoutes », Sarkozy ne maintiendra pas son « virage à droite », contrairement à ce que les media prétendent. Cette fois il n’enverra aucun signal à l’électorat FN car il pense qu’il n’en a pas besoin.

Hollande affaibli, Sarkozy le juge peu capable de se retrouver au second tour. Il parie sur la qualification quasi certaine de Marine Le Pen. Pourquoi « droitiser » son discours au risque d’inciter les centristes à une candidature présidentielle ? Pourquoi « droitiser » son discours au risque de voir Juppé et même Fillon s’opposer explicitement à lui ? Il n’a pas besoin des voix du FN. Ce qui lui faut c’est un bon report des voix du centre et de gauche au second tour afin qu’il se fasse élire comme Chirac en 2002, mais certes avec une marge beaucoup plus réduite.

La stratégie Hollande bien évidemment est au contraire de faire monter le FN le plus haut possible au détriment de l’UMP et de favoriser une candidature centriste. Après tout, sait-on jamais. Si finalement, par une étrange pirouette de l’histoire, Hollande se trouvait face à Marine Le Pen, sa réélection serait certaine.

Marine Le Pen.

Marine Le Pen n’a qu’une stratégie à avoir, « tenir ». C’est quand elle ne fait rien, et quand elle ne dit rien, que les faits lui « donnent raison ». Le déni de toute réalité par les dirigeants de l’UMP et du PS est son meilleur allié. En même temps, sa dédiabolisation a échoué, malgré tout le zèle qu’elle y met. Elle peut remercier le PS de l’avoir rejetée hors de la « marche républicaine ». Un FN « comme les autres », cela n’intéresse pas ses électeurs. Sa stratégie est suicidaire. Elle n’est sauvée que parce que ses adversaires sont encore plus médiocres qu’elle et lui ouvrent une voie royale.

Pourra-t-elle néanmoins continuer jusqu’en 2017 à conserver ses électeurs sans que sa stratégie de recentrage, de pseudo-crédibilisation, ne finisse par les dégoûter ? Troquer la lutte contre l’immigration pour la lutte contre l’Union Européenne et l’€, donnant à son programme économique une image d’impréparation et de sectarisme, n’est pas ce que veulent ses électeurs. Le virage souverainiste du FN sera tôt ou tard sa perte. Mais tant qu’il n’y aura aucune régression électorale, il continuera en ce sens.

2017 sera certainement son année. Celle où elle sera la plus proche de remporter l’élection. Mais elle échouera et ne peut qu’échouer. Il ne suffit pas de s’auto-décréter « crédible » pour l’être. Elle devra continuer de gérer les déclarations de plus en plus provocatrices de son père, sans avoir les moyens de le contraindre au silence. Elle n’est aucunement en moyen de l’exclure du parti qu’il a fondé. Or quelqu’un qui n’est pas capable de faire le ménage au sein de son propre parti le serait-il au niveau de l’Etat. De la même façon, devenue otage de son fidèle lieutenant, Florian Philippot, dont le discours a de quoi écœurer tout électeur FN « traditionnel », elle perd beaucoup dans sa capacité de rebondir efficacement sur l’actualité. Son discours « républicain » est insipide et inintéressant.

Sauf surprise, Marine Le Pen sera au second tour en 2017 avec un score compris entre 25 et 32% des voix. Ce sera à la fois son acmé et son chant du cygne.

Thomas FERRIER (PSUNE/LBTF)

28/12/2014

Lexique du partisan européen - "Nationalité"

NATIONALITÉ / CITOYENNETÉ

nationalité européenne,citoyenneté,ius sanguinis,europeLa citoyenneté est à la nationalité ce que la cité-état est à l’état-nation. Dans l’antiquité, comme dans les républiques modernes, citoyenneté et nationalité sont des termes parfaitement synonymes. En revanche, dans les empires, les deux notions sont séparées. Ainsi, en Russie, qui est à la base un empire multiethnique autour d’un peuple fondateur, on distingue le citoyen « russe » ou russien (российский) du national russe ou russe au sens ethnique du terme (русский). Ainsi, un mordve est de nationalité mordve mais de citoyenneté russe, et c’est parce qu’il dispose de cette dernière qu’il peut voter aux élections. Le terme de « nationalité » est alors à comprendre comme « origine » ou « ethnicité ».

La citoyenneté est une notion apparue en Grèce antique, le terme latin ciuis (« citoyen »), venant de l’indo-européen *keiwos, n’étant que la transposition du terme grec politeus (πολίτευς). Le citoyen est celui né de deux parents citoyens, selon la règle du ius sanguinis, « droit du sang » ou « principe d’ascendance », en vigueur dans la plupart des cités grecques, et notamment à Sparte, à Thèbes et à Athènes.

Cette règle non écrite fut formalisée à Athènes en 451 avant J.C par Périclès, père de la démocratie, en raison du dévoiement de la citoyenneté athénienne par les tyrans, Pisistrate et ses successeurs, qui l’avaient conférée auparavant à des étrangers dévoués à leur cause. Périclès instaure donc la règle de la double filiation, patrilinéaire et matrilinéaire, et en outre révise les listes de citoyens en retirant la citoyenneté aux étrangers qui en avaient bénéficiée sous la tyrannie. La citoyenneté est considérée comme un devoir réservé à des porteurs naturels.

En revanche, dans les systèmes autocratiques, règne la règle du ius soli, « droit du sol ». Seul compte alors le lieu de naissance du sujet, car on n’y parle pas de citoyen. Lorsque l’empire romain, qui durant le principat avait conservé bien des traits de l’ancienne république, le « prince » n’étant que le « premier des citoyens » à l’instar d’Auguste, assuma son caractère autocratique au IIIème siècle de notre ère, il abandonna le ius sanguinis, qu’il avait considérablement affaibli par de multiples naturalisations, parfois de peuples entiers, ce qui pouvait s’expliquer dans le cadre de l’idéologie universaliste qui dominait dès lors à Rome, pour le ius soli. C’est en 212 après J.C que l’empereur Caracalla, lui-même de souche parfaitement étrangère à la romanité ancestrale, décida de conférer à tous les hommes libres nés sur le sol romain la « citoyenneté » romaine. Cela incita les Germains notamment à s’implanter dans l’empire de manière à en bénéficier. Sans être la cause unique des invasions « barbares », ce choix fut néanmoins déterminant.

Ce « droit du sol » fut maintenu pendant toute la période des âges sombres et ce jusqu’à la révolution française, selon le principe « est serf d’un seigneur le serf né sur les terres du dit seigneur », à l’exception de la noblesse, qui héritait de son statut, et des droits liés. A partir de 1789, les juristes révolutionnaires, convergeant alors avec les juristes de droit romain, décidèrent de restaurer l’antique droit en matière de nationalité. C’est ainsi que Napoléon Bonaparte, alors premier consul, restaura le droit du sang mais de manière partielle, uniquement sa version patrilinéaire, et par la suite, ce modèle se répandit dans toute l’Europe, et notamment en Allemagne, en Italie ou en Grèce moderne.

En 1889, la France républicaine décida néanmoins à côté du droit du sang d’ajouter un droit du sol, en raison de la présence de nombreux autres Européens sur le sol national, afin que ceux-ci, devenus citoyens, puissent grossir le nombre des troupes mobilisables en cas de nouvelle guerre contre la Prusse. C’est ainsi qu’elle rentra dans un processus de dévalorisation de sa nationalité, même si aucun effet négatif n’en résultait, car concernant des populations de même souche.

Alors que l’Allemagne maintenait entre le peuple allemand et les populations coloniales une différence de statut, seuls les Allemands étant citoyens, la France adopta une conception impériale, et donc anti-républicaine, consistant à vouloir faire citoyens les populations natives de son empire. C’est ainsi que les Algériens dès 1946 purent être considérés comme français, sans disposer cependant de tous les droits inhérents. Et c’est pour les mêmes raisons que les gouvernements français, sans consulter leur peuple en aucune manière, ont facilité l’obtention de la nationalité française aux nombreux migrants issus de son ancien empire colonial, après l’indépendance de ce dernier entre 1946 et 1960.

Par la suite, la France a incité ses voisins européens à introduire dans leur droit le ius soli, ainsi en Allemagne sous Schröder en 2000 et en Grèce sous Papandreou en 2008. En Italie, Romano Prodi en 2005 voulait faire de même. Les naturalisations complaisantes ont abouti cependant à un résultat quasi identique.

Ainsi, comme on vient de le voir, la nationalité française actuelle, de même que celle d’autres pays européens encore que pas tout à fait tous, est-elle parfaitement illégitime et n’a-t-elle strictement plus aucune signification.

Devant un tel constat, les partisans des états nations concernés seront désarmés. Ils n’ont pas la liberté de manœuvre qui leur permettrait de revenir, fût-ce seulement en pensée, sur les décisions prises antérieurement.

Cependant ce n’est pas dans ce cadre que nous serons placés. Nous voulons en effet construire un nouvel état, celui que mérite depuis longtemps la nation européenne qui allie notre patrimoine et notre destin. Ce sera devant une copie blanche, traduite par une tabula rasa juridique, que nous serons installés, comme il se doit quand un nouvel état naît, qui ne prend la succession d’aucun autre. Il faudra créer pour cet état une nationalité européenne, fondée sur le ius sanguinis, à la fois patrilinéaire et matrilinéaire, mais surtout qui ne devra rien aux nationalités existantes ; ces dernières seront maintenues au moins provisoirement, même s’il n’existera plus d’état pour leur correspondre.

Les conditions générales d’accès à cette nationalité européenne seront définies par une assemblée constituante formée par des représentants élus des états dans leur configuration actuelle. Comme pour l’instauration de la monnaie unique, des critères de convergence seront retenus, qui préserveront les intérêts des citoyens des états les plus vertueux sur le sujet.

Ces conditions d’accès à la nouvelle nationalité prévoiront aussi la résolution des cas particuliers par des instances populaires locales adéquates, comme le traitement de toutes les questions liées au sujet. Le tout sera ensuite entériné par un référendum étendu à tous les citoyens européens.

Ainsi, quelles que soient les décisions qui auront été prises, elles l’auront été dans le respect le plus strict de la démocratie. Elles seront donc totalement légitimes.

Thomas FERRIER

21/12/2014

Zemmour exilé

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eric_zemmour_reference.jpegAprès près de dix ans de débats, l’émission « Ca se dispute » où s’opposent Eric Zemmour et Nicolas Domenach s’arrête par décision unilatérale d’I-Télé. Elle fait suite à une campagne de diffamation contre l’un de ses chroniqueurs au motif qu’il aurait dans un entretien au journal italien Corriere della Sera tenu fin octobre des propos choquants où il aurait prétendument prôné la « déportation » de cinq millions de musulmans, des propos intolérables aux yeux d’un comité de journalistes de la chaîne. Différentes associations, en plus de membres du gouvernement et/ou du Parti Socialiste, ont « réclamé sa tête » et l’ont obtenue. Néanmoins, pour le moment, Paris Premiere et RTL maintiennent leur confiance à Eric Zemmour. Les réactions outrées de nombreux citoyens et d’acteurs de premier plan de la politique nationale, surtout de droite, les feront hésiter à se séparer de lui, si telle était leur intention.

C’est Jean-Luc Mélenchon qui en début de semaine a levé ce faux lièvre, par le biais d’une traduction biaisée d’une question d’un journaliste italien à Eric Zemmour à savoir s’il était favorable à « deportare cinque milioni di musulmani francesi », ce qu’il convient de traduire correctement par « expulser cinq millions de musulmans français ». Eric Zemmour a alors répondu que c’était irréaliste, mais qu’en substance l’histoire enseignait que tout peut arriver, selon le principe de l’ « imprévu dans l’histoire ». Zemmour n’est pas un responsable politique mais un analyste. Il ne propose aucune solution aux constats qu’il émet. Il ne préconise rien. On lui reproche donc, au fond, de ne pas s’être indigné bruyamment contre l’idée contenue dans la question par ce journaliste, la vieille accusation absurde du « qui ne dit mot, consent ».

Le latin deportare signifie « exiler ». Dans les langues européennes, cas du français à part, il a pris la signification d’expulser. C’est le sens précis du terme « deportare » en italien comme de « to deport » en anglais, un vocable officiellement utilisé en matière de lutte contre l’immigration clandestine. C’est aussi le sens 1 du terme de « déporter » en français, à savoir « condamner une personne à l’exil ». Mais le sens 2, moderne, est explicitement associé au transfert de gens dans des camps, nazis ou soviétiques. C’est bien en raison de cette connotation tragique que Zemmour est mis en cause.

En outre, le journaliste italien Stefan Montefiori a reconnu avoir modifié pour des raisons journalistiques les termes employés dans sa question posée oralement au journaliste français. Il n’y avait donc aucune raison objective de s’indigner.

Cette indignation sélective, basée sur de fausses informations, n’a pas amené ceux qui en étaient responsables à reconnaître leurs torts et à revenir en arrière de leurs déclarations (hypocritement) outragées, bien au contraire. Cela leur a servi d’alibi pour se débarrasser médiatiquement de l’auteur de propos dérangeant l’idéologie bien pensante et contre lesquels elle se trouve intellectuellement démunie. Si cela n’avait pas été cet entretien, cela aurait été autre chose. Pourtant I-Télé va perdre des plumes en se séparant d’un chroniqueur pugnace, apprécié de nombreux téléspectateurs pour son franc-parler, et qui dopait l’audience de la chaîne. Si I-Télé a consenti à plaire aux « bonnes âmes », des gens qui appellent à la censure d’opinions qui ne leur plaisent pas, précisons le, c’est sous la pression. La chaîne sera certainement d’une manière ou d’une autre dédommagée pour ce sacrifice sur l’autel du conformisme médiatique.

L’affaire « Zemmour » doit servir de leçon. Peu importe les concessions que vous ferez au « politiquement correct », peu importe la pureté de vos opinions, peu importe l’humanité que votre personne dégage, et que tous reconnaissent à Eric Zemmour. Si le Système en place veut vous abattre, au mépris de la démocratie la plus élémentaire, il le fera. Et il s’opposera même à ce que vous puissiez répondre de ce dont on vous accuse. L’émission enregistrée où Olivier Galzi interrogeait Eric Zemmour, a vu sa diffusion déprogrammée. Même cela, on lui refuse. Et Le Figaro précise qu’I-Télé n’a même pas eu la décence d’informer son chroniqueur de l’éviction qu’elle venait de décider, comme s’il avait été bloqué sans sommation d’un forum de discussion.

Ce pourquoi toute révolution politique doit s’accompagner d’une révolution médiatique. Nouveaux paradigmes, nouveaux media !

Thomas FERRIER

16/12/2014

Lexique du partisan européen - "Nation"

NATION

Flag_of_Europe_entrelas_celtiques_red.pngLa nation, terme formé à partir de la vieille racine indo-européenne *gen- au sens de « naissance, lignée, ascendance », est stricto sensu le regroupement de ceux « de même souche », des « homogènes ». Lorsque certaines personnalités de la droite dite « nationale » affirment ne pas avoir une « conception ethnique » de la nation, ils en trahissent le sens véritable. Il n’est d’ailleurs pas surprenant que la traduction grecque du latin « natio » soit justement « ethnos ».

La nation repose sur le principe d’autochtonie, sur l’idée d’une profonde parenté entre tous les citoyens qui la composent, que cette parenté soit réelle ou le fruit d’une sincère conviction. Elle se reconnaît par différentes matérialisations, à savoir les caractéristiques anthropologiques, culturelles, religieuses et linguistiques majoritaires de la population. La nation française repose donc sur l’européanité anthropologique et civilisationnelle de son peuplement, sur un catholicisme établi sur des traditions celtiques, sur la langue française et sur une histoire et des mythes partagés.

Cette définition de la nation vaut pour la France mais elle vaut en réalité aussi bien pour l’Europe. La seule différence, c’est qu’il n’existe pas de langue européenne, bien que plus de 96% des Européens parlent une langue indo-européenne comme langue de naissance. Cette nuance écartée, tous les autres critères évoqués pour définir la nation sont valables pour l’Europe. Par ailleurs, il existe au niveau français une certaine diversité que le jacobinisme a voulu sans succès effacer. Entre un basque et un breton, il y a au moins autant de différences, ou aussi peu, qu’entre un irlandais et un hongrois.

On m’opposera une prétendue définition « française » de la nation, celle de ceux qui à l’instar de François Hollande vantent une « France » universelle, c'est-à-dire en réalité la négation de la France authentique. Mais en vérité la nation française n’est pas différente des autres nations d’Europe. Elle n’a jamais été le fruit d’une immigration perpétuelle mais au contraire d’un enracinement sur des siècles et des siècles. La population européenne a été en réalité et au-delà des millénaires d’une formidable stabilité.

Non, la France n’est pas universelle. Elle est une nation d’Europe. Une nation au sein d’une plus grande nation, de cette grande nation en devenir qu’est l’Europe. Et sa population est européenne depuis toujours, n’en déplaise aux nostalgiques de l’empire colonial ou à ceux qui veulent nous imposer une « diversité » non désirée.

Thomas FERRIER

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15/12/2014

Lexique du partisan européen - "République"

REPUBLIQUE

république,europe,révolutionLa notion de république provient de l’expression romaine res publica, mot à mot la « chose publique », c'est-à-dire l’ « intérêt général » ou le « bien commun ». C’est l’idée d’un régime au service du plus grand nombre, du peuple dans son ensemble, et non au service d’une minorité favorisée. Si l’opposition entre patriciens et populaires ne sera pas réglée en 509 par l’action de Brutus l’Ancien, c’est pourtant à ce héros de la tradition romaine qu’on attribue la naissance de la République.

Ce n’est pas un hasard si le terme de « république » se traduit en grec par « démocratie », même si la république romaine, avec ses Comitia et son Senatus, était bien loin des canons de la démocratie athénienne. Polybe y verra au contraire une cité en équilibre entre les différents régimes possibles tels qu’analysés par Aristote, un régime à la fois aristocratique et démocratique. Pourtant, le modèle du citoyen romain, à la fois paysan et soldat, est fondamentalement démocratique par nature. Et ce même si le patricien a le droit d’être un chevalier (equites) alors que l’homme du peuple devra se contenter d’être légionnaire.

La république est donc en premier lieu la polyarchie, le commandement du « plus grand nombre », et s’oppose à la monarchie, de la même façon que Brutus l’Ancien a chassé les rois Tarquins. Est républicain qui n’est pas monarchiste. Ce qui ferait de nos jours vraiment beaucoup de républicains.

Mais la république est aussi la recherche de l’intérêt général, le refus d’être au service d’une minorité, que celle-ci repose sur une origine ou une confession, d’un groupe de pression ou d’un parti. A la différence d’un empire, cosmopolite par nature, la république repose sur l’homogénéité du corps de ses citoyens, sur la parenté d’origine et de culture. Cela évite justement la dissension qui naît nécessairement d’une trop grande différence et qui a mis fin à la république romaine. Ce n’est pas un hasard si la démocratie athénienne reposait sur le principe du droit du sang et sur le mythe de l’autochtonie.

Ceux qui se prétendent républicains, au nom de valeurs prétendument universelles, de « beaux principes » éthérés, ne le sont pas. C’est la nouvelle « noblesse » avec son « clergé » et ses « tables de la loi », l’hyper-classe politico-économique, son clergé médiatique et ses « droits de l’homme ». C’est une oligarchie qui se prétend républicaine, comme ces empereurs romains qui maintenaient le symbole SPQR mais en le vidant de son sens. Mais c’est en réalité une oligarchie au service d’intérêts planétarisés. Notre République, ce n’est pas la Vème oligarchie de l’Etat « français », c’est l’Europe. Une république qui chassera les tyrans qui emmènent notre civilisation à sa perte, au précipice d’une mondialisation suicidaire. Une république qui soumettra les puissances d’argent à l’intérêt général du continent et de sa population native. Une république qui brisera, qui « brisera [enfin] ces vieilles tables » (Nietzsche).

Thomas FERRIER

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