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07/10/2012

Abu Hamza, symbole de la permissivité maladive de l’Europe

Hamza.jpgAprès huit ans de procédure, le « citoyen britannique » Abu Hamza a enfin été envoyé aux Etats-Unis pour y être jugé. Abu Hamza, cet égyptien naturalisé britannique par on ne sait quel délire, était bien connu comme prêcheur de haine dans ce qu’il est convenu d’appeler le « Londonistan ». Ce n’est qu’avec les évènements du 11 septembre 2001 que la presse commence à s’intéresser à ce sinistre personnage, puisque ce dernier a approuvé l’action des islamistes.

Son cas est intéressant car il représente bien la permissivité de l’Europe, et le Royaume-Uni, membre un peu à part au sein de l’Union Européenne, et référence des souverainistes, n’échappe pas du tout à la règle. Cet islamiste, qui prônait l’instauration de la sharia en Grande-Bretagne, est même devenu citoyen britannique, une « citoyenneté » qu’il décrivait de manière très objective comme, je cite, une « identité superficielle », une commodité lui permettant de voyager, et qu’il réduisait à des simples « papiers » bien utiles.

Alors que les sociétés démocratiques anciennes, et les sociétés européennes modernes jusqu’il y a quelques décennies, étaient économes en naturalisation, considérant cette dernière comme un acte exceptionnel, elles ont depuis largement ouvert les vannes des naturalisations de masse, offrant sa nationalité à n’importe qui. En France 120.000 personnes par an en moyenne sont naturalisées pour des motifs les plus variés mais se résumant généralement à un temps de présence « suffisant » sur notre territoire. Le PS, à peine en place depuis quelques mois, a d’ailleurs à nouveau assoupli les règles de naturalisation, la droite ayant introduit quelques légers freins par le biais d’un questionnaire de culture générale sur notre pays. Il faut dire que cela lui procure des électeurs supplémentaires, même si on naturalise des gens qui ne parlent même pas français, qui sont entrés illégalement sur notre territoire ou des musulmans fondamentalistes. Ce fut le cas au Royaume-Uni d’Abu Hamza.

Non content de cracher sur son pays d’adoption à chaque allocution, ce personnage n’a jamais manifesté la moindre compatibilité avec la civilisation européenne, qu’il méprise de toute son âme. Et pourtant, lorsque les Etats-Unis le réclament, il faut huit ans de procédure pour pouvoir enfin le faire partir de ce pays. Il a utilisé tous les recours possibles, nationaux et internationaux, en appelant même à la CEDH. Il faut toutefois noter que bien que « citoyen britannique », le gouvernement a pu au final l’extrader, preuve qu’il ne l’a jamais vraiment considéré comme tel d’ailleurs. On apprend par ailleurs par la presse britannique que la reine d’Angleterre elle-même était contrariée par la présence de cet extrémiste.

Parce que le droit est devenu fou, parce que les procédures de recours sont bien trop nombreuses et surtout accessibles à n’importe qui, la civilisation européenne n’est plus capable de se faire respecter sur son propre sol. Elle confère la nationalité des états à n’importe qui, elle donne des droits à des gens qui n’ont jamais rien fait pour les mériter. Il faut donc huit ans pour qu’un fanatique puisse être expulsé. Mais combien d’années ont en revanche été nécessaires pour le naturaliser ? Qui a pris cette décision ? Qui a signé le décret de naturalisation ?

Theresa May, le ministre conservateur de l’Intérieur, a déclaré que ce délai trop long était frustrant. Cela veut bien dire que, UE ou pas, l’Etat britannique n’est plus depuis longtemps un état souverain, et ce même si David Cameron lance une croisade aussi excessive qu’injuste contre le fédéralisme européen. Est-ce l’Union Européenne qui a fait naturaliser Abu Hamza ? Est-ce que l’Union Européenne qui a inventé la CEDH, née à Londres au sortir de la seconde guerre mondiale, CEDH qu’a utilisée Abu Hamza pour retarder pendant des années son extradition ?

Et même quand enfin le gouvernement britannique peut l’envoyer aux Etats-Unis, il le fait en exigeant des Américains qu’il n’envoie pas en détention Abu Hamza à Guantanamo et qu’il ne le condamne pas à la peine capitale. Le « Capitaine Crochet » a enfin quitté le navire de sa majesté mais visiblement le Royaume-Uni continue de le choyer au-delà de l’Atlantique.

Combien cette procédure a-t’elle coûté au contribuable britannique ? Et aux autres européens qui financent par leurs impôts la CEDH et autres institutions du même style, dont la tâche principale est de nous désarmer juridiquement contre des individus de ce genre ? Et qui se soucie des droits que les Européens devraient avoir sur leur sol ?

L’exemple d’Abu Hamza nous montre que l’Europe actuelle est enchaînée par les propres traités et conventions d’ordre juridique qu’elle a signée. Il faut que l’Europe s’unisse mais il faut aussi que l’Europe se refonde sur une base juridique plus saine, moins laxiste, moins permissive, et qui permette aux Européens de se faire respecter chez eux !

Thomas FERRIER (LBTF/PSUNE)

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16/09/2012

Millet + Breivik ou l’équation insoluble

millet.jpgDix-sept pages qui déchaînent une tempête médiatique. Dix-sept pages pour un étrange essai « littéraire » dédié au criminel Anders Breivik, célèbre pour avoir assassiné dans la fleur de l’âge une jeunesse européenne insouciante. C’est peu dire que l’ouvrage de Millet pose de manière abrupte la question des responsabilités, mais fallait-il pour autant se servir du cas Breivik pour dénoncer la décadence de la civilisation européenne ? C’est la question fondamentale qui se pose à propos de cet essai « littéraire ».

Pour l’éditeur Jean Robin, l’essai de Millet est « mauvais » et même fondamentalement banal. Bruno Larebière, journaliste, va beaucoup plus loin, dénonçant l’élitisme arrogant de l’auteur, sa gallophobie (« francophobie ») son absence de souci de l’intérêt du peuple. Sa conclusion est terrible car, affirme-t’il, « Camus comme Millet ne font que propager leurs pulsions suicidaires ». En revanche, Dominique Venner, directeur de la « Nouvelle Revue d’Histoire », estime que Millet a fait preuve de courage intellectuel en dénonçant le suicide de l’Europe par le biais de l’immigration.

Ces critiques dures ou ces soutiens mesurés restent dignes et élèvent le débat comme la réflexion. En revanche, la dénonciation par Annie Ernaux de Richard Millet dans Le Monde du 10 septembre est un modèle de ce qu’il ne faut pas faire. Le qualifier de « fasciste » qui déshonorerait la littérature est grotesque. Qu’elle ne soit pas dupe des intentions politiques qu’on peut trouver dans cet essai de Millet est son droit. Qu’elle considère que la dénonciation de l’immigration extra-européenne à laquelle procède l’auteur heurte ses convictions cosmopolites, c’est aussi son droit. En revanche, elle dépasse les bornes lorsqu’elle suggère implicitement une collusion idéologique entre Millet et Breivik, que le premier se serait même « mis au service du fusil d’assaut d’Anders Breivik ». La médiocrité de son analyse, qui se limite au fond à traquer le « raciste » et le « fasciste » caché selon elle en Millet, est le reflet même d’une société européenne incapable de penser par elle-même. Enfin, le comble de la naïveté est atteint lorsque Mme Ernaux nous assène son amour de la diversité, qu’elle cotoierait en grande banlieue, alors que les électeurs français qui y vivent, se tournent vers le vote en faveur du FN, manifestant par là un sentiment bien différent. Cela démontre qu’elle ne sait simplement pas de quoi elle parle, et qu’elle se gargarise de poncifs « bobos » déconnectés du réel. Citant une de ses amies, elle affirme que Millet attaque « le multiculturalisme et le métissage ». C’est indiscutablement ce qu’il fait, et ce que l’on ne veut pas lui pardonner. Or c’est, malheureusement pour Mme Ernaux, là où Millet est le moins contestable.

Pour autant, je vois dans l’essai de Millet une énorme erreur d’analyse de sa part. Son éloge « littéraire » n’a fondamentalement rien de littéraire. Ce n’est que l’analyse politique engagée d’un acte terroriste, Breivik n’étant qu’un prétexte à une attaque en règle contre l’idéologie dominante. Etait-ce habile d’associer l’opposition à l’immigration extra-européenne à l’action d’un déséquilibré assassinant de sang froid de jeunes compatriotes ? Cela ne l’était évidemment pas. Etait-ce habile de cacher derrière ce mot « littéraire » un discours strictement politique mais qui n’ose pas s’affirmer comme tel ? Je vous laisse juges.

Millet nous parle ainsi des « nations européennes », lesquelles seraient « inquiètes d’une immigration extra-européenne, le plus souvent musulmane, qui entretient une intimidation victimaire, voire une peur quotidienne, donc un ferment de guerre civile, en même temps que l’illusion oxymorique d’un islamisme modéré ». Il évoque avec des mots durs « la fracture idéologico-raciale que l’immigration extra-européenne a introduite en Europe depuis une vingtaine d’années ».

Par le biais de Breivik, il s’en prend aussi aux journalistes qui ont attaqué les fondements de la tradition scandinave, ceux qui ont affirmé que Breivik était l’héritier de Knut Hamsun ou de l’Edda. En réalité, l’idéologie néo-templière de ce tueur, alibi pour une crise existentielle qui l’a conduit au crime, n’a rien à voir avec la morale scandinave d’un viking du Xème siècle. Sur cette distinction, là encore, Millet est inattaquable.

S’étant montré idéologue, et non pas critique littéraire, Millet s’est essayé dans un domaine où il n’est pas maître, avec la lourdeur d’un éléphant dans un magasin de porcelaine. Il n’est donc pas étonnant qu’il soit férocement attaqué par tout ce que la profession d’écrivain a d’indignés professionnels, cachant leur médiocrité littéraire derrière un discours bien pensant, serviteurs zélés d’une classe politique médiocre dont ils se font les relais médiatiques et dogmatiques.

Il faut voir que Millet n’assume pas publiquement ses propres thèses, qui sont contestables dans la forme ou dans le fond. Car Millet est un hexagonaliste doublé d’un occidentaliste. S’il admet dans son vocabulaire le mot « extra-européen », en revanche le mot « européen » seul lui écorche la gorge. Occidentaliste quand il faudrait être européiste, libéral quand le modèle « libéral » a du plomb dans l’aile, et en plus chrétien, il est l’antagoniste classique du monde islamique dans sa caricature. Il chérit fondamentalement les causes de ce qu’il déplore. S’il dénonce le marxisme comme l’un des éléments d’une « ouverture à l’autre » qu’il conteste, il épargne en revanche la religion catholique, le christianisme en général, de cette critique, alors qu’elle serait aussi justifiée dans ce cas.

En outre, Millet ne propose aucune solution à ce qu’il dénonce d’une manière si dure et, au final, si maladroite. Dans le nihilisme absolu, l’auteur, tout comme le Céline des temps sombres, s’expose à nu. Le résultat n’est pas nécessairement heureux. Il est vrai que le contexte général rend très difficile toute finesse d’interpréation à propos des actes de Breivik. C’est parfaitement illustré par la démission/exclusion de Laurent Ozon du FN après avoir fait un lien implicite entre la hausse de l’immigration en Norvège et ce drame.

Avec le déchaînement médiatique contre lui, qu’il a en partie justifié par la faiblesse de sa réponse ultérieure, n’assumant pas les passages les plus provocateurs par exemple, déchainement qui fait aussi de son ouvrage un succès de librairie, on aurait pu penser que son éditeur, Antoine Gallimard, lui aurait apporté son soutien, comme ses premières réactions le laissaient supposer. En réalité, Le Monde du 15 septembre 2012 nous fournit une précieuse indication. Gallimard aurait ainsi écrit à Millet qu’il ne saurait « approuver aucune de [ses] thèses politiques » et qu’il exige « le respect d’une idéologie confraternelle », expression qu’on peut traduire par un « politiquement correct ». Il est vrai que la maison Gallimard, qui a offert à Drieu La Rochelle la direction de la NRF pendant l’occupation, puis édité après-guerre des auteurs célèbres mais controversés comme Céline, lequel dénonçait après-guerre lui aussi l’immigration extra-européenne, dans une même logique nihiliste qu’on retrouve chez Millet et Renaud Camus, ou comme Jouhandeau et Montherlant, cette maison ne peut se permettre de donner la leçon.

En un mot comme en cent, Millet a été lâché. Il a ainsi dû se résoudre à démissionner du comité de lecture de Gallimard, ce qui ne suffira pas à ses détracteurs, comme Ben Jelloun ou Le Clézio, lesquels vont vouloir sa tête, et qui l’auront.

Quoi qu’on puisse penser de l’essai de Millet, ou de l’idéologie qui est la sienne, cet autodafé symbolique est insupportable et s’inscrit dans une démarche totalitaire où un Zemmour est privé d’antenne, où un Ménard est rejeté comme un malpropre. En faisant de lui un martyr de plus de la liberté d’expression, de médiocres inquisiteurs donnent une audience immense à ses thèses. La peur paranoïaque, qui fait dire à Annie Ernaux que « si ces idées devaient prendre corps et réalité, nous serions bien seuls », prouve que Millet est paradoxalement gagnant pour avoir démontré, par la haine dont il a été l’objet, qu’il y a bien quelque chose de pourri en république de France.

Thomas FERRIER (PSUNE)

17:53 Publié dans Analyses, Editoriaux | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : richard millet, anders breivik | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

24/06/2012

Victoire de la fausse gauche "allo/bobo"

 
PS,Europe-Ecologie,François Hollande,UMP,FN,Jean-Luc Mélenchon,Marine Le Pen,Terra Nova,élections législativesLes « bourgeois bohême » parisiens peuvent être satisfaits à tous points de vue, même s’ils ne se rendent pas compte qu’ils creusent davantage encore leur propre tombe. La fausse « gauche » PS/Europe-Ecologie, avec l’appui implicite du PCF/Front de gauche, l’a emporté au second tour des législatives. Comme après la victoire de leur candidat aux présidentielles, François Hollande, les « banlieues » ont hurlé leur joie, prenant cette nouvelle victoire comme un blanc-seing, la nomination de Christiane Taubira, dont les positions sur la colonisation et en faveur de la promotion de la « diversité » sont bien connues, comme garde des sceaux, en étant l’illustration. Le jeune Killian, assassiné à l’âge de treize ans, par un individu dont la presse tait jusqu’au prénom, en sait quelque chose.

D’un côté, l’europhobie fanatique des souverainistes, Marine Le Pen en tête. De l’autre, l’europhobie meurtrière, celle dont a été victime notamment Killian et tant d’autres avant lui, cette europhobie, la seule phobie que SOS-Racisme semble refuser de combattre, comme si la violence de haine n’était que dans un seul sens. En effet, pour son (ancien) président Dominique Sopo, le « racisme anti-blancs », c'est-à-dire l’europhobie, est je cite « une notion forgée par le FN ». Je suppose donc que, si on appliquait le principe de réciprocité, le racisme contre les noirs serait par exemple une invention de Kemi Seba. Ce deux poids deux mesures, selon la race du criminel et celle de la victime, est intolérable. Dominique Sopo a récemment démissionné de la présidence de SOS-Racisme et se déclare tenté par un poste de ministre du gouvernement Ayrault. Finalement, il n’aura pas eu gain de cause… pour cette fois.

Le véritable vainqueur de ces élections.

Le vainqueur, c’est le parti des abstentionnistes. Au premier tour des élections, 42,77% des électeurs ont refusé de se prononcer et même de se déplacer. Au second tour, c’est même 43,7% des électeurs qui sont restés chez eux. Cette abstention est un record depuis 1973, et a augmenté de trois points par rapport à 2007. Et surtout, que l’abstention ait été plus forte au second tour qu’au premier est très significatif. Ces 1% de participation en baisse sont essentiellement le fait d’électeurs de droite du premier tour et qui n’avaient pas envie de s’opposer à la vaguelette rose, accroissant ainsi la marge de manœuvre du camp adverse.

Ce manque de participation s’explique par les querelles d’appareil à droite, entre une ligne qui veut conserver la stratégie Buisson, qui n’a pas été si mauvaise aux présidentielles, malgré l’échec du président sortant, et une ligne centriste, très politiquement correcte, menée notamment par Juppé, Kocziusko-Morizet et Raffarin. Pris entre ces deux tendances irréconciliables, Sarkozy n’avait pu choisir son camp. Or, s’il a échoué, c’est avant tout en raison du mauvais report de voix des électeurs FN, report qui aura aussi coûté des sièges à des candidats UMP lors des élections législatives.

Il s’explique enfin par la réforme du quinquennat et surtout cette concomitance entre les élections présidentielles et législatives. Le président élu, les électeurs se détournent des enjeux parlementaires, renforçant l’image monarchiste de notre « république ». Les législatives ne font que confirmer les présidentielles, beaucoup d’électeurs voulant laisser sa chance au nouveau dirigeant en lui donnant une majorité à l’assemblée, indépendamment du programme du président, du parti politique dont il est l’émanation, et des candidats eux-mêmes, élus sur leur étiquette uniquement, même s’ils sont sans expérience.

Un premier tour qui lamine les petites formations politiques.

Ce nouveau système des élections législatives, un mois après les présidentielles, a tué les enjeux. En conséquence de quoi, le scrutin majoritaire à deux tours, qui était très défavorable aux petites formations politiques, est désormais sans pitié. Les électeurs n’avaient que trois manières de voter possible, à savoir le vote de confirmation, c'est-à-dire le vote PS, le vote de réticence, c'est-à-dire le vote UMP, et enfin le vote de résistance, c'est-à-dire le vote FN.

Les deux autres formations de gauche, ne représentant pas une menace pour le nouveau pouvoir en place, ou ralliées totalement à lui, n’ont pas été trop victimes du vote utile. Il faut dire que Europe-Ecologie avait négocié ses places avec le PS. Ses seulement 5,65% des voix, c'est-à-dire plus du double du score d’Eva Joly aux présidentielles, s’expliquent uniquement parce que, à l’image de Cécile Duflot, Europe-Ecologie a bénéficié de cet accord auquel le PS n’était en rien obligé. En réalité, sans cet accord, Europe-Ecologie aurait sans doute disparu du jeu politique national. C’est ce qui est ainsi arrivé au Modem de Bayrou, qui n’a obtenu que 1,76% des voix et n’a pu sauver que deux députés, son chef de file étant même sévèrement battu dans sa circonscription. Les autres écologistes n’ont obtenu que 0,96% des voix dont 0,11% pour le MEI de Waechter (lui-même obtenant 10,52% à Altkirch) et 0,05% pour CAP 21.

Le Front National en revanche, avec un score très convenable, même si inférieur à celui obtenu en 1997, obtient malgré tout 13,6% des voix, contre 4,29% des voix en 2007 et 11,34% en 2002. Seule une soixantaine de ses candidats a pu atteindre le second tour, en duel ou en triangulaire. Cela s’explique notamment par le fait qu’il faut désormais 12,5% des inscrits et non plus 12,5% des votants pour passer au second tour. Le FN avait sept circonscriptions où ils étaient réellement en mesure d’obtenir des élus, essentiellement en Provence. Marine Le Pen a fait dans la circonscription autour de Hénin-Beaumont 42,36% des voix, ce qui était inattendu.

Le FN a aussi bénéficié dans son camp d’un vote utile, car les différentes chapelles de l’extrême-droite, à savoir essentiellement le trio NDP/MNR/PDF et la Ligue du Sud, n’ont obtenu que 0,19% des voix, et ce en tenant compte de l’excellent score de Jacques Bompard mais aussi du score plus modeste de Jacques Peyrat à Nice (16,2%). Bompard a fait 23,5% des voix au premier tour, victime de la candidate FN qui a obtenu plus de 16% des voix. Il était en revanche idéalement placé pour s’imposer au second tour, FN et UMP étant éliminés. Les candidats identitaires n’ont obtenu que 0,02% des voix, pour environ une vingtaine de candidats, ceux-ci oscillant entre 0,2% et 1,1% des voix selon les cas. Philippe Vardon (Bloc Identitaire) aurait sans doute fait un score de même nature s’il avait maintenu sa candidature à Nice, d’où son retrait avant l’échéance. La candidate FN choisie à son détriment a réussi à obtenir 21,41% des voix. Les figures principales de la droite radicale, Carl Lang (1,09%) et Roland Hélie (0,9%), ont été laminées. Il n’y a désormais plus d’opposition de droite nationale au FN, légitimé par les urnes.

Les mouvements souverainistes sont également durablement affaiblis avec seulement 0,43% pour Debout La République, mouvement qui sauve néanmoins son financement public, 0,2% pour le MPF (1 siège), 0,05% pour CPNT, 0,01% pour le RPF et 0,01% également pour l’Alliance Royale.

L’extrême-gauche est également victime d’un effet Mélenchon. Le PCF/FG obtient 6,91% des voix (contre 4,82% en 2002 et 4,29% en 2007). Le paradoxe est qu’avec un meilleur score, le PCF a perdu des députés. En 2007, il avait sauvé son groupe avec 15 élus. En 2012, il n’aura obtenu que 10 sièges et ne sauvera son groupe que par le ralliement d’élus domiens. Ce bon score, nuancé par l’échec de Jean-Luc Mélenchon à atteindre le second tour à Hénin-Beaumont, se fait au détriment de l’extrême-gauche, LO et NPA réunis n’obtenant que 0,98% des voix et perdant ainsi tout financement public. Les Pirates avec 0,06% des voix ont quant à eux échoué à représenter une alternative politique, à la différence de leurs homologues allemands qui pourraient rentrer au Bundestag en 2013. Seules les élections européennes en France permettent à de nouveaux mouvements politiques d’émerger (le FN en 1984, les Verts, le MPF… etc), les élections législatives étant verrouillées.

Les victimes d’un second tour sans saveur.

Le mauvais report de voix des électeurs FN amène à l’éviction hors du parlement de nombreux députés UMP, et notamment les membres de la Droite Populaire. Hervé Novelli, Eric Raoult, Nadine Morano sont les victimes principales de cette situation, alors même qu’ils avaient tenté d’envoyer des signaux favorables au FN. Marine Le Pen préférait, sauf cas particuliers, les faire battre et y a réussi. Claude Guéant est également vaincu par un dissident de droite, payant ainsi sa proximité avec le président déchu et un bilan contesté en matière de lutte contre l’insécurité. En revanche, Henri Guaino sauve sa peau. A Nancy, ville qui m’est tout particulièrement chère, la droite valoisienne est battue, les trois circonscriptions de la ville étant au PS, et six circonscriptions sur sept en Meurthe et Moselle. Les élections municipales de 2014 s’annoncent mal pour les héritiers d’André Rossinot, qui sera probablement candidat une dernière fois pour tenter d’empêcher la mairie de basculer.

Ségolène Royal est battue par un opposant socialiste à La Rochelle. Son candidat, Olivier Falorni, était au second tour alors que l’UMP était éliminée. Royal souhaitait son désistement, ce qui l’aurait fait élire avec le score très stalinien de 100%. La gauche étant sure d’avoir un député, on ne voit pas pourquoi Falorni aurait dû se retirer, sous prétexte que Ségolène Royal s’était rendue si détestable aux yeux de la droite locale que celle-ci était prête à tout pour la faire battre. Les électeurs, qu’importe leur vote du premier tour, ont exprimé de manière souveraine leur choix. Royal ne sera pas présidente de l’assemblée nationale, où elle aurait pu jouer la directrice d’école autoritaire auprès des élus.

François Bayrou est puni pour son soutien apporté à François Hollande au second tour des présidentielles. Ce soutien était incompréhensible pour la plupart de ses électeurs, qui ont préféré choisir l’UMP plutôt que de le réélire. Il a lui-même reconnu avec beaucoup de franchise que son électorat ne l’avait pas suivi dans un choix personnel bien inutile car le PS n’a pas cherché à sauver sa tête, bien au contraire. Il est difficile en effet d’expliquer aux électeurs qu’on prône l’alliance de la carpe et du lapin. Jean Lassalle, le sympathique centriste, sauve en revanche sa tête.

Jean-Luc Mélenchon aurait pu, en étant au second tour, offrir paradoxalement à son ennemie chérie un fauteuil de député. C’est finalement le socialiste Philippe Kemel qui s’impose de justesse face à Marine Le Pen, cette dernière n’obtenant que 49,89% des voix. En duel pur, le FN n’arrive pas à s’imposer, puisque Stéphane Ravier (49,01%) et Valérie Laupies (48,71%) échouent aussi. Ce n’est que dans le cas de triangulaires que le FN peut s’imposer, lorsque des conditions exceptionnelles s’y prêtent. Dans le Gard, Gilbert Collard est élu grâce au soutien implicite du candidat UMP, qui s’est maintenu pour obéir aux consignes de son parti, et Marion Maréchal (Le Pen) grâce au maintien d’une candidate socialiste qui n’avait pourtant aucune chance de l’emporter. Avec une élue issue de « la famille », l’image népotique du FN est renforcée. La victoire de Collard, qui a été membre de presque tous les partis politiques, et qui refuse de rejoindre le FN, pourrait quant à elle être à la Pyrrhus, car il est peu probable que Collard respecte la ligne que souhaitera voir impulsée Marine Le Pen. Enfin, Jacques Bompard (Ligue du Sud, ex-FN et ex-MPF) est élu député avec une avance confortable (58,77%), de même que Nicolas Dupont-Aignan (61,39%), récompensés par leur travail d’implantation.

Au final, la « gauche » l’emporte, le PS obtenant la majorité parlementaire seul. Il doit ce succès à l’absence totale de mobilisation de l’électorat de droite. Avec 343 sièges sur 577, soit moins de 60% des sièges, dont 302 sièges pour le PS et les divers gauches, le gouvernement Ayrault est conforté. Le Front de Gauche obtient 10 sièges, les radicaux de gauche 13 sièges, et Europe-Ecologie 18 sièges. Le MD de Bayrou n’a plus que deux sièges, le Nouveau Centre en obtient 14, les radicaux valoisiens 9 , et l’UMP ainsi que les divers droite 205 sièges. Les nationaux et souverainistes ont 5 sièges (2 FN, 1 DLR, 1 LS, 1 MPF), ce qui est un résultat inédit dans le cadre du scrutin majoritaire.

Marine Le Pen, battue, tente à nouveau sa chance mais au tribunal, afin de faire annuler le scrutin. Elle aurait préféré abandonner Strasbourg pour découvrir les charmes du Palais Bourbon. Elle fait néanmoins partie pour le moment des vaincus de juin 2012. Elle aura au moins le plaisir de partager cette situation avec Jean-Luc Mélenchon, qu’elle vient d’ailleurs de retrouver au tribunal après que ce dernier l’ait qualifiée de « fasciste ». François Bayrou est désormais un homme seul, tout comme Ségolène Royal est une femme seule, contrainte à une prise de distance forcée d’avec la vie politique nationale.

Thomas Ferrier
Secrétaire général du PSUNE

28/05/2012

Sauvons l’Hellade ou Thermopylae 2012.

mercury.jpgLa Grèce doit-elle se retrouver seule et démunie face à cet empire menaçant qui est la finance internationale, face à une agression économique dont les Etats-Unis d’Amérique sont, par le biais des agences internationales, c’est-à-dire américaines, de notation, qui font depuis des mois la pluie et le beau temps, le chef d’orchestre, afin de fragiliser l’Europe toute entière en s’en prenant à ses maillons les plus faibles (Irlande, Grèce et Portugal) ? L’Union Européenne doit-elle s’attendre à connaître le sort de la petite bien que courageuse Islande ? La question dépasse et de loin le seul € puisque le Royaume-Uni a annoncé il y a quelques jours qu’il était à nouveau en récession. La crise des dettes souveraines, qui se résume en fait aux dettes contractées par les Etats européens auprès de puissances extra-européennes, Chine en tête, est cependant en train de déstabiliser l’économie de la zone € et par extension de l’Europe toute entière. L’ancien président Boris Tadic paye ainsi un bilan économique désastreux, qui n’a pas pu être compensé par la promesse d’une adhésion future à l’Union Européenne, au profit de son éternel adversaire, le post-nationaliste Tomislav Nikolic. Et de même, tous les gouvernements sortants sont les uns après les autres sanctionnés. La défaite de Nicolas Sarkozy en France, les sondages médiocres en faveur des conservateurs britanniques ou la coalition CDU/CSU/FDP outre-rhin, l’illustrent remarquablement.

De nombreux dirigeants, dont le nouveau président François Hollande, ont dû reconnaître que des plans d’exclusion de la Grèce de la zone euro étaient à l’étude. Cette perspective, contraire d’ailleurs aux traités communautaires en exercice qui ne prévoient pas de retrait forcé de cette zone, déclencherait de toute évidence un effet domino, le Portugal et l’Espagne étant alors immédiatement attaqués à leur tour. L’euro n’y survivrait pas et probablement ce semblant d’Europe politique en gestation qu’on appelle Union Européenne. Les souverainistes, ennemis de toute Europe politique, pourraient se réjouir d’une telle perspective, même si le coût humain pour les européens serait terrible, ce qui prouve bien qu’aux yeux des souverainistes, le sort de leur peuple n’est pas important par rapport à leurs lubies nationalitaires, meilleures alliées des USA. Un véritable européen, attaché à défendre les intérêts de son peuple, même celui opposé à l’origine à la mise en place de l’€ en l’absence d’Europe politique, devrait naturellement prendre la défense de l’euro contre cette agression dissimulée contre les Européens.

Les véritables européistes que nous sommes, à rebours des égoïsmes nationaux stériles, mais aussi des délires mondialistes dont Mme Lagarde nous a donnés ce week-end quelques exemples, ne peuvent que prendre la défense de la Grèce, et telle l’alliance antique entre Sparte et Athènes contre les appétits du grand roi, exprimer leur solidarité de combat à l’égard de ces Européens que le serpent financier veut prendre à la gorge. Bien sûr, les dirigeants grecs, PASOK ou ND, ont menti aussi bien à leur peuple qu’à leurs partenaires européens, même si ces derniers le savaient pertinemment et ont laissé faire, mais ce n’est pas une raison pour que les Grecs subissent une régression sociale dans tous les domaines comme aujourd’hui. Certes l’aide venant des autres Européens doit être conditionnée à des réformes structurelles en profondeur, mais par une mise en place progressive, équitable et humaine. Et on voit bien que l’Etat grec en est incapable.

Il faudrait donc clairement le mettre sous tutelle, mettant fin à sa souveraineté nationale, sans pour autant remettre en cause les principes de la démocratie. Il n’y a qu’une seule possibilité de le faire, c’est que rapidement se crée un Etat européen, mettant la dette vis-à-vis des pays extra-européens en commun afin de la renégocier au plus haut niveau et un principe de convergence en matière de dépenses publiques. Il serait par exemple interdit d’embaucher de nouveaux fonctionnaires, exit alors le projet d’Hollande de recruter 60.000 enseignants supplémentaires, de financer l’immigration clandestine par des aides sociales, et de mettre fin à différentes situations d’assistanat abusif, particulièrement intolérable en période de crise. Dans le cas grec, il n’est pas normal, et sur ce point Jean-Luc Mélenchon a raison, que les armateurs grecs et l’église orthodoxe ne contribuent pas de manière significative à renflouer les caisses de l’Etat, plutôt que ne faire porter les efforts que sur l’homme du peuple (uomo qualunque en italien), au prix d’insupportables sacrifices.

Lorsque Wolfgang Schaüble propose l’élection d’un président européen au suffrage universel, proposition qui était celle de François Bayrou lors des élections présidentielles, nous lui rétorquerons qu’un président sans pouvoir, même élu au suffrage universel, n’est qu’un pantin, et qu’il faut bâtir une véritable Europe politique, qui ne se limitera pas à un président, mais qui aura l’ensemble des pouvoirs et des caractéristiques d’un Etat souverain. Cela veut dire assemblée européenne, cela veut dire armée européenne, cela veut dire budget européen. Et c’est ainsi que nous sauverons la Grèce et que nous sauverons l’Europe.

Au cœur de ce désastre, et de ce drame humain, les déclarations récentes de Mme Lagarde ont mis de l’huile sur le feu, alors que les Grecs vont voter à nouveau le 17 juin. Et pourtant, Mélenchon et Tsirpas n’ont aucune raison de la critiquer, puisqu’elle n’a fait qu’énoncer à haute voix l’idéologie mondialiste. Et selon cette dernière, indéniablement, le sort des enfants grecs est meilleur que celui des enfants nigériens. Ce n’est donc pas Christine Lagarde qu’il faut critiquer, car elle sert un système dont elle n’est qu’une des représentantes, mais c’est sa fonction qu’il faut dénoncer, et c’est l’organisation qui l’emploie. Or Jean-Luc Mélenchon n’est-il pas un alter-mondialiste, c’est-à-dire un mondialiste, donc un partisan d’organisations internationales sans légitimité démocratique ? Et ne préfère-t-il pas le travailleur immigré clandestin à un ouvrier français et/ou européen qui aurait le tort de critiquer l’immigration ? Quant à François Bayrou, sa réaction est parfaitement légitime et adaptée à la situation, à savoir que ce n’est pas acceptable de s’attaquer à un peuple tout entier, première victime après tout de ses gouvernements. Et de toute façon, Christine Lagarde aurait dû faire passer les intérêts de l’Europe et des Européens avant toute chose. Un européiste authentique n’aurait de toute façon jamais accepté de faire partie d’une organisation europhobe par sa nature même.

Tout cela démontre qu’en définitive le salut de l’Europe passe notamment par la remise en question de l’existence même d’organisations comme le FMI. D’ailleurs, dans la crise grecque, il n’était pas acceptable que le FMI s’en mêle, le problème devant être traité et réglé entre européens. En revanche, quand la Russie manifeste son inquiétude, elle est dans son rôle, car elle exprime sa solidarité européenne naturelle. Il faudrait d’ailleurs l’associer aux travaux en vue de sauver l’euro et de remédier au drame hellène, alors qu’en revanche aucune leçon ne devrait être admise de la part du voisin atlantique qui, en matière de déficit public, est en situation bien plus problématique que la notre, mais qui bénéficie d’un poids diplomatique sans commune mesure d’avec celui d’une Europe apolitique divisée en 27 états souverains.

Bien sûr, Christine Lagarde a fait preuve en la matière d’incompétence, car son propos était inutilement vexatoire et qui plus est perturbant à quinze jours d’une élection législative cruciale en Grèce, et aussi de déloyauté vis-à-vis d’une Europe à laquelle elle doit tout, son corps et son âme, et aussi sa fonction actuelle. Elle préfère défendre l’idéologie mondialiste, dont sa fonction au FMI est le symbole, que sa patrie. Et c’est en ce sens et en ce sens seulement qu’elle devrait démissionner. Parce qu’un européen doit être au service de l’Europe et d’elle seule, et ne faire preuve d’aucune allégeance envers un « machin ».

Sauver la Grèce, et l’Europe avec elle, ce n’est certes pas mentir aux citoyens grecs en leur promettant des lendemains qui chantent, le beurre et l’argent du beurre, comme le fait Alexis Tsirpas en Grèce (Syriza), l’€ sans la rigueur, mais écouter leur souffrance et leur apporter de vraies solutions. Ce n’est possible que si l’Europe politique, l’Europe souveraine, voie enfin le jour, même si elle doit s’établir sur la disparition totale des souverainetés nationales et l’ostracisme de toute la classe politique « européenne » actuelle. Et par ailleurs, il est possible en Europe de réduire les dépenses budgétaires sans que cela ne porte préjudice au portefeuille des citoyens. Or les Etats dépensent l’argent public au service d’intérêts qui ne sont pas les nôtres. On demande aux Grecs de rembourser jusqu’au dernier euro, mais on annule les dettes colossales des pays africains et on vend des pans entiers de notre économie à la Chine ou au Qatar, ou on finance l’état palestinien à perte. L’argent des travailleurs européens ? Pour les Européens !

L’Europe politique devient de plus en plus urgente. Elle ne naîtra pas avec un Hollande ou une Merkel aux affaires. Et ce n’est pas la croissance artificielle par la consommation, relancée par de nouveaux déficits, ni la rigueur extrême prônée par la chancelière allemande, qui nous sortiront du gouffre.

Thomas Ferrier
Secrétaire général du PSUNE

20/05/2012

La démocratie et l'€uro en danger

 
A l’issue des dernières élections grecques, où les extrêmes ont considérablement progressé, les citoyens helléniques ont voulu signifier leur colère et leur déception par rapport à une classe politique incapable, le tandem ND/PASOK, mais aussi par rapport à une construction politique européenne qui n’a pas été à la hauteur des enjeux. Incapable de se doter d’un gouvernement, la Grèce va devoir revoter le 17 juin. On s’attend à une nouvelle progression du parti de gauche radicale Syriza, sorte d’homologue du Front de Gauche français, et à une légère baisse des droites radicales, qui pourrait profiter légèrement au LAOS, qui retrouverait ainsi sa représentation nationale, mais au détriment de l’Aube Dorée, dont le leader, Nikolaos Michaloliakos, s’est laissé aller à des propos extrémistes et explicitement néo-nazis, mais qui devrait conserver des députés.

La crise de l’euro et des dettes souveraines ne peut pas être résolue au niveau de la seule Grèce, mais bien au niveau de l’Europe toute entière. Or il n’existe pas réellement de démocratie européenne, malgré l’existence d’un parlement européen élu, mais qui n’ose pas s’emparer d’un pouvoir qu’il tire pourtant de sa légitimité démocratique, préférant laisser la commission et les chefs d’état et de gouvernement décider à la place du peuple et de ses représentants.

Ce désaveu d’une Union Européenne incapable de se prendre en main commence à toucher les états souhaitant la rejoindre. Ce jour, en effet, le candidat ex-nationaliste Tomislav Nikolic a battu, à la surprise générale, le candidat pro-européen Boris Tadic, lors du second tour des présidentielles serbes. Certes Nikolic ne cherche pas à mettre fin au processus d’adhésion, à la différence de son ancien parti, le Parti Radical Serbe, radicalement anti-UE comme son allié français, le FN. Mais sa victoire, alors même qu’il avait entretenu une certaine confusion sur le plan des idées, son positionnement pro-européen nouveau paraissant plutôt opportuniste, est bien la preuve là encore d’une déception. L’adhésion à l’UE de la Serbie paraît trop lointaine et comme c’était l’axe principal de campagne de Tadic, il en a payé le prix.

La crise économique de la zone euro s’accompagne d’une crise politique sur l’ensemble du continent européen. La défaite de Nicolas Sarkozy, les échecs successifs de la CDU aux élections des différents Länder, la déception des citoyens britanniques vis-à-vis de la coalition conservateurs/libéraux, sont différentes manifestations de cette crise profonde. Il est par ailleurs évident que si un référendum avait lieu en ce moment en Islande concernant l’adhésion à l’Union Européenne, les Islandais voteraient massivement non, et ce serait sans doute vrai dans tous les pays européens développés.

Pourtant, personne n’ose réellement montrer du doigt les responsables de cette crise profonde des sociétés européennes. Nous sommes dans un tel état de vassalité vis-à-vis de l’empire outre-atlantique que nous n’osons même plus appeler un chat par son nom. L’intérêt des USA, pour ne pas les nommer, n’est pas la ruine de l’Europe, qui aurait un effet domino dommageable à leur puissance économique, mais l’affaiblissement. Le département d’état dès 1999 craignait l’€uro comme une menace sérieuse à la domination du dollar. Comme un prédateur face à un troupeau d’animaux sans chef de troupe, vingt-sept animaux pour être précis, les agences américaines de notation, qui épargnent largement leur pays mais n’hésitent pas à baisser arbitrairement la note, donc la crédibilité internationale, des pays européens, ont vu dans la Grèce un moyen de déstabiliser la zone euro.

Depuis de nombreuses années, par bien des moyens, les Etats-Unis cherchent à empêcher à tout prix l’émergence d’une Europe politique unie, d’une Europe réconciliée et amie de la Russie, dans l’éventualité où cette dernière rejoindra cet ensemble politique. Par le soutien à l’immigration extra-européenne, et notamment musulmane, qui divise et déstabilise les sociétés européennes, aboutissant en même temps à la montée de mouvements populistes europhobes, incapables de proposer une alternative politique crédible, et facteurs eux aussi d’affaiblissement, par le soutien à l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne, processus qui n’a abouti qu’à affaiblir les résistances kémalistes à la réislamisation rampante dont l’AKP de Recep Erdogan est le fer de lance, par les attaques économiques contre la Grèce et donc au final contre toute la zone euro, les Etats-Unis maintiennent l’Europe dans une position de sujétion. C’est comme s’il y avait deux coureurs de 100 mètres qui s’affrontaient, l’un sachant que son voisin est plus fort que lui attachant à ce dernier un boulet au pied pour l’empêcher de gagner la course. Il ne faut pas être dupe.

Tant que l’Europe politique authentique n’aura pas vu le jour, à savoir un unique décideur, un unique numéro de téléphone, une adresse précise, c'est-à-dire un gouvernement européen démocratiquement légitime, tant que nous resterons dans l’OTAN, qui ne devrait plus exister depuis l’effondrement du bloc soviétique, tant que nous ferons de l’ingérence politique au service d’intérêts qui ne sont pas les nôtres, l’Europe sera en crise. Il est facile comme le fait le nouveau président français de prôner la croissance, alors même qu’on rampe devant ceux qui la rendent impossible. De tous les pays européens, seule l’Allemagne semble résister davantage, même si son succès économique doit être nuancé par sa crise morale et démographique profonde.

Alors, Europe année zéro ?

Aux Européens de se réveiller, aux Européens d’enfin s’unir, avant qu’il ne soit trop tard, avant que l’ « acquis communautaire » ne soit perdu parce que nos dirigeants ne sont pas à la hauteur des enjeux, parce qu’ils n’ont pas conscience des menaces, ou n’ont simplement pas le courage de les affronter, parce qu’ils ne sont pas les hommes, et les femmes, de la situation. Parce qu’ils agissent en esclaves et non en hommes libres. Parce qu’ils agissent au nom de l’intérêt des oligarchies financières et pas en républicains au service de l’intérêt général, du bien commun de tous les Européens.

Thomas Ferrier
Secrétaire général du PSUNE

09/04/2012

Un parlement européen à la démarche totalitaire ?

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Je me suis très souvent élevé contre cette comparaison aberrante à laquelle procèdent les souverainistes et autres europhobes consistant à mettre en parallèle l’Union Européenne et l’Union Soviétique. Mais lorsque malheureusement certains parlementaires européens cherchent à tout prix, par leurs actions, à leur donner raison, alimentant ainsi la mauvaise réputation d’une pourtant vénérable institution, il faut aussi le dénoncer. Et c’est en l’occurrence le cas concernant les subventions accordées aux partis européens.

Rappelons les données générales. Par la faute des Etats, la notion d’association européenne à caractère politique, donc de parti politique européen, n’existe pas. Elle aurait pourtant le mérite de donner vraiment à l’Europe une dimension politique dans l’opinion publique continentale. En son absence, la notion la plus proche est celle d’une coalition de partis politiques de différents pays d’Europe, comme c’est le cas par exemple du PPE (« Parti populaire européen ») ou du PSE (« Parti socialiste européen »), qui coalisent les partis conservateurs et les partis sociaux-démocrates. Dans ce cadre, Bruno Gollnisch (FN) est parvenu à coaliser au moins sept partis politiques nationalistes dans le cadre d’une AEMN (« Alliance européenne des mouvements nationaux »), et a donc obtenu conformément aux règles en vigueur une subvention de l’Union Européenne.

Quoi qu’on puisse penser de cet homme politique et du rassemblement de mouvements pour la plupart résolument eurosceptiques si pas totalement europhobes, opposants donc aux institutions dont ils bénéficient des fonds, à partir du moment où une formation respecte les règles en vigueur lui accordant cette subvention, elle est de droit. Or, une majorité de parlementaires européens a voté un texte dénonçant cet état de fait, au motif qu’il ne faudrait accorder de subvention qu’à des partis qui, je cite, « respectent les principes fondateurs de l’Union ainsi que la charte des droits fondamentaux », et demande une révision de fait rétroactive des statuts.

C’est là que nous tombons bel et bien dans une forme de totalitarisme, car pour être un « parti politique » européen reconnu, c'est-à-dire une alliance de partis (pour être précis), il faudrait respecter une idéologie d’état et des tables de la loi. Ce n’est pas seulement un état totalitaire en gestation, mais aussi une théocratie. Rappelons en premier lieu que la Pologne et le Royaume-Uni ont obtenu concernant la charte des droits fondamentaux une clause d’exemption, ce qui nuance fortement la valeur du dit texte. La Pologne notamment craignait qu’on lui impose par ce biais d’autoriser l’avortement. Un parti politique doit pouvoir, librement, contester une « vérité politique établie », considérer que les valeurs dominantes actuelles ne sont pas les bonnes, et souhaiter réorienter l’Union Européenne dans une autre direction que celle qu’elle prend actuellement. Si on ne se reconnaît pas dans tout ou partie des principes fondateurs de l’Union, si on considère que la charte des droits fondamentaux n’est pas satisfaisante ou que le principe même d’une telle charte est contestable du point de vue de la démocratie et de la liberté d’opinion, on doit pouvoir le faire.

Tout cela est déplorable. Là encore, les institutions européennes sont confrontées à des stratégies habiles de la part des droites nationales-populistes qui savent « jouer le jeu ». Et au lieu d’y répondre en se montrant plus démocrates qu’elles, elles tombent dans le même excès, à savoir l’intolérance. Ce faisant, elles donnent raison aux eurosceptiques qui dénoncent le déficit démocratique de l’Union Européenne. Il y aurait pourtant une autre réponse à apporter, c’est d’enfin autoriser le principe de véritables partis européens, déclarés en tant que tels au niveau de l’Union, et seuls habilités à obtenir des subventions européennes aux prorata de leurs résultats électoraux. Il est évident que les mouvements europhobes auraient été incapables de se dissoudre au profit d’un mouvement unique, leur souverainisme leur interdisant de mettre en place une « droite euro-populiste ».

Le PSUNE, en tant que parti européen par ses objectifs et ses idées, mais pas au niveau de son statut juridique, pour les raisons évoquées précédemment, demande au parlement européen de revoir rapidement sa copie, et souhaite que les états membres de l’Union Européenne mettent en place le statut d’association européenne, et par ce biais de parti politique européen. A terme, ce sont ces partis là qui devraient se présenter aux élections européennes, mais aussi aux élections nationales. Sarkozy n’aurait plus besoin de se justifier lorsqu’il appelle Merkel à son aide, puisque celle-ci ferait partie de la même formation politique que lui.

Dotons enfin l’Europe d’authentiques partis européens qui devront s’opposer réellement, au lieu de négocier en catimini dans l’enceinte du parlement de Strasbourg les bonnes places ; mettons fin à ce système de présidence tournante du parlement européen (deux ans et demi le PPE, deux ans et demi le PSE), et faisons enfin rentrer au parlement européen une véritable opposition politique, résolument européiste, au lieu de voir s’affronter nationalistes et mondialistes dans une arène sans pouvoir législatif, l’initiative des lois venant de la commission européenne, qui n’a rien de démocratique.

Thomas Ferrier
Secrétaire général du PSUNE

01/04/2012

L’ « initiative européenne citoyenne » (ICE), une fausse bonne idée

phoenixpsd1recadreeclairepng.pngComment remédier au déficit démocratique de l’Union Européenne, principal axe d’ailleurs, et seul vraiment efficace, de la dénonciation eurosceptique ? Le traité de Lisbonne introduit une nouvelle disposition, applicable dès aujourd’hui, à savoir l’initiative européenne citoyenne qui permet aux citoyens de l’UE de disposer d’un droit de pétition, afin de faire remonter une problématique au niveau des institutions. Hélas, dans une Union Européenne qui n’est ni une nation, ni une république, à la différence de la Suisse, ce dispositif n’a véritablement aucun sens.

En premier lieu, même si l’initiative a obtenu le nombre de signatures requises, elle ne donne lieu à un débat qu’à la condition que la commission de Bruxelles considère la question comme légale puis comme légitime. En premier lieu, il existera une procédure d’enregistrement de l’initiative, ce qui constituera un premier sas. De l’aveu même de ses promoteurs, tout ce qui ne rentrera pas dans les compétences de l’UE telles que définies par les traités sera rejeté. De même, toute disposition qui voudra s’opposer à l’idéologie dominante, par exemple en vue de restaurer la peine de mort, de s’opposer au laxisme migratoire, de relancer la natalité européenne par exemple, sera également rejetée, au motif de non-respect de la Charte des Droits Fondamentaux par exemple ou de toute autre disposition contenue dans un traité.

Quel peut être le sens d’une « initiative citoyenne » qui n’a aucun droit de remettre quoi que ce soit de pré-établi en cause ? En clair, on pourra proposer par exemple une ICE pour légaliser le mariage gay ou régulariser les clandestins, mais pas une ICE en sens contraire. Et surtout, une initiative souhaitant engager l’UE dans un autre chemin que celui défini par les traités actuels sera neutralisée. Les citoyens de l’UE pourront faire une pétition qui ou bien ira dans le sens du vent, et ne servira donc à rien, ou ira à rebours et finira dans la déchetterie de Bruxelles.

La vraie innovation aurait été le référendum européen d’initiative populaire, nécessitant de récolter un million de signataires, référendum contraignant que des institutions non démocratiques ne pourraient pas empêcher. Ce référendum reposera sur le principe d’une liberté totale d’opinion et d’expression, dont les institutions actuelles de l’UE prétendent être défenseurs alors qu’elles le bafouent constamment. Tout ce qui a pu être décidé doit pouvoir être annulé. Toute erreur doit pouvoir être corrigée à tout moment et ce par l’assentiment populaire.

Moralité : il n’y a qu’une seule façon de mettre en place une véritable démocratie européenne, un pouvoir réel de contrôle des institutions par les citoyens, c’est d’instaurer la République Européenne, de mettre fin au pouvoir exorbitant de la commission, des deux conseils représentant les Etats, et des Etats eux-mêmes, qui en matière de démocratie ne peuvent d’ailleurs pas donner de leçons à l’UE. Il suffit de songer au mode de fonctionnement des institutions françaises, et notamment au mode de scrutin en vigueur aux élections présidentielles et législatives. Ce carcan juridique, ce totalitarisme nouveau d’un droit devenu fou, est le principal ennemi de la démocratie et un argument offert aux europhobes de tous poils.

Il ne faut pas opposer une prétendue démocratie des Etats membres avec une prétendue oligarchie bruxelloise. Ce sont en vérité les deux faces de la même pièce. L’ICE est une tromperie sur la marchandise, une ouverture « démocratique » qui cache une démarche liberticide, une façon de faire croire aux gens qu’ils auront du pouvoir alors qu’on les dupe sciemment. Il y a pire que l’absence explicite de démocratie, c’est de faire croire aux citoyens qu’ils sont en démocratie. Le meilleur esclave est celui qui ne sait pas qu’il l’est. Contre ces ersatz de pseudo-démocratie, opposons leur un projet démocratique européen de grande envergure. A l’Union Européenne des ventres mous et des pieds tendres, opposons leur la République Européenne, union européenne en mode fédéral et unitaire, l’Europe des Européens, par le peuple, pour le peuple.

Thomas Ferrier
Secrétaire général du PSUNE

13/03/2012

Bilan provisoire de la campagne présidentielle française au 13 mars 2012

RF.gifCe 16 mars, nous devrions connaître la liste officielle et définitive des candidats aux élections présidentielles d’avril 2012. Marine Le Pen a annoncé ce mardi qu’elle avait enfin obtenu le précieux sésame, à savoir les 500 parrainages d’élus, mettant fin ainsi à un suspense qui durait depuis plusieurs semaines sur l’éventualité de son absence de la compétition. Philippe Poutou les aurait également, et Nicolas Dupont-Aignan assure « à 99,9% » qu’il aura les parrainages nécessaires avant cette date fatidique. Les seules inconnues sont de savoir si Dominique de Villepin et Corinne Lepage disposeront des signatures requises et à temps. Leur absence ne bouleverserait toutefois pas l’échiquier politique.

Certaines tendances commencent à apparaître à la lecture des différents sondages que publient les instituts statistiques. En premier lieu, Nicolas Sarkozy, notamment suite à son discours de Villepinte, remonte la pente, puisqu’il est crédité aujourd’hui selon IFOP de 28,5% des voix, alors que son adversaire « socialiste », François Hollande, est désormais dépassé, avec seulement 27% des intentions de vote.

Marine Le Pen voit son potentiel électoral s’effriter en faveur du président sortant. Entre le 12 janvier 2012 et le 13 mars 2012, elle est ainsi passée de 21,5% (résultat maximal) à 16% des voix, selon cet institut qui procède à un sondage quotidien. Ce tassement, que constatent les autres instituts, semble donner raison aux conseillers droitiers de Nicolas Sarkozy, à savoir Patrick Buisson et Guillaume Peltier. Buisson dans Le Monde daté du 14 mars annonce qu’au final François Hollande sera battu plus nettement que Ségolène Royal. Cela paraît néanmoins difficile à croire, même si la victoire du « socialiste » semble moins nette (54,5% contre 46,5%) qu’il y a quelques semaines. Le « hold-up » de 2007 semble néanmoins en passe de se réaliser à nouveau, Marine Le Pen, visiblement éprouvée par une campagne démarrée très tôt, ayant du mal à retrouver un nouveau souffle. Même si elle a durci le ton sur la question migratoire, son europhobie plus générale, que ne partage pas le président, ne la rend pas crédible. Par ailleurs, son entêtement à apparaître comme la plus anti-raciste des candidates de la droite rend son discours confus vis-à-vis de son électorat naturel, pour qui cette subtilité de langage ne correspond pas aux attentes qu’il exprime. Elle a été notamment silencieuse sur la question de Mayotte, qui est pourtant un moyen efficace de critiquer Nicolas Sarkozy.

Jean-Luc Mélenchon fait quant à lui une campagne très dure à gauche. Il est désormais crédité de 10% d’intentions de vote par plusieurs instituts de sondage. Cela s’explique essentiellement par les maladresses d’Eva Joly, qui s’est mise à dos beaucoup d’électeurs, et par l’assèchement de l’extrême-gauche. Arthaud (LO) est à 0.5% d’intentions de votes, et Poutou (NPA) est régulièrement à 0%. Ainsi, Mélenchon est-il parvenu à rassembler sur son nom toute l’extrême-gauche. Eva Joly quant à elle sombre, incapable de dépasser les 2.5% et commence à être lâchée par son propre camp. Noël Mamère a ainsi récemment exprimé son souhait de voir cette candidate se retirer au profit du candidat du PS. En se maintenant jusqu’au bout, et en réalisant un piètre résultat, Joly met en danger l’accord électoral Europe Ecologie/Parti socialiste pour les législatives. Toutefois, Cécile Duflot maintient sa confiance dans la candidate franco-norvégienne à l’accent si particulier.

François Bayrou, qui alterne des positions européistes, comme l’élection du président européen au suffrage universel direct, et des positions francocentrées, comme un protectionnisme national, qui est analogue à celui prôné par Marine Le Pen, pouvait profiter d’un affaiblissement de Nicolas Sarkozy pour apparaître comme le seul capable d’empêcher François Hollande d’accéder à l’Elysée. Le sursaut de l’UMP rend sa stratégie difficile à crédibiliser. Il est crédité dans ce sondage de 13% des voix, ce qui est un signal encourageant mais insuffisant. Villepin est à 1% et Dupont-Aignan oscille entre 0.5 et 1%. Son propos selon lequel il pourrait prendre Marine Le Pen comme premier ministre, même s’il a tenté par la suite de préciser son propos en l’élargissant à Chevènement et Montebourg, pourrait amener ses électeurs à lui préférer Marine Le Pen, seule en mesure, bien que cela apparaisse de plus en plus comme hors de portée, d’être au second tour. La candidature de Corinne Lepage, dont on peine à déterminer le sens, est limitée quant à elle à un 0.5% honorifique, mais il n’est pas sûr qu’elle puisse être présente dans cette compétition.

2012 apparaît donc comme la manifestation du retour en force du clivage UMP/PS, le FN apparaissant comme un outsider à la peine, après un démarrage en fanfare. Les faiblesses de la candidate Le Pen apparaissent au fur et à mesure de ses prestations télévisées, dans un contexte où Sarkozy durcit le ton. La volonté de « dédiabolisation » de cette candidate, à peine entamée par quelques provocations de son père, n’a pas que des effets positifs, surtout lorsque celle-ci se fait non seulement sur la forme mais aussi sur le fond. Sarkozy, remarquablement aiguillé par ses conseillers, semble en passe, du moins pour le premier tour, de contenir la poussée nationaliste et peut-être au final de l’endiguer. Marine Le Pen est attendue au tournant par son électorat, et si elle retrouvait le score paternel de 15% des voix, qui reste un bon résultat sur le principe, elle aurait du mal à s’en relever et le paierait aux législatives. Quant à Mélenchon, le PCF peut-être satisfait, n’en déplaise au courageux André Gérin, de son choix qui pour le moment semble payant, à la différence des Verts, qui semblent perdre tout crédit.

Thomas Ferrier
Secrétaire général du PSUNE

04/03/2012

Brèves Européennes… (12)

RUSSIE

vladimir-poutine-clin-d-oeil.jpgLa presse occidentale s’attendait à une victoire dans un fauteuil pour Vladimir Poutine, reprenant en chœur les accusations de la minorité libérale, celle qui était associée aux affaires du temps de l’ère Eltsine, selon lesquelles le pouvoir pratiquerait des fraudes massives. Pour ces élections présidentielles, qui avaient lieu aujourd’hui, plusieurs observateurs étrangers, notamment polonais, ont attesté que le scrutin s’est déroulé de manière transparente. Le score de Vladimir Poutine ne doit pas nous induire en erreur, sinon il faudrait aussi considérer les 82% de Jacques Chirac en 2002 comme le résultat de fraudes. Le principal reproche qui peut être fait au gouvernement russe c’est d’avoir établi un système de reconnaissance juridique des partis politiques bien trop exigeant et surtout de n’avoir pas permis une véritable pluralité de candidatures. Mais on peut aussi constater l’absence criante de renouvellement de la classe politique russe.

Vladimir Poutine aurait obtenu selon des résultats provisoires, 70% des bulletins de vote ayant été dépouillés, plus de 65% des voix, score sans appel qui était néanmoins pronostiquée ces dernières semaines par plusieurs instituts de sondages. Son principal adversaire, le (national) communiste Guennadi Ziouganov, nostalgique avoué de l’époque de Staline, aurait obtenu environ 17% des voix, score à peu près comparable à celui du parti communiste (KPFR) aux législatives de décembre 2011. Le libéral Prokhorov, qui a mené une campagne plutôt pro-européenne, est troisième avec un peu plus de 6,8% des voix, ce qui constitue pour cette première candidature un score plutôt encourageant. Le nationaliste (LPDR) Vladimir Jirinovski réalise un score très modeste d’environ 6,5% des voix. Enfin le candidat de gauche modérée Sergueï Mironov (Russie Juste) n’obtient que 3,7% environ, ce qui est un échec. Dans l’opinion médiatique occidentale, Prokhorov et Mironov étaient des candidats du pouvoir destinés à incarner une fausse alternative à Poutine.

Dans une Russie dont le courant libéral a été totalement déconsidéré par son incapacité à gérer la transition du communisme au capitalisme, associé pendant dix ans aux oligarques s’accaparant les richesses du peuple russe, le choix était entre la continuité du pouvoir avec Vladimir Poutine et les voies extrêmes, celle du retour en arrière nostalgique du communiste Ziouganov ou celle de l’aventure nationaliste avec Jirinovski, candidats tous les deux depuis 1993 aux différentes élections. La victoire de Poutine était donc parfaitement logique puisqu’il représente une troisième voie entre le populisme réactionnaire et/ou social et le libéralisme à l’occidentale, et qu’encore jeune et sportif, il n’apparaît pas aussi usé en dix ans qu’un Sarkozy en cinq ans de présidence française. Cette image dynamique, même si le maladroit passage de flambeau entre Medvedev et Poutine l’a beaucoup entamée, joue nettement en sa faveur. A ces élections présidentielles, aucun candidat n’était en mesure de lui disputer la victoire. Il serait facile d’en accuser le pouvoir, mais lorsqu’on regarde les figures de l’opposition, celles qui sont encensées en Europe occidentale mais honnies en Russie, on comprend que tant qu’aucune figure n’émergera au sein de la vie politique russe, Poutine sera présent, même par défaut.

GRECE

La crise économique qui touche avec une violence inouïe le peuple grec depuis des mois commence à s’exprimer politiquement. Alors que des élections législatives sont annoncées, le gouvernement provisoire de Lucas Papademos gère les affaires courantes et s’efforce de faire appliquer les mesures préconisées par ses partenaires, et notamment par l’Allemagne, appliquant un effroyable plan de restriction budgétaire. Même si les gouvernements grecs ont été particulièrement négligents, même si les réformes, en matière de gestion de l’impôt notamment, sont absolument nécessaires, les Européens doivent redoubler de témoignage d’amitié pour le peuple grec, car si on lui demande beaucoup, il faut aussi beaucoup lui offrir.

Excédée, la population grecque s’exprime désormais par la radicalisation et entend sanctionner les partis en place qui se partagent le pouvoir depuis des décennies. Les socialistes du PASOK de Papandreou semblent promis à une sévère punition, annoncés entre 8 et 13,5% selon les sondages de février, et à 11% en mars. La Nouvelle Démocratie (droite) est promise à un sort beaucoup plus favorable, avec entre 19,5% et 31% selon les sondages de février et 28% pour mars. Néanmoins, ce bon score, qui ferait à nouveau de la ND le premier parti grec, ne saurait cacher une montée très importante de la gauche radicale. Les communistes obtenaient entre 9,5% et 14% des suffrages en février et obtiendraient en mars 11%. Si on ne tient compte que du dernier sondage publié le 4 mars 2012, si les élections avaient lieu aujourd’hui, la gauche radicale, comprenant les communistes (KKE), la gauche radicale (Syriza) et la gauche démocratique (Dimar) obtiendraient, réunis, 39% des voix (11+12+16), après une pointe jusqu’à 43,5% en février 2012. L’extrême-gauche n’est pas la seule à bénéficier d’un regain de soutien, l’extrême-droite dans une moindre mesure en profite également. Si le Laos n’obtiendrait que 4% des voix en mars (entre 4,5 et 5,5% des voix en février), subissant le contrecoup de sa brève association avec le nouveau gouvernement, c’est l’Aube Dorée (Hrisi Avgi) qui avec 3,5% des voix en mars (2,5-3% en février) crée la surprise. Ce mouvement nationaliste, plutôt radical, considéré généralement comme « néo-nazi », est connu pour ses actions musclées dans certains quartiers d’Athènes contre les immigrés clandestins, et a même réussi à faire rentrer un représentant au conseil municipal d’Athènes lors des dernières élections locales avec un score de 5% environ des voix. En Grèce, pays de la démocratie par excellence, un parti est représenté au parlement à partir de 3% des voix. Des députés de Hrisi Avgi (XA) pourraient ainsi rejoindre les députés nationalistes du Laos, dont l’ancien dirigeant du Front Hellénique, brièvement secrétaire d’état. Enfin, les écologistes, avec 4% en mars dans les sondages et entre 2 et 3,5% en février, pourraient également rentrer au parlement.

Avec une extrême-gauche très puissante et une extrême-droite en progression, la démonstration est faite que la crise grecque a des répercussions profondes sur les habitudes électorales. En France, où l’on craint une contagion de la crise grecque, la leçon athénienne n’est pas sans intérêt. C’est avec la victoire de la « gauche » de Papandreou, alors que les problèmes structurels du pays étaient déjà réels du temps de Caramanlis et de la droite au pouvoir, que le système grec est apparu dans toute sa fragilité. La victoire probable du candidat « socialiste » François Hollande pourrait annoncer une crise analogue en France, et sa contestation des accords européens est en elle-même un facteur de déstabilisation. Par ailleurs, les sondages élevés en faveur de Mélenchon (8-9%) et de Le Pen fille (15-19%) indiquent une réelle anxiété des couches populaires et d’une partie de la classe moyenne.

SERBIE

C’est fait. La Serbie est officiellement reconnue candidate à l’adhésion à l’Union Européenne. Ce statut lui avait été refusé à plusieurs reprises. Elle entame un long processus qui doit l’amener à rejoindre les 27 et bientôt 28 états membres (après la future adhésion croate). C’est un succès pour le président sortant Boris Tadic, qui s’était personnellement engagé pour apaiser les relations avec le Kosovo voisin, condition absolument impérative pour faire sauter le dernier verrou, après avoir contribué à l’arrestation de Karadzic et de Radic. Alors que des élections présidentielles se profilent, cette victoire diplomatique de Tadic aura une grande importance dans la balance.

La Serbie a pendant une décennie connu un mouvement nationaliste extrêmement fort, apportant son soutien aux Serbes de Bosnie, refusant de « livrer » leurs criminels de guerre, et dénonçant la situation au Kosovo. Mené par le Parti Radical Serbe (SRS) de Vojislav Seselj, mais aussi par le nationalisme plus modéré de Kostunica, la Serbie se voyait interdire toute perspective européenne. Avec l’élection de Boris Tadic, qui a fait de l’adhésion à l’UE son cheval personnel de bataille, avec le basculement du Parti Socialiste Serbe, l’ancien parti de Milosevic, du côté europhile, et surtout avec la scission du SRS du fait de l’orientation pro-européenne d’un courant qui deviendra le Parti Progressiste Serbe (SNS) de Tomislav Nikolic, crédité dans les sondages d’une très bonne opinion, le camp europhile est devenu nettement majoritaire. Le SRS est désormais le seul parti europhobe, et Seselj, jadis allié d’un Jean-Marie Le Pen, a même excommunié Nikolic il y a quelques années, le poussant à la rupture, en raison du positionnement pro-européen qu’avait exprimé ce dernier.

Selon les derniers sondages de février, alors que des élections présidentielles puis législatives sont prévues au premier semestre 2012, le Parti Démocratique (DS) de Tadic est crédité de 28% environ de soutien, mais c’était avant la reconnaissance du statut de candidat à l’adhésion à l’UE, alors que le SNS de Nikolic est annoncé à près de 31%. En revanche, le SRS europhobe s’effondre avec seulement 7% de partisans. Le parti de Kostunica (DSS) n’obtiendrait que 5,6% en cas d’élection ce mois-ci. Les socialistes (SPS) seraient à une cote d’environ 7%. Enfin les libéraux-démocrates obtiendraient 6%.

Néanmoins l’euroscepticisme dépasse le cadre des élections, même s’il jouit d’une base de 12 à 13% de partisans déclarés. On a pu le constater lors du référendum croate où un tiers des votants s’est opposé à l’adhésion croate à l’UE, alors que seuls les partis nationalistes (HSP, HCSP), qui représentent moins de 5% des électeurs, avaient officiellement appelé à voter non. Si le processus d’adhésion est trop long, la volonté majoritaire du peuple serbe de rejoindre l’Union Européenne pourrait à son tour s’émousser, surtout si la minorité serbe au Kosovo n’est pas mieux respectée par la majorité albanaise.

De la campagne de France…

Nicolas Sarkozy,François Hollande,Marine Le Pen,Jean-Luc Mélenchon,président de la république,haine,peurQuelques données…

Au fur et à mesure que le premier tour des élections présidentielles françaises se profile à l’horizon, la campagne bat son plein. Alors même que le processus de récolte des signatures approche de son terme, le ton monte entre les différents candidats et les sondages, souvent contradictoires, perturbent le choix des électeurs. En vérité, une majorité de français hésite et on ne peut que les comprendre lorsque l’on constate le niveau de médiocrité des débats et la confusion qui règne en premier lieu dans le cerveau des candidats. Ainsi, quel peut avoir comme sens un sondage dans lequel 40% des personnes interrogées ne se prononcent pas, et cela sans tenir compte en plus du caractère très relatif de la représentativité du panel. Quelle part de français contactés ne répond plus aux sondages par téléphone ?

Il paraît donc absolument impossible de déterminer de grandes tendances dans cette élection. A chaque fois qu’un candidat a annoncé sa candidature officielle, il a progressé dans les sondages les semaines suivantes avant de retomber au niveau originel. Marine Le Pen oscille quant à elle entre 14% et 21,5%, même si les derniers sondages la placent davantage entre 15 et 18,5%. François Bayrou atteint 15% dans un sondage de ce jour, mais tous les autres l’indiquent plutôt aux alentours de 12%, bien loin d’une qualification au second tour. Jean-Luc Mélenchon semble désormais stabilisé autour de 8 ou 9% des voix, ce qui serait un bon score pour sa formation et pour le PCF qui lui est associé, mais il réalise ce score au détriment de l’extrême-gauche, véritablement laminée, tous sondages confondus, et de la candidate écologiste, étouffée également à sa droite par Hollande. Ce dernier apparaît extrêmement haut dans les sondages, entre 28% et 31% des voix environ, ce qui témoignerait d’un profond rejet du président sortant. Enfin, les candidats « gaullistes », Villepin et Dupont-Aignan, sont également marginalisés, aux alentours de 1 à 1,5% des voix, et Lepage est même à 0% dans celui de ce jour.

La récolte des signatures continue pendant ce temps, et ce jusqu’au 16 mars, date à laquelle tous les parrainages auront dû être déposés au conseil constitutionnel. Le Pen prétendait en début de semaine manquer d’une cinquantaine de signatures ; Dupont-Aignan et Poutou prétendent être en mesure d’obtenir leurs signatures manquantes. Il semble en revanche que pour Lepage et Villepin l’affaire soit très mal engagée. Enfin Lang affirme qu’il a obtenu 380 signatures de maire, mais qu’il lui sera très difficile de récolter les 120 signatures manquantes. Ce nombre de parrainages, s’il est confirmé, peut expliquer à lui seul les difficultés de la candidate du Front National, et démontrerait que l’appareil politique de ce dernier n’est pas celui d’une future présidente de la république. Sans militants, manquant de cadres, le FN ne ressemble pas du tout à un parti de gouvernement, même si sa dirigeante prétend le contraire.

… d’une campagne pathétique.

Face à cet afflux massif d’informations en provenance des media sur les déclarations de tel ou tel candidat, l’électeur moyen s’y perd, et même les électeurs politisés commencent à saturer. Les projets politiques perdent totalement de l’importance au profit d’une démagogie de tous les instants et de stratégies incohérentes. Nicolas Sarkozy, aidé en cela par son ministre de l’intérieur, a durci le ton sur les questions migratoires et d’identité nationale comme en 2007, mais dans le même temps il remet en avant Rachida Dati et demain sans doute Rama Yade. Une phrase bien à droite pour capter l’attention des électeurs « nationaux » qui ne sont pas convaincus par le programme économique anticapitaliste et europhobe de Marine Le Pen. Une phrase à « gauche » pour conserver le soutien d’une partie des électeurs centristes et éviter une hémorragie en faveur de Bayrou. Ce jeu d’équilibriste, qui lui avait bien réussi en 2007, semble désormais causer sa perte. Le président sortant ne peut pas s’appuyer sur son bilan pour se crédibiliser aux yeux de la majorité des français.
La démagogie en revanche a droit de cité. Mélenchon et Le Pen fille cherchent l’un comme l’autre à récolter les voix populaires, en ayant recours à une phraséologie socialisante et en dénonçant les banques et l’hyper-classe, Marine Le Pen accentuant en plus le ton anti-européen, s’attaquant à l’€ et à l’Union Européenne. Dans un tel contexte, les candidats gauchistes disparaissent de la scène puisque leur discours est repris en chœur par d’autres, de la même façon que la ligne souverainiste de Dupont-Aignan est étouffée.

Le comble du caractère pathétique de cette campagne présidentielle a été atteint lors du non-débat sur France 2 entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Celui-ci semble déterminé à disputer au FN l’électorat populaire, oubliant que son soutien à l’immigration, il prône notamment la régularisation des clandestins, est inaudible et le sera de plus en plus au sein de l’électorat ouvrier. Il attaque donc violemment la candidate d’extrême-droite, notamment dans ses meetings, mais sans succès. Plutôt que de dénoncer l’europhobie de la candidate, car il la partage fondamentalement, son internationalisme marxiste se mêlant aisément avec une forme de chauvinisme, ou d’attaquer son programme économique, il préfère l’attaquer sur les questions sociétales ou sur les nouvelles provocations de Jean-Marie Le Pen, ou a recours, tout comme plus étrangement Claude Guéant lorsqu’il déclare que le FN est « nationaliste et socialiste », à un anti-fascisme incantatoire. Cette vieille « recette » n’a jamais fonctionné, bien au contraire, et il serait plus honnête de considérer que le principal défaut du FN, c’est d’être justement un parti comme les autres, ce qui lui interdit en vérité tout critique pertinente du système en place.

Face à cette dialectique vindicative, Marine Le Pen aurait eu beau jeu de le renvoyer dans ses cordes d’un « tu quoque ». Ce n’est pas ce qu’elle a choisi de faire. Dans une scène comique, en petite fille boudeuse, et après un long exposé de pourquoi elle refusait de débattre avec Jean-Luc Mélenchon, elle a refusé de regarder son adversaire en face, tout en débattant avec lui par l’intermédiaire du présentateur. L’art politique, c’est de débattre, même et surtout face à un adversaire qui lui ne lâche rien, et surtout pas ses coups. Si on refuse la confrontation, on envoie un message selon lequel on se se sait dominé et incapable de parer les attaques de l’ennemi. Ni Nicolas Sarkozy ni son propre père n’auraient commis une telle erreur tactique.

Quant aux questions économiques, alors qu’elle est animée par des postulats anti-européens de principe, son argumentaire ne tient pas longtemps face à un spécialiste mais aussi face au bon sens élémentaire. Si elle ne parvient pas au second tour des élections de 2012, ce sera en grande partie à cause de son absence de crédibilité sur les questions économiques, payant ainsi le prix de sa haine de l’idée européenne. En outre, elle commet la même erreur que son père en 2007. En effet, alors que Nicolas Sarkozy droitise son discours un jour sur deux, Marine Le Pen a déserté son espace politique naturel, ayant réduit à la portion congrue des thématiques comme l’immigration, la place de l’islam et l’insécurité. Même lorsqu’elle tente d’y revenir, sentant qu’elle perd pied dans son propre camp, elle n’est pas convaincante. Expliquer à un électorat anti-immigration qu’elle prône l’égalité entre « français immigrés », notion au demeurant étrange, et « français de souche », ce qui est affirmé par tous les candidats d’ailleurs, n’est pas la meilleure façon de le rassurer quant à la sincérité des opinions en la matière de la candidate. « Heureusement » pour elle, son père est encore là pour sortir quelques « bons » mots et citer quelques auteurs sulfureux.

De l’échec de Sarkozy à la menace Hollande.

Si les électeurs s’intéressaient vraiment aux programmes des deux principaux candidats, mais ceux-ci brouillent les pistes en s’invectivant l’un l’autre, évitant ainsi les sujets qui fâchent, François Hollande ne passerait même pas le cap du premier tour. Mais les coups, parfois justifiés, par exemple sur la question du vote des étrangers extra-communautaires aux élections locales, que lui envoie l’UMP, ne portent pas. En vérité, Sarkozy a tellement déçu et agacé de nombreux citoyens qu’il subit aujourd’hui le prix de sa campagne de 2007. Si Philippe Bilger, qu’on aura connu mieux inspiré, annonce son soutien à Hollande, c’est la démonstration par excellence de cet état d’esprit qu’on devine dominant au sein des classes moyennes. Taxer les plus riches, au risque par effet hétérotélique de les voir payer leurs impôts à l’étranger, ce n’est pas un problème. Légaliser le mariage homosexuel et l’adoption, ce n’est pas un problème. Régulariser massivement les clandestins et faire voter les étrangers extra-communautaires aux élections municipales, ce n’est pas un problème. Soutenir l’adhésion d’une Turquie provoquante à l’Union Européenne, pas un souci. Remettre en cause des accords européens obtenus par une négociation complexe, amenant les principaux dirigeants de nos partenaires à refuser de recevoir le candidat « socialiste », risquant ainsi de déstabiliser davantage notre économie, qui n’en a pas besoin, où est le problème.

Non, la seule chose importante est de chasser Nicolas Sarkozy de l’Elysée. Remplacer un pantin par un autre, après tout, serait-ce si dramatique ? Bien sûr, si on attend du futur président qu’il œuvre dans le bon sens, autant s’abstenir dès le premier tour. Néanmoins, et en France c’est une expérience coutumière, on a pu constater amèrement que le candidat rentrant était bien pire que le candidat sortant. Vous avez détesté Sarkozy ? Vous haïrez Hollande. Ce n’est donc peut-être pas la peine de choisir par défaut le pire. Loin de moi de soutenir le président sortant, et d’ailleurs je n’attends rien d’un nouveau président, mais il faut objectivement regarder Hollande en face et voir à quelle catastrophe nous devons nous attendre s’il est élu. Et il semble bien que, sauf erreur majeure de sa part, si par exemple il apparaissait sous son vrai jour comme la version « de gauche » de Sarkozy, il sera le prochain président. Son programme calamiteux semble sans importance aux yeux d’électeurs excédés dont le rejet aveugle de Sarkozy va les amener à choisir Sarkozy en pire.

Hollande incarne l'anti-sarkozysme, donc le rejet haineux du président sortant et de ce qu'il représente, alors que Sarkozy incarne l'anti-hollandisme, la peur panique des mesures économiquement les plus dangereuses du candidat pseudo-socialiste. La haine contre la peur, ce n'est pas de cette politique là dont on a besoin en France et en Europe. Le programme de Hollande comme celui de Sarkozy n'ont plus d'importance, et puis quel électeur lit encore les programmes présidentiels. Le problème est que sur tout les points que j'ai évoqués, Hollande fera ce sur quoi il s'est engagé.

Thomas Ferrier
Secrétaire général du PSUNE

04/02/2012

Brèves européennes… (11)

FINLANDE

Le premier tour des élections présidentielles finlandaises qui s’est déroulé le 22 janvier dernier n’a pas annoncé un « 21 avril » à la française entre un candidat souverainiste et un candidat favorable à l’Union Européenne. Avec 17,5% des voix (contre 18,6% en 2006), le centriste souverainiste Paavo Väyrynen a échoué nettement à se qualifier au second tour ayant été dépassé d’un peu moins de deux de points par un candidat écologiste, représentant ainsi de toute la gauche. Le conservateur Sauli Niinistö en revanche, avec 37% des voix dès le premier tour, a pris une bonne option en vue de la victoire, annoncée par tous les instituts de sondage. La surprise est venue du très bon score de la Ligue Verte et de son candidat, Pekka Haavisto, connu pour avoir publiquement révélé son homosexualité, ce qui n’a pas empêché son ascension. Avec 18,8% des voix, il est certes largement distancé par le candidat de droite, et il ne saurait compter sur un report de voix favorable. Le candidat écologiste précédent en 2006 n’avait obtenu que 3,5%.

Timo Soini, candidat des « Vrais Finlandais », une droite nationale souverainiste, était annoncé dans les sondages aux alentours de 6%. Tous les politologues français considéraient alors que ce score très modeste était lié au type d’élection et que cela ne signifiait rien quant à la cote de son parti dans l’opinion finlandaise. Avec 9,4%, Soini réalise un score bien supérieur à ce qui était annoncé, et pourtant la presse française considère désormais qu’il est en net recul, que son élimination, tout comme celle de Väyrynen, est le signe d’un affaiblissement du courant eurosceptique dans le pays. En fait, Soini n’avait fait que 3,4% aux dernières élections présidentielles et progresse donc de plus de 175%, ce qui est considérable, et surtout il fait mentir tous les sondages. C’est donc une véritable réussite, dans un contexte peu propice, mais qui coûte très certainement à l’autre candidat souverainiste son second tour.

Enfin, le principal perdant de cette élection est le parti social-démocrate, dont le candidat Paavo Lipponen doit se contenter de 6,7% des voix (contre 49,4% pour Tarja Halonen en 2006), alors que le candidat de l’alliance de gauche, Paavo Arhinmäki, obtient 5,5%. La représentante de la communauté suédoise, Eva Biaudet, obtient 2,7% des voix (contre 1,6% pour Henrik Lak en 2006). Enfin, première candidate issue de l’immigration extra-européenne, la chrétienne-démocrate Sari Essayah, réalise un score médiocre, avec environ 2,5% des voix (le parti ayant obtenu 2% des voix en 2006).

CROATIE

Le référendum croate sur l’adhésion de la Croatie en 2013 à l’Union Européenne du 22 janvier 2011 n’a pas créé de surprise. Comme à chaque fois qu’un pays d’Europe médiane souhaite rejoindre l’Union Européenne, le oui l’emporte très largement. Avec 66,67% de oui, le peuple croate valide le choix de ses dirigeants de rejoindre l’Union. 33,33% des votants ont néanmoins rejeté le principe de l’adhésion, ce qui est un score important qui dépasse largement les effectifs de la droite nationaliste, HSP et HCSP réunis regroupant un peu plus de 5% des électeurs. Cette défiance est d’autant plus visible que le taux de participation est particulièrement médiocre, 43,54%. Plus d’un électeur sur deux a préféré rester chez lui plutôt que de se rendre dans les urnes, considérant les jeux comme faits. L’UE suscite donc davantage l’indifférence que l’opposition, celle-ci étant molle. On constate d’une manière générale que la classe politique est favorable à l’adhésion, à l’instar de la classe politique serbe, dont l’ex-nationaliste Tomislav Nikolic, exclu il y a plusieurs années du Parti Radical Serbe de Seselj, un des favoris des futures élections présidentielles, a rallié le point de vue « européiste » bruxellois.

L’Union Européenne ne fait plus rêver et la crise des dettes souveraines a contribué de manière détestable à cet état de fait. On voit bien que l’UE telle qu’elle est n’est pas satisfaisante et n’est pas à la hauteur des enjeux ni des rêves des européens. Mais ceux qui proposent de la quitter n’ont que du sang et des larmes à nous proposer comme alternative, sans que la moindre victoire pointe à l’horizon. S’il n’y a aucun salut hors de l’Union Européenne, pour le moment il n’y en a aucun non plus en son sein. L’Union Européenne doit être transformée en autre chose, dépasser l’ersatz d’Europe politique qu’elle n’a jamais cessé d’être depuis les années 50. Elle doit devenir une république, une véritable nation. Les européens doivent apprendre à penser à l’unisson, car c’est notre avenir commun qui est en jeu. Lorsqu’ils se tournent vers leur pré carré naturel, ils choisissent l’esclavage. La liberté est dans l’unité européenne. Seule l’Europe unie peut rivaliser et même dominer les Etats-Unis, maîtriser les appétits chinois et les convulsions islamiques.

FRANCE (I)

Lors de cette précampagne présidentielle française, Marine Le Pen est cette semaine à nouveau au cœur de l’actualité. Elle a d’abord suscité des réactions hostiles de l’ensemble de la classe politique et des media en raison de sa présence à un bal viennois relevant d’une de ces nombreuses confréries estudiantines autrichiennes, mal dégrossies d’un nationalisme étroit et réactionnaire, et dont est issu Karl-Heinz Strache, le jeune leader de la FPÖ, et successeur dans ce rôle du défunt et sulfureux Jörg Haider. Elle n’y a gagné aucun électeur et a surtout démontré sa méconnaissance des subtilités de l’histoire politique européenne. Elle a en revanche obtenu un petit succès lorsqu’elle est parvenue à poser au conseil constitutionnel une question relative à la constitutionnalité du système des parrainages en vigueur pour pouvoir se présenter aux élections présidentielles, soutenue dans sa demande par Christine Boutin, Nicolas Dupont-Aignan et plus étrangement par Nathalie Arthaud, candidate de Lutte Ouvrière.

C’est sur cette question que Nicolas Sarkozy aurait d’ailleurs un coup à jouer, en apportant officiellement les signatures manquantes à Marine Le Pen, et à quelques autres petits candidats, au nom des principes de la démocratie. Il aurait ainsi le beau rôle et désactiverait totalement la stratégie lepéniste d’instrumentalisation de la problématique des signatures d’élus.

Cherchant à rallier à sa cause tous les souverainistes, étouffant ainsi Dupont-Aignan, Marine Le Pen abandonne dans le même temps la ligne classiquement nationaliste de son père. Ouverte aux questions de diversité, elle a présenté un comité de patronage très bigarré, avec la mise en avant de bi-nationaux africains, ce qui est étrange lorsque l’on songe que la candidate s’était auparavant élevée contre la binationalité. En revanche, elle continue de manifester une opposition radicale à l’Union Européenne, reprenant à la fois les arguments souverainistes traditionnels de l’extrême-droite mais aussi les arguments économiques de l’extrême-gauche, plagiant systématiquement, au mot près, les discours de Jean-Luc Mélenchon, ce qui a fait dire à Nicolas Sarkozy qu’elle menait « une campagne d’extrême-gauche », celle-ci prônant même le retour à la retraite à 60 ans. Son obsession anti-€, qu’elle partage avec Dupont-Aignan, est par ailleurs aberrante économiquement et éloigne les classes moyennes de sa formation. Il n’est pas sûr que son électorat, qui vote avant tout pour elle en raison de la problématique migratoire extra-européenne, se retrouve dans ce nouveau discours démagogique.

Le candidat identitaire, Philippe Vardon, qui avait souhaité obtenir l’investiture du Front National aux élections législatives de juin prochain, est la principale victime de cet alignement de la candidate Le Pen sur un positionnement néo-colonialiste et radicalement europhobe. Il aura un(e) opposant(e) estampillé(e) FN contre lui sur Nice-5. Le soutien de Vardon et de sa structure, Nissa Rebela, à la candidate, a donc été vain. Le Bloc Identitaire, quant à lui, qui est sur une ligne beaucoup plus pro-européenne, a choisi conformément au souhait de 62% des adhérents, de ne soutenir aucun candidat aux élections présidentielles, même si 33% des votants à leur consultation interne appelaient à soutenir Le Pen. Mais c’était avant que ne soit officiel le refus de la candidate FN de s’allier avec les identitaires niçois.

FRANCE (II)

Nicolas Sarkozy tient sa ligne concernant la loi mémorielle condamnant l’expression du négationnisme, notamment dans le cas du génocide arménien, et ce malgré les protestations du gouvernement turc, qualifiant la politique française de « raciste », mais aussi de députés et sénateurs, tous partis confondus, et même de plusieurs ministres, dont Alain Juppé. Sarkozy a expliqué à ces derniers qu’ils ne voyaient « pas plus loin que le bout de leur nez ». Il a même annoncé que si le conseil constitutionnel censurait cette loi, suite à deux recours auprès de cette institution (l’un de 75 sénateurs, l’autre d’une soixantaine de députés), il la ferait repasser devant les parlementaires. Selon le président, la non-constitutionnalité de cette nouvelle loi remettrait en cause la loi précédente dite « Gayssot », une façon pour lui de rappeler les conséquences en jeu. J’ai déjà rappelé à plusieurs reprises mon opposition de principe aux lois mémorielles. Par ses réactions outrancières, et ses menaces, la Turquie en revanche donne d’elle-même une image détestable, et si le gouvernement abandonnait cette loi sous la pression d’un gouvernement étranger, ce serait une faute politique. Néanmoins, il y avait dès le départ une autre stratégie possible, qui ne passait pas par une loi, et qui aurait été de mettre fin à l’adhésion turque à l’Union Européenne, adhésion dont une majorité de citoyens européens ne veut simplement pas entendre parler.

07/01/2012

Jeanne d’Arc ou le fétiche nationaliste

Jeanne d'Arc,Nicolas Sarkozy,Front National,Europa,Athéna,nationaliste,européiste,Thomas FERRIER,PSUNEDominique de Villepin se fait poète pour chanter la geste johannique, alors que Nicolas Sarkozy vient de lui rendre hommage comme symbole de la France, suivi par Jean-Marie Le Pen qui la fête depuis maintenant près de trente ans chaque premier mai. Pour les 600 ans d’anniversaire de sa naissance, la droite encense la pucelle de Domrémy. Elle est un odieux symbole ultra-nationaliste selon Eva Joly, toujours mal à l’aise vis-à-vis de l’histoire nationale, et qui devrait s’intéresser aussi au saint patron de la Norvège, le roi Olaf, honni à juste titre par les Asatruar (néo-païens scandinaves) pour avoir voulu imposer de force la religion chrétienne à ses compatriotes.

A la différence de l’actuel président français, je ne me réveille pas européiste le matin pour me faire nationaliste le soir. Je suis européiste du soir au matin, au lever et au coucher. Croire, comme doivent le penser ses conseillers issus de l’extrême-droite, que la récupération du mythe johannique amènerait les électeurs nationaux à voter UMP au premier ou au second tour des élections présidentielles, est d’une naïveté confondante. Si MLP capitalise malheureusement, de plus en plus, les voix populaires, c’est parce que l’immigration n’est pas maîtrisée et que l’insécurité explose. Les paroles comptent moins que les actes, et Nicolas Sarkozy a certes beaucoup parlé mais n’a guère agi. Qu’il explique aux français ce qui l’a enchaîné serait la seule façon de se justifier. Mais cela l’obligerait à remettre en question tout le cadre constitutionnel français et institutionnel européen.

Aussi Jeanne d’Arc n’est-elle pas une figure semi-historique qui m’intéresse beaucoup, à vrai dire. Je n’oublie pas qu’à la cour du roi d’Angleterre on parlait français, que Richard Cœur de Lion, qui était suzerain dans tout l’ouest de la France, parlait donc la même langue que son complice des croisades et ennemi mortel Philippe Auguste. L’image d’une Jeanne libératrice de la France est elle aussi lorraine, d’Epinal pour être précis. Et d’ailleurs, ce ne sont pas des « anglais » qui l’ont mise à mort, même s’ils ont intrigué en ce sens, mais des « français ». Ici l’usage des guillemets est indispensable, car ces notions n’étaient pas si popularisées à l’époque, et le mythe de Jeanne prend tout son sens au XIXème siècle.

En fait, lorsqu’on connaît bien les mythologies indo-européennes, on repère immédiatement derrière Marianne et Jeanne des figures bien connues. Symbole de la république, Marianne n’est que Cérès, la fameuse semeuse de la pièce de 1 Franc, et son nom, certes issu de Marie, devrait au contraire être rapproché du mot « mère ». C’est Déméter qui nourrit et protège le peuple, et qui est la mère de tous les citoyens. La déesse Raison mise en avant par les hébertistes n’était-elle pas Minerve/Athéna. Et Jeanne la pucelle rappelle la version guerrière de la déesse indo-européenne de l’aurore. C’est Artémis la déesse vierge, chasseresse et sauvage, l’amazone par excellence. C’est surtout Athéna Parthenos, c'est-à-dire « Pucelle », avec son casque, sa lance et son bouclier, déesse de la guerre galvanisant les guerriers. C’est la Morrigan celte accompagnée de ses corbeaux, ou la Valkyrie envoyée sur le champ de bataille par Odhinn.

Jeanne n’est donc de fait qu’un énième avatar de la déesse Athéna, et de ses homologues modernes, à l’instar de Britannia et de Germania. C’est ainsi que Jeanne est Francia, de même que Francus, tout comme Enée, aurait amené en Gaule la statue de la déesse, le fameux Palladion de Troie, selon une version médiévale tardive de l’origine de la nation, reprise par Ronsard. A l’époque des nationalismes d’Europe du XIXème siècle, la nation devient une sorte de déité païenne à laquelle il faut rendre un culte. Jeanne n’est donc en aucune manière un symbole catholique, les « anglais » de l’époque étant d’ailleurs autant catholiques que les « français » et on pourrait en faire une sorte de prêtresse guerrière païenne ayant entendu sous un chêne le dieu Taranis en personne lui demander de défendre les Gaulois contre l’envahisseur (grand-)breton.

Mais le symbole de Jeanne aujourd’hui est nécessairement europhobe, et c’est en ce sens qu’il est exploité par le Front National. Elle est celle qui a chassé des frères européens, dont les élites parlaient français, de notre sol, au service d’un souverain qui ne valait pas plus qu'un autre. C’est de cette guerre de cent ans que naît d’ailleurs l’animosité entre anglais et français, et que l’Angleterre commence à se détourner du continent pour devenir la thalassocratie qu’on connaît.

Jeanne d'Arc,Nicolas Sarkozy,Front National,Europa,Athéna,nationaliste,européiste,Thomas FERRIER,PSUNENotre symbole c’est Europa, qui est à la fois mère et guerrière, en tant que Déméter nourricière fécondée par le génie créateur de Zeus apparu sous forme taurine, et en même temps Athéna, guerrière en armes, incarnation de la suprême sagesse, protectrice des fils d’Arès que nous sommes, nous Européens, gardienne souveraine de la démocratie, qui fait de notre continent la terre de la liberté par excellence, conformément à notre nature, comme l’avait bien compris le premier européiste, Hippocrate. Et le 9 mai de chaque année, nous défilerons pour elle et pour personne d’autre.

Nicolas Sarkozy a commis une erreur majeure en voulant se jouer plus nationaliste que les nationalistes, alors même qu’il prétend défendre l’Union Européenne dans cette crise des dettes souveraines qui nous touche de plein fouet. Français, encore un effort pour (re)devenir vraiment européens ! Car c’est au niveau de l’Europe que pourra venir le salut et nulle part ailleurs. Il n’y gagnera aucun électeur supplémentaire, mais contribuera au contraire à l’europhobie ambiante.

Ni la France ouverte sur le monde entier des prétendus « socialistes » ni la France fermée de la droite ne doivent devenir notre avenir. C’est à la « France européenne » que nous nous adressons, c’est à l’Europe toute entière.

Thomas Ferrier
Secrétaire général du PSUNE

29/12/2011

De l'avenir de la Russie

drapeaurusse.jpgA l’issue des élections législatives russes, qui ont été principalement caractérisées par une nette baisse du pourcentage de voix obtenu par le parti gouvernemental Russie Unie (Единая Россия), tombé en dessous du seuil de 50%, de nombreuses et régulières manifestations ponctuent depuis la vie politique russe, menées notamment par le trentenaire russe Alexeï Navalnyi, présenté comme libéral dans les media occidentaux mais comme nationaliste dans les media russes, puisque présent régulièrement aux « marches russes » organisées par la droite nationale russe. Ce dernier a indiqué son intention de se présenter aux élections présidentielles russes face à Vladimir Poutine.

Ces manifestations, qui réunissent un horizon très varié allant de l’extrême-gauche à l’extrême-droite, mais auxquelles ni la KPFR (communistes) ni la LDPR (nationalistes de Jirinovski) ne se sont jointes, sont parfois qualifiées de « révolution orange », expression désormais décriée pour désigner des manifestants libéraux et/ou atlantistes, par leurs adversaires. C’est un raisonnement arbitraire et inacceptable car on pourrait ainsi soutenir à ce titre et sous ce prétexte n’importe quel gouvernement, même si ce dernier opprime son peuple. Il faut donc admettre par principe, mais sans naïveté, la sincérité de l’engagement de ceux qui défilent contre le pouvoir en place.

Même si on peut suspecter à la marge des bourrages d’urnes ou des pressions, ce qui existe dans toutes les démocraties, le résultat de Russie Unie demeure valable et significatif, pour une raison évidente, à savoir l’absence totale de crédibilité des partis concurrents. En effet, les alternatives proposées étaient pour l’essentiel bien moins démocratiques encore. Ce qui est sûr, c’est qu’au moins 15% des électeurs russes ont sanctionné le roque Medvedev/Poutine, qui a été, il faut le reconnaître, une erreur stratégique majeure. Un second mandat présidentiel de Medvedev, qui n’aurait en rien empêché Poutine d’être sous le statut de premier ministre le véritable chef d’orchestre, aurait été positif. Medvedev a su très habilement se doter d’une authentique carrure de chef d’état pendant les quatre années de son mandat, ce qui au final a peut-être inquiété son mentor, expliquant alors sa volonté de redevenir président.

Poutine sera certainement (ré)élu président mais sans doute avec un score bien inférieur, concédant peut-être un second tour face à Ziouganov, le KPFR étant à l’issue des élections législatives le principal parti d’opposition. Il n’a cependant aucun adversaire susceptible de devenir président. Qui en effet pourrait souhaiter l’élection du candidat communiste, qui ramènerait la Russie vingt ans en arrière, puisque Ziouganov est animé d’une démarche nostalgique à l’égard de l’URSS et a été incapable de fonder un parti social-démocrate ? Le KPFR n’a rien appris de l’échec du communisme en Russie. Qui pourrait souhaiter de la même façon l’élection du candidat nationaliste en la personne de Vladimir Jirinovski, candidat depuis 1993, tout comme Ziouganov d’ailleurs, aux différentes élections, et dont le programme ne pourrait amener qu’à des conflits ? Qui enfin pourrait réellement vouloir prendre le risque de mettre à nouveau les libéraux au pouvoir, comme ils l’ont été durant les années Eltsine, où ils vendaient littéralement le pays aux intérêts étrangers et ruinaient le peuple ? Enfin, si l’objectif des « démocrates » et « libéraux » russes est que la Russie imite la France actuelle, alors disons le tout net, dans ce cas, il vaut mieux que Poutine reste longtemps aux affaires.

En clair, Poutine est, faute de mieux, l’homme de la situation, non seulement pour les Russes mais aussi pour les vrais Européens. Certes, son bilan politique de ces dernières années n’est guère satisfaisant, et les dérives autoritaires constatées demeurent problématiques. Beaucoup restent notamment à faire en matière de justice sociale et de redistribution des richesses au plus grand nombre de citoyens. Pourtant, aucune alternative salutaire n’est actuellement envisageable. D’ailleurs, certains nationalistes ne s’y sont pas trompés, à l’instar du dynamique Dmitri Rogozine, qui vient d’être nommé comme l’équivalent de ministre de la défense, mais aussi des Patriotes de Russie (Патриоты Россий), dont le dirigeant renonce à se porter candidat aux présidentielles. En revanche, d’autres nationalistes commettent l’erreur majeure de s’associer à des gens bien peu recommandables, à des provocateurs évidents, à des oligarques en disgrâce, au nom de slogans extrémistes, à l’instar de Belov et de Dyomouchkine, dirigeants de la coalition extra-parlementaire Les Russes (Русские), perdant ainsi leur maigre crédit.

Il existe toutefois pour l’avenir de la Russie une alternative à bâtir, et qui est de rejoindre une Europe politique unitaire enfin émancipée des Etats-Unis, en rupture avec le libéralisme mondialisé et ses funestes compagnons (dénatalité, chômage et immigration). Dans une Europe euro-socialiste dans laquelle la Russie aurait naturellement toute sa place, le peuple russe saurait choisir une nouvelle voie. L’Union Européenne actuelle, empêtrée dans ses crises institutionnelles et économiques, dirigée par des technocrates incompétents et des politiciens conformistes, ne saurait séduire en revanche les russes. Seul l’européisme authentique, tel que défendu par exemple par notre modeste formation, pourra amener la Russie et le reste du continent à joindre leurs efforts et à ne faire plus qu’un. D’ailleurs c’est officiellement la ligne défendue par Medvedev et Poutine, quoi qu’on puisse penser de leur sincérité à ce sujet, continuant ainsi la démarche en vue d’une « maison commune européenne ». C’est l’Europe qui est le véritable remède de la Russie, tout comme la Russie constitue un remède pour le reste de l’Europe.

La Russie abandonnera vis-à-vis de l’Europe politique sa real-politik quand l’Union Européenne la découvrira enfin. Car si l’Europe doit en interne s’en abstenir, elle doit en revanche vis-à-vis de l’extérieur s’assumer à nouveau. Dmitri Rogozine a rappelé récemment que la ligne stratégique des Etats-Unis en Europe se résumait à « les Etats-Unis en son sein, la Russie en dehors, l’Allemagne à genoux ». Et les vrais européistes de répondre désormais, « les Etats-Unis en dehors, la Russie en son sein, et l’Europe (enfin) debout ». En effet, russophobie, germanophobie et europhobie servent de fait les intérêts américains, et si certains nationalistes russes font leur jeu, c’est aussi le cas des nationalistes et souverainistes français.

Thomas Ferrier
Secrétaire général du PSUNE

26/12/2011

Du principe contesté des lois mémorielles et de la Turquie en particulier

themis.jpgLa proposition de loi n°3842 portant « transposition du droit communautaire sur la lutte contre le racisme et réprimant la contestation de l’existence du génocide arménien » a été adopté en première lecture par l’assemblée nationale la semaine dernière, suscitant une réaction extrême du gouvernement turc. Le texte de loi propose de transposer une directive communautaire en droit français, directive qui ne vise pas spécialement la question de l’arménocide de 1915 mais qui élargit les dispositions de la loi dite « Gayssot » antérieures, celle-ci étant dédiée exclusivement au judéocide commis par le régime national-socialiste allemand. Si cette nouvelle loi inclut de fait des sanctions accrues contre la « négation ou la banalisation grossière » de crimes de génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre, et si elle offre la possibilité à des associations de se porter partie civile, elle ne concerne qu’accessoirement le négationnisme turc. Il s’agit avant tout d’une nouvelle loi à vocation antiraciste, destinée à sanctionner pénalement l’expression de certaines idées et de certains propos.

A partir de ce constat, deux attitudes seulement sont cohérentes. Ou bien on est favorable par principe à la liberté d’expression, et alors non seulement il faut s’opposer à cette nouvelle loi mais il faut alors demander aussi l’abrogation de la loi précédente de 1993, même si le sujet est délicat à aborder. Ou bien on considère que la liberté d’expression doit être encadrée par la loi, et alors il n’y a aucune raison de ne pas traiter la négation de l’arménocide à égalité avec celle du judéocide, comme le fait à juste titre remarquer Caroline Fourest dans un article du journal Le Monde daté de samedi.

En vérité, lorsqu’on fait le choix de limiter la liberté d’expression des citoyens, et y compris leur droit à affirmer des contre-vérités, on se dote d’un mandat sans légitimité, au nom d’une conception du bien qui n’appartient qu’à vous. Le censeur, même animé des meilleures intentions du monde, ne doit pas exister en démocratie. Aussi, les européistes que nous sommes proposeront dans la constitution de la future république européenne que nous appelons de nos vœux l’affirmation de la liberté d’expression, la seule entrave étant naturellement la diffamation envers une personne en particulier, comme principe constitutionnel, à l’instar du premier amendement américain. Ce n’est pas au législateur de décréter ce qu’il doit être permis d’écrire ou de dire, et il n’est pas normal que des associations auto-proclamées légitimes puissent intervenir au tribunal pour faire taire tel ou tel.

En outre, ces lois mémorielles ne rendent pas service aux causes qu’elles prétendent défendre, puisque les contre-vérités s’appuient toujours sur un martyrat pervers, et condamner des gens pour ce qu’ils ont dit ou écrit, c’est les mettre en position de victimes de l’injustice, ce qui implique de donner d’une certaine manière crédit à leurs mensonges. Je ne souhaite pas que des falsificateurs puissent se donner l’image de martyrs, et c’est par le mépris et le travail historique qu’il faut leur répondre.

L’opinion française est manifestement majoritairement opposée à cette nouvelle loi, ce qui implique qu’elle est tout autant opposée à la loi précédente. Mais lorsque François Bayrou ou Dominique de Villepin rejettent cette nouvelle loi, sans remettre en cause l’autre loi évoquée, ils ne sont pas cohérents et manquent de courage dans l’affirmation de leur point de vue. Ou bien les deux lois, ou bien aucune. Cette loi contestée a en revanche le mérite de la cohérence, puisqu’elle est dans la continuité des principes du droit actuel, s’appuyant sur des conventions internationales signées par la France, sur des directives communautaires, et aussi sur la loi française, et complète et élargit les textes antérieurs.

Maintenant, puisque l’un des principaux arguments des opposants à cette loi étant qu’elle serait de circonstance, et purement électoraliste, interrogeons-nous honnêtement à ce sujet. Je ne crois pas qu’elle soit destinée à encourager le vote de la communauté arménienne envers Nicolas Sarkozy, cette dernière étant animée par bien d’autres considérations, comme tous les autres citoyens, que cette question certes liée à une immense et incontestable tragédie. Il serait extrêmement naïf de s’imaginer qu’une loi, qui ne concerne pas spécifiquement ce sujet, comme cela a été montré, amènerait des citoyens responsables à choisir leur président en conséquence.

En vérité, Nicolas Sarkozy avait une autre idée en tête, qui était de pousser le gouvernement turc à l’excès. Sarkozy étant incapable, alors qu’il s’y était engagé, de mettre fin de manière unilatérale au processus d’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne, s’est servi d’une question sensible pour pourrir la situation. Lorsqu’on constate la réaction outrancière d’Erdogan et de ses amis, lorsqu’on assiste avant et après ce vote à des pressions inadmissibles, lorsqu’on apprend que la députée qui a proposé cette loi, Valérie Boyer, est menacée par des extrémistes, lorsque le gouvernement turc accuse la France de génocide en Algérie, passant sous silence trois siècles d’occupation coloniale ottomane antérieure, on voit la Turquie contemporaine sous un autre jour. Peut-on souhaiter que ce pays rejoigne l’Union Européenne une fois que tout cela a été constaté. Et je n’évoque pas les menaces turques sur Chypre, le discours radical d’Erdogan sur Israël, la mansuétude dont il témoigne à l’égard du gouvernement iranien voisin.

Un autre élément à rappeler, c’est que de tous les partis turcs, le seul à être opposé à l’adhésion à l’Union est le MHP (« mouvement d’action nationale ») nationaliste, qui oblige Erdogan à surveiller sa droite. C’est le MHP qui au final est le principal bénéficiaire de ce vote français, la fierté nationale turque outragée sachant qu’elle est défendue vigoureusement par ce parti, qui a obtenu près de 15% des voix aux dernières élections législatives.

La manœuvre de Nicolas Sarkozy est donc évidente, à savoir contourner le refus de ses partenaires de dire non à la Turquie en provoquant cette dernière par une loi de circonstance, une loi qui par ailleurs restreint la liberté d’expression selon un principe mémoriel, ce qui suscite un large débat en France, débat qui me paraît une excellente chose si cela permet de discuter de la préservation des libertés individuelles.

Thomas Ferrier
Secrétaire général du PSUNE

18/12/2011

De l’europhobie actuelle...

UE.JPGLa crise européenne des dettes souveraines, relevons d’ailleurs ce terme de dettes souveraines, a réveillé les crispations europhobes d’une partie de la classe politique et médiatique française. Cette europhobie transcende par ailleurs les différents partis politiques à l’exception notable de l’UMP, soutenant la défense de la zone euro par le président de la république et la chancelière allemande. Celle-ci a d’ailleurs fort à faire pour maîtriser les europhobes de son camp, une partie de la FDP (libéraux) notamment et la CSU bavaroise. Au Royaume-Uni, une majorité de britanniques, excitée par le veto de Cameron au nouveau traité, souhaitent un référendum sur l’appartenance même à l’Union Européenne. Le libéral-démocrate Clegg a bien du mal à faire entendre une autre musique, tout en veillant à ne pas mettre en danger la coalition actuelle. Son parti est désormais crédité de seulement 14% dans les sondages, attestant d’une démobilisation de son électorat au profit des conservateurs ou des travaillistes. Menacé à sa droite par l’aile la plus eurosceptique des Tories et par la pression de UKip, David Cameron a pris le risque de mettre le Royaume-Uni aux portes de l’Union. Comme l’enjeu européen n’a jamais pu être convenablement expliqué au peuple britannique, alors que les Ecossais sont en revanche très favorables à la construction européenne, il se braque et se fait berner par la mélodie nostalgique d’une « UK First ». Or les intérêts de la City ne sont pas du tout ceux du peuple britannique.

Deux manifestations politiques de l’europhobie émergent. La première est d’ordre politique, à savoir une opposition radicale, obsessionnelle même, vis-à-vis de l’Union Européenne. En 2007, cette ligne était représentée par le candidat du Parti des Travailleurs, Gérard Schivardi prônant le départ de la France hors de l’UE. Aujourd’hui, en 2011, elle est représentée par le souverainiste François Asselineau de l’UPR (Union Populaire Républicaine), désormais candidat aux élections présidentielles sur une ligne 100% anti-européenne. En version douce, le rejet de l’UE s’exprime par la volonté de revenir aux monnaies nationales, sans remettre officiellement en cause la construction européenne dans sa globalité. C’est la ligne choisie par Marine Le Pen et par Nicolas Dupont-Aignan. Un « argument » avancé est de s’opposer à une ligne prétendument fédéraliste du gouvernement français.

Une autre europhobie, qu’on retrouve étrangement à « gauche », c’est de nier la parenté profonde entre les européens, au nom d’options implicitement néo-colonialistes ou simplement d’une méconnaissance du sujet. Arnaud Montebourg, tenant de la démondialisation, s’est ainsi laissé aller à des propos germanophobes comparant Merkel à Bismarck et dénonçant une Allemagne à nouveau nationaliste. Le PS, qui prône le vote des étrangers extra-communautaires aux élections locales, les mettant ainsi sur le même plan que les citoyens de l’UE, choisit ainsi de nier les spécificités européennes et préfère de fait une France mondialiste à une France européenne. Ainsi Jack Dion, dans Marianne en date du 3 décembre, partisan de cette mesure, déclare ainsi dans un article intitulé « un Marocain vaut bien un Tchèque », au nom de quoi un immigré algérien ou marocain n’aurait-il pas les mêmes droits qu’un Letton ou un Tchèque. Mais c’est la négation même de la construction européenne, qui présuppose que les Européens ont entre eux un destin commun, une vocation à s’unir.

Nicolas Sarkozy, et Henri Guaino a tenu à le rappeler aujourd’hui, se place concrètement dans une définition inter-étatique de l’Europe, et rejette de fait, tout comme son homologue allemand, tout pas décisif en vue d’une Europe fédérale. C’est d’ailleurs l’une des raisons principales de l’échec des différents sommets dits « de la dernière chance ». Sa défense de l’euro s’inscrit ainsi dans la stricte défense des intérêts nationaux. François Hollande de la même manière voit le problème d’un point de vue francocentré. Il est donc bien clair que nous avons affaire en l’occurrence à des euro-réalistes mais certainement pas à des fédéralistes. Il est donc particulièrement aberrant de lire les déclarations de Marine Le Pen à propos de ses deux adversaires principaux. Hollande est ainsi qualifié d’ « extrémiste du fédéralisme européen », souhaitant « remplacer le super-européisme [de Sarkozy] par l’ultra-européisme ». De la même façon, Marine Le Pen est en croisade contre « l’empire européiste », adepte qu’elle est d’une France seule. Malgré son hostilité permanente à l’Europe, il est des souverainistes comme Laurent de Boissieu qui la trouve encore trop pro-européenne. Sous prétexte qu’elle a affirmé que malgré son hostilité à l’Union Européenne « l’Europe est une civilisation » et affirmé que « nous sommes des européens », il n’en fallait pas plus pour qu’elle soit accusée de racialisme. En termes clairs, s’affirmer en tant qu’européen renverrait aux pages les plus sombres de notre histoire.

Dans le même temps, Nicolas Dupont-Aignan, dont les propos sont rapportés par un article du Monde de ce jour, relayés par Pierre Jaxel-Truer, dénonce un « pétainisme ambiant » avant de prôner l’émergence d’un « droite nationale et sociale». Il se présente par ailleurs comme la synthèse d’Arnaud Montebourg et de Marine Le Pen, tout comme cette dernière se réclame du dirigeant socialiste lorsqu’elle prône à son tour la démondialisation, donc unissant elle aussi le « national » et le « social » dans une synthèse qui n’a rien d’originale.

Enfin, François Bayrou, dans son tropisme présidentiel, ne se réclame plus du tout de l’Europe. Le voilà qui, comme un communiste du début des années 80, prône le « achetez français ». On pourrait lui faire remarquer que dans beaucoup de domaines, il est difficile d’acheter français, qu’en outre beaucoup d’entreprises dites françaises réunissent des capitaux et des actionnaires du monde entier. Nicolas Sarkozy a repris au vol cette remarque mais en la nuançant en « acheter ce qui est produit en France ». Personne n’a eu l’idée, malheureusement, de leur opposer un « achetons européen ». Les sondages favorables à Marine Le Pen, certains la plaçant à 20% des voix, attisent les déclarations eurosceptiques de toutes natures, même chez ceux qu’on croyait être pro-européens et qui désormais cachent à peine leur europhobie.

Or cette dialectique est profondément malhonnête et une politique de cette nature ne permettrait nullement de résoudre les problèmes dont souffrent désormais de nombreux compatriotes européens, en Grèce, en Irlande, en Espagne en Italie, au Portugal mais aussi en France, au Royaume-Uni et aussi, on l’oublie trop souvent, en Allemagne. Ce n’est pas un problème de fédéralisme européen mais bien de son absence. On constate d’ailleurs amèrement que Sarkozy et Merkel ne sont pas les responsables politiques adaptés à la situation.

Il est vrai que le libéralisme économique affiché par les institutions européennes contribue grandement à l’image délétère dont jouit l’Union Européenne au sein de l’électorat le plus populaire. Certains libéraux pourraient toutefois à juste titre dénoncer les blocages étatistes excessifs, l’imposition abusive dont sont victimes les citoyens européens. J’aurais tendance à penser que nous sommes à la fois confrontés aux mauvais aspects conjugués du libéralisme et de l’étatisme.

Le mythe de la monnaie salvatrice a encore la vie dure alors que l’€ n’a jamais été présenté comme une panacée. Certes, la démarche allemande d’une BCE indépendante et de la lutte contre l’inflation, n’est pas adaptée et il est évident que la Banque Centrale devrait prendre ses responsabilités en la matière. La situation ne doit donc pas être si désespérée pour que nos dirigeants puissent perdre leur temps en palabres au lieu d’agir. Face au libéralisme outrancier et au souverainisme exacerbé, il y a place pour un socialisme européen responsable. Mais ce n’est ni le PS ni la SPD, pas plus que le Labour d’ailleurs, qui peuvent en être les moteurs, en raison de leur dérive libertaire associée à leur ralliement de fait au mondialisme économique. Face à la droite nationaliste, qui n’hésite plus à se prétendre « socialiste », mais qui enferme les européens dans des cellules nationales improductives, au lieu de les protéger, face à la « gauche » mondialiste et à la droite impuissante, la synthèse d’un sain européisme et d’un socialisme moderne est plus que jamais nécessaire. Si on veut éviter des synthèses « sociales-nationales » qui ne feront qu’accentuer le déclin dramatique de l’Europe, il faut leur opposer un euro-socialisme de renaissance.

Thomas Ferrier
Secrétaire général du PSUNE

11/12/2011

Brèves européennes… (10)

FR-Europa.jpgUNION EUROPEENNE

Enfin un accord… Nicolas Sarkozy, Angela Merkel et vingt et un autres chefs d’état et/ou de gouvernement sont parvenus à un accord afin de mettre en place une politique économique européenne commune fondée sur l’application de la rigueur budgétaire et de la lutte contre les déficits. Ils espèrent ainsi mettre fin à la déstabilisation des marchés, suite aux conséquences de la crise de la dette grecque. Suite à la décision de David Cameron d’opposer son veto à la mise en place d’un nouveau traité permettant d’appliquer cet accord, Sarkozy et Merkel ont été contraints de proposer un traité limité aux dix-sept membres de la zone euro, et d’en exclure ainsi les pays n’ayant pas adopté la monnaie unique. Ainsi écartés, la pression sur les gouvernements de ces pays fut telle que leurs dirigeants demandèrent à rejoindre les états signataires, même le Danemark, qui avait jadis refusé l’€ et bénéficié d’une clause dérogatoire. Enfin, on apprenait en fin de soirée que la Hongrie, la Suède et la Tchéquie avaient annoncé leur volonté de rejoindre les signataires, mais ont choisi d’obtenir la confiance de leur parlement national avant d’officialiser leur décision.

Ainsi, le Royaume-Uni de David Cameron s’est-il de fait exclu de lui-même des décisions. En posant à ses partenaires des conditions inacceptables, il a isolé son pays au sein du continent et a obligé Sarkozy et Merkel à oser l’impensable, ne pas céder aux pressions britanniques. Cameron a voulu s’éviter un désaveu national en présentant un projet d’esprit fédéral aux parlementaires britanniques, mais surtout éviter tout conflit interne au sein des Tories. Les libéraux-démocrates faisant partie de sa coalition, et depuis ayant considérablement régressé dans les sondages, ne peuvent pas protester, sinon ils prennent le risque de faire chuter le gouvernement de coalition et provoquer ainsi de nouvelles élections dont ils seraient les grands perdants. Les souverainistes les plus durs quant à eux ont été entendus, ce qui devrait limiter toute progression du mouvement UKip et éviter un débordement par la droite.

ROYAUME UNI

David Cameron s’est présenté comme celui qui voulait défendre avant tout les intérêts britanniques, selon un postulat souverainiste des plus classiques, sans se demander de quels britanniques il voulait défendre les intérêts, mais aussi si l’Union Européenne pouvait elle aussi préserver les dits intérêts. Et c’est là que le bât blesse. La presse explique ainsi que Cameron a voulu défendre les intérêts de la City, mais la City n’est pas le peuple anglais, ni la nation britannique. Ce n’est que l’expression financière de l’hyper-classe mondialiste, dans un pays qui a renoncé à son industrie et saboté son service public à la seule fin de plaire à une caste d’oligarques internationaux. Des bénéfices de la City, le peuple britannique n’en voit pas la couleur. La paupérisation de la population anglaise est une évidence, et le pays est devenu si décourageant pour son propre peuple que les retraités britanniques préfèrent s’installer en France, même si la crise actuelle limite désormais ce choix. Enfin, les récentes émeutes qui ont touché Londres et quelques autres villes ont démontré à quel point l’Angleterre a été trahie par ses dirigeants, travaillistes comme conservateurs, et que Thatcher a fait beaucoup de dégâts, tout comme le « New Labour » de Blair.

Le « Labour » a abandonné le socialisme britannique, cette idéologie qui naît avec Owen (socialism apparaît en 1831 sous sa plume) mais aussi avec la Fabian Society originelle, et dont le dernier authentique représentant au XXème siècle fut Henry Hyndman. Il a libéralisé à outrance le service public, comme le souhaitent les plus libéraux en France, et a ouvert large les portes du royaume à un prolétariat importé, ce qui avait déjà été commencé par ses prédécesseurs de « gauche » comme de droite, et avait amené un conservateur du nom de Powell à briser sa carrière politique pour avoir osé remettre en question un choix sur lequel le peuple britannique n’avait jamais été consulté. Ceci explique pourquoi les ouvriers britanniques, désespérés, sont contraints de tourner le dos à la « gauche » et se tourner vers les nationalistes qui, à l’instar de la version française, ne les défendent pas davantage, mais profitent de leur désarroi. C’est quand la gauche n’est plus de « gauche » que le peuple se tourne vers la droite nationaliste.

Le socialisme européen est la réponse véritable aux angoisses qui assaillent le peuple britannique et aux maux qui rongent leur société et les démunissent face à la mondialisation économique et migratoire. C’est par son exemple que le socialisme anglais renaîtra de ses cendres, et à ses côtés un socialisme gallois et un socialisme écossais. Cameron comme Blair ne servent pas les intérêts du peuple, de même que Sarkozy et Merkel font in extremis un pas fédéral, contraint forcé, parce qu’il y a des élections en 2012 et 2013 dans lesquelles ils jouent leur avenir, et n’auraient aucune chance d’être réélus si le chaos financier engloutissait la vieille Europe.

Le peuple britannique ne doit pas se réfugier dans un nationalisme sourcilleux, dans un souverainisme europhobe, car cela sert les intérêts de ceux qui les ont trahis. Ils vous ont convaincu, citoyens anglais, écossais et gallois, que l’€ était un danger, que la souveraineté britannique était un joyau qu’il faut préserver, alors que ce dit joyau, ils l’ont vendu depuis longtemps au monde entier. Ceux qui ont le mot « souveraineté » plein la bouche, ce sont ceux qui servent une politique atlantiste de soumission aux Etats-Unis et une politique mondialiste en matière économique au service des oligarques internationaux mais certainement pas du peuple. A la souveraineté de papier du Royaume-Uni d’aujourd’hui, il faut lui opposer une souveraineté d’acier, celle dont l’Europe demain pourra bénéficier.

L’entité politique qui défendra et protégera les travailleurs britanniques, les travailleurs européens, au Royaume-Uni, c’est l’Europe ! Vos élites vous ont fait croire qu’il fallait tourner le dos à l’€ et à l’UE. Ils vous ont mentis. Mais il est vrai que l’UE actuelle ne servirait pas plus vos intérêts. C’est la république européenne, et elle seule, qui vous permettra de résoudre réellement vos problèmes.

SERBIE

Alors que les 27 dirigeants ont officialisé l’acceptation de la Croatie en leur sein, qui devrait avoir lieu, si le référendum en ce sens confirme la décision d’adhésion, à la mi-2013, le processus d’adhésion d’avec la Serbie a été repoussé à février 2012, en l’attente d’une amélioration des relations entre la Serbie et le Kosovo. En avril 2005, quand des dirigeants irresponsables ont entamé le processus d’avec la Turquie, ils n’ont pas mis de conditions, ni par rapport à la question kurde, ni par rapport au sujet arménien. Et la Turquie n’est pas vraiment un pays européen, et à nos yeux pas du tout même. La Serbie a fait des efforts considérables pour pouvoir rejoindre l’UE. Sa demande en tant qu’authentique pays européen est légitime et par ailleurs il faut soutenir le gouvernement de Boris Tadic. Repousser dans le temps l’acceptation de ce pays, c’est faire le jeu des europhobes serbes (du Parti Radical Serbe [SRS]), fragiliser le gouvernement en place, et ne rien résoudre quant au problème kosovar.

Le PSUNE apporte son soutien plein et entier à Boris Tadic, qui œuvre patiemment pour que son pays rejoigne l’Europe politique, même si l’UE actuelle n’est en aucun cas la panacée. Symboliquement, il est important que la Serbie soit à nos côtés et serve de pont de l’amitié avec la Russie. Osons le dire à haute voix : « Serbie oui, Turquie non ! ».

RUSSIE

Suite aux résultats annoncés en Russie, selon lesquels le parti Russie Unie aurait obtenu 49,34%, soit près de quinze points de moins qu’en 2007, des manifestations plus ou moins spontanées ont eu lieu dans plusieurs grandes villes du pays. Les accusations de fraude massive, certaines organisations parlant d’un score de Russie Unie surévalué de dix à vingt points, en sont la source. Certains affirment (comme l’Observateur Citoyen) que Russie Unie n’aurait obtenu en réalité que 29,8% des voix, les communistes du KPRF 22,6%, le LDPR nationaliste 14%, Russie Juste 21% et Yabloko 8,3%.

Il est bien évident que dans un grand pays comme la Russie, qui ne découvre la démocratie que depuis le début des années 90, et qui a connu une période effroyable d’effondrement économique durant l’ère Eltsine, les fraudes existent. Elles sont certes moins hypocrites qu’en France où la fraude consiste en fait à une manipulation médiatique, comme on l’a constaté dans l’entre deux-tours de l’élection présidentielle de 2002, quoi qu’on puisse penser du challenger face au président sortant. Mais même si beaucoup de russes n’ont pas apprécié le roque entre Poutine et Medvedev, ils reconnaissent que cette décennie leur a permis de retrouver leur fierté et d’arpenter à nouveau le chemin vers une relative prospérité, même si le chemin est encore long. L’oligarchie russe est certes détestable, comme elle l’est en version anglaise à Londres ou en version française à Paris, où elle n’y est pas moins arrogante. Et là encore, les européens de l’ouest n’ont aucune leçon à donner.

Poutine et Medvedev sont-ils moins dignes que Sarkozy et Merkel ? Certainement pas. Maintenant, ce duo est celui de la situation de la Russie d’aujourd’hui. Les russes ont pu constater les méfaits du libéralisme économique et donc se méfient pour beaucoup du libéralisme politique, de cette croyance dans une prétendue démocratie sous prétexte que le compte des voix est honnête. Les images de la télévision russe quant aux évènements de nos banlieues en 2005 ont montré ce qu’il fallait penser du « modèle » français. Certes Poutine n’est en aucune manière la panacée, loin de là, mais qu’y a-t-il en face de lui. L’éternel (national-)communiste Ziouganov, candidat depuis maintenant près de deux décennies, tout comme le provocateur ex-« rouge-brun » Jirinovski, dont la seule raison d’être est d’empêcher l’émergence d’une droite radicale contestataire ? Il y eut jadis Lebed, qui aurait pu proposer une autre voie à la Russie, et demain peut-être Rogozine. Mais pour le moment, Poutine est là.

Mais l’avenir de la Russie ne passe pas par un pouvoir national, certainement pas autoritaire, mais bien par l’adhésion à la République Européenne qu’il faut fonder et dans laquelle le peuple russe a naturellement toute sa place. Quand on voit ce qu’est actuellement l’Union Européenne, il est toutefois difficile de proposer aux russes de nous rejoindre. Mais leur avenir est là. Et certainement pas en remplaçant Poutine par un Eltsine plus jeune, qui aura à cœur d’autres intérêts que ceux du peuple. Car ne soyons pas dupes des manœuvres américaines derrière cette contestation. De même qu’il ne faut pas s’imaginer que c’est le fruit du hasard si les agences de notation ménagent les USA, qui sont dans le rouge en matière de dette souveraine, alors qu’ils s’acharnent sur l’Europe.

04/12/2011

Ils jettent le masque !

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443-32.jpgOn savait toute la classe politique française europhobe, certains partis l’étant malgré tout moins que d’autres. Les récents développements de la crise de l’Euro ont eu le mérite de clarifier les positions de chacun.

La réponse à la crise que tentent de proposer Angela Merkel et Nicolas Sarkozy est bien expliquée par l’économiste Marc Fiorentino. Si ces dirigeants sont suivis dans leurs pays respectifs, on s’orienterait vers une petite zone Euro dure à six pays, ceux qui disposent encore du triple A. Des pays comme l’Italie et l’Espagne s’y rattacheront, s’ils parviennent à surmonter leurs difficultés, ce qu’ils essaieront certainement de faire. L’alternative, qui n’en est pas vraiment une, serait de quitter l’Euro. Ce qui pourrait aussi menacer la France.

Le compromis présenté par les dirigeants français et allemand repose sur deux contraintes. D’une part celle, avancée par la France, de mutualiser autant qu’il est possible les moyens de défense entre pays européens. D’autre celle, imposée par l’Allemagne, d’éviter que des mesures de protection se traduisent par la reproduction des erreurs du passé, par un laxisme laissant filer la dette. Autrement dit, les Allemands ne veulent en aucun cas donner de prime aux mauvais élèves ; il est facile de les comprendre.

Il faut parler de la proposition de Merkel et Sarkozy avec beaucoup de prudence. Les prochaines élections en France lui laissent peu de chances. Cela dit, si elle était vraiment mise en place, elle ne serait pas si monstrueuse. On remplacerait la gouvernance technocratique de Bruxelles par des accords intergouvernementaux contraignants.

Evidemment cela n’aurait de comparable avec la solution préconisée par le PSUNE, ni sur le plan du contrôle démocratique par une assemblée nationale élue directement par les citoyens --- comme serait celle de la République européenne --- ni sur le plan de l’efficacité --- car le compromis cité ignore provisoirement deux grands pays, sans y ajouter qu’il se prive de l’apport de la Russie. Mais ce ne serait pas moins démocratique que le cadre de l’actuelle Union, surtout du côté allemand où le Bundestag conserve le contrôle des événements.

Il est inutile de se voiler le visage. La proposition consiste à créer un club piloté par l’Allemagne. Que l’on constate des réactions germanophobes n’est pas très étonnant a priori. Cependant, si l’on creuse un peu, on s’aperçoit que la réaction à la proposition mentionnée ne fait que révéler une germanophobie, qui est en réalité une europhobie, dont l’origine est beaucoup plus profonde.

La réaction la plus significative a été celle de Jean-Marie Le Guen, qui, comme on le sait, a comparé la journée de Nicolas Sarkozy face à Angela Merkel et Mario Monti à « Daladier à Munich », qui a même persisté et signé. Or Le Guen n’est pas un socialiste extrémiste. C’est toujours un soutien de Dominique Strauss-Kahn.

Si comparer Madame Merkel à Hitler a soulevé l’indignation, pour être qualifié de « dérapage », on n’a pas analysé, pour autant, la saillie de Monsieur Le Guen. Car l’image du nazisme et de l’holocauste n’y a pas sa place. Comment faut-il voir les rapports entre la France et l’Allemagne aujourd’hui ?

D’abord l’Allemagne n’a surtout pas intérêt à affaiblir la France, pas plus d’ailleurs que ses autres voisins européens. L’Union et l’Euro ont été une formidable chance pour elle et elle a tout avantage à ce que cela dure. Par ailleurs, ce n’est pas parce qu’elle lutte sérieusement contre ses déficits, qu’elle gère mieux des services publics moins dispendieux, qu’elle écrase moins ses entreprises sous la fiscalité, qu’elle utilise mieux la formation en alternance, qu’elle possède des syndicats défendant réellement les travailleurs, que les socialistes y ont été plus intelligents, qu’elle est moins laxiste en matière d’immigration, qu’en conséquence son taux de chômage est beaucoup plus bas … qu’elle ne connaît pas de problèmes. Son endettement est considérable et ne tient que parce que sa parole a plus de valeur que celle de ses voisins. Elle s’appuie aussi sur de nombreux travailleurs pauvres.

Et elle est aussi capable de n’importe quoi. Renoncer à l’énergie nucléaire pour ressortir le charbon et accroître sa dépendance vis-à-vis du gaz russe est peut-être le tournant qui amorce son déclin. D’ailleurs on ne comprend pas comment les Grünen et nos Verts, qui se prétendent écologistes et mondialistes, ont pu y pousser. L’Allemagne va accroître ses émissions de carbone, contribuant au réchauffement climatique. Elle sacrifie les pays du sud au confort de ses propres habitants, ce qui nous renvoie à une forme de suprématisme colonialiste. En même temps, elle ferait mieux, pour assurer la sécurité de ses habitants d’aider les pays nucléarisés à risque, comme ceux de l’Europe de l’Est, à sécuriser leurs centrales ; voire d’aider l’Italie, qui est sur une zone sismique ; voire d’accepter d’augmenter le nombre de centrales sur son sol ; en tout cas, pour son approvisionnement en énergie, d’aider la France à conserver son parc nucléaire.

Ensuite, comme l’a dit Fiorentino, la France ne cherche pas à se calquer sur l’Allemagne, mais sur le meilleur élève de la classe. Ou tout au moins sur le moins mauvais pour le moment. Et puis, est-il si mauvais d’accepter des leçons des autres. Longtemps la Tchécoslovaquie a été une annexe économique de l’Allemagne. Aujourd’hui les voitures Audi de prestige utilisent des moteurs construits en Tchéquie.

Dans cette affaire, il faut comprendre que ce qui est bon pour l’Allemagne est bon pour l’Europe et inversement. Que, de la même façon, ce qui est bon pour la France est bon pour l’Europe et inversement. Les économies du continent sont tellement interdépendantes que les intérêts des uns et des autres se confondent.

Ainsi la germanophobie actuelle n’est-elle que l’expression d’une europhobie archaïque et fondamentale. Il n’est pas étonnant de la trouver chez Marine Le Pen, dont la formation garde la nostalgie de l’empire colonial. Il n’est pas étonnant de la trouver chez Arnaud Montebourg, qui se vante de racines africaines. La réticence du PS tout entier, et de son candidat François Hollande, à soutenir, sur le principe, l’initiative de Merkel et Sarkozy prouve que cette formation est sur la même ligne que les précédents et que le … FN. La surprise viendrait de Jean-Luc Mélenchon, qui incite pour une fois à la prudence. Peut-être est-il moins europhobe dans son cœur qu’il le laisse croire.

Cette fin de semaine, le sujet a été débattu entre Eric Zemmour et Nicolas Domenach. Le premier assume le patrimoine européen et peut-être son destin, mais il ne sait pas voir les Européens comme un peuple ; cela étant, cet eurosceptique a la critique modérée sur les derniers événements. Le second a l’Europe en permanence dans la bouche, mais il n’en assume ni le patrimoine ni le destin ; sa critique est celle d’un mondialiste, ou d’un franco-mondialiste puisqu’il voudrait qu’on commence par régler les problèmes du monde à partir de la France. Il aurait fallu un troisième interlocuteur, qui puisse dire : oui à la souveraineté populaire, oui à la démocratie, oui à la monnaie nationale, sachant que peuple, démos, nation sont pour nous synonymes d’Europe.

Peter Eisner (LBTF/PSUNE)

27/11/2011

Brèves européennes… (8)

ishtarheracampanalouvre.jpgUNION EUROPEENNE

Pour tous les défenseurs d’un internet libre, outil d’information peu onéreux et non soumis au diktat de la « (non-)pensée unique », cette nouvelle réconforte. Elle apporte surtout un démenti absolu aux souverainistes qui prétendent que « la nation protège », alors que la liberté d’expression sur internet est menacée par ces mêmes états. Ce n’est pas l’Union Européenne qui a inventé « Hadopi » mais l’Etat français lui-même, sur une proposition de son président, Nicolas Sarkozy. A ceux qui prônent censure et filtres, la Cour Européenne de Justice a opposé un démenti catégorique. Sa décision va dans le sens des intérêts des fournisseurs d’accès, l’obligation qui leur est faite dans certains pays membres de l’Union Européenne de restreindre les accès aux utilisateurs pour empêcher les téléchargements illicites étant considérée comme anormale. La Cour réaffirme ainsi le principe de liberté d’accès à l’information.

Suite à cette décision, les états nationaux devront mettre leur législation en conformité et supprimer les lois qui iraient en sens contraire. La loi « Hadopi » étant en contradiction flagrante, elle devra être amendée et en grande partie vidée de sa substance. Il est vrai que cette décision manifeste une fois de plus la supériorité, dans les domaines prévus par les traités, du droit communautaire sur le droit national, mais pour une fois, elle va dans le bon sens. Ainsi, la problématique n’est pas d’opposer l’Union Européenne aux états-nations, en présentant l’une ou les autres comme des défenseurs du peuple, mais de montrer qu’en la matière tout manichéisme est absurde. Non, l’état-nation n’est pas spécialement le garant de nos libertés, la question d’internet le démontre aisément.

ITALIE

La chute du gouvernement Berlusconi, pour des raisons essentiellement économiques, a ouvert une boîte de Pandore particulièrement dangereuse pour l’Italie. Alors que celle-ci subit depuis des mois un afflux de migrants clandestins, notamment à Lampedusa, le nouveau gouvernement veut de fait encourager ce flux en modifiant son code de la nationalité. Le gouvernement technique de Mario Draghi, mondialiste autrefois au service du groupe Goldman Sachs, souhaite en effet, selon les vœux du président communiste italien Giorgio Napolitano et sous la pression du Vatican, alliés pour la circonstance, mais aussi avec le soutien de l’ex-post-fasciste Gianfranco Fini, introduire le « droit du sol » à côté du « droit du sang » en Italie. Rappelons qu’avant 2000, Allemagne, Italie et Grèce pratiquaient le ius sanguinis et devaient recourir à des procédures de naturalisation dans les autres cas. Ces garde-fous permettaient à ces pays d’envoyer un signal aux populations migrantes, leur faisant comprendre que leur citoyenneté n’était pas un droit et qu’ils ne souhaitaient pas devenir des pays d’immigration.

La fausse « gauche » en Allemagne, en 2000, incarnée par le gouvernement « social-démocrate » et « écologiste » de Gerhard Schröder, avait déjà introduit le ius soli pour faire de nombreux jeunes turcs des citoyens allemands. En 2010, la fausse « gauche » de Georghios Papandreou, a à son tour introduit ce même code dans son droit, trahissant le principe fondateur de la démocratie hellénique, établi par Périclès il y a 2500 ans. Rappelons qu’en 451 avant J.C, Périclès, qui allait devenir le principal responsable politique d’Athènes, avait mis en place un code de la citoyenneté très rigoureux puisque, pour devenir citoyen athénien, il fallait avoir ses deux parents athéniens. Depuis cette malheureuse décision, Athènes est confrontée à un flux migratoire important et à des émeutes régulières entre mouvements grecs d’auto-défense et « sans-papiers ». Les candidats de l’Aube Dorée (« Hrisi Afgi »), mouvement extrémiste de droite, ont même obtenu plus de 5% des voix aux dernières élections municipales de la capitale grecque, preuve de l’exaspération de nombreux athéniens face à ce phénomène. Tout cela avait lieu avant que la crise accable le pays ; les citoyens grecs, désormais désemparés et appauvris, en ont assez.

La chute du gouvernement de « gauche » du technocrate Romano Prodi en 2008, gouvernement qui souhaitait mettre en place une mesure analogue, a préservé pendant plusieurs années les Italiens d’une telle folie. Lorsqu’on constate aux Etats-Unis les conséquences délétères de ce « droit du sol » et que le « modèle » français, comme le « modèle » britannique, a été incapable d’empêcher des émeutes, il serait en effet proprement irrationnel de vouloir les imiter. Et c’est pourtant ce que souhaitent l’ex-communiste Napolitano et l’ex-fasciste Fini, acclamés par les mouvements « altermondialistes » et par les associations catholiques. Berlusconi, soutenu par la Ligue du Nord, avait toujours su s’y opposer. Maintenant qu’il n’est plus en place, le nouveau gouvernement est tenté de céder et d’appliquer cette mesure démagogique. Pour Napolitano, « refuser la nationalité (…) pour les enfants nés en Italie de parents immigrés (…) est une absurdité ». Bien au contraire, c’est mettre en place une telle mesure, dont on a vu le résultat piteux en France, qui est absurde. La droite italienne aura-t’elle suffisamment de fierté pour savoir s’y opposer ? Rappelons que la droite républicaine française avait souhaité dans son programme de 1986 mettre fin au « droit du sol », proposition que certains ténors de la Droite Populaire souhaitent remettre bien tardivement en avant, confrontés à la montée menaçante d’un populisme souverainiste incarné par Marine Le Pen.

BULGARIE

L’impasse populiste apparaît dans sa quintessence dans le cas bulgare. Le « Le Pen » bulgare en la personne de Volen Siderov a connu un score très médiocre, aux alentours de 3,5%, aux dernières élections présidentielles, alors qu’aux précédentes il avait été au second tour. En cours de divorce, lié selon la presse à sa relation avec une jeune députée de sa formation, il vient de mettre à la porte un de ses députés européens en la personne de Dimitar Stoyanov. La cause ? Ce dernier a mis en cause son président et la gestion des dernières élections par le parti. Il aurait dû pourtant savoir que dans ces partis, le chef a toujours raison. Ataka va donc connaître le sort du Parti de la Grande Roumanie (PRM) de Vadim Tudor, tombé à 3% des voix alors qu’il avait été également présent au second tour d’une élection présidentielle. Le populisme est une impasse politique dans tous les pays du continent européen, et il l’est bien sûr en France. Ses candidats ne sont pas crédibles et profitent simplement du désarroi des citoyens face à la mondialisation et aux maux ravageurs qui l’accompagnent. En prenant l’Union Européenne ou l’€uro comme boucs émissaires, ils détournent la légitime colère des citoyens vers des voies sans issue où leur vote se perd.

FRANCE

Et un de plus ! Après que Jean-Pierre Chevènement ait annoncé sa candidature, c’est le tour du centriste Hervé Morin. La multiplication des candidatures aux élections présidentielles légitime une élection qui ne le mérite pas et où tout est joué d’avance, à savoir que le futur président sera PS ou UMP. Nicolas Sarkozy, à peine élu président, a pu constater à quel point son rôle était en vérité mineur. La marge de manœuvre en ce début de XXIème siècle d’un président de la république française est nulle. Il n’est là que pour appliquer les mesures économiques dictées par le patronat, par les banques, par la finance internationale en général et ses agences de notation en particulier. Issu de la fausse « gauche » ou de la vraie droite, le président est contraint de mener la même politique économique, la « gauche » ayant abandonné son combat contre le capitalisme au profit d’une vision libérale/libertaire de la société, prônant la régularisation des clandestins, la légalisation des drogues prétendument « douces », l’adhésion turque à l’Union Européenne, le vote des étrangers extra-communautaires aux élections locales, l’arrêt programmé du nucléaire civil et le mariage homosexuel. Quand on ne peut pas s’opposer au libéralisme économique, on applique le libéralisme politique qui est son associé naturel. La « gauche » et la droite libérale se renforcent l’une et l’autre sur le dos des travailleurs européens.

A ce jeu de dupes, les pseudo-socialistes du Front de Gauche et les pseudo-nationalistes du Front National manifestent une ire très artificielle. N’ayant aucune chance de se substituer aux deux partis préalablement cités, par leur candidature, Mélenchon et Le Pen (Marine) renforcent le système qu’ils prétendent combattre. Les « petits » candidats donnent aux électeurs l’illusion d’une véritable pluralité de choix. Il y a le camp souverainiste, qui tape sur l’Union Européenne en épargnant de fait le gouvernement (Dupont-Aignan, Chevènement, [Carl] Lang, Nihous). Il y a le camp gauchiste (LO, NPA) qui dénonce le libéralisme tout en partageant avec lui les mêmes postulats sociétaux, ou les pseudo-écologistes d’ »Europe »-« Ecologie ». Eva Joly a la phobie du nucléaire comme Marine Le Pen a la phobie de l’Europe. Mais ce sont deux ennemis fantasmés et qui au contraire assurent l’un l’indépendance énergétique du pays et l’autre l’indépendance politique (potentielle) et la puissance économique du continent. Ensuite, il y a les candidats centristes, qui incarnent la technocratie bruxelloise et l’oligarchie financière (Bayrou, Morin), et surtout naviguent sans ligne politique directrice. Il ne faudrait pas oublier les candidatures symboliques sans le moindre sens (Boutin, Lepage) ou encore les candidats communautaristes (Lozès du « CRAN »).

Le Bloc Identitaire, désormais rallié à un positionnement européiste assumé, et le Mouvement Ecologiste Indépendant, incarné par le classique Waechter, seront très certainement les absents de ce jeu électoral « truqué ». Les autres candidats feront de la figuration, permettant de donner l’illusion à encore de trop nombreux électeurs qu’il y a quelque chose à attendre des présidentielles 2012. Voulez-vous être pris en traître par la fausse « gauche » ou par la vraie droite ? 100% des votants, c’est 100% de perdants, 100% de cocus. Est-ce que vous préférez la politique économique mondialiste appliquée par la « gauche » ou par la droite, alors que c’est à peu de choses près la même ? Au premier tour, on vote blanc. Au second tour, on vote blanc. Et aux élections européennes, on vote européen, on soutient le PSUNE !