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05/01/2013

Quand Mélenchon défendait l'Europe...

jean-luc mélenchon,françois gaucher,nation européenneMais l’intégration représente un plus pour nous ; la construction de la nation européenne est un idéal qui nourrit notre passion. Nous sommes fiers, nous sommes heureux de participer à cette construction.

(...)

Tout se tient dans la tradition française entre la démocratie et la nation. Si le pouvoir réel de maîtriser notre destin ne peut prendre toute sa réalité économique et sociale qu’à l’échelle de l’Europe, alors, les vrais démocrates ne peuvent que vouloir l’avènement de la nation européenne et, avec elle, de la citoyenneté européenne.

(...)

Si j’adhère aux avancées du Traité de Maastricht en matière de citoyenneté européenne, bien qu’elles soient insuffisantes à nos yeux, vous devez le savoir, c’est parce que le plus grand nombre d’entre nous y voient un pas vers ce qui compte, vers ce que nous voulons et portons sans nous cacher : la volonté de voir naître la nation européenne et, avec elle, le patriotisme nouveau qu’elle appelle.

Jean-Luc MELENCHON, 9 juin 1992, "Déclaration au sénat".

Jean-Luc Mélenchon, leader du Front de Gauche sur une ligne plutôt eurosceptique, dévoilait en 1992 une vision bien différente de l'Europe. Même si sa "nation européenne" n'est pas exactement la nôtre, car il lui manque ce supplément d'identité commune qu'on appelle "européanité", ce propos qu'il a tenu il y a deux décennies allait dans le sens d'une Europe unie et était ainsi fidèle au combat du premier socialiste français, Henri de Saint-Simon, en faveur de la nation européenne ("De la réorganisation de la société européenne", par Henri de Saint-Simon et Augustin Thierry, 1814).

Jean-Luc Mélenchon n'est désormais plus européiste mais il n'est plus socialiste non plus. Voilà ce qu'un autre socialiste européen aurait pu lui répondre.

Que l'on soit amené à évoquer, pour imaginer ce que pourrait être un européisme militant, le socialisme révolutionnaire de l'époque héroïque, montre assez que le mouvement qui voudrait faire une Europe capable de rendre à ses fils la puissance et la fierté, ne sortirait pas d'un lit étroit.

(...)

L'action doit tendre aujourd'hui à imposer une volonté impériale européenne contre des conservateurs mesquins et les serviteurs des empires étrangers, ainsi qu'à dresser les fondations et les premières super-structures d'un Etat fédéral.

François GAUCHER, "Originalité d'un possible européisme", octobre 1957

Alors, Jean-Luc, encore un (gros) effort pour redevenir européiste !

24/06/2012

Victoire de la fausse gauche "allo/bobo"

 
PS,Europe-Ecologie,François Hollande,UMP,FN,Jean-Luc Mélenchon,Marine Le Pen,Terra Nova,élections législativesLes « bourgeois bohême » parisiens peuvent être satisfaits à tous points de vue, même s’ils ne se rendent pas compte qu’ils creusent davantage encore leur propre tombe. La fausse « gauche » PS/Europe-Ecologie, avec l’appui implicite du PCF/Front de gauche, l’a emporté au second tour des législatives. Comme après la victoire de leur candidat aux présidentielles, François Hollande, les « banlieues » ont hurlé leur joie, prenant cette nouvelle victoire comme un blanc-seing, la nomination de Christiane Taubira, dont les positions sur la colonisation et en faveur de la promotion de la « diversité » sont bien connues, comme garde des sceaux, en étant l’illustration. Le jeune Killian, assassiné à l’âge de treize ans, par un individu dont la presse tait jusqu’au prénom, en sait quelque chose.

D’un côté, l’europhobie fanatique des souverainistes, Marine Le Pen en tête. De l’autre, l’europhobie meurtrière, celle dont a été victime notamment Killian et tant d’autres avant lui, cette europhobie, la seule phobie que SOS-Racisme semble refuser de combattre, comme si la violence de haine n’était que dans un seul sens. En effet, pour son (ancien) président Dominique Sopo, le « racisme anti-blancs », c'est-à-dire l’europhobie, est je cite « une notion forgée par le FN ». Je suppose donc que, si on appliquait le principe de réciprocité, le racisme contre les noirs serait par exemple une invention de Kemi Seba. Ce deux poids deux mesures, selon la race du criminel et celle de la victime, est intolérable. Dominique Sopo a récemment démissionné de la présidence de SOS-Racisme et se déclare tenté par un poste de ministre du gouvernement Ayrault. Finalement, il n’aura pas eu gain de cause… pour cette fois.

Le véritable vainqueur de ces élections.

Le vainqueur, c’est le parti des abstentionnistes. Au premier tour des élections, 42,77% des électeurs ont refusé de se prononcer et même de se déplacer. Au second tour, c’est même 43,7% des électeurs qui sont restés chez eux. Cette abstention est un record depuis 1973, et a augmenté de trois points par rapport à 2007. Et surtout, que l’abstention ait été plus forte au second tour qu’au premier est très significatif. Ces 1% de participation en baisse sont essentiellement le fait d’électeurs de droite du premier tour et qui n’avaient pas envie de s’opposer à la vaguelette rose, accroissant ainsi la marge de manœuvre du camp adverse.

Ce manque de participation s’explique par les querelles d’appareil à droite, entre une ligne qui veut conserver la stratégie Buisson, qui n’a pas été si mauvaise aux présidentielles, malgré l’échec du président sortant, et une ligne centriste, très politiquement correcte, menée notamment par Juppé, Kocziusko-Morizet et Raffarin. Pris entre ces deux tendances irréconciliables, Sarkozy n’avait pu choisir son camp. Or, s’il a échoué, c’est avant tout en raison du mauvais report de voix des électeurs FN, report qui aura aussi coûté des sièges à des candidats UMP lors des élections législatives.

Il s’explique enfin par la réforme du quinquennat et surtout cette concomitance entre les élections présidentielles et législatives. Le président élu, les électeurs se détournent des enjeux parlementaires, renforçant l’image monarchiste de notre « république ». Les législatives ne font que confirmer les présidentielles, beaucoup d’électeurs voulant laisser sa chance au nouveau dirigeant en lui donnant une majorité à l’assemblée, indépendamment du programme du président, du parti politique dont il est l’émanation, et des candidats eux-mêmes, élus sur leur étiquette uniquement, même s’ils sont sans expérience.

Un premier tour qui lamine les petites formations politiques.

Ce nouveau système des élections législatives, un mois après les présidentielles, a tué les enjeux. En conséquence de quoi, le scrutin majoritaire à deux tours, qui était très défavorable aux petites formations politiques, est désormais sans pitié. Les électeurs n’avaient que trois manières de voter possible, à savoir le vote de confirmation, c'est-à-dire le vote PS, le vote de réticence, c'est-à-dire le vote UMP, et enfin le vote de résistance, c'est-à-dire le vote FN.

Les deux autres formations de gauche, ne représentant pas une menace pour le nouveau pouvoir en place, ou ralliées totalement à lui, n’ont pas été trop victimes du vote utile. Il faut dire que Europe-Ecologie avait négocié ses places avec le PS. Ses seulement 5,65% des voix, c'est-à-dire plus du double du score d’Eva Joly aux présidentielles, s’expliquent uniquement parce que, à l’image de Cécile Duflot, Europe-Ecologie a bénéficié de cet accord auquel le PS n’était en rien obligé. En réalité, sans cet accord, Europe-Ecologie aurait sans doute disparu du jeu politique national. C’est ce qui est ainsi arrivé au Modem de Bayrou, qui n’a obtenu que 1,76% des voix et n’a pu sauver que deux députés, son chef de file étant même sévèrement battu dans sa circonscription. Les autres écologistes n’ont obtenu que 0,96% des voix dont 0,11% pour le MEI de Waechter (lui-même obtenant 10,52% à Altkirch) et 0,05% pour CAP 21.

Le Front National en revanche, avec un score très convenable, même si inférieur à celui obtenu en 1997, obtient malgré tout 13,6% des voix, contre 4,29% des voix en 2007 et 11,34% en 2002. Seule une soixantaine de ses candidats a pu atteindre le second tour, en duel ou en triangulaire. Cela s’explique notamment par le fait qu’il faut désormais 12,5% des inscrits et non plus 12,5% des votants pour passer au second tour. Le FN avait sept circonscriptions où ils étaient réellement en mesure d’obtenir des élus, essentiellement en Provence. Marine Le Pen a fait dans la circonscription autour de Hénin-Beaumont 42,36% des voix, ce qui était inattendu.

Le FN a aussi bénéficié dans son camp d’un vote utile, car les différentes chapelles de l’extrême-droite, à savoir essentiellement le trio NDP/MNR/PDF et la Ligue du Sud, n’ont obtenu que 0,19% des voix, et ce en tenant compte de l’excellent score de Jacques Bompard mais aussi du score plus modeste de Jacques Peyrat à Nice (16,2%). Bompard a fait 23,5% des voix au premier tour, victime de la candidate FN qui a obtenu plus de 16% des voix. Il était en revanche idéalement placé pour s’imposer au second tour, FN et UMP étant éliminés. Les candidats identitaires n’ont obtenu que 0,02% des voix, pour environ une vingtaine de candidats, ceux-ci oscillant entre 0,2% et 1,1% des voix selon les cas. Philippe Vardon (Bloc Identitaire) aurait sans doute fait un score de même nature s’il avait maintenu sa candidature à Nice, d’où son retrait avant l’échéance. La candidate FN choisie à son détriment a réussi à obtenir 21,41% des voix. Les figures principales de la droite radicale, Carl Lang (1,09%) et Roland Hélie (0,9%), ont été laminées. Il n’y a désormais plus d’opposition de droite nationale au FN, légitimé par les urnes.

Les mouvements souverainistes sont également durablement affaiblis avec seulement 0,43% pour Debout La République, mouvement qui sauve néanmoins son financement public, 0,2% pour le MPF (1 siège), 0,05% pour CPNT, 0,01% pour le RPF et 0,01% également pour l’Alliance Royale.

L’extrême-gauche est également victime d’un effet Mélenchon. Le PCF/FG obtient 6,91% des voix (contre 4,82% en 2002 et 4,29% en 2007). Le paradoxe est qu’avec un meilleur score, le PCF a perdu des députés. En 2007, il avait sauvé son groupe avec 15 élus. En 2012, il n’aura obtenu que 10 sièges et ne sauvera son groupe que par le ralliement d’élus domiens. Ce bon score, nuancé par l’échec de Jean-Luc Mélenchon à atteindre le second tour à Hénin-Beaumont, se fait au détriment de l’extrême-gauche, LO et NPA réunis n’obtenant que 0,98% des voix et perdant ainsi tout financement public. Les Pirates avec 0,06% des voix ont quant à eux échoué à représenter une alternative politique, à la différence de leurs homologues allemands qui pourraient rentrer au Bundestag en 2013. Seules les élections européennes en France permettent à de nouveaux mouvements politiques d’émerger (le FN en 1984, les Verts, le MPF… etc), les élections législatives étant verrouillées.

Les victimes d’un second tour sans saveur.

Le mauvais report de voix des électeurs FN amène à l’éviction hors du parlement de nombreux députés UMP, et notamment les membres de la Droite Populaire. Hervé Novelli, Eric Raoult, Nadine Morano sont les victimes principales de cette situation, alors même qu’ils avaient tenté d’envoyer des signaux favorables au FN. Marine Le Pen préférait, sauf cas particuliers, les faire battre et y a réussi. Claude Guéant est également vaincu par un dissident de droite, payant ainsi sa proximité avec le président déchu et un bilan contesté en matière de lutte contre l’insécurité. En revanche, Henri Guaino sauve sa peau. A Nancy, ville qui m’est tout particulièrement chère, la droite valoisienne est battue, les trois circonscriptions de la ville étant au PS, et six circonscriptions sur sept en Meurthe et Moselle. Les élections municipales de 2014 s’annoncent mal pour les héritiers d’André Rossinot, qui sera probablement candidat une dernière fois pour tenter d’empêcher la mairie de basculer.

Ségolène Royal est battue par un opposant socialiste à La Rochelle. Son candidat, Olivier Falorni, était au second tour alors que l’UMP était éliminée. Royal souhaitait son désistement, ce qui l’aurait fait élire avec le score très stalinien de 100%. La gauche étant sure d’avoir un député, on ne voit pas pourquoi Falorni aurait dû se retirer, sous prétexte que Ségolène Royal s’était rendue si détestable aux yeux de la droite locale que celle-ci était prête à tout pour la faire battre. Les électeurs, qu’importe leur vote du premier tour, ont exprimé de manière souveraine leur choix. Royal ne sera pas présidente de l’assemblée nationale, où elle aurait pu jouer la directrice d’école autoritaire auprès des élus.

François Bayrou est puni pour son soutien apporté à François Hollande au second tour des présidentielles. Ce soutien était incompréhensible pour la plupart de ses électeurs, qui ont préféré choisir l’UMP plutôt que de le réélire. Il a lui-même reconnu avec beaucoup de franchise que son électorat ne l’avait pas suivi dans un choix personnel bien inutile car le PS n’a pas cherché à sauver sa tête, bien au contraire. Il est difficile en effet d’expliquer aux électeurs qu’on prône l’alliance de la carpe et du lapin. Jean Lassalle, le sympathique centriste, sauve en revanche sa tête.

Jean-Luc Mélenchon aurait pu, en étant au second tour, offrir paradoxalement à son ennemie chérie un fauteuil de député. C’est finalement le socialiste Philippe Kemel qui s’impose de justesse face à Marine Le Pen, cette dernière n’obtenant que 49,89% des voix. En duel pur, le FN n’arrive pas à s’imposer, puisque Stéphane Ravier (49,01%) et Valérie Laupies (48,71%) échouent aussi. Ce n’est que dans le cas de triangulaires que le FN peut s’imposer, lorsque des conditions exceptionnelles s’y prêtent. Dans le Gard, Gilbert Collard est élu grâce au soutien implicite du candidat UMP, qui s’est maintenu pour obéir aux consignes de son parti, et Marion Maréchal (Le Pen) grâce au maintien d’une candidate socialiste qui n’avait pourtant aucune chance de l’emporter. Avec une élue issue de « la famille », l’image népotique du FN est renforcée. La victoire de Collard, qui a été membre de presque tous les partis politiques, et qui refuse de rejoindre le FN, pourrait quant à elle être à la Pyrrhus, car il est peu probable que Collard respecte la ligne que souhaitera voir impulsée Marine Le Pen. Enfin, Jacques Bompard (Ligue du Sud, ex-FN et ex-MPF) est élu député avec une avance confortable (58,77%), de même que Nicolas Dupont-Aignan (61,39%), récompensés par leur travail d’implantation.

Au final, la « gauche » l’emporte, le PS obtenant la majorité parlementaire seul. Il doit ce succès à l’absence totale de mobilisation de l’électorat de droite. Avec 343 sièges sur 577, soit moins de 60% des sièges, dont 302 sièges pour le PS et les divers gauches, le gouvernement Ayrault est conforté. Le Front de Gauche obtient 10 sièges, les radicaux de gauche 13 sièges, et Europe-Ecologie 18 sièges. Le MD de Bayrou n’a plus que deux sièges, le Nouveau Centre en obtient 14, les radicaux valoisiens 9 , et l’UMP ainsi que les divers droite 205 sièges. Les nationaux et souverainistes ont 5 sièges (2 FN, 1 DLR, 1 LS, 1 MPF), ce qui est un résultat inédit dans le cadre du scrutin majoritaire.

Marine Le Pen, battue, tente à nouveau sa chance mais au tribunal, afin de faire annuler le scrutin. Elle aurait préféré abandonner Strasbourg pour découvrir les charmes du Palais Bourbon. Elle fait néanmoins partie pour le moment des vaincus de juin 2012. Elle aura au moins le plaisir de partager cette situation avec Jean-Luc Mélenchon, qu’elle vient d’ailleurs de retrouver au tribunal après que ce dernier l’ait qualifiée de « fasciste ». François Bayrou est désormais un homme seul, tout comme Ségolène Royal est une femme seule, contrainte à une prise de distance forcée d’avec la vie politique nationale.

Thomas Ferrier
Secrétaire général du PSUNE

09/04/2012

Marine Le Pen vs Jean-Luc Mélenchon (acte II scène 2)

Et le succès de Jean-Luc Mélenchon...

Mélenchon.jpgDans le même temps, et même si le passage d’électeurs de l’un à l’autre reste mineur, Jean-Luc Mélenchon est passé dans certains sondages en position de troisième homme, avec des pointes à 15 ou 16% d’intentions de vote, dépassant désormais Marine Le Pen. Il assèche le marais de l’extrême-gauche et des Verts, Joly étant même tombée à 1.5% des voix dans un sondage récent, tout en prenant des électeurs au PS et au FN. Il est clair que c’est notamment le cas de l’électorat ouvrier. Il y a deux mois, Marine Le Pen obtenait plus de 42% des voix au sein de cet électorat, alors qu’elle est désormais à environ 25%. Dans le même temps, Jean-Luc Mélenchon, qui était marginal parmi les ouvriers, représente désormais dans certains sondages le premier candidat ouvrier.

Comment cet électorat, souvent anti-immigration d’ailleurs, en vient-il à se tourner vers un candidat fanatiquement pro-immigration ? Parce que cette thématique a été abandonnée par Marine Le Pen, ce que son père a déploré à juste titre d’un point de vue tactique, et qu’en conséquence l’électorat populaire fait passer le vote social avant le volet « national ». Or sur le terrain de la défense du peuple, des acquis sociaux, de l’imagerie révolutionnaire et « national-communiste », et ce malgré un discours libertaire, Jean-Luc Mélenchon est plus crédible que Marine Le Pen. Il bénéficie en outre des réseaux communistes, qui restent efficaces. Enfin, il a surtout pris la dimension d’un tribun populaire, provocateur, outrancier et donc nécessairement populiste. En incarnant le vote protestataire auquel le FN renonce par sa politique de « dédiabolisation » extrême, il commence à en récolter les fruits. Avant, pour « emmerder le système », on votait Le Pen. Aujourd’hui, on vote Mélenchon.

Les affiches de campagne du Front de Gauche et du Front National illustrent remarquablement cet état de fait. Nathalie Pingeot, responsable du FNJ, était outrée qu’un politologue explique que les jeunes votaient d’autant plus FN qu’ils étaient socialement ou intellectuellement limités. Ce politologue, à savoir Sylvain Crépon, faisait remarquer qu’il ne se basait que sur des données statistiques et s’étonnait que le FN ne soit pas fier de représenter le peuple, y compris dans ses couches les plus populaires. C’est en effet un motif de fierté que de prendre la défense des démunis, ce que Jean-Luc Mélenchon sait parfaitement faire. Les affiches de Marine Le Pen, avec le choix du bleu droitier, sont insipides, avec des slogans sans saveur et à la limite du bon français. « La révolution bleu marine » ne signifie pas grand-chose et rappelle la « révolution bleue » de l’ultra-libéral Claude Reichman. « Oui, la France », présentée comme une réponse à une question qui n’est pas posée, n’est pas un slogan compréhensible ni accrocheur. Il témoigne juste de l’obsession nationalitaire de Marine Le Pen, expliquant son europhobie mais aussi ses clins d’œil appuyés aux communautés issues de l’immigration francophone. Son comité de soutien, tel qu’apparu médiatiquement, mettait d’ailleurs en avant notamment des franco-ivoiriens et des franco-camerounais, alors même qu’elle avait précédemment prôné la fin de la double nationalité. Le choix d’un comité de soutien très divers ne pouvait que déstabiliser son électorat qui n’attend pas cela du FN. En privilégiant l’appartenance administrative à la France au détriment de l’appartenance historique, elle déboussole son électorat.

En revanche, avec son slogan « Prenez le pouvoir », le doigt inquisiteur, le regard dur, Jean-Luc Mélenchon incarne un courant anticapitaliste sans concession. Il se place véritablement dans une démarche révolutionnaire, quoi qu’on pense par ailleurs du personnage, de ses idées, et de son évident ralliement du second tour au candidat Hollande, ralliement certes qui sera âprement négocié. Alors qu’Eva Joly représente l’écologie punitive, selon le bon mot de Frédéric Nihous, Mélenchon, qui a annexé son programme, ne passe pas pour tel.

Le programme de Mélenchon est à vrai dire parfaitement démagogique et odieux à plus d’un titre. Mais ce n’est pas son discours qui attire à lui les électeurs, à part une minorité d’extrémistes de « gauche », d’éco-sectaires et d’anarcho-libertariens. C’est son style, et ne dit-on pas que le style, c’est l’homme. Il est insupportable, il a l’insulte facile, et c’est ce côté « Marchais » qui plaît. C’est donc fondamentalement une image qu’il vend et une idéologie de façade, celle du méchant rouge. Mais les communistes, du temps de Marchais, étaient opposés à l’immigration ou aux revendications homosexuelles. Mélenchon, lui, a repris les revendications communautaires du PS (pro-immigrés, pro-gays), le programme écologique des Verts, et la radicalité anticapitaliste des trotskystes. Et y a ajouté un côté plébéien et provocateur qui séduit la frange la plus protestataire de l’électorat FN.

Il y a d’ailleurs de fait une alliance tacite entre Mélenchon et Sarkozy, à la fois contre Hollande et contre Marine Le Pen. Ces derniers ont aussi fait une alliance de revers, puisque « Marine » épargne totalement le PS, ne tape que sur Sarkozy, et accessoirement sur Mélenchon, et souhaite clairement la défaite du candidat de droite. Mais cette stratégie déplaît à beaucoup de ses électeurs, qui craignent une victoire du PS, et notamment à ses électeurs les plus « droitiers », c'est-à-dire les plus anti-immigration. Si le bilan de Sarkozy en la matière ne saurait les séduire, bien au contraire, le président sortant apparaît comme un moindre mal. Et lui a de réelles possibilités d’être (ré)élu. Par ailleurs, la chute dans les sondages du FN peut engendrer un effet domino en sa défaveur. A partir du moment où la possibilité d’un FN au second tour est exclue, et que Mélenchon lui-même peut la devancer, son électorat peut davantage être sensible aux arguments de Sarkozy qui affirme, à raison, que le vote FN ne peut plus servir qu’à favoriser le PS de Hollande.

Rappelons d’ailleurs à ce titre le programme du PS, qui ne peut que glacer de sang l’électorat « FN » et de la droite de l’UMP, à savoir le vote des étrangers extra-communautaires aux élections municipales, le mariage gay avec adoption, le soutien à l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne, et bien sûr les évidentes régularisations de clandestins que le PS s’empressera de réaliser, sans parler de la question des hausses d’impôts ou encore de celle de la légalisation des drogues douces. Si Jean-Luc Mélenchon a réussi à servir d’aiguillon pour le PS, Marine Le Pen, par sa critique systématique de l’UMP, ne peut plus jouer le même rôle.

Ainsi, Jean-Luc Mélenchon a parfaitement réussi dans sa stratégie opportuniste, piochant ici et là des éléments de programme des autres formations, alors que Marine Le Pen a fait de l’€ et de l’UE un point de fixation, parce qu’elle est certainement plus sincère, et que son europhobie est un postulat de principe, une conviction profonde autant qu’idiote. Or son électorat ne souhaite pas d’une dévaluation, qui ruinerait les petits épargnants, et comprend bien que l’€ est protecteur et que sa disparition serait tout sauf une bénédiction, d’où l’attachement des Grecs par exemple à cette monnaie. Mélenchon aussi, au départ, voulait jouer cette carte de l’europhobie, qu’il partage fondamentalement avec elle, mais a compris très vite que ce serait une impasse, et affirme maintenant que l’euro est notre monnaie. De la même façon, Dupont-Aignan, dont le cœur du projet est fanatiquement souverainiste, ne décolle pas. Ce n’est pas une ligne porteuse, et certainement pas dans ce contexte économique.

Bien sûr, Mélenchon est un attrape-gogos, tout comme l’est d’ailleurs « Marine », et incarne une incapacité française à sortir d’une forme de communisme mental, le fétichisme du drapeau rouge du premier ayant en face celui du drapeau tricolore. Deux fronts populistes et démagogiques s’affrontent, le dindon de la face étant l’électeur qui y perd son vote. Mais à ce jeu, Mélenchon semble plus fort. Seul le Le Pen des années 1988 et 1995 aurait été en mesure de l’affronter. Mais on ne devient pas tribun par l’ascendance.

Thomas FERRIER (PSUNE)

Marine Le Pen vs Jean-Luc Mélenchon (acte II scène 1)

L’échec stratégique de Marine Le Pen.

2052-le-pen-melenchon-jpg.jpgEntre début janvier et début avril, en trois mois, en moyenne Marine Le Pen a perdu entre cinq et six points d’intentions de vote dans les sondages. Désormais, elle paraît nettement distancée par les deux principaux prétendants au trône, Nicolas Sarkozy et François Hollande. Si François Bayrou semble marginalisé par le binôme UMP/PS, Marine Le Pen semblait résister davantage. Mais c’était avant qu’un candidat qui capitalisait entre 8 et 9% d’intentions de vote ne connaisse une progression significative, et c’était aussi avant que le président en exercice ne place la barre bien à droite. Marine Le Pen a ainsi été attaquée à la fois par Nicolas Sarkozy sur les problématiques d’immigration, d’islamisation et d’insécurité, et à la fois par Jean-Luc Mélenchon sur celles du social, de la défense de la fonction publique, et globalement sur le volet anticapitaliste de l’opposition au mondialisme. Dans le même temps, sur des thèmes économiques difficiles et peu porteurs, comme la crise des dettes souveraines et la problématique de l’€, elle n’a pas été à la hauteur des enjeux. Son europhobie obsessionnelle, responsable également de dérives idéologiques insupportables aux yeux de nombre de ses électeurs, est la principale source de ce désaveu.

Pas assez socialiste face à Mélenchon, alors qu’elle aurait eu beau jeu de dénoncer le nanti derrière le pseudo-socialiste, mais elle a préféré refuser de débattre face à ce petit candidat, qui désormais la dépasse dans la plupart des sondages, elle a abandonné le thème traditionnel de l’opposition à l’immigration, implicitement extra-européenne chez son père, pour un thème économique sur lequel elle n’est pas experte, loin s’en faut. Elle répète ainsi les erreurs de son père en 2007, erreurs qui on le sait aujourd’hui étaient essentiellement dues au fait qu’elle était sa directrice de campagne, à savoir un recentrage politique sur les thèmes où ses adversaires politiques dominent, et surtout, quitte à citer des intellectuels d’extrême-gauche, elle aurait dû songer au mot de Trotski, « celui qui s’incline devant des règles établies par d’autres ne vaincra jamais ».

Dans l’affaire Merah, elle a dénoncé le caractère islamique des crimes commis, mais sans jamais remettre en cause la francité du criminel. Elle qui prétend vouloir refonder le code de la nationalité sur le droit du sang aurait pu contester cet état de fait, en affirmant par exemple qu’il n’était pas français per iurem sanguinis. Ce que son électorat reprochait à son père, ce sont les provocations liées à la seconde guerre mondiale et les clins d’œil appuyés à différents dictateurs ou extrémistes. En expliquant aux « jeunes de banlieue » qu’eux-aussi profiteraient de la « priorité nationale », ce qui ne lui apportera aucun électeur issu de ces milieux, car ils savent qu’ils bénéficieraient avec Hollande comme président de bien davantage, cela lui aliène un électorat populaire « petit blanc », qui justement ne veut pas partager les avantages d’une telle « priorité » avec les populations issues de l’immigration extra-européenne. Marine Le Pen oublie qu’on ne gagne pas une élection en ayant raison d’un point de vue juridique ou administratif, mais en tenant au peuple le discours qu’il a envie d’entendre et surtout des propositions qu’il a envie de voir mettre en œuvre.

Si le vote FN ne permet même pas à l’électorat populaire de protester contre cette immigration là, alors il ne sert plus à rien du tout, c’est simplement le discours de l’UMP en légèrement plus dur. Par ailleurs, Marine Le Pen a voulu à tout prix apporter à son nouveau FN une culture de gouvernement. Mais quand on veut jouer dans la cour des grands, il faut avoir les armes adéquates, or le FN est une coquille vide, avec des bons techniciens de la politique mais aucun cadre d’envergure. Un gouvernement FN ? Mais avec qui ? En l’état, le FN ne peut être qu’un parti protestataire, et s’il cesse de l’être, il n’est plus attractif car confronté à des machines politiques de guerre beaucoup plus puissantes. Marine Le Pen est venue sur le terrain de ses adversaires et il est donc logique qu’elle s’y casse les dents.

Une bonne stratégie aurait en revanche été d’être à la fois plus socialiste que Mélenchon, en condamnant libéralisme économique et libertarisme moral, alors que ce dernier n’est anti-libéral que sur un seul des ces plans, et plus identitaire que Nicolas Sarkozy. C’est là où l’europhobie de Marine lui a été funeste. En refusant de reconnaître la parenté entre européens, elle est forcée de jouer sur la carte pseudo-républicaine en s’adressant aux plus europhobes des europhobes, l’électorat domien et celui de souche non-européenne. Elle commet en la matière la même bévue que Dupont-Aignan, qui se retrouve ainsi à applaudir une officine appelée « Fils de France » destinée à promouvoir les « musulmans patriotes » mais qui n’est qu’un faux-nez du groupuscule de Soral.

01/04/2012

Elections présidentielles 2012 : état de la situation à trois semaines du premier tour

 
Image-3-copie-2.pngA maintenant vingt et un jours du premier tour des élections présidentielles, plusieurs tendances semblent caractériser l’état de la campagne. Bien qu’il faille demeurer méfiant par rapport aux données fournies par les instituts de sondage, ils constituent malgré tout des outils d’analyse dont il convient de tenir compte. Le sondage quotidien IFOP/Fiducial/Paris Match me paraît en ce sens le plus pertinent pour déterminer les tendances générales à l’œuvre, sans préjuger du résultat.

En janvier 2012, Marine Le Pen se situait dans ce sondage aux alentours de 21,5% en moyenne au premier tour, ce qui faisait dire à la candidate sa certitude d’être au second tour. Si les sondages sont erronés, alors ils le sont dans tous les cas de figure, et pas seulement quand ils sont en défaveur d’un candidat. Cette semaine, elle se trouvait entre 16 et 16,5% selon les jours, ce qui constitue une baisse de près de cinq points en trois mois. Entre temps, la campagne a commencé, et la stratégie entreprise par Marine Le Pen dans le cadre de sa politique dite de « dédiabolisation » commence à montrer ses limites. Dans le sondage LH2 d’avril 2012, Marine Le Pen tombe même à 13,5%, score pronostiquée le 20 mars par CSA, avant qu’elle ne remonte dans le sondage CSA suivant (Vague 20) à 15%. Harris Interactive lui pronostiquait cette semaine un score de 16%. Enfin, dans le sondage BVA du mois de mars, Marine Le Pen n’est créditée que de 13% des intentions de vote. Malgré et peut-être même à cause des évènements de Toulouse, sa cote est désormais fortement dévaluée.

Dans le même temps, Jean-Luc Mélenchon progresse nettement dans tous les sondages. Il atteint désormais 15% des intentions de vote dans le sondage LH2 du 1er avril 2012, 14% dans le dernier sondage BVA, 14% puis 13,5% chez IFOP jeudi et vendredi derniers, 12,5% seulement chez CSA (contre 13% une semaine auparavant). Cette progression d’environ quatre points résulte d’une excellente campagne, très à gauche, du candidat du Front de Gauche. Alors que des pans entiers de son programme devraient faire fuir les électeurs populaires, en raison d’une démarche libertaire, défendue notamment par Clémentine Autain pour qui, la première mesure n’est pas d’ordre économique, pour combattre le chômage ou la précarité, mais le mariage gay, en complet décalage des aspirations des électeurs les plus modestes, le meeting de Bastille du 18 mars, à forte coloration symbolique, a été très efficace. Il faut dire que dans le même temps Marine Le Pen a déboussolé son électorat ouvrier par un discours incohérent sur les problématiques migratoires. Le « lepénisme de gauche » lorsqu’il se réduit à un discours socialisant ne tient pas longtemps face au « mélenchonisme » d’un homme politique crédible sur son terrain naturel.

Expliquer le recul de Marine Le Pen et parallèlement la montée de Jean-Luc Mélenchon n’est pas chose facile. On peut en premier lieu considérer que la candidate du FN est attaquée sur ses deux fronts, d’une part par Nicolas Sarkozy qui a repris à son compte un discours plus dur sur l’immigration, et surtout plus ethnicisant, d’autre part sur le terrain social par le candidat de la « gauche » radicale, au détriment également des deux candidats trotskystes, réduits à peau de chagrin (entre 0% et 1% chacun dans les sondages pour Arthaud et Poutou), et de la candidate « pastèque » Eva Joly. Il faudrait donc à la candidate du FN mettre en œuvre une double contre-offensive, à savoir être plus socialiste que Mélenchon et en même temps plus dure sur la question de l’immigration extra-européenne que Sarkozy, ce qui ne serait tout de même peu difficile. Lors des évènements de Toulouse, la modération de Marine Le Pen l’a desservie. Ses appels à l’aide des « français musulmans » contre le « fascisme vert » sont incompréhensibles aux yeux d’un électorat populaire de souche européenne excédé. Sa promesse d’appliquer la « priorité nationale » en faveur des français d’origine immigrée ne lui apporte aucun crédit au sein des populations concernées, mais en revanche là encore la dessert vis-à-vis de l’électorat populaire. En se défendant, certes à juste titre, de prôner une « priorité ethnique » aux indigènes, elle n’a pas compris que son électorat souhaitait en vérité une telle politique.

Sa volonté de dédiabolisation, qui aurait pu se limiter à arrêter tout excès de langage et à se démarquer des positions idéologiques de la vieille extrême-droite, tout en restant dure sur son fond de commerce, rappelle les égarements d’Argenteuil de son père en 2007. En reproduisant les mêmes erreurs qu’en 2007, en abandonnant son électorat naturel aux habiles conseillers sarkozystes, comme l’a théorisé Patrick Buisson, elle fait une campagne à contre courant de ce que souhaitent ses électeurs traditionnels. Ce n’est pas sa campagne « à gauche » en matière économique qui lui nuit, bien au contraire, mais d’abord sa confusion sur les problématiques migratoires, et surtout son europhobie quotidienne, liée d’ailleurs « paradoxalement » au thème précédent. C’est bien parce qu’elle se refuse à opposer européens et non-européens, qu’elle ne voit l’Europe que comme un mal insupportable, qu’elle ne parle même plus de la question de l’adhésion turque, que Sarkozy devrait relancer d’ailleurs, qu’elle baisse sensiblement dans les sondages. Une analyse de la French Politics de Londres propose une prospective intéressante à ce sujet. Selon eux, Marine Le Pen devrait faire environ entre 15 et 17% des voix, avec une forte probabilité à 15%. Pour eux, cela signerait une « sous-performance » et donc la manifestation d’un « échec patent de la stratégie personnelle de Marine Le Pen (pour) dédiaboliser le parti ». Cette hypothèse n’est pas à exclure. Jean-Marie Le Pen n’avait-il pas prédit qu’un « Front gentil » n’intéresserait personne ?

Mélenchon, lui, n’est pas « gentil », au point d’en inquiéter la patronne du MEDEF, Laurence Parisot, qui le compare à un révolutionnaire de la Terreur (1793). C’est sans doute à ses yeux le plus grand compliment qu’on peut lui faire. Et pourtant, il serait facile de le démasquer, notamment en s’attaquant à son soutien à l’immigration massive et aux excentricités libertaires de son programme, mais aussi à son enrichissement personnel. Seul Jean Quatremer, journaliste à Libération, est parvenu à trouver son point faible, déclenchant contre lui l’ire du disciple français de Die Linke. Reste qu’un Oskar Lafontaine sera mille fois plus sympathique, et vraiment socialiste, que « Jean-Luc ». La gauche « Sarrazin » (du nom de ce social-démocrate allemand) serait d’ailleurs facilement prête à voter FN ou UMP dans un autre contexte. Mais la crise économique a abouti à une radicalisation de l’opinion. Si les extrémistes de l’Aube dorée sont aux portes du parlement à Athènes, c’est dire ce qu’un discours « FN old school » aurait pu obtenir dans ces élections.

Le souverainisme n’a vraiment aucune espèce d’avenir en France. Dupont-Aignan, dernier vestige du triumvirat Pasqua-Seguin-Villiers de 1992, est promis à une déculottée électorale, crédité qu’il est dans les sondages d’entre 0,5% et 1,5% maximum. C’est d’ailleurs la campagne anti-€ qui plombe notamment Marine Le Pen. Mélenchon, tenté de les suivre sur cette voie, a rapidement compris l’impasse. Sarkozy quant à lui choisit un positionnement euro-critique, proposant ainsi de rétablir les contrôles aux frontières s’il ne parvient pas à obtenir des garanties contre l’immigration clandestine de la part de ses partenaires de l’UE, mais sans tomber dans l’europhobie qui caractérise NDA et MLP.

Les évènements de Toulouse ont profité nettement à Nicolas Sarkozy, qui est désormais en tête dans la plupart des sondages, en tout cas pour le premier tour, le second annonçant toujours une victoire du candidat du PS, mais de moins en moins large. Président en exercice, choisissant une position rassurante face à la crise comme face à cette tragédie, même si ses services n’ont pas été capables de détecter le terroriste avant qu’il ne frappe, il donne le sentiment d’incarner mieux que les autres candidats la fonction de président. Hollande est très loin d’avoir la même crédibilité, sa cote s’expliquant d’abord par le rejet viscéral du style Sarkozy par beaucoup d’électeurs. On vote Hollande non pour lui mais contre Sarkozy, et ce phénomène, lors du débat du second tour, peut s’effondrer si le programme du PS apparaît trop mortifère.

Le choix du PS de soutenir le vote des étrangers extra-communautaires aux élections locales ou encore sa position sur le mariage gay et l’adoption, sans parler de son choix d’une imposition accrue, peuvent être rédhibitoires pour Hollande au second tour. Les résultats du premier tour auront une incidence décisive. Si Mélenchon obtient un gros score, Hollande en bénéficiera nettement et deviendra le nouveau président de la république. Si Le Pen réussissait, il n’est pas sûr qu’elle ne parviendrait pas à, de fait, contribuer à la défaite de Sarkozy. En revanche, si elle connaît une déconvenue, son électorat pourrait considérer Sarkozy comme le seul recours et se reporter très massivement vers lui, assurant ainsi sa réélection.

Enfin, François Bayrou ne parvient pas à créer de sursaut en sa faveur. Après avoir bien progressé, une fois sa candidature annoncée, il stagne entre 10,5% et 13% des intentions de vote. Il sera certainement victime, plus que tout autre candidat, du vote utile, son positionnement idéologiquement illisible le desservant. Sa grande année a été 2007. L’électorat de centre-droit choisira Sarkozy par défaut, d’ailleurs toutes ses figures se rallient, les unes après les autres, le dernier ralliement en date étant celui de Rama Yade. L’électorat de centre-gauche sera naturellement porté vers le candidat Hollande. Dans ce contexte, on peut considérer que si Bayrou parvient à obtenir 12% des voix, ce sera malgré tout un moindre mal.
 

Thomas Ferrier
Secrétaire général du PSUNE

14/03/2012

Portrait de candidats au scalpel: Front vs Front

jean-luc mélenchon,marine le pen,populisme,démagogie,caricature,thomas ferrierMarine Le Pen, 43 ans, candidate du Front National aux élections présidentielles 2012.

Après de nombreuses épurations internes, la plus hémorragique étant celle de 1998 où les partisans de Bruno Mégret ont quitté un navire qui leur apparaissait à la dérive, en janvier 2011, Marine Le Pen, fille du président en exercice depuis la fondation du parti en 1972, devient officiellement dirigeante du FN et en conséquence candidate à l’élection présidentielle de 2012. Sa victoire interne n’est pas le résultat d’une ascension naturelle, d’une circulation des élites au sein de l’appareil politique qui aurait bien fonctionné, ou d’une joute d’égal à égal face à un adversaire déterminé. 

Elle est en vérité un constat d’échec, l’incapacité d’un parti politique à renouveler ses cadres et à proposer un autre contrat à ses militants et ses électeurs. En quarante ans d’âge, le FN n’a rien de mieux à proposer que la propre fille du chef, héritière d’une boutique familiale. Ce résultat est aussi la conséquence d’une structure en déliquescence, avec un nombre d’adhérents dérisoire par rapport aux grosses machines électorales que sont le PS et l’UMP. Ce fait est apparu notamment lors du processus de collecte des parrainages d’élus, et notamment de maires, préalable à la candidature proprement dite. Elle payait là la dernière épuration en date, celle des militants catholiques traditionnalistes qui avaient choisi Bruno Gollnisch comme président, celle aussi de Carl Lang et de ses partisans, idéologiquement peu compatibles avec une ligne pacifiée, mais agents de terrain efficaces.

Adepte d’une ligne plutôt nationale-libérale, Jean-Marie Le Pen s’était présenté comme le rassembleur de la « droite nationale », toutes tendances confondues, atténuant en cela sa démarche autocratique et népotique. Il savait flatter les différents camps, et souvent pardonner après chaque crise. Il était l’artisan d’une « union patriotique » en 2007, sachant tendre la main au « félon » Mégret, union qui fut sciemment sabotée par Marine Le Pen. Cette dernière a privilégie au contraire une ligne plutôt nationale-sociale, son « nationalisme » se limitant à une dénonciation permanente, et caricaturale, de l’Union Européenne, son « socialisme » se résumant quant à lui à une démagogie de tous les instants et à des plagiats du programme du Front de Gauche, énervant passablement ce dernier.

Ce virage « ethno-socialiste », ainsi que l’a qualifié Dominique Reynié, mais qu’on ne saurait certainement pas interpréter comme une nouvelle forme de fascisme, se retrouve en vérité dans tous les partis politiques, et tout particulièrement chez Mélenchon et Dupont-Aignan. Le côté « ethno » est de toute façon très discutable puisque la candidate du FN défend en vérité une conception purement administrative de la nationalité, comme tous ses adversaires. Si un ethno-libéralisme tente péniblement de la concurrencer à sa droite, autour du candidat Carl Lang, d’ethno-socialisme au sens strict, il n’y a pas. En revanche, aux yeux de la majorité de son électorat, et qu’importent les déclarations sincères mais en sens contraire de Marine Le Pen, elle est perçue comme détentrice d’une ligne mêlant nationalisme ethnique et démagogie socialisante.

Son ascension politique s’apparente à celle qui permit à Ségolène Royal de devenir la candidate du PS en 2007. Elle est en effet strictement médiatique, mais à la différence de Royal, Marine Le Pen a pu en outre bénéficier de l’aide directe d’une partie de l’appareil politique, et notamment de sa direction. Dès 2002, « Marine » apparaît aux yeux des media comme la plus apte à remplacer un vieux chef usé, à l’issue d’un second tour désastreux. En 2007, elle accompagne son père vers le seul véritable échec de sa carrière, un score qui ramène le parti à son démarrage de 1984. Adepte d’une dédiabolisation de forme comme de fond, Marine Le Pen, formée idéologiquement dans la continuité de son ex-beau-frère Samuel Maréchal, va alors connaître une ascension interne extrêmement rapide, alors même que la vieille garde tente par tous les moyens de l’en empêcher. Mais face à elle, le timide Gollnisch, incapable de s’opposer à son président, ne fait pas le poids et abandonne les uns après les autres, par son inertie, tous ses partisans. Si Jean-Marie Le Pen n’est au départ pas vraiment enthousiaste face à la montée de sa fille, il ne s’y oppose pas et finalement l’encourage en ce sens.

Bien que Marine Le Pen ait bénéficié d’une victoire résultant d’une confrontation aux apparences démocratiques face à Bruno Gollnisch, un rapport 2/3 contre 1/3, on peut considérer ce dernier davantage comme un sparring partner qui a surtout permis à « Marine » de débusquer ses adversaires à l’intérieur du parti, tous rapidement amenés à quitter le FN, de manière volontaire ou contrainte. A aucun moment, il n’a pris les traits d’un combattant déterminé à proposer une vraie alternative. Résigné, il devra subir les vexations de son ancienne adversaire, mais il est vrai qu’on est généralement son propre bourreau.

A la différence de son père, qui a cinquante ans de vie politique derrière lui, cinquante ans aussi de combat, à Suez comme en Algérie, et qui peut apparaître comme un self made man, Marine Le Pen n’a pas eu à se construire et a récolté essentiellement les fruits d’une œuvre paternelle. Ses lacunes idéologiques apparaissent évidentes et seront difficiles à combler, malgré les fiches que lui rédigent ses conseillers politiques. Par ailleurs, l’appareil dont elle jouit désormais de l’usage exclusif n’est pas en très bon état. L’apparition de nouveaux dirigeants à ses côtés, l’équipe d’Hénin-Beaumont en tête, le médiatique Gilbert Collard, et le technocratique Florian Philippot, et sans oublier son propre compagnon, Louis Aliot, ne suffit pas à masquer les faiblesses d’un parti qui se prétend « de gouvernement » alors qu’il n’a simplement pas les hommes de la situation.

La ligne politique choisie par Marine Le Pen est la fameuse « dédiabolisation », qui est la continuité de la démarche de 2007 qui n’a pas convaincu ses électeurs. Persuadée d’être inattaquable sur des thèmes comme l’immigration et l’insécurité, alors que Nicolas Sarkozy a prouvé qu’il était facile de détourner des électeurs en reprenant ces thèmes, elle a choisi d’adopter un ton violemment eurosceptique, reprenant cette idée réactionnaire par nature du « retour du franc », tout en l’associant à un discours sur l’état social, reprenant ainsi au PS et au Front de Gauche le thème de la défense de la fonction publique, celui de la laïcité, et enfin celui du rôle de l’état. Ce néo-gauchisme à la sauce nationale de Marine Le Pen prend une dimension ouvriériste. Mais l’ouvrier qui vote FN, bien qu’attaché au modèle social à la française, le fait avant tout en raison de l’immigration, et tout spécifiquement de l’immigration extra-européenne.

Croire, comme elle le fait, que l’ouvrier français est europhobe et étatiste, c’est mal le connaître. Et si Mélenchon ne parvient pas à (re)conquérir cet électorat, ce n’est pas en reprenant son discours, même en l’associant plus fortement à la dénonciation de l’Union Européenne, qu’elle sera convaincante.

Alors, bien sûr, elle est rappelée à l’ordre par le contre-modèle de 2007, et régulièrement se voit contrainte de revenir aux fondamentaux du parti, de reprendre un discours plus ferme sur l’immigration et sur l’insécurité. Mais est-elle crédible aux yeux d’un électorat excédé lorsqu’elle prend une défense forcenée des DOM-TOM, renonçant par exemple à instrumentaliser la départementalisation de Mayotte contre le président sortant, façon de prouver par l’exemple qu’il ne défend pas notre « identité nationale », ou lorsqu’elle explique qu’elle sera la candidate de l’égalité entre « français de souche » et « français immigrés », cette dernière notion étant contradictoire, ce qui est exactement le discours de tous les autres partis.

 

 

jean-luc mélenchon,marine le pen,populisme,démagogie,caricature,thomas ferrierJean-Luc Mélenchon, 60 ans, candidat du Front de Gauche aux élections présidentielles 2012.

C’est parce que son avenir au sein du Parti Socialiste était bouché que, dévoré par une ambition personnelle évidente, « humain trop humain », le sénateur Jean-Luc Mélenchon, homme du sérail mitterrandien, et pouvant espérer une retraite extrêmement confortable, ses émoluments nationaux et européens lui permettant d’espérer 10.000 € par mois de retraite, selon le journaliste Jean Quatremer, décide de quitter son parti. Il s’inspire ce faisant de l’émergence d’une gauche radicale en Allemagne réunissant des ex-SPD du WASG autour du sympathique Oskar Lafontaine et des anciens communistes d’Allemagne de l’Est de l’ex-SED, devenu PDS, autour du moins sympathique Gregor Gysi. Son « Parti de Gauche », qui correspond plus ou moins à une traduction de « Die Linke » en Allemagne, s’élargit en Front de Gauche lorsqu’il s’associe avec le PCF, comme c’est le cas pour ces élections présidentielles.

Oskar Lafontaine a conservé le sens du peuple, et n’a jamais hésité à tenir des discours pouvant plaire à une gauche allemande qui apprécie les analyses du social-démocrate Thilo Sarrazin sur l’immigration extra-européenne, ayant même scandalisé les bien pensants en évoquant de manière négative les Fremdarbeiter, « travailleurs étrangers », expression connotée que les conformistes préfèrent qualifier de Gastarbeiter, « travailleurs hôtes ». Jean-Luc Mélenchon, qui aspire à ramener dans son giron les électeurs ouvriers tentés par un vote FN, en revanche, ne comprend pas le peuple. L’électorat populaire est en vérité sur la même ligne que cet élu communiste courageux qu’est André Gérin.

L’électorat communiste des années 70 et 80 soutenait une démarche socialiste autoritaire mais aussi patriotique, à l’instar du modèle soviétique. Toutes les propositions libertaires du candidat Mélenchon auraient été passibles des tribunaux en URSS. Ce régime interdisait l’avortement, réprimait l’homosexualité, défendait la patrie « soviétique », et n’était pas loin sur certains points de la ligne idéologique de Pamyat, mouvement culturel adepte d’un nationalisme radical. C’est encore la ligne politique de l’actuel candidat communiste russe Guennadi Ziouganov. Ce « communisme Labiche », que vantait Céline, se retrouve aujourd’hui proche des thèses du FN. L’électeur « national-communiste » abandonné par son parti, qui défend désormais les thèses trotskystes, s’est naturellement tourné vers ce qu’il pensait trouver de plus proche, le discours social-national de Marine Le Pen, qui est certes un écran de fumée, mais pas davantage que les promesses socialistes de Jean-Luc Mélenchon. André Gérin, proche de la ligne historique du PCF, serait bien davantage capable de proposer à cet électorat une alternative à Marine Le Pen, mais il est isolé au sein d’un appareil s’offrant désormais aux thèses les plus libertaires de la radicalité gauchiste.

En reprenant les thèses de l’extrême-gauche trotskyste, faites de féminisme radical, d’islamophilie béate, l’un et l’autre unis paradoxalement contre la société occidentale, de pro-avortement extrême, d’égalitarisme transgenres, défendant le mariage pour les homosexuels tout en dénonçant dans le même temps l’institution du mariage (traditionnel) comme ringarde, d’apologie du métissage cachant en vérité un racisme europhobe, Mélenchon éloigne de lui des électeurs qui pourraient être lassés par la démagogie trop apparente de « Marine ». La légitimité de Mélenchon aux yeux de l’électorat est sur la question sociale, son libertarisme lui permettant certes d’assécher le marais gauchiste, LO et NPA étant promis à un score aux alentours de 0.5% chacun, et de marginaliser Eva Joly, privée d’une partie de l’électorat bobo en faveur de toutes les « excentricités morales ».

Or sur cette question du socialisme, quelle est la référence absolue de Jean-Luc Mélenchon ? François Mitterrand. En matière de socialisme, on a connu mieux qu’un ex-volontaire national, ex-cagoulard, ex-pétainiste, mais réel opportuniste. Mais il est vrai que le machiavélisme du premier peut inspirer le second. Car, et avec un certain succès, atteignant désormais 10% dans les sondages, Jean-Luc Mélenchon se crée un nouvel espace politique lui permettant de négocier pour lui une bonne place au sein d’un gouvernement socialiste que mettrait en place François Hollande s’il était élu. Il pourrait ainsi remplacer Europe Ecologie, dont la candidate est créditée dans les sondages de 2 à 3% des voix, comme partenaire principal d’une gauche plurielle. Il a ainsi su remarquablement rebondir.

Si on compare Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen, on constate que leur principale différence porte sur les choix de société, même si Marine Le Pen est beaucoup plus « progressiste » en matière de mœurs que le FN, mais pas sur les questions économiques. Tenté de rejoindre sur l’Europe les mêmes positions que Marine Le Pen - on se souvient en 2005 de sa tirade méprisante contre le peuple lituanien - il a néanmoins compris qu’un programme économique anti-€ et anti-UE ne serait pas crédible. Son internationalisme marxiste l’amène par exemple à se sentir proche du travailleur grec, comme il pourrait l’être autant ceci dit du travailleur nord-coréen ou vénézuélien, mais il ne comprend rien à la question européenne. C’est en outre un immigrationniste forcené, le terme même de « français » l’insupportant, favorable à l’ouverture des frontières nationales et européennes à la pauvreté mondiale, même si cela ruine les travailleurs français dont il se prétend le défenseur.

A l’europhobie de Marine Le Pen, qui ne va pas jusqu’à s’attaquer à l’idée même de civilisation européenne, répond l’europhobie fondamentale de Jean-Luc Mélenchon, qui au fond de lui-même, autant par son internationalisme idéologique que par son franchouillardisme pro-diversité, déteste l’Europe sous toutes ses formes, même s’il prétend s’en défendre.

Par ailleurs, chose qu’il partage là encore avec « Marine », Mélenchon ne supporte pas la contradiction. Tout comme elle qui dit « non » avec fureur lorsqu’un journaliste la met devant ses contradictions, à l’instar de Michel Field lui rappelant le sens des bals nationalistes de Vienne, Mélenchon s’énerve et menace. Jean Quatremer en a fait à plusieurs reprises les frais, pour avoir eu le tort de mettre en exergue la mansuétude supposée du candidat vis-à-vis des régimes populistes d’Amérique du sud. Or en démocratie le débat libre est essentiel. Ce style qu’on pourrait penser plébéien ne dessert toutefois par le candidat du Front de Gauche, qui aime à dénoncer les comportements arrogants de l’hyper-classe. Il parvient, alors que Carla Bruni n’arrive pas à faire croire que Nicolas Sarkozy et lui forment une famille « modeste », à accréditer son image d’homme du peuple, tout comme la fille du milliardaire de Saint-Cloud. Au moins Philippe Poutou, à défaut de penser comme un homme du peuple qu’il est pourtant, est un vrai ouvrier. Gauchiste certes, et donc complètement déconnecté des souhaits de l’ouvrier français, il ne trompe néanmoins pas sur la marchandise.

Thomas Ferrier
Secrétaire général du PSUNE

04/03/2012

De la campagne de France…

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Au fur et à mesure que le premier tour des élections présidentielles françaises se profile à l’horizon, la campagne bat son plein. Alors même que le processus de récolte des signatures approche de son terme, le ton monte entre les différents candidats et les sondages, souvent contradictoires, perturbent le choix des électeurs. En vérité, une majorité de français hésite et on ne peut que les comprendre lorsque l’on constate le niveau de médiocrité des débats et la confusion qui règne en premier lieu dans le cerveau des candidats. Ainsi, quel peut avoir comme sens un sondage dans lequel 40% des personnes interrogées ne se prononcent pas, et cela sans tenir compte en plus du caractère très relatif de la représentativité du panel. Quelle part de français contactés ne répond plus aux sondages par téléphone ?

Il paraît donc absolument impossible de déterminer de grandes tendances dans cette élection. A chaque fois qu’un candidat a annoncé sa candidature officielle, il a progressé dans les sondages les semaines suivantes avant de retomber au niveau originel. Marine Le Pen oscille quant à elle entre 14% et 21,5%, même si les derniers sondages la placent davantage entre 15 et 18,5%. François Bayrou atteint 15% dans un sondage de ce jour, mais tous les autres l’indiquent plutôt aux alentours de 12%, bien loin d’une qualification au second tour. Jean-Luc Mélenchon semble désormais stabilisé autour de 8 ou 9% des voix, ce qui serait un bon score pour sa formation et pour le PCF qui lui est associé, mais il réalise ce score au détriment de l’extrême-gauche, véritablement laminée, tous sondages confondus, et de la candidate écologiste, étouffée également à sa droite par Hollande. Ce dernier apparaît extrêmement haut dans les sondages, entre 28% et 31% des voix environ, ce qui témoignerait d’un profond rejet du président sortant. Enfin, les candidats « gaullistes », Villepin et Dupont-Aignan, sont également marginalisés, aux alentours de 1 à 1,5% des voix, et Lepage est même à 0% dans celui de ce jour.

La récolte des signatures continue pendant ce temps, et ce jusqu’au 16 mars, date à laquelle tous les parrainages auront dû être déposés au conseil constitutionnel. Le Pen prétendait en début de semaine manquer d’une cinquantaine de signatures ; Dupont-Aignan et Poutou prétendent être en mesure d’obtenir leurs signatures manquantes. Il semble en revanche que pour Lepage et Villepin l’affaire soit très mal engagée. Enfin Lang affirme qu’il a obtenu 380 signatures de maire, mais qu’il lui sera très difficile de récolter les 120 signatures manquantes. Ce nombre de parrainages, s’il est confirmé, peut expliquer à lui seul les difficultés de la candidate du Front National, et démontrerait que l’appareil politique de ce dernier n’est pas celui d’une future présidente de la république. Sans militants, manquant de cadres, le FN ne ressemble pas du tout à un parti de gouvernement, même si sa dirigeante prétend le contraire.

… d’une campagne pathétique.

Face à cet afflux massif d’informations en provenance des media sur les déclarations de tel ou tel candidat, l’électeur moyen s’y perd, et même les électeurs politisés commencent à saturer. Les projets politiques perdent totalement de l’importance au profit d’une démagogie de tous les instants et de stratégies incohérentes. Nicolas Sarkozy, aidé en cela par son ministre de l’intérieur, a durci le ton sur les questions migratoires et d’identité nationale comme en 2007, mais dans le même temps il remet en avant Rachida Dati et demain sans doute Rama Yade. Une phrase bien à droite pour capter l’attention des électeurs « nationaux » qui ne sont pas convaincus par le programme économique anticapitaliste et europhobe de Marine Le Pen. Une phrase à « gauche » pour conserver le soutien d’une partie des électeurs centristes et éviter une hémorragie en faveur de Bayrou. Ce jeu d’équilibriste, qui lui avait bien réussi en 2007, semble désormais causer sa perte. Le président sortant ne peut pas s’appuyer sur son bilan pour se crédibiliser aux yeux de la majorité des français.
La démagogie en revanche a droit de cité. Mélenchon et Le Pen fille cherchent l’un comme l’autre à récolter les voix populaires, en ayant recours à une phraséologie socialisante et en dénonçant les banques et l’hyper-classe, Marine Le Pen accentuant en plus le ton anti-européen, s’attaquant à l’€ et à l’Union Européenne. Dans un tel contexte, les candidats gauchistes disparaissent de la scène puisque leur discours est repris en chœur par d’autres, de la même façon que la ligne souverainiste de Dupont-Aignan est étouffée.

Le comble du caractère pathétique de cette campagne présidentielle a été atteint lors du non-débat sur France 2 entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Celui-ci semble déterminé à disputer au FN l’électorat populaire, oubliant que son soutien à l’immigration, il prône notamment la régularisation des clandestins, est inaudible et le sera de plus en plus au sein de l’électorat ouvrier. Il attaque donc violemment la candidate d’extrême-droite, notamment dans ses meetings, mais sans succès. Plutôt que de dénoncer l’europhobie de la candidate, car il la partage fondamentalement, son internationalisme marxiste se mêlant aisément avec une forme de chauvinisme, ou d’attaquer son programme économique, il préfère l’attaquer sur les questions sociétales ou sur les nouvelles provocations de Jean-Marie Le Pen, ou a recours, tout comme plus étrangement Claude Guéant lorsqu’il déclare que le FN est « nationaliste et socialiste », à un anti-fascisme incantatoire. Cette vieille « recette » n’a jamais fonctionné, bien au contraire, et il serait plus honnête de considérer que le principal défaut du FN, c’est d’être justement un parti comme les autres, ce qui lui interdit en vérité tout critique pertinente du système en place.

Face à cette dialectique vindicative, Marine Le Pen aurait eu beau jeu de le renvoyer dans ses cordes d’un « tu quoque ». Ce n’est pas ce qu’elle a choisi de faire. Dans une scène comique, en petite fille boudeuse, et après un long exposé de pourquoi elle refusait de débattre avec Jean-Luc Mélenchon, elle a refusé de regarder son adversaire en face, tout en débattant avec lui par l’intermédiaire du présentateur. L’art politique, c’est de débattre, même et surtout face à un adversaire qui lui ne lâche rien, et surtout pas ses coups. Si on refuse la confrontation, on envoie un message selon lequel on se se sait dominé et incapable de parer les attaques de l’ennemi. Ni Nicolas Sarkozy ni son propre père n’auraient commis une telle erreur tactique.

Quant aux questions économiques, alors qu’elle est animée par des postulats anti-européens de principe, son argumentaire ne tient pas longtemps face à un spécialiste mais aussi face au bon sens élémentaire. Si elle ne parvient pas au second tour des élections de 2012, ce sera en grande partie à cause de son absence de crédibilité sur les questions économiques, payant ainsi le prix de sa haine de l’idée européenne. En outre, elle commet la même erreur que son père en 2007. En effet, alors que Nicolas Sarkozy droitise son discours un jour sur deux, Marine Le Pen a déserté son espace politique naturel, ayant réduit à la portion congrue des thématiques comme l’immigration, la place de l’islam et l’insécurité. Même lorsqu’elle tente d’y revenir, sentant qu’elle perd pied dans son propre camp, elle n’est pas convaincante. Expliquer à un électorat anti-immigration qu’elle prône l’égalité entre « français immigrés », notion au demeurant étrange, et « français de souche », ce qui est affirmé par tous les candidats d’ailleurs, n’est pas la meilleure façon de le rassurer quant à la sincérité des opinions en la matière de la candidate. « Heureusement » pour elle, son père est encore là pour sortir quelques « bons » mots et citer quelques auteurs sulfureux.

De l’échec de Sarkozy à la menace Hollande.

Si les électeurs s’intéressaient vraiment aux programmes des deux principaux candidats, mais ceux-ci brouillent les pistes en s’invectivant l’un l’autre, évitant ainsi les sujets qui fâchent, François Hollande ne passerait même pas le cap du premier tour. Mais les coups, parfois justifiés, par exemple sur la question du vote des étrangers extra-communautaires aux élections locales, que lui envoie l’UMP, ne portent pas. En vérité, Sarkozy a tellement déçu et agacé de nombreux citoyens qu’il subit aujourd’hui le prix de sa campagne de 2007. Si Philippe Bilger, qu’on aura connu mieux inspiré, annonce son soutien à Hollande, c’est la démonstration par excellence de cet état d’esprit qu’on devine dominant au sein des classes moyennes. Taxer les plus riches, au risque par effet hétérotélique de les voir payer leurs impôts à l’étranger, ce n’est pas un problème. Légaliser le mariage homosexuel et l’adoption, ce n’est pas un problème. Régulariser massivement les clandestins et faire voter les étrangers extra-communautaires aux élections municipales, ce n’est pas un problème. Soutenir l’adhésion d’une Turquie provoquante à l’Union Européenne, pas un souci. Remettre en cause des accords européens obtenus par une négociation complexe, amenant les principaux dirigeants de nos partenaires à refuser de recevoir le candidat « socialiste », risquant ainsi de déstabiliser davantage notre économie, qui n’en a pas besoin, où est le problème.

Non, la seule chose importante est de chasser Nicolas Sarkozy de l’Elysée. Remplacer un pantin par un autre, après tout, serait-ce si dramatique ? Bien sûr, si on attend du futur président qu’il œuvre dans le bon sens, autant s’abstenir dès le premier tour. Néanmoins, et en France c’est une expérience coutumière, on a pu constater amèrement que le candidat rentrant était bien pire que le candidat sortant. Vous avez détesté Sarkozy ? Vous haïrez Hollande. Ce n’est donc peut-être pas la peine de choisir par défaut le pire. Loin de moi de soutenir le président sortant, et d’ailleurs je n’attends rien d’un nouveau président, mais il faut objectivement regarder Hollande en face et voir à quelle catastrophe nous devons nous attendre s’il est élu. Et il semble bien que, sauf erreur majeure de sa part, si par exemple il apparaissait sous son vrai jour comme la version « de gauche » de Sarkozy, il sera le prochain président. Son programme calamiteux semble sans importance aux yeux d’électeurs excédés dont le rejet aveugle de Sarkozy va les amener à choisir Sarkozy en pire.

Hollande incarne l'anti-sarkozysme, donc le rejet haineux du président sortant et de ce qu'il représente, alors que Sarkozy incarne l'anti-hollandisme, la peur panique des mesures économiquement les plus dangereuses du candidat pseudo-socialiste. La haine contre la peur, ce n'est pas de cette politique là dont on a besoin en France et en Europe. Le programme de Hollande comme celui de Sarkozy n'ont plus d'importance, et puis quel électeur lit encore les programmes présidentiels. Le problème est que sur tout les points que j'ai évoqués, Hollande fera ce sur quoi il s'est engagé.

Thomas Ferrier
Secrétaire général du PSUNE