Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

18/09/2011

Danemark, Berlin : victoire de la fausse gauche grâce aux faux écologistes

bandeauedito3.png

774626_social-democrat-leader-helle-thorning-schmidt-waves-at-the-party-s-election-headquarters-in-copenhagen.jpgCette semaine, trois élections émaillent l’actualité politique européenne, à savoir les élections législatives au Danemark et en Lettonie et les élections municipales de Berlin. J’analyserai les élections lettones dans un autre article, car les deux autres élections se ressemblent quant au résultat et aux enseignements du scrutin.

La coalition de droite, étêtée depuis le départ de Rasmussen à l’OTAN, et depuis sa victoire sans majorité soumise au bon vouloir du Parti du Peuple Danois (DFP), nationaliste, craignait l’épuisement de son alliance électorale. Les sondages indiquaient une avance certaine à la « gauche » incarnée notamment par le Parti Social Démocrate.

Au final, la droite libérale avec 26.7% des voix améliore de 0.5% son score de 2007 et gagne un siège supplémentaire. La gauche sociale-démocrate quant à elle, non seulement ne progresse pas, mais perd 0.7% des voix, avec un score de 24.8% (contre 25.5% il y a quatre ans). Enfin, le parti nationaliste DFP perd 1.6% des voix avec 12.3% (contre 13.9% en 2007) ; cet échec relatif et son premier recul depuis son existence s’explique aisément par l’affaire Breivik, qui a eu en Norvège des conséquences dommageables pour le Parti du Progrès (FP), avec un score très décevant de 11.5% environ aux municipales, et par le fait qu’aucun des deux principaux partis n’a annoncé vouloir remettre en cause la politique migratoire actuelle.

La victoire de la « gauche » s’explique donc par le succès de ses alliés et par l’affaiblissement de ceux des Libéraux (Venstre). La gauche radicale incarnée par le Parti Socialiste du Peuple (SFP) n’en est pas responsable, puisque avec 9.2% des voix et un recul de 3.8% par rapport à 2007. Ce sont les écologistes «rouges-verts » de la Enhedslisten qui avec 6.7% des voix et les libéraux-sociaux (DRV) avec 9.5% qui progressent nettement, respectivement de 4.5 et de 4.4 points. En revanche, la droite conservatrice (KFP) avec 4.8% des voix, contre 10.4% en 2007, perd dix précieux sièges. Au final, avec 89 sièges contre 86 sièges pour la droite et l’extrême-droite, la « gauche » sociale-démocrate s’impose de justesse, au sein d’une coalition hétéroclite mais plutôt libertaire.

Cette montée du centre-gauche et de l’écologie au détriment des gauches et des droites radicales se confirme également aux élections municipales allemandes de Berlin. La SPD sortante perd 2.6 points avec un résultat de 28.2% des voix. Dans le même temps, la CDU avec 23.3% des voix progresse de 2 points. Comme au Danemark, les alliés de la droite en revanche s’effondrent. La FDP, alliée au niveau national à la CDU, qui obtenait encore 7.6% des voix en 2006, s’effondre littéralement avec 1.8% des voix et perd toute représentation au conseil municipal. Là encore, comme au Danemark, ce sont les écologistes, Die Grünen, qui avec 17.6% des voix progressent de 4.5 points. Une coalition rouge-verte semble se dessiner à l’horizon pour les prochaines élections législatives pour remplacer la coalition CDU/CSU/FPD sortante. L’effet Fukushima, auquel Angela Merkel a répondu en cédant au lobby anti-nucléaire, a encouragé l’électorat à soutenir une formation qui obtient des résultats sans même être aux affaires.

La gauche radicale recule également. Alors qu’elle totalisait en tout 16.3% (Die Linke et l’ancien WASG de Lafontaine) en 2006, Die Linke obtient péniblement un 11.7%, faisant des scores encore imposants dans certains quartiers de Berlin-Est. Toujours divisée, la droite radicale progresse légèrement par rapport à 2006. Republikaner, NPD et PRO (de Schill) faisaient 3.6% en 2006, alors qu’en 2011, NPD, Pro Deutschland et Die Freiheit font 4.3%. La seule NPD, qui avait fait scandale avec une affiche provocatrice d’Udo Voigt, interdite par la justice, régresse légèrement de 0.5%.

La crise économique, qui semble relativement préserver le Danemark et l’Allemagne, aboutit paradoxalement à une montée en puissance de la « gauche » bobo, au détriment de la gauche radicale mais aussi de la gauche plus classique. Cette situation n’est pas transposable en France où au contraire le Parti Socialiste empêche l’émergence du Parti de Gauche de Mélenchon et de la candidate écologiste, Eva Joly, qui semble peiner en ce début de campagne.

Thomas Ferrier
Secrétaire général du PSUNE

13/09/2011

Thomas FERRIER (PSUNE) vs Nicolas STOQUER (RPF)


Débat entre Thomas Ferrier et Nicolas Stoquer... par enquete-debat

18:33 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : thomas ferrier, nicolas stoquer, psune, rpf | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

29/08/2011

Petrobey, un héros européen !

bandeaubillets2ferrier2.png

(Article d'octobre 2008)

petrobey,mavromichalis,thomas ferrier,psune,grèce,1830,missologghiLa Laconie. Province du sud-est du Péloponnèse, elle abrite en son sein la célèbre cité de Lacédémone, là où Ménélas et Hélène ont été inhumés, plus connue sous son nom de Sparte. A côté des ruines de Sparte se trouvent les ruines de la cité des philosophes byzantins, Mistra, dont ne subsistent plus que quelques monastères. Alors qu’Athènes nous a laissé des ruines imposantes, il ne reste plus grand chose de l’ancienne Sparte, si ce n’est la poésie de Tyrtée.

Le peuple laconien a su résister et vaincre les troupes perses de Darius, côté à côte avec le peuple attique, et du temps d’Alexandre est resté le seul peuple indépendant d’Hellade. Lorsque les Romains prirent des siècles après la Grèce aux Macédoniens, Sparte, jugée comme une sorte de Rome plus ancienne, fut protégée par le pouvoir impérial. Ses traditions furent préservées et il n’est pas étonnant que de toutes les provinces de l’empire romain, ce soit elle qui ait le plus longtemps résisté à la christianisation. En effet il faudra attendre la fin du Xème siècle pour que Nikôn l’Arménien, accompagné de troupes byzantines, convertisse de force la Laconie à la nouvelle religion, non sans mal puisqu’il lui faudra plus de trente ans pour y parvenir, de 950 à 988 après J.C.

Par la suite, sept ans après la chute de Constantinople, en 1460, le despote de Morée, autre nom du Péloponnèse, Dimitrios Paleoloyos, doit baisser les bras devant les troupes turco-musulmanes de Mehmed II. Mistra, cité qui a abrité le grand philosophe néo-païen Gémiste Pléthon, celui-là même qui voulait revenir à la conception spartiate de la société pour vaincre l’ennemi ottoman menaçant, tombe. La Grèce est soumise. Elle demeurera aux mains de la Sublime Porte pendant près de trois siècles.

petrobey,mavromichalis,thomas ferrier,psune,grèce,1830,missologghiIl n’est dès lors pas étonnant que le cri de la liberté provienne de cette contrée réputée pour le courage de ses combattants. C’est le 17 mars 1821, ce mois consacré au dieu romain de la guerre, que le « bey » du Péloponnèse, le grec Petros Mavromichalis (1765-1848), décide de lever bien haut le drapeau de la révolte. Il le fait au cœur de sa petite ville de Laconie, Areopoli, un nom prédestiné puisque cette « cité d’Arès » honore par son nom le dieu grec de la guerre, Aris. Et le drapeau qu’il lève n’est pas innocent. Il est blanc avec une croix bleue en son sein, ce qui nous rappelle le drapeau de la Grèce contemporaine. Et sur ce drapeau, deux inscriptions en caractère hellénique rayonnent. La première est niki i thanatos, « la victoire ou la mort », et la seconde est tan i epi tas, « reviens avec ton bouclier ou sur lui », célèbre devise de l’antique Sparte. C’est ainsi que la Grèce courageuse leva l’épée face à l’empire ottoman. Le courage des combattants hellènes à Missolonghi, galvanisés par Lord Byron, et le sort tragique qui fut le leur, amena l’Europe occidentale à intervenir et à forcer les Ottomans à accorder à la Grèce son indépendance. Il faudra neuf ans de combat, neuf ans de souffrance, pour qu’Athènes et Sparte soient à nouveau libres.

Petros Mavromichalis était un véritable héros européen qui jamais ne renonça à la liberté de sa patrie. Il mourut le 6 août 1848 à Athènes, après avoir connu une brillante carrière politique. Il avait choisi de ne jamais se coucher devant l’ennemi, fut-il en surnombre, et avait cru à l’impossible. Et l’impossible se réalisa. Ceux qui jettent leur bouclier à terre, ceux qui renoncent au combat, ceux qui « prennent acte » c'est-à-dire subissent le réel au lieu de le dominer, ceux-là sont indignes de se dire européens. Mavromichalis, tout comme Mazzini, Garibaldi ou Blanqui, nous montre la voie. Il n’y a aucune récompense au renoncement. Nous ne renoncerons donc jamais.

Thomas Ferrier

Mise à jour: alors que la Grèce subit un diktat économique terrible du fait de la mondialisation économique et de l'incapacité de l'Europe à s'unir et à opposer un front commun aux spéculateurs, l'exemple de Petros Mavromichalis face à un empire oppresseur, celui des Ottomans, rappelle à quel point il ne faut rien céder face à l'ennemi mais bien au contraire lui prendre tout. Le combat grec pour l'indépendance fut d'ailleurs aussi un combat européen, l'engagement à Missologghi de Lord Byron notamment, qui a été au bout de ses idées, et qui est mort au nom de la Grèce authentique, nous le rappelant. Le combat des travailleurs grecs et de la jeunesse courroucée est aussi le nôtre. Mais il ne pourra s'exprimer que dans le cadre d'une action européiste résolue, intransigeante tant vis à vis des gouvernants en place que des institutions "internationales" et lucide sur ce qui ronge l'Europe de l'intérieur. 

12/08/2011

Interview de Thomas Ferrier par Jean Robin


Quart d'heure de célébrité de Thomas Ferrier par enquete-debat

Conformément à son combat pour la liberté d'expression, et afin de permettre le plus large débat, Jean Robin m'a invité pour présenter dans son émission "Le Quart d'heure de célébrité" le PSUNE et le combat européiste qui est le notre.

Bonne écoute !

TF

07/08/2011

La Turquie et l’Union Européenne : état des lieux en août 2011

bandeaubillets2ferrier2.png

erdogan-1.jpgAprès le troisième succès électoral de l’AKP turc de Recep Erdogan, réunissant près de 50% des voix aux élections législatives, qu’en est-il de la question de l’adhésion turque à l’Union Européenne, principale revendication du parti lorsqu’il s’est imposé la première fois ?

Nous, euro-socialistes, avons toujours considéré que le pro-européisme d’Erdogan n’était qu’une façade pour dissimuler un calendrier islamiste de moins en moins caché d’ailleurs, et une stratégie pour affaiblir le principal contre-pouvoir turc, et défenseur de l’héritage kémaliste, l’armée. Bien sûr, dans un état démocratique digne de ce nom, il n’est pas normal que l’armée puisse déterminer la politique de la nation, et bien évidemment qu’elle intervienne pour démettre un gouvernement qui lui déplairait. Mais la démocratie est un combat de tous les jours, résulte toujours d’une démopédie efficiente, et ne se décrète pas. Rome ne s’est pas faite en un jour.

Lorsque Mustafa Kemal fonda l’état turc moderne, il savait que le pays n’était pas encore prêt pour la démocratie, de même que le maréchal Pilsudski en Pologne avait été contraint de tenir le pays avec une certaine poigne à une époque où certains autoritarismes populaires voulaient s’imposer. Il avait analysé le principal obstacle à sa politique d’européanisation, qui restait néanmoins nationaliste, à savoir l’islamisme. Il avait cependant été contraint de tempérer son hostilité à l’islam par réalisme politique, dans un pays très majoritairement musulman et qui liait son identité nationale à cette religion. Pour Kemal, islam et démocratie étaient incompatibles, et la démocratie ne résulterait que de la victoire des idées nationales en version européanisées sur cette tradition qui lui paraissait étrangère.

Ainsi Kemal Atatürk voulut-il enraciner la tradition nationale turque dans le passé anatolien pré-islamique, fondant sa capitale sur les ruines de l’antique Ancyre (devenue Ankara) au cœur de la Cappadoce, et pas très loin d’Hattusa, l’ancienne capitale de l’empire hittite, en même temps que dans la turcité centre-asiatique et païenne, valorisée aujourd’hui encore par une partie du MHP, le parti nationaliste des « loups gris » (Bozkurtlar). Cette révolution morale, que Reza Shah tentera d’imiter en Iran et plus tard Zaher Shah en Afghanistan, impliquait de longues années de travail politique pour qu’enfin la démocratie émerge. Vouloir hâter la démocratie alors que le peuple n’est pas encore prêt, en revanche, c’est au final amener une nouvelle autocratie au pouvoir. En Iran, il y a eu Khomeiny. En Turquie, il y a Erdogan.

Lire la suite

Jules César, né sous le signe de Mars

Mars.jpgCaius Iulius Caesar, membre de la maison des Iulii, descendait selon la tradition romaine d’Iulus, ou Ascagne, fils d’Enée et surtout petit-fils de la déesse Venus elle-même. Ce lignage mythique, que même ses adversaires lui reconnaissaient, n’était pas pour rien dans l’engouement qu’il avait su susciter au sein du peuple. Alexandre lui-même n’avait-il pas laissé la rumeur publique le prétendre fils de Zeus, ce dernier ayant pris les traits d’une couleuvre pour s’unir à sa mère. Il était donc naturel que César rende hommage à cette déesse, qu’il lui construise un temple en tant que Genetrix, « génitrice » de la gens Iuliorum. Mais la piété personnelle de César était-elle entièrement dévouée à la déesse de l’amour, alors qu’il devait sa célébrité à son sens aigu de la stratégie militaire ? On peut certes admettre le caractère vénérien du grand homme lors de sa célèbre romance avec la reine gréco-macédonienne d’Egypte, Cléopâtre.

Mais César n’était pas seulement un membre des Iulii, car il descendait également de manière matrilinéaire du quatrième roi latin de Rome, Ancus Marcius, dont le nom originel «*Mart-cius » contenait le théonyme du dieu de la guerre en personne, Mars, ainsi que l’indique l’historien Robert Etienne. Ainsi César ne descendait-il pas seulement de Venus mais aussi de Mars qui, à Rome du moins, comme dans la tradition grecque mais pas dans sa mythologie, est son époux et non son amant. César ne fut pas le seul à revendiquer cette double origine, puisque son oncle L. Iulius Caesar, plusieurs décennies auparavant, avait fait émettre des monnaies à l’effigie aussi bien de ce dieu que de son épouse en tant que genetrix.

C’est à la veille de la bataille de Pharsale face aux troupes républicaines de Pompée que César va évoquer un autre protecteur officiel que la seule déesse Venus. Selon Appien, «procédant à des sacrifices au milieu de la nuit, il (César) invoqua Arès et son aïeule Aphrodite ». Déjà, lorsque César franchit le Rubicon, lors de la fuite de Pompée et de ses partisans hors de Rome, Dion Cassius évoque deux signes divins spécifiques, la foudre s’abattant sur un casque de Mars au Capitole et la présence massive de loups en ville. Or, bien avant que Jupiter, sous l’influence du grec Zeus, apparaisse comme le dieu de la foudre, le Mars romain, conforme en cela à son ancêtre indo-européen *Maworts, n’était pas seulement dieu de la guerre mais aussi dieu de l’orage. En outre, le loup est l’animal emblématique de Mars chez les peuples latins, les guerriers étant comparés à des loups en raison du caractère belliqueux de ces derniers. Ainsi, les légionnaires de César qui s’apprêtent à pénétrer dans Rome sont-ils assimilés aux loups de Mars, et le conquérant au dieu guerrier en personne.

A peine César à Rome, suite à des rébellions hostiles, il décide de pratiquer un rite particulièrement sauvage, puisqu’il voue à la mort trois contestataires, sacrifiés par le flamine de Mars lui-même au dieu. Ce rite étrange, dans une société romaine qui condamne le sacrifice humain et le reproche aux Celtes, s’apparente certes davantage à une exécution publique à laquelle on fait assister la divinité.

La présence de Mars réapparaît à la fin de la vie du dictateur. N’oublions pas qu’il meure assassiné lors des Ides de Mars, ce qui n’est pas un hasard. En effet, Brutus se revendique du patronage de son ancêtre, Brutus l’Ancien, qui avait établi la république et chassé les rois étrusques au nom du dieu Mars, à qui il avait voué le poignard dont Lucrèce souillée s’était servie pour mettre fin à ses jours. Or, la tradition historique rapporte l’existence de plusieurs signes prémonitoires, des avertissements envoyés par les dieux pour mettre en garde le conquérant. Ainsi, Dion Cassius évoque le fait que les lances du dieu Mars au sein de la Regia se sont animés la nuit précédente, occasionnant un bruit retentissant. Or César, par hybris, choisit de négliger les signes envoyés, considérant que lui, César, ne risque rien. L’erreur se soldera par une vingtaine de coups de poignard sénatorial déchirant sa tunique et mettant fin à sa vie.

Ce lien sacré entre César et Mars apparaît aussi dans l’évocation par Suétone d’un projet de construction d’un temple immense dédié au dieu Mars à Rome, au cœur même de la cité. En effet, César avait comme ambition de réussir là où Crassus avait échoué, à savoir mettre fin aux menaces parthes sur la partie orientale de l’empire. Ce qu’Auguste obtiendra par la paix, lui voulait l’obtenir par la guerre, espérant en triomphant des Iraniens dépasser Alexandre, le héros modèle de sa jeunesse. Il avait donc besoin de l’aide maximale de son protecteur attitré, Mars. Mais c’est pour avoir négligé ses avertissements qu’il perdra la vie un jour consacré à son divin protecteur. Car Brutus se prévalait lui aussi de Mars, mais le dieu le punira pour son geste, en se mettant du côté d’Octavien et d’Antoine lors de la bataille de Philippes en Macédoine. Octavien l’honorera comme Mars Ultor, le vengeur de César assassiné. Répétant la geste de son père adoptif, il mettra à mort les sénateurs responsables du césaricide en l’honneur du dieu guerrier.

Avant la bataille, Ovide rapporte qu’Octavien s’adressa en personne au dieu Mars lors d’une prière publique devant son armée. « Si c’est mon père, si c’est le prêtre de Vesta qui m’appelle au combat, et si je me prépare à venger ces deux divinités, Mars, viens à mon aide et rassasie mon épée d’un sang criminel ; que ta faveur aille à la meilleure cause ! ». Le dieu guerrier répondit à son appel.

Thomas Ferrier

17:00 Publié dans Analyses, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jules césar, mars, thomas ferrier | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

5 août 2011: mort d'Andrzej Lepper, fondateur de Samoobrona

bandeauedito3.png

Andrzej_Lepper_ministrem_1229694_400x400-large.jpgUne figure historique du populisme de gauche en Pologne s’est éteinte ce 5 août 2011. Andrzej Lepper, fondateur et dirigeant du mouvement Samoobrona Rzeczposolitej Polskiej (« Auto-défense de la République de Pologne »), s’est éteint à l’âge de 57 ans, laissant femme et enfants. Selon les premiers éléments de l’enquête de police, il se serait suicidé. Ainsi se clôt une aventure politique de près de vingt ans pour un parti politique qui a vraiment émergé en 2001 pour s’effondrer en 2007. Lepper était un ancien membre du parti communiste polonais (PZPR, POUP en français) à la fin des années 70. C’est en 1992 qu’il entreprend de mettre en place un nouveau parti politique destiné à défendre les intérêts des paysans polonais.

Samoobrona se présente pour la première fois aux élections législatives en 1993, atteignant le score de 2.78% des voix. Son dirigeant est ensuite candidat deux ans après aux élections présidentielles mais ne réalise qu’un score médiocre de 1.32% des voix. En 1997, le parti ne réalise que 0.08% des voix aux législatives, un résultat dérisoire, et encore bien inférieur aux résultats des années précédentes. Tout indique que Samoobrona va disparaître, jusqu’à ce que Lepper trouve la juste mélodie pour séduire un électorat populaire polonais. C’est par l’action révolutionnaire, le blocage des routes principales du pays, qu’il réussit à se faire vraiment connaître du plus grand nombre. Avec 3.05% des voix aux présidentielles de 2000, Lepper ne réussit pas à transformer cette nouvelle audience en vote. Pourtant, un an après, Samoobrona devient un des principaux partis politiques du pays, faisant entrer à la Sejm (le parlement) une cinquantaine de députés. Avec 10.5% des voix en 2001, Samoobrona devient un acteur clé de la vie politique nationale, apportant son soutien aussi bien à l’opposition de droite qu’à la majorité sociale-démocrate, dont elle assure le maintien au pouvoir.

Inclassable, ce mouvement populiste de défense de la paysannerie, que l’on peut classer à gauche en raison d’un positionnement social très avancé, proposant une forme de troisième voie entre le socialisme et le capitalisme, rappelle par certains aspects le mouvement russe Rodina de Dmitri Rogozine, qui avait connu un succès analogue et un score à plus de 10%.

En 2004, aux élections européennes, Samoobrona confirme son ascension, avec 10,8% des voix et six députés. Certains d’entre eux siègeront dans le groupe « Union pour l’Europe des nations », aux côtés de souverainistes comme Nicolas Dupont-Aignan ou le parti suédois Juni List. D’autres en revanche feront partie du groupe socialiste européen (PSE). Samoobrona n’est pourtant pas un mouvement souverainiste, et se définit comme euroréaliste. Ainsi, lors du référendum national polonais sur l’adhésion à l’Union Européenne, Lepper donne comme consigne aux électeurs se reconnaissant dans son action de voter librement. La majorité des électeurs du SRP apporteront ainsi leur soutien au processus d’intégration européenne.

Populiste, Samoobrona n’est en revanche guère nationaliste et fort peu europhobe. Toutefois, après son nouveau succès aux élections parlementaires puis présidentielles de 2005, recueillant respectivement 11.4% pour le parti et 15% pour le candidat Lepper, Samoobrona souhaite enfin accéder à des fonctions politiques afin d’appliquer son programme. Alors que le parti avait su rester neutre durant les années précédentes, il choisit de rejoindre la coalition de droite conservatrice menée par Jaroslaw Kaczynski et par la Ligue des Familles Polonaises, représentante d’une droite ultra-conservatrice et catholique intégriste.

Or, l’électorat populaire de Samoobrona est composite, et assez éloigné de la droite, de même que la plupart de ses membres, Lepper et le porte-parole du parti Piskorski en tête. En s’associant à un gouvernement eurosceptique, libéral en matière d’économie, atlantiste et russophobe, Samoobrona déçoit considérablement ses électeurs, ceux-ci retournant pour une bonne partie à gauche. Lepper sera d’ailleurs le seul membre important du gouvernement à soutenir un rapprochement diplomatique avec la Russie et les autres pays slaves. Il est tout de même difficile de défendre ses convictions tout en soutenant une coalition gouvernementale qui en bafoue les principes même.

En 2007, les législatives qui amèneront la droite libérale au pouvoir aboutissent à un véritable effondrement de Samoobrona, au même titre que la LPR cléricale d’ailleurs, avec 1.53% des voix, résultat confirmé aux européennes avec 1.46%. Dans le même temps, Lepper est désavoué par une bonne partie de la classe politique et de l’opinion publique à la suite d’un scandale sexuel, un acte de harcèlement à l’encontre d’une collaboratrice du parti. En première instance, il est ainsi condamné à 18 mois de prison, mais suite à sa décision de faire appel, le nouveau procès devait avoir lieu cette année.

piskorski.jpgMateusz Piskorski, 34 ans, docteur en sciences politiques, ancien porte-parole de Samoobrona, est l’incarnation même du positionnement authentique du mouvement de Lepper. Piskorski vient de la gauche nationaliste, proche de l’ancienne Union Sociale Nationale, et du mouvement culturel identitaire Niklot. C’est un socialiste patriote, à la fois europhile, russophile et slavophile, s’inscrivant dans l’héritage politique d’Ian Stachniuk, qui était un penseur de la gauche nationale, résistant à la fois aux nazis et aux soviétiques, et promoteur du paganisme slave reconstructiviste, fondant en ce sens le mouvement païen Zadruga, interdit par le régime communiste.

Mateusz Piskorski est demeuré le plus proche conseiller d’Andrzej Lepper jusqu’à sa mort, malgré le fait qu’il ait cessé ses activités politiques, et a aujourd’hui du mal à croire à la thèse retenue par les enquêteurs d’un suicide. Avant sa mort, Lepper avait en effet décidé de réformer en profondeur son mouvement, dans l’optique des élections législatives du mois d’octobre, afin de recréer une dynamique en sa faveur. Dans ce cadre, Lepper souhaitait associer des syndicats de travailleurs à sa structure, unissant ainsi sous une même bannière populaire paysans et ouvriers, retrouvant ainsi les accents de gauche qui étaient les siens à l’origine.

Avec la disparition du fondateur, alors même que Samoobrona a connu deux échecs électoraux particulièrement dévastateurs en 2007, le mouvement aura bien du mal à s’en remettre. Il est probable que, victime déjà d’une scission en 2007, Samoobrona risque de connaître de multiples divisions finissant d’anéantir l’héritage politique de Lepper. Pourtant, il existe toujours une place en Pologne pour un mouvement social, populaire et européen, car la « gauche » sociale-démocrate est en train d’évoluer à l’occidentale, délaissant le combat socialiste au profit de thématiques libertaires et immigrationnistes. Dans ce cadre, il est probable que Mateusz Piskorski pourrait avoir un rôle décisif à jouer.

Thomas Ferrier
Secrétaire général du PSUNE

26/06/2011

Laurent Joffrin : un europhobe aboyant face à une souverainiste

bandeaubillets2 - eisn.png

marine le pen,psune,peter eisner,thomas ferrier,europe,joffrin,france 2,pujadasLaurent Joffrin revient dans son journal, le Nouvel observateur, sur le « débat » qui l’a opposé jeudi soir à Marine Le Pen. Du moins c’est ainsi qu’il présente sa prestation. Car, dans une émission politique, seuls peuvent débattre des candidats entre eux ou des journalistes entre eux. Un journaliste n’a pas à débattre avec un candidat, a fortiori à s’opposer à lui. Il doit seulement permettre aux auditeurs de se faire l’idée la plus précise possible. Cela ne veut pas dire qu’il doive se montrer « onctueux » et « suave », pour reprendre les termes de Laurent Joffrin dans son journal. Faut-il comprendre, comme il le laisse entendre, qu’il sera onctueux et suave avec tous les autres candidats ?

De plus, dans l’émission de jeudi, les deux derniers intervenants devaient faire une synthèse critique des réponses de l’invitée. Ils ne devaient pas soulever de point nouveau, a fortiori sur un mode agressif, inquisitoire.

Ainsi, avant même toute remarque sur le contenu, leur intervention ne respectait ni les principes généraux d’une émission politique, ni les règles fixées par l’animateur pour l’émission en question. Sans doute l’excuse est-elle que, contre le Front national, tout est permis, qu’aucune loyauté n’a de mise. A ce moment-là, pourquoi ce parti n’est-il pas interdit, pourquoi invite-t-on ses représentants à la télévision? Laurent Joffrin a eu bien de la chance que la candidate n’ait pas eu la présence d’esprit de le lui faire remarquer. En même temps, en laissant à la candidate le monopole de la tranquillité et d’une certaine politesse, Laurent Joffrin a servi ses desseins.

Par ailleurs, Laurent Joffrin a fait preuve d’une extraordinaire malhonnêteté. Il a sorti la question des charges sociales, que le programme de la candidate voudrait plus fortes pour les étrangers que pour les nationaux. Passons sur le fait qu’il n’en avait pas été question auparavant. Il a rageusement affirmé que le monde du travail n’accepterait pas cette discrimination. Or il n’y avait aucune discrimination, c’est tout le contraire de « l’apartheid » sur lequel il revient dans son journal : les travailleurs auraient les mêmes salaires, les mêmes charges, les mêmes droits. Seuls les patrons embauchant des étrangers seraient pénalisés. Là encore, il a eu bien de la chance que la candidate n’ait pas mieux su s’expliquer, qu’elle ne l’ait fait qu’à moitié, qu’elle n’ait pas mieux maîtrisé son propre programme.

Laurent Joffrin a aussi fait preuve d’une incroyable cécité. Il a dénoncé l’exagération de la part de responsabilité que la candidate attribue à l’immigration dans la crise, revenant là-dessus dans son journal. Elle a oublié « la crise écologique, la crise industrielle, la crise du commerce extérieur, la crise de l’Euro ». Certes la position de la candidate est manichéenne, mais la sienne l’est tout autant, l’un et l’autre s’abreuvant d’idées reçues. Il a eu la chance que la candidate n’ait pas été plus lucide que lui. Car l’incidence de l’immigration est complexe. Elle laisse une empreinte écologique multiple. De plus elle est inséparable des importations massives, qui déséquilibrent notre balance commerciale, comme des délocalisations, qui détruisent notre industrie. Ici et là, c’est le même mondialisme qui sévit.

Il était plus facile à Laurent Joffrin de critiquer la sortie de l‘Euro. Cela dit, la candidate avait opéré un repli tactique intéressant : la sortie ne s’imposerait pas avec un euro plus faible et ce ne serait qu’une façon de prévenir une situation inéluctable. Bien sûr la candidate n’a pas su exploiter sa nouvelle stratégie. Simplement parce que, par pure idéologie, elle ne veut pas entendre parler d’un Euro qui est le symbole de l’unité européenne. Cependant Laurent Joffrin est sur une ligne mondialiste tout aussi éloignée de l’idée européenne. D’ailleurs c’est « l’économie mondiale » qu’il cherche à sauver. Il ne peut donc pas prendre l’avantage son adversaire, lui non plus. Il est vrai que l’économiste qui l’a précédé n’a pas su interroger la candidate sur ce qu’elle aurait pensé d’une solution vraiment européenne qu’il lui aurait présenté pour résoudre la crise de l’Euro. Pourquoi personne ne mentionne-t-il qu’il y a d’autres solutions que sortir de l’Euro pour redonner de la compétitivité à la France vis-à-vis de son voisin allemand, solutions douloureuses mais bien moins que le laisser-aller ?

Dans le relevé publié dans son journal, la conclusion de Laurent Joffrin est fort intéressante. Il accuse d’abord la candidate d’être « intolérante envers les étrangers ». Parce qu’elle fait une différence entre nationaux et étrangers ? Mais c’est le fondement de la république. Ne votent aux élections nationales que les nationaux, comme cela vaut pour tous les pays. C’est donc Laurent Joffrin qui « piétine les principes républicains », qui ne sont pas les siens. On noterait que la restriction du droit de vote est discriminatoire, probablement en contradiction avec certaines règles intégrées dans la constitution, ce qui fait que la constitution elle-même piétine les principes républicains. Mieux vaudrait ne pas trop agiter ces principes, quand on se veut politiquement correct.

Il accuse aussi la candidate d’être « hostile à tout projet européen ». C’est parfaitement exact. Mais Laurent Joffrin est-il européen lui-même ? Nous avons vu que non. Pourquoi va-t-il chercher, soutenant Caroline Fourest, l’exemple d’Africains ayant combattu contre les Allemands à Monte Cassino, épisode qui ne dit plus rien aux générations actuelles, à l’heure où l’amitié franco-allemande et la construction de l’Europe devraient être son credo. Quand la candidate condamne des interventions extérieures à notre continent, comme celle en Afghanistan, elle est plus européenne que lui, ce qui est un comble. Évidemment, la candidate ne pouvait pas le contrer là-dessus.

Bref, un europhobe mondialiste, comme presque tous les membres de la « caste » politico médiatique, ne pourra jamais que servir la soupe à un souverainiste.

Peter Eisner (PSUNE/LBTF)

20/06/2011

De iure sanguinis. L’authentique conception française de la citoyenneté

bandeaubillets2ferrier2.png

220px-Pericles_Pio-Clementino_Inv269_n2.jpgSamedi soir, dans l’émission de Laurent Ruquier « On n’est pas couché », Nathalie Kocziusko-Morizet, opposée à Eric Zemmour, a affirmé que la tradition française était le « droit du sol » (ius soli). Il n’est pas rare en effet que de manière péremptoire de nombreux politiciens rappellent cette « évidence », par exemple des souverainistes expliquant que le « droit du sang » relève de la conception allemande de la citoyenneté, ou des responsables politiques de gauche comme de droite pour évoquer une prétendue tradition d’ouverture à la française, un universalisme qu’on ne retrouverait pas dans les autres pays européens.

Y a-t-il eu une exception française de la citoyenneté, ce fameux « droit du sol », qui s’est ensuite répandue ces dernières années en Allemagne, en Grèce et demain en Italie si le Parti Démocrate accédait au pouvoir ?

En réalité, ce qui est choquant, et on peut regretter qu’Eric Zemmour n’est pas réagi immédiatement à ce propos, mais il est vrai que le cadre de l’émission ne s’y prêtait guère, le présentateur vedette s’évertuant à limiter le plus possible la parole à son chroniqueur, c’est qu’une responsable politique importante connaisse si peu l’histoire de son pays et se permette d’énoncer des contre-vérités en dogmes.

Le droit du sang (dikaion tou aimatos en grec, Abstammungsprinzip en allemand) remonte à l’antiquité grecque, où il était en vigueur dans la plupart des cités grecques et notamment à Athènes. Alors que sous ses prédécesseurs, des étrangers (bien que grecs) avaient été naturalisés, Périclès en 451 avant J.C prend la décision de proposer au vote des citoyens une loi instaurant de manière exclusive le principe d’accès à la citoyenneté par droit du sang. Ainsi, pour être citoyen athénien, il faudrait être né de père et de mère citoyens, mariés conformément aux lois de la cité. Périclès fit d’ailleurs réviser les listes de citoyens afin de rayer les noms d’étrangers naturalisés notamment sous la tyrannie des Pisistratides. On retrouvera ensuite ce principe aux premiers temps de la république romaine, l’appartenance à chacune des tribus romaines étant héréditaire.

Du temps de la monarchie capétienne, comme dans l’Angleterre voisine, les sujets du royaume l’étaient en fonction de leur lieu de naissance. En clair, « tout sujet né sur les terres d’un seigneur est sujet du dit seigneur ». Le droit du sol était donc à l’origine le droit féodal. Mais, en 1789, éclate la révolution française. Les révolutionnaires, avant le virage patriotique de 1792, espèrent répandre l’esprit de la révolution chez les autres peuples européens, au nom d’une France universelle des droits de l’homme se substituant à l’universalisme chrétien de la « fille aînée de l’église ». En réalité, juristes de droit romain et juristes révolutionnaires/républicains réfléchissent à la mise en place d’une nouvelle définition de la citoyenneté se basant sur le modèle antique.

Le travail commun de ces juristes sera de proposer comme condition d’accès à la citoyenneté le droit du sang patrilinéaire. A une époque où les mariages étaient entre européens, le paterfamilias conférait à son épouse et à ses enfants sa citoyenneté. Pour être français, il fallait donc être de père français. Le consul Napoléon Bonaparte validera cette proposition. L’armée républicaine puis impériale se chargera de répandre la nouvelle règle en Europe, au gré des conquêtes de l’empereur. C’est ainsi que l’Allemagne adoptera le droit du sang, en émule de la France, qu’elle renforcera en 1913, et y restera fidèle jusqu’en 2000, de même que l’Italie, qui l’a conservé jusqu’à aujourd’hui.

Alors d’où vient le nouveau « droit du sol » dont NKM a cru qu’il était consubstantiel à notre pays, contre les faits historiques ? De 1889. A cette époque, la France vaincue il y a dix-neuf ans par la Prusse cherche à rivaliser avec sa voisine tant sur le plan militaire que démographique. De nombreux européens de souche vivent en France, où ils sont parfois nés, mais ne remplissent pas les devoirs réservés aux citoyens. Ceux-ci doivent fournir un service militaire de plusieurs années. En 1889, le législateur prend donc la décision de favoriser la naturalisation des étrangers installés ou nés en France, tous européens, en ajoutant au droit du sang un droit du sol complémentaire. On oublie bien souvent que beaucoup de français, aujourd’hui encore, le sont par le droit du sang, qu’importe leur lieu de naissance. Celui-ci n’a donc pas été aboli mais affaibli par l’ajout de conditions nouvelles d’accès à la citoyenneté. Ainsi, la mesure de 1889 était destinée à gonfler les effectifs de l’armée et à permettre une mobilisation générale plus importante en cas de nouvelle guerre avec l’empire allemand. C’était une décision destinée à gonfler artificiellement le nombre de français, à une époque où l’immigration était exclusivement européenne et ne posait aucun problème.

En conclusion, le ius sanguinis est donc le droit démocratique par excellence, instaurée par le père de la démocratie athénienne, Périclès lui-même, restaurée par la révolution française après quelques années d’ambiguïté et répandue en Europe par le premier consul. Jusqu’en 2010, il était en vigueur de manière exclusive en Grèce, les fondateurs de la nation grecque en 1830 n’ayant pas oublié l’Athènes du Vème siècle. Dans les années 80, l’ancêtre de l’UMP, le RPR de Jacques Chirac et Charles Pasqua, prônait son rétablissement. Car à notre époque c’est bel et bien la « gauche » qui sabote ce principe démocratique en favorisant la règle oligarchique du ius soli. Schröder en 2000, Prodi en 2005 et Papandreou en 2010 ont ainsi cherché à mettre fin au règne sans partage du ius sanguinis. Seul Prodi a échoué, étant chassé du pouvoir par un retour fracassant de Berlusconi. Mais le Parti Démocrate italien, alors que le cavaliere a été battu aux dernières élections locales et lors de quatre referenda, s’il devait arriver au pouvoir après 2013, reprendrait certainement cette réforme, ce qui serait suicidaire, alors que l’Italie subit actuellement des flux migratoires massifs en provenance d’Afrique.

Thomas Ferrier
Secrétaire général du PSUNE

13/06/2011

Nouvelle victoire de l’AKP !

bandeauedito3.png

AKP_Logo.pngA l’issue du scrutin législatif de dimanche, le parti du président Abdullah Gül et du premier ministre Recep Erdogan a été reconduit aux affaires pour la deuxième fois consécutive, après une première victoire au forceps en 2002, face à des partis gouvernementaux accusés de corruption et d’incapacité à gérer les conséquences d’un tremblement de terre meurtrier, en l’occurrence une alliance entre une gauche nationale (DSP) et une droite nationale (MHP). En 2002, l’AKP, issu du parti islamiste Fazilet, lui-même scission du Refah d’Erbackan, avec 34.3% des voix, atteignait les plus hautes instances de l’Etat turc. Menacé d’interdiction et de dissolution par l’armée et la cour constitutionnelle, l’AKP confirma en 2007 sa légitimité populaire en obtenant 46.7% des voix, désavouant ainsi la réaction kémaliste, le CHP n’obtenant que 20.85% des voix, amenant son président à démissionner.

Les manœuvres de l’AKP pour rester aux affaires, et pour mettre une sourdine aux accusations, selon moi fondées, d’agenda islamiste caché, conforme à la stratégie de la taqija, ont été de différents ordres, relayés par une société de pensée islamiste, le Fethullah Gülen, sorte de franc-maçonnerie musulmane.

La première méthode a été de mettre en avant le complot Ergenekon, un rassemblement de kémalistes et de nationalistes décidé à faire tomber l’AKP. Ergenekon désigne la terre mythologique d’origine du peuple turc, là où il a fait la rencontre de la louve grise Asana, qui le conduisit en Anatolie. Par le biais de la justice, de nombreux journalistes et militaires de l’opposition ont été neutralisés et condamnés, au mépris visiblement des règles juridiques en vigueur dans les pays européens. Désormais, les velléités d’action de l’armée contre le gouvernement de l’AKP sont brisées.

La seconde méthode a été de se servir du processus d’adhésion à l’Union Européenne pour faire passer des réformes qui, au nom d’un alignement sur les conventions européennes, servaient l’intérêt du parti, toujours dans l’optique d’affaiblir les résistances kémalistes.

La troisième méthode pourrait avoir été de déconsidérer les dirigeants des partis d’opposition. En effet, peu de temps avant le scrutin, des vidéos à caractère pornographique mettant en scène plusieurs dirigeants du parti nationaliste MHP ont été révélées, amenant ces responsables à démissionner. Or, on sait qu’Erdogan espérait que le MHP n’atteigne pas 10% des suffrages, son élimination de toute représentation au parlement permettant à l’AKP de disposer du nombre de députés nécessaires pour changer la constitution.

L’AKP n’a pas complètement réussi son pari, puisque avec 326 députés sur 550, il échoue à obtenir les 2/3 des députés, et qu’avec 49.8% des voix, il rate de peu la majorité absolue. Il progresse néanmoins de plus de trois points en quatre ans, ce qui témoigne de la popularité du premier ministre et atteste aussi de la réislamisation de la société turque. Les républicains du CHP avec 25.9% des voix progressent de près de cinq points, ce qui est malgré tout un succès pour son nouveau président, qui avait mis le combat laïc en sourdine tout en accentuant son caractère socialiste.

Les nationalistes du MHP, héritiers d’Alparslan Türkes, survivent au scandale et en obtenant 13% des voix, et 53 députés, conservent presque intact leur capital électoral. Alors qu’en 1999 ils avaient atteint leur plus haut score, avec 18% des voix, mais qu’en 2002 ils avaient éliminé du parlement, ils avaient retrouvé un niveau convenable en 2007 avec 14.29% des voix. Leur légère régression s’explique par la candidature de plusieurs mouvements nationalistes dissidents, comme le MMP (« mouvement nationaliste et conservateur ») et ses 0,09% ou le MP (« parti national ») et ses 0,14%, mais surtout comme le parti national-islamiste BBP (0,73%), absent des élections en 2007. Les manœuvres dont le MHP a été victime ont donc pour l’essentiel échoué.

Si le rassemblement d’indépendants en faveur des populations kurdes, avec 6.64% et 36 députés, a bien résisté et s’est même conforté, il pourrait surtout être décisif si Erdogan, au prix de quelques concessions, avait besoin de députés supplémentaires pour faire passer ses réformes.

Les autres partis politiques, et notamment démocratiques et/ou socialistes, sont balayés. Le mode de scrutin proportionnel, alors qu’il favorise normalement les petits partis, neutralisé par cette barre fatidique des 10%, engendre en Turquie un phénomène de vote utile. Le CHP et le MHP en ont notamment bénéficié afin de mettre en place au parlement une opposition réelle à l’AKP. Les mouvements de type conservateur et/ou islamiste sont également fragilisés, en raison d’un vote utile en faveur du parti gouvernemental. Le Saadet Partisi n’obtient que 1,24% des voix, l’ « HEPAR » 0,28%. Le DSP, parti important avant 2002, tombe à 0,25% et est donc totalement marginalisé, tout comme l’extrême-gauche, réduite 0,21% des voix, les démocrates (DP) à 0,65% ou les libéraux du LDP (0,04%).

Cette victoire de l’AKP d’Erdogan n’est pas une bonne nouvelle pour les vrais européistes, naturellement opposés au processus d’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne, même si ce dernier est actuellement au point mort. Il suffirait que le PS gagne en France et la SPD en Allemagne pour que les résistances en place disparaissent et que le processus mortifère reprenne. Dans tous les cas, Erdogan a réussi à se servir du dit processus pour renforcer son pouvoir sur la Turquie. De fait, les accusations d’autoritarisme qui lui sont reprochées paraissent fondées. Mais il est possible que la question de cette adhésion prenne fin si les manifestations d’autocratie du parti au pouvoir sont trop criantes et mettent fin au processus, et notamment si les atteintes aux droits des citoyens sont attestées de manière indiscutable.

Par sa victoire, l’AKP démontre en tout cas que sa démarche a réussi. Qui aurait pu croire il y a dix ans qu’une telle évolution de la Turquie aurait lieu. Recep Erdogan est d’ailleurs apparu vainqueur, auprès de son épouse et de sa fille voilées, devant les media. Est-ce de cette « Turquie », qui bafoue tous les principes de Kemal Atatürk, dont nous voulons comme membre de l’UE ?

Thomas Ferrier
Secrétaire général du PSUNE

06/06/2011

Des élections portugaises en pleine crise

bandeauedito3.png

La démission du premier ministre Jose Socrates, dirigeant du Parti Socialiste, dans un contexte de crise budgétaire, les agences internationales de notation manifestant un net manque de confiance quant à la situation de l’économie portugaise, annonçait une probable transition en faveur du centre-droit. Dans l’Espagne voisine, le PSOE de Zapatero est également très impopulaire, de même que le PASOK de Papandreou en Grèce bien que, dans ce dernier cas, la droite (Nea Dimokratia) soit également très impopulaire, sa défaite étant encore fraîche. Il n’y a bien qu’en France où la « gauche » est promise, selon les sondages, à un meilleur avenir, avec l’effondrement dans les sondages du président Sarkozy.

Dans un tel contexte, il était intéressant de savoir comment l’électorat portugais allait se comporter et si une montée des courants radicaux, de gauche ou de droite, était prévisible. Il n’en a rien été. Avec 38.63% des voix, le Parti Social Démocrate (de centre-droit, malgré son nom) est le grand vainqueur de ce scrutin, progressant de plus de 9.5 points par rapport à 2009. Il obtiendra très probablement la majorité des sièges (230) en s’associant au parti de droite. Le Parti Socialiste, avec 28.05% des voix, régresse d’environ 8.5 points, ce qui indique que sa chute est tout de même modérée. Avec 11.74% des voix, le CDS/PP (« Parti du peuple »), de droite, progresse légèrement de 1.3% des voix environ et en nombre de sièges (24 en 2011 contre 21 en 2009).

Les communistes du PCP, avec 7.94% des voix et 15 sièges, obtiennent un score honorable, légèrement supérieur à celui de la coalition CDU en 2009 (7.86%), mais ne bénéficient pas d’un rejet du libéralisme par le peuple portugais. Au contraire, le BE quant à lui s’effondre avec 5.19% des voix en 2011 contre 9.81% en 2009 (- 4.8 points).

Les autres mouvements politiques restent extrêmement modestes. Le parti de défense des animaux (PDA) atteint néanmoins 1.03%, alors qu’il n’était pas candidat en 2009. Les monarchistes conservent le même score de 0.27% des voix qu’en 2009, alors que la droite nationaliste du PRM progresse très légèrement avec 0.32% des voix en 2001 contre 0.2% en 2009 (+0.12 points), ce qui constitue néanmoins un échec dans un contexte qu’on aurait pu supposer favorable. Le discours europhobe et nationaliste classique de cette formation ne semble pas correspondre aux attentes des citoyens portugais, malgré une hostilité de plus en plus marquée face au phénomène migratoire.

En nombre de sièges, la droite (PPS/PSD + CDS/PP) obtient 129 sièges (105+24) sur 230 et est donc majoritaire au parlementaire. La gauche n’obtient en revanche qu’un maximum possible de 101 sièges (à l’heure où j’écris cet article, elle n’en dispose que de 97). L’Europe a en son sein un gouvernement de « gauche » en moins. Alors que le libéralisme économique dans le cadre de l’idéologie mondialiste est le principal responsable de la crise que connaît actuellement le Portugal, c’est lui qui est renforcé, conformément sans doute à la croyance populaire selon laquelle il faut soigner le mal par le mal.

En conclusion, l’électorat portugais a été sage à ces élections, qui ne l’ont pas mobilisé en masse. Il échange le centre-gauche pour le centre-droit, comme à l’accoutumé, accorde une confiance mesurée à la droite, qui progresse légèrement. Le Bloc de Gauche en revanche est l’un des perdants de la soirée, son électorat ayant sans doute voté utile en faveur du gouvernement sortant. Les communistes et les nationalistes progressent très faiblement.

Thomas Ferrier
Secrétaire général du PSUNE

05/06/2011

Angela Merkel et le nucléaire: une grave faute politique

bandeaubillets2ferrier2.png

pict_125230.jpgAlors même que le taux d’émission des gaz à effet de serre a augmenté de manière très significative en 2010, et qu’on s’accorde à penser que la menace climatique principale est due au réchauffement planétaire, Angela Merkel a pris la décision d’arrêter les centrales nucléaires dans un délai progressif amenant à un arrêt total en 2022. Pour ce faire, elle ne s’est pas concertée avec les militants de son parti, elle n’a pas posé la question au peuple allemand, et elle n’a pas non plus pris conseil auprès des dirigeants des états voisins qui, de fait, sont impactés par sa décision.

Lorsque Angela Merkel donne des leçons au peuple grec, et ce même s’il y a des raisons objectives de reprocher aux gouvernements grecs successifs des politiques laxistes en matière budgétaire, elle trouve cela parfaitement normal. Il est donc parfaitement normal en retour de contester à Mme Merkel ce choix politique, qui a un coût a minima de 45 milliards d’euros, et une conséquence climatique, l’émission de 25 millions de tonnes de dioxyde de carbone (CO2) supplémentaires. Il faudra m’expliquer en quoi augmenter le coût de l’énergie pour chaque allemand, augmenter l’émission de gaz à effets de serre, remplacer le nucléaire par le charbon et par de très inesthétiques et inefficaces éoliennes, est écologique.

Pour plaire aux militants pseudo-écologistes des Grünen, alors qu’un véritable écologiste comme James Lovelock sait que l’énergie nucléaire est le seul remède crédible au réchauffement planétaire, qui ont reconverti l’idéologie gauchiste sous des traits en apparence moins extrémistes, et dont l’hostilité au nucléaire, même civil, s’explique par un « pacifisme » tordu complètement hors de propos, Angela Merkel, en berne dans les sondages, leur cède. Cette idée de mettre en application les idées de ses adversaires, ce qui est aussi une spécialité de la droite française, démontre le manque de pertinence du clivage gauche/droite dans le contexte d’un mondialisme qui dicte aux états et aux gouvernements la politique qu’ils doivent mener.

Alors même que Merkel s’attire les foudres de la base de son parti, cédant aux sirènes du néo-gauchisme « vert » et à l’idéologie compassionnelle qui fait réagir de manière primaire et irresponsable, sous l’émotion, les dirigeants, suite au drame de Fukushima, les Grünen eux-mêmes ne sont pas d’accord avec elle et admettent l’idée que ce programme d’abandon du nucléaire n’est pas assez progressif. En somme, elle a tout fait pour plaire aux Verts mais même eux ne lui en tiennent pas gré.

Un sondage IFOP de ce jour prétend par ailleurs que 77% des français seraient favorables à un abandon immédiat ou progressif de l’énergie nucléaire, alors même qu’il n’y a aucune alternative crédible à son usage, comme je l’ai démontré dans un article précédent. Ce genre de sondage n’a aucun sens, dans un contexte émotionnel artificiellement entretenu par les « écologistes » français. Si on avait posé aux français une autre question, à savoir d’accepter des hausses considérables du coût de l’énergie dues à l’abandon du nucléaire, la réponse aurait-elle été la même ?

A partir du moment où personne n’explique aux européens les conséquences réelles de l’abandon du nucléaire, à savoir un retour aux centrales les plus polluantes possibles (au charbon), l’usage coûteux de solutions alternatives « écologiques » inefficaces (éoliennes, panneaux solaires) et « paradoxalement » polluantes, et une hausse majeure du coût de l’énergie, ceux-ci réagissent comme les citoyens désinformés qu’ils sont. Bien évidemment, la présidente d’Areva réagit de manière intelligente à la décision de Merkel mais du fait de ses fonctions, elle n’est pas crédible en ce domaine, car trop intéressée par l’avenir de cette filière. Sa défense du nucléaire ne peut donc que tomber à plat.

C’est aux dirigeants politiques responsables, conscients des enjeux et ne se laissant pas berner par une propagande pseudo-écologiste particulièrement malhonnête, de prendre leurs responsabilités, au lieu de céder à des lubies idéologiques contre-productives ou hétérotéliques.

Thomas Ferrier
Secrétaire général du PSUNE

22/05/2011

De Gaulle contre les souverainistes

bandeaubillets2ferrier2.png

De-Gaulle-et-l-Europe-int%C3%A9gr%C3%A9e.jpgAu sein de l’histoire politique française du XXème siècle, la figure du général De Gaulle conserve une place à part, presque unaniment honorée par toute la classe politique nationale, désormais rejointe par l’extrême-droite, à l’exception peut-être de l’extrême-gauche. Toutefois, ceux qui s’en revendiquent explicitement, s’attribuant le terme de « gaullistes », divergent profondément des options politiques et philosophiques assumées ou défendues dans l’intimité par le général. Dupont-Aignan, à l’instar de Pasqua auparavant, ou encore du souverainiste Couteaux, voit dans De Gaulle une figure souverainiste, presque nationaliste, refusant toute idée d’une Europe unie au-delà d’une très vague « Europe des nations » basée sur une libre coopération. Certains autres au nom de De Gaulle proclament une certaine forme de germanophobie. Chirac ou Villepin se sont également revendiqués du grand homme, sans que cela n’apparaisse spécialement dans leur programme.

Or il apparaît que De Gaulle était un personnage beaucoup plus complexe, et controversé, que ses défenseurs officiels ne veulent bien le croire. Certains s’insurgent contre la revendication, récente, de Marine Le Pen d’être dans la continuité idéologique de De Gaulle. Ils ont raison de s’en insurger mais cette dernière se revendique du même faux « De Gaulle » que celui de ses adversaires de l’UMP. Alors, quel était donc le vrai De Gaulle, selon moi, et qui en est au final l’héritier légitime, s’il en est un.

De Gaulle est d’abord l’homme du 18 juin 1940, celui qui a dit non à la résignation face à la défaite et à l’occupation du territoire national par l’armée allemande. Son geste repose sur un pari selon lequel l’Allemagne ne pourra pas gagner la guerre et qu’il faut offrir à la France la meilleure place au sein de l’Europe future libérée par les alliés. Ce pari est dans l’autre camp le même qu’un Laval qui croit à la victoire de l’Allemagne et cherche de son côté à assurer à la France un sort meilleur. De Gaulle reconnaît explicitement cette parenté inversée, en affirmant dans ses Mémoires de guerre, « si j’ai eu tort, c’est que Laval et Déat ont eu raison ». En fait, c’est la position mi-figue mi-raison d’un Pétain qui insupporte profondément Charles De Gaulle, la position de celui qui ne choisit pas son camp, qui ménage l’occupant sans se rallier à lui, qui ménage aussi l’opposition à ce même occupant mais là encore sans s’y rallier. L’attitude d’un Mitterrand, qui fut son adversaire politique en 1965, était sensiblement la même que celle de Pétain, à savoir un ralliement à l’Etat français, dont il reçut la francisque, puis une évolution progressive vers la résistance.

De Gaulle, premier résistant. De Gaulle, qui réussit à épargner à la France l’AMGOT, une occupation gouvernementale américaine du territoire national, et à permettre à son pays de faire partie des vainqueurs de 1945, au grand étonnement des autorités allemandes présentes pour signer la capitulation. De Gaulle, qui a simplement fait un pari à partir de sa culture stratégique et géopolitique, un pari gagnant. Mais De Gaulle a toujours respecté son ennemi, et c’est tout à son honneur, et n’a jamais cédé aux ficelles grossières de la diabolisation. En Russie, il s’exclame ainsi « quel grand peuple ! ». Ses hôtes russes s’imaginent qu’il parle de leur peuple, alors qu’il évoque les allemands, dont il admire la volonté militaire qui les a amenés au cœur de la Russie d’Europe. Dans ses Mémoires de guerre, il évoque le défunt chancelier comme un « sombre Titan », usant même de l’expression de Nietzsche à propos de Napoléon, « mélange de l’inhumain et du surhumain ». Ce n’est pas une apologie, mais c’est encore moins une opprobre. Il évoque aussi la réconciliation franco-allemande, une nécessité évidente à ses yeux, même lorsqu’elle est prônée par un certain Heinrich H. dans un courrier que ce dernier lui fait parvenir.

Lire la suite

10/05/2011

Romulus, conditor urbis Romae

rel-C5.png

romulus114.jpgDe souche italique, bien que la tradition ultérieure en ait fait un rejeton lointain d’Iule, le fils du héros troyen Enée, le fondateur de Rome en 751 avant J.C associe en lui l’histoire mythifié du premier roi des Romains avec la tradition mythologique indo-européenne, et italique, dont il est l’héritier.

La tradition romaine présente Romulus et Rémus comme deux jumeaux divins, nés des amours du dieu Mars avec une princesse vestale du nom de Silvia, recueillis par des animaux, une louve dont les nouveaux nés purent boire le lait et un pivert qui leur amena de quoi manger, puis par un berger et son épouse. Lorsque la volonté divine souhaitera départager les deux frères, après qu’ils aient su qui ils étaient en vérité et qu’ils aient décidé de fonder une nouvelle cité, Romulus mit son frère à mort, à l’issue d’un combat entre eux deux et alors que les signaux envoyés par Jupiter étaient d’interprétation mal aisée, Romulus ayant vu douze vautours alors que Rémus n’en avait vus que six mais avant que son frère ne voit les oiseaux qui lui étaient dédiés. Incapables de décider entre le nombre et l’antériorité, par le biais d’un duel, Romulus se montra supérieur à son frère. La tradition indo-européenne présente d’ailleurs les deux jumeaux comme inégaux, l’un étant mortel et l’autre immortel (Castor et Polydeucès par exemple).

Fondateur d’une cité sur le sang de son frère, Romulus s’associe un peuple de bergers et de maraudeurs de souche latine qu’il place sous le patronage de son propre géniteur, le dieu guerrier. Mars était d’ailleurs d’une manière générale le patron des nouvelles cités et tribus italiques, toutes fondées par le biais d’un rite ancestral, le ver sacrum ou « printemps sacré », consistant en l’expulsion d’une partie de la jeune génération, guidée vers un nouvel emplacement par le dieu Mars sous les traits d’un animal spécifique (loup pour les Hyrcaniens, ours pour les Ursins, cheval pour les Eques, pivert pour les Picéniens… etc).

Cité d’hommes, Rome doit se doter de citoyennes et les premiers romains prirent femmes en s’emparant des filles sabines, retirées de force à leurs familles. A l’issue d’un conflit qui rappelle celui des Ases et des Vanes dans la mythologie germanique, Sabins et Romains ne font désormais plus qu’un, une fois que les mariages forcés ont été validés par les jeunes épouses et purifiés par la déesse Venus Cloacina, et ce malgré la trahison de l’une d’entre elles, Tarpeia, mal récompensée par les dieux pour avoir voulu offrir Rome à son ancien peuple.

Le règne guerrier de Romulus, fidèle en cela à l’esprit de son père, est davantage l’expression de la vengeance du fils abandonné sur sa famille latine qui l’a rejeté et qui a causé la mort de sa mère. A l’issue d’une vie bien remplie, les mythes varient sur le sort donné au héros. A-t’il été assassiné par les premiers sénateurs, ennemis de tout pouvoir personnel, selon cette haine des rois qui a été une des caractéristiques du peuple romain jusqu’à ce qu’il tombe en soumission devant les « nouveaux rois » qu’étaient les empereurs tyranniques qui succédèrent à Auguste ? Ou bien a-t’il été emporté dans un orage et est-il monté au ciel ? Cette seconde tradition paraît davantage conforme au mythe originel et peut s’interpréter de deux manières. Une première lecture est de voir dans cette disparition l’enlèvement du héros par son père Mars, ainsi introduit par les immortels, un Mars orageux qui ressemblerait davantage à ce que son prototype ancestral avait pu être à l’époque indo-européenne. Une seconde serait de voir dans l’orage lui-même l’expression du pouvoir de Romulus lui-même.

En effet, une fois disparu du monde des vivants, Romulus est divinisé sous le nom de Quirinus, qu’on interprète généralement comme Couirinus, « rassembleur des hommes ». Mais une étude récente laisse à penser que Quirinus serait la variante latine du terme indo-européen de *perkwunos, « frappeur », épiclèse du dieu de l’orage. Quirinus est ainsi présenté par Florus comme un Mars tranquille (Mars Tranquillis), donc comme la variante du dieu guerrier sous une forme plus douce. On peut voir ainsi en un Mars Quirinus le dieu dans son rôle de maître de l’orage fécondant la terre (et les champs fertiles), à la différence d’un Mars Gradiuus plus spécifiquement guerrier.

A l’issue du césaricide que les assassins présenteront comme une défense de la république face à un aspirant roi, alors même que César avait donné des gages explicites de sa volonté de ne pas revendiquer un pouvoir de cette nature, mais qu’on pourrait aussi comprendre comme la peur face à un conquérant aventurier qui souhaitait attaquer le royaume parthe, royaume à l’époque considéré comme terrible, contre lequel s’était brisé le triumvir Crassus et face auquel Antoine quelques années après la mort du grand homme se heurta également, Octavien avait songé à prendre le nom de Romulus, pour finalement choisir celui d’Augustus. Le mythe d’un Romulus lui-même mis à mort comme César le dissuada de se revendiquer explicitement de ce glorieux ancêtre.

Octavien était issu d’une famille liée au culte de Mars, dieu dont César se revendiquait le représentant, et c’est au nom de Mars Vengeur (Ultor) qu’Antoine et lui massacrèrent les sénateurs renégats à l’issue de leur victoire commune de Philippes. Devenu princeps, il fit construire au cœur de son forum un temple massif dédié au dieu romain, accompagné de nombreuses statues des pères fondateurs de Rome, Romulus en tête, ainsi qu’Enée ou encore Camille, autre fidèle de Mars à qui il avait dédié un temple à l’entrée de la Porte Capène.

Lorsque l’empereur Maxence voulut redonner en 310 A.D toute sa splendeur à la Rome impériale, et notamment fit rebâtir ou rénover de nombreux temples, il donna à son fils le nom de Romulus. Au nom d’un Mars Propagator, Maxence voulut refonder Rome pour une nouvelle marche en avant. Mais son armée sera écrasée par Constantin l’apostat, alors même que son corps ne sera pas retrouvé. Dernier Romulus, le fils d’Oreste eut un destin à peine plus favorable, si ce n’est qu’il fut empereur. Romulus Augustus, que ses adversaires surnommaient Augustulus, « le petit Auguste », n’eut guère à connaître le sort de son illustre homonyme. Il fut vite déchu de ses fonctions par le tyran germanique du coin, Odoacre, et mourut dans l’anonymat. Il était le dernier empereur romain d’occident, et probablement lui-même était demeuré fidèle aux anciens dieux.

Romulus, condottiere héroïque, chef de guerre, bâtisseur de Rome, se voit chaque 21 avril, même dans la Rome moderne, fêté, ainsi que la louve qui le nourrit et qui désormais désigne le symbole même de la cité éternelle, et de l’une de ses équipes de football. Fils de la guerre, il offrit douze siècles de gloire à Rome, comme les douze vautours qu’il avait vus dans sa jeunesse, et ce fut un autre Romulus qui clôt ce cycle. Vidé de ses habitants, Rome au Vème siècle n’a plus que 50.000 citoyens. Au sein d’une Italie morcelée, Rome cesse d’être la capitale des Césars pour tomber sous le joug de l’évêque de Rome, rebaptisée « souverain pontife » (terme désignant le prêtre suprême dans la Rome païenne), agissant en monarque jusqu’en 1870.

Thomas Ferrier
Secrétaire général du PSUNE

08/05/2011

Faire face à l'europhobie de "gauche" et de droite !

bandeaubillets2ferrier2.png

Qu’est-ce que l’europhobie ? Il s’agit au sens strict de la peur irrationnelle de l’Europe, de l’unité politique du continent européen, ou simplement des Européens en général. Le réflexe europhobe peut arriver à des personnalités publiques qui par la suite feront promotion de l’union politique. Ainsi François Mitterrand a-t’il été atteint par deux fois d’un tel réflexe, en 1954 lorsqu’il vota contre le traité de la Communauté Européenne de Défense et en 1989 lorsqu’il manifesta publiquement ses réticences à l’idée d’une réunification allemande, blessant profondément l’opinion de beaucoup d’allemands. Mitterrand avait connu la seconde guerre mondiale et malgré cette empoignade célèbre avec Helmut Kohl, la réconciliation n’était pas si facile. Dans un discours à Strasbourg, quelques années après, célébrant le courage des soldats, quel que soit leur uniforme, Mitterrand a démontré qu’il était tout autant capable de manifester une europhilie sincère.

Il existe une europhobie de « gauche » et une europhobie de droite, qu’on ne saurait confondre avec l’euroscepticisme, même si la frontière entre les deux est parfois fragile. Il est difficile de dire si Chevènement par exemple est europhobe, sachant qu’il s’efforce toujours malgré des a priori très défavorables d’élaborer une critique qui se veut constructive et optimiste. De la même façon, le diplomate Hubert Védrine est très réservé sur le processus unitaire européen, de même que le géopoliticien « de droite », Aymeric Chauprade, hostile à ce qu’il appelle les pan-ismes selon sa grille d’analyse. On ne saurait les qualifier selon moi d’europhobes.

L’europhobe de « gauche » ne se contente pas de dénoncer le libéralisme de l’Union Européenne, les menaces sur les acquis sociaux ou sur le service public, et a cessé de revendiquer une « Europe sociale ». Le Parti des Travailleurs réclame ainsi que la France quitte l’Union Européenne. En vérité, l’essentiel de l’europhobie de « gauche », et des banlieues, est avant tout un racisme anti-blancs, et par extension une hostilité à la culture européenne et à la spiritualité pagano-chrétienne. C’est le rejet de l’européen en tant qu’européen au profit d’une diversité mondialiste et d’une « citoyenneté » planétarisée. L’extrême-« gauche » rejette aussi l’Union Européenne pour sa potentialité anti-mondialiste, parce qu’elle pourrait échapper à ses maîtres et devenir l’embryon d’une Europe régénérée, resourcée en elle-même, et à nouveau européenne. Bien que les flux migratoires vers l’Union Européenne soient intenses, et que le refoulement migratoire demeure marginal, l’extrême-« gauche » dénonce une Europe de l’exclusion, une « forteresse Europe » (expression rappelant la Festung Europa de la propagande nationale-socialiste), alors que c’est une « Europe passoire ».

L’europhobe de droite, souverainiste ou nationaliste, dénonce dans l’Union Européenne une entité politique qui attaque la nation, une nation fétichisée et redéfinie au mépris des faits historiques. L’européisme y est dénoncé comme un mondialisme, même si les européistes en question définissent l’Europe sur des bases anthropologiques et civilisationnelles objectives, comme un complot contre la nation, comme un viol du peuple. L’europhobe de droite ne cherche pas à fonder son refus sur une démarche critique, à la différence de l’eurosceptique, même s’il peut utiliser les arguments de ce dernier pour alimenter sa phobie ou la communiquer.

En premier lieu, l’europhobe de droite, souvent primaire, assimile l’Union Européenne à différents régimes totalitaires ou non. Certains qualifient à l’instar du libéral atlantiste russe Vladimir Boukovski, qui n’hésite jamais à exprimer son hostilité à Poutine et Medvedev par ailleurs, et qui ne vit pas en Russie, l’Union Européenne de nouvelle Union Soviétique. Marine Le Pen évoque ainsi une « UERSS » totalitaire. On cherche en vain goulags ou asiles pour dissidents politiques. En même temps, elle dénonce le libéralisme économique qui règne à Bruxelles. Une URSS libérale et atlantiste, voilà bien un étrange objet. D’autres considèrent que l’Union Européenne est un quatrième Reich, à l’instar de Pierre Hillard, qui voit dans les projets d’Europe des régions la réminiscence d’un fédéralisme SS. Il est vrai que la IXème symphonie de Beethoven par Von Karajan a pu être joué au moins d’avril 1945 dans les rues de la capitale allemande et que l’expression « communauté économique européenne » a pu être employé par Funk (Europäische Wirtschaftgemeinschaft). Mais en vérité, la comparaison est tellement caricaturale qu’elle n’en est que plus pathétique. Pan-Europe n’était pas la NSDAP, l’Union Européenne ne persécute pas les juifs. Enfin, certains comparent l’Union Européenne aux USA. Mais il y a plus fort encore. Certains réussissent l’exploit d’associer les trois comparaisons en même temps. Voilà donc une Union Européenne communiste mais libérale, fasciste mais mondialiste, totalitaire mais qui permet aux mouvements nationalistes d’avoir des députés à Strasbourg. Etonnant, non ?

En revanche, le drapeau français est paré de toutes les vertus. Pour des souverainistes ou nationalistes comme Dupont-Aignan ou Marine Le Pen, c’est assez logique. C’est plus surprenant chez une Ségolène Royal qui revendique ce drapeau à son tour, refusant de le laisser à l’extrême-droite. Mais la réponse au nationalisme n’est pas dans le nationalisme, de type universaliste qui plus est, de Ségolène Royal, qui est le même en fait que celui de Marine Le Pen. Mais dans le drapeau bleu étoilé.

UERSS.jpgeunaz2.gifPour symboliser leur « conception », différentes caricatures du drapeau européen sont proposées. J’en présente ici trois. Les deux premières considèrent l’UE comme nouvelle URSS. Le premier drapeau ajoute la faucille et le marteau ainsi que la mention « UERSS ». Le second drapeau, que je ne présente pas, représente l’actuel drapeau de l’UE repeint en rouge. Fortuitement, c’est aussi la couleur du drapeau du PSUNE et de l’euro-socialisme qu’il entend représenter. Le troisième drapeau témoigne de la volonté de nazifier l’Union Européenne, avec la couleur rouge, le cercle blanc et les étoiles noires. L’absurdité de cette caricature n’empêche pas des associations, des partis politiques et des groupuscules à les utiliser.

Que reproche-t’on à l’Union Européenne lorsqu’on est un europhobe de type nationaliste ? De détruire une nation qui existerait depuis deux millénaires ? Bien évidemment, tout historien sérieux sait que Vercingétorix, Clovis ou Charlemagne ne sont en rien des rois de France, même en gestation, et que le sentiment national français émerge au XVème siècle pour exploser à partir de la fin du XVIIIème siècle, comme dans les autres pays d’Europe. En fait, la nation française, comme la nation italienne ou la nation allemande, est beaucoup plus récente. Et l’unification capétienne doit tout à des contingences historiques, au hasard des traités et des mariages, et rien à une volonté nationale populaire. On pourrait même affirmer que Sieyès est le premier à théoriser véritablement la France comme nation, en 1789, dans son « Qu’est-ce que le tiers-état ? ».

Au nom d’une France universelle, on refuse une Europe unitaire. On refuse d’imaginer un devenir commun avec les autres européens, l’idée d’un peuple européen au singulier amènera l’europhobe de droite à nier la parenté entre européens, à la relativiser, selon le principe du « on est trop différents », alors même qu’on considérera les migrants francophones venant d’Afrique par exemple comme des compatriotes. En clair, la différence marginale est fétichisée et devient un obstacle absolu, alors que des différences beaucoup plus significatives sont niées au nom d’un universalisme français, qui a été responsable notamment de la colonisation, ce qui indique à quel point il est tout sauf une idéologie de progrès.

Haro sur l’€. De l’économiste Jacques Sapir à Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan, l’euro est devenu le mal économique absolu. La dévaluation, ruinant les petits épargnants, devient en revanche une vache sacrée à honorer. Bien sûr, l’euro a des difficultés, essentiellement exogènes (la crise américaine des subprimes), comme le dollar d’ailleurs, difficultés principalement dues à l’indépendance de la Banque Centrale Européenne et à la volonté du gouvernement allemand de maintenir un euro fort, plus favorable à l’économie du pays. C’est ainsi qu’on peut considérer à sa manière Angela Merkel comme europhobe. Il faudrait, et le PSUNE le prône, que la BCE soit contrôlée par un véritable gouvernement européen, démocratiquement élu et légitime, et dans un premier temps, par une commission parlementaire européenne. C’est la seule réponse crédible à opposer aux adversaires de l’€. Marine Le Pen, toujours elle, prétend avoir toujours su que l’€ allait échouer et joue les Madame Irma en pronostiquant la disparition de l’euro. Méthode Coué.

L’€ est attaqué d’abord parce que c’est un des rares symboles européens qui parlent aux gens. C’est une preuve concrète et quotidienne de la réalité de l’Europe. Bien sûr, les europhobes dénoncent l’€ comme responsable d’une hausse des prix, ce qui est partiellement exact, mais le phénomène est compensé dans d’autres domaines, comme le coût de l’énergie. Et de toutes façons les opposants à l’euro fort sont bien souvent des anciens partisans du franc fort. Par ailleurs, si l’idée de revenir à une monnaie nationale n’est pas en soi choquante, pourquoi les opposants français à l’euro veulent ils appeler cette monnaie « franc » ? On voit bien ici que l’euro n’est un problème que parce qu’il blesse le fétichisme cocardier de certains. Les considérations économiques de « gauche » ou de droite contre l’€ ne sont en vérité qu’un cache-sexe pour des considérations bassement europhobes.

On fétichise la nation, tout en refusant l’idée de l’Europe comme nation. On fétichise le service public tout en refusant d’imaginer un service public européen qui en serait le meilleur rempart. On dénonce l’euro comme ruineux alors que son abandon appauvrirait considérablement le pays. On souhaite le retour aux frontières nationales au lieu d’exiger de vraies frontières européennes. Schengen n’est en rien un problème si les clandestins extra-communautaires sont systématiquement réimplantés dans leur pays. On dénonce une Europe vassale des USA alors que la France seule le serait bien davantage encore, pour de simples raisons de moyens. On récupère De Gaulle dans un sens europhobe alors que le général, bien que sceptique face à la construction européenne qu’il voyait en son temps, avait compris l’Europe politique unitaire comme une nécessité absolue.

Face à l’europhobie, ce n’est pas en parlant d’identité nationale, mal définie d’ailleurs puisque rendu compatible avec la diversité, selon un contre-sens absolu, comme le fait Nicolas Sarkozy, ce n’est pas en voulant imposer le drapeau bleu-blanc-rouge à chaque foyer comme le voulait Ségolène Royal en 2007, ce n’est pas en cessant de parler d’Europe comme le fait François Bayrou depuis plusieurs années, qu’on s’oppose à l’europhobie. On s’y oppose d’abord en prenant en compte les critiques des euro-sceptiques et en faisant de l’Union Européenne une véritable Europe politique puissante ! C'est-à-dire en opposant à la souveraineté française imaginaire (on n’est souverain que si on est assez fort pour l’être) une souveraineté européenne bien réelle. On s’y oppose ensuite en montrant que la « francité authentique » c’est l’européanité. On ne s’y oppose pas en imitant les europhobes, imaginant faussement que leurs électeurs le sont aussi, alors que généralement ils ne votent pour la droite « populiste » qu’à cause de l’immigration extra-européenne et pour la gauche « populiste » qu’à cause du chômage et des outrances de l’hyper-classe, et pas par rejet de l’UE. Tout au plus par déception de cette dernière, déception justifiée, et déception qu’on résorbera en faisant de l’Europe une nation au sens fort, une nation souveraine, puissante et vraiment européenne !

Thomas Ferrier
Secrétaire général du PSUNE

Le patriotisme européen contre l’europhobie !

bandeauedito3.png

2408923518.jpg9 mai, fête de l’Europe ! Oui, mais elle n’est un jour férié dans aucun état membre, à la différence d’un 8 mai par exemple, qui symbolise certes la victoire sur une idéologie criminogène mais aussi la division en deux et pour un demi-siècle du continent européen. Comment les européens pourraient-ils s’identifier véritablement à leur continent, à cette union politique si malmenée en ce moment, à ses symboles ? Comment peuvent-ils exprimer concrètement leur européanité, que les mondialistes leur nient par ailleurs au nom d’une « citoyenneté » du monde totalement imaginaire ?

Pour s’opposer à cette vague d’europhobie qui s’abat sur l’Union Européenne, en raison notamment, on l’a vu dans un article précédent, de l’impuissance de ses institutions et de la médiocrité de ses dirigeants et de ses parlementaires, il faut lui opposer un véritable patriotisme européen, au nom de cette Europe qui est notre terre, qui est aussi notre civilisation, de cette Europe née d’un même sang, unie par une même âme.

Le PSUNE demande aux chefs d’état et de gouvernement de l’ensemble des états membres de l’Union Européenne de décider de faire du 9 mai un jour férié pour tous les européens. Mais cela ne suffit pas. Il faut faire du 9 mai une fête de la réconciliation européenne et plus encore de la puissance européenne. Pourquoi refuser à l’Union Européenne ce que l’on trouve légitime pour les états membres ? Le 9 mai doit donc être plus que la fête de l’Europe, il doit devenir la fête nationale de l’Union Européenne et en ce sens doit disposer d’un défilé militaire européen spécifique.

Chaque année, dans une capitale européenne différente (a priori sur le continent, pour des raisons pratiques), chaque pays européen enverra des représentants de ses forces armées, unités terrestres et aériennes, pour un défilé patriotique européen qui devra démontrer la puissance de l’Europe et susciter le respect des autres puissances. Sachant qu’en Russie, le 9 mai fête la victoire de la Russie, sous le masque de l’Union Soviétique, en 1945, victoire qu’elle se devait d’obtenir sous peine de disparition, il me paraît nécessaire d’associer pleinement la Russie à cette festivité et de demander à cette dernière de défiler systématiquement avec les autres armées européennes en présence de ses dirigeants (russes et de l’UE). Le lien entre l’Union Européenne et la Russie sera ainsi considérablement renforcé.

Bien évidemment, faire du 9 mai une fête patriotique implique qu’on renonce complètement aux cérémonies du 8 mai, au nom de la réconciliation européenne, ce qui était il y a plus de trente ans une proposition de Giscard d’Estaing. L’effort de guerre russe, décisif, sera ainsi remercié, et on se retrouvera à nouveau entre européens. Les Etats-Unis ne seront pas associés à cette fête, de la même façon que la France ne participe pas à la fête nationale d’indépendance de ces derniers. Dans le cas français, cela signifie que le 8 mai cessera d’être un jour férié, au profit du 9 mai, et que l’Etat renoncera au défilé du 14 juillet, cette date demeurant toutefois fête nationale et jour férié.
 
Thomas Ferrier
Secrétaire général du PSUNE

25/04/2011

Nucléaire civil : une nécessité malhonnêtement contestée

bandeauedito3.png

nukelogo2.jpgEn ce lundi de Pâques, le journal Le Monde m’informe des déclarations du candidat à l’investiture des écologistes pour les élections présidentielles de 2012, à savoir le présentateur de télévision Nicolas Hulot. A propos du nucléaire, Hulot déclare que « l’objectif de sortir du nucléaire est un objectif prioritaire ». Selon lui, ce sont les évènements de Fukushima qui lui auraient faire prendre conscience de cette nécessité. En réalité, Hulot cède sur un dogme fondamental, et aberrant, des pseudo-écologistes de gauche incarnés en France par Europe Ecologie – Les Verts et en Allemagne par Die Grünen. Lubie idéologique de l’ « écologie » pastèque, elle cache sous des traits écologiques une idéologie gauchiste, et mondialiste.

Pour répondre à cette propagande honteuse, s’appuyant sur la souffrance réelle des populations japonaises, dans un contexte très particulier, un tsunami conjoint avec et induit par un tremblement de terre particulièrement important, 9 sur l’échelle de Richter, l’ancien ministre Claude Allègre a réagi dans un ouvrage sur la peur du nucléaire dont il fait la promotion sur divers plateaux télévisuels. En substance, il énonce un positionnement pro-nucléaire qui est aussi le mien mais en lui fournissant des billes supplémentaires. Je vais y revenir.

Le premier point important à souligner c’est l’impudeur des militants de la cause écologiste en la matière. S’inspirant d’un cas contextuel, et non représentatif, ils partent de là pour exiger l’abandon du nucléaire tout en proposant un mensonge, incarné par les énergies prétendument renouvelables, qui ne sont absolument pas capables de correspondre aux besoins énergétiques de l’Europe d’aujourd’hui et encore moins à celle de demain, et qui en vérité, notamment concernant les éoliennes, consomment plus au final qu’elles ne produisent, et sont d’une inesthétique avérée, dénaturant nos paysages. On se souvient qu’à l’origine le rejet par certains écologistes du nucléaire civil tient à son association au nucléaire militaire et à l’option pacifiste, là encore de type gauchiste et 68-ard, qui anime ces individus. Il n’y a aucune rationalité ni aucune objectivité dans ce refus. Les risques, réels et qu’il ne faut pas sous-estimer, du recours au nucléaire, impliquent certes une vigilance certaine, des vérifications régulières des installations, des mises aux normes, un investissement constant de l’Etat.

En Allemagne, Angela Merkel prône désormais l’abandon du nucléaire, et remet en cause l’option de la CDU qui était de les maintenir le plus longtemps possible. On attend de voir le ministre du budget expliquer l’ineptie de cet abandon à son chancelier. En Suisse aussi, les lobbies écologistes, ou plutôt pseudo-écologistes, travaillent d’arrache-pied pour obtenir la fermeture des cinq centrales existantes. En revanche, les Finlandais, qui ont un sacré bon sens, ne cèdent pas à ce délire collectif et entendent toujours construire de nouvelles centrales nucléaires afin de répondre à leurs besoins énergétiques.

Le mythe des énergies renouvelables, ce qui ne signifie pas que certaines centrales solaires pourraient constituer une force d’appoint au nucléaire, est destiné à tromper la population en prétendant que des solutions alternatives crédibles existeraient déjà. Ce n’est pas et ce ne sera pas le cas. En revanche, ce que les pseudo-écologistes ne disent pas, c’est que les centrales nucléaires de 4ème génération pourront retraiter comme combustibles une bonne partie des déchets produits actuellement, comme le disait courroucé un abonné au Monde sur le site du journal. N’oublions pas que le nucléaire civil progresse continuellement et que pour financer sa recherche il faut construire des centrales afin de montrer que c’est une énergie à laquelle on croit et qu’on soutient.

Contrairement aux mensonges des pseudo-écologistes, alors qu’un vrai écologiste comme l’écossais James Lovelock, inventeur de la « théorie Gaia », et soucieux du réchauffement planétaire, explique que seuls nucléaire et géo-ingénierie sauveront notre planète, il faut repenser complètement notre politique de l’énergie mais pas dans leur sens.

Allègre explique qu’il faudrait une commission indépendante de citoyens afin de vérifier les centrales nucléaires. On sait que le tout étatique, à la soviétique, a échoué (Tchernobyl). On sait que le tout privé, à la japonaise, a aussi échoué (Fukushima). Ainsi, c’est bien par un équilibre entre capital public et capital privé, avec un Etat interventionniste mais des comités de sécurité indépendants, que l’on peut éviter des dérives et maintenir les centrales nucléaires en très bon état. Allègre explique aussi qu’il ne faut pas construire de centrales n’importe où. Il estime ainsi qu’en Italie ou en Grèce, pays soumis à des problèmes sismiques réguliers, il ne faudrait pas construire de centrales nucléaires. On pourrait y ajouter les zones notoirement connues comme inondables.

Moralité, pour axer la politique énergétique sur le nucléaire, on ne peut pas le faire au niveau national, mais contrairement à Allègre, je ne crois pas non plus qu’il faille la penser de manière mondiale. Là encore, en ce domaine comme dans tant d’autres, la bonne échelle c’est l’Europe. Dans ce cadre, le PSUNE, seul parti résolument européaniste sur notre continent, préconise une nouvelle politique européenne de l’énergie, s’inspirant du travail en commun de l’Euratom, institution européenne s’il en est, et entend combattre sans angélisme la propagande de prétendus « écologistes ».

L’Europe doit en tant qu’entité politique unitaire axer principalement, et à rebours du discours ambiant, sa politique de l’énergie sur le nucléaire civil. Il s’agit pour elle de maintenir dans le meilleur état possible les centrales nucléaires existantes, de les mettre à niveau au plus tôt, de fermer en revanche celles qui ne sont pas adaptables. Je ne connais pas précisément le cas de Fessenheim mais je n’aurais pas d’état d’âme quant à l’idée de fermer une centrale nucléaire si des raisons de sécurité objectives le nécessitaient. Un certain nombre de centrales de l’ex-URSS nécessitent à mon avis une fermeture définitive.

Il convient donc de construire de nouvelles centrales nucléaires mais de nouvelle génération, de quatrième génération, et d’abandonner l’essentiel des financements pour les énergies dites renouvelables (sauf énergie marémotrice et centrales solaires grand format), d’abandonner notamment la construction d’éoliennes et de planifier leur disparition progressive. Les économies générées seront intégralement investies dans la recherche et le développement, tout en permettant aux européens de payer leur énergie à prix raisonnable, ce qui ne serait pas le cas si les pseudo-écologistes dirigeaient, augmentant considérablement le prix de l’énergie pour chaque citoyen, ce qui est une mesure absolument anti-socialiste mais destinée aux « bobos » qui eux peuvent se permettre de payer plus pour avoir « bonne conscience ».

En effet, l’avenir du nucléaire n’est pas et n’a jamais été la fission que l’on utilise actuellement. Bien entendu, il faut améliorer les centrales existantes et construire des centrales plus performantes. Mais à terme, la seule solution énergétique efficace, sans risques, et nous permettant d’abandonner presque totalement les énergies fossiles reste la fusion nucléaire, c'est-à-dire la construction de centrales à hydrogène permettant de produire une énergie de nature comparable à celle du soleil, l’astre qui nous insuffle la vie.

hydrogen-power-plant.png
Pour le moment, les centrales nucléaires à fission de quatrième génération devront être construites en Europe dans les zones les moins soumises aux catastrophes naturelles, c'est-à-dire la grande plaine d’Europe, allant de la France du nord à la Russie. L’énergie générée sera répartie équitablement entre tous les européens, même si la production d’énergie nucléaire ne sera pas présente partout, et ne devra pas l’être, pour les raisons évoquées.

Thomas Ferrier
Secrétaire général du PSUNE

19/04/2011

Elections finlandaises : le succès des « Vrais Finnois »

bandeauedito3.png

PS.jpgLes élections législatives finlandaises du 17 avril 2011 permettent d’analyser la situation de l’opinion dans un pays membre de l’Union Européenne, dans le contexte de la crise économique, de la crise de l’euro (€) et de l’impuissance caractérisée des institutions de l’Union Européenne. On le voit notamment dans le domaine de la gestion de l’immigration clandestine en provenance d’Afrique, des dérives en matière de droit d’asile, et des conflits de frontières, notamment franco-italiens, à l’intérieur de l’espace Schengen. En outre, les politiques de libéralisme économique et de restriction des dépenses rendent l’Union Européenne impopulaire. Le mythe de la souveraineté économique et sociale liée à la souveraineté politique a la vie dure.

Dans ce contexte, conformément aux sondages, le parti nationaliste des Perussuomalaiset ne pouvait que triompher. Mal traduit en français par « Vrais Finlandais » par des journalistes peu ou mal informés, il signifie en réalité « Vrais Finnois », cette expression insistant donc sur la composante ethno-linguistique et non sur la nationalité. Le PS de Timo Soini, son dirigeant très populaire dans l’opinion de son pays, sympathique et bon vivant, a donc confirmé les sondages qui annonçaient le dynamisme de son parti. En 2007, il ne recueillait que 4.1% des voix mais disposait, dans un pays pratiquant la proportionnelle, de 5 députés. Aujourd’hui, avec 19% des voix, il progresse de presque 500%, ce qui est considérable. Il obtient 39 députés, soit 34 députés de plus, en quatre ans. Les sociaux-démocrates, en léger recul de 2.3 points, n’obtiennent que 19.1% des voix, presque à égalité avec le PS.

Le mouvement des Perussuomalaiset défend une triple xénophobie. En premier lieu, il s’oppose à la présence de migrants extra-européens, la cible privilégiée étant 8000 somaliens musulmans venus en Finlande par le biais du droit d ‘asile. Leur prétendue intégration, vantée par des journalistes occidentaux, ne tient pas face à une statistique montrant qu’un viol sur deux commis à Helsinki est dû à des étrangers. Au contraire, la population finlandaise est particulièrement hostile à leur présence sur son sol. En second lieu, Timo Soini s’oppose clairement à l’Union Européenne, souhaitant que son pays s’en sépare ou tout au moins revoie à la baisse les sommes allouées par la Finlande à ses institutions. Enfin, les Perussuomalaiset s’en prennent implicitement aux minorités européennes non-finnoises, en particulier les Suédois, dont la langue est obligatoire à l’école, ce que conteste Timo Soini, les Lapons et les travailleurs russes. En revanche, le Parti de l’Indépendance, partisan d’un départ de l’Union Européenne, échoue avec seulement 0.1% des voix.

Qualifié par certains analystes de parti de centre-gauche, même si son opposition à l’immigration le fait qualifier d’extrême-droite par certains journalistes française, le parti des Perussuomalaiset, qui n’éprouve aucune nostalgie pour les mouvements fascistes finlandais des années 20 et 30 (Lapua et IKL), laissant cela à des mouvements radicaux extrêmement minoritaires, défend le service public, la juste répartition des revenus et le modèle social finlandais. En clair, comme la plupart des mouvements populistes, ce parti en vient à défendre une forme nationale de socialisme, vantant l’état protecteur pour ses citoyens nationaux.

Malgré un recul de près de deux points, le Parti de la Coalition Nationale, conservateur, obtient néanmoins 20.4% des voix, ce qui en fait le vainqueur dans un pays où la tradition veut que le premier ministre soit issu du premier parti en nombre de voix et d’élus. Avec 44 sièges, malgré une perte de six sièges par rapport à la mandature sortante, les conservateurs ont réussi à dominer légèrement le scrutin.

Le grand perdant est le Parti du Centre, dont était issu le premier ministre sortant, qui avec 15.8% recule de plus de sept points, et n’obtient que 35 députés (- 16). Ce désaveu a amené sa dirigeante à renoncer à toute ambition politique au sein d’une future coalition.

Un autre trait intéressant de cette élection est qu’à l’exception du Parti Pirate, qui obtient 0.5% des voix pour une première candidature, tous les autres partis régressent. L’Alliance de Gauche, proche de l’extrême-gauche, recule faiblement, conservant un capital de 8.1%, alors que les trois grands partis reculent dans une proportion de 2 à 7.3%. Malgré les évènements de Fukushima, qui ont dopé le score des Verts dans les dernières élections de Länder en Allemagne, la Ligue Verte finlandaise perd 1.7% des voix à 7.2%, ce qui constitue pour eux un sévère échec.

Les enseignements de ce scrutin restent les mêmes que pour les différentes élections en Europe depuis plusieurs années, à savoir un rejet d’une Union Européenne trop libérale, destructrice des acquis sociaux de chaque pays, et trop ouverte à une immigration incontrôlée. Ce rejet aboutit à une forme d’europhobie non seulement à l’égard des institutions de l’UE mais aussi des autres européens, alors que les motivations des électeurs ne visent en vérité que les populations extra-européennes. Cependant, pour manifester leur mécontentement, les électeurs sont contraints de voter pour des partis qui confondent les deux populations, européennes et non-européennes, sous le vocable d’ « immigrés ». On constate le même phénomène en France avec le Front National, son électorat étant motivé par la présence de populations allogènes alors même que le parti est davantage sur une ligne europhobe. Il y a donc un décalage complet entre les aspirations « socialistes » et allogénophobes de leur électorat et la ligne europhobe de ces mouvements populistes.

Thomas Ferrier
Secrétaire général du PSUNE