Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

29/10/2016

Zeus et Europe, une hiérogamie cachée et l'annonce d'un destin européen

http://thomasferrier.hautetfort.com/media/00/00/2385045191.png

95620996.pngZeus est qualifié d’Eurôpos, c'est-à-dire « au large regard », chez Homère. En sanscrit, dans le Rig-Veda, le dieu suprême Varuna est décrit comme Urucaksas, forme parallèle de sens exactement identique. De longue date, non sans raison, Varuna et le grec ont été comparés, l’un et l’autre venant alors de la forme originelle indo-européenne *Werunos, au sens de « dieu de l’espace » (c'est-à-dire le dieu vaste). En Inde comme en Grèce, ce surnom du dieu céleste *Dyeus est devenu une divinité en tant que telle.

Les Grecs, sous l’influence probable de la théogonie hourrite ou hatti, influence indirecte due vraisemblablement aux Hittites, ont multiplié les divinités jouant le même rôle. On peut ainsi souligner qu’Hypérion, Hélios et Apollon sont redondants, de même que Phébé, Séléné et Artémis (sans oublier Hécate). C’est aussi le cas du dieu suprême qui est ainsi divisé en trois dieux séparés que sont Ouranos, Cronos et Zeus. En réalité, tout porte à croire que Zeus est le seul et unique dieu du ciel, malgré Hésiode, et qu’Ouranos n’a jamais été à l’origine qu’une simple épiclèse de Zeus. De même, Varuna a sans doute été un des aspects de Dyaus Pitar, avant de se substituer à lui, et de ne plus laisser à son nom d’origine qu’un rôle très effacé dans la mythologie védique.

Ce Zeus Eurôpos, ce « Dyaus Urucaksas », a selon la tradition grecque de nombreuses épouses. Or une déesse est qualifiée d’Eurôpê à Lébadée en Béotie et à Sicyone dans le Péloponnèse. Ce nom d’Eurôpê, dont le rattachement à une racine phénicienne ‘rb est purement idéologique, et ne tient pas une seconde d’un point de vue étymologique, est nécessairement la forme féminine d’Eurôpos. Or ce n’est pas n’importe quelle déesse qui est ainsi qualifiée, elle et uniquement elle, de ce nom d’Eurôpê, indépendamment de la princesse phénicienne, crétoise ou thrace qu’on appelle ainsi, et qui n’est alors qu’une vulgaire hypostase. C’est Dêmêtêr, mot à mot la « Terre-mère », version en mode olympien de Gaia (ou Gê) et peut-être déesse d’origine illyrienne, même si non nom apparaît vraisemblablement dès l’époque mycénienne.

Il existe en effet en Albanie moderne une déesse de la terre, qui est qualifiée de Dhé Motë, ce qui veut dire la « tante Terre » car le sens de motë, qui désignait bien sûr la mère, a pris ensuite le sens de tante. De même, le nom albanais originel de la tante, nënë, a pris celui de la mère. Cela donne aussi une déesse Votrë Nënë, déesse du foyer analogue à la déesse latine Vesta et à la grecque.

Le nom de Dêmêtêr, qu’il soit purement grec ou illyrien, a le sens explicite de « Terre-mère » et remonte aux temps indo-européens indivis, où elle portait alors le nom de *Đγom (Dhghom) *Mater. Ce n’était pas alors n’importe quelle divinité mais sous le nom de *Diwni [celle de *Dyeus], elle était ni plus ni moins l’épouse officielle du dit *Dyeus (le « Zeus » indo-européen). L’union du ciel et de la terre, de Zeus Patêr et de Dêô (Δηώ) Matêr donc, remonte ainsi à une époque antérieure même aux Grecs mycéniens.

Il est donc logique qu’à un Zeus Eurôpôs soit unie une Dêmêtêr Eurôpê, l’un et l’autre étant des divinités « au large regard », l’un englobant l’ensemble du ciel et la seconde l’ensemble de la terre, à une époque où celle-ci était encore considérée comme large et plate, d’où ses deux noms divins en sanscrit, à savoir Pŗthivi (« la plate »), c'est-à-dire Plataia en grec et Litavis en gaulois, et Urvi (« la large »).

L’union de Zeus sous la forme d’un taureau avec Europe est donc une hiérogamie, une union sacrée entre le ciel et la terre, union féconde donnant naissance à trois enfants, Minos, Eaque et Rhadamanthe, chacun incarnant l’une des trois fonctions analysées par Georges Dumézil. La tradition grecque évoque d’autres unions de même nature, ainsi celle de Poséidon en cheval avec Dêmêtêr en jument, cette déesse ayant cherché à lui échapper en prenant la forme de cet animal. Dans le cas d’Europe, on devine qu’elle aura elle-même pris la forme d’une vache.

Le nom d’Europe qui désigne le continent qui porte son nom indique qu’elle est la Terre par excellence, mère nourricière du peuple grec vivant sur un continent béni par Zeus lui-même. Lui donner une origine phénicienne, à part pour des raisons poétiques bien étranges, est donc un contre-sens auquel même certains mythographes antiques se firent prendre.

Et que son premier fils se soit nommé Minôs, là encore, ne doit rien au hasard. Bien loin d’être en vérité un ancien roi de Crète, il était surtout un juge infernal et le plus important. Or Minôs n’est en réalité que le premier homme, celui que les Indiens appellent Manu, d’où les fameuses lois qui lui sont attribuées, et les Germains Manus. L’idée que le premier homme devienne à sa mort le roi des Enfers n’est pas nouvelle. Le dieu infernal Yama et son épouse Yami ayant été par exemple le premier couple mortel. Minôs est le « Manus » des Grecs, bien avant qu’Hésiode invente Deucalion. Et s’il juge les hommes au royaume d’Hadès, la seule raison en est qu’il est celui qui a établi les anciennes lois.

Ainsi l’Europe est-elle non seulement la Terre par excellence, l’épouse de Zeus en personne, dont Héra n’est qu’un aspect, celui de la « belle saison » et de la « nouvelle année » (sens de son nom latin Junon), mais elle est la mère des hommes, la matrice de la lignée des éphémères, ou du moins d’une partie d’entre eux.

Europa est ainsi la mère de Gallia et de Germania, de Britannia et d’Italia, d’Hispania et d’Hellas et désormais mère aussi de nouvelles nations comme la Polonia, la Suecia et la Ruthenia (Russie), depuis les fjords de Thulé jusqu’à Prométhée sur sa montagne, depuis la Lusitania jusqu’aux steppes profondes de Sarmatia.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

21/05/2016

Des fêtes de l’Europe de demain. Du malentendu païen/chrétien

http://thomasferrier.hautetfort.com/media/00/02/315259042.3.png

fêtes,Europe,Le Parti des EuropéensLe Parti des Européens, a consacré au sein de son programme un chapitre (VII) aux fêtes nationales de l’Europe (articles 7 et 8). Certains m’ont fait part d’une surévaluation de la dimension païenne de l’Europe au détriment notamment des christianismes européens, s’inquiétant d’un parti pris défavorable à une action collective utile de tous les Européens au salut de leur civilisation. Dans cet article, je vais évoquer ces deux sujets, à savoir les fêtes unitaires et la place du christianisme au sein du parti comme du continent.

Fêtes de l’Europe et subsidiarité identitaire.

Nous avons choisi de reconnaître comme jours fériés et chômés deux jours chrétiens emblématiques liés à Noël, à savoir le 25 décembre (Noël catholique et protestant) et le 6 janvier (Noël orthodoxe). Noël est la fête pagano-chrétienne par excellence, synthèse entre le culte solaire et le culte christique.

VII-07.png

Nous avons également retenu les fêtes suivantes, qui ont une dimension pan-européenne forte, à savoir le 1er janvier, jour de l’an dans toute l’Europe, le 21 avril qui correspond à l’équinoxe de printemps et à la fondation de Rome, le 1er mai, fête du travail et fête celte de Beltaine, le 21 juin pour le solstice d’été et la Saint-Jean, le 1er novembre (Toussaint et Samhain celte), et le 21 décembre, pour le solstice d’hiver. Equinoxes et solstices sont des dates clé du calendrier européen, tant païen que christianisé, et ce dans toute l’Europe.

Deux fêtes laïques seront également instituées et auront vocation à réconcilier les Européens. Ce sera le cas du 9 mai, qui est déjà la fête de l’Europe, qui est aussi la fête de la victoire en Russie, au détriment d’un 8 mai qui rappelle une période sombre avec une Europe divisée et surtout une Europe avilie par les crimes commis sur son sol. Le 11 novembre sera consacré à un hommage rendu à tous les combattants européens et symbolisera la réconciliation de tous au-delà des conflits du passé qui les ont divisés.

VII-08.png

Christianisme et paganisme.

Le Parti des Européens défend tous les Européens, que ceux-ci soient chrétiens, athées ou païens, juifs ou musulmans européens (ces derniers étant présents dans les Balkans ou dans le Caucase). Il n’a pas une approche confessionnelle de la politique. Il est toutefois un fait que le paganisme, en tant que religion indigène de l’Europe, y est fort estimé. Cela ne doit pas être compris comme la marque d’un mépris à l’égard de la religion majoritaire de l’Europe, et nous respectons totalement nos compatriotes chrétiens, qui partagent pleinement notre combat pour une Europe à nouveau européenne, enracinée et identitaire.

Nous attachons également une grande importance au respect de l’histoire, par exemple sur les conditions de la christianisation de l’Europe. Que celle-ci ne se soit pas faite par une adhésion libre mais par la coercition relève de faits historiques avérés, qu’on le déplore (ce qui est mon cas) ou qu’on s’en réjouisse. Rappeler cette vérité n’est pas une marque d’irrespect à l’égard des convictions de nos compatriotes. Il ne s’agit pas du tout de régler les comptes du passé, et un païen n’a pas plus à être anti-chrétien qu’un chrétien n’a à être anti-païen. C’est entre Européens réconciliés que nous devons agir.

Le Parti des Européens, qui prône la réconciliation entre tous les Européens, entre les Albanais et les Serbes par exemple ou entre les Ukrainiens et les Russes, prône aussi bien sûr la réconciliation en religion, à partir du moment où c’est l’intérêt de l’Europe qui domine l’esprit de chacun.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

08/05/2016

Du sultan Recep Ier et du calife François.

http://thomasferrier.hautetfort.com/media/00/01/3571613594.png

Ch7R3rHXAAA78kF.jpgLa commission de Bruxelles a officiellement indiqué son souhait de supprimer les visas pour les Turcs qui souhaiteraient visiter l’Union Européenne. Elle ne fait que transposer la décision des principaux chefs d’état et de gouvernement, Angela Merkel en tête, en échange de la pleine collaboration des autorités turques au plan établi de gestion des migrants « syriens » (beaucoup n’étant pas syriens du tout, ceci dit).

Le négociateur turc va néanmoins changer en cours de route. Le premier ministre Davutoglu, coupable d’avoir été encore trop accommodant avec les dirigeants européens, est démis par la volonté du président Recep Erdogan. Celui-ci a ainsi fait savoir que la suppression des visas qu’il exige ne souffrirait d’aucune contrepartie. Pas question pour lui de généraliser le passeport biométrique ou d’adapter sa politique anti-terroriste, dédiée aux Kurdes, pas à Daech bien sûr.

Erdogan continue sa politique de renforcement de son autorité en vue d’établir une crypto-autocratie à peine cachée en vérité. Personne ne doit lui faire de l’ombre. Après avoir réduit l’armée au silence, avec la bénédiction naïve de l’Union Européenne, après avoir réintroduit le voile islamique, Erdogan veut désormais tous les pouvoirs pour mener à bien la réislamisation du pays. Pour avoir négligé sa volonté, Davutoglu est débarqué. Le prochain premier ministre devra être un personnage effacé, vassal soumis de son sultan.

Alors que la Russie de Poutine est victime de sanctions économiques, dont la droite parlementaire en France a demandé sans succès l’arrêt, la Turquie d’Erdogan est l’objet d’une indécente flatterie. Merkel a même livré à la justice allemande un humoriste qui avait osé se moquer du tyranneau. Il faut ménager ce dernier, connu pour ses colères noires, et ce à tout prix. Il a en effet le doigt appuyé sur la manette ouvrant le barrage migratoire.

Il aurait suffit pourtant que les Européens changent leurs lois afin de rendre leurs pays moins attractifs aux migrants. Mais nos dirigeants semblent incapables d’oser montrer les crocs et de faire preuve d’une force morale même minimale. Au contraire, toute l’eurocratie est allée à Canossa offrir au pape François le prix Charlemagne. Il est vrai qu’il aurait été difficile de lui remettre le prix Charles Martel.

Le pape se permet (voir mon article précédent) depuis des mois de culpabiliser les Européens en les invitant à faire preuve d’un « nouvel humanisme » qui consisterait à accueillir tous les migrants sur son sol. Il déclare même rêver d’une Europe « où être migrant ne soit pas un délit ». Il prône lui aussi le multiculturalisme au lieu de ranger la chrétienté derrière la défense de l’européanité. François a ainsi mis fin au compromis romano-chrétien, et donc euro-chrétien, établi par l’empereur Constantin. En échange de la protection terrestre de l’Empire, l’Eglise devait lui assurer une protection céleste.

En flattant Erdogan et en se soumettant aux injonctions morales suicidaires de François, les dirigeants de l’Union Européenne trahissent gravement les intérêts des Européens. Une toute autre politique serait au contraire nécessaire, associant cohérence et fermeté, défense du véritable humanisme européen, celui hérité des Grecs et des Romains, et refus d’un multiculturalisme mortifère auquel les mondialistes, dont ce pape est, voudraient nous soumettre.

Le discours à tenir au pape, c’est de s’en tenir à la défense de son Église, et à s’abstenir de toute position publique de nature politique, en particulier invitant les Européens à faire preuve de faiblesse. Le discours à tenir au président turc, c’est de lui rappeler que son pays occupe illégalement Chypre-Nord et qu’il a existé en 1920 un traité de Sèvres qu’on pourrait avoir envie de ressusciter.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

01/05/2016

« Habebamus papam ». Bergoglio contre l’Europe.

analyse.png

image4.jpgL’Europe est victime d’une grave crise migratoire. Des milliers de migrants, syriens ou non syriens, parfois chrétiens mais bien plus souvent musulmans, se massent chaque jour à nos portes afin de gagner nos rives pour y bénéficier de tous les droits de nos concitoyens, sans qu’on exige d’eux l’accomplissement des mêmes devoirs.

Nous serions en devoir de leur refuser l’entrée, parce que nos ancêtres ne se sont pas battus pour que notre continent cède à une mauvaise conscience attisée par des faussaires moraux. On peut d’ailleurs constater que les pays arabo-musulmans se gardent bien d’accueillir chez eux ces migrants pourtant de même origine qu’eux. Les pétromonarchies du Golfe, qu’on présente abusivement comme des alliés, s’y refusent et les migrants eux-mêmes savent qu’il vaut mieux éviter de tester leurs frontières.

L’Europe paie d’ailleurs l’alignement de sa politique sur celle des États-Unis, avec parfois un zèle troublant, comme cet entêtement du gouvernement français à faire tomber Bachar-El-Assad à tout prix, permettant au cancer « Daesh » de naître.

Dans un tel contexte, les provocations répétées du « pape » François, alors que les opinions publiques européennes expriment une légitime inquiétude et alors que les États semblent moralement désarmés pour faire respecter les frontières de notre continent, sont inacceptables.

Il est normal de déplorer que des gens quittent leur pays parfois au péril de leur vie, même si c’est souvent pour de mauvaises raisons, et si les « réfugiés » sont souvent en fait des migrants économiques profitant de l’occasion pour s’installer dans une Europe bien trop généreuse à leur endroit. Il est également parfaitement légitime de porter assistance à des naufragés, car c’est un devoir moral élémentaire.

Mais ce n’est acceptable que si on associe ces actions de mesures d’une grande fermeté, en indiquant explicitement aux migrants que ce voyage aller sera suivi immédiatement d’un voyage retour. Ainsi l’argent dépensé pour payer les passeurs sera perdu, et les risques pris auront été bien inutiles.

Le pape devrait appeler ces migrants à demeurer chez eux et à se battre sur leur propre sol, comme le font ces courageux combattants kurdes, contre la barbarie islamique qui les menace, si c’est bien elle qu’ils prétendent fuir. Car on peut parfois en douter. Il devrait inviter l’Europe à avoir le courage de savoir dire « non » et ne pas détourner les règles de l’hospitalité en des règles d’assistanat.

La véritable hospitalité, c’est celle des Phéaciens envers Ulysse. Après lui avoir porté assistance, après qu’il fait naufrage, les Phéaciens armèrent un bateau et permirent au héros de retrouver Ithaque, son île natale. Aujourd’hui, elle consiste à pacifier la situation sur place, comme la Russie y a contribué, et à permettre à ces migrants de retourner chez eux. Elle ne consiste pas à leur donner chez nous des droits pour lesquels nos ancêtres se sont battus.

C’est là qu’il faut comprendre que le « pape » François sort de la réserve propre à sa charge pour empiéter sur un terrain politique pour lequel il n’est pas légitime. Il donne des leçons de morale et en vérité de culpabilisation aux Européens, les incitant au laxisme migratoire et donc à la lâcheté identitaire. Ce faisant, il ne rend service à personne.

Son action d’accueillir à Rome même plusieurs familles de migrants, par ailleurs tous musulmans, est symboliquement un appel d’air parfaitement nocif. Il va encourager d’autres personnes à prendre des risques insensés et en même temps exacerber les Européens qui en ont assez de subir des flux indésirables alors qu’ils ne sont en rien responsables des causes.

Il agit ainsi en militant de la « théologie de la libération », ce christiano-marxisme qui domine une partie de l’Amérique du Sud d’où le pape est originaire, oubliant par ailleurs qu’il est lui-même de souche européenne. Au lieu d’agir au service de l’Europe et des Européens en encourageant ces derniers à la résistance, comme Nicolas V apportant son soutien à Constantinople en 1453, il veut nous désarmer. C’est irresponsable.

Depuis Constantin, en Europe, le compromis entre le pouvoir politique et L’Église a reposé sur une assistance mutuelle. Le pape actuel rompt cet équilibre pour prôner une forme d’évangélisme post-colonial pleurnichard. Et pour ce faire, il est prêt à trahir une Europe en danger de mort pour la simple et bonne raison que sa religion y est affaiblie, sans se demander pourquoi. De la religion on demande assistance et non leçon de morale, appui et non culpabilisation. Le pape se croit au Ier siècle de l’empire romain alors que nous sommes dans la situation du Vème siècle, celui des invasions barbares.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

19:26 Publié dans Analyses, Religion | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : pape, françois, immigration, islam, réfugiés | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

14/02/2016

La tribu des *Aryōs. Nos ancêtres indo-européens.

http://thomasferrier.hautetfort.com/media/00/01/3571613594.png

IE.gifA l’origine des Européens, il y avait un peuple préhistorique. Il n’a laissé aucune trace tangible, aucune écriture aisément reconnaissable, à part quelques symboles solaires abandonnés sur quelques pierres, depuis l’Irlande jusqu’à la Russie. Les linguistes du XIXème siècle, qui en ont découvert l’existence en comparant entre elles les langues de l’Europe moderne avec celles de plusieurs peuples d’Asie, ont appelé ce peuple les Indo-Européens car leurs héritiers ont peuplé un espace allant de l’Europe entière jusqu’à l’Iran et au nord de l’Inde.

Max Müller, père de la mythologie comparée, tout comme Friedrich Schlegel, pensa avoir retrouvé le nom de ce peuple en se basant sur celui que se donnaient Perses et Indiens. Les premiers se nommaient Airya, et le nom même d’Iran désignait leur pays (farsi Erenvaj), et les seconds Arya. Ce terme signifiait « noble ». Pensant le retrouvant chez les Irlandais où on retrouvait le terme de Aire, Müller et plusieurs autres décidèrent de nommer ce peuple à partir de ce nom ancestral, et les Indo-Européens devinrent les « Aryens ». Ce nom finit par devenir odieux lorsqu’il fut instrumentalisé jusqu’à l’extrême par un régime de sinistre mémoire. Après 1945, le terme de « aryen » devint tabou, réservé à l’usage de nostalgiques du dit régime. Et « Indo-Européens » réapparut. Georges Dumézil, le brillant savant et spécialiste de nos vieilles mythologies d’Europe de l’époque d’avant Constantin, donna à ce dernier terme ses lettres de noblesse.

Mais cela ne nous éclairait pas davantage sur le nom originel, sur l’auto-ethnonyme, pour user d’un terme plus savant, de ce peuple. C’est alors qu’on se rendit compte que la comparaison entre l’Inde et l’Irlande n’était pas si incongrue. Si l’irlandais « aire » et le sanscrit « arya » n’avaient aucun rapport, tel n’était pas le cas de deux figures marquantes de leur mythologie respective. Le dieu indien Aryaman, garant des valeurs « arya », qu’on retrouve aussi sous le nom de l’ange zoroastrien Airyaman (Erman), existait en Irlande. Il s’y nommait Eremon. Et le si mystérieux dieu germanique Irmin était sans doute son homologue. Le lien était fait. Si un dieu *Aryomen avait existé à l’époque indo-européenne indivis, alors c’est que les Indo-Européens se nommaient tout simplement les *Aryōs, leur nom provenant sans doute d’une racine *ar- signifiant « être en forme ». Ils étaient donc les « bien formés », les « bien nés », les « nobles ».

Et c’est ainsi qu’une hypothèse de travail dans l’esprit de quelques brillants cerveaux de l’Europe du XIXème siècle devait se révéler féconde, un siècle et demi après. La tribu des *Aryōs était sortie de la préhistoire d’où elle avait disparu pour retrouver une étonnante place au cœur de l’Europe moderne. Une fois écartés les faussaires qui en avaient fait un si odieux usage, leur nom pouvait réapparaître. Ainsi en a-t’il été de ce peuple ancestral.

Une fois que ces *Aryōs furent redécouverts, la comparaison du vocabulaire commun et de la mythologie entre les langues-filles de leur langue-mère permit de reconstituer leur société, leurs valeurs, leurs coutumes et traditions, leur niveau de technologie, leurs institutions.

Les *Aryōs avaient inventé une forme de proto-démocratie, l’assemblée du peuple *sebhos (voir la Seimas lituanienne) se réunissait régulièrement et décidait des choses de la tribu. Ce n’est donc pas Sparte qui était la plus fidèle à cette tradition mais bien Athènes. C’était l’Ecclesia avant l’Ecclesia. Bien sûr il existait ce qu’on nommera un roi, le *regs, qui était le président élu de cette assemblée, le garant du droit, le prêtre suprême et le chef des armées. Ce *regs n’était pas un monarque oriental, mais une sorte de président. Le traduire par « roi », même si ce terme vient du sien, est une traduction inappropriée. Il existait peut-être un second chef, le *deuks ou « meneur », lui aussi élu. Cette idée aurait été conservée par Rome avec ses deux consuls et par Sparte avec ses deux rois, l’un devant rester à Sparte et l’autre menant son armée.

Le citoyen (*keiwos) participait donc dès le départ à la vie de la tribu, puis de la cité, et était l’égal de son voisin. Il n’existait probablement pas des castes comme en Inde, contrairement à une idée souvent reçue. Le schéma trifonctionnel indo-européen démontré par Dumézil (souveraineté, guerre, production) n’avait pas de transposition réelle. L’existence d’un clergé ou collège sacerdotal de « très sachant » (le sens du mot celtique « druide ») est controversée, même si le prêtre indo-européen ou *bhlagmen (latin flamen, sanscrit brahman) existait bel et bien. Difficile de savoir si cette fonction était sacerdotale comme chez les Celtes et les Slaves, ou élective comme les godar germaniques et les prêtres du Latium et de Grèce.

Ce citoyen était un soldat et un paysan. Il alternait l’épée et la charrue selon les périodes de l’année. Le vieux romain du temps de la république se serait certainement reconnu dans son ancêtre indo-européen. Les Indo-Européens avaient domestiqué le cheval, qui leur donnait l’ascendant au combat, et tous les animaux d’élevage traditionnel. Le porc (*sus) avait notamment un rôle important, et sa possession était un signe de richesse. Des troupeaux de bœufs (*gwous) ou d’ovins (*owis) étaient conduits de pâturage en pâturage par les ancêtres indo-européens des cow-boys, les *poymenês ou « bergers ».

Les *Aryōs étaient probablement installés en cités (*wastu) autour d’une colline où était établie une citadelle (*pelis). Ils n’étaient pas des nomades, encore moins une aristocratie guerrière imposant sa domination à des peuples étrangers. Sans la technologie moderne, sans l’écriture certes, ils ne différaient pourtant guère de nous. Européens avant que le mot même n’existe.

Leur religion était celle d’hommes libres. Les dieux étaient honorés autour de sanctuaires de bois,  avec des « idoles » de bois pour les personnifier et servant d’objet intermédiaire pour les contacter. Tous savaient que les dieux vivaient au ciel (*akmon, un « ciel de pierre ») et pas dans des sculptures. Ils possédaient sans doute des temples de bois (*temenom) réservés aux prêtres. Les figures divines étaient aussi bien masculines que féminines, sans que les unes aient un ascendant sur les autres, à l’exception du ciel-père (*dyeus) et de la terre-mère (*dhghōm), son épouse. Le rapport entre l’homme et le dieu n’était pas celui entre un esclave et son maître, mais entre amis, même si l’un était mortel et l’autre immortel. Les dieux se mêlaient aux mortels et parfois s’unissaient à certains d’entre eux, faisant naître des héros et des protecteurs. Ils n’avaient pas besoin de créer un mot comme « laïcité » car ils l’étaient par nature.

Les *Aryōs se méfiaient en effet de la magie et de toutes les spéculations métaphysiques. Leur bon sens les faisait préférer une religion simple avec de grandes figures divines préposées à des fonctions spécifiques. Il aurait été aberrant d’honorer la déesse de la terre avant d’aller au combat ou le dieu du ciel pendant qu’on ramassait les récoltes. Le rite avait au moins autant d’importance que la foi. Le contrat signé entre les dieux et les hommes devait être renouvelé. Et si les dieux étaient courroucés, comme lorsqu’un protecteur puissant vous fait défaut, il fallait les apaiser en sacrifiant des animaux d’élevage, tout en conservant les bons morceaux pour les hommes. Les dieux devaient se contenter d’humer l’odeur de la viande brûlant sur l’autel du haut de leur royaume céleste. Ils étaient modernes dans une époque qui ne l’était pas. Et c’est ainsi qu’ils purent être à la source de trois grandes civilisations (Europe, Perse, Inde) qui rayonnent encore aujourd’hui. Les mots « démocratie », « république », « laïcité » ou « égalité » leur étaient inconnus. Mais ils les vivaient.

Thomas FERRIER (LBTF, Le Parti des Européens)

00:51 Publié dans Histoire, Institutions européennes, Religion | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Soleil et lune / mâle et femelle.

http://thomasferrier.hautetfort.com/media/00/00/2385045191.png

soleil,lune,masculin,féminin,inversionLes mythologies anciennes évoquent deux figures majeures, deux déités parmi les plus importantes, à savoir le Soleil et la Lune. En français, langue héritière du latin, il n’y a aucun doute. Soleil masculin, Lune féminine. Comme le Sol et la Luna romains. Pourtant ces deux astres, selon les peuples, ne sont pas associés au même sexe et c’est ce que je vais m’efforcer d’analyser dans cet article.

Chez les Indo-Européens indivis, la tribu des *Aryōs que j’évoquerai dans un prochain article, les choses sont assez simples. Le Soleil,*Sawel ou *Sawelyos), comme l’indique la forme finale en –os, est masculin, tandis que la lune, sous ses deux noms, *mens et *louksna (« la lumineuse »), est féminine. Le dieu du soleil est le fils du dieu du ciel et forme avec ses deux frères, le feu du ciel intermédiaire (foudre) et le feu terrestre, une triade. Ainsi en Grèce Apollon (substitut d’Hélios), Arès et Héphaïstos sont les trois fils de Zeus.

En Grèce, le soleil est représenté par au moins trois divinités, toutes masculines, à savoir Hélios lui-même, le Soleil personnifié, mais aussi son père, le titan Hypérion (« le très haut ») et Apollon, seul olympien au sens strict, surnommé Phoebos. De la même façon, la lune est associée à plusieurs déesses comme Selênê (*louksna) ou Mênê (*mens), mais aussi l’olympienne Artémis, déesse-ourse de la chasse, et la sombre magicienne Hécate. La lune est un astre mystérieux et inquiétant pour les anciens Grecs, à la différence du soleil souverain, dont la puissance est généralement bienfaitrice, même si parfois les rayons du soleil, qu’Apollon envoie grâce à son arc, sèment aussi la mort. En revanche, à Rome même, Sol et Luna sont des divinités très marginales, rapidement remplacées dans leur rôle céleste par Apollon et Diane.

Chez les Indo-Européens d’orient, et ce sans doute sous l’influence de la religion mésopotamienne, soleil et lune sont deux divinités masculines, ainsi Hvare et Mah en Iran ou encore Surya et Chandra Mas (*louksna *mens, pour la première fois associée). Les Arméniens par contre respectent bien le schéma indo-européen, avec le viril Arev, selon une variante du nom du soleil qu’on retrouve dans le sanscrit Ravi, et la douce Lusin (*louksna). Enfin, en Albanie aussi, on retrouve un soleil masculin (Dielli) et une lune féminine (Hëna).

En revanche, chez les peuples du nord de l’Europe, étrangement, le sexe de l’un et de l’autre s’est inversé, sauf chez les Celtes où ces deux divinités ont une place de toute façon si marginale qu’il est presque impossible de les identifier, remplacés par le dieu Belenos et sans doute la déesse Đirona. Chez les Germains, si Balder est l’Apollon scandinave, le soleil est une déesse (germanique Sunna, nordique Sol) alors que la lune est son frère (nordique Mani). De même, les Baltes possèdent une déesse solaire puissante (lituanienne Saulè) et un dieu lunaire aux accents guerriers (lituanien Menulis, letton Menuo). Cette étrange inversion s’explique peut-être par l’idée que le soleil du nord était davantage doux pour les hommes, mais on verra par la suite que cette hypothèse est douteuse.

Les Slaves quant à eux préfèrent maintenir une certaine ambiguïté. Si le soleil est clairement masculin, sous la forme du Khors (Хорс) d’origine sarmatique ou du Dazbog slave, alors que son nom neutre « solntse » ne désigne que l’astre et aucunement une divinité, la lune n’est pas nécessairement féminine. Messiats (Месяц) est une divinité qui peut apparaître aussi bien comme un dieu guerrier que comme une déesse pacifique.

La mythologie indo-européenne, malgré une inversion localisée dans le Nord-est de l’Europe, et une influence mésopotamienne évidente en Orient, a donc conservé l’idée d’un couple de jumeaux, le dieu du soleil et la déesse de la lune, tous deux nés de l’amour du ciel de jour et de la nuit (la Léto grecque, qui est aussi la Ratri indienne, déesse de la nuit).

En Egypte et à Sumer, pays où la chaleur du soleil pouvait être écrasante, le soleil est clairement une divinité mâle, mais la lune n’est pas davantage envisagée comme son opposé. L’Egypte dispose ainsi de plusieurs dieux solaires de première importance, comme Râ et Horus (Heru), et aussi de leurs multiples avatars, comme Ammon, le soleil caché, et Aton, le soleil visible. Le Soleil a même une épouse et parèdre, Rât. Il est le dieu suprême, alors que le ciel est féminin (Nout) et la terre est masculine (Geb), inversion étrange qu’on ne retrouvera pas ailleurs. La Lune est elle aussi masculine. C’est le dieu Chonsu, au rôle religieux des plus limités. De même les Sumériens disposent de deux divinités masculines, en la personne d’Utu, le Soleil comme astre de justice, et Nannar, la Lune.

Lorsque les peuples sémitiques quittèrent leur foyer d’Afrique de l’Est ou de la pointe sud-ouest de l’Arabie, leur mythologie rencontra celle des Mésopotamiens. A l’origine, le Soleil chez les Sémites est une déesse du nom de *Śamšu alors que la Lune est masculine, *Warihu. Chez un peuple qu’on associe à un environnement semi-désertique, c’est assez surprenant. Lorsque les Sémites envahirent Sumer, ils adaptèrent leur panthéon à celui des indigènes. Si la lune resta masculine sous la forme du dieu Sîn, dont l’actuel Sinaï porte le nom, le soleil devint également masculin. A l’Utu sumérien succéda le Shamash babylonien, dans son rôle identique de dieu qui voit tout et juge les hommes. Mais en Canaan et chez les Arabes, « la » Soleil survécut. Shapash était la déesse ouest-sémitique du soleil, présente aussi bien chez les anciens Judéens que dans le reste de Canaan et jusqu’à Ugarit, et Shams la déesse sud-sémitique, présente encore à l’époque de Muhammad dans tout le Yémen.

Un dieu soleil et une déesse lune chez les Indo-Européens, une déesse soleil et un dieu lune chez les Sémites, comme d’ailleurs chez les peuples Turcs et Finno-ougriens, et sans doute chez les peuples nomades en général, un soleil et une lune tous deux masculins en Egypte et à Sumer, voilà une situation bien complexe. Pourquoi attribuer à l’un ou à l’autre un genre en particulier ?

On comprend bien que la lune, liée à des cycles, puisse être associée à la femme, elle-même soumise à un cycle menstruel, terme qui rappelle d’ailleurs justement le nom indo-européen de la lune (*mens). Et de même le soleil, astre ardent qui brûle la peau de celui qui ne s’en protège pas, qui voit tout et qui sait tout, est logiquement masculin. Mais ce raisonnement ne vaut que pour les Indo-Européens. L’idée d’une lune féminine leur est propre, alors qu’elle est masculine partout ailleurs, de l’Egypte jusqu’à l’Inde.

Thomas FERRIER (LBTF/Le Parti des Européens)

00:09 Publié dans Histoire, Religion | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : soleil, lune, masculin, féminin, inversion | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

07/02/2016

Les animaux sacrés et leur nom tabou chez les Indo-Européens

religion.pngbears.jpgLes Indo-Européens associaient généralement les grands prédateurs, qu’ils admiraient, à leur dieu de la guerre (*Maworts). Deux espèces parmi toutes étaient particulièrement honorées, à savoir l’ours (*ərktos) et le loup (*wlkwos), reconnus pour leur esprit combatif. Les guerriers sacrés du monde germanique se partageaient d’ailleurs entre les Berserkir (guerriers-ours) et les Ulfhednar (guerriers-loups).

Ces animaux étant admirés et en même temps pour les mêmes raisons très craints, les peuples indo-européens connurent une étrange pratique, à savoir tabouiser le nom originel de l’animal, de peur que de l’appeler par son nom véritable ne l’attire. C’est notamment le cas de l’ours.

Son nom indo-européen *ərktos a été conservé au sein de peuples qui n’étaient pas amenés à le côtoyer régulièrement. C’est ainsi que les Grecs continuèrent de l’appeler αρκτος, même si en grec moderne son nom devint féminin (αρκουδα), de même que les Latins l’appelèrent ursus et les anciens Indiens ṛksas (et aussi arménien arj, vieux-perse arša, farsi xers). Plus surprenant encore, les Basques s’approprièrent le nom indo-européen de cet animal sans doute de bonne heure en le nommant hartz.

Le monde celte pour qui l’ours symbolisait la royauté conserva également son nom, en gaulois *artos, en gallois moderne arth, en breton arzh. Le roi Arthur était ainsi un grand roi (ardri) ours alors que Merlin l’enchanteur apparaissait dans le rôle du druide suprême (ardrui).

Mais progressivement le nom de l’animal devint un secret. Ainsi les Ecossais l’appelèrent math « le bon » pour atténuer son légendaire courroux, et les Irlandais modernes le nomment en gaélique béar, qui n’est autre qu’un emprunt à l’anglais bear.

Ce dernier terme est un emprunt aux langues germaniques (anglais bear, allemand Bär, suédois björn) et signifie « le brun ». Les peuples germano-scandinaves en effet craignaient davantage le loup, tout comme en général les peuples du nord, à l’exception des Celtes. En le surnommant par sa couleur, les Germains évitaient ainsi sa rencontre. Ce raisonnement fut exactement le même dans le monde slave, où l’ours devient le « mangeur de miel » (russe медведь), et dans le monde balte où il fut appelé locys en lituanien (lācis en letton), « le lècheur ».

Alors que les Celtes ne semblaient donc pas craindre l’ours, il en fut différemment du loup, plutôt associé au monde des morts. C’est lui qu’ils choisirent de tabouiser. Si le nom gaulois originel du loup fut sans doute *volcos, très vite ce dernier terme fut remplacé par bledos, « le gris ». C’est ainsi qu’en breton le loup est bleiz (cornique bleydh, gallois blaidd, gaélique faol).

Les autres peuples indo-européens en revanche conservèrent tous son nom traditionnel *wlkwos (grec λυκος, latin lupus, scandinave ulfr, sanscrit vṛkas, russe волк, lituanien vilkas, arménien gayl).

Le « brun » et le « gris », associés pourtant défavorablement par exemple dans le Roman de Renart, étaient donc des animaux consacrés à la royauté et à la guerre chez les Indo-Européens. Le Mars romain, dieu des loups, rappelle que les anciennes confréries guerrières (Männerbund) aimaient se comparer à une meute. Le loup, tout comme l’ours, est également un animal-guide. C’est un loup d’acier (gelezinis vilkas) qui guida le roi lituanien Gediminas vers la colline où il devait construire Vilnius, sa future capitale. Quant au mythe de Romulus et Rémus nourris par une louve, cela rappelle l’enfant-loup de la tradition indienne (« Mowgli »).

Songeons aussi à la déesse-ourse, divinité vierge gardienne des forêts et chasseresse, l'Artio celte mais aussi l'Ar(c)témis grecque. Les jeunes filles se déguisaient en ourses au moment du passage à l'adolescence dans la Grèce classique.

Enfin, ce mythe selon lequel Arthur reviendrait d’Avallon ramener la paix sur la Bretagne est évidemment une comparaison avec l’ours qui hiberne dans sa grotte. C’est le thème du « retour du roi » qu’on retrouve aussi dans le monde germanique associé à l’empereur Frédéric.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens/LBTF)

23:20 Publié dans Analyses, Religion | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : loup, ours, tabou | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

29/01/2016

Du mot proto-indo-européen *deywos.

Indo-europ+®ens_thorn.png

zeus.pngQu’est-ce qu’un *deywos, mot qui a abouti au latin deus et au français « dieu » ? D’autres termes pour désigner les divinités ont été employés par les Indo-Européens indivis, à l’instar de *ansus, « esprit divin » [scandinave Ass, indien Asura) ou de *dhesos, « celui qui est placé (dans le temple) » [grec theos] et bien sûr le terme germanique *gutaz désignait « celui qu’on invoque », mais *deywos aura été le plus courant et le mieux conservé puisqu’on le retrouve à peu près partout (gaulois devos, germano-scandinave tyr, balte dievas, sanskrit devas, latin deus, iranien daeva).

La racine de *deywos est bien connue, et on la retrouve dans le nom de *dyeus, le « ciel diurne », à la fois phénomène physique et divinité souveraine. On peut la traduire par « céleste » aussi bien que par « diurne » mais aussi par « émanation de *dyeus ».

La divinité suprême *Dyeus *Pater est en effet l’époux d’une parèdre du nom de *Diwni (« celle de *dyeus ») qui est le nom marital de la déesse de la terre, son épouse naturelle, formant le couple fusionnel dyavaprithivi dans l’Inde védique. Les *Deywôs sont donc les fils de *Dyeus, tout comme les *Deywiyês (ou *Deywâs) sont ses filles.  C’est leur façon de porter le nom patronymique de leur divin géniteur.

Les *Deywôs sont donc par leur nom même les enfants du ciel, ce qui place leur existence sur un plan astral, l’ « enclos des dieux » (le sens même du mot *gherdhos qu’on retrouve dans Asgard, le royaume divin des Scandinaves) étant situé sur un autre plan que le monde des hommes mais placé systématiquement en hauteur, généralement à la cime de la plus haute montagne ou de l’arbre cosmique, ou au-delà de l’océan, dont la couleur est le reflet du ciel bleu, dans des îles de lumière (Avallon, Îles des Bienheureux…).

Mais ils forment aussi une sainte famille, autour du père céleste et de la mère terrestre, l’un et l’autre régnant dans un royaume de lumière invisible aux yeux des hommes. 

Toutefois, le ciel diurne ne s’oppose au ciel de nuit que dans une certaine mesure. Sous l’épiclèse de *werunos, le dieu « du vaste monde » [grec Ouranos, sanscrit Varuna], *Dyeus est aussi le dieu du ciel en général, les étoiles étant depuis toujours les mânes des héros morts, souvenir que les Grecs lièrent au mythe d’Astrée, déesse des étoiles et de la justice, qui abandonna le monde en raison des pêchés des hommes. Astrée elle-même n’était autre que la déesse *Stirona indo-européenne que les Celtes conservèrent sous le nom de Đirona (prononcer « Tsirona ») et que les Romains associèrent à Diane.

Quant à la parèdre de *Dyeus, on la retrouve sous les noms de Diane et de Dea Dia à Rome, de Dziewona en Pologne pré-chrétienne et de Dionê en Grèce classique, celle-là même qu’on donne pour mère d’Aphrodite. De même la déesse de l’aurore (*Ausos) est dite « fille de *Dyeus » [*dhughater *Diwos], terme qu’on retrouve associé à Athéna mais aussi plus rarement à Aphrodite.

*Diwni, l’épouse du jour, devient *Nokwts, la nuit personnifiée. Le *Dyeus de jour cède alors la place au *Werunos de nuit. Tandis que les autres *Deywôs dorment, *Dyeus reste éveillé. L’idée d’un dieu du jour et de la nuit, donc aux deux visages, est à rapprocher du Janus romain, dieu des commencements, époux alors de la déesse de l’année *Yera (Héra) ou de la nouvelle année (Iuno).

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

16:30 Publié dans Histoire, Religion | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : *deywos, deus, dieu, *dyeus, *diwni, ciel diurne | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

17/01/2016

Sol Invictus et le monothéisme solaire.

http://thomasferrier.hautetfort.com/media/01/02/229287637.png

Racines.

sol invictus,monothéisme,paganisme,empire romain,mondialisme,christianismeDans la tradition égyptienne ancienne, le dieu le plus important du panthéon était le Soleil, qui était honoré sous différents noms selon les cités, mais qui portait dans toute l’Egypte le nom de Rê. En tant qu’Atoum-Rê, il apparaissait comme le dieu créateur du monde et sous les traits d’Amon-Rê comme un dieu souverain. Rê était également appelé Horus (Heru), sous la forme d’Horus l’ancien comme sous celle du fils d’Osiris et d’Isis. Le dieu Horus, son avatar sur la terre, aurait même guidé le peuple égyptien, à l’époque où ses ancêtres venaient d’Afrique du nord, sur cette nouvelle terre noire (Kemet) qui finit par porter son nom.

C’est la barque de Rê qui garantissait chaque jour l’ordre cosmique contre les forces de destruction et de chaos incarnées par le serpent Apep (« Apophis »). A sa proue, le dieu orageux Set combattait le dit serpent, avant que la tradition populaire tardive ne finisse par le confondre avec lui et n’en fasse plus que le meurtrier d’Osiris.

L’importance du culte solaire fut telle que le roi Amenhotep IV, plus connu sous celui d’Akhenaton, en fit son culte unique et fut le premier à créer un monothéisme solaire lié à sa personne, honorant le disque solaire divinisé (Aton). Les seuls prêtres et intercesseurs d’Aton vis-à-vis des hommes étaient le pharaon lui-même et son épouse Nefertiti. Son culte s’effondra à sa mort et les prêtres d’Amon veillèrent à ce que son nom disparaisse des inscriptions.

Mais en revanche dans la tradition indo-européenne, dont Grecs et Romains (notamment) seront les héritiers, le dieu du soleil est un dieu parmi d’autres et jamais le premier. Aux temps de l’indo-européanité indivise, ce dieu se nommait *Sawelyos et monté sur un char tiré par des chevaux blancs, il tournait autour de l’astre portant son nom. Le dieu suprême était son père *Dyeus, le dieu du ciel et de la lumière. Parmi les fils de *Dyeus qu’on nommait les *Deywôs (les « dieux »), trois étaient liés au feu, en conformité avec le schéma dumézilien des trois fonctions et sa version cosmique analysée par Haudry. Il y avait en effet le feu céleste (Soleil), le feu du ciel intermédiaire (Foudre) et le feu terrestre (Feu). De tous les fils de *Dyeus, le plus important était celui de l’orage et de la guerre (*Maworts), qui parfois devint le dieu suprême chez certains peuples indo-européens (chez les Celtes avec Taranis, chez les Slaves avec Perun, chez les Indiens avec Indra). Le dieu du soleil était davantage lié aux propriétés associées à l’astre, donc apparaissait comme un dieu de la beauté et aussi de la médecine. Ce n’était pas un dieu guerrier.

A Rome même, le dieu Sol surnommé Indiges (« Indigène ») était une divinité mineure du panthéon latin. Il était né le 25 décembre, à proximité du solstice d’hiver. Dans ce rôle solaire, il était concurrencé par le dieu de l’impulsion solaire, Saturne, dont le nom est à rapprocher du dieu indien Savitar, avant d’être abusivement associé au Cronos grec.

En Grèce enfin, selon un processus complexe, les divinités du soleil, de la lune et de l’aurore se sont multipliées. L’Aurore était donc à la fois Eôs, l’Aurore personnifiée, mais aussi Athéna dans son rôle de déesse de l’intelligence guerrière et Aphrodite dans celui de déesse de l’amour. Et en ce qui concerne le Soleil, il était à la fois Hêlios, le fils d’Hypérion (qui n’était autre que lui-même), et Apollon, le dieu de la lumière, des arts et de la médecine. Cette confusion entre ces deux dieux fut constamment maintenue durant toute l’antiquité.

Evolution.

sol invictus,monothéisme,paganisme,empire romain,mondialisme,christianismeIIIème siècle après J.C. L’empire romain est en crise. A l’est, les Sassanides, une Perse en pleine renaissance qui rêve de reconstituer l’empire de Darius. Au nord, les peuples européens « barbares » poussés à l’arrière par des vagues asiatiques et qui rêvent d’une place au soleil italique et/ou balkanique.

Le principat, qui respectait encore les apparences de la république, tout en ayant tous les traits d’un despotisme éclairé, a explosé. Place au dominat. Victoire de la conception orientale du pouvoir sur la vision démocratique indo-européenne des temps anciens. L’empereur n’est plus un héros en devenir (divus) mais un dieu incarné (deus). Il est le médiateur de la puissance céleste et des hommes, à la fois roi de fait et grand pontife. Le polythéisme romain était pleinement compatible avec une conception républicaine du monde, comme l’a montré Louis Ménard. Empereur unique, dieu unique.
Si le christianisme comme religion du pouvoir d’un seul était encore trop marginal pour devenir la religion de l’empereur, un monothéisme universaliste s’imposait naturellement dans les têtes. Quoi de plus logique que de représenter l’Un Incréé de Plotin par le dieu du soleil, un dieu présent dans l’ensemble du bassin méditerranéen et donc apte à unir sous sa bannière des peuples si différents. Mondialisme avant la lettre. Cosmopolitisme d’Alexandre. Revanche des Graeculi sur les vrais Romani, d’Antoine sur Octavien.

C’est ainsi que naquit un monothéisme solaire autour du nom de Sol Invictus, le « Soleil Invaincu » et/ou le « Soleil invincible ». Le dieu syrien El Gabal, les dieux solaires égyptiens et l’iranien Mithra, enfin le pâle Sol Indiges, le froid Belenos et Apollon en un seul. Le monothéisme solaire d’Elagabale, mort pour avoir eu raison trop tôt, de Sévère Alexandre, qui ouvrit même son panthéon à Jésus, puis d’Aurélien, s’imposa. Certes Sol n’était pas l’unique « deus invictus ». Jupiter et Mars furent aussi qualifiés de tels, et il est vrai que de tous les dieux romains, Mars était le seul légitime en tant que déité de la guerre à pouvoir porter ce nom.

En réalité, « Sol Invictus » fut l’innovation qui facilita considérablement au final la victoire du christianisme. Constantin, qui était un dévot de ce dieu, accepta de considérer Jésus Christ, que des auteurs chrétiens habiles désignèrent comme un « soleil de justice » (sol iustitiae) comme une autre expression de ce même dieu. Le monothéisme « païen » et solaire de Constantin, épuré de tout polythéisme, comme sous Akhenaton, et le monothéisme chrétien fusionnèrent donc naturellement. Le jour du soleil fut dédié à Jésus, tout comme celui-ci désormais fut natif du 25 décembre. Jésus se vit représenté sous les traits d’un nouvel Apollon, aux cheveux blonds, à la fois Dieu incarné et homme sacrifié pour le salut de tous.

Au lieu de s’appuyer sur le polythéisme de leurs ancêtres, les empereurs romains, qui étaient tous des despotes orientaux, à l’instar d’un Dioclétien qui exigeait qu’on s’agenouille devant lui, à l’instar d’un shah iranien, voulurent faire du christianisme contre le christianisme. Dioclétien élabora une théologie complexe autour de Jupiter et d’Hercule. Le héros à la massue devint une sorte de Christ païen, de médiateur, qui s’était sacrifié sur le mont Oeta après avoir vaincu les monstres qui terrifiaient l’humanité et avait ainsi accédé à l’immortalité.

Et l’empereur Julien lui-même se fit un dévot du Soleil Invincible, sans se rendre compte un instant qu’il faisait alors le plus beau compliment au monothéisme oriental qu’il pensait combattre. Il osa dans ses écrits attribuer la naissance de Rome non au dieu Mars mais à Hélios apparu dans un rôle fonctionnel guerrier. Le monothéisme solaire a pourtant permis au christianisme de s’imposer, à partir du moment où l’empereur a compris que l’antique polythéisme était un obstacle moral à l’autocratie. Constantin alla simplement plus loin qu’Aurélien dans sa volonté d’unir religieusement l’empire. Jesus Invictus devint le dieu de l’empire romain.

Le monothéisme autour de Sol Invictus, loin d’être la manifestation d’une résistance païenne, était au contraire la preuve de la victoire des valeurs orientales sur une Rome ayant trop négligé son héritage indo-européen en raison d’un universalisme suicidaire. Cela nous rappelle étrangement la situation de l’Europe contemporaine.

Thomas FERRIER (PSUNE/LBTF)

Note: Mithra à l’origine n’est pas un dieu solaire. C’était la fonction de l’ange « adorable » zoroastrien Hvar (Khorsid en moyen-perse). Il incarnait au contraire le dieu des contrats, de la parole donnée et de la vérité, à l’instar du Mitra indien. Par la suite, il récupéra des fonctions guerrières aux dépens d’Indra désormais satanisé (mais réapparu sous les traits de l’ange de la victoire, Verethragna). Enfin il finit par incarner le Soleil en tant qu’astre de justice. Le Mithras « irano-romain », évolution syncrétique ultérieure, conserva les traits solaires du Mithra iranien tardif. Il fut également associé au tétrascèle solaire (qualifiée de roue de Mithra, Garduneh-e Mehr, ou de roue du Soleil, Garduneh-e Khorsid) qui fut repris dans l’imagerie christique avant d’être utilisé deux millénaires plus tard par un régime totalitaire.

16/05/2015

Le dieu cornu des Indo-Européens

http://thomasferrier.hautetfort.com/media/01/02/229287637.png

pan,faunus,hermès,cernunnos,cornu,commerce,chemins,psychopompeDe toutes les figures divines du panthéon proto-indo-européen, celle du dieu « cornu » est la plus complexe et la moins analysée. Elle est pourtant essentielle, même si son importance n’est pas comparable à celle du dieu de l’orage, dont il est souvent le compagnon de lutte mais parfois aussi l’adversaire. On le retrouve chez presque tous les peuples indo-européens, à l’exception notable des Germains même si, on le verra, il est possible d’y retrouver sa trace. Son nom originel était sans doute *Pauson, « celui qui guide ». Représenté avec deux cornes, il fut alors surnommé chez certains peuples le dieu « cornu ».

Chez les Grecs, l’équivalent en toutes choses de *Pauson était le dieu Pan. Son nom, qui ne signifiait pas « tout », comme une étymologie populaire le proposait, dérive directement de son ancêtre indo-européen. Pan est justement représenté cornu avec des pieds de bouc. Il était le dieu des troupeaux, qu’il protégeait contre les loups. C’est là un de ses rôles les plus anciens. On le dit natif d’Arcadie, une région de collines où il était très sollicité par les bergers du Péloponnèse. Son nom a également donné celui de « panique », car on dotait Pan de la capacité d’effrayer les ennemis.

Pan n’était pas le fils de n’importe quel dieu. Il était celui d’Hermès avec lequel il se confond. Comme souvent chez les Grecs, un même dieu indo-européen pouvait prendre plusieurs formes. On confondait ainsi Eôs et Aphrodite ou encore Hélios et Apollon. Le premier portait le nom originel, le second celui d’une épiclèse devenue indépendante. Pan et Hermès étaient dans le même cas de figure. Hermès disposait de la plupart des rôles auparavant dévolus à celui dont les Grecs feront paradoxalement le fils. Il était le dieu des chemins et lui aussi conducteur des troupeaux. On raconte que dans ses premières années il déroba le troupeau dont Apollon avait la garde. C’était le dieu des voleurs et le dieu qui protégeait en même temps contre le vol. Il était aussi le gardien des frontières, d’où sa représentation sous forme d’une borne, tout comme le dieu latin Terminus. Il était également le dieu du commerce et de l’échange, le protecteur des marchands. Enfin, Hermès était un dieu psychopompe, conduisant les âmes des morts aux Champs Elyséens ou dans le sombre royaume d’Hadès.

En Inde, l’homologue de Pan était le dieu Pusan. A la différence de Pan, Pusan avait conservé l’intégralité de ses prérogatives. Il était dieu psychopompe, emmenant les âmes chez Yama. Il protégeait les voyageurs contre les brigands et les animaux sauvages. Ce dieu offrait à ceux qu’il appréciait sa protection et la richesse symbolisée par la possession de troupeaux. Son chariot était conduit par des boucs, là encore un animal associé au Pan grec.

Le dieu latin Faunus, qui fut associé par la suite non sans raison avec Pan, se limitait à protéger les troupeaux contre les loups, d’où son surnom de Lupercus (sans doute « tueur de loup »), alors que Mars était au contraire le protecteur de ces prédateurs. Son rôle était donc mineur. Le dieu des chemins était Terminus et le dieu du commerce, lorsque les Romains s’y adonnèrent, fut Mercure, un néologisme à base de la racine *merk-. Faunus était également le dieu des animaux sauvages auprès de Silvanus, dieu des forêts.

Enfin, le dieu lituanien Pus(k)aitis était le dieu protecteur du pays et le roi des créatures souterraines, avatar déchu d’une grande divinité indo-européenne mais qui avait conservé son rôle de gardien des routes et donc des frontières.

Les autres peuples indo-européens, tout en conservant la fonction de ce dieu, oublièrent en revanche son nom. Les Celtes ne le désignèrent plus que par le nom de Cernunnos, le dieu « cornu ». En tant que tel, il était le dieu de la richesse de la nature, le maître des animaux sauvages comme d’élevage, le dieu conducteur des morts et un dieu magicien. Il avait enseigné aux druides son art sacré, d’où son abondante représentation en Gaule notamment. Sous le nom d’Hernè, il a pu s’imposer également chez les Germains voisins. Représenté avec des bois de cerf et non des cornes au sens strict, il était le dieu le plus important après Taranis et Lugus. En revanche, en Bretagne et en Irlande, il était absent. Son culte n’a pas pu traverser la Manche. Chez les Hittites, le dieu cornu Kahruhas était son strict équivalent mais notre connaissance à son sujet est des plus limités.

Dans le panthéon slave, les deux divinités les plus fondamentales était Perun, maître de l’orage et dieu de la guerre, et Volos, dieu des troupeaux. Même si Volos est absent du panthéon officiel de Kiev établi par Vladimir en 980, son rôle demeura sous les traits de Saint Basile (Vlasios) lorsque la Rous passa au christianisme. Il était notamment le dieu honoré sur les marchés, un lieu central de la vie collective, d’où le fait que la Place Rouge de Moscou est jusqu’à nos jours dédiée à Basile. Volos n’était pas que le dieu des troupeaux. Il était le dieu des morts, ne se contentant pas de les conduire en Nav, le royaume des morts, même si la tradition slave évoque éventuellement un dieu infernal du nom de Viy. Il apportait la richesse et la prospérité en même temps que la fertilité aux femmes. Dieu magicien, il était le dieu spécifique des prêtres slaves, les Volkhvy, même si ces derniers avaient charge d’honorer tous les dieux. Perun et Volos s’opposaient souvent, le dieu du tonnerre n’hésitant pas à le foudroyer car Volos n’était pas nécessairement un dieu bon, et la tradition l’accusait d’avoir volé le troupeau de Perun. Une certaine confusion fit qu’on vit en lui un avatar du serpent maléfique retenant les eaux célestes, qui était Zmiya dans le monde slave, un dragon vaincu par la hache de Perun, tout comme Jormungandr fut terrassé par Thor dans la mythologie scandinave.

Dans le monde germanique, aucun dieu ne correspond vraiment au *Pauson indo-européen. La société germano-scandinave n’était pas une civilisation de l’élevage, et les fonctions commerciales relevaient du dieu Odin. Wotan-Odhinn, le grand dieu germanique, s’était en effet emparé de fonctions relevant de Tiu-Tyr (en tant que dieu du ciel et roi des dieux), de Donar-Thor (en tant que dieu de la guerre). Il existait certes un Hermod, dont le nom est à rapprocher de celui d’Hermès, mais qui avait comme seul et unique rôle celui de messager des dieux. Mais c’est sans doute Freyr, dont l’animal sacré était le sanglier, qui peut être considéré comme le moins éloigné de *Pauson. Frère jumeau de Freyja, la déesse de l’amour, il incarnait la fertilité sous toutes ses formes mais était aussi un dieu magicien. On ne le connaît néanmoins pas psychopompe, pas spécialement dédié non plus au commerce, ni à conduire des troupeaux. Wotan-Odhinn là encore était sans doute le conducteur des morts, soit en Helheimr, pour les hommes du commun, soit au Valhöll, pour les héros morts au combat. Le *Pauson proto-germanique a probablement disparu de bonne date, remplacé dans tous ses rôles par plusieurs divinités.

*Pauson était donc un dieu polyvalent. En tant que dieu des chemins, dieu « guide », ce que son nom semble signifier, il patronnait toutes les formes de déplacement, les routes mais aussi les frontières et les échanges. Il était en outre le dieu des animaux sauvages et des troupeaux, qu’il conduisait dans les verts pâturages. Il conduisait même les âmes morts aux Enfers et délivrait aux hommes les messages des dieux, même si ce rôle de dieu messager était partagé avec la déesse de l’arc-en-ciel *Wiris (lituanienne Vaivora, grecque Iris). C’était un dieu qui maîtrisait parfaitement les chemins de la pensée humaine. Les Grecs firent ainsi d’Hermès un dieu créateur et même celui de l’intelligence théorique aux côtés d’Athéna et d’Héphaïstos. Ils lui attribuèrent l’invention de l’écriture et même de la musique. Il est logique d’en avoir fait un magicien, capable de tous les tours et de tous les plans, y compris de s’introduire chez Typhon pour récupérer les chevilles divines de Zeus ou de libérer Arès, prisonnier d’un tonneau gardé par les deux géants Aloades. Sous les traits du romain Mercure, main dans la main avec Mars, il finit par incarner la puissance générée par le commerce, facteur de paix et de prospérité pour la cité autant que les légions à ses frontières.

Son importance était telle que les chrétiens annoncèrent sa mort, « le grand Pan est mort », pour signifier que le temps du paganisme était révolu. Pourtant il ne disparut pas, alors ils en firent leur Diable cornu et aux pieds de bouc. Il conserva ainsi son rôle de dieu des morts mais uniquement pour les pêcheurs, les vertueux accédant au paradis de Dieu.

Thomas FERRIER (PSUNE/LBTF)

23:35 Publié dans Analyses, Religion | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : pan, faunus, hermès, cernunnos, cornu, commerce, chemins, psychopompe | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

08/03/2015

Lexique du partisan européen - "Paganisme"

PAGANISME

paganisme,europe,renaissance,olympe,asgard,polythéismeNom donné aux religions polythéistes, et notamment d’Europe, aux IVème et Vème siècle, par les partisans de la religion chrétienne. Le paganus ou « païen » signifie stricto sensu « homme du pays », « national ». Il s’oppose à l’alienus, « étranger ». En religion, le païen est tenant de la religion native, alors que le chrétien défend une religion certes à vocation universaliste mais néanmoins importée du Proche-Orient, le monothéisme étant apparu dans un contexte spécifique (fin du VIIème siècle avant notre ère, sous le règne du roi judéen Josias) au sein d’un peuple spécifique (les habitants des royaumes de Juda et d’Israël).

En Europe, le « paganisme » relève pour l’essentiel de la tradition polythéiste indo-européenne, reposant sur l’existence d’un couple divin formé du dieu du ciel diurne et de la lumière et de la déesse de la terre et de la fertilité. Ce dieu est *Dyeus *Pater, qui a donné en grec Zeus Patêr et en latin Dius Pater (devenu Jupiter). Son épouse est surnommé *Diwni (grec Dionê), celle de *Dyeŭs, bien que son nom soit en réalité*Dhghōm *Mater (Dêmêtêr, la « Terre Mère »). Ce couple a engendré les *Deywōs ou « dieux », dont le sens est « célestes » ou plus précisément (« ceux [nés] de Dyeŭs »), qui ont en charge des domaines bien spécifiques, notamment le patronage des astres, des éléments de la nature ou des phénomènes atmosphériques mais aussi, par association d’idées, des fonctions humaines. Ainsi sont intimement liés aurore et amour, feu et forge, ou encore orage et guerre. Ce sont des associations symboliques, la couleur rouge par exemple, ou l’image que la guerre est sur terre ce que la tempête est au ciel.

Le « paganisme » a été la religion d’une grande partie du monde. Il existait dès les premières expressions de religiosité par l’humanité, donc au moins dès le paléolithique. C’est la religion originelle de l’humanité, qu’on admette une origine unique ou plurielle de cette dernière. Il est aussi la religion des anciens Judéens (« Cananéens ») avant qu’ils ne passent au monothéisme.

Les caractéristiques du « paganisme » sont de porter un sentiment identitaire naturel, donc un attachement « national » aux dieux ancestraux, de développer une vision du monde plurielle via un « polythéisme des valeurs ». Mais il s’agit avant tout d’une vraie religion avec ses principes, ses rites et ses croyances. Paul Veyne devait reconnaître que « les Grecs croyaient à leurs dieux », que le « paganisme » n’était pas la simple expression poétisée d’une vision athée du monde. Le mot « païen » a souvent le sens d’incroyance. Il n’en était rien. Il rappelle que le polythéisme des anciens n’était pas universaliste mais identitaire, enraciné sur une terre et un peuple.

Avec la conversion au christianisme de l’empereur Constantin puis les décrets liberticides anti-païens de ses successeurs, une fois les réactions païennes (Julien 363, Eugène 394, Anthème 472, Illus 488) jugulées, les Européens furent contraints d’abandonner leurs dieux ancestraux même s’ils résistèrent pendant plusieurs siècles. Cette résistance amena les autorités chrétiennes, le pape Grégoire Ier en tête, à imaginer paganiser le christianisme afin de le rendre moins insupportable aux Européens, afin d’en atténuer les traits les plus exogènes. Il fit ainsi récupérer les fêtes païennes, un processus que Constantin avait entamé, et même les lieux de culte. La cathédrale de Chartres fut ainsi construite sur la forêt des Carnutes où se réunissaient les druides.

Mais au XVème siècle, face à la réforme qui prônait un retour aux « saintes écritures », l’Eglise a voulu réévangéliser l’Europe, la couper définitivement de ses racines païennes. Au lieu de dépaganiser le christianisme, elle n’a réussi qu’à déchristianiser l’Europe occidentale. L’orthodoxie, confrontée à l’islam, n’a pas en revanche tenté de se dépaganiser et c’est pourquoi elle a mieux résisté. Dès le Vème siècle, époque où le christianisme fut imposé par la violence à nos ancêtres, des penseurs se mirent à imaginer une restauration de l’antique religion sous sa forme originelle ou sous sa forme rénovée. De Rutilius Namatianus (Vème siècle) à Louis Ménard (XIXème siècle), en passant par Gémiste Pléthon (XVème, Grèce) et Pompilius Laetus (XVème, Italie), Frédéric II Hohenstaufen et Erasme, Voltaire et Sade, Hölderlin et Nietzsche, ils furent nombreux à œuvrer en ce sens.

Mais ce n’est qu’au XXème siècle que ces pionniers virent leurs efforts récompensés avec une nouvelle génération d’Européens renouant avec la foi ancestrale, alors que les églises se vident et que les périls s’annoncent aux frontières de notre civilisation. Sous les noms de Druidecht (« druidisme »), Asatru (« foi envers les dieux d’Asgard »), Rodnoverie (« religion ancestrale » slave) ou Religio Romana (« religion romaine »), des mouvements ont essaimé en Europe. Et même s’ils sont minoritaires, même s’ils n’ont pas toujours su rompre avec l’idéologie universaliste dominante, ils ont permis au paganisme de ressortir du tombeau où l’Eglise avait cru définitivement l’enterrer, oubliant que l’oiseau de feu, qu’on nomme aussi phénix, est immortel.

C’est en Inde et en Iran que des chercheurs européens (Filippo Sassetti, William Jones, Anquetil-Duperron, Thomas Young, Friedrich Schlegel) ont pu reconstituer l’antique tradition. Qu’ils ont pu retrouver en Asie ce que l’Europe croyait avoir perdu sur son propre sol. Les dieux de l’Olympe et d’Asgard avaient trouvé refuge en Inde, comme l’exprima à sa manière le poète Evariste Parny, parent de Leconte de Lisle, dans sa « Guerre des dieux » (1807). Et désormais ils sont de retour et cette fois ce sera pour toujours.

En 2015, après un millénaire de rupture, l’Islande se dotera à nouveau d’un temple en l’honneur des dieux d’Asgard et de Vanaheimr, tandis que résonnent sur le mont Olympe les chants de Grecs ayant renoué avec leur auguste mémoire.

Et les Européens, alors que les ténèbres obscurcissent le ciel de leur avenir, sauront retrouver dans leurs Dieux la force morale qui leur manque. L’épée de Mars et le marteau de Thor, enfin réconciliés, sauront offrir à l’Occident fatigué une nouvelle aurore !

Thomas FERRIER

14:26 Publié dans Analyses, Lexique, Religion | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : paganisme, europe, renaissance, olympe, asgard, polythéisme | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

15/12/2014

De la christianisation des divinités païennes. Du "pagano-christianisme".

http://thomasferrier.hautetfort.com/media/01/02/229287637.png

pagano-christianisme,paganisme,christianisme,dieux,ConstantinEn 313 après J.C, à la date où l’empereur Constantin signe son édit de tolérance et manifeste ainsi son soutien à la religion chrétienne, les chrétiens représentaient environ 5% de la population de l’empire. Ils étaient presque inexistants dans les campagnes et dans les cités d’Europe occidentale. En revanche, ils dépassaient les 25% dans les grandes cités d’Orient, à Alexandrie, Antioche et Carthage en particulier. L’Arménie, dans un contexte géopolitique particulier, était déjà passée quelques années auparavant au christianisme, sur décision de son souverain, Tiridate.

Pour favoriser la conversion des païens au christianisme, la stratégie de Paul de Tarse et de ses successeurs consista à colorer de paganisme la nouvelle religion afin de la rendre plus familière aux païens. A Jésus Christ on attribua des actes miraculeux, comme d’être revenu d’entre les morts après son auto-sacrifice, comme Héraclès, ou d’avoir ranimé des morts, comme Asclépios. Sa naissance par parthénogénèse rappelait aussi certains mythes païens, tel celui où Zeus s’unit à Danaé sous la forme d’une pluie d’or pour engendrer Persée.

Au IVème siècle, païens et chrétiens élaborèrent chacun une théologie complexe, s’imitant l’un et l’autre. Les païens, à l’instar de l’empereur Aurélien, instituèrent le culte solaire impérial, celui d’un Sol Invictus, le « Soleil Invincible », à la fois Apollon, Hélios, Belenos, Baal Shamin et Mithra. Julien invente même un mythe faisant d’Hélios, le dieu du soleil, à la fois Zeus et le Fils de Zeus, imitant ainsi les chrétiens.

L'empereur Constantin, le premier pagano-chrétien, qui était à l’origine un adepte du culte solaire, devenant chrétien, prit l’initiative de fusionner symboliquement les deux religions, de même qu’il n’effaça pas toutes traces de paganisme lorsqu’il fit bâtir Constantinople. Une représentation de Jésus monté sur le char du soleil a par ailleurs été retrouvée sous le Latran, faisant de lui le nouvel Apollon. Le 25 décembre, fête du dieu Sol Indiges dans la Rome républicaine, et désormais fête de Sol Invictus, fut institué anniversaire de Jésus Christ. Le dimanche ou « soldi », jour consacré au dieu du soleil, fut également attribué à Jésus et devint férié. Le jour férié traditionnel des païens de Rome était auparavant le jeudi, en l’honneur de Jupiter.

C’est ainsi que pour favoriser la conversion des Romains païens, c'est-à-dire de l’écrasante majorité des habitants de l’Europe occidentale et sud-orientale, mais aussi des populations germaniques, le christianisme choisit de récupérer les sanctuaires et les temples et instaura un culte des saints pour remplacer le culte des dieux. Un même processus eut lieu à chaque fois lorsqu’il s’agit de convertir l’Irlande, la Scandinavie, le monde slave ou la Lituanie.

Ainsi, le Dieu chrétien remplaça systématiquement le dieu suprême de chaque panthéon, se substituant à Zeus en Grèce, à Jupiter à Rome, à Lugh dans le monde celte, à Odhinn en Scandinavie ou à Svarog chez les Slaves. Le cas le plus emblématique est celui de la Lituanie païenne. En effet, les Lituaniens honoraient l’équivalent de Zeus sous le nom de Dievas, dont le nom signifie à la fois « Dieu » et « le ciel diurne ». Lorsque le duc Jogaila (Jagellon) choisit le christianisme, il attribua le nom du Dievas païen au Dieu chrétien, assurant ainsi une certaine forme de continuité. De même le dieu Velnias fut assimilé au Diable.

Souvent le dieu céleste et/ou suprême avait pour fils un dieu du soleil et de la lumière. A l’imitation de ce qu’avait fait Constantin, les évangélistes récupérèrent la figure de ce fils divin pour présenter sous ses traits Jésus Christ, paganisant la figure de ce judéen mort il y a deux millénaires. Le dieu Balder fils d’Odin ou le dieu Dazbog fils de Svarog furent ainsi récupérés. En revanche, les dieux qui ne convenaient pas à cette récupération furent rejetés.

Mais si le Dieu chrétien et son fils désormais solaire suffisaient à satisfaire plus ou moins les populations européennes, qui y retrouvaient d’une certaine façon des figures familières, les femmes avaient également besoin d’une figure féminine à laquelle se rattacher.

C’est ainsi que Marie, mère du Christ, à la fois déesse-vierge et déesse-mère, put remplir cet office, aidée de sa mère Anne et d’une cohorte de saintes imaginaires. Dans le monde gréco-romain, Marie fut ainsi associée aux déesses vierges, en particulier Athéna et Artémis. Ce n’est pas un hasard si les temples dédiés à Athéna, dont le fameux Parthénon d’Athènes, ou à la Brigantia celte furent ensuite dédiés à la Vierge Marie. Mais en tant que mère du Christ, elle fut également associée à la terre-mère, sous les traits de la Dêmêter grecque ou encore de le Zemyna lituanienne et de la Mokosh slave. Il est vrai que le nom de Marie, hellénisation précoce de l’hébraïque Myriam, pouvait être rapproché du terme indo-européen pour désigner la mère, *mater. Il y eut des exceptions à cette règle. Ainsi, en terre celte, Sainte-Anne remplaça la déesse maternelle Ana (ou Dana) et Sainte-Brigitte se substitua à la déesse Brighid, tandis que le Dieu chrétien remplaçait le vieux Daghda.

Chez les Germains, Thor et son marteau furent remplacés par Saint-Pierre et sa clé ouvrant les portes du paradis, tandis qu’un Saint Oswald, accompagné de deux corbeaux et de deux loups, arpentait les chemins en lieu et place d’Odin. De même, chez les Albanais, le nom du dieu de l’orage Perëndi servit à désigner le dieu chrétien, et son épouse Premtë devint Sainte-Prenda. Le dieu slave Perun sur son char fut remplacé par Saint-Elie tandis que le dieu des troupeaux Volos devenait Saint-Basile.

Avec Constantin et ses successeurs, avec le pape Grégoire qui au début du VIIème siècle prôna ouvertement cette stratégie de récupération des hauts lieux du paganisme, naquit le pagano-christianisme, que les Russes appellent « dvoeverie » (двоеверие) ou « double foi ». Les populations européennes, restées fondamentalement païennes, devinrent superficiellement chrétiennes. Elles continuèrent d’honorer les anciens dieux derrière le masque des saints, le Dieu des païens derrière le Dieu chrétien, représenté comme un dieu barbu lanceur de foudre dans la conscience collective (Jupiter), au point où Dante parlera à propos du Christ de « Jupiter pour nous crucifié ». Le Parthénon de Rome fut associé à une Santa Minerva tandis que la cité de Dêmêtêr, Eleusis, fut associée à une Hagia Dimitra.

Ce pagano-christianisme dura mille ans environ. Il témoigne de la résistance païenne qui obligea les chrétiens à adapter leur culte pour espérer les soumettre à défaut de les convaincre. Le culte des dieux était si profond que les grandes figures mythologiques subsistèrent, au point où Jean Seznec put parler de leur « survivance », au point où la Renaissance, pourtant respectueuse du christianisme, donna l’impression d’une résurrection du paganisme.

Cette Rome quasi païenne, si éloignée des enseignements bibliques, suscita une réaction chrétienne, matérialisée par des figures comme Calvin et Luther. Tout cela est bien sûr lié à l’invention de l’imprimerie par Gutenberg. En se plongeant dans les textes bibliques, et notamment dans l’Ancien Testament, ils virent la différence considérable entre le christianisme d’avant Constantin et celui d’après, et voulurent retrouver la religiosité des premiers chrétiens. L’Eglise catholique, pour s’opposer à cette « réforme » qui menaçait ses fondements, institua une « contre-réforme », avec le concile de Trente, répondant aux accusations en se dépaganisant elle-même. Ce fut la « nouvelle évangélisation ». En France notamment, elle n’eut qu’une conséquence, la déchristianisation. Cela ne fut pas le cas des pays orthodoxes, où l’Eglise conserva ses traits païens. En coupant les racines païennes de la religiosité populaire, l’Eglise commit une erreur majeure. Et ce n’est pas un hasard si l’athée Sade en 1795 en vint à prôner la réinstallation du paganisme comme religion du peuple.

Le pagano-christianisme, religion hybride du moyen-âge européen, où l’Arthur païen était le modèle du bon roi chrétien, disparut. Les coups de la réforme et de la contre-réforme tridentine, puis ceux de la modernité, en eurent raison. Paganisme et christianisme à nouveau séparés, ils vécurent chacun leur vie. Le second chercha à maintenir sa position de force, malgré la révolution française et l’athéisation des sociétés modernes. Le premier chercha en revanche sa renaissance, qui en ce début du XXIème siècle est réelle mais encore très modeste.

Thomas FERRIER

(Illustration: représentation du Christ en Sol, dieu du soleil, Saint-Pierre du Latran)

14/12/2014

Lexique du partisan européen - "Laïcité"

LAICITE

laïcité,europe,paganisme,christianisme,humanismeDu grec λαϊκος, « populaire ». La laïcité est la préservation de la tradition populaire, de la « coutume ancienne ». C’est pour avoir voulu introduire de nouvelles divinités dans la cité et influencer défavorablement la jeunesse vis-à-vis des cultes traditionnels que Socrate fut condamné à Athènes par un jury populaire. C’est au nom de la laïcité romaine que la République fit interdire les Bacchanales et que l’empereur Auguste bannit le culte isiaque en dehors de la cité de Rome.

Si l’empire romain sut se montrer tolérant à l’égard des cultes pratiqués par les nombreux pérégrins issus de l’ensemble de l’empire, et dont beaucoup devinrent citoyens, c’est parce qu’il s’agissait de cultes locaux et/ou nationaux qui ne revendiquaient pas la place de religion officielle à Rome. En revanche, lorsque des nouveaux courants religieux à caractère sectaire remettaient en cause la religion romaine, les autorités les réprimaient avec une grande sévérité.

C’est au nom de la laïcité romaine que les Judéens purent bénéficier de nombreuses dérogations destinées à leur permettre de pratiquer leur culte en conformité avec les rites ancestraux, des rites qui en revanche étaient interdits aux Romains, comme le circoncision, assimilée à une mutilation.

En revanche, face au manichéisme et au christianisme, qui s’opposaient à la religion romaine, qualifiée de « fausse », et qui remettaient en cause le culte des dieux traditionnels, assimilés à des « démons », la laïcité romaine mit en place un appareil répressif. Ce n’est que lorsque les empereurs romains passèrent au christianisme, se substituant comme religion officielle au polythéisme romain, que la laïcité antique s’éteignit. Certes le christianisme, à la différence de l’islam, affirme la séparation du trône et de l’autel, mais dans les faits, soumet le trône à l’autel.

En Europe moderne, la laïcité repose sur la défense des valeurs et traditions de la civilisation européenne, héritées de la plus longue mémoire, marquées par le polythéisme indo-européen (gréco-romain, celte, germanique…), le christianisme et l’humanisme de la Renaissance et des Lumières. Toute religion nouvelle ou importée doit se soumettre à nos traditions européennes ou se démettre. La laïcité n’est pas un traitement égal pour toutes les religions, mais la suprématie de l’européanité sur la religion. En ce sens, les religions européennes (païennes) ou fortement européanisées (chrétiennes) sont compatibles avec la laïcité, tout comme la forme européanisée prise par l’islam dans les Balkans. Et la dérogation romaine dont bénéficie le peuple judéen fait aussi partie de nos traditions ancestrales que la laïcité a pour mission de préserver.

Le combat pour la laïcité en Europe est donc de veiller à maintenir en situation dominante la religiosité populaire européenne, le triple héritage païen/chrétien/humaniste, et les valeurs civilisationnelles de notre continent, face à toutes les religions qui voudraient s’implanter sur notre sol en bafouant nos principes.

Thomas FERRIER

13:52 Publié dans Lexique, Religion | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : laïcité, europe, paganisme, christianisme, humanisme | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

20/10/2014

Contre l'universalisme, source de tout impérialisme

http://thomasferrier.hautetfort.com/media/02/02/356790240.4.png

universalisme,impérialisme,différences,civilisations,mondialismeLa première forme d’universalisme émerge dans l’ancienne Perse, sous la gouvernance des Achéménides. Après s’être substitué à leurs cousins mèdes, les Perses vont à partir de Cyrus se constituer un vaste empire, allant de la Mer Egée jusqu’à l’Inde. L’empire perse comprendra en son sein non seulement des populations iraniennes et iranophones, comme les Mèdes ou les Scythes, mais aussi des Grecs et des Arméniens, et surtout le monde ouest-sémitique (Babylone) et l’Egypte. De ce fait, la Perse formera un empire multiculturel. Néanmoins elle ne s’assumera jamais réellement comme universelle, car la religion zoroastrienne est une religion ethno-nationale qui oppose les Perses et les non-Perses, ces derniers étant assimilés à « Turan », le royaume (mythique) ennemi de l’Iran. Ainsi, seuls les Iraniens de souche pouvaient (et peuvent encore) être zoroastriens.

C’est sur cet embryon d’universalisme non assumé qu’intervient Alexandre. Le conquérant macédonien se substituera aux shahs de Perse mais en s’émancipant à la fois du rigorisme zoroastrien et des enseignements hellénocentrés d’Aristote. Certes, dans la réalité, l’universalisme d’Alexandre se limitera à unir par le mariage des Grecs et Macédoniens avec des femmes de la noblesse perse. Mais très vite, une fois le roi macédonien mort, et alors que ces mariages prendront fin aussi vite qu’ils auront été conclus, les monarchies hellénistiques qui lui survivront assumeront une idéologie universaliste explicite. Cela sera notamment le cas de la dynastie lagide en Egypte mais aussi des Séleucides en Orient.

Alors qu’un athénien de l’époque de Périclès aurait considéré la culture grecque comme l’apanage des seuls vrais Grecs, désormais l’hellénisme se répand en orient. Une ville comme Alexandrie sera le symbole de cette étrange fusion entre Grèce et Orient. Ce n’est pas un hasard si elle deviendra bien des années après un centre chrétien de première importance.

Alors que la Rome républicaine aspirait à unir des peuples proches, comme les autres tribus italiques, une forme d’universalisme romain se mit en place progressivement au gré des conquêtes. Certes Caton dénoncera la « fides punica » de Carthage et Virgile opposera les dieux anthropomorphes de Rome aux dieux zoomorphes de l’Egypte. C’est parce qu’il a trahi Rome pour succomber aux séductions orientales qu’Antoine sera aisément démonisé par Octavien qui, devenu Auguste, interdira les cultes égyptiens au cœur du pomœrium. Mais très vite l’empire romain se confondra avec le monde, et l’édit de Caracalla en 212 après J.C mettra fin à toutes différences entre les Romains et les populations qu’ils avaient vaincues.

A l’universalisme de la Grèce déclinante et à l’universalisme de la Rome impériale dans laquelle « Rome n’était plus dans Rome » s’ajouta un universalisme juif, une vision messianique où le culte du dieu unique ne serait plus celui du seul peuple judéen mais de l’humanité entière. Une même dérive religieuse avait eu lieu en Egypte aux alentours de 1400 avant J.C, avec le pharaon Amenhotep IV, dit Akhénaton, qui voulait faire du culte d’Aton une religion universelle.

Le courant universaliste juif et le courant universaliste gréco-romain se rencontrèrent dans l’esprit de Paul de Tarse. Lorsque ce dernier déclare qu’il n’y a plus « ni juif, ni grec », il introduit en religion l’universalisme. Alors que le paganisme, « religion du pays » (latin pagus), prêche l’enracinement et le culte des ancêtres, et que le judaïsme est la religion spécifique du peuple judéen, Paul appelle à renoncer à ces particularismes fondamentaux pour rejoindre la religion nouvelle. Alors que les religions antiques prêchaient la tolérance réciproque de peuples enracinés chacun dans leur tradition propre, le monothéisme oppose désormais le bien et le mal, ceux qui ont reconnu le discours de Christ et ceux qui l’ont refusé. Aux païens et aux juifs qui n’ont pas reconnu la divinité de Jésus l’enfer est réservé.

Dès lors, au nom d’une vérité révélée, il faudra convertir les païens et persécuter les hérétiques. Lorsque Constantin fit le choix de passer au christianisme, la tolérance antique cessa d’exister, jusqu’à ce que Théodose interdise purement et simplement aux païens le droit de pratiquer la religion de leurs ancêtres. L’islam prolongera et durcira le caractère violent du monothéisme chrétien, dénoncé à juste titre par Jean Soler dans ses ouvrages. Lui aussi sera universaliste, transcendant sous le regard d’Allah toutes les différences entre les peuples et les civilisations.

En 1789, la révolution française prônera également une forme d’universalisme, même si dans les faits le monde se limitait en réalité pour elle à l’Europe. Les idéologies du XXème siècle ne seront pas moins universalistes. Il existe un universalisme « socialiste » qu’on a appelé l’Internationale marxiste. Il existe un universalisme « libérale » qu’on appelle désormais « mondialisme ». Tous ces universalismes sont également des impérialismes, à la source de toutes les colonisations.

L’universalisme soviétique signera la domination des Grands-Russes sur les autres peuples de l’ancienne Russie tsariste, de la même façon que l’universalisme jacobin fut celui des Franciens (locuteurs des langues d’oïl) sur les autres peuples de l’ancienne France capétienne. Et l’universalisme libéral, avec sa démocratie de façade et ses « droits universels », considérablement renforcé depuis la chute de l’URSS, sera la marque de l’impérialisme américain.

En fait, toutes les formes d’impérialisme, qu’il soit libéral, communiste ou même nazi, ont à la base une forme d’universalisme, l’idée que leur modèle politique ou leurs valeurs civilisationnelles ont vocation à s’imposer au monde entier, en niant ou détruisant toutes les différences, tous les particularismes. L’universalisme souhaite un homme interchangeable, déraciné, un « citoyen du monde » c'est-à-dire en réalité un sujet d’une oligarchie planétarisée. De la même façon que tout le monde avait vocation à devenir « citoyen romain » lorsque Rome avait cessé d’être une république d’hommes libres, de la même façon que tout le monde peut devenir chrétien ou musulman, quelles que soient ses origines, l’humanité entière devrait se soumettre à la même utopie.

Or l’universalisme n’est simplement pas possible et à chaque fois qu’il a voulu s’imposer il a lamentablement échoué. Des civilisations très différentes n’ont pas vocation à s’entendre. Des peuples trop différents n’ont pas vocation à s’unir. Ils ne le veulent pas et ne le souhaitent pas. C’est pourquoi l’URSS s’est effondrée, c’est pourquoi les Eglises ont fini par se vider face à la vague de nationalisme qui submergea notre continent aux XIXème et XXème siècles, et c’est pourquoi le mondialisme aussi va s’effondrer, que cela soit celui promu par les Américains ou que cela soit celui promu par les islamistes.

Ne nous y trompons pas. Derrière l’impérialisme américain ou derrière le néo-jihad salafiste, on retrouve la même volonté de faire table rase du passé, d’inventer un « homme nouveau » sans racines et sans histoire, un renégat. Au final, l’universalisme finit toujours par faire couler le sang. Ceux qui refusent ce modèle unique, ce sont les païens persécutés par l’Eglise, les « infidèles » persécutés par les islamistes, les indigènes face aux colonisateurs, les koulaks face au bolchevisme, les chouans face aux jacobins, et d’une manière générale tous les dissidents confrontés à des régimes totalitaires.

L’universalisme est l’ennemi de l’humanité. Le respect et la préservation des différences, là est en revanche son salut.

Thomas FERRIER (PSUNE)

18/05/2014

Noé, un film qui déplaît aux monothéistes

http://thomasferrier.hautetfort.com/media/00/00/1385280407.png

Noé,Bruno Marcius,Russell CroweL'explication vient du fait que le realisateur et scénariste Darren Aronofsky (à qui on doit le très bon "Black Swan" et "Requiem for a Dream"), voulant sortir de l'image des habituels "pepla" bibliques en carton-pâte et papier-mâché, a fait le choix de se démarquer en donnant au film un côté paradoxalement plus druidique, voire hindou, que biblique, quitte à prendre quelques libertés avec le récit biblique de la Genèse.

Par sa dimension tant esthétique que philosophique, le film évoque en effet davantage le Seigneur des Anneaux de Peter Jackson qu'un film biblique. À commencer par des paysages dont les vallées et collines verdoyantes nous rappellent l'Irlande ou l'Écosse que le désert biblique (le film a en fait été tourné en Islande, d'où la présence aussi de paysages volcaniques).

Deux lignées humaines s' affrontent. Faut-il y voir déjà là un polygénisme qui ne dit pas son nom ? Celle corrompue, qui est issue de Caïn, dix générations après son géniteur, est cruelle, violente, épuise les ressources naturelles, et mange de la viande. Les ressources épuisées, leur bétail tué, elle va même jusqu'à recourir au cannibalisme, qui rappelons-le est considéré comme l'horreur absolue dans moult croyances, y compris le paganisme (se souvenir d'Atrée maudit des dieux avec toute sa lignée, pour avoir goûté à la chair humaine).

Bref, elle fait penser aux Orcs et Huru-kaïs de Tolkien. À ceci près - et c'est là le pari intéressant de Darren Aronofsky - qu'ils sont en outre les plus fidèles gardiens de l'orthodoxie monothéiste stricte et absolutiste, et de la soumission totale à un dieu unique. Faut-il y voir un pic adressé au rigorisme islamique, à certains haredim ou encore à certaines églises protestantes américaines ?

Celle d'Abel à laquelle appartient Noé (campé par un Russel Crowe qui n'a pas perdu son coté héroïque désintéressé de Gladiator, Robin des Bois ou Man of Steel), est agro-pastorale, et volontiers panthéiste. Son grand-père Mathusalem (joué par un Anthony Hopkins malicieux et joueur) fait penser par la sagesse qui émane de lui à une sorte de Gandalf (Seigneur des Anneaux là-encore) ou de Yoda par son coté facétieux. Et même, en usant à plusieurs moments clé, de sortilèges, il nous rappelle l'enchanteur Myrddin (Merlin). Bref on comprend pourquoi il n'a pas plu à certains fous-furieux de l'islam, ces derniers dont l'Egypte, l'Arabie Saoudite, le Pakistan, l'Iran, ayant prononcé des fatwas interdisant le visionnage de l'oeuvre. Quant au Vatican, il s' est montré très "réservé", comme d'habitude, comme il l'avait fait pour la Trilogie du Seigneur des Anneaux, ou pour Avatar...

En somme un film qui pourra plaire à un public de sensibilité païenne ou paganisante, que ce public soit européen, indien, voire judéo-païen ("cananéen").

Bruno MARCIUS (LBTF/PSUNE)

17:45 Publié dans Cinéma, Religion | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : noé, bruno marcius, russell crowe | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

22/03/2014

Hercule, un Jésus européen ?

http://thomasferrier.hautetfort.com/media/01/02/229287637.png

hercules.jpg« Hercules, the legend begins » est enfin sorti sur les écrans français après avoir connu un terrible échec commercial, il y a deux mois, aux Etats-Unis. On pouvait donc craindre le pire, malgré une bande annonce des plus alléchantes. Après avoir vu ce film, que j’ai pour ma part beaucoup apprécié, je m’interroge sur le pourquoi de cette descente en flammes et de ce qui a déplu à la critique.

Bien sûr, dans cette Grèce du XIIIème siècle avant notre ère, il y a de nombreux anachronismes comme des combats de gladiateurs ou encore la conquête de l’Egypte. Si de beaux efforts graphiques ont été faits, on se trouve dans une Grèce de légende, à mi-chemin entre la Grèce mycénienne et la Grèce classique. Et de même, la légende du héros, avec les douze travaux, est absente ou malmenée, alors que de nouveaux éléments s’ajoutent, comme une rivalité entre Héraclès et son frère Iphiclès. Tout cela a pu surprendre un public habitué à ces classiques.

Et pourtant de nombreuses idées audacieuses se sont glissées dans ce film et le rendent passionnant. Ainsi, la vie d’Hercule s’apparente par certains aspects à celle de Jésus. De nombreux films américains, à l’instar de Man of Steel, la comparaison implicite est patente. Dans « Hercules », elle est voulue mais détournée. Alcmène s’unit à Zeus sans que le dieu apparaisse, se manifestant par une tempête accompagnée d’éclairs. Cela ne vous rappelle rien ? De même, Hercule est fouetté et attaché par les deux bras dans une scène rappelant la crucifixion. Mais il en sort vainqueur, brisant ses liens, et écrasant grâce à deux énormes blocs de pierre attachés par des chaînes à ses bras tous ses ennemis. Enfin, il devient concrètement roi à la fin de son aventure, ne se revendiquant pas simplement « roi de son peuple » mais roi véritable.

Bien sûr, ce « Jésus » aux muscles imposants mais sobres, à la pigmentation claire et aux cheveux blonds, n’a pas la même morale. Fils du maître de l’univers, dont il finit par accepter la paternité, Zeus en personne, il tue ses ennemis, jusqu’à son propre père adoptif, combat avec une férocité qui en ferait l’émule d’Arès, et semble quasi insensible à la douleur. Une scène le présente même recevant sur son épée la foudre de Zeus qu’il utilise ensuite comme une sorte de fouet électrique pour terrasser les combattants qui lui font face.

Par ailleurs, la « diversité » est réduite à sa plus petite expression, limitée à des mercenaires égyptiens, crédibles dans leur rôle. Les Grecs en revanche sont tous bien européens, avec des traits parfois nordiques. Il n’est pas question comme dans « Les Immortels » ou « Alexandre » de voir des afro-américains en armure ou jouant les Roxanes. En revanche, on retrouve davantage l’esprit de Troie, l’impiété en moins. En effet, cette fois les athées ont le mauvais rôle à l’instar du roi de Tirynthe Amphitryon. Hercule lui-même, qui ne croit pas dans l’existence des dieux pendant une bonne partie du film, finit par se revendiquer explicitement de la filiation de Zeus et la prouver. En outre, Hercules rappelle par certains côtés le premier Conan, puisque le héros est trahi et fait prisonnier, puis s’illustre dans des combats dans l’arène d’une grande intensité, bondissant tel un fauve pour fracasser le crâne d’un ennemi, mais il reste toujours chevaleresque, protégeant les femmes et les enfants.

A certains moments, le film semble même s’inspirer des traits guerriers qu’un Breker donnait à ses statues. Kellan Lutz n’est sans doute pas un acteur d’une expression théâtrale saisissante mais il est parfaitement dans son rôle. Si les douze travaux se résument à étrangler le lion de Némée, à vaincre de puissants ennemis mais qui demeurent humains, et à reconquérir sa cité, son caractère semi-divin, même si le personnage refuse tout hybris, est non seulement respecté mais amplifié. En ce sens, Hercule apparaît comme un Jésus païen et nordique, mais aussi un Jésus guerrier et vengeur, donc très loin bien sûr du Jésus chrétien. Fils de Dieu, sa morale est celle des Européens, une morale héroïque.

Toutefois, bien sûr, certains aspects modernes apparaissent, comme la relation romantique entre Hercule et Hébé, déesse de la jeunesse qu’il épousera après sa mort dans le mythe grec, et le triomphe de l’amour sur le mariage politique. C’est bien sûr anachronique. Mais « la légende d’Hercule » ne se veut pas un film historique.

Enfin, la morale est sauve puisque dans le film, Héra autorise Zeus à la tromper, alors que dans le mythe classique elle met le héros à l’épreuve par jalousie, afin de faire naître un sauveur. Zeus ne peut donc être « adultère ». Cela donne du sens au nom du héros, expliqué comme « le don d’Héra », alors qu’il signifie précisément « la gloire d’Héra », expression énigmatique quand on connaît la haine de la déesse envers le héros. Pour s’exprimer, Héra pratique l’enthousiasme sur une de ses prêtresses, habitant son corps pour transmettre ses messages. C’est conforme à la tradition religieuse grecque.

Les défauts du film sont mineurs par rapport à ses qualités, graphiques comme scénaristiques, mais ce qui a dû nécessairement déranger c’est qu’il est trop païen, trop européen, trop héroïque, qu’il singe le christianisme pour mieux s’y opposer. Le fils de Dieu est marié et a un enfant (à la fin du film). Le fils de Dieu n’accepte pas d’être emmené à la mort mais triomphe de ses bourreaux. Le fils de Dieu devient « roi des Grecs ». Enfin le fils de Dieu apparaît comme tel aux yeux de tous et n’est pas rejeté par son propre peuple. Ce film ne pouvait donc que déranger une société américaine qui va voir des films où Thor lance la foudre, où Léonidas et ses « 300 » combattent jusqu’à la mort avec une ironie mordante, mais qui reste très chrétienne, très puritaine et hypocrite.

Thomas FERRIER (LBTF/PSUNE)

19:07 Publié dans Anti-mythes, Cinéma, Religion | Lien permanent | Commentaires (1) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

15/12/2013

Paganisme et christianisme / Européanité vs universalisme

marteau_de_thor.jpgPeut-on être européen et demeurer (encore) chrétien ? Tant que le christianisme, né en orient et imposé à nos ancêtres par le fer et par le feu, avait été contraint de composer avec la résistance ou du moins la pregnance païenne, ce qui a abouti à cette religiosité hybride qu’on a appelé pagano-christianisme ou double foi (двоеверие en russe), il modérait ses accents universalistes et incarnait « la religion de l’homme européen ». Sa nocivité était maîtrisée, cette « moraline » ou mos seruorum dénoncée avec force par Nietzsche, étouffée par la haute opinion d’elle-même qu’avait la civilisation européenne.

Cette religion retournant depuis quelques décennies à ses racines archéo-anarchistes, son universalisme est revenu en force, à une époque où pourtant le christianisme recule en Europe mais où notre civilisation connaît une grave crise de conscience, entre un post-colonialisme mal assumé et l’impact mémoriel de la seconde guerre mondiale.

Désormais, l’Eglise, protestante comme catholique, et dans une moindre mesure et avec retard orthodoxe, trahit une Europe qui n’aura été christianisée qu’en surface et cherche à se développer par de nouveaux marchés, africain comme asiatique, sud-américain comme immigré. Imaginer aujourd’hui que le salut de l’Europe pourrait passer par le recours à une religion fondamentalement étrangère à l’esprit de notre civilisation, même si elle a pu un temps prendre nos couleurs comme un caméléon machiavélien, cette religion dont la génuflexion et l’auto-flagellation permanentes sont des principes de base, est non seulement naïf mais simplement illusoire et même totalement hétérotélique.

L’Europe meure de cet universalisme malade, qui n’était pas dangereux lorsqu’elle se sentait très supérieure, qui corrompt et/ou détruit son identité, l’ouvre à toutes les déchéances et à toutes les migrations. Une religion universelle, négatrice des identités, est inadaptée pour engager une contre-involution. Seule une religion identitaire européenne, pleinement native, née de notre génie propre, pourra assurer le renouveau spirituel qui servira d’assise à un renouveau civilisationnel. La « voie des dieux » (via ad deos) est la réappropriation par chaque européen de son passé païen, de sa religiosité indigène authentique, afin de trouver dans les valeurs ancestrales les réponses à nos interrogations, en même temps que le vecteur d’un redressement et la foi envers un avenir à nouveau lumineux pour l’Europe.

L’européanité menacée trouvera son salut en elle-même, dans l’affirmation identitaire de son génie. Par sa seule origine, le christianisme est inadapté car il place les Européens dans la situation de « vassaux en religion » d’une autre famille civilisationnelle. Or l’Europe païenne n’avait pas à rougir de son être et n’avait rien à apprendre, bien au contraire, d’un orient qui n’était plus porteur d’une dynamique civilisationnelle comme il avait pu l’être du temps de Sumer.

En clair, l’Europe n’attendait pas le christianisme, n’en avait nullement besoin et a largement perdu du fait de cette implantation contre-nature qui nous a été imposée par l’absence de lucidité et la volonté de se faire pardonner leurs crimes d’un Constantin, d’un Théodose et de divers rois « barbares ».

Thomas FERRIER (LBTF)

1. mos seruorum = "morale d'esclaves"

13:20 Publié dans Analyses, Religion | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : christianisme, paganisme, universalisme, européanité | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

10/11/2013

Guillaume Faye: le Serment de Delphes

Thomas FERRIER: le « Serment de Delphes » a-t-il une réalité historique ou est-ce un mythe ? Et s’il est véridique, en quoi consistait-il ?

Guillaume,Serment de Delphes,paganisme,Europe,identitéGuillaume FAYE: C’est une réalité absolue, qui a été mythifiée par la suite, et tant mieux. Pour en connaître l’histoire, je vous renvoie à l’article que j’ai écrit dans la revue des amis de Jean Mabire ainsi qu’à la collection de la revue Éléments. Au cours d’un voyage en Grèce, en 1979, Pierre Vial, alors Secrétaire général du GRECE, avait eu l’idée de faire prononcer un serment de fidélité au cœur même de l’Europe : le sanctuaire d’Apollon.

Il y avait là des Français, des Belges, des Grecs et des Italiens. Mais tous les autres Européens étaient présents en esprit.
 
Le texte du serment a été rédigé par Vial. Nous l’avons prêté au soleil levant, sur le site du sanctuaire de Delphes, devant la Stoa, après avoir couru sur l’antique stade et avoir fait des ablutions dans la fontaine sacrée. Nous avons juré que nous combattrions jusqu’à la mort pour l’identité européenne. Aucun des participants n’a trahi le serment. C’est pourquoi ceux qui n’étaient pas présents ne peuvent être accusés de trahison.