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30/07/2013

La conversion de la Russie: une erreur et un drame

Rodno2.jpgVladimir Poutine a affirmé pour le 1025ème anniversaire de la christianisation de la Russie que l’adoption de cette religion avait permis à son pays de « devenir une grande puissance mondiale » et de rejoindre ainsi la « civilisation chrétienne ». Enfin, il ajoute que l’Eglise orthodoxe russe « a toujours été avec son peuple ». Dans une Russie qui remonte la pente, mais qui n’a pas pu faire un véritable bilan de la catastrophique expérience soviétique, le président russe imagine que s’appuyer sur l’orthodoxie contribuerait à redonner à la Russie un rôle international majeur. Tout comme Vladimir le « Soleil Rouge », il y a plus d’un millénaire, ce Vladimir moderne commet la même erreur que son illustre prédécesseur.

Il est vrai que Vladimir signifie « maître du monde » en russe et un tel prénom amène sans doute son porteur à développer une grande ambition pour son pays. Mais, s’appuyer sur le christianisme au lieu de recourir à la plus longue mémoire « russienne » et slave, est une erreur, en particulier à une époque où les religions chrétiennes retrouvent les accents de ce « bolchevisme de l’antiquité » qu’était le christianisme pré-constantinien.

Il y a en Russie un courant qui prend un essor de plus en plus significatif, et qui est celui des Rodnovery, les Russes et Slaves païens défendant la « foi des ancêtres », ce qui est le sens exact de Rodnoverie, le nom de leur mouvement religieux. Même si certains analystes occidentaux veulent à tout prix rattacher cette religion à une idéologie nationaliste ou « d’extrême-droite », cela ne résiste pas aux faits, qui sont l’attachement sincère de plus en plus de Russes, et notamment parmi les jeunes, à ce qui existait en Europe et en Russie avant la christianisation.

Revenons précisément à cette christianisation, qui se confond en réalité avec la conversion du roi Vladimir à la religion chrétienne de rite oriental et/ou byzantin. Son choix n’a pas été fait sans une forte et légitime hésitation, un choix autant politique et stratégique que religieux.

Rodno4.jpgEn 980, Vladimir décide de rénover le culte polythéiste des « Russiens » en organisant d’une manière plus cohérente le panthéon. Il fait ainsi construire des temples et des statues en l’honneur des dieux slaves, et en premier lieu de Perun, le dieu de l’orage et de la guerre, de son père Svarog, de son frère Dazbog, l’Apollon slave, du dieu du soleil Khors et du dieu du feu Svarojitch (Ogonu), en plus de la déesse-mère Mokosh. Vladimir a conscience des nécessités de réorganiser le culte ancestral afin de lui permettre de résister à l’introduction de religions étrangères, comme le christianisme, promu par Byzance et qui était devenu la foi de sa grand-mère Olga, ou comme l’islam.

Pourtant, huit ans après, il décide d’abandonner la religion de son père, Sviatoslav, mort dans l’honneur au combat face aux Petchenègues, pour embrasser une des religions nouvelles dont il combattait auparavant la diffusion. La tradition prétend qu’il rejettera le judaïsme, car religion d’un peuple vaincu, mais aussi l’islam, en raison de ses interdits alimentaires, porc et alcool, et enfin le catholicisme car il est davantage séduit par les ors de Constantinople. La raison principale en réalité du refus du catholicisme est que celui-ci a été préalablement adopté par le voisin polonais, avec la conversion en 963 du roi des Polanes Mieszko Ier. Une autre raison est que la Rus’ kiévienne lorgne sur les Balkans et aspire à conquérir l’empire byzantin. Cette conversion, tout comme celle des Serbes et des Bulgares un siècle et demi avant, est donc tactique.

Mais Sviatoslav avait déjà, lui le roi païen, construit un empire russe comprenant presque toute la Russie d’Europe, à l’exception du Caucase. Il n’est donc pas vrai que le christianisme a fait rentrer la Rus’ dans la civilisation et encore moins transformé ce pays en puissance mondiale. La Rus’ de Kiev était le premier royaume d’Europe, et elle était demeurée païenne. Elle avait réussi une synthèse entre le paganisme scandinave des Suédois et le paganisme slave populaire. Perun et Thor étaient équivalents, le scandinave portant autour du cou le marteau de Thor, le slave la hache de Perun. De même l’étaient Volos, le dieu du commerce et de l’élevage, et Odin.

Rodno1.jpgLa Rus’, résultat de la fusion de Vikings et des Slaves, était une réussite remarquable. Elle ouvrait l’Europe sur le nord-est finno-ougrien et montrait qu’on pouvait être un pays prospère et puissant tout en restant polythéiste. En abandonnant le paganisme de ses ancêtres, Vladimir s’est en outre allié à une puissance sur le déclin, un empire byzantin qui ne sera pas capable de se défendre contre les ambitions « latines » et contre les conquérants turco-musulmans. La religion chrétienne ne sera d’aucun secours face aux Tatars menaçant de déferler sur la vieille Europe. N’oublions pas d’ailleurs que le général Aetius, qui sera le premier à repousser les hordes asiatiques, celles d’Attila, était lui-même un païen, dans un empire devenant chrétien, ce qui fut sans doute une des raisons de son assassinat organisé par l’empereur Valentinien III.

Vladimir n’unifiera pas la Rus’, qui sombrera après sa mort et surtout celle de son fils Iaroslav dans des querelles intestines sans fin. La Rus’ désunie ne sera donc pas capable de repousser l’ennemi mongol, même si elle protégera le reste de notre continent. On se demande bien en quoi le christianisme aurait fait de la Russie une puissance mondiale alors que c’est lorsqu’elle est devenue chrétienne qu’elle a connu une occupation de plusieurs siècles.

En outre, le christianisme orthodoxe, s’il a donné un temps accès aux Russes à la culture grecque, mais considérablement affaiblie par le fanatisme d’une religion qui considérait l’héritage grec classique comme « impie », il a ensuite été un facteur de stagnation économique et surtout technique sans précédent. Si l’Europe occidentale a pu, grâce aux savants byzantins, retrouver la matrice antique, et connaître ainsi sa Renaissance, l’orthodoxie en a privé le peuple russe, l’empêchant de prendre en marche le train du progrès. Même si la Russie de la fin du XIXème siècle rattrapera une partie importante de son retard, elle ne parviendra pas à compenser totalement.

L’Eglise orthodoxe n’a pas été du côté du peuple mais du côté de ses oppresseurs, soutenant les seigneurs au détriment de paysans libres ravalés au rang de serfs. Car le servage, si désastreux en Europe occidentale, l’a été encore davantage en Europe orientale. Il faudra attendre le tsar Alexandre II pour qu’en 1863 il soit aboli, en même temps presque que l’esclavage des noirs en Amérique. Sans l’œuvre remarquable de Pierre le grand, la Russie serait restée en dehors du reste de l’Europe, d’où l’image d’une Moscovie archaïque aux yeux de beaucoup d’Européens.

Rodno3.jpgL’orthodoxie n’a pas rapproché la Russie du reste de l’Europe mais l’en a éloigné. Et dans le même temps que Poutine flatte l’Eglise, il en profite pour donner quelques coups de patte à l’Union Européenne, en invitant l’Ukraine à se détourner d’elle. C’est une erreur. Que l’Union Européenne actuelle ne soit pas un partenaire satisfaisant est exact. Mais c’est en lui montrant qu’elle se trompe, en soutenant ceux qui en son sein veulent une véritable Europe puissante, indépendante et surtout européenne, en acceptant cette main que les Européens les plus lucides sont prêts à lui tendre, malgré la propagande américaine et malgré ses séides qui nous président pour le moment, qu’il pourrait donner à la Russie un rôle historique.

Le christianisme éloigne l’Europe de son européanité. Que ce soit le pape François, qui n’a d’yeux de Chimène que pour l’Afrique et pour l’islam, ou que ce soit le patriarche de toutes les Russies, qui fait tourner à son pays le dos au reste de l’Europe. En revanche, le paganisme nous rapproche car il fait appel à ce fond commun indo-européen qui est nôtre.

Sviatoslav était bien plus européen que n’importe lequel de ses successeurs. Européens aussi étaient les pères fondateurs de la Rus’, les rois Oleg/Helgi et Igor/Ingvarr en tête. Sviatoslav avait en outre déjà bâti les assises de la puissance russe, sans besoin de recourir au christianisme, bien au contraire, dont il savait qu’il ne serait pas le sauveur de son peuple, mais son bourreau.

Et ce n’est pas un hasard si pendant trois siècles les prêtres païens, les volkhvy, ravalés au rang de magiciens maléfiques par la médisance des prêtres orthodoxes, ont combattu pour le peuple, pour ses libertés, contre les seigneurs, contre les évêques. Souzdal fut d’ailleurs l’un des cœurs de la résistance de la Russie authentique face à la foi étrangère que les Constantins médiévaux voulaient leur imposer.

Vers 650 après J.C, un gallo-romain répondra ainsi à un évangéliste : « Romain (…), tu ne réussiras jamais à extirper nos coutumes ». Bien sûr, l’évangéliste se prétendra vainqueur, inventant une conversion spontanée des habitants du village de cet homme. La réalité aura sans doute été l’intervention de soldats pour neutraliser les récalcitrants. La christianisation de la Russie n’a pas dû être spécialement différente de celle du reste de l’Europe, à savoir la persécution de ses propres citoyens par des autorités voulant assurer la domination d’une religion importée.

C’est sur la mémoire la plus ancestrale du peuple que la Russie pourra enrayer son déclin et au sein d’une Europe qui renaîtra elle aussi, dans une même démarche, elle aura toute sa place. Vladimir, encore un effort pour redevenir européen !

Thomas FERRIER (PSUNE)

25/07/2013

Papst Franziskus gegen Europa !

676884602.jpgDieser Mann lässt sich "Bischof von Rom" nennen und verachtet das Leitbild der Renaissance-Päpste, die den europäischen Humanismus verteidigten, mitten in ihrem Palast Platons Akademie abbilden ließen und für die Byzantiner, die durch osmanische Eroberer vom Untergang bedroht waren, Hilfe anforderten. Dieser Mann, Papst Franziskus, hat vor einigen Tagen die italienische Insel Lampedusa besucht, die seit mehreren Jahren die regelmäßige Landung zahlloser illegaler Einwanderer aus Afrika, zumeist Muslime, zu erdulden hat.

Statt den Einheimischen Hilfe zu bringen, zog er es vor, eine moralisierende Rede zu halten, in der er die schlechte Aufnahme verurteilte, die die Europäer diesen illegalen Einwanderern bereiten, die er zu "Flüchtlingen" umtaufte; er rief dazu auf, sich "dem Anderen" zu öffnen. Diese Rede stellt eine weitere Aufforderung zu einer illegalen Einwanderung dar, die in den Augen von immer mehr Europäern unerträglich geworden ist, und beweist, wie nötig es jetzt ist, dass das Papsttum Europa den Rücken kehrt.

Man muss auch wissen, dass sich Franziskus vor einigen Wochen weigerte, ein dem "Jahr des Glaubens" gewidmetes Konzert zu besuchen, in dem Ludwig van Beethovens 9. Sinfonie gespielt wurde, die nichts anderes als die Hymne Europas ist. In der Tat kann eine Hymne, die mit den Worten "Freude, schöner Götterfunken, Tochter aus Elysium" beginnt, einem Papst nicht gefallen, der die europäisch-humanistische Tradition ablehnt zugunsten einer ganz unangemessenen, marxistisch angehauchten Dritte-Welt-Humanitätsduselei.

Während Europa sich weiter entchristlicht und so die Folgen der Zwangsbekehrung unserer Vorfahren durch die Taliban des Theodosius und seiner Nachfolger beseitigt, bemüht sich der Papst, seine neuen "Märkte des Glaubens", nämlich Afrika und Asien, zu umschmeicheln. Selbst in Indien arbeiten die christlichen Missionare Hand in Hand mit den muslimischen Predigern, um Hindutva, die nationalindisch- hinduistische Weltanschauung, zu besiegen. Wenn die Kirche anlässlich der Debatte in Frankreich an der Seite der jungen Europäer gegen die Schwulenehe Stellung bezog, dann nur weil sie das nicht viel kostete, denn die Muslime und afrikanischen Christen sind in besonderem Maße gegen ein solches Gesetz. Diejenigen Europäer, die glaubten, dass die Kirche sie verteidige, haben sich getäuscht, wie sie auch durch Frigide Barjots Einflüsterungen ausgenutzt worden sind.

faltonia proba.jpgMit seiner Erklärung auf Lampedusa bezieht Papst Franziskus Stellung. Er missachtet die allzu heidnischen Titel "Pontifex Maximus" (aus der altrömischen Religion) und "Papa" (aus dem Mithras-Kult). Damit wird er wieder zum Bischof von Rom und beendet jenes Papsttum, das aus den Ruinen des Römischen Reiches entstand und auf einer berühmten Fälschung basierte, der Konstantinischen Schenkung. Trotzdem verfügt er weiterhin über die Reichtümer, die von der Kirche angehäuft wurden, als sie sich Schätze aus den heidnischen Tempeln, das Vermögen aus den Ländern, die ihr die christlichen Herrscher abgetreten hatten, und den Zehnten, den alle Bauern Westeuropas jahrhundertelang zahlten, unter den Nagel riss. Aber sie hat nicht die Absicht, diese Reichtümer den bedürftigen Europäern zur Verfügung zu stellen. Eine vatikanische Organisation wie die Caritas unterstützt somit eingewanderte Bevölkerungsgruppen, die aus der Dritten Welt gekommen und in Europa angesiedelt worden sind; das tut sie unter Missachtung von Gesetzen, denen Respekt zu verschaffen die Regierungen nicht mehr den Mut haben, und ohne auf die Meinung der europäischen Bevölkerungen Rücksicht zu nehmen, die mit diesen Menschen zusammenleben müssen, deren Anwesenheit nicht gewünscht wurde und niemals Thema einer Volksbefragung war.

Als wäre es eine Antwort auf die leichtfertigen Äußerungen eines Papstes, der eine für Europa todbringende Entwicklung fördert, reagierte der isländische Politiker Olafur F. Magnusson, früherer Bürgermeister von Reykjavik, am 11. Juli auf den geplanten Bau einer Moschee im Zentrum der Hauptstadt. Er prangert den missionarischen Eifer des Islam an, erinnert an die Unruhen von Malmö und bekundet den Willen, Frauen vor religiöser Gewalt zu schützen und die nationale Identität zu bewahren.

Doch Magnusson tut das nicht im Namen des Christentums, das sich gegen den Islam wehren müsste, ganz im Gegenteil. Er erklärt, wenn eine Kultstätte das Privileg auf Islands besten Bauplatz genießen solle, dann gebühre es der Asatru-Gemeinschaft, darüber zu verfügen. Es handelt sich dabei um die Bewegung des germanisch-skandinavischen Heidentums auf Island, die die Götter von Asgard, an der Spitze Thor und Odin, verehrt. Also spricht er den isländischen Heiden "das absolute Recht" zu, "den besten Bauplatz in der Hauptstadt zu bekommen", und ergänzt, dass "sie schon da waren, bevor die Christen ihnen ihre Weltsicht aufdrängten" und dass sie "seit jeher im Land" sind.

Damit zeigt Magnusson, wer die wahren Verteidiger Europas sind und dass der Rückgriff auf die authentischste spirituelle Tradition Europas es uns ermöglichen wird, morgen in einem starken, sicheren Europa zu leben. Während das Kreuz sich zum Halbmond wandelt, wird Thors Hammer nicht schwach.

Wenn all die jungen Europäer, die Europa aufrichtig verteidigen wollen und sogar auf die Straße gehen, um sich den Kräften des Niedergangs entgegenzustellen, sich auf das Christentum berufen, werden sie missbraucht. Auf Lampedusa brachten die Heiden dem Gott Neptun in Person Opfer dar, damit ihre Küsten geschützt bleiben.

Europa und die Europäer zu verteidigen ist keine leichte Aufgabe, sondern braucht den politischen und moralischen Mut, das zu tun, was nötig ist, und es mit der ganzen erforderlichen Stärke zu tun. Für einen Papst ist es leicht, Belehrungen zu erteilen, denn nicht er wird die Konsequenzen seiner Nachgiebigkeit und seiner unbedachten Ermunterungen zu einer Migrationsflut, der er sich entgegenstellen sollte, zu tragen haben.

In diesem Kampf für ein Europa, das nicht sterben will, dem Kampf eines Europas, das die Renaissance seiner Kultur anstrebt, hat der Papst sich entschieden, dem Anti-Europa-Lager beizutreten. Die Kirche wird dadurch nichts gewinnen und sogar weiter das letzte bisschen Kredit verspielen, das sie auf unserem Kontinent noch hat. Von nun an ist es offensichtlich, dass die Europäer von der christlichen Religion keinerlei Heil zu erwarten haben, ganz im Gegenteil.

Thomas FERRIER, Generalsekretär von PSUNE

21/07/2013

L’affaire Vikernes, révélatrice d’une dérive politique et médiatique

Varg Vikernes,arrestation,police,paganisme,AsgardLes deux dimensions de Kristian Vikernes, celle d’un musicien de folk metal, animateur du groupe Burzum, à la musicalité si particulière, et à vrai dire assez peu audible, et celle d’un criminel condamné pour meurtre à plus de vingt ans de prison, m’étaient connues. J’ignorais parfaitement le devenir de cet individu, et notamment le fait qu’il vivait en France, ne m’étant intéressé à lui que suite aux actions infâmes d’un Breivik, constatant alors qu’il condamnait l’acte de ce déséquilibré d’une manière certes fort peu recommandable.

En plein mois de juillet, avec stupéfaction, j’apprends l’arrestation de Vikernes et de son épouse française. C’est même une information jugée primordiale par la presse écrite comme télévisuelle, puisqu’il est suspecté d’avoir envisagé de réaliser un attentat « de grande envergure ». J’ai peine à croire une telle information, qui sera en partie invalidée par les déclarations du ministre de l’intérieur pour qui Vikernes n’avait aucun projet réel. Au final, en croisant les données, il semblerait que l’arrestation de ce norvégien soit due à des propos extrémistes tenus sur son blog, dans le contexte des accusations, désormais confirmées, selon lesquelles des « jeunes » auraient caillassé les forces de l’ordre et tenté de dérober les effets personnels des victimes du drame de Brétigny sur Orge, et à l’achat légal de plusieurs fusils par son épouse.

Je comprends vite que le suspect sera relâché, faute d’éléments probants, car ce faisceau d’indices paraît faible. Son épouse sera relâchée au bout de deux jours, Vikernes le sera au bout d’une soixantaine d’heures. A son issue, il sera poursuivi pour « provocation à la haine raciale » et « apologie de crimes de guerre », ce qui relève donc d’un délit par voie de presse, une façon pour le gouvernement de ne pas faire totalement chou blanc.

Comment peut-on reconstituer d’une manière certes hypothétique les évènements ? En raison de son parcours spécifique et de sa radicalité manifeste, ayant depuis longtemps tenu des propos hostiles aux immigrés et aussi à la communauté juive, il était fort légitimement suivi par les forces de l’ordre. Celles-ci ont certainement dû indiquer à leur hiérarchie les différents éléments laissant supposer une action menaçante de ce nationaliste. Il est évident qu’alors une haute autorité a lancé le feu vert pour mettre en œuvre une intervention musclée à son endroit.

Mais c’est le traitement médiatique de l’affaire qui pose question, car après tout, les policiers sont souvent obligés de recourir à leur intime conviction et peuvent se tromper, exagérant une menace qui après coup paraissait imaginaire. Lorsqu’un extrémiste est interrogé par la police, il n’en est pas fait état ou alors d’une manière très mesurée. Or, dans le cas de Vikernes, on a eu le droit à une avalanche d’articles, souvent mal informés, à des analyses plus ou moins justes de spécialistes, parfois auto-proclamés, de « l’extrême-droite », à sa photographie en première page de sites ou de journaux, à des détails précis sur sa vie.

La première erreur fut de le rattacher idéologiquement à Breivik. Très vite, après que des analystes comme Jean-Yves Camus aient démontré que cela n’avait rien à voir, la presse écrite a cessé de faire référence au tueur d’Utoya. En revanche, jusqu’au dernier jour de garde à vue, les journaux télévisés n’ont cessé de répéter en boucle que Vikernes était « un admirateur de Breivik ». Par ailleurs, de nombreux articles en sont venus à diffamer la religion germano-scandinave Asatru, reconnue dans au moins trois pays européens (Islande, Norvège et Danemark), et parfaitement respectueuse des lois, et à taper sur le « néo-paganisme », certains associant même, contre tout bon sens, "Varg" Vikernes à Dominique Venner.

Varg Vikernes,arrestation,police,paganisme,AsgardEnfin, la presse a rappelé que Vikernes avait apporté un soutien sur son blog au vote en faveur de Marine Le Pen en 2012, preuve qu’il ne connaissait que très superficiellement le Front National, parti certes infiniment contestable sur de nombreux sujets, et notamment sur la question européenne, mais très éloigné de ses préoccupations premières. Cela a donné l’impression qu’il n’avait été arrêté que pour nuire à un FN en hausse dans les sondages, inquiétant une gauche qui a toujours soutenu implicitement le FN lorsqu’il gênait la droite, mais commence à le craindre désormais, puisqu’elle devient victime de son « golem ». En effet, l’électorat populaire de souche européenne semble désormais se détourner massivement de la « gauche », soutenant non seulement la droite mais aussi l’extrême-droite. Le rejet d’Hollande par le peuple semble de plus en plus massif, ce dernier ne bénéficiant plus que du soutien « des banlieues », soutien qui se monnaie très cher, car les évènements de Brétigny sur Orge et de Trappes favorisent encore une fois le FN, des fonctionnaires qui s’illusionnent sur la protection que le PS leur accorderait en matière de préservation des « acquis sociaux », et surtout des « bobos » des beaux quartiers, qui vantent une diversité qu’ils ne côtoient pas. Ca fait 23 à 26% des français au grand maximum, c'est-à-dire la cote du président de la république dans les sondages depuis des mois.

De ce point de vue là, l’attitude de la presse dans l’affaire Vikernes a été en dessous de tout, mais le principal responsable est celui qui leur a donné les « éléments de langage » car il est manifeste que des informations, plus ou moins justes, ont filtré et même ont été communiquées à la presse. Soit un fonctionnaire a commis une faute professionnelle en l’alertant d’une manière excessive, soit il y a eu une intention politique d’instrumentaliser cette arrestation afin de s’en servir contre le FN. Le résultat ne semble pas heureux.

Marine Le Pen n’a pas réagi en France, mais en revanche elle a répondu à la presse norvégienne, affirmant que « tout le monde sait que ce genre d’extrémistes n’a pas sa place chez nous », mais est allée plus loin en indiquant que, si elle avait été au pouvoir, Vikernes n’aurait jamais pu s’installer dans notre pays. Or, en épousant une française, il bénéficie selon les lois en vigueur, lois que Marine Le Pen n’a jamais prétendu dénoncer, du droit non seulement de venir dans notre pays mais d’acquérir notre nationalité. En outre, c’est jeter l’anathème une fois de plus sur l’ouverture des frontières au sein de l’Union Européenne. Rappelons toutefois que la Norvège n’est pas membre de l’UE et ne souhaite pas pour le moment la rejoindre.

La réaction de Marine Le Pen est symptomatique d’une peur d’être associée à des individus au discours peu compatible avec la démocratie et surtout avec le discours dominant, et témoigne aussi d’une obsession europhobe. Mais cette peur est mauvaise conseillère car cette affaire montre que l’information en France est manipulée, soit par méconnaissance des sujets évoqués, soit par médisance, et c’est inquiétant dans une démocratie, où la presse a le devoir d’être irréprochable puisqu’elle informe les citoyens et oriente donc indirectement leur vote. Sa neutralité, sa probité et la qualité de son information sont des exigences absolues. Une fois de plus, on a préféré jeter l’anathème sur un individu au passé plaidant contre lui plutôt que de s’interroger de manière distancée et critique sur cette action de police.

Varg Vikernes,arrestation,police,paganisme,AsgardEnfin, une fois que l’erreur est avérée, aucune auto-critique n’a été faite. On a jeté en pâture le nom et le visage d’un homme, nuisant considérablement à ses intérêts et à son image auprès de ses voisins, et lorsque tout se dégonfle, se résumant à un vulgaire délit de presse, on ne dit plus rien. Or cette affaire devrait servir de leçon et inciter les services de presse à davantage de prudence, au lieu de suivre comme un troupeau des bribes d’informations ne contenant que des parcelles de vérité.

Même si l’idéologie développée par Kristian Vikernes est tout à fait détestable, cela n’a rien à voir avec la foi religieuse qui l’anime, qui est en soi respectable, même si elle est bien mieux illustrée par des gens de valeur comme Olafr Magnusson, que j’ai évoqué récemment. Honorer les dieux d’Asgard ne relève pas d’un quelconque extrémisme. Au contraire, le polythéisme invite à la tolérance et non à une vision manichéenne opposant des « gentils » à des « méchants ». Le discours de Vikernes prouve qu’il n’a pas été capable de rompre avec un état d’esprit propre aux monothéistes et qu’il a encore beaucoup à apprendre avant d’être un vrai païen.

Thomas FERRIER (LBTF/PSUNE)

14/07/2013

Quand "Marianne" découvre le paganisme

marianne_m-266x200.jpg"Constantin a-t'il commis une troisième erreur en répudiant le paganisme, ciment de la gréco-romanité, au profit du christianisme ? C'est ce qui permettra à Théodose d'en faire une religion unique d'Etat, avec tout ce que cela implique...", affirme ainsi le journaliste François Darras dans le Marianne n°847 de cette semaine consacré aux "plus grandes erreurs de l'histoire".

Darras (re)découvre ainsi ce que l'apostasie de l'empereur Constantin, meurtrier des siens, a causé comme tort à l'Europe. Ce n'est pourtant pas pour rien que l'historien Piganiol avait osé affirmer que "Constantin a trahi Rome". Il est amusant de constater qu'un journal de "gauche" comme "Marianne" peut retrouver dans certains cas sa lucidité et les accents de la gauche historique authentique. Il est dommage que "Marianne" perde en revanche tout sens critique lorsqu'il s'agit de questions comme l'immigration ou l'islam. A quand un article de fond pour dénoncer le laxisme migratoire prôné par le pape François, qui est de même nature que l'acte de la noble romaine Faltonia Proba, qui était chrétienne, lorsqu'elle fit ouvrir en 410 PC les portes de Rome à ses ennemis, sous prétexte qu'eux aussi étaient chrétiens ?

Alors, journalistes de "Marianne", encore des efforts pour devenir (vraiment) républicains !

Inna Chevchenko, une européenne au service du mondialisme

67321080-femen-activist.jpgL’ukrainienne Inna Chevchenko est connue comme la dirigeante principale du mouvement Femen, né en Ukraine il y a quelques années. Représentée les seins nues et des fleurs dans les cheveux, elle pourrait passer pour une païenne moderne honorant l’Aphrodite d’Or, ou la Lada slave. Son combat pour la liberté des femmes et une saine féminité est d’un premier abord plutôt sympathique. Lorsqu’elle fustige l’intégrisme islamique en Tunisie ou lorsqu’elle proteste contre le comportement supposé de Strauss-Kahn, elle paraît animée d’une conviction sincère. Elle ressemble alors aux Amazones de la mythologie grecque, inspirées des femmes guerrières des peuples sarmatiques, Sarmates qui vivaient justement dans l’antiquité sur le territoire de l’actuelle Ukraine.

Mais sous les traits d’une Aphrodite, Inna Chevchenko cache ceux d’Hécate. En effet, Inna Chevchenko bénéficie de soutiens puissants, ce qui lui a permis d’obtenir d’une manière très facilitée, et pour des motifs plus que discutables, le droit d’asile en France. Son mouvement dispose même d’un local mis à disposition par la mairie de Paris dirigée par le socialiste Bertrand Delanoë et les autorités policières semblent particulièrement bienveillantes à son égard, celui-ci jouissant de fait d’une quasi impunité judiciaire, alors que dans le même temps des militants de la « Manif pour tous » sont régulièrement arrêtés sous des prétextes douteux.

En plus de soutiens français, qu’elle a obtenus en se ralliant d’une manière parfaitement opportuniste aux causes défendues par le PS, notamment le « mariage pour tous » et la lutte contre « l’extrême-droite », Chevchenko est financée par des oligarques internationaux, notamment américains. Cela explique cette obstination des Femen, y compris en France, à porter sur leur poitrine des slogans provocateurs rédigés en anglais. C’est dire qu’elle n’est plus une femme libre et que son combat est désormais détourné vers un soutien au libertarisme le plus pitoyable de l’Occident décadent. Bien évidemment, elle s’est en outre mise au service de la géopolitique de Washington, d’où son soutien au groupe anarchiste russe Pussy Riot, et préfère taper sur Poutine que prendre la défense de Timochenko, qui a plus fait pour l’image de la femme ukrainienne que ne le feront jamais les Femen.

Elle a donc bénéficié du droit d’asile par la grâce d’un premier ministre « socialiste », alors qu’Edward Snowden, ce courageux euro-américain qui a révélé à la presse d’Europe que nos dirigeants étaient écoutés par les services américains de renseignement, scandale qui ne semble pas offusquer un Gustavo Barroso et pour cause, n’a pas eu cette chance. Il est vrai que Snowden a osé prendre la défense des Européens, ce qui est proprement inacceptable aux yeux d’une classe politique européenne vendue à des intérêts étrangers. Seul Vladimir Poutine a fini par lui accorder le droit d’asile, en le présentant comme le nouveau Sakharov qu’il est bel et bien en vérité.

Et pourquoi elle l’a eu en France et non lui, alors même qu’elle vient d’un pays européen démocratique et ami ? Le prétexte est qu’elle risquait une mise en examen pour s’être attaquée à une croix chrétienne en bois qu’elle a découpée à la tronçonneuse. Or, en France aussi, son comportement tombait sous le coup de la loi. Ce droit d’asile n’est donc absolument pas justifié.

rodno.jpgEn outre, il est bon de revenir sur cet acte provocateur qui l’a faite connaître car il est symptomatique d’une démarche sectaire, la même qu’elle reproche, non sans raison d’ailleurs, aux religions monothéistes. En 2010, la communauté païenne d’Ukraine a fait construire sur une des collines de Kiev une statue dédiée au dieu Perun, le dieu de l’orage des anciens Slaves. En 2011, cette statue a été détruite par des chrétiens fanatiques, ne supportant pas que des Européens osent honorer leurs dieux et non le dieu proche-oriental dont Vladimir a imposé le culte à leurs ancêtres. L’acte de Chevchenko à l’égard de la religion chrétienne est de même nature que l’acte de ces vandales chrétiens vis-à-vis de cette statue d’un dieu païen. Elle est donc mal placée pour dénoncer l’intolérance des catholiques en France vis-à-vis du « mariage gay ».

Rappelons à ce propos que les militantes Femen, qui prétendent vouloir défendre les femmes, ont osé s’en prendre à d’autres femmes, manifestant avec des enfants en bas âge dans des poussettes, et ce dans les rues de Paris, lors du premier défilé contre le « mariage pour tous ».

L’un des derniers faits d’armes de ce groupe d’action féministe est une énième profanation de Notre-Dame. Une « Femen » a ainsi fait irruption dans la cathédrale, les seins recouverts de slogans anti-chrétiens peinturlurés, et a imité d’une manière injurieuse l’acte sacrificiel de Dominique Venner qui avait été commis la veille. Or, il convient de rappeler que Venner n’était en rien un catholique mais quelqu’un qui n’a jamais caché ses convictions païennes et a toujours dénoncé le fanatisme des sectateurs des religions du livre.

Qui imite les talibans en s’en prenant aux fidèles d’une autre religion, en salissant le témoignage politique d’un Européen à la longue mémoire, en prônant la tolérance mais en pratiquant de fait la violence ? Où est le courage politique lorsqu’on se rallie au pouvoir en place et qu’on bénéficie en conséquence de ses indulgences ?

Mais il est bien naturel pour les Femen de donner des gages à ceux qui les financent, détournant ainsi un combat au départ légitime et respectable vers la promotion d’une idéologie gauchiste au service d’intérêts américains, le tout soutenu par le Parti « Socialiste » français. Cela permet ainsi à Inna Chevchenko d’être soutenue par la militante professionnelle Caroline Fourest, qui lui consacre une biographie à sortir prochainement. C’est donc la reconnaissance pour cette jeune ukrainienne dont le seul « mérite » aura été de se vendre avec armes et bagages à l’idéologie mondialiste et de trahir ainsi les intérêts des femmes d’Ukraine et des femmes d’Europe.

Thomas FERRIER

Secrétaire général du PSUNE

PS: la seconde image de cet article illustre ce qu'est l'authentique féminisme européen, avec cette image d'une jeune païenne slave, l'épée à la main. Inna, tu te trompes de combat !

13/07/2013

Quand le pape François renie l'Europe !

Pagan_vs_christian.jpgIl y a quelques jours, celui qui se fait appeler « évêque de Rome », rejetant avec dédain l’image des papes de la Renaissance, défenseurs de l’humanisme européen, des papes capables de faire représenter l’Académie de Platon au sein même de leur palais et appelant au soutien en faveur des Byzantins, menacés de submersion par les conquérants ottomans, à savoir le pape Franciscus [« François »], s’est rendu sur l’île italienne de Lampedusa, qui subit depuis plusieurs années le débarquement régulier de clandestins africains, notamment musulmans, en grand nombre.
 
Au lieu d’apporter son soutien aux populations locales, il a préféré tenir un discours moralisateur condamnant le mauvais accueil que les Européens réservent à ces migrants clandestins qu’il a rebaptisés « réfugiés » et a appelé à l’ouverture à « l’Autre ». Ce discours, qui constitue un appel d’air supplémentaire à une immigration clandestine devenue insupportable aux yeux de plus en plus d’Européens, démontre si besoin est que la papauté tourne désormais le dos à l’Europe.
 
Il faut également savoir que François a refusé d’assister il y a quelques semaines à un concert dédié à l’Année de la Foi et où a été joué la neuvième symphonie de Ludwig von Beethoven, qui n’est autre que l’hymne européen. Il est vrai qu’un hymne qui commence par « O Freunde, tochter der Elysium », Ô Joie, fille d’Elysion, ne peut pas plaire à un pape rejetant la tradition humaniste européenne au profit d’un humanitarisme tiers-mondiste et marxisant tout à fait inapproprié.
 
Alors que l’Europe continue de se déchristianiser, annulant ainsi les effets de la conversion forcée de nos ancêtres par les talibans de Théodose et ses successeurs, le pape cherche à flatter ses nouveaux « marchés de la foi », que sont notamment l’Afrique et l’Asie. En Inde même, les évangélisateurs chrétiens et les prédicateurs musulmans travaillent main dans la main pour combattre l’Hindutva, l’idéologie nationale hindoue et indienne. Si l’Eglise a pris position aux côtés des jeunes Européens lors du débat en France contre le « mariage pour tous », c’est parce que cela ne lui coûtait pas cher, puisque les musulmans et les chrétiens africains sont en première ligne contre une telle disposition législative. Ces Européens, qui ont cru que l’Eglise les défendait, se sont trompés, de la même façon qu’ils ont été abusés par l’égérie Frigide Barjot.
 
Avec sa déclaration de Lampedusa, le pape François prend position. Il rejette les expressions par trop païennes de « souverain pontife », expression issue de la religion romaine ancienne (pontifex maximus), et de « pape », issue du mithraïsme. Il redevient donc l’évêque de Rome, mettant fin à cette papauté née de la ruine de l’empire romain et fondée sur un faux célèbre, la Donation de Constantin. Néanmoins, il continue de disposer des richesses accumuléss par l’Eglise lorsque celle-ci s’est emparée des biens des temples païens, du revenu des terres que les souverains chrétiens lui ont abandonnées et de la dîme payée par tous les paysans d’Europe occidentale pendant des siècles. Mais ces richesses, il n’entend pas les mettre à disposition des Européens dans le besoin. Une organisation vaticane comme Caritas apporte ainsi son aide aux populations immigrées venus du tiers-monde et installées en Europe, au mépris de lois que les gouvernements n’ont plus le courage de faire respecter et sans tenir compte de l’avis des populations européennes obligées de cohabiter avec des gens dont la présence n’était pas désirée et sur laquelle elles n’ont jamais été consultées.
 
Comme s’il s’agissait d’une réponse aux propos inconscients d’un pape qui encourage une évolution mortifère pour l’Europe, l’homme politique et ancien maire de Reykjavik, l’islandais Olafur F. Magnusson a réagi le 11 juillet dernier au projet de construction d’une mosquée en plein centre de la capitale. Il dénonce le caractère prosélyte de l’islam et, évoquant les émeutes de Malmö, souhaite protéger les femmes contre la violence religieuse et préserver l’identité nationale. Il ajoute même qu’il faut stopper l’expansion de l’islam.
 
Mais Magnusson ne le fait pas au nom du christianisme qui devrait se défendre contre l’islam, pas du tout même. Il explique que si un lieu de culte doit bénéficier du meilleur emplacement d’Islande, alors c’est à l’association Asatru, le mouvement païen germano-scandinave d’Islande, qui honore les dieux d’Asgard, Thor et Odin en tête, d’en disposer. Il affirme ainsi « le droit absolu » pour les Islandais païens « d’obtenir le meilleur emplacement dans la capitale » et ajoute qu’ « ils étaient là avant que les chrétiens ne leur imposent leur idéologie » et qu’ils sont « dans le pays depuis toujours ».
 
lampedusa,pape françois,immigrationnisme,gauchisme,paganisme,europe,clandestinsMagnusson démontre ainsi qui sont les véritables défenseurs de l’Europe et que c’est par le recours à la tradition spirituelle européenne la plus authentique que nous pourrons demain vivre dans une Europe puissante et protégée. Alors que la croix se fait croissant, le marteau de Thor, lui, ne faiblit pas.

Quand tous ces jeunes Européens, qui veulent sincèrement défendre l’Europe, et défilent même pour s’opposer aux forces d’involution à l’œuvre, se réclament du christianisme, ils sont abusés. Et à Lampedusa, les païens rendraient des sacrifices au dieu Neptune en personne pour que leurs côtes demeurent préservées.
 
Car défendre l’Europe et les Européens n’est pas une tâche facile et nécessite du courage politique et moral, celui de faire ce qui est nécessaire, avec toute la fermeté requise. Il est facile pour un pape de donner des leçons alors que ce n’est pas lui qui paiera les conséquences de son laxisme et de ses encouragements inconsidérés à un flux migratoire auquel il conviendrait de s’opposer.
 
Dans ce combat pour une Europe qui ne veut pas mourir, d’une Europe qui aspire à la renaissance de sa civilisation, le pape a choisi de se ranger dans le camp de l’Anti-Europe. L’Eglise n’y gagnera rien et continuera même de perdre le peu de crédit dont elle dispose encore sur notre continent. Et désormais, il est clair que les Européens n’ont à attendre aucun salut venant de la religion chrétienne, bien au contraire.
 
Thomas FERRIER

Secrétaire général du PSUNE

23/06/2013

De la religion « nostratique » ou « caucasique »

Stonehenge.jpgLe terme de « nostrate » désigne un macro-groupe linguistique qui serait à la base de nombreux groupes linguistiques propres à la majorité des populations europoïdes, à savoir les groupes indo-européen, afrasien, ouralien, altaïque et caucasien, sans oublier le basque et les langues asianiques (hatti, hourrite) ainsi que le sumérien et l’élamite.

Si une langue originelle a pu exister aux débuts d’existence de l’homme moderne en Eurasie, il est possible d’imaginer de la même façon une religion originelle dont les traits se retrouveraient dans les différents polythéismes qui y prendraient leur source.

Cette religion « nostratique » ou « caucasique » reposerait sur l’existence de puissances divines, et songeons que le nom des dieux Valar imaginés par Tolkien signifie aussi « les puissances », de la racine indo-européenne *bhel-, « force », qu’on retrouve dans le russe vlast’, « pouvoir ». Par « puissance », il faut comprendre que la divinité est l’incarnation d’une puissance cosmique, d’un astre ou d’un phénomène, d’une force naturelle.

Le couple divin de base unit le dieu du ciel et la déesse de la terre, la seule exception étant dans la mythologie égyptienne l’inversion sexuelle entre les deux (Geb est le dieu de la terre et Nout la déesse du ciel, mais l’un et l’autre continuent de former un couple sacré). Au cœur de la religiosité indo-européenne, on retrouve l’union de *dyeus et de *dhghom, le *pater et la *mater. La base de la théogonie hésiodique, comme de la théogonie sumérienne d’ailleurs, est bien l’union de ces deux principes (Ouranos et Gaia, An et Ki), regroupée en sumérien sous le concept d’Anki, entouré de l’Abzu ou « océan primordial » (Océanos en grec).

Chez les anciens Sémites, le dieu du ciel *Ilu a comme parèdre une divinité de la fécondité, qui est *Atiratu (cananéenne Asherah), mais dont le rôle chtonien paraît davantage réduit dans un environnement semi-désertique. En Iran zoroastrien, l’union d’Asman (le ciel) et de Zamyat (la terre) est également présente même si son rôle en religion est très affaibli, remplacée par l’union d’Ahura Mazda et de sa parèdre Ahurani. Enfin, en Inde, le couple ciel-terre, regroupé dans l’expression dyavaprithivi, est certes fondamental mais le rôle des divinités en question est en revanche extrêmement mineur.

D’une manière générale, le dieu du ciel donne son nom aux autres divinités, les *deywês indo-européens étant descendants de *dyeus, comme les *iluhim sémitiques le sont de *ilu, comme les diala sont les fils du dieu du ciel Diala dans la mythologie tchétchéno-ingouche et comme les tanrilar turcs sont fils de Tanri, le « loup gris ». Enfin, les dieux sumériens sont appelés Annunaki, du nom du dieu céleste An et les dieux hongrois sont des isteni, du nom du dieu céleste Isten. Il y a toutefois quelques exceptions, comme chez les Etrusques, où les dieux sont appelés aisar, et n’ont pas de lien direct avec le dieu céleste Tinia, mais le terme « aisar » rappelle l’indo-européen *ansus, « divinité », et surtout chez les Basques. Chez ces derniers, le nom des dieux est jainko (féminin jainkosa) et n’a pas de lien avec le nom du dieu du ciel, Urtzi, même s’il est possible que par le passé les choses aient pu être différentes. Enfin, la déesse de la terre, en tant qu’épouse du dieu du ciel, porte parfois un nom spécifique dans ce rôle. Ainsi est-elle *Ilatu chez les anciens Sémites et *Diwni chez les anciens Indo-Européens (grecque Dionê, latin Diana).

De ce couple primordial proviennent les autres dieux et déesses composant le panthéon, qui n’est pas composé d’une multitude de dieux mais de grandes figures mythiques représentant les forces élémentaires de l’univers (terre, air, eau, feu), les astres (soleil, lune, étoiles et planètes) et les phénomènes atmosphériques (aurore, orage, crépuscule, nuit), ainsi que les êtres vivants (animaux sauvages et d’élevage, forêts et champs agricoles). Par extension, ces divinités ont aussi un rôle social, patronnant des activités humaines fondamentales (agriculture, navigation, chasse, guerre, souveraineté politique, arts) ou des sentiments (amour, discorde, harmonie, honneur).

Dans les panthéons, un dieu spécifique a un rôle majeur, au point parfois de détrôner le dieu céleste. Il est *Adadu dit *Balu (Baal) chez les anciens Sémites, *Maworts (qui a donné Mars à Rome) chez les anciens Indo-européens. On le retrouve sous les traits d’Orko au pays basque, le maître du tonnerre, et de même sous ceux de Buran chez les anciens Turcs, de l’Hadur hongrois ou encore de l’Ishkur sumérien et du Sela vaïnakh. Ce dieu de l’orage est aussi le dieu de la guerre, même si cette fonction finira bien souvent par être attribuée à un dieu spécifique, comme Moloz chez les Géorgiens. Chez les Grecs et les Romains, la fonction orageuse sera assumée par le dieu du ciel (Zeus, Jupiter), laissant aux héritiers de *Maworts (Arès et Mars) la seule fonction guerrière. Cela s’explique par l’influence crétoise chez qui le ciel diurne et le ciel d’orage avaient fini par ne faire qu’un, le fameux dieu-taureau qui servira de base au mythe du Minotaure.

Il a à ses côtés une épouse qui est la déesse de l’aurore et de l’amour, assimilée à la planète Vénus. Chez les Indo-européens, c’est *Ausos, l’Aurore, surnommée *Wenos (latin Venus, sanskrit vanas), « le désir amoureux ». Elle possède deux dimensions, en tant que déesse guerrière (Athéna) et en tant que déesse amoureuse (Aphrodite). Chez les anciens Sémites, *Attartu possède également ces deux dimensions, c’est en particulier le cas de l’Ishtar mésopotamienne, comme de l’Inanna sumérienne. Toutefois, l’Aurore comme phénomène atmosphérique est patronnée par le dieu *Sharu (cananéen Shahar). Chez les autres peuples « caucasiques », cette déesse a un rôle beaucoup plus modeste.

Arkaim_Low.jpgEnfin, les divinités astrales que sont le Soleil et la Lune se retrouvent au premier plan dans toutes ces mythologies. Le soleil est généralement un dieu masculin, mais certaines mythologies le présentent sous des traits féminins (la *shamsu sémitique, certaines déesses solaires d’Europe du nord et de l’est, dans le Caucase), et de même la lune peut aussi bien être féminine (chez les Grecs, les Romains, les Celtes et les Arméniens dans le monde indo-européen) que masculine (chez les Sémites, les Turcs mais aussi les Germains, les Indo-iraniens et les Baltes). Dans certains cas, deux divinités lunaires, l’une masculine et l’autre féminine cohabitent. Dans la religion proto-indo-européenne, on a ainsi *Mens et *Louksna, *Mens étant masculin ou féminin selon les cas, *Louksna (« la lumineuse ») toujours féminine.

Cette brève analyse tend à démontrer que les mythologies des peuples caucasiques ou europoïdes sont apparentées, avec de grandes figures communes et la base d’un panthéon organisé. Union du ciel et de la terre, séparation du ciel de jour (*dyeus, *ilu, Tanri, Isten) et du ciel d’orage (*maworts, *adadu, Hadur), couple orage/aurore, dieux et déesses comme fils du dieu du ciel dont ils portent ainsi le patronyme, forces de la nature incarnées, tout cela permet de reconstituer une religion ancestrale dont les traces remontent au paléolithique.

Si cette religion a évolué et s’est étoffée au gré des progrès scientifiques, et notamment le passage à l’agriculture et à l’élevage, la sédentarisation des populations au sein des premières cités, l’invention de la roue, la domestication du cheval, son cœur matriciel n’a pas changé. La religion « nostratique » aurait possédé une petite vingtaine de divinités et non une multitude comme dans l’animisme, des dieux à forme humaine pour l’essentiel, même si liés à des animaux emblématiques. Ce n’est qu’en Egypte et dans une moindre mesure en Inde que les représentations divines intégreront des traits animaliers. Encore n’est-ce le cas que pour certaines divinités, car Osiris et Isis ont forme humaine, de même que Geb et Nout, et surtout Maat, la déesse de la justice.

religion préhistorique,nostrates,caucasiens,europoïdesElle est fondamentalement polythéiste, l’idée d’un monothéisme primitif qu’évoquaient les savants européens au XIXème siècle et les théologiens chrétiens et musulmans depuis toujours ne tenant pas. S’il y a bien un dieu suprême, il n’est en aucun cas dieu unique et il a épouse et enfants. Face à ce monde qu’ils comprenaient mal, les mortels ont toujours pu compter sur l’appui de ces divinités ancestrales, nées en même temps que l’univers et dont elles sont les piliers. Dans le monde non-caucasique, la mythologie japonaise est la seule à s’apparenter d’une certaine manière à cette religiosité ancestrale ici évoquée. Ses traits sont néanmoins fort différents, puisque le cœur de leur logique est l’affirmation de la déesse du soleil Amaterasu, en rivalité avec son frère orageux Susanoo, même si les dieux ou kami sont généralement anthropomorphes. Les religions d’Afrique noire ou de Chine sont fondamentalement autres, de même que les cultes précolombiens qu’ont rencontrés les espagnols, même si on retrouve des divinités astrales et atmosphériques (le dieu inca Inti patronnant le soleil, le dieu aztèque Tlaloc maîtrisant la pluie), qui sont d’une certaine manière des divinités universelles, mais dans une lecture diversifiée et enracinée.

Thomas FERRIER (PSUNE/LBTF)

Laïcité et intolérance, religion romaine et christianisme

louve-romaine.jpgDans une revue d’ « opposition nationale et européenne », revue nationaliste et catholique, « Hannibal » affirme que « nous venons de fêter le dix-sept centième anniversaire de l’édit de Milan, par lequel Constantin le grand institua la laïcité ». L’auteur ajoute que « l’empire romain avait une religion d’état dont le service strict menait logiquement aux persécutions ». En revanche, John Scheid, historien de Rome, dans Le Point du 20 juin 2013, affirme que « Rome, c’est la laïcité garantie par l’Etat ».
 
Le premier distingue radicalement le christianisme des autres religions, judaïsme, islam et religion romaine étant mis dans le même sac. En revanche, le second illustre la spécificité du paganisme, ici dans sa version latine, issue de la tradition indo-européenne, par opposition d’avec les monothéismes abrahamiques.
 
Jean Soler, dans ses différents ouvrages, a démontré que l’intolérance en religion était un trait spécifique propre aux monothéismes. Ce faisant, il considère le christianisme comme tout aussi intolérant que l’islam. En revanche, les « nationaux-catholiques », qui dénoncent l’intolérance juive et musulmane, reprochent aux autres ce qu’ils exonèrent lorsque cela a lieu au nom de leur religion. Ainsi, leur lecture de la christianisation de l’empire romain est-elle profondément malhonnête intellectuellement, de même que leur défense de gens condamnés non pour leur foi mais en raison des lois que celle-ci leur enjoignait d’enfreindre.
 
La religion romaine est de nature tolérante, même si les autorités ont toujours veillé à la paix civile et au respect des traditions. Dans un contexte militaire, elle peut s’opposer à l’introduction de la religion des ennemis au sein de la cité. Virgile oppose ainsi les dieux de Rome, anthropomorphes, aux dieux égyptiens, présentés comme zoomorphes, de même qu’il distingue la raison occidentale et la superstition orientale. Le judaïsme connut, entre 70 et 135 après J.C, une répression de la part des Romains, mais c’était dans le contexte des « guerres juives ». Une fois la révolte de Bar Koshba vaincue, les Romains réaffirmèrent les principes de tolérance propres à leur vision du monde. Antonin le pieux annula toutes les mesures de rétorsion prises par son prédécesseur Hadrien.
 
A Rome même, à côté des dieux gréco-romains, résultat d’une fusion entre la religion latine populaire et l’esthétique hellénique, on trouve des cultes rendus à des divinités celtes, germaniques ou illyriennes mais aussi égyptiennes ou orientales. Le Jupiter de Dolichê, dernier avatar du dieu hittite Tahruntas, cohabite avec la gauloise Epona. Tant que ces religions n’impliquent pas que la loi romaine se plie à leurs règles, bien que des dérogations soient obtenues par les religions propres à un peuple, comme le judaïsme, l’Etat romain les accepte.
 
Ce n’est que face à des monothéismes de type universaliste, qui impliquent de ne pas respecter la loi commune, de refuser le service militaire, de ne pas honorer l’empereur, que l’Etat romain se braque. Ce n’est pas la foi qui anime les sectateurs de ces religions qui le dérange. Celui-ci est en effet indifférent à cette notion, la fides romaine étant un code d’honneur. L’Etat veut simplement que les rites civiques continuent d’être pratiqués, qu’ils le soient par des croyants ou par des incroyants. Socrate n’a pas été condamné à Athènes parce qu’il ne croyait pas dans les dieux olympiens, mais parce qu’il sapait la base de leur culte par son enseignement.
 
Les chrétiens, et les manichéens dans une moindre mesure, appelaient à un renversement des valeurs et ne se limitaient pas à souhaiter la liberté de pratiquer leur culte, que l’Etat romain aurait été prêt à reconnaître dans d’autres conditions. C’est à la chute même de Rome qu’ils appelaient fondamentalement. Le fanatisme amenant au martyrat sera le même qui amènera à la conversion forcée des païens trois siècles plus tard, lorsque l’empereur passera avec armes et bagages dans leur camp.

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16/06/2013

Les dieux de Shem

Baal_main.gifErnest Renan avait popularisé l’idée que le désert était naturellement porteur de monothéisme, et au XIXème siècle, il était courant à gauche de distinguer le polythéisme indo-européen du monothéisme sémitique, dans une opposition simpliste et au final factice. De la même façon, chez les chrétiens et les musulmans, on retrouve le mythe d’un « monothéisme originel », le passage au polythéisme s’apparentant à une déchéance en tombant dans l’idolâtrie (« veau d’or »). Abraham n’apparaît donc pas comme l’inventeur du monothéisme mais comme le restaurateur d’une tradition ancestrale perdue.
 
Or, avant même qu’il n’existe des cananéens et des assyriens, des arabes et des phéniciens, il existait un peuple préhistorique que par convention on a appelé « proto-sémitique » et dont la langue est mère des langues sémitiques anciennes (akkadien, assyrien, cananéen, araméen, phénicien) et modernes (hébreu, arabe). Ce peuple possédait une culture bien spécifique, avec un roi-prêtre (proto-sémitique *m’lku) et un panthéon possédant une dizaine de grandes divinités, masculines comme féminines. Il semble bien que ce soient les peuples ouest-sémitiques qui soient demeurés les plus fidèles à cette religion ancienne, alors que les Akkadiens ont très vite fusionné leur mythologie avec celle des Sumériens. Ainsi, le dieu sumérien du ciel An (devenu Anu en akkadien) était-il aussi appelé Ilu, de même que Bel Hadad était alors apparenté au sumérien Ishkur. Et la déesse Ishtar devint l’homologue de la sumérienne Inanna, déesse de l’amour, de la guerre et des enfers. Les Iluhim ou fils d’El et les Announaki sumériens ou fils d’An fusionnèrent assez naturellement.
 
Le dieu suprême du panthéon proto-sémitique était *Ilu, à la tête des *Iluhim (ou dieux) et des *Ilatim (ou déesses). Il était symbolisé par un taureau céleste et son nom pouvait signifier à l’origine « celui qui est en haut », donc le ciel souverain. Comme le *Dyeus indo-européen, *Ilu était un dieu assez distant qu’on l’on craignait davantage qu’on en attendait une assistance concrète. Néanmoins, l’El phénicien, l’Allah des Arabes païens ou encore El Elyon « le très-haut », dieu de l’acropole de Jérusalem, étaient fort honorés.
 
C’est son fils, le dieu de l’orage, *Adadu, généralement surnommé *Balu, « seigneur », qui bénéficiait de plus grands honneurs. A la différence de son divin géniteur, il était beaucoup plus proche des hommes puisque, dans un environnement semi-désertique, il était le seul à apporter la pluie bienfaitrice. Il était en conséquence également le dieu de la fertilité, capable de vaincre la mort, personnifié en Canaan par le dieu Môt. Il fut appelé Adonis par les Grecs, alors qu’il associait davantage les fonctions de Zeus et d’Arès, mais aussi de Dionysos.
 
Ces deux dieux disposaient d’une ou plusieurs épouses attitrées. *Ilu était l’époux de la déesse *Atiratu, elle-même surnommée *Ilatu, parèdre du dieu du ciel. On la retrouve sous les traits de l’Asherah cananéenne mais aussi de l’Allat arabe, même si les textes musulmans la présentent comme « fille d’Allah » et non comme l’épouse qu’elle était. Elle était la mère des autres dieux, mais n’avait visiblement pas le rôle d’une déesse chtonienne.
 
Quant à *Adadu, il possédait deux épouses aux rôles bien différents, mais qui n’étaient peut-être en définitive qu’une seule. Il était l’époux de la déesse de l’amour et de la fertilité, *Attartu (cananéenne Ashtoreth, akkadienne Ishtar, arabe al-Uzza), qui était également appelée *Balatu (« épouse de Baal »), mais aussi de la déesse vierge guerrière *Anatu, qui rappelle par certains traits l’Athéna des Grecs.
 
Le rôle principal de ce dieu de l’orage était, comme dans la mythologie indo-européenne, de combattre le dragon des eaux, sorte de monstre gigantesque entourant la terre de ses anneaux. Chez les cananéens, son nom était Lotan, qui a donné le Léviathan, mais son nom originel n’a pu être reconstitué.
 
ashtoreth.gifLes autres divinités importantes représentaient les astres et phénomènes célestes. Le soleil était vraisemblablement une divinité féminine, ce qui peut surprendre dans un premier temps, si on songe au dieu du soleil Shamash en Akkad et à l’idée que le soleil dans un environnement semi-désertique serait nécessairement un symbole de puissance. *Shamshu a en effet eu des héritières de sexe féminin, comme la déesse arabe Shams. Le caractère masculin de son incarnation akkadienne tient certainement à une influence sumérienne, Utu étant le dieu sumérien du soleil et le juge des hommes. Et de même, *Warihu était le dieu de la lune, que l’on retrouve sous les traits du Yarih cananéen, et qui correspond au dieu assyro-babylonien Sîn. *Warihu, en tant que dieu guerrier, et *Shamshu étaient visiblement un couple divin, au même titre qu’*Ilu et *Ilatu et que *Balu et *Balatu.
 
Ils avaient comme frère ou comme enfant le dieu de l’aurore, *Sharu. Contrairement à la mythologie indo-européenne, chez les Proto-sémites, l’Aurore était une divinité masculine. Il était le père de deux dieux jumeaux correspondant à l’étoile du matin et à l’étoile du soir, à savoir la planète Venus. En Canaan, les fils de Shahar étaient Helel, assimilé par les Latins puis par les Chrétiens à Lucifer, et Shelim. En revanche, chez les Grecs, Eosphoros et Hesperos étaient fils de la déesse Aphrodite, incarnation de l’aurore indo-européenne.
 
Enfin, il est possible que le peuple proto-sémitique ait eu au sein de son panthéon un dieu de la mer comparable au dieu cananéen et phénicien Yam, mais ce n’est pas certain. Il est absent dans la mythologie arabe comme dans la mythologie babylonienne. Et le dieu *Kottaru était probablement le dieu de la forge et du feu des anciens Sémites, de même que le dieu *Reshpu était vraisemblablement le dieu médecin.
 
Par la suite, les peuples sémitiques, une fois qu’ils ont quitté leur foyer d’origine, qui était probablement la corne est de l’Afrique ou le sud-ouest de l’Arabie (actuel Yemen), ont enrichi leur panthéon de divinités variées, et notamment divers Baalim préposés à telle ou telle mission.  Les formes « Baal » et « El » ont même pu devenir les surnoms du dieu du soleil chez les Phéniciens, comme Baal Shamin, « seigneur des cieux » ou El Gabal, finissant sous Aurélien par acquérir les traits d’un Sol Invictus.
 
Et de la même façon, certains peuples ont eu tendance à développer le culte d’un dieu ethnarque, un dieu spécifique à chacun. C’est ainsi que des divinités comme l’akkadien Marduk ou l’assyrien Assur ont pris les traits d’un dieu orageux, de la même façon que le Kemosh amoréen et que le Yahweh judéen. Dans ce dernier cas, la fusion est totale entre la dimension céleste d’El, d’où la récupération du culte d’El Elyon à Jérusalem, et la dimension guerrière et orageuse d’un Baal Hadad (Sabaoth). La monothéisation d’El aboutira en revanche chez les Arabes au Allah islamique, cet ancien dieu du ciel, époux d’Allat et père de Quzah [Baal] et de al-Uzza [Ashtoreth], devenu dieu unique.
 
Dans la tradition judéenne, Yahweh n’était pas à l’origine un dieu unique, mais un dieu protecteur du seul peuple d’Israël. Dans un environnement où les peuples voisins ont grosso modo les mêmes dieux, il devint important de se distinguer en religion. Les Phéniciens restèrent des polythéistes, y compris dans leur succursale carthaginoise, jusqu’à la christianisation de l’empire romain. Les dieux sémitiques continuèrent en outre d’être honorés dans ce sanctuaire qu’était Harran, en Syrie, jusqu’au XIème siècle.
 
Les polythéismes sémitiques sont enfin réapparus à l’époque moderne aussi bien au sein du courant sioniste (le mouvement « cananéen ») que des communautés juives d’Amérique (« judéo-paganisme »), et dans une moindre mesure chez certains intellectuels arabes (« wathanisme »).

Thomas FERRIER (PSUNE/LBTF)

26/05/2013

Réflexions sur la lecture chrétienne du geste de Venner

mtr_logo.gifDans un article précédent, j’ai estimé nécessaire de rendre hommage à l’historien Dominique Venner, pour son geste sacrificiel de romain, qui rappelait celui du général P. Decius Mus, évoqué par Tite-Live. Hommage d’un païen à un autre païen, fidèle à la longue mémoire européenne et aux dieux de nos ancêtres.

Nombreuses sont les figures chrétiennes, d’une mouvance à laquelle les media ont voulu associer Venner, qui ont su honorer la mémoire de cet homme, malgré la différence de foi les séparant. En revanche, certains chrétiens n’ont pas pu s’empêcher de crier au sacrilège, et même à la profanation, tolérant pourtant que Notre-Dame soit devenu davantage un lieu touristique qu’un lieu de culte ou d’expression de son patriotisme, comparant Venner à une vulgaire pussy riot, un certain Yves Daoudal allant même à qualifier le mort de « satanique ».

Il y a lieu en effet de s’interroger sur ces convertis « born again », ces nouveaux chrétiens qui, abandonnant leurs convictions premières, ont le zèle de ceux qui veulent se faire pardonner leurs égarements passés. Rappelons à ce propos que « Frigide Barjot », qui n’est pourtant pas une fanatique, a elle-même « découvert la foi », au-delà de son éducation chrétienne, il y a quelques années, en faisant « des caisses » à ce sujet.

Le patriotisme implique qu’on doive faire primer l’amour de son pays, de son peuple, de sa civilisation avant toute conception religieuse. C’est en tout cas ainsi qu’en Europe le phénomène religieux a pris ses traits spécifiques. Un patriote est prêt à risquer l’enfer s’il le fait par dévouement pour le pays de ses pères, et c’est quelque chose d’infiniment respectable. Avant d’être chrétien ou même païen.

L’acte de Venner, qu’on partage les idées qui étaient les siennes ou qu’on les rejette, était indiscutablement un acte patriotique, de cette grande patrie qui pour lui était l’Europe, de cette petite patrie qu’était la France, un sacrifice dans un lieu symbolique pour réveiller les consciences endormies, pour à sa manière sonner le tocsin d’une Europe qui succombe à ce qu’il qualifia de « dormition ». Un chant des Sirènes conduit en effet l’Europe au bord du précipice ou dans les bras d’une Scylla verte.

De nombreux ouvrages ont révélé la réalité bien sombre de la christianisation de l’Europe, qui s’est accompagnée de nombreuses horreurs afin que les païens acceptent de courber l’échine devant une foi étrangère faisant de leurs ancêtres des damnés, punis par le seul crime de ne pas avoir connu un obscur judéen mort quelques siècles auparavant dans une contrée lointaine. Cette réalité est fondamentalement niée ou simplement ignorée de la plupart des européens chrétiens d’aujourd’hui. Elle est pourtant assumée par ces gens qui tentent de salir la mémoire de Dominique Venner au nom de leur foi aveugle que l’écrivain H.P. Lovecraft décrivait comme la « superstition syrienne imposée par Constantin ».

Mais quel est le plus grand reproche que Venner a pu faire à leur religion, et qu’ils n’acceptent pas ? Venner a mis en exergue le caractère universaliste du christianisme, estimant que l’absence d’une religion identitaire en Europe nous a démunis face à l’idéologie mondialiste, alors que par comparaison l’hindouisme, religion ethnique de l’Inde, est d’un grand secours pour un pays qui a su résister et survivre à tous les conquérants. Pour lui, ce qui était le plus proche des Vedas de l’Inde ancienne, de cette sagesse originelle et sacrée de nos ancêtres, c’était l’Iliade et l’Odyssée. C’est chez Homère qu’il a trouvé l’espoir d’une renaissance et compris sans doute que jamais l’Europe ne mourrait.

L’empereur Julien voulait interdire aux chrétiens d’enseigner les textes homériques, estimant qu’ils n’étaient pas capables de les comprendre. Et de même, certains n’ont pas compris quel était le message que l’acte de Venner impliquait. Il a su vaincre ce qui constitue la plus grande force de l’Eglise, la peur de la mort. La mort, il l’a affrontée bien en face, sans sourciller et sans hésiter, et a vaincu cette peur. Cela demande un courage incommensurable lorsqu’on est un esprit sain dans un corps sain. En triomphant d’elle, comme les Européens des anciens temps, c’est en cela qu’il a rejeté la conception chrétienne de la vie.

02/04/2013

De la religion en Europe…

Jupiter-olympien1.jpgEn songeant aux premiers gestes du nouveau pape en ce lundi de Pâques 1er avril, fête des Veneraliae à Rome en l’honneur de la déesse de l’amour, et fête d’Ostara chez les peuples germaniques, je constate une fois de plus que l’Europe souffre d’être une vassale en religion, pour reprendre cette expression d’Ernest Renan. Je songe aussi aux mots de l’historien européen Dominique Venner selon lesquels « face à tout ce qui menace notre identité et notre survie en tant qu’Européens, contrairement à d’autres peuples, nous ne disposons pas du secours d’une religion identitaire ».

Comme premier acte, ce pape argentin d’origine italienne trouve bon de baigner les pieds de douze détenus (chiffre symbolique), dans un geste qui avait peut-être du sens dans la Judée du Ier siècle, mais qui n’en a aucun dans l’Europe du XXIème siècle. Il croit utile aussi d’intensifier le « dialogue avec l’islam ». On aimerait qu’il ait d’abord à cœur de défendre la civilisation européenne, dont il est le dépositaire, non seulement en tant que souverain pontife, héritier des prêtres païens (pontifices maximi) de Rome, dont il arbore les symboles, mais aussi en tant que fils de l’Europe.

A ceux qui s’inquiètent de lendemains qui déchantent, à ceux qui voient s’annoncer les nuages sombres au-dessus de notre noble continent, ce n’est pas vers la religion chrétienne qu’il faut chercher un espoir, mais auprès de ceux qui ont béni notre terre d’Europe, auprès des dieux de l’Olympe et d’Asgard.

Thomas FERRIER (LBTF/PSUNE)

27/01/2013

...When Gjallarhorn Will Sound



(Falkenbach)
`...Morning arose that day long time gone,
two ravens above him showed the way.
He was guided by Odhinn, led by the one
who shelters the fallen every day by day...

...Once blood was shed of countless of men,
in the name of the cross and christian pray...
for hundred of years his heart laid in chains
but hate was growing stronger every day by day...

"Ruler of Asgaard, father of Thorr,
send me your powers divine...
Grant me your wisdom, strengthen my soul,
so revenge of our blood shall be mine...

Allfather Odhinn, I entreat you with awe,
to ride with me side by side,
so avenged shall all be, who had died in the past,
by the power of heathenish pride...

Master of thunder, lighting and rain,
soon your hammer and cross shall collide...
Protector of midgaard's daughters and sons,
in your name christian reign I will fight...

When the hammer will crush, and oppressors will fall,
my sword will be raised to thy hail!
Then the fires shall burn in the name of the Gods
as the sign of the heathen prevail!"

far in the past he saw what has been
his fathers traditions handed down,
but he still kept in heart the will to prevail
as his hate was growing stronger every day by day...

Deep in his heart a shadow had grown
which covered his mind with shades so grey,
but still every morning encouraged his hope
when he sat by the old oak every day by day...

"Strong is my heart, and strong is my will,
soon I will break our chain...
Then the swords shall be raised
and our flag held up high,
the banner of the heathen domain...

Long I've awaited the day of revenge,
the heathenish reign to return...
Now my swordblade is forged,
and my soul will prepared,
by my hands christian crosses shall burn..."

...Evening fell that day long time gone,
the ravens above still showed the way,
they were guided by Odhinn, led by the one,
who shelters the fallen every day by day...

...Blood to be shed of countless of men,
in the name of revenge and heathenpride...
No more withdraw will be on heathenish ground,
no more mercy will be when Gjallarhorn will sound...

23/12/2012

Thomas Ferrier répond à Jean Robin sur les racines païennes de l'Europe


Thomas Ferrier à propos des origines paiennes de... par enquete-debat

Chute de Rome et géopolitique

géopolitique de Rome,Europe,paganisme,christianisme,orient,occident,barbaresPourquoi l’empire romain au sens fort s’est-il effondré au cours du Vème siècle de notre ère, même s’il a survécu sous une forme abâtardie autour de Constantinople ? Son échec est-il contextuel, Rome rencontrant une résistance qui au fur et à mesure du temps s’est étoffée jusqu’à pouvoir déferler sur l’empire même ? Ou bien son effondrement était-il inscrit dans ses gênes ?

A l’heure où on parle encore de la Méditerranée comme d’un espace de prospérité en devenir entre l’Europe et l’Afrique du nord, le président français Hollande rentrant à peine d’Algérie, nous y reviendrons, il est intéressant de s’interroger sur cet empire méditerranéen par excellence qu’a été Rome.

A l’origine, Rome avait vocation à unir autour d’elle les différentes cités et tribus de l’Italie, ce pays d’élevage de bœufs (« Vitalia »), toutes apparentées. Romulus et Numa surent unir Latins et Sabins et petit à peu les peuples italiques rejoignirent l’ensemble, non sans combattre. Picéniens, Mamertins, Ombriens, Sabelliens et Samnites deviendront des Romains. Etrusques et Gaulois de Cisalpine, Grecs des colonies, tribus siciliennes, tous rejoindront cette Italie unifiée bien avant Garibaldi.

Rome fut alors confrontée à deux ennemis qui menaçaient l’intégrité de la péninsule. Ce n’était pas tant les turbulents Gaulois, qui avaient pourtant pillé Rome une première fois, qui inquiétaient les Romains, que la Macédoine et Carthage. Au cours du IIème siècle avant J.C, la Macédoine fut conquise et la Grèce, libérée en apparence, unie à Rome. Les Scipions finiront de leur côté par vaincre la puissante cité phénicienne qu’était Carthage, au bout de trois conflits sanglants. Enfin, les royaumes hellénistiques s’effondreront comme un château de cartes sans combattre. Rome est ainsi à la tête de la Méditerranée orientale, alors même que son cœur est en Europe.

Par la suite, la république puis l’empire élargiront ses frontières, tant en Occident qu’en Orient. César ajoute à Rome la Gaule et la frontière germanique mais aussi l’Egypte. Auguste finalise la conquête de l’Espagne et s’empare de la Thrace. Claude conquiert la Bretagne. Trajan s’empare de la Dacie. L’empire a atteint sa taille maximale, mais est devenu très composite. C’est l’Oronte déferlant sur le Tibre que dénonce Juvénal. Rome n’est plus dans Rome, mais le monde entier est à Rome.

Or cet empire comprend des populations qui n’ont fondamentalement rien en commun et que le hasard historique a intégré à une même structure. La romanisation échoue en Orient là où l’hellénisation semble en revanche avoir percé. La démonstration en est le plus romain des Dieux, Mars lui-même, dont le culte va se répandre dans toute l’Europe mais sera totalement absent en Orient. En Afrique, certes, on l’honore mais parce que ce sont des colons italiens, vétérans des légions, et installés dans cette province, qui pensent à leur dieu tutélaire.

Non seulement les populations africaines et asiatiques de l’empire n’ont aucune affection pour ce conquérant au caractère si européen, même si elles s’installent à Rome même, faisant de la cité d’Auguste une métropole de plus d’un million d’habitants, mais elles réagissent à cette tutelle en affichant leur religiosité orientale puis en s’emparant du christianisme comme d’une arme contre l’Occident romain et européen. Ce n’est pas un hasard si au IIIème siècle de notre ère, quasiment absent en Europe, le christianisme devient un phénomène incontournable à Carthage, à Alexandrie et à Antioche, chez les anciens ennemis du peuple romain. Dans ces cités cosmopolites où une langue grecque dégénérée, un « graecula », domine, les dieux de Rome sont absents.

En outre, les Romains ont bien trop de frontières. Pour avoir échoué à conquérir la Germanie, alors que Germanicus y était presque parvenu mais avait été rappelé à Rome par décision de Tibère, celle-ci était demeurée une zone frontière périlleuse. Les Germains, qui pourtant n’aspiraient qu’à être romains lorsque l’occasion leur était donnée, restèrent en dehors. Leur société guerrière se renforça alors même que la barbarie venue des steppes de la profonde Asie menaçait de s’abattre sur la petite Europe. Les Calédoniens, eux-aussi restés indépendants, malgré l’action de Septime Sévère pour les mâter, représentaient une autre frontière non maîtrisée, et ce malgré la construction de murs de protection. L’exemple chinois et la ligne Maginot démontrent qu’on n’a jamais empêché une invasion en bâtissant une frontière de pierre.

En Afrique, les tribus berbères indépendantes continuaient de menacer aux frontières, alors que le vigoureux empire perse, qui a pris la place des Parthes au début du IIIème siècle, espère reprendre les territoires perdus depuis l’époque de Darius. Pour conserver la Syrie et l’Egypte, pour maintenir la paix aux frontières face aux tribus germaniques et celtes, l’empire romain devait se démultiplier, or il n’en avait pas les moyens.

Du temps de la grandeur, les légions romaines tenaient bons, mais formées de professionnels et non plus de conscrits, elles faisaient et défaisaient les empereurs. Mais si par malheur des attaques simultanées avaient lieu à ses frontières, Rome n’aurait pas les moyens de les enrayer. C’est ce qui finit par arriver au Vème siècle de notre ère. Usée par ses guerres à répétition contre les Perses, Rome fut incapable d’empêcher les Germains de déferler sur sa partie occidentale, poussés par la furie hunnique.

Avec le recul, on comprend que Rome ne pouvait pas géopolitiquement tenir quatre frontières en même temps. Par ailleurs, malgré des richesses indiscutables, la première richesse est l’homme. Celtes et Germains, Daces et Illyriens, mais aussi les Slaves, auraient fait d’excellents romains, et ceux qui étaient déjà dans l’empire l’avaient prouvé. Leurs dieux étaient sous d’autres noms ceux de Rome. Indo-européens comme eux, proches de ce que les Romains avaient été à l’origine, ce que ne manqua pas de signaler un Tacite, ils auraient renforcé l’empire au lieu de contribuer bien malgré eux à sa destruction.

En renonçant à conquérir la Germanie, au profit du puits financier sans fonds qu’était l’orient, Rome commit une erreur géopolitique fatale. Alors qu’Auguste avait défendu l’Europe contre l’Asie, c’était l’Asie qui au final dominait. Constantin abandonna Rome au profit de Byzance, qui restait malgré tout une ville européenne, mais surtout choisit d’adopter le christianisme, vengeance morale de l’Orient afrasien contre l’Occident aryaque qui l’avait dominé. Dernière née des religions orientales, favorisée par les élucubrations de quelques philosophes séduits par la pensée asiatique, préparée moralement par ceux qui sapèrent la religion traditionnelle (Socrate en tête), la religion chrétienne triompha par la trahison de l’empereur. Constantin trouva dans le christianisme les charmes qu’Antoine avait trouvés chez Cléopâtre. Et ainsi trahit-il Rome, comme l’a si bien dit l’historien André Piganiol.

Rome devait unifier l’Europe, tel était son destin, et voir dans la Mare Nostrum un espace frontière. C’est avec les conquêtes islamiques que la Méditerranée redevint ce qu’elle était au départ, une césure entre deux mondes. Le drame du colonialisme, français notamment, a été de faire la même erreur que les Romains deux millénaires auparavant. Enseigner « nos ancêtres les Gaulois » en Afrique ne pouvait pas davantage réussir que d’enseigner « nos ancêtres les Romains » aux Egyptiens d’Alexandrie.

Thomas FERRIER (LBTF/PSUNE)

Octavien, politicien et stratège européen

augustus.jpgCaius Octavius Thurinus était issu d’une famille de petite noblesse de la cité de Vélitries, les Octavii, célèbres notamment pour avoir sauvé la cité d’une attaque ennemie en ayant réussi à s’attirer les bonnes grâces du dieu Mars en personne. Sous ce noble patronage, Octavien ne pouvait que réussir dans la cité du père de Romulus à faire de son nom un titre de gloire.

Il connaît sa première ascension médiatique dans l’ombre de son protecteur et père adoptif, Caius Iulius Caesar, mais l’occasion historique de devenir un acteur de premier plan de Rome lui fut donnée lorsque César fut assassiné par ceux qui se réclamaient de la République et du nom prestigieux de Brutus, vengeur de l’honneur romain et de celui de Lucrèce, libérateur des Romains du joug des souverains étrusques. Octavien passait alors pour un jeune homme sans envergure, mais plein de potentialités, et dont l’espace politique était étouffé par l’aura du principal lieutenant du dictateur, Antoine.

C’est dans cette époque troublée que le talent d’Octavien va apparaître dans toute sa quintessence. Antoine commettra l’erreur de gravement le sous-estimer, mais cela parce qu’Octavien appliquait à la lettre les principes du général spartiate Lysandros, « savoir quand porter la peau du lion et quand porter la peau du renard », et se faisait tout petit à ses côtés.

C’est ensemble qu’Antoine et Octavien combattront pour écraser, sous l’égide d’un Mars Vengeur, les insoumis autour de Brutus et Cassius. La bataille de Philippes déterminera le sort de Rome, partagé entre une dictature populaire et une république aristocratique. Paradoxalement, en apparence du moins, le plus républicain est Octavien, ami du peuple romain. C’est un homme réaliste, animé par une foi sincère en l’avenir de la cité de ses pères, et qui n’est pas prêt à transiger avec ses valeurs, même s’il sait les dissimuler.

Antoine et Octavien se partagent alors le monde. A Octavien, l’Occident avec Rome. A Antoine, l’Orient avec Alexandrie. Il tombe ainsi sous l’influence de la reine Cléopâtre, égérie de son mentor et professeur, et se rêve en nouvel Alexandre. C’est pour la même raison que César avait été tué car on craignait qu’il n’emmène Rome dans une aventure personnelle en Orient, là où Crassus avait connu un désastre. Octavien n’a pas besoin de manipuler la populace romaine pour obtenir son soutien. Par son attitude, il incarne Rome, alors qu’Antoine cède au charme de l’Egypte. Alors qu’Antoine sert Dionysos, Octavien se range du côté d’Apollon. L’ordre face à l’anarchie s’opposent, mais aussi l’Europe et l’Asie. Les dieux anthropomorphes de Rome et de l’Hellade s’arment pendant que les dieux à tête animale se reposent sous le soleil de l’Asie.

Avec Apollon et Mars à ses côtés, mais aussi Neptune, Octavien est le défenseur du continent européen contre les influences délétères de l’Asie ténébreuse. Actium anéantit les espoirs du couple italo-macédonien et reproduit au sein même de la république romaine la victoire de Scipion sur Carthage. Octavien a vaincu tous les obstacles et ira jusqu’au bout de sa mission. Ce n’est pas un homme avide de pouvoir, comme on le présente généralement, mais un homme de devoir. Ce n’est pas la Rome doucereuse des bacchanales nocturnes qui se présente face à Alexandrie, mais la Rome d’airain de l’Italie des origines. Octavien, nouveau Romulus, et émule de Mars, n’entend pas faire preuve de pitié. Cléopâtre, qui sacrifie son amant aux intérêts de l’Egypte, échouera pourtant à séduire le jeune chef de guerre. Tel un jeune lion, il dévore le fils de César, Césarion, qui aurait pu représenter une menace, mais laisse vivre les enfants d’Antoine et de Cléopâtre.

Octavien est ainsi le maître de Rome, à la fois en tant que dialecticien hors pair, capable de convaincre le peuple de le suivre pour châtier le traître, et en tant que stratège. Son projet pour sa cité peut alors émerger. Sorti vainqueur de plus d’un demi-siècle de guerres civiles, il va inventer un nouveau régime, le Principat, conservant les apparences de la république mais aussi les traditions de la Rome des rois italiques. Il hésite à se faire proclamer nouveau Romulus, et choisit finalement d’être Augustus, celui dont les augures ont été favorables, l’homme choisi par la Fortune pour emmener Rome au sommet.

Alors que César ne rêvait que de dépasser Alexandre, Auguste s’intéresse à son peuple, et s’appuie sur deux piliers, la Paix et la Prospérité, tels Mars et Mercure se faisant face au cœur du temple de la Concorde. Il fait ainsi bâtir l’Autel de Paix (Ara Pacis), signe un accord inédit avec les Parthes, obtenant ainsi la restitution des enseignes de Crassus mais aussi d’Antoine, et le retour des prisonniers de guerre romains. A côté du forum romain, il construit un forum augustéen dédié au dieu Mars Vengeur et à tous les grands noms de l’histoire romaine. Mais il ne s’arrête pas en si bon chemin, et se voulant le Périclès de Rome, il fait reconstruire ou rénover quatre-vingt temples afin que les dieux ainsi honorés soient du côté des Romains. Vainqueur des Cantabriens, il y ajoutera un temple de Jupiter Tonnant, le dieu de l’orage l’ayant protégé lors d’un combat.

Octavien est maître d’un empire immense, qui va de la Gaule à l’Egypte, mais qui comprend des populations très différentes. Octavien est et reste un romain et un européen. Les cultes égyptiens l’insupportent et il en interdit la pratique sur le pomœrium. Il veut moraliser la société romaine, limite ainsi le droit de divorcer, bannit les pratiques homosexuelles. Son objectif est de faire remonter la natalité romaine qu’il sait très basse. Il entend assurer le relèvement de la Rome éternelle, et lui offrir de nouveaux siècles de prospérité.

Auguste régnera près de quarante-cinq ans, ce qui est considérable. Et pourtant, les dieux ne lui permettront pas de voir son œuvre se perpétuer par des successeurs dignes de son nom. Seul Tibère aura pu survivre au prince et prendre sa place, sans être en mesure de continuer l’œuvre de son beau-père. Tiberius ad Tiberim. La fin de sa gouvernance n’est pas aussi lumineuse qu’après Actium. Varus et ses légions sont écrasés par les rebelles germaniques d’Arminius en 9 après J.C et la maladie assaille Octavien. En 14 après J.C, le fils adoptif de César s’éteint, ironisant sur sa vie, et se demandant s’il a bien joué la comédie du pouvoir. Il refuse les honneurs et surtout qu’on le considère comme un dieu. Son souhait ne sera pas respecté. Un culte au Divus Augustus verra le jour. Le prince aurait détesté. Toujours, durant sa vie, il avait fui l’hybris et honoré les dieux avec respect.

On honore Octavien pour mieux saboter son œuvre. La dynastie des Julio-claudiens sera exécrable et exécrée. Elle prendra fin avec la mort de Néron. Lui qui avait patiemment forgé le caractère de ceux en qui il voyait ses successeurs, Gaius et Lucius, ses petits-fils, morts bien trop jeunes, n’a pas pu les voir régner. Etait-il conscient à sa mort qu’il avait échoué à pérenniser son œuvre ? Mais Rome aura quatre siècles de vie encore, avant de s’effondrer, car le dieu Mars avait promis douze siècles de gloire à la cité de son fils, douze comme le nombre de vautours vus par Romulus dans le ciel bleu de l’Italie.

Romulus, Brutus, Augustus, ainsi était la trinité qui fit de la petite Rome le cœur d’un empire immense, détrônant l’Hellade. Mais le prix de tant de conquêtes se ferait un jour connaître et il dépassera la bourse des Romains.

Thomas FERRIER (LBTF/PSUNE)

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18/12/2012

Je suis polythéiste!


Je suis polythéiste - 12 dec. 2012 par PSUNE-NEUSP

00:52 Publié dans Analyses, Anti-mythes, Culture, Histoire, Religion | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

12/12/2012

Le génie de la Bastille, un dieu romain et païen

geniebastille506922.jpgUn site fondamentaliste chrétien s’attaque au génie de la Bastille. Ils reconnaissent en lui Lucifer, le « porteur de la lumière » mais l’associe à Satan, la méconnaissance de la mythologie classique, fondement de la civilisation européenne, étant chez eux abyssale.

En premier lieu, dans le monde païen, il y a deux « Lucifer ». Le premier est le dieu romain de l’étoile du matin, fils du dieu Mars et de la déesse Venus, et le frère du dieu de l’étoile du soir, Vesper. Il correspond au dieu grec Phosphoros, « porteur de lumière », appelé également Eosphoros (porteur de l’aurore), né des amours d’Arès et d’Aphrodite. « Lucifer » peut se reconstituer en proto-indo-européen sous la forme de *leuks-bher. Dans la mythologie indo-européenne, la déesse de l’aurore *Ausos, dont Aphrodite et Venus ne sont que des incarnations postérieures, est mère du matin et du soir.

Le second est la traduction en latin d’un dieu cananéen et ougaritique de l’étoile du matin, Helel. La légende raconte que c’est pour avoir voulu s’emparer du trône de Baal sur le mont Zaphon qu’il fut déchu de sa divinité, précipité par le dieu de l’orage jusqu’au royaume des enfers, où régnait le dieu Môt. Helel était le fils du dieu de l’aurore, car le phénomène atmosphérique est masculin chez les peuples sémitiques, Shahar. Cette base a servi à forger le mythe de l’ange déchu, qui devait devenir Sathanaël, « ennemi de Dieu ».

A la cîme de la colonne de la Bastille, on retrouve le Lucifer romain et païen, porteur de flambeau, symbole de joie et de liberté, et qui n’a rien à voir avec un quelconque démon malfaisant, bien au contraire. Il représente l’Europe conquérante, puisqu’il est le fils du dieu père des Européens, Mars en personne, et en même temps l’Europe libre, en tant que fils de Venus.

Petit-fils de Dieu, c'est-à-dire de Jupiter, le très bon et très grand, optimus et maximus, le « porteur de lumière » veille sur Lutèce et annonce le réveil de l’esprit européen.

Thomas FERRIER (LBTF/PSUNE)

02/12/2012

Qui/que sont les dieux ?

paganisme,christianisme,islam,polythéisme,liberté,science,zeus,cosmosLes fondements du « paganisme », c'est-à-dire d’une vision multiple du divin (« polythée »), reposent sur la croyance en l’existence d’êtres supérieurs, de forme humanoïde, qu’on appelle « dieux ». Mais que sont donc ces dieux et quel lien ont-ils avec les êtres humains ?

A la différence du monothéisme qui postule l’existence d’un dieu démiurge, hors du monde, manœuvrant les hommes comme de simples pions sur l’échiquier cosmique, les dieux « païens » s’inscrivent strictement à l’intérieur de ce cadre qu’est le cosmos. Que l’univers naisse d’un œuf cosmique, du sacrifice d’un homme primordial, cela n’a pas d’importance. Il est un fait que si démiurge il y a eu, il était antérieur à l’univers. C’est « Chaos » personnifié qu’on retrouve dans la mythologie grecque, c’est sans doute Janus, le dieu des commencements et des fins dans la mythologie romaine. Mais désormais, au sein du cosmos, son rôle est désormais nul, s’il n’est pas mort en le faisant naître. Cela ne signifie pas que les forces de destruction, et d’involution, cherchant à ramener le monde à avant son existence, n’existent pas. Sa personnification classique est celle d’un serpent ou d’un dragon que combat le dieu de l’orage.

Les dieux sont les piliers de l’univers, ce qu’il faut comprendre dans l’expression indo-européenne *ansus, pour désigner une divinité, les garants de l’ordre. Ils incarnent les forces à l’œuvre au sein du monde pour protéger celui-ci de la destruction.

Ces forces du cosmos, et de la nature, sont en relation avec les différents éléments, à savoir en premier lieu les astres (soleil, lune, terre, étoiles, planètes), les phénomènes atmosphériques (ciel de jour, nuit, aurore, crépuscule, orage, arc en ciel) et les éléments (vent, eau, feu), et enfin les animaux et les végétaux. Si l’évolution des mentalités, et le progrès technique, enrichissent ces dieux primordiaux de fonctions nouvelles, en relation avec les activités humaines (guerre, industrie, science, économie, agriculture) ou même les concepts (amour, intelligence théorique, intelligence pratique) et les innovations (musique, sculpture, écriture), il ne s’agit que de variations sur un même thème.

Ainsi, le dieu de l’orage, du tonnerre et de l’éclair, s’est-il vu enrichi de fonctions supplémentaires, comme le fait de patronner la guerre, de protéger les combattants, de donner la victoire à ceux qui le méritent, et jusqu’à assurer la paix aux frontières. De même, la déesse de l’aurore est-elle devenue déesse de l’intelligence pratique mais aussi de l’amour, du tissage, du mariage et de la famille. La déesse de la terre est devenue déesse de l’agriculture. Le dieu de l’eau est devenu le dieu des lacs et des rivières, puis le dieu de la mer et des océans, et enfin le dieu des marins. Le dieu des bêtes sauvages est devenu le guide des troupeaux, puis le dieu des chemins, le dieu des chemins de l’esprit (science) et même le dieu du commerce. Enfin le dieu du soleil, astre de vie, est devenu le dieu de la justice, car il voit tout, le dieu des arts et de la beauté, le dieu de la médecine car les anciens connaissaient les propriétés bénéfiques des rayons solaires, et le dieu garant des contrats et des serments.

Si le rôle des dieux s’est accru avec le temps, leurs pouvoirs n’ont en rien été diminués, bien au contraire. Ils président même les institutions politiques des tribus, des cités puis des états, et jusqu’aux confréries professionnelles. En Grèce classique, Arès est le dieu des soldats, Aphrodite la déesse des hétaïres, Hermès le dieu des marchands, et des voleurs, Déméter la déesse des paysans, Zeus le dieu des responsables politiques, Héphaistos le dieu des forgerons et des ouvriers, Athéna la déesse des tisseuses mais aussi celle des savants et des sages.

Il y a donc différents niveaux de lecture de ce que les (anciennes) divinités peuvent représenter. Si le cœur historique et fondamentale d’un dieu est son lien avec une force de la nature spécifique, comme Silvanus protège les forêts, comme Pomona protège les arbres fruitiers, comme Vesuna préside à la production de biens, avec un animal emblématique (le loup pour Mars à Rome, l’ours pour Artémis, l’aigle pour Zeus, le cerf pour Cernunnos, le corbeau pour Apollon, la chouette pour Athéna), il est aussi un acteur de la vie publique, un acteur de la vie économique, de la vie sociale, de la vie culturelle. Le temple exalte le génie des architectes, et des mathématiciens. La nécessité d’une statue cultuelle excite l’imagination et la talent des sculpteurs. La religion inspire aussi le poète.

Les œuvres de Phidias, d’Alcamène, de Scopas, de Praxitèle nous rappellent à quel point l’ancienne religion a suscité la création d’œuvres d’art inestimables. La poésie d’Homère, d’Hésiode, de Pindare, de Virgile, en sont d’autres exemples, comme l’est la philosophie d’Héraclite, de Platon ou d’Aristote. La Renaissance a remis au goût du jour ces arts majeurs, sublimés par la musique, de même que le romantisme, qui au souffle gréco-romain y ajoutera le souffle hyperboréen. Lorsque Ronsard pense à l’amour, la figure d’Aphrodite lui apparaît immédiatement. Lorsque David s’apprête à peindre, il a à l’esprit les mânes de Romulus et de ses hommes face aux Sabins, les Horaces se préparant au combat, Brutus l’ancien levant le glaive vengeur en hommage à Lucrèce outragée.

Les dieux « païens » encouragent les hommes à être meilleurs, à user de leur intelligence, à faire preuve de courage. L’homme a été forgé doué de raison, animé par le doute, qui fonde la science. Son rapport avec les dieux est celui que l’on peut avoir avec un ami puissant et bien disposé à son égard, mais qui peut se fâcher et cesser d’apporter son appui, ou même aider celui qui aura été davantage méritant. Le Dieu monothéiste exige en revanche la soumission absolue à son égard, le rejet de la raison si celle-ci s’oppose à sa volonté, le renoncement à tout ce qui fait un être humain, et même à sa liberté. Les Grecs anciens pouvaient honorer un Zeus qualifié de Eleutherios, « libérateur » mais jamais le Dieu chrétien n’a reçu une telle épithète. Là où le Dieu des païens souhaite que l’homme accomplisse son destin, le Dieu monothéiste veut l’entraver. Si l’homme s’avise de vouloir manger de la pomme de l’immortalité, de l’éternelle jeunesse et de la sagesse suprême, il est puni et mis plus bas que terre. Héraclès au contraire terrasse le gardien du jardin des Hespérides, consomme ses pommes, et accède ainsi, après sa mort dans la souffrance sur le bûcher du Mont Oeta, à l’éternité.

Ce que Nietzsche appelle le surhomme, décrit comme un fil tendu entre l’homme et le dieu, entre l’inhumain et le surhumain, et pour qui à l’époque moderne l’incarnation idéale était Napoléon Ier, les anciens l’appelaient herôs en grec, divus (« divin ») en latin. Le bon empereur était fait divus par le Sénat, mais en revanche le mauvais empereur était maudit, son nom même était effacé, il subissait la damnatio memoriae.

Le dieu païen pouvait ainsi être qualifié de philos, « ami », ou même de comes, « compagnon ». Le jeune Constantin avait ainsi Sol Invictus Comes à ses côtés, tout comme le shah iranien avait Mithra. Et dans certaines traditions, comme dans le zoroastrisme, les héros avaient un rôle bien plus décisif pour l’avenir de l’univers que les dieux eux-mêmes. De même, Wagner ne lie-t-il pas le crépuscule des dieux à la mort de Siegfried ?

Il n’y avait pas d’athées dans l’antiquité « païenne », même si Lucien de Samosate se moque des bigots, même si Evhémère présente les dieux comme des rois et des héros devenus « divins » par leurs actions. Les savants évoquaient les dieux comme un objet de recherche comme un autre. Ils étaient même des « objets philosophiques ». Les dieux d’un paysan du Latium étaient pourtant les mêmes que ceux d’un grand philosophe athénien. Celtes, Romains, Grecs, Germains et Slaves ne s’affrontaient pas au nom de dieux différents. Les Varègues suédois et les Slaves, qui formeront unis la Rus’ de Kiev, considéraient leurs dieux comme identiques sous d’autres noms, ainsi Thor et Perun, Odin et Volos, Balder et Dazbog. A Torsberg, « colline de Thor », au Danemark, on a même retrouvé un bouclier dédié au Mars romain, comme si les deux divinités n’en formaient qu’une.

L’antique religion fut ainsi au service de la science, de la liberté, de la prospérité économique, du courage des combattants, de l’honneur des hommes et des femmes. Elle ne constituait pas un frein au développement mais l’accompagnait avec bienveillance et l’encourageait même. Lorsque le christianisme, puis l’islam, se sont abattus sur le monde « païen », la science recula, le doute céda la place à la foi aveugle, la liberté sombra face à un esclavage d’une nature nouvelle, non plus l’asservissement du seul corps mais aussi celui de l’âme. Même si tout ne fut pas ténèbres, même si la lumière perçait grâce à la ténacité de penseurs, de savants, de chefs et d’aventuriers, même si en plein Occident chrétien et à Byzance des écoles philosophiques de haute tenue existaient, c’était une Europe bridée, une Europe ralentie dans sa marche vers le progrès par le fanatisme. La Renaissance fut le coup le plus dur, et le plus salutaire, porté à cette civilisation obscurcie. Elle n’était que le début d’une remise en cause complète d’une tutelle devenue à nouveau insupportable. C’est ainsi que certains penseurs en vinrent à se souvenir avec émotion de l’époque où on honorait des dieux multiples, de cette époque de liberté où science et religion s’accordaient au service de l’humanité.

Lorsque l’homme accomplit son rôle au sein de la nature qui l’a vu naître, lorsqu’il se place au service de la raison et de l’ordre en toutes choses, lorsqu’il cherche à comprendre le vivant et les lois de l’univers, lorsqu’il fait preuve de raison et de modestie, de mesure et d’amour de la vérité, son être résonne avec le monde. C’est le principe platonicien remis à l’honneur par Léonard de Vinci de l’homme microcosme, reflet à petite échelle de l’harmonie cosmique. C’est ainsi qu’il est au sens strict un écologiste, un défenseur de son environnement, et œuvre aux côtés des dieux à la préservation de ce monde qui est nôtre, de cette richesse et de cette diversité.

Le « paganisme » a su unir science et conscience, progrès technique et respect de la nature. Les religions modernes, même celles dont l’extrémisme a été durablement émoussé par la liberté scientifique, n’ont pas ces vertus. L’athéisme moderne est hémiplégique, il n’a fait que la moitié du trajet. Se détourner du Dieu qui opprime amène à se tourner vers ce Dieu qui libère et non à nier le caractère sacré de la nature. L’Europe retrouvera la maîtrise de son destin lorsqu’elle ira au bout de cette révolution mentale qui lui est si nécessaire, car « l’homme de l’avenir sera celui qui a la mémoire la plus longue » (Nietzsche).

Thomas FERRIER (LBTF/PSUNE)