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04/11/2012

L'Europe fédérale, une nécessité !

"La seule réalité possible pour nous, la seule qui puisse garantir sécurité et stabilité, c’est l’Europe. Un Etat européen, un véritable Etat – fédéral, décentralisé mais cohérent et souverain, comme les Etats-Unis d’Amérique – une Europe dont les Etats nationaux actuels deviendraient des régions."

(...)

"Un véritable Etat européen est la seule voie possible pour nous assurer d’un avenir digne. Aujourd’hui, les problèmes ne sont plus nationaux, ils nous concernent  tous. Il est ridicule, par exemple, d’avoir dans différents pays des lois différentes  concernant l’immigration, comme il serait ridicule d’avoir sur ce sujet des lois différents à Bologne et à Gênes. Un véritable Etat européen pourrait en outre réduire une part importante de ses coûts, par exemple les dépenses causées par la pléthore de commissions, d’instances de représentation et d’institutions parasites."

(Claudio Magris, Corriere della sera, Milano, 29 octobre 2012, traduction Françoise Liffran)

http://www.presseurop.eu/fr/content/article/2950611-une-e...

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Brèves européennes... (16)

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Le loup dérange. Pourtant, en Espagne et en Italie, où il est présent en nombre bien plus important, et je n’évoque même pas l’Europe centrale et orientale, sa cohabitation avec l’homme semble se passer plutôt bien et la même chose peut être dite en ce qui concerne l’ours. Ces nobles animaux, à la richesse symbolique si forte en terre d’Europe, pourraient voir leur situation en France se détériorer sous la pression d’éleveurs pourtant largement dédommagés auprès d’un pouvoir public, d’un gouvernement pourtant associé à de prétendus « écologistes », qui ne parlent jamais d’environnement mais préfèrent davantage soutenir la régularisation des clandestins, la légalisation du cannabis et le mariage homosexuel. D’ailleurs, il est intéressant de noter que la formation politique suisse Ecopop propose en revanche de limiter l’immigration à un seuil maximal de 0,2% d’entrées par an (par rapport à la population totale).

Le loup indiffère ces pouvoirs publics mais pas les véritables défenseurs de l’écologie et de l’identité européenne que nous sommes. Alors que l’élevage de moutons est de plus en plus destiné à l’abattage, et aussi à l’abattage ritualisé, le choix est entre la préservation d’intérêts économiques en soutenant un animal d’élevage, qui est sans doute tué moins sauvagement par le loup que dans les abattoirs par l’homme, et la protection d’un animal menacé en Europe, et dont seulement une centaine de spécimens sont présents sur notre territoire. On estime en revanche à 100.000 le nombre de chiens redevenus sauvages en France, et c’est eux qui en vérité causent le plus grand nombre de dégâts, dégâts ensuite imputés au loup. En outre, la réintroduction du loup pourrait considérablement ralentir l’expansion des sangliers qui causent de vrais ravages.

Dans cette opposition entre l’économie et la nature, c’est la nature qu’il faut ici encore défendre. Une profession, aussi respectable, soit-elle, ne doit pas engendrer l’extinction d’une espèce qui dérange. Et si la défense des loups a un coût, c’est un coût raisonnable par rapport à d’autres politiques gouvernementales scandaleuses et bien plus coûteuses encore. Il faut s’opposer à tout abattage de loups car, non seulement leur nombre ne doit pas diminuer, mais il faut accepter et assumer son expansion. Sur notre territoire, l’exploitation humaine devrait diminuer pour redonner toute sa place aux espèces naturelles propres à notre environnement indigène. Loups, ours, lynx et autres grands prédateurs de notre faune doivent être préservés et défendus à tout prix.

TURQUIE

L’ « arrogant Erdogan » continue de menacer et de vociférer contre le peu empressement de l’Union Européenne à faire avancer le processus d’adhésion. En réalité, en ce domaine, il est le principal responsable de cette situation, en raison de son attitude vis-à-vis de Chypre et aussi de la politique intérieure qu’il mène. Car nous ne sommes pas dirigés par des adversaires à cette adhésion, à part la tiède Merkel, et le nouveau président est plutôt turcophile. C’est aussi le cas de Guido Westerwelle, ministre FDP, partisan d’une Turquie intégrée. Rappelons qu’alors que François Hollande s’était engagé à relancer le vote d’une loi réprimant la négation du génocide arménien, il n’en a encore rien fait.

Erdogan exige que la Turquie soit membre de l’Union avant 2023, date du centenaire de la naissance de la république turque, une république dont pourtant il bafoue tous les principes, remisant la noble figure de Mustafa Kemal, pas assez islamique. Il est vrai qu’Atatürk était fondamentalement hostile à l’islam même s’il a assuré le caractère musulman de son pays par « patriotisme », en essayant de désarabiser l’islam et en réintroduisant les traditions turques païennes, parallèlement au fait de présenter les Turcs comme descendants des Hittites indo-européens.

La répression intérieure, le jugement de journalistes et de militaires dans le cadre d’un vaste complot qui permet de mettre au pas l’armée et de faire taire l’opposition laïque, ne joue pas en faveur d’Erdogan. Celui-ci menace qu’on « perde la Turquie ». Alors, perdons-la ! Car si on souhaite une véritable Europe européenne, une Europe puissante et homogène, la Turquie n’y a simplement pas sa place. C’est dommage pour ces véritables européens que sont les beyar Türkler (20 à 25% de la population turque), mais la Turquie en cours de réislamisation d’Erdogan et de Gül, nous n’en voulons pas.

Une Europe qui se ferait respecter exigerait déjà la fin de l’occupation turque de Chypre et le rapatriement des colons turcs installés sur l’île depuis 1974. Rappelons qu’en 1913 puis en 1920, la question de la Turquie dans l’Europe a bien failli être réglée, mais c’est encore la faute des nationalistes d’Europe, et notamment des Balkans, si cela n’a pas pu être le cas.

L’idée d’Europe politique s’est d’ailleurs bâtie dès le XVème siècle contre l’empire ottoman, ancêtre de la Turquie moderne. Georges de Podiebrad avait ainsi théorisé une union européenne, incluant la Moscovie (Russie), pour s’opposer aux conquérants turco-musulmans. Mais l’Europe là encore ne s’est pas faite, et Constantinople est tombée. L’empressement des américains à vouloir que nous intégrions la Turquie prouve par l’exemple qu’il faut bien au contraire s’en garder à tout prix.

Merci Recep Erdogan d’avoir déconsidéré aux yeux du plus grand nombre d’européens votre pays par une politique de taqiya islamiya qui ne trompe plus personne, même plus Daniel Cohn-Bendit. La question me paraît donc heureusement réglée pour longtemps.

Et en revanche, apportons notre plein et entier soutien à la petite Arménie, coincée entre la Turquie à l’ouest et l’Azerbaïdjan à l’est.

EURO-REGIONS

L’UE exerce un chantage politique contre les nationalistes catalans et écossais. Au service des Etats, et non Europe fédérale indépendante et souveraine, elle menace la Catalogne et l’Ecosse de ne pas être membres de facto de l’UE si celles-ci quittent l’Espagne et le Royaume-Uni. La procédure est odieuse mais n’est pas surprenante. Les commissaires n’ont pas pour mission de bâtir une Europe fédérale des régions, contrairement à ce que des souverainistes extrêmes comme Hillard prétendent, mais bien de maintenir la dictature des états jacobins sur leur propre peuple.

A cet égard, la livraison par la France de la nationaliste basque Aurore Martin à l’Espagne, où elle risque douze ans de prison pour avoir comme seule faute été présente à une manifestation d’une organisation interdite, est symptomatique de cette fausse « Europe » qu’on nous vend. Où est l’Europe lorsque d’un côté des Pyrénées, on risque douze ans de prison et de l’autre côté la pleine jouissance de ses droits de citoyen ?

Rappelons que s’il faut condamner sans atermoiement le terrorisme, qu’il soit islamique ou indépendantiste, c’est bien parce que le général Franco, de l’extrême-droite la plus rétrograde, a combattu nationalistes catalans et basques au lieu de s’appuyer sur eux, n’hésitant pas à utiliser des troupes coloniales marocaines pour tuer des patriotes d’une identité régionale respectable, que le nationalisme est si virulent dans ces deux provinces, se teintant de gauchisme. On notera que l’indépendantisme « de droite », comme en Ecosse avec le SNP (Scottish National Party), n’est pas marqué par un quelconque terrorisme.

La réaction outrée de nombreuses personnes de gauche et de droite, et même de Marine Le Pen, dans cette affaire, me paraît justifiée. Même si Manuel Valls prétend, peut-être à raison, n’y être pour rien, il devrait exiger du gouvernement espagnol une simple condamnation formelle et symbolique contre la jeune femme, et son retour en France. L’Espagne, quand elle se la joue jacobine, est aussi insupportable que la France. En Allemagne, où le jacobinisme est exclu, les régionalistes font des scores très faibles parce que leur identité régionale est défendue par l’Etat fédéral.

Même si le Royaume-Uni par le biais de la dévolution et l’Espagne par sa fédéralisation, ont tenté de respecter les identités évoquées, lorsqu’il s’agit d’aller au bout de la logique, les gouvernements se dégonflent et l’Union Européenne cautionne ce renoncement, qu’elle accepte en revanche pour le Kosovo. Deux poids, deux mesures ? Si les américains étaient favorables à l’indépendance de l’Ecosse et de Catalogne, croyez bien que cette indépendance aurait déjà eu lieu.

Thomas FERRIER (LBTF/PSUNE)

Face à la fausse "gauche" !


Contre la fausse Gauche - 24 oct 2012 par PSUNE-NEUSP

03/11/2012

Analyse en video des élections ukrainiennes


Elections ukrainiennes Les résultats - 31 oct 2012 par PSUNE-NEUSP

01/11/2012

Résultats quasi définitifs des élections parlementaires ukrainiennes

Après dépouillement de 99.93% des suffrages

Parti des Régions (Ianoukovitch): 30,01 % des voix et 187 sièges

Parti pan-ukrainien "Patrie" (Timochenko): 25,53% des voix et 103 sièges

Alliance démocratique ukrainienne pour la réforme / UDAR (Klitchek): 13,96% des voix et 40 sièges

Parti communiste d'Ukraine: 13,18% des voix et 32 sièges

Mouvement pan-ukrainien "Liberté" (Tiahnybok): 10,44% des voix et 37 sièges

Indépendants/Candidats sans étiquette: 44 sièges

Ukraine - En avant ! (Korolevski): 1,58% des voix et 0 siège

Notre Ukraine (Ioutchenko): 1,11% des voix et 0 siège

Parti Radical (Lachek): 1,08% des voix et 2 sièges

Parti National (Narodnaia Partia): 2 sièges

Union nationale-travailliste d'Ukraine: 1 siège

Centre unifié: 3 sièges

Assemblée nationale ukrainienne (UNA): 0,08% et 0 siège

Parti libéral d'Ukraine: 0,07% et 0 siège

31/10/2012

Elections ukrainiennes 2012, une victoire en demi-teinte pour Yanoukovitch.

emblem.gifAprès deux jours, depuis la publication des premières estimations, les résultats définitifs des élections législatives ukrainiennes qui se sont déroulées dimanche dernier ne sont toujours pas officiellement connus. Néanmoins, les grandes tendances sont connues et petit à petit les scores s’affinent.

A 97% des suffrages, l’ordre des partis politiques ne devrait pas changer. Le « Parti des Régions » du président en exercice est premier avec un peu plus de 30% des voix environ, dépassant le parti « Patrie » de Ioulia Timochenko, actuellement en prison, qui obtient néanmoins environ 25,5% des voix. L’ancien sportif Vitaliy Klitchek, à la tête de l’Alliance Démocratique Ukrainienne pour la Réforme (UDAR), obtient un score très honorable avec près de 14% des voix, devançant les communistes ukrainiens, alliés du gouvernement PR, qui obtiennent moins de 13,3% des voix.

Enfin, la grande surprise du scrutin est le score élevé du parti nationaliste « Liberté » (Svoboda), allié du FN français et à la fois eurosceptique et atlantiste. Ce mouvement, issu à l’origine d’une formation radicale, le Parti Social-National d’Ukraine, et dont le symbole était la rune du loup, mais devenu depuis l’Union Pan-ukrainienne « Liberté », et dont le logo est désormais une main à trois doigts, façon stylisé de représenter l’emblème du pays, était annoncé au mieux à 6% des voix dans les sondages. Il obtient au final près de 10,5% des voix et réussit ainsi à faire rentrer 35 députés au parlement.

Enfin, le parti "Notre Ukraine" de l'ancien président Ioutchenko connaît une sévère déconvenue avec un score de 1,1% environ, tout comme le mouvement de Nataliy Korolevski "Ukraine, en avant", qui n'obtient que 1,6% des voix. Les autres partis en lisse demeurent à un niveau insignifiant, à l'instar de l'Assemblée Nationale Ukrainienne (c'est à dire l'UNA), mouvement nationaliste historique, qui obtient 0,08% et a été complètement phagocyté par Svoboda.

En nombre de sièges, le Parti des Régions et son allié communiste obtiendraient 223 sièges sur 450, mais devraient pouvoir gouverner avec le renfort d’élus indépendants et/ou sans étiquette. L’opposition démocratique obtient en revanche 177 sièges. Les indépendants et sans étiquette sont enfin 43. Ils auront un rôle décisif, de même que les deux élus du Parti du Peuple, pour offrir à Yanoukovitch la majorité à l’assemblée.

Même si l’opposition dénonce des manœuvres électorales et des fraudes dans la partie est du pays, le score du Parti des Régions n’est pas surprenant. Il matérialise l’opposition de fond entre l’ouest et l’est du pays. En Crimée et dans les régions les plus proches de la Russie, « régionaux » et communistes obtiennent jusqu’à 80% des voix. Dans l’ouest et le centre, c’est en revanche le parti de Timochenko qui s’impose, mais avec un score moins brillant. Enfin, à l’ouest, sauf exception, Svoboda est le premier ou le deuxième parti, avec une pointe à 38% dans la région de Lvov, et il est également premier parmi le vote des ukrainiens de l’étranger (23,7%). Plus faible au centre du pays, il obtient néanmoins plus de 17% des voix à Kiev, en raison de l’immigration extra-européenne naissante dans la capitale et qui irrite de nombreux électeurs.

Si la capitale Kiev et la ville la plus occidentale Lvov représentent l’opposition démocratique et/ou nationaliste au président, Kharkov, Donetsk, Odessa ou Dniepropetrovsk sont largement favorables à ce dernier. Il est toutefois indéniable que dans ces régions, le PR a un contrôle important de la population et on peut penser que ses scores là bas résultent d’une contrainte beaucoup plus forte. En outre, le PR obtient plus de 20% des voix à Kiev, et bénéficie donc d’une meilleure répartition territoriale que ses adversaires. Sa victoire est donc logique.

Toutefois, en pourcentage, l’opposition devance le Parti des Régions, qui bénéficie de l’élection par un autre mode de scrutin de la moitié des députés. Sans cela, il aurait été clairement battu. On ne peut donc pas considérer ce vote comme une victoire personnelle. Il faut aussi convenir du fait que Timochenko n’est pas si populaire, même si son sort en détention inquiète à juste titre les chancelleries occidentales.

Enfin, la crise géopolitique de l’Ukraine continue, tiraillé entre un Ukraine indépendant et eurotrope, mais aussi malheureusement russophobe, à l’ouest, et un Ukraine russotrope à l’est et au sud, rassurant son partenaire oriental quant à la pérennité de la base russe de Sébastopol.

En vérité, l’Ukraine est prise entre deux feux, alors qu’il lui faudrait concilier à la fois l’amitié avec la Russie mais aussi avec le reste de l’Europe, et défendre la réconciliation entre les deux en représentant un pont diplomatique. L’Ukraine cessera cette division politique et géographique mortifère si l’UE sait s’émanciper de la tutelle américaine et s’allier d’une manière franche et fraternelle avec la Russie pour forger l’Europe puissante de demain.

Thomas FERRIER (LBTF/PSUNE)

28/10/2012

Face à l'extrême-droite !


Contre l'extrême-droite, 17 oct. 2012 par PSUNE-NEUSP

21/10/2012

Ich stimme Merkel !

bundestag_(german_parliament).jpgQuand je dis que je vote Merkel, il faut comprendre que ma déclaration est purement métaphorique. En effet je ne suis pas citoyen allemand et je n’ai pas de dérogation spéciale me permettant de participer aux élections allemandes. De plus je pourrais aussi bien dire que j’ai voté Schröder. Par ailleurs je n’ai pas de sympathie particulière pour Angela Merkel. Je préfère son bras droit Wolfgang Schäuble. Pour finir, la politique allemande ne m’enthousiasme pas plus que cela. Dans le passé, l’égoïsme allemand, parfaitement personnifié par Die Grünen, a été responsable des conflits en ex-Yougoslavie. Aujourd’hui il est le grand responsable du déséquilibre énergétique en Europe, du renoncement aux promesses sur le climat.

Si je dis que je vote Merkel, c’est parce que la chancelière cherche à faire avancer l’intégration européenne et parce que le parlement allemand joue pleinement son rôle. Je me sens mieux représenté par les députés allemands que par leurs homologues français. Grâce à eux, je participe, par procuration, au contrôle démocratique de l’Europe, contrôle que le club des dirigeants des Etats membres est incapable d’exercer. C’est un peu comme lorsque les agents de la fonction publique font grève pour le compte des travailleurs du privé. C’est très insuffisant, mais c’est mieux que rien.

La télévision nous a passé récemment des images du rapprochement franco-allemand initié par le général de Gaulle. On y voit le général s’adresser à notre ancien ennemi, dans sa langue, avec une chaleur et un naturel qui tranchent avec les quelques mots hachés sortis de la bouche d’un ridicule François Hollande. On y voit surtout la ferveur de la réaction à ses propos. Des panneaux portent l’inscription Ein Bundestag für Europa. C’est exactement ce que je souhaite: un vrai Bundestag à la tête de l’Europe, pas un parlement de planqués et fiers de l’être, tous europhobes par ailleurs.

La préparation du prochain sommet bruxellois montre pour une fois clairement les divergences abyssales entre Hollande et Merkel et je suis meurtri d’être représenté, comme le citoyen français que je suis en attendant que se réalise le rêve européen, par celui qui nous gouverne.

Ce que Wolfgang Schäuble propose n’est rien de moins qu’un ministre des Finances de fait pour la zone €uro, avec des pouvoirs étendus et notamment la possibilité de retoquer les budgets nationaux, de demander des « améliorations » comme on dit. L’Allemagne voudrait que cette intégration budgétaire soit mise en place dès 2013. Forte de cette avancée, l’Europe, c’est-à-dire d’abord l’Allemagne, pourrait exercer utilement sa solidarité avec les états de l’Union qui connaissent des problèmes. La visite d’Angela Merkel à Athènes prouve sa sincérité.

Il est bien clair que François Hollande, qui tient à faire semblant de gouverner alors que son navire n’a pas de barre à bord et qui tient surtout à rassurer ses troupes en dépensant toujours plus en faveur d'un assistanat improductif et d'une aide somptuaire à quelques amis, ne peut l’accepter. Il demande tout de suite une mutualisation partielle de la dette sous la forme d’€uro-obligations. Quant aux réformes de fond, ce ne sera qu’après 2014, quand la crise sera terminée … Bref il renvoie tout cela aux calendes grecques, sans mauvais jeu de mots. Autrement dit, il demande de mettre en commun le remboursement sans mettre en commun la décision de la dépense. Ce faisant, il se fait le porte-drapeau du laxisme. Contrairement à ce qu’on dit, il ne porte pas les aspirations des pays du Sud : l’Italie et l’Espagne font de réelles réformes structurelles qui justifient qu’on cherche à les aider, pas la France.

Evidemment l’Allemagne, quel que soit le vainqueur des prochaines élections, n’acceptera jamais de suivre Hollande. D’ailleurs la mise en place des fameux eurobonds y nécessiterait une réforme de la constitution.

L’Allemagne a donc fait un pas vers l’Europe. La France, par la voix de son président, lui renvoie une fin de non-recevoir, comme elle l’a déjà fait par deux fois. Alain Minc a raison de dire qu’une quatrième fois ne se présentera pas.

Cette responsabilité historique se double d’une autre, celle de voir l’Europe sombrer de nouveau dans la crise. « Elle est finie », dit notre "président". Il aurait presque raison s’il voulait bien répondre positivement à l’Allemagne, au moins la prendre au mot sur ses propositions. A défaut, il fait tout ce qu’il faut pour que la crise ignorée perdure, jusqu’à la catastrophe.

Dans la nuit de jeudi à vendredi, un accord entre Européens a pu être arraché à propos des banques. Il s’agissait d’une part de mettre en place une assistance aux banques en difficulté et d’autre part d’instaurer une supervision bancaire par la Banque centrale européenne. Evidemment, François Hollande s’intéressait d’abord à la première partie et c’est la raison pour laquelle il tenait à accélérer le processus. A l’inverse, Angela Merkel n’était pas disposée à financer sans garantie. De plus, elle aurait voulu que la supervision des budgets soit abordée en même temps. Il s’en est suivi une querelle de calendrier. Cette dernière a été résolue par un compromis dont le détail importe peu. La seule chose à retenir, sur laquelle l’Allemagne ne pouvait pas reculer, est que l’assistance ne pourra être opérée qu’une fois la supervision installée, c’est-à-dire pas tout de suite. Par ailleurs l’assistance ne sera que partielle, faute d’avoir voulu parler des budgets. Le journal L’expansion ne se trompe pas quand il dit que Madame Merkel, soucieuse de ne pas paraître trop généreuse avant les élections de septembre prochain, est sortie gagnante du bras de fer.

Sur cette question comme sur les autres, étant donné que c’est l’Allemagne seule qui dispose du pouvoir d’assistance, pourquoi Hollande s’obstine-t-il en permanence à tenter de faire avaliser une attitude de laxisme à l’état pur, au risque de retarder sinon d’hypothéquer le relèvement de l’Europe, juste pour le petit plaisir d’avoir fait reconnaître son propre rôle ? Jusqu’où cette gloriole misérable nous conduira-t-elle ?

Peter Eisner (LBTF/PSUNE)

Hollande/Le Pen, même combat


Hollande Le Pen, même combat - 17 oct 2012 par PSUNE-NEUSP

16/10/2012

Résultats définitifs des élections législatives lituaniennes

Darbo Partija: 19,84% et 17 sièges

Lietuvos Socialdemokratu Partija: 18,38% et 15 sièges

Tevynes Sajunga: 15,06% et 13 sièges

Lietuvas Respublikos Liberalu Sajudis: 8,57% et 7 sièges

Drasos Kelias: 7,98% et 7 sièges

Partija Tvarka ir Teisingumas: 7,31% et 6 sièges

Lietuvos Lenku Rinkimu Akcija: 5,83% et 5 sièges

Lietuvos Valstieciu ir Zaliuju Sajunga: 3,88%

Liberalu ir Centro Sajunga: 2,06%

Politine Partija "Sajunga Taip": 1,76%

Socialistinis Liaudies Frontas: 1,21%

Krisconiu Partija: 1,2%

Nacionalinis Susivienijimas "Uz Lietuva Lietuvoje": 0,94%

Respublikonu Partija (eurosceptiques): 0,27% 

15/10/2012

Elections législatives en Lituanie. MISE AU POINT

A 97% du dépouillement (à 13h20), le Parti du Travail (gauche) n’obtiendrait que 19,98% des voix et 17 sièges. Le parti social-démocrate, avec 18,46% et 16 sièges, le suit. Réunis, ces deux partis ne disposent que de 33 sièges sur 70, et ratent ainsi la majorité absolue. Ils devront donc nécessairement s’allier à une troisième formation qui en l’état ne saurait être que le parti représentant la communauté polonaise (Lietuvos Lenku Rinkimu Akcija), qui a obtenu 5,85% des voix et 5 sièges.

La coalition de droite libérale et conservatrice échoue à se maintenir au pouvoir et est même durement sanctionnée par les électeurs lituaniens. Le Tevynes Sajunga (Union de la Patrie) au pouvoir, avec 14,90% des voix et 12 députés, s’effondre. Son allié libéral, le LRLS, avec 8,43% des voix et 7 sièges, connaît une déconvenue analogue.

Autre grand vainqueur de ce scrutin, la formation eurosceptique et nationaliste modérée Tvarka i Teisingumas (Ordre et Justice), qui avec 7,41% et 6 sièges. Enfin, le mouvement libéral Drasos Kelias (« La Voie du Courage »), avec 7,91% et 7 sièges ferme la boucle.

La droite réunie, en incluant les souverainistes, obtient toutefois 32 sièges, ce qui n’est pas très éloigné du nombre de sièges de la gauche, mais il paraît peu vraisemblable que la minorité polonaise s’associe à elle.

Les extrêmes échouent à peser dans ce scrutin. Le Front Socialiste de Gauche (Socialistinis Liaudies Frontas), tendance « Mélenchon », n’obtient que 1,2% des voix, alors que l’Alliance Nationale (Nacionalinis Susivienijimas) se contente de 0,93% des voix. Enfin, les agrariens du parti paysan, le LVZS, avec 3,93% des voix, n’atteignant pas la barre fatidique de 5%, se retrouve sans représentants.

Un référendum sur l’ouverture d’une nouvelle centrale nucléaire avait lieu le même jour. Contrairement à l’information que j’avais préalablement indiquée, 62% des électeurs lituaniens ont refusé la construction de cette centrale. L’action des écologistes et autres défenseurs de l’environnement a été payante. Le lobby anti-nucléaire a su convaincre un pays à la surface géographique limitée que les risques ne valaient pas la chandelle. L’avenir dira si la dépendance énergétique de la Lituanie vis-à-vis de la Russie aura été le bon choix en matière de coût de l’énergie.

14/10/2012

Chroniques européennes du 14 octobre 2012

LITUANIE

Ce 14 octobre 2012, les électeurs lituaniens votaient pour élire leur nouveau parlement (la seimas) et les sondages annonçaient une victoire de la coalition de gauche sur la droite sortante, incarnée notamment par les démocrates chrétiens de l’Union de la Patrie (Tevynes Sajunga).

Selon les sondages sortis des urnes, en attendant les résultats définitifs au cours de la nuit, les travaillistes (Darbo partija) avec 19,8% constitueraient le premier parti du pays, devant leurs alliés sociaux-démocrates (LSDP), qui auraient obtenu 17,8% des voix. La droite libérale et conservatrice est largement perdante, puisque les démocrates chrétiens (TS-LKS) n’obtiennent que 16,7% des voix, les libéraux républicains (LRLS) 8,5%. Le parti néo-libéral « La voie du courage » (Drasos kelias) créent la surprise en obtenant plus de 8,5% des voix. D’autres formations de droite libérale et/ou conservatrice ferment la marche avec 3% pour le LiCS (« libéraux centristes »), 4,7% pour les agrariens du LVZS et enfin 1,3% pour une petite formation démocrate chrétienne du nom de « Sajunga Taip ».

L’extrême-gauche, incarnée par le Front Socialiste du Peuple (Socialistinis Liaudies Frontas), correspondant à peu près au Front de Gauche français, avec 1,2% des voix, échoue à représenter une force politique significative.

Les différents mouvements souverainistes et/ou nationalistes connaissent un succès mitigé. « Ordre et Justice » (PTiT), un mouvement eurosceptique et conservateur, obtient le score estimable de 8,4% des voix. En revanche, les nationalistes de l’Alliance Nationale (Nacionalinis Susivienijimas « Uz Lietuva Lietuvoje ») échouent dans leur tentative unitaire, n’obtenant que 1,2% des voix, souffrant principalement d’un phénomène de vote utile en faveur d’ « Ordre et Justice », de même que le Parti des Républicains (Respublikonu partija), petit mouvement souverainiste, qui n’obtient que 0,4% des voix. Enfin la minorité polonaise, avec 4,8% des voix, rassemble son camp.

Dans un contexte de crise économique, les électeurs ont voulu sanctionner le pouvoir en place en offrant le pouvoir à une coalition de gauche modérée. Alors que les écologistes allemands ont pu obtenir du gouvernement Merkel l’arrêt du nucléaire, lors d’un référendum qui a eu lieu ce même jour, les électeurs ont choisi de soutenir l’industrie nucléaire.

BELGIQUE

Des élections locales se déroulaient également en Belgique, dans un contexte particulier, à savoir la montée prévisible du parti indépendantiste flamand NVA, dirigé par Bart De Wever, historien connu pour avoir réussi à perdre près de soixante kilos en quelques mois. Il était candidat à la mairie d’Anvers, ville connue pour avoir été l’un des fiefs historiques du Vlaams Belang, parti nationaliste flamand anti-immigration. C’est à Anvers en effet que Filip Dewinter avait fait ses meilleurs scores. En 2006, il obtenait même 33,5% des voix.

Bart De Wever a réussi son pari. Il obtient plus de 37% des voix, loin devant le candidat socialiste sortant Patrick Janssens, qui passe sous la barre des 30% (29,1% précisément). Il est vrai qu’il a été gêné par une dissidence de gauche, le candidat du PVDA social-démocrate obtenant 8,2% environ. Ces voix manquantes expliquent à elles seules l’échec du PS. Le Vlaams Belang est également le grand vaincu de cette soirée, puisqu’il n’obtient que 9,9%, soit une perte sèche de près de 24 points. Cette chute considérable, que Filip Dewinter expliquait par un scrutin marqué par une forte dichotomie entre le NVA et le PS, n’est pas spécifique à Anvers, même si elle y est très importante. Le VB perd 9% à Ostende, 11% à Bruges, 11,5% à Gand, 8% à Louvain, 5% à Tongres. Enfin, si les Verts (Groen) progressent (8,1%), le mouvement libéral Open VLD perd quatre points (avec 5,7% des voix).

La gauche socialiste domine en revanche nettement les élections municipales à Bruxelles même, mais aussi à Charleroi, à Mons, à Tournai, et à Liège, avec des scores en progression significative. Seule Namur, parmi les grandes villes de Wallonie, échappe au PS en faveur de CDH.

La droite nationale wallonne, fortement affaiblie par l’interdiction des « fronts nationaux » sous la pression de Marine Le Pen, qui a bénéficié de l’étrange bienveillance de la justice belge en sa faveur, s’est effondrée. A Charleroi, elle obtient toutes chapelles confondues 4,4% des voix (Nation : 0,87%, RW : 0,74%, Wallonie d’abord : 0,67%, FNW : 2,21%) et 2,4% à Namur (Wallonie d’abord).

Les élections municipales belges ont ainsi confirmé à la fois la nette progression du NVA et le renforcement en Wallonie du PS, accentuant le clivage social et politique entre les deux entités. En revanche, l’extrême-droite sort extrêmement affaiblie, le Vlaams Belang reculant considérablement, et les nationalistes wallons disparaissant presque complètement du terrain électoral.

Thomas FERRIER (LBTF/PSUNE)

07/10/2012

Abu Hamza, symbole de la permissivité maladive de l’Europe

Hamza.jpgAprès huit ans de procédure, le « citoyen britannique » Abu Hamza a enfin été envoyé aux Etats-Unis pour y être jugé. Abu Hamza, cet égyptien naturalisé britannique par on ne sait quel délire, était bien connu comme prêcheur de haine dans ce qu’il est convenu d’appeler le « Londonistan ». Ce n’est qu’avec les évènements du 11 septembre 2001 que la presse commence à s’intéresser à ce sinistre personnage, puisque ce dernier a approuvé l’action des islamistes.

Son cas est intéressant car il représente bien la permissivité de l’Europe, et le Royaume-Uni, membre un peu à part au sein de l’Union Européenne, et référence des souverainistes, n’échappe pas du tout à la règle. Cet islamiste, qui prônait l’instauration de la sharia en Grande-Bretagne, est même devenu citoyen britannique, une « citoyenneté » qu’il décrivait de manière très objective comme, je cite, une « identité superficielle », une commodité lui permettant de voyager, et qu’il réduisait à des simples « papiers » bien utiles.

Alors que les sociétés démocratiques anciennes, et les sociétés européennes modernes jusqu’il y a quelques décennies, étaient économes en naturalisation, considérant cette dernière comme un acte exceptionnel, elles ont depuis largement ouvert les vannes des naturalisations de masse, offrant sa nationalité à n’importe qui. En France 120.000 personnes par an en moyenne sont naturalisées pour des motifs les plus variés mais se résumant généralement à un temps de présence « suffisant » sur notre territoire. Le PS, à peine en place depuis quelques mois, a d’ailleurs à nouveau assoupli les règles de naturalisation, la droite ayant introduit quelques légers freins par le biais d’un questionnaire de culture générale sur notre pays. Il faut dire que cela lui procure des électeurs supplémentaires, même si on naturalise des gens qui ne parlent même pas français, qui sont entrés illégalement sur notre territoire ou des musulmans fondamentalistes. Ce fut le cas au Royaume-Uni d’Abu Hamza.

Non content de cracher sur son pays d’adoption à chaque allocution, ce personnage n’a jamais manifesté la moindre compatibilité avec la civilisation européenne, qu’il méprise de toute son âme. Et pourtant, lorsque les Etats-Unis le réclament, il faut huit ans de procédure pour pouvoir enfin le faire partir de ce pays. Il a utilisé tous les recours possibles, nationaux et internationaux, en appelant même à la CEDH. Il faut toutefois noter que bien que « citoyen britannique », le gouvernement a pu au final l’extrader, preuve qu’il ne l’a jamais vraiment considéré comme tel d’ailleurs. On apprend par ailleurs par la presse britannique que la reine d’Angleterre elle-même était contrariée par la présence de cet extrémiste.

Parce que le droit est devenu fou, parce que les procédures de recours sont bien trop nombreuses et surtout accessibles à n’importe qui, la civilisation européenne n’est plus capable de se faire respecter sur son propre sol. Elle confère la nationalité des états à n’importe qui, elle donne des droits à des gens qui n’ont jamais rien fait pour les mériter. Il faut donc huit ans pour qu’un fanatique puisse être expulsé. Mais combien d’années ont en revanche été nécessaires pour le naturaliser ? Qui a pris cette décision ? Qui a signé le décret de naturalisation ?

Theresa May, le ministre conservateur de l’Intérieur, a déclaré que ce délai trop long était frustrant. Cela veut bien dire que, UE ou pas, l’Etat britannique n’est plus depuis longtemps un état souverain, et ce même si David Cameron lance une croisade aussi excessive qu’injuste contre le fédéralisme européen. Est-ce l’Union Européenne qui a fait naturaliser Abu Hamza ? Est-ce que l’Union Européenne qui a inventé la CEDH, née à Londres au sortir de la seconde guerre mondiale, CEDH qu’a utilisée Abu Hamza pour retarder pendant des années son extradition ?

Et même quand enfin le gouvernement britannique peut l’envoyer aux Etats-Unis, il le fait en exigeant des Américains qu’il n’envoie pas en détention Abu Hamza à Guantanamo et qu’il ne le condamne pas à la peine capitale. Le « Capitaine Crochet » a enfin quitté le navire de sa majesté mais visiblement le Royaume-Uni continue de le choyer au-delà de l’Atlantique.

Combien cette procédure a-t’elle coûté au contribuable britannique ? Et aux autres européens qui financent par leurs impôts la CEDH et autres institutions du même style, dont la tâche principale est de nous désarmer juridiquement contre des individus de ce genre ? Et qui se soucie des droits que les Européens devraient avoir sur leur sol ?

L’exemple d’Abu Hamza nous montre que l’Europe actuelle est enchaînée par les propres traités et conventions d’ordre juridique qu’elle a signée. Il faut que l’Europe s’unisse mais il faut aussi que l’Europe se refonde sur une base juridique plus saine, moins laxiste, moins permissive, et qui permette aux Européens de se faire respecter chez eux !

Thomas FERRIER (LBTF/PSUNE)

De la laïcité en politique...

flamines.jpgLe débat sur la laïcité est redevenu d’actualité depuis que Marine Le Pen s’en est emparé, ce qui lui est contesté notamment par la gauche. Lorsque « Marine » déclare que « nos valeurs républicaines sont issues de notre culture chrétienne », alors même qu’elle peut déclarer par ailleurs que la laïcité est une neutralité vis-à-vis des religions, exigeants des français de confession juive qu’ils renoncent à porter la kippa pour qu’elle puisse faire interdire le voile islamique, on lui reproche de « déguiser sa xénophobie en défense de la laïcité » (Renaud Dely). En liant laïcité et christianisme, Marine Le Pen défend implicitement le christianisme face à l’islam en s’appuyant sur la « République ».

En réalité, la laïcité n’est pas et n’a jamais été un traitement neutre et équitable entre toutes les religions. Ce n’est pas un hasard si Maurice Allard, député socialiste, et l’un des partisans les plus durs de la loi de 1905 sur l’Eglise et l’Etat, ne cachait pas son apologie implicite du paganisme issu de la tradition indo-européenne et rendait hommage à l’empereur Julien. La laïcité est la défense du peuple contre les clercs, mais surtout la défense des valeurs populaires contre les dogmes religieux. Le « laos » est en grec « le peuple », et la laïcité est stricto sensu « la chose du peuple », comme la république d’ailleurs (« res publica »).

La laïcité est donc la défense de la religion populaire, qui en Europe est un mélange de paganisme et de christianisme (fonds païen, forme chrétienne), une « double foi » (une dvoeverie en russe, terme désignant la synthèse de ces deux spiritualités). Il s’agit ni plus ni moins que d’affirmer les valeurs traditionnelles européennes, dans lesquelles la femme est considérée comme l’égale de l’homme (depuis Pénélope attendant le retour de son époux à Ithaque), dans lesquelles la nudité n’insulte pas la divinité, dans lesquelles les plaisirs de la vie ne sont pas diabolisés, dans lesquelles le sexe n’est pas synonyme d’impureté et dans lesquelles représenter la divinité n’est pas un blasphème mais un acte de piété.

En liant la laïcité au christianisme, Marine Le Pen se trompe complètement dans le sens qu’on peut accorder à cette notion positive. Mais elle se trompe encore davantage en reprenant le sens courant donné à ce terme par la fausse « gauche ». L’Etat n’a pas à être neutre et à traiter équitablement toutes les religions. L’Etat a comme mission de défendre le peuple, les valeurs et les conceptions du peuple.

Ce n’est pas à une laïcité chrétienne, augustinienne (« rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu »), qu’il faut faire référence, pas plus qu’à une « laïcité » égalitariste moderne, mais bien à la laïcité européenne dans son authenticité, la laïcité antique, gréco-romaine. A Rome, les Juifs pouvaient porter la kippa et pratiquer la circoncision, par dérogation de la loi générale, afin de respecter les coutumes ancestrales de ce peuple, à partir du moment où celui-ci ne cherchait pas les imposer aux Romains. En revanche, ceux qui s’opposaient à la loi commune au nom des principes de leur religion, et qui ne pouvaient se prévaloir d’une clause d’exception, étaient condamnés.

Thomas FERRIER (LBTF/PSUNE)

Thomas FERRIER et le mythe de la christianisation pacifique


L'historien Thomas Ferrier à propos de la... par enquete-debat

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23/09/2012

Entre euroscepticisme et eurofuturisme…

sondage,IFOP,Le Figaro,euroscepticisme,européisme,opinion,Union Européenne,euroAlors que 76% des membres du conseil fédéral d’ « Europe » Ecologie – Les Verts ont voté contre le traité budgétaire européen promu par François Hollande et Angela Merkel, au grand dam d’un Cohn-Bendit qui en profite pour prendre ses distances avec ce mouvement, le thème européen n’apparaît décidément plus comme un élément fédérateur.

Un sondage IFOP, commandé par Le Figaro et consacré à la question européenne, de septembre 2012, matérialise ce désaveu dont l’idée européenne semble souffrir de la part du peuple français.

En premier lieu, le sentiment d’européanité, qui est ainsi confondu avec celui d’appartenance à l’Union Européenne, est au plus bas, puisque 7% seulement des personnes interrogées se considèrent comme européennes avant tout, et 9% de plus se considèrent comme européens parmi d’autres référents identitaires. Néanmoins, le fait d’être membre de l’UE reste intéressant pour 49% des français, contre 27% qui pensent le contraire. Cela ne signifie pas que pour autant l’UE reste crédible puisque sa gestion de la crise économique ne convient qu’à 24% des sondés, contre 76% qui l’estiment peu ou pas efficace. L’€, principal élément tangible de la construction européenne, n’est plus un atout que pour 23% des gens, 45% estimant au contraire qu’elle est un élément de handicap. Il l’est selon la majorité des sondés en matière de compétitivité de l’économie française (négatif pour 61% d’entre eux), de chômage (63%) et surtout en matière de niveau des prix, ce vieux mythe eurosceptique, l’€uro étant négatif à 89%. Néanmoins, aussi négatif soit l’€uro à leurs yeux, ils ne sont que 35% pour penser qu’il faudrait revenir au franc (l’expression adaptée aurait dû être de « retrouver une monnaie nationale ») contre 65% qui estiment le contraire. L’€-phobie reste néanmoins à un niveau assez haut, même s’il est inférieur à septembre 2011 et plus encore à mai 2010, mais elle n’a pas progressé d’une manière déterminante pour autant.

Le manque de solidarité européenne s’exprime nettement lorsque le cas grec est évoqué, l’idée d’une exclusion d’Athènes si elle ne parvient pas à réduire sa dette et son déficit, étant soutenue par 65% des personnes interrogées.

Enfin, en interrogeant les seules personnes en âge de voter en 1992, lors du référendum sur le traité de Maastricht, le non aurait été de 64% (contre 49% dans la réalité) et le oui aurait été largement dominé avec seulement 36% des voix (contre 51% dans la réalité). Ce résultat témoigne que parmi les partisans de l’Europe politique en 1992, beaucoup sont désabusés et regrettent l’introduction de l’€uro, même si les partisans d’un retour au franc demeurent minoritaires.

Toutefois, même si ces résultats ne sont pas encourageants, les citoyens ne sont néanmoins pas nécessairement cohérents. Le fédéralisme européen séduit encore 40% des sondés, contre 60% qui souhaitent au contraire moins d’intégration européenne. C’est le score le plus bas pour cette question, mais cela reste une option crédible. L’idée d’une politique économique et budgétaire unique n’est pas repoussée, même si elle est minoritaire. Et on peut même parler d’ « eurofuturisme » pour 44% des français, qui estiment probable la mise en place d’un état européen unique, tel que le prône par exemple le PSUNE. Et c’est même le cas pour 46% des sympathisants du Front National, alors que 40% de ceux du Front de Gauche partagent leur avis.

Quant à la question de l’appartenance de la Turquie à l’Union Européenne, le rejet des citoyens n’a jamais été aussi fort. 84% des personnes interrogées sont opposées à l’adhésion turque. La politique intérieure turque, avec la réislamisation de plus en plus évidente de la rue turque, mais aussi avec l’autoritarisme accru de Recep Erdogan, rentre sans doute en ligne de compte. Mais c’est au moins une bonne nouvelle car toute initiative du gouvernement « socialiste » en faveur de cette option ne peut qu’être refroidie par cette opinion si hostile. Néanmoins 37% des sympathisants du Front de Gauche restent favorables à cette adhésion, sans doute et on le verra dans d’autres sondages, parce qu’il a en son sein le plus grand nombre d’islamotropes.

Ce sondage n’illustre pas seulement un clivage entre eurosceptiques et européistes, mais divise les familles politiques et même les genres. Ainsi, les hommes sont les plus favorables à l’Europe politique. 10% se sentent d’abord européens, 54% estiment que l’appartenance à l’UE est intéressante, 31% que l’€ est un atout, 40% auraient voté oui à Maastricht (contre 33% des femmes), 47% souhaiteraient une Europe plus intégrée (mais seulement 33% des femmes) et ils sont même 54% à croire à un état européen unique pour l’avenir.
Le sentiment d’européanité est le plus fort au MODEM et à Europe-Ecologie, en revanche il est inexistant au FN, preuve que la propagande europhobe de Marine Le Pen en a écarté les éléments pro-européens (Nouvelle Droite et autres), et faible au Front de Gauche (4%). En revanche, le Front de Gauche reste moins défavorable à l’UE (47% sont pour) alors que le FN y est très hostile (21% seulement des sympathisants FN considèrent l’UE d’une manière favorable).

Concernant le « retour au Franc », 37% des partisans du Front de Gauche le souhaitent, ce qui est à peine plus élevé que la moyenne, alors que 78% des partisans du FN y sont favorables. L’€uro est d’ailleurs un point de clivage entre l’UMP (20% d’anti-€) et le FN (80% d’anti-€).

Alors que les sympathisants FN semblent les plus opposés à l’UE, ils souhaitent pourtant l’exclusion de la Grèce de la zone €uro, à laquelle ils disent ne pas croire, à 81% et même à 85% si on ne compte que les électeurs FN. Le Front de Gauche est en revanche solidaire des Grecs à 54%.

Parmi ceux qui souhaitent une intégration européenne accrue, 15% des partisans du FN et 28% des partisans du FG s’y montrent favorables, ce qui monte que même au sein d’une mouvance europhobe, comme le FN, il reste malgré tout des partisans de l’idée européenne. 55% des partisans de l’UMP comme du PS sont également favorables à cette intégration. Enfin, parmi les 44% des français pronostiquant un état européen unique à terme, on retrouve ce pourcentage aussi bien à gauche qu’à droite, au Front de Gauche comme au Front National, mais c’est une idée surtout masculine.

La tradition politologique classique a toujours considéré l’électorat féminin comme davantage conservateur, et c’est pourquoi la République n’a instauré le vote des femmes qu’en 1946, ce qui est très tardif. Elle avait craint un temps que les femmes favorisent la victoire des monarchistes ou des cléricaux. Force est de constater que ce sondage IFOP renforce cette idée, même si demeure un socle solide de citoyennes favorables à l’Europe politique. Toutefois, l’exclusion de la Grèce si nécessaire est soutenue majoritairement par des hommes (à 69%), les femmes étant légèrement plus modérées (62%), et surtout par ceux pour qui l’esprit de solidarité aurait dû être le plus fort, ouvriers (72%), employés (69%) et professions intermédiaires (70%).

Un autre sondage IFOP pour Atlantico, consacré à la question du vote des étrangers aux élections locales est également intéressant à analyser. Rappelons que les citoyens des états membres de l’Union Européenne disposent déjà du droit de vote aux élections municipales et européennes en France. 61% des français s’opposent à l’attribution de ce vote aux étrangers « non européens », l’expression « non européens » pouvant d’ailleurs être comprise par certains sondés comme un synonyme d’« allogènes ». 41% sont même farouchement opposés à cette idée. Ils n’étaient que 45% en décembre 2011 à le refuser. De quoi faire réfléchir le PS alors que plus de soixante-dix de ses députés poussent le gouvernement à instaurer ce droit de vote.

Sur cette question, hommes et femmes sont à égalité dans leur refus d’un tel vote, le clivage étant essentiellement entre la gauche et la droite. 72% des électeurs de gauche souhaitent une telle innovation mais seulement 31% y sont très favorables. En revanche, 89% des électeurs de droite refusent cet élargissement du droit de vote, dont 89% des électeurs UMP et 92% des électeurs FN. Enfin, le MD de Bayrou est favorable au droit de vote des étrangers extra-communautaires à 53%, alors qu’une telle mesure, mettant citoyens de l’UE et étrangers hors UE à égalité est fondamentalement la négation de l’idée européenne. Autre clivage, l’âge. 45% des moins de 35 ans sont pour le vote des étrangers contre 37% des plus de 35 ans. Cela illustre aussi la montée en puissance du vote d’origine immigrée. Gauchistes et écologistes sont en pointe dans ce combat (à 76%), le PS étant légèrement plus prudent (71%), mais les plus acharnés sont clairement les Verts (41% de très favorable).

En conclusion, ces sondages montrent que si l’opinion majoritaire est plutôt dans le camp des eurosceptiques à court terme, cela ne va pas jusqu’à remettre en cause majoritairement la monnaie unique et cela n’implique pas véritablement un refus d’une Europe politique pour l’avenir, en tout cas un refus définitif. Même au sein de la formation la plus europhobe, on constate qu’entre 15 et 20% de ses partisans ne sont pas opposés à l’idée européenne, même si le sentiment d’européanité semble pourtant absent.

Si l’Union Européenne telle qu’elle est actuellement gouvernée déplaît et nuit fondamentalement à l’idée européenne, l’idée qu’une autre Europe est possible, et même l’idée qu’une autre Europe verra nécessairement le jour, avec un état européen unitaire à la tête du continent. L’esprit prométhéen des Européens n’est pas encore mort. En revanche, les français sont déterminés, et de plus en plus, à préserver leur identité, en disant non à la Turquie et non au vote des « étrangers non-européens » et c’est plutôt rassurant. Il reste à leur faire comprendre que c’est dans une Europe politique forte que cette identité sera la mieux préservée et que l’Etat français est leur principal adversaire en vérité, alors que les eurosceptiques leur font croire qu’il est leur protecteur. Confondre un bourreau avec un protecteur, voilà le mensonge naïf que Nicolas Dupont-Aignan et Marine Le Pen en tête voudraient nous faire avaler.

Thomas FERRIER (LBTF/PSUNE)

22/09/2012

Provocations...

 
peter eisner,psune,laïcité,islam,charlie hebdo,marine le penLa publication par Charlie Hebdo de caricatures touchant à l’Islam a suscité, en France, beaucoup de réactions de la part de nos élites. Certaines intelligentes, comme celle de Christophe Barbier, interrogé dans l’émission C’est Dans l’Air, et d’autres hypocrites, comme celle d’Olivier Mazerolle débattant avec Ruth Elkrief.

La première erreur généralement commise est de penser que cette publication était adressée aux musulmans. Un représentant du journal s’est même trompé en disant qu’il voulait attaquer les intégristes. En réalité, c’est la population française dans son ensemble, sa classe politique et médiatique en particulier, qui en était le destinataire. Charlie Hebdo, que je n’ai jamais lu ni feuilleté car je n’ai aucune raison de l’apprécier, a fait pour une fois œuvre utile. Il a posé, sans le savoir, la question suivante aux Français : tenez-vous réellement aux principes fondamentaux qui font notre civilisation et nos modes de vie ? Ou alors êtes-vous prêts à toutes les compromissions ?

Là au moins, Christophe Barbier a été clair. Nous devons être intransigeants sur le liberté d’expression, même si cela nous fait prendre des risques. Notre liberté vaut bien de les prendre. Il a répondu « oui » à la question.

De son côté, Olivier Mazerolle, parmi beaucoup d’autres mais peut-être plus que d’autres, a répondu « non » en essayant de nous faire prendre ce « non » pour un « oui ». Selon lui, l’hebdomadaire n’aurait pas dû publier : c’était irresponsable. En revanche il faudrait, toujours selon lui, se montrer très ferme sur le respect de nos règles, refusant, par exemple, la pression sur les médecins hommes amenés à examiner des femmes. Il est vrai que nos dirigeants ne sont pas très clairs sur les sujets de ce genre. On a interdit la burqa dans l’espace public, mais on ne fait pas de zèle pour l’empêcher. On n’a rien fait contre l’abattage hallal généralisé. On ne parle plus des horaires séparés dans les piscines. On a accepté des exceptions dans les sports etc. Cependant Mazerolle croit-il nous duper en nous laissant imaginer que la fermeté qu’il préconise sera plus facile à installer que la liberté d’expression ? Mettons-nous à la place du musulman qui veut respecter les préceptes religieux qu’on lui a appris. Il n’est pas obligé de lire Charlie Hebdo ; de plus les insultes contre sa religion ne sont pas de son fait. En revanche, s’il permet qu’un homme examine sa femme, c’est lui qui commet l’offense. N’est-ce pas plus douloureux pour lui ?

En fait, tout est lié. Le respect de la place de la femme dans la société et la liberté d’expression ne sont pas séparables. Si l’on capitule sur l’un, on capitulera sur l’autre.

Marine Le Pen a lancé un autre pavé dans la mare, en proposant d’interdire les signes religieux dans la rue. La classe politique a réagi négativement dans sa quasi totalité. En revanche, comme un sondage de BFM semble le montrer, les Français y seraient favorables. Elle ajoute ceci : il faut interdire le voile, donc aussi la kippa. Elle fait ainsi œuvre utile en lançant le débat, même si elle n’a pas étudié sérieusement la question et y apporte une réponse inadaptée.

La seconde erreur généralement, qu'elle commet par ailleurs, est de placer sur le même pied les religions juive et musulmane. Cette erreur dérive d’une autre, celle qui consiste à interpréter la laïcité sous un angle exclusivement universaliste : soit une laïcité de combat qui s’oppose à toutes les religions, soit une laïcité d’empathie qui est ouverte à toutes, celle qui est choisie aujourd’hui par les anciens laïcards.

Or la laïcité, prise dans son sens authentique, est ce qui vient du peuple, par opposition à ce que prêchent les clercs. En Europe, la démonstration publique d’un christianisme populaire est laïque ; à l’intérieur du christianisme, les réminiscences de paganisme chez les gens du peuple sont des signes de laïcité. Comme un nombre important de Juifs a partagé la vie des Européens pendant des siècles et contribué à la culture européenne, leur pratique religieuse ne contredit pas la laïcité. Sachant, toutefois, que le port de signes extérieurs est surtout le fait de gens récemment arrivés.
 
L’Islam européen, celui des Albanais par exemple, n’a jamais posé de problèmes, mais il est très minoritaire. C’est au contraire un Islam d’importation, étranger au peuple européen, qui est en cause. Il ne peut pas se prévaloir des excuses que l’on accordera au Judaïsme.

Cette seconde provocation nous ramène à la première. La différence majeure, chez nous, entre le Judaïsme et l’Islam est que le second est prosélyte quand le premier ne l’est pas. Un article de Thomas Ferrier en a fait récemment la démonstraton. Ainsi la notion de « terre d’Islam », qui désigne toute terre sur laquelle un musulman a posé le pied, n’a-t-elle rien en commun avec la « terre d’Abraham ». En fait, la question posée par Charlie Hebdo se résume ainsi : la France, et par extension l’Europe, est-elle terre d’Islam ?
 
Peter Eisner (LBTF/PSUNE)

16/09/2012

Millet + Breivik ou l’équation insoluble

millet.jpgDix-sept pages qui déchaînent une tempête médiatique. Dix-sept pages pour un étrange essai « littéraire » dédié au criminel Anders Breivik, célèbre pour avoir assassiné dans la fleur de l’âge une jeunesse européenne insouciante. C’est peu dire que l’ouvrage de Millet pose de manière abrupte la question des responsabilités, mais fallait-il pour autant se servir du cas Breivik pour dénoncer la décadence de la civilisation européenne ? C’est la question fondamentale qui se pose à propos de cet essai « littéraire ».

Pour l’éditeur Jean Robin, l’essai de Millet est « mauvais » et même fondamentalement banal. Bruno Larebière, journaliste, va beaucoup plus loin, dénonçant l’élitisme arrogant de l’auteur, sa gallophobie (« francophobie ») son absence de souci de l’intérêt du peuple. Sa conclusion est terrible car, affirme-t’il, « Camus comme Millet ne font que propager leurs pulsions suicidaires ». En revanche, Dominique Venner, directeur de la « Nouvelle Revue d’Histoire », estime que Millet a fait preuve de courage intellectuel en dénonçant le suicide de l’Europe par le biais de l’immigration.

Ces critiques dures ou ces soutiens mesurés restent dignes et élèvent le débat comme la réflexion. En revanche, la dénonciation par Annie Ernaux de Richard Millet dans Le Monde du 10 septembre est un modèle de ce qu’il ne faut pas faire. Le qualifier de « fasciste » qui déshonorerait la littérature est grotesque. Qu’elle ne soit pas dupe des intentions politiques qu’on peut trouver dans cet essai de Millet est son droit. Qu’elle considère que la dénonciation de l’immigration extra-européenne à laquelle procède l’auteur heurte ses convictions cosmopolites, c’est aussi son droit. En revanche, elle dépasse les bornes lorsqu’elle suggère implicitement une collusion idéologique entre Millet et Breivik, que le premier se serait même « mis au service du fusil d’assaut d’Anders Breivik ». La médiocrité de son analyse, qui se limite au fond à traquer le « raciste » et le « fasciste » caché selon elle en Millet, est le reflet même d’une société européenne incapable de penser par elle-même. Enfin, le comble de la naïveté est atteint lorsque Mme Ernaux nous assène son amour de la diversité, qu’elle cotoierait en grande banlieue, alors que les électeurs français qui y vivent, se tournent vers le vote en faveur du FN, manifestant par là un sentiment bien différent. Cela démontre qu’elle ne sait simplement pas de quoi elle parle, et qu’elle se gargarise de poncifs « bobos » déconnectés du réel. Citant une de ses amies, elle affirme que Millet attaque « le multiculturalisme et le métissage ». C’est indiscutablement ce qu’il fait, et ce que l’on ne veut pas lui pardonner. Or c’est, malheureusement pour Mme Ernaux, là où Millet est le moins contestable.

Pour autant, je vois dans l’essai de Millet une énorme erreur d’analyse de sa part. Son éloge « littéraire » n’a fondamentalement rien de littéraire. Ce n’est que l’analyse politique engagée d’un acte terroriste, Breivik n’étant qu’un prétexte à une attaque en règle contre l’idéologie dominante. Etait-ce habile d’associer l’opposition à l’immigration extra-européenne à l’action d’un déséquilibré assassinant de sang froid de jeunes compatriotes ? Cela ne l’était évidemment pas. Etait-ce habile de cacher derrière ce mot « littéraire » un discours strictement politique mais qui n’ose pas s’affirmer comme tel ? Je vous laisse juges.

Millet nous parle ainsi des « nations européennes », lesquelles seraient « inquiètes d’une immigration extra-européenne, le plus souvent musulmane, qui entretient une intimidation victimaire, voire une peur quotidienne, donc un ferment de guerre civile, en même temps que l’illusion oxymorique d’un islamisme modéré ». Il évoque avec des mots durs « la fracture idéologico-raciale que l’immigration extra-européenne a introduite en Europe depuis une vingtaine d’années ».

Par le biais de Breivik, il s’en prend aussi aux journalistes qui ont attaqué les fondements de la tradition scandinave, ceux qui ont affirmé que Breivik était l’héritier de Knut Hamsun ou de l’Edda. En réalité, l’idéologie néo-templière de ce tueur, alibi pour une crise existentielle qui l’a conduit au crime, n’a rien à voir avec la morale scandinave d’un viking du Xème siècle. Sur cette distinction, là encore, Millet est inattaquable.

S’étant montré idéologue, et non pas critique littéraire, Millet s’est essayé dans un domaine où il n’est pas maître, avec la lourdeur d’un éléphant dans un magasin de porcelaine. Il n’est donc pas étonnant qu’il soit férocement attaqué par tout ce que la profession d’écrivain a d’indignés professionnels, cachant leur médiocrité littéraire derrière un discours bien pensant, serviteurs zélés d’une classe politique médiocre dont ils se font les relais médiatiques et dogmatiques.

Il faut voir que Millet n’assume pas publiquement ses propres thèses, qui sont contestables dans la forme ou dans le fond. Car Millet est un hexagonaliste doublé d’un occidentaliste. S’il admet dans son vocabulaire le mot « extra-européen », en revanche le mot « européen » seul lui écorche la gorge. Occidentaliste quand il faudrait être européiste, libéral quand le modèle « libéral » a du plomb dans l’aile, et en plus chrétien, il est l’antagoniste classique du monde islamique dans sa caricature. Il chérit fondamentalement les causes de ce qu’il déplore. S’il dénonce le marxisme comme l’un des éléments d’une « ouverture à l’autre » qu’il conteste, il épargne en revanche la religion catholique, le christianisme en général, de cette critique, alors qu’elle serait aussi justifiée dans ce cas.

En outre, Millet ne propose aucune solution à ce qu’il dénonce d’une manière si dure et, au final, si maladroite. Dans le nihilisme absolu, l’auteur, tout comme le Céline des temps sombres, s’expose à nu. Le résultat n’est pas nécessairement heureux. Il est vrai que le contexte général rend très difficile toute finesse d’interpréation à propos des actes de Breivik. C’est parfaitement illustré par la démission/exclusion de Laurent Ozon du FN après avoir fait un lien implicite entre la hausse de l’immigration en Norvège et ce drame.

Avec le déchaînement médiatique contre lui, qu’il a en partie justifié par la faiblesse de sa réponse ultérieure, n’assumant pas les passages les plus provocateurs par exemple, déchainement qui fait aussi de son ouvrage un succès de librairie, on aurait pu penser que son éditeur, Antoine Gallimard, lui aurait apporté son soutien, comme ses premières réactions le laissaient supposer. En réalité, Le Monde du 15 septembre 2012 nous fournit une précieuse indication. Gallimard aurait ainsi écrit à Millet qu’il ne saurait « approuver aucune de [ses] thèses politiques » et qu’il exige « le respect d’une idéologie confraternelle », expression qu’on peut traduire par un « politiquement correct ». Il est vrai que la maison Gallimard, qui a offert à Drieu La Rochelle la direction de la NRF pendant l’occupation, puis édité après-guerre des auteurs célèbres mais controversés comme Céline, lequel dénonçait après-guerre lui aussi l’immigration extra-européenne, dans une même logique nihiliste qu’on retrouve chez Millet et Renaud Camus, ou comme Jouhandeau et Montherlant, cette maison ne peut se permettre de donner la leçon.

En un mot comme en cent, Millet a été lâché. Il a ainsi dû se résoudre à démissionner du comité de lecture de Gallimard, ce qui ne suffira pas à ses détracteurs, comme Ben Jelloun ou Le Clézio, lesquels vont vouloir sa tête, et qui l’auront.

Quoi qu’on puisse penser de l’essai de Millet, ou de l’idéologie qui est la sienne, cet autodafé symbolique est insupportable et s’inscrit dans une démarche totalitaire où un Zemmour est privé d’antenne, où un Ménard est rejeté comme un malpropre. En faisant de lui un martyr de plus de la liberté d’expression, de médiocres inquisiteurs donnent une audience immense à ses thèses. La peur paranoïaque, qui fait dire à Annie Ernaux que « si ces idées devaient prendre corps et réalité, nous serions bien seuls », prouve que Millet est paradoxalement gagnant pour avoir démontré, par la haine dont il a été l’objet, qu’il y a bien quelque chose de pourri en république de France.

Thomas FERRIER (PSUNE)