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28/05/2012

Sauvons l’Hellade ou Thermopylae 2012.

mercury.jpgLa Grèce doit-elle se retrouver seule et démunie face à cet empire menaçant qui est la finance internationale, face à une agression économique dont les Etats-Unis d’Amérique sont, par le biais des agences internationales, c’est-à-dire américaines, de notation, qui font depuis des mois la pluie et le beau temps, le chef d’orchestre, afin de fragiliser l’Europe toute entière en s’en prenant à ses maillons les plus faibles (Irlande, Grèce et Portugal) ? L’Union Européenne doit-elle s’attendre à connaître le sort de la petite bien que courageuse Islande ? La question dépasse et de loin le seul € puisque le Royaume-Uni a annoncé il y a quelques jours qu’il était à nouveau en récession. La crise des dettes souveraines, qui se résume en fait aux dettes contractées par les Etats européens auprès de puissances extra-européennes, Chine en tête, est cependant en train de déstabiliser l’économie de la zone € et par extension de l’Europe toute entière. L’ancien président Boris Tadic paye ainsi un bilan économique désastreux, qui n’a pas pu être compensé par la promesse d’une adhésion future à l’Union Européenne, au profit de son éternel adversaire, le post-nationaliste Tomislav Nikolic. Et de même, tous les gouvernements sortants sont les uns après les autres sanctionnés. La défaite de Nicolas Sarkozy en France, les sondages médiocres en faveur des conservateurs britanniques ou la coalition CDU/CSU/FDP outre-rhin, l’illustrent remarquablement.

De nombreux dirigeants, dont le nouveau président François Hollande, ont dû reconnaître que des plans d’exclusion de la Grèce de la zone euro étaient à l’étude. Cette perspective, contraire d’ailleurs aux traités communautaires en exercice qui ne prévoient pas de retrait forcé de cette zone, déclencherait de toute évidence un effet domino, le Portugal et l’Espagne étant alors immédiatement attaqués à leur tour. L’euro n’y survivrait pas et probablement ce semblant d’Europe politique en gestation qu’on appelle Union Européenne. Les souverainistes, ennemis de toute Europe politique, pourraient se réjouir d’une telle perspective, même si le coût humain pour les européens serait terrible, ce qui prouve bien qu’aux yeux des souverainistes, le sort de leur peuple n’est pas important par rapport à leurs lubies nationalitaires, meilleures alliées des USA. Un véritable européen, attaché à défendre les intérêts de son peuple, même celui opposé à l’origine à la mise en place de l’€ en l’absence d’Europe politique, devrait naturellement prendre la défense de l’euro contre cette agression dissimulée contre les Européens.

Les véritables européistes que nous sommes, à rebours des égoïsmes nationaux stériles, mais aussi des délires mondialistes dont Mme Lagarde nous a donnés ce week-end quelques exemples, ne peuvent que prendre la défense de la Grèce, et telle l’alliance antique entre Sparte et Athènes contre les appétits du grand roi, exprimer leur solidarité de combat à l’égard de ces Européens que le serpent financier veut prendre à la gorge. Bien sûr, les dirigeants grecs, PASOK ou ND, ont menti aussi bien à leur peuple qu’à leurs partenaires européens, même si ces derniers le savaient pertinemment et ont laissé faire, mais ce n’est pas une raison pour que les Grecs subissent une régression sociale dans tous les domaines comme aujourd’hui. Certes l’aide venant des autres Européens doit être conditionnée à des réformes structurelles en profondeur, mais par une mise en place progressive, équitable et humaine. Et on voit bien que l’Etat grec en est incapable.

Il faudrait donc clairement le mettre sous tutelle, mettant fin à sa souveraineté nationale, sans pour autant remettre en cause les principes de la démocratie. Il n’y a qu’une seule possibilité de le faire, c’est que rapidement se crée un Etat européen, mettant la dette vis-à-vis des pays extra-européens en commun afin de la renégocier au plus haut niveau et un principe de convergence en matière de dépenses publiques. Il serait par exemple interdit d’embaucher de nouveaux fonctionnaires, exit alors le projet d’Hollande de recruter 60.000 enseignants supplémentaires, de financer l’immigration clandestine par des aides sociales, et de mettre fin à différentes situations d’assistanat abusif, particulièrement intolérable en période de crise. Dans le cas grec, il n’est pas normal, et sur ce point Jean-Luc Mélenchon a raison, que les armateurs grecs et l’église orthodoxe ne contribuent pas de manière significative à renflouer les caisses de l’Etat, plutôt que ne faire porter les efforts que sur l’homme du peuple (uomo qualunque en italien), au prix d’insupportables sacrifices.

Lorsque Wolfgang Schaüble propose l’élection d’un président européen au suffrage universel, proposition qui était celle de François Bayrou lors des élections présidentielles, nous lui rétorquerons qu’un président sans pouvoir, même élu au suffrage universel, n’est qu’un pantin, et qu’il faut bâtir une véritable Europe politique, qui ne se limitera pas à un président, mais qui aura l’ensemble des pouvoirs et des caractéristiques d’un Etat souverain. Cela veut dire assemblée européenne, cela veut dire armée européenne, cela veut dire budget européen. Et c’est ainsi que nous sauverons la Grèce et que nous sauverons l’Europe.

Au cœur de ce désastre, et de ce drame humain, les déclarations récentes de Mme Lagarde ont mis de l’huile sur le feu, alors que les Grecs vont voter à nouveau le 17 juin. Et pourtant, Mélenchon et Tsirpas n’ont aucune raison de la critiquer, puisqu’elle n’a fait qu’énoncer à haute voix l’idéologie mondialiste. Et selon cette dernière, indéniablement, le sort des enfants grecs est meilleur que celui des enfants nigériens. Ce n’est donc pas Christine Lagarde qu’il faut critiquer, car elle sert un système dont elle n’est qu’une des représentantes, mais c’est sa fonction qu’il faut dénoncer, et c’est l’organisation qui l’emploie. Or Jean-Luc Mélenchon n’est-il pas un alter-mondialiste, c’est-à-dire un mondialiste, donc un partisan d’organisations internationales sans légitimité démocratique ? Et ne préfère-t-il pas le travailleur immigré clandestin à un ouvrier français et/ou européen qui aurait le tort de critiquer l’immigration ? Quant à François Bayrou, sa réaction est parfaitement légitime et adaptée à la situation, à savoir que ce n’est pas acceptable de s’attaquer à un peuple tout entier, première victime après tout de ses gouvernements. Et de toute façon, Christine Lagarde aurait dû faire passer les intérêts de l’Europe et des Européens avant toute chose. Un européiste authentique n’aurait de toute façon jamais accepté de faire partie d’une organisation europhobe par sa nature même.

Tout cela démontre qu’en définitive le salut de l’Europe passe notamment par la remise en question de l’existence même d’organisations comme le FMI. D’ailleurs, dans la crise grecque, il n’était pas acceptable que le FMI s’en mêle, le problème devant être traité et réglé entre européens. En revanche, quand la Russie manifeste son inquiétude, elle est dans son rôle, car elle exprime sa solidarité européenne naturelle. Il faudrait d’ailleurs l’associer aux travaux en vue de sauver l’euro et de remédier au drame hellène, alors qu’en revanche aucune leçon ne devrait être admise de la part du voisin atlantique qui, en matière de déficit public, est en situation bien plus problématique que la notre, mais qui bénéficie d’un poids diplomatique sans commune mesure d’avec celui d’une Europe apolitique divisée en 27 états souverains.

Bien sûr, Christine Lagarde a fait preuve en la matière d’incompétence, car son propos était inutilement vexatoire et qui plus est perturbant à quinze jours d’une élection législative cruciale en Grèce, et aussi de déloyauté vis-à-vis d’une Europe à laquelle elle doit tout, son corps et son âme, et aussi sa fonction actuelle. Elle préfère défendre l’idéologie mondialiste, dont sa fonction au FMI est le symbole, que sa patrie. Et c’est en ce sens et en ce sens seulement qu’elle devrait démissionner. Parce qu’un européen doit être au service de l’Europe et d’elle seule, et ne faire preuve d’aucune allégeance envers un « machin ».

Sauver la Grèce, et l’Europe avec elle, ce n’est certes pas mentir aux citoyens grecs en leur promettant des lendemains qui chantent, le beurre et l’argent du beurre, comme le fait Alexis Tsirpas en Grèce (Syriza), l’€ sans la rigueur, mais écouter leur souffrance et leur apporter de vraies solutions. Ce n’est possible que si l’Europe politique, l’Europe souveraine, voie enfin le jour, même si elle doit s’établir sur la disparition totale des souverainetés nationales et l’ostracisme de toute la classe politique « européenne » actuelle. Et par ailleurs, il est possible en Europe de réduire les dépenses budgétaires sans que cela ne porte préjudice au portefeuille des citoyens. Or les Etats dépensent l’argent public au service d’intérêts qui ne sont pas les nôtres. On demande aux Grecs de rembourser jusqu’au dernier euro, mais on annule les dettes colossales des pays africains et on vend des pans entiers de notre économie à la Chine ou au Qatar, ou on finance l’état palestinien à perte. L’argent des travailleurs européens ? Pour les Européens !

L’Europe politique devient de plus en plus urgente. Elle ne naîtra pas avec un Hollande ou une Merkel aux affaires. Et ce n’est pas la croissance artificielle par la consommation, relancée par de nouveaux déficits, ni la rigueur extrême prônée par la chancelière allemande, qui nous sortiront du gouffre.

Thomas Ferrier
Secrétaire général du PSUNE

08/05/2012

Bilan des élections présidentielles 2012 (conclusion).

 
La véritable alternative…
 
par Thomas FERRIER, 08/05/2012

thomas ferrier,psune,élections présidentielles 2012,consignes de voteCertains camarades se sont étonnés que le PSUNE, que je représente, n’ait pas pris position pendant ces élections. C’est l’heure de m’en expliquer. En premier lieu, nous n’avons rien à attendre en positif d’une élection présidentielle. Sur ce seul point, je partage l’avis des souverainistes, à savoir que le président français n’est plus que le gouverneur d’une province. Mais cela n’est pas tant dû à l’Union Européenne qu’au fait que la France seule n’a aucun moyen de se faire entendre à moins de disposer du soutien de ses partenaires. La France n’a plus les moyens de ses ambitions, et ce même si François Hollande affirme, par une sorte de chauvinisme très mal à propos, que la France n’est pas n’importe quel pays, qu’il y a un rêve français universel, et que les valeurs de la république ont vocation à s’étendre au monde entier. Idée funeste, responsable de toutes les colonisations et de tous les échecs, idée folle dont on paye aujourd’hui tous les jours les conséquences.

Il faudrait constitutionnaliser le principe que « la France est un pays européen », un pays comme les autres, ni meilleur ni pire, et dont l’avenir passe par l’émergence d’une Europe puissante, sociale et surtout vraiment européenne. Le PS incarne, même si en paroles il se proclame pro-européen, dans ses positions politiques même, l’Anti-Europe. Il est en ce sens le meilleur allié des souverainistes. Et aussi détestable soit la politique de la CDU de Merkel, cette dernière représente malgré tout l’Europe.

C’est en bâtissant une véritable Europe unitaire, plus ou moins fédérale, que le salut viendra. Aucun des candidats de cette élection n’a compris l’Europe, même si Sarkozy fut sans doute, et de fait, le moins anti-européen des candidats. Quand la caricature du Monde le présente en train de discuter avec Marine Le Pen, il oppose à sa préférence nationale une préférence européenne, le « buy european act ». Et il souhaite réformer Schengen pour que les frontières de l’Europe soient bien gardées, ce que tout véritable européen devrait souhaiter. On voit actuellement en Grèce avec le rejet de l’immigration extra-européenne, matérialisé par les 7% obtenus par un parti extrémiste, ce qu’il en coûte de nier la réalité des problèmes.

En second lieu, je ne souhaitais pas que le parti soit impacté par cette élection. En notre sein, chacun peut avoir des opinions différentes, même si nous avons tous un objectif commun, et il ne me semblait pas opportun de nous diviser là où il n’y a pas pour nous d’enjeu. Il allait naturellement de soi qu’on ne pouvait cautionner ni le discours europhobe de Marine Le Pen, ni la démagogie « antifasciste » de Jean-Luc Mélenchon. Bayrou par son « Achetons français » avait prouvé qu’il n’était européiste que de façade. De toute façon, son obsession présidentielle passe clairement chez lui avant l’enjeu européen. Le PSUNE toutefois, mouvement au sens fort républicain, ne pouvait pas en revanche appeler à l’abstention. Le choix ne pouvait donc être qu’entre le vote blanc, vote de conviction, et le vote Sarkozy, vote stratégique destiné à choisir le moindre mal pour empêcher un mal plus grand encore. Car, en tant que socialiste européen, j’ai honte de ce que la « gauche » est devenue depuis des décennies. Je préfère l’adversaire qui ne se cache pas que le faux ami qui, prétendant faire mon bien, n’a fait que mon malheur.

En Europe, nous avons une tâche immense à accomplir. Refonder la gauche sur ses vraies valeurs, à savoir la défense de l’européanité en même temps que des travailleurs de notre peuple (européen). Rejeter le libertarisme, volet moral du libéralisme économique. Rejeter les communautarismes, les individualismes, au nom de l’intérêt général, ce qui est cela « être républicain ». Tous se disent « républicains », mais aucun ne l’est dans les faits. Les politiciens restent dans les querelles de clocher, se disputent sur la couleur du mur, mais l’intérêt de tous les français, de tous les européens, passe après. Le FN contribue à l’élection de Hollande parce qu’il préfère l’intérêt du parti à l’intérêt de la France. Le PS soutient l’immigration parce qu’elle y puise un nouvel électorat, au détriment de l’intérêt de la France (et pour le PSE, de l’Europe), alors que c’est une mesure anti-sociale par excellence. Aucun socialiste authentique ne pourrait être favorable à l’immigration de travail, qui pèse sur les salaires et qui est insupportable en période de fort chômage.

L’Europe sera socialiste ou ne sera pas, mais l’Europe sera européenne ou ne sera plus, et avant d’être socialiste, avant d’être républicain, je suis d’abord et avant tout un européen, au service de tous mes compatriotes, solidaire avec eux car tous frères nés d’un même sang ! Et en tant qu’européen, sans avoir la moindre complaisance pour le président sortant, je me suis senti ce dimanche soir comme Juvénal face à la décadence de Rome. Parce que, derrière Sarkozy, ce représentant de la droite libérale et conservatrice dont je combats au plus profond de mon cœur l’idéologie, il y avait l’Europe. Et parce que, derrière Hollande, même si le nouveau président me paraît un homme honnête et sympathique, ce n’était pas l’Europe. On ne choisit sans doute pas ses alliés, et sans eux Hollande aurait perdu ce dimanche. Mais être républicain, c’est choisir de perdre au nom de l’intérêt général plutôt que de gagner au détriment de celui-ci.

Et la France a perdu quelque chose ce 6 mai 2012.

Thomas Ferrier
Secrétaire général du PSUNE

Bilan des élections présidentielles 2012 (2ère partie).

sarko.jpgLes raisons profondes de l’échec de Sarkozy.

Nicolas Sarkozy paye dans cette défaite les nombreuses erreurs commises pendant sa présidence de cinq années, et on pourra noter en premier lieu qu’il est le premier président du quinquennat, car Jacques Chirac a été douze années aux affaires. Or ce format ne semble pas permettre, du moins en France, de prendre la pleine mesure du poste présidentiel. C’est au moment où Sarkozy semblait dominer sa fonction qu’il en est privé par la volonté du peuple. Et la raison principale ne tient pas tant à la politique qu’il a menée, dont par comparaison avec les voisins européens, on peut affirmer qu’elle n’a pas été si calamiteuse, qu’aux symboles envoyés, ceux là même qui ont coûté cher à Giscard d’Estaing en 1981.

A tort ou à raison, Nicolas Sarkozy est apparu comme le représentant des riches et des puissants. La soirée au Fouquet’s, que l’électorat pardonnait aisément à Mitterrand par exemple, et le yacht de Bolloré, ont confirmé cette image. Ce que l’opinion bien pensante accepte de représentants de la gauche (Tapie, Strauss-Kahn… etc), alors qu’elle est bien plus choquante de leur part, ne passe pas lorsque ce sont des représentants de la droite qui font de même. L’affaire Bettencourt a renforcé ce sentiment irrationnel, que la « gauche » a su exploiter en dénonçant un président « bling bling », passant sous silence la fameuse « gauche caviar ». La hausse de la TVA dite sociale, et bien d’autres mesures, comme l’allongement de la durée de cotisation pour la retraite, sont apparues comme punitives pour le peuple alors que les riches en auraient été prétendument exonérés. Or Nicolas Sarkozy a agi d’abord par pragmatisme, car surtaxer les riches est le meilleur moyen d’encourager leur expatriation, et le fait qu’alors ils ne paieront plus d’impôts du tout en France, ce qui nécessiterait qu’on augmente les impôts pour les classes moyennes, et dans un contexte économique de rigueur budgétaire.

Aucun patron n’a soutenu François Hollande ? Les stars du showbiz français, les riches chanteurs (comme Yannick Noah), les acteurs fortunés, ont-ils soutenu Nicolas Sarkozy ? Ils ont préféré son adversaire. D’ailleurs, dans cette élection, les amis de Sarkozy ont été très discrets, à l’instar de Johnny Hallyday. Mais il avait été répété que Sarkozy était le candidat des riches, et c’est ce qu’il paye aujourd’hui. Son image étant très dépréciée, les sondages d’opinion l’ayant maintenu au plus bas pendant presque tout son mandat, il n’a jamais pu inverser la tendance. Par ailleurs, le pouvoir a semblé l’user prématurément, lui faisant perdre rapidement de sa superbe. Enfin, le choix de sa nouvelle épouse semble avoir contribué négativement à cette image. Comme si, à l’instar de Napoléon, passer de Joséphine à Marie-Louise avait été considérablement défavorable. Or, que dire de DSK, celui qui était pressenti avant l’affaire Diallo comme futur président « socialiste » de la France, qui était marié avec la richissime et médiatique Anne Sinclair. Et que dire de François Hollande, vivant avec une journaliste de presse écrite.

Il est vrai que Nicolas Sarkozy n’a pas eu l’hypocrisie d’un François Mitterrand ou d’un Jacques Chirac, conservant bien sagement leur épouse pour des raisons médiatiques. Et on se souvient de l’acharnement de Mitterrand à taire l’existence de sa fille Mazarine, et de sa double vie. Il a divorcé à peine était-il élu de sa seconde épouse. Auprès d’un électorat du centre et de droite, cette vie personnelle n’était pas forcément un atout, bien au contraire.

Président omniprésent, étouffant son pâle premier ministre, il a pris tous les coups. Il n’a jamais su oser changer son gouvernement en profondeur, remettre à leur place un entourage délétère, et faire aussi le ménage au sein de la droite. Il n’a accepté la mise en place de la « droite populaire » que du bout des lèvres et ne leur a jamais donné la marge suffisante, la liberté nécessaire, pour redonner du sens à son mandat. Il a pactisé avec ses ennemis de l’intérieur de l’UMP, les récompensant par des postes de ministre, au lieu de les marginaliser. Il a enfin mis en avant des figures de la diversité, Rama Yade et Rachida Dati en tête, et les a réintroduites lors de sa campagne alors qu’elles lui avaient tourné le dos. La nomination de gens de « gauche », comme Hirsch ou Amara, n’était pas non plus ce qu’attendait son électorat. D’ailleurs, ces personnalités ont vite retrouvé la maison mère « socialiste ».

Parce qu’il savait qu’il avait terriblement déçu, parce qu’il craignait que la droite se présente divisée devant les électeurs, il a su éliminer la concurrence, ce que n’avait pas su faire Jospin en 2002. Il a su faire renoncer Boutin puis Borloo, Morin et enfin Villepin lui-même, ce dernier n’ayant jamais été réellement en mesure d’obtenir les 500 signatures, et ne le souhaitant probablement pas. Mais c’est comme seul candidat de droite, à l’exception du souverainiste Dupont-Aignan, qui était davantage sur une ligne « ni droite, ni gauche » et tentait maladroitement de concurrencer le FN, qu’il est apparu. Et au second tour, aucun autre candidat ne s’est rallié. Bayrou a apporté son soutien à Hollande, comme tous les candidats de « gauche » et jusqu’à Cheminade. Dupont-Aignan et Le Pen ont appelé au vote blanc, donc à un soutien à 50% dans un tel contexte à Hollande. Il n’avait aucune marge de manœuvre pour le second tour.

C’est donc en président honni, malgré un discours de départ qui avait une autre force que le « au revoir » de Giscard d’Estaing, qu’il quitte l’Elysée. Les media, visiblement soulagés, veulent vite l’enterrer pour magnifier le « glorieux vainqueur ». Comme pour VGE, dans quelques années, beaucoup d’électeurs regretteront certainement leur choix de ce dimanche. C’est là où l’on voit que la maturité républicaine du peuple laisse à désirer. Car il n’a pas lu les programmes des candidats, il n’a pas regardé objectivement les résultats et les promesses des uns et des autres. Hollande a fait dans la démagogie absolue, promettant monts et merveilles, alors qu’il savait n’avoir aucun moyen de réaliser cela. On a l’impression que tout va bien, que la France est en forme économiquement, et que la pauvreté résiduelle sera résorbée en imposant les riches. L’Union Européenne ? Le nouveau président français la pliera à sa volonté, alors qu’il reprochait encore récemment à Nicolas Sarkozy de vouloir remettre en cause Schengen.

Et demain, les législatives ?

Même si Guillaume Peltier dans Le Monde.fr semble encore y croire, les législatives seront remportées par la « gauche », non pas parce qu’elle serait devenue subitement majoritaire en France, mais d’abord parce que le PS a un formidable allié, qui réussira peut-être même à offrir au président sortant une majorité écrasante. Si le FN atteint les 17% que lui promettent les sondages actuels, Marine Le Pen annonce déjà qu’elle maintiendra systématiquement ses candidats en cas de triangulaires. Alors que le vote FN est désormais un vote national, le parti ayant nettement progressé dans l’ouest, une telle politique va amener la droite en dehors de Matignon et même en dehors du Palais Bourbon.

Il est inconcevable que dans le contexte actuel, avec le centre-droit à la tête de l’UMP du fait du départ de Sarkozy, une alliance entre l’UMP et le FN puisse avoir lieu. Elle se réalisera peut-être avec certains candidats de droite (comme Christian Vanneste) sans que l’on sache si cela sera payant. Mais Marine Le Pen est visiblement décidée à faire de la droite parlementaire son ennemi principal à abattre, tout en rêvant d’un groupe parlementaire, fantasme total. Si elle réussit déjà à faire entrer un seul député, elle pourra être contente. Quoi qu’on pense du bilan de Sarkozy, ou de l’homme, quelque détestation peut-on avoir pour les « humanistes » de l’UMP, qui n’ont en effet pas grand-chose de différent des dirigeants du PS, il est assez étrange de vouloir faire le jeu du pire tout en espérant voir se rallier ceux là même qu’elle aura contribué à faire battre. Or le FN n’a aucunement les moyens d’apparaître comme l’opposition authentique au nouveau président, manquant de cadres de valeur et de militants. L’UMP reste une énorme machine de guerre politique que son parti n’est pas en mesure d’égaler ni même de concurrencer.

Avec l’effet « président », beaucoup de français voulant lui donner sa chance, avec la stratégie de destruction de la droite jouée par le FN, alors que le meneur de l’UMP raccroche ses gants après sa défaite, l’UMP va vivre une véritable hécatombe. La « gauche » aura désormais tous les pouvoirs de nuisance disponibles, sénat, présidence, assemblée nationale, conseils régionaux et généraux, syndicats, sans pouvoir rien changer à la politique économique à mettre en œuvre.

Ce que fera Hollande les premiers temps…

Le nouveau président ira comme première action en Allemagne rencontrer Angela Merkel. Il y renoncera à tout son programme économique, à toutes ses promesses électorales qui ont séduit un électorat visiblement inconscient de la réalité contemporaine. La paupérisation de l’Europe, du fait de la mondialisation et aussi du fait de l’immigration qui accompagne cette dernière, avec un chômage de masse sur tout le continent, est indiscutable. Les premières mesures qu’ils pourraient prendre, comme le retour à la retraite à soixante ans et la suppression de la TVA sociale, seront très mal appréciées des marchés financiers. Il lui faudra alors, de peur de revenir en arrière, surtaxer les classes moyennes, pesant alors sur la consommation. Et pour sauver l’€, alors que la crise politique grecque va relancer la crise de l’€, il devra se concilier l’Allemagne.

Comme il décevra son électorat par des mesures anti-sociales que la crise lui imposera, une fois les premières semaines passées, il fera passer en force son programme libertaire. Une des premières mesures sera sans doute le mariage gay avec adoption, qui nécessitera une réforme constitutionnelle. Puis viendra la question du vote des étrangers extra-européens qui, crise ou pas crise, vivront toujours mieux en France que dans leur pays d’origine mais pèsent de plus en plus sur les avantages sociaux. Là encore, il faudra bien que quelqu’un paye, et ce seront à nouveau les classes moyennes. La première année de François Hollande sera celle de la désillusion, sauf pour les minorités de la diversité qui auront obtenu gain de cause. Après l’ivresse, on assistera à une sévère gueule de bois.

Bilan des élections présidentielles 2012 (1ère partie).

francois-hollande.jpgUn nouveau président de « gauche ».

Les sondages l’avaient prévu et les résultats l’ont confirmé. François Hollande est le nouveau président de la république française. Avec 51,62% des voix contre 48,38% des voix pour son adversaire vaincu, le candidat du PS s’est imposé bien qu’il ait été élu davantage par rejet du président sortant que par adhésion à sa propre personne. Son succès est un symbole fort envoyé par différents types d’électorat – les bourgeois- bohême des centres villes, Sarkozy ayant été dominé dans toutes les villes de plus de 100.000 habitants, les fonctionnaires inquiets pour l’avenir de leur statut et sensibles à la démagogie du candidat « socialiste », qui a beaucoup promis alors que la crise paupérise nos voisins européens du sud, les populations musulmanes et/ou non-européennes des banlieues ou des territoires d’outre-mer, les électeurs musulmans ayant même voté à 93% pour François Hollande, les homosexuels en attente de la mise en place promise par le candidat d’un « mariage gay » avec adoption. Cela explique nettement la foule bigarrée qui a fêté sa victoire, et la présence de nombreux drapeaux étrangers, surtout africains, est une réponse à la campagne très à droite de Nicolas Sarkozy.

Au second tour, la « gauche » a rassemblé son camp sans ostracisme. Mélenchon s’est rallié immédiatement après le soir du premier tour au candidat PS et si en ce jour François Hollande rend hommage aux communistes, c’est qu’il a bénéficié du formidable travail militant du PCF et du Front de Gauche. La droite en revanche n’a pas été capable de faire de même. Il faut dire que Sarkozy avait tout le monde contre lui. François Bayrou a annoncé son intention de voter pour Hollande, et la consigne de vote blanc de Marine Le Pen, dans un tel contexte, était aussi un cadeau fait au PS. En souhaitant explicitement l’implosion de l’UMP, elle a fait le jeu du PS. Même si les raisons de la défaite de Sarkozy sont multiples, le mauvais report de voix du FN et du MD en sa faveur a été déterminant (51% des électeurs de MLP ont voté Sarkozy, 14% ayant même voté Hollande, et 30% seulement des électeurs centristes ont soutenu l’ancien président).

Un échec héroïque de Nicolas Sarkozy.

Attaqué de toutes parts, Nicolas Sarkozy obtient malgré tout 48,38% des voix, après un débat de second tour où il a dominé son adversaire, même s’il s’est laissé aller aussi aux petites phrases assassines, et en ayant musclé son discours sur l’immigration de manière à obtenir le meilleur report de voix des électeurs FN. Cela n’a pas été suffisant, car beaucoup d’électeurs ont été sensibles aux arguments développés par Marine Le Pen sur le bilan calamiteux du président sortant à ce sujet.

Il avait donc contre lui non seulement toute la « gauche », qui ne s’est pas gêné pour le présenter comme un candidat d’extrême-droite, ainsi que l’a qualifié Arnaud Montebourg, ou même pour un fasciste, mais aussi les centristes et le FN. Cette « gauche » a été considérablement aidée par l’attitude partisane de la presse. Il suffit ainsi de songer à l’hebdomadaire Marianne, mais aussi aux nombreuses pétitions de principe d’artistes et d’intellectuels dénonçant l’attitude du président sur la question migratoire et sur l’islam. Elle a également été aidée par les « humanistes » de l’UMP, terme introduit par Jean-Pierre Raffarin, qui ont explicitement désapprouvé la campagne de leur candidat. Dimanche soir, Alain Juppé, Jean-Pierre Raffarin, François Fillon ou encore Jean-François Coppé n’avaient pas l’air sérieusement attristé par la défaite de l’UMP, à la différence de Nadine Morano, qui ne pouvait cacher son amertume, ou encore d’Henri Guaino, accablé par ce résultat. Ce mardi, Chantal Jouanno explique ainsi que Nicolas Sarkozy a eu tort de faire une campagne trop axée sur l’immigration et l’insécurité. En réalité, c’est parce qu’il ne l’a pas fait suffisamment tôt qu’il a été battu. Deux semaines de plus auraient pu faire la différence. Gérard Longuet n’a pas réussi à inverser l’image désastreuse auprès d’un certain électorat que les déclarations de Jouanno contre son camp ont pu faire.

Un sondage indiquait que 65% des électeurs UMP souhaitaient une alliance avec le FN. Cette alliance n’était pas possible, d’une part parce que le FN n’en voulait pas, d’autre part parce que les esprits n’y étaient pas préparés. Il fallait donc simplement rester silencieux quant à la question posée par Marine Le Pen sur les consignes de vote aux législatives dans le cas d’un duel PS-FN. Ceux qui au sein de l’UMP ont laissé entendre qu’ils soutiendraient le PS, alors que le président sortant avait montré la nocivité du programme « socialiste », ont aidé François Hollande. C’était d’ailleurs sans doute implicitement leur volonté.

On peut donc parler d’un échec héroïque de Nicolas Sarkozy car il était extrêmement difficile dans ces conditions de pouvoir s’imposer et son score reste malgré tout très honorable. On est loin de la sanction que prédisaient certains sondages, par exemple des 58/42. Et donc, pour répondre à Montebourg, on peut dire selon sa terminologie que l’ « extrême-droite » a recueilli 48,38% des voix au second tour.

Analyse des résultats.

Nicolas Sarkozy s’impose nettement en dépassant parfois les 60% dans plusieurs régions françaises, l’Alsace (63,4%), seule région dirigée par la droite par ailleurs, la Provence (57,6%) et la Corse (55,87%), même si par rapport à 2007 il est en recul d’environ quatre points. En Champagne-Ardenne, le résultat est également bon (54,11%). En revanche, François Hollande triomphe en Limousin (63,78%), en Auvergne (56,91%) ce qui est inédit pour le PS dans cette région, en Aquitaine (56,57%), en Midi-Pyrénées (57,94%), en Poitou-Charentes (55,08%), en Nord Pas de Calais (54,13%) et en Bretagne (56,35%), dans des régions moins concernées par l’immigration, bien que le FN y ait fortement progressé ces dernières années, et dans lequel le report de voix des électeurs FN a été mauvais. Enfin, l’Ile de France a choisi à 53,32% des voix de faire confiance au candidat PS, ce qui s’explique notamment par la faiblesse du score du FN au premier tour dans cette région mais surtout par un vote massif des immigrés de seconde et troisième générations.

Symboliquement, c’est dans les départements et territoires d’outre-mer que les questions idéologiques ont joué le plus. Nicolas Sarkozy est ainsi sévèrement sanctionné aux Antilles, en Guyane et à la Réunion. En Guadeloupe, il est écrasé avec seulement 28,07%, et en Martinique, il n’obtient que 31,57% des voix. Ce désaveu est confirmé de manière moindre en Guyane (37,95%) mais en revanche de manière lourde à la Réunion (28,51%). A Mayotte, que le président a départementalisée pendant son mandat, il n’est qu’à peine récompensé, en n’obtenant que 50,94% des voix, mais en revanche s’impose en Polynésie Française (53,26%) mais surtout en Nouvelle-Calédonie (63,04%). Dans ce dernier cas, il a reçu un soutien massif de la population européenne de l’île, avec un très bon report de voix des électeurs du FN, alors que François Hollande a reçu un fort soutien des kanaks.

Pour la sans doute seconde fois en France, après 2007, mais de manière plus marquée, il y eu un fort vote communautaire en faveur du candidat « socialiste ». En Seine Saint-Denis, Hollande obtient ainsi 65,32% des voix, soit dix points de plus que Ségolène Royal en 2007 (56,54%). Dans le Val d’Oise, les villes à forte « diversité » ont voté massivement pour le PS. 64,64% à Argenteuil, 72,62% à Garges-lès-Gonesse, 66,2% à Goussainville ou encore 68,08% à Villiers-le-Bel.

Si à Marseille, le président sortant s’impose (52,83%), le vote est également déterminé par l’origine géographique. A Marseille 2ème secteur, Hollande obtient 67,91% des voix, 65,13% des voix dans le 8ème secteur, 56,23% des voix dans le 7ème secteur, 55,26% dans le 1er secteur. En revanche, à Antibes, Nicolas Sarkozy obtient 67,19% des voix, 68,3% à Cagnes sur Mer, 60,14% à Allauch, 68,8% à Cannes, 71,49% à Mandelieu-la-Napoule, 73,28% à Mougins, 60,32% des voix à Marignane, 58,35% à Toulon, 67,25% à Fréjus, 73,07% à Saint-Raphaël, 63,11% à Orange. Dans cette région provençale, les résultats sont très contrastés et dépendent essentiellement du report de voix du FN. Il s’agit dans certains cas d’un double vote communautaire, les européens votant UMP, les autres votant PS, alors que dans d’autres villes de la région, on ne peut tirer aucun enseignement de cette nature.

Enfin, dans beaucoup de régions françaises, les deux candidats sont à peu près à égalité, même si à l’avantage de François Hollande dans beaucoup de cas (Bourgogne, Normandie, Pays de la Loire, Picardie, Languedoc-Roussillon) et de Nicolas Sarkozy dans quelques autres (Centre, Franche-Comté, Lorraine). En Rhône-Alpes enfin, avec 52% des voix, Nicolas Sarkozy s’impose mais en perdant de trois à quatre points par rapport à 2007.

Au final, François Hollande l’emporte dans 14 régions alors que Nicolas Sarkozy ne l’emporte que dans 8 régions.

07/05/2012

Une Serbie enfin pro-européenne !

 
Les résultats définitifs des élections serbes, présidentielles et législatives, tardent à être disponibles, la commission électorale n’ayant fourni d’indications que sur environ 25% des suffrages. Toutefois, l’institut Nezvanično fournit des informations sur 83,9% des suffrages aux législatives et 86,5% des suffrages aux présidentielles. En l’attente, probablement mercredi ou jeudi, des résultats définitifs, je vais analyser le scrutin avec ces données.

Des présidentielles serrées...

Boris Tadic arriverait en tête du premier tour avec 25,4% des voix contre 25,2% à son adversaire Tomislav Nikolic. Qu’importe au final l’ordre entre les deux candidats, à l’issue du dépouillement complet, ils sont à peu près à égalité. Le socialiste Ivica Dačic, avec 14,2% des voix, apparaît non comme le faiseur de roi mais en tout cas comme un partenaire important du président sortant. Il aspire à être premier ministre, ce qui sera le cas si Tadic l’emporte mais sera en revanche une opportunité moins vraisemblable dans l’autre cas. Vojislav Kostunica, ancien premier ministre, avec 7,2% des suffrages, apportera très probablement son soutien à Nikolic, ce qui sera en revanche plus compliqué pour la candidate du Parti Radical Serbe (SRS), Jadranka Seselj, qui n’obtient que 3,9% des voix seulement, signant là l’effondrement durable de ce parti allié du FN français, tant le SRS déteste Nikolic, ancien responsable de cette formation dont il a été exclu pour européisme par Vojislav Seselj, actuellement détenu au TPI de La Haye.

Avec 6,5% des voix, Zoran Stankovic, pour l’Union des Régions (URS), obtient un résultat encourageant, de même que le candidat du Parti Libéral Démocrate (LDP), Cedomir Jovanovic (5,1%). En revanche, Vladan Glišic, candidat du parti nationaliste Dveri za zivot Srbije, n’obtient que 2,7% des voix, alors que les sondages l’annonçaient plus près de 5%. Le SRS comme Dveri ont subi un phénomène de vote utile en faveur de Tomislav Nikolic, ancien nationaliste. Zoran Dragisic, représentant d’une formation composée de paysans et d’ouvriers, échoue avec seulement 1,7%, avec un score analogue aux représentants des communautés non-serbes ou musulmanes, comme Istvan Pasztor (1,7%) pour les hongrois et Muamer Zukorlic (1,4%) pour la communauté musulmane de Serbie (notamment les albanais). Enfin, fermant la boucle, la candidate sociale-démocrate Danica Grujicic n’obtient que 0,7%.

... et des législatives moins disputées.

Si Tomislav Nikolic semble second au premier tour des présidentielles, son parti, le Parti Progressiste Serbe (SNS) est en revanche vainqueur aux législatives, avec 24,2% des voix et 74 sièges, contre 22,5% et 68 sièges pour le Parti Démocrate (DS) du président sortant Boris Tadic, victoire qui était prévue dans les sondages. Le Parti Socialiste Serbe (SPS) de Dacic obtient 14,3% des voix et 43 sièges et sera déterminant quant à la composition du gouvernement. Le Parti Démocrate de Serbie (DSS) de Vojislav Kostunica obtient quant à lui 6,9% des voix et 20 sièges.

D’autres alliés potentiels du DS de Tadic obtiennent des résultants encourageants. Les libéraux de Jovanovic ont ainsi obtenu 6,6% des voix et 20 sièges, alors que l’Union des Régions de Serbie de Mlađan Dinkic a obtenu 5,3% des voix et 16 sièges. Les mouvements régionalistes obtiennent en tout 3,51% des voix (hongrois, monténégrins, albanais du Sandjak, slovaques) et 8 sièges (dont 5 pour les hongrois d’Istvan Pasztor).

Comme aux élections présidentielles, le Parti Radical Serbe de Seselj est en fort recul, avec seulement 4,7% des voix. L’exclu Nikolic a ainsi réussi à remplacer dans le cœur de beaucoup de serbes le nationaliste extrême Seselj. De nombreux serbes veulent en effet tourner la page de l’époque Milosevic. Le SRS perd ainsi toute représentation parlementaire et sort durablement affaibli de cette élection. Il est concurrence par le mouvement Dveri, qui obtient 4,2% des voix, soit près du double du score obtenu par son représentant aux élections présidentielles du même jour. Ce mouvement nationaliste, plutôt lié à l’église orthodoxe, connaît une progression significative, mais échoue à entrer au parlement.

Au final…

Le second tour des présidentielles sera très accroché mais Boris Tadic devrait l’emporter s’il réussit à obtenir un très bon report de voix des socialistes et des libéraux. Pour le parlement, le SPS aura l’embarras du choix. Il pourra ou bien rejoindre une grande coalition avec le DS de Tadic, les libéraux et les régionalistes, ou bien rejoindre une coalition formée du SNS et du DSS de Kostunica, à supposer que Kostunica ne réclame pas le poste de premier ministre en cas de victoire de Nikolic à la présidentielle. Mais le SNS aura du mal à obtenir la majorité, même avec son allié. L’ancrage pro-européen du SPS devrait toutefois confirmer une alliance avec Boris Tadic, même si, bien que méfiantes, les chancelleries européennes ne semblent plus inquiètes par une éventuelle victoire de Tomislav Nikolic. En outre, l’échec historique des nationalistes semble confirmer de la part de l’électorat la volonté de rejoindre l’Union Européenne indépendamment de la question du Kosovo.

Thomas Ferrier
Secrétaire général du PSUNE

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Addendum: à près de 96% du dépouillement, Boris Tadic obtiendrait 25,33% des voix contre 24,99% des voix pour Tomislav Nikolic. Symboliquement, il serait donc en tête du premier tour. Dacic aurait 14,24% des voix, Kostunica 7,44%, Seselj 3,78% des voix, enfin Glisic 2,77%. Pour les législatives, le SNS est en revanche en tête avec 24,01% des voix devant le DS de Tadic (22,07%), le SPS de Dacic (14,54%), le DSS de Kostunica (7%) et le LDP de Jovanovic (6,53%). Le SRS de Seselj perd toute représentation parlementaire (4,36%) alors que Dveri (4,34%) échoue de peu pour entrer au parlement. Cet effondrement du SRS rappelle celui du PRM (Parti de la Grande Roumanie) de Corneliu Vadim Tudor, qui était tombé à un peu plus de 3% des voix alors qu'il avait pu accéder au second tour de l'élection présidentielle roumaine de 2000 [28,3% au premier tour].

25/04/2012

Marine Le Pen, un échec déguisé en victoire

marine le pen,nicolas sarkozy,thomas ferrierIl peut paraître à première lecture paradoxal de parler d’échec à propos du résultat de la candidate du Front National à l’issue du premier tour des élections présidentielles alors que la presse, quasi unanime, de même que la candidate et son équipe, évoquent un succès. Entendons nous bien, le score de 17,9% des voix obtenu par Marine Le Pen est le plus élevé de l’histoire de son parti. L’annonce par IPSOS sur France 2 d’une Marine Le Pen à 20%, passant alors ce cap symbolique, a fait l’effet d’une bombe médiatique, alors qu’au cours du dépouillement le pourcentage n’a cessé de baisser. En 2002, son père obtenait 16.9% des voix environ, un point de moins que sa fille dix ans après, mais si on y ajoute les voix de Bruno Mégret, FN et MNR réunis totalisaient plus de 19,3% des voix. Faudrait-il de la même façon ajouter les 1,8% de Nicolas Dupont-Aignan ? Son électorat me paraît assez différent de celui de Le Pen, à la différence de celui de Mégret, confondu avec son ancien président par beaucoup d’électeurs.

Ainsi, en 2012, l’extrême-droite fait moins bien qu’en 2002, même si le FN seul progresse. La différence certes est que la participation en 2012 est à un niveau exceptionnel, plus de 80% de votants, ce qui fait qu’en nombre de voix Marine Le Pen atteint les 6,5 millions d’électeurs.

Si on compare le score du FN et du MNR en 2002, région par région, au score obtenu par Marine Le Pen en 2012, on constate que le FN progresse nettement dans des régions où auparavant il était faible, comme si les électeurs anticipaient une progression de l’immigration extra-européenne dans leur région. En Auvergne, en Bretagne, dans les Pays de la Loire, surtout dans le Limousin (+3,5 points par rapport à FN+MNR en 2002), en Picardie, dans le Poitou-Charente (+3 points), en Basse-Normandie (+0,5 point), en Aquitaine (+ 1 point), le FN progresse nettement. En revanche, il stagne ou régresse légèrement dans des régions traditionnellement favorables, comme la Bourgogne (- 0,6), en Champagne-Ardenne (- 0,2), en Lorraine (- 0,6) ou encore dans le Nord Pas de Calais (- 1,8). Dans des fiefs comme l’Alsace (- 5,7 points) ou la Provence (- 3,3), mais aussi en Rhône-Alpes ou en Franche-Comté l’extrême-droite est nettement plus faible qu’en 2002, même si son score reste élevé. C’est enfin en Ile de France qu’elle continue sa baisse, avec seulement 12,28% des voix en 2012 contre 14,57% pour le seul FN en 2002 (et 16,55% si on y ajoute le MNR).

Enfin, si le FN progresse dans les campagnes de manière significative, et notamment dans l’ouest du pays, atténuant cette dichotomie ouest/est que le parti connaissait à chaque élection, il s’effondre dans les grandes villes. 11,86% seulement à Strasbourg, 8,22% à Bordeaux, 6,2% à Paris (contre 4,58% en 2007 pour Jean-Marie Le Pen), 13,66% à Montpellier, 10,55% à Nancy (contre 16,42% à Limoges, ville traditionnellement très hostile au FN), 10,34% à Toulouse, 7,78% à Nantes, 9,87% à Lyon, seule Marseille échappant à cette décrue.

Deux cas spécifiques méritent qu’on s’y attarde. En premier lieu, la Corse a voté très nettement en faveur de Marine Le Pen, avec 24,4% en moyenne sur l’ensemble de l’île, faisant du FN le second parti après l’UMP. Il faut se souvenir que la pourtant très jacobine Marine avait su en Corse tenir un discours opportuniste de nature très identitaire, axé sur la défense de la corsité. Les nationalistes corses, y compris les indépendantistes, très hostiles à l’immigration maghrébine, ne s’y sont pas trompés et ont tactiquement apporté leur soutien à cette candidate. De même, dans sa profession de foi antiraciste, Marine Le Pen a beaucoup appuyé les DOM-TOM. La Réunion et la Guyane, victimes d’une forte immigration clandestine, lui offrent plus de 10% des voix. Même à Saint-Pierre et Miquelon, île peu concernée par l’immigration, elle obtient plus de 16% des voix. En revanche, si elle est en progression, en Martinique et en Guadeloupe, elle recueille toutefois un score faible.

Ces données chiffrées permettent de relativiser très fortement le « succès » du FN en 2012. On constate certes une uniformisation du vote FN sur l’ensemble du pays, ce qui explique à elle seule le 1% de Marine en plus du score de son père en 2002. Mais apparaît aussi une véritable hémorragie au sein des grands centres urbains, y compris au sein de départements franciliens très concernés par l’immigration extra-européenne. Elle paye sans doute un phénomène de « white flight », dont elle profite en revanche en Seine et Marne, mais elle subit aussi l’impact de l’électorat issu de la diversité.

Si Marine Le Pen a évité une déconvenue au niveau national, elle ne le doit pas à sa stratégie de dédiabolisation ni à la sincérité de son antiracisme. C’est bien pourquoi il faut là encore parler d’échec déguisé. Si ses électeurs étaient animés par un vote de conviction, comme elle le prétend, ils auraient lu son programme et écouté ses propositions. Mais heureusement pour elle, ce n’est pas ce qu’ils ont fait, pas plus que les électeurs de Hollande n’ont lu le programme du PS, animés qu’ils étaient de se limiter à « sortir le sortant ». Très vite, Jean-Marie Le Pen a senti l’ombre de la défaite et a fait savoir qu’il désapprouvait la façon dont se déroulait la campagne de sa fille. Sous son influence, elle a redressé la barre en axant, non sans incohérence doctrinale, son discours sur la dénonciation de l’immigration et de l’insécurité, rassurant ainsi l’électorat protestataire, essentiellement animé par un fort rejet de l’immigration en général, et voulant signifier son mécontentement en votant pour un parti sulfureux. Elle a surtout bénéficié de l’échec de sa stratégie de dédiabolisation.

Le Pen père avait affirmé qu’un « FN gentil » n’intéresserait personne et j’avais moi-même écrit sur ce blog que c’était désormais le vote « Mélenchon » qui permettait de protester. J’avais tort car j’avais sous-estimé le fait que dans l’opinion, le vote FN restait un vote provocateur. Et Marine Le Pen doit d’avoir conservé cette image, qui a sauvé sa campagne, au Parti Socialiste. En Effet, si ce dernier, comme il le prétend, voulait vraiment que le FN recule, il aurait joué la carte de la dédiabolisation. C’est en montrant que le FN était un parti comme les autres, mais n’était pas crédible pour gouverner, que Marine Le Pen aurait pu faire un score médiocre. En le présentant comme le diable, comme un mouvement « raciste » et « fasciste » (comme l’affirmait Mélenchon), le FN pouvait ainsi capitaliser un fort votre protestataire. Mardi, Nicolas Sarkozy a enfin dit que le FN était un parti « républicain », acceptant ouvertement de la dédiaboliser. Il était temps. Si Sarkozy avait mis en œuvre une telle politique avant le premier tour, nul doute que Marine Le Pen aurait fait un score bien inférieur.

Les sondages se sont-ils trompés ? Ont-ils sous-estimé le vote pour Marine Le Pen ? En vérité, les instituts de sondage sont incapables de déterminer autre chose que des tendances générales. En outre, ils ne peuvent pas prévoir vers quel candidat le vote protestataire de la dernière minute pourrait se tourner. Environ 3% des votants hésitaient entre le vote anticapitaliste pour Mélenchon et le vote nationaliste pour Marine Le Pen. Ils se sont décidés pour Le Pen, amenant Mélenchon à 11% au lieu de 14% et Marine à 18% au lieu de 15 ou 16%. On peut considérer que les derniers discours de Mélenchon sur la « France métissée », sur le droit du sol intégral, et sur l’apport de l’immigration, lui ont aliéné de nombreux électeurs ouvriers. L’antifascisme de Mélenchon était totalement décalé de la réalité politique d’aujourd’hui. Il en a payé le prix, malgré une très bonne campagne jusque là.

A l’annonce des résultats, Marine Le Pen a expliqué qu’il s’agissait d’une victoire historique qui validait sa stratégie. C’est tout à fait inexact. Si on peut admettre que son score est très bon, bien que très inférieur à ce que lui promettaient les sondages en janvier 2012, très inférieur aussi au score qu’elle prétendait avoir, et à neuf points de la barre du second tour, il n’est pas non plus l’annonce d’un bouleversement politique de grande ampleur. Il y a encore deux semaines elle annonçait qu’elle serait au second tour et même qu’elle pourrait remporter l’élection. Elle affirme, on l’a vu, que le vote protestataire dont elle bénéficie est en fait un vote d’adhésion, façon de croire que l’électorat a validé son programme europhobe, alors que c’est bien ses positions à ce sujet qui, notamment en Alsace, l’ont empêchée d’atteindre les 20% et ont fait que les personnes âgées sont restées rétives à son discours.

C’est quand Marine Le Pen, contrainte et forcée, a parlé d’immigration à nouveau qu’elle a pu remonter la pente et se faire entendre. L’affaire Merah a pu en outre l’y aider. Or dans son discours de dimanche, le sujet n’a même pas été abordé. Elle peut remercier les dieux que l’électorat FN n’ait pas réagi à la mise en avant de son pathétique comité de soutien, dont la version publique était très axée sur la « diversité », que l’électorat n’ait pas entendu ses nombreux appels du pied aux « musulmans patriotes » devant la rejoindre pour lutter contre le « fascisme vert ».

Si Marine Le Pen continue dans sa stratégie de « gauche », abandonnant les fondamentaux qui font que l’électorat populaire la préfère à Mélenchon ou à Sarkozy, et si en face d’elle, le PS et l’UMP ont l’intelligence de l’encourager dans sa politique de dédiabolisation, la traitant exactement comme les autres candidats, abandonnant ce cordon sanitaire dénué de tout fondement rationnel, laissant tomber cet « antifascisme » de bazar, alors Marine Le Pen n’aura plus aucun avenir politique. Mais le PS a besoin du FN pour occuper un électorat populaire dans une voie de garage et pour empêcher droite et extrême-droite de former une « droite plurielle » comme cela a pu exister en Pologne, en Italie, en Autriche, au Danemark ou aux Pays-Bas. A terme, le FN finirait par devenir l’aile droite de l’UMP. Et surtout perdrait de nombreux électeurs qui ne votent FN que pour témoigner de leur exacerbation mais aussi de leur désespoir.

Une fois que le FN sera dédiabolisé, on pourra enfin le juger sur ses propositions et on verra qu’il ne tient pas du tout la route, que ce n’est pas un parti armé pour être « de gouvernement », ce qui ne s’affirme pas mais se prouve sur le terrain. Car le nationalisme français, que ce soit sous la forme aseptisée mais férocement souverainiste de Marine Le Pen ou sous la forme radicale d’un Carl Lang, n’a en aucune manière les clés de notre avenir. Le peuple français ne devra son salut qu’à l’émergence d’une véritable Europe politique, d’un Etat européen unitaire, plus ou moins fédéral, une Europe européenne qui aura à cœur de préserver son identité. Toute autre « solution » préconisée n’est qu’un leurre, un mensonge, une duperie. La France seule, même en 1812 ça n’a pas fonctionné. Abandonner l’euro serait un suicide économique et la ruine des petits épargnants. Instaurer un protectionnisme national à nos frontières, alors que nous sommes liés à nos partenaires européens, ne permettrait pas de réindustrialiser car nous serions alors victimes d’une politique de rétorsion économique qui annulerait les maigres gains et nous livrerait encore davantage à la finance internationale.

Revenons pour conclure sur le thème de l’europhobie, principal cheval de bataille de la candidate FN, mais dont l’électorat pour l’essentiel se moque, ne votant pour elle que comme symbole du refus de l’immigration extra-européenne. Jack Dion dans « Marianne » s’interrogeait aujourd’hui sur les « eurocrates », se demandant si au final ces ultra-libéraux n’étaient pas des europhobes cachés. Et en effet ils le sont, disons le explicitement. Barroso est le meilleur allié de Le Pen. Il y a les europhobes par nationalisme (Le Pen, Dupont-Aignan) et il y a les europhobes par mondialisme (Barroso, Juncker) et les uns comme les autres sont les deux faces d’une même médaille. Quand Marine Le Pen dénonce lundi soir l’Europe fédérale, elle s’attaque à un moulin à vent, car malheureusement il n’y a pas d’Europe fédérale, mais une Europe des Etats avec au milieu un nid de technocrates sans légitimité démocratique.

L’Europe, ce sont les Européens. L’Europe, c’est nous. Alors donnez nous l’occasion de vous montrer ce que les (vrais) européistes savent faire. Mettez nous aux affaires en Europe, et je vous garantis que le FN tombera à 1% des voix, et pour le plus grand plaisir de ses électeurs qui auront trouvé dans l’Europe unitaire les réponses à leurs inquiétudes et un rempart face à ce qui les menace, y compris en ce qui concerne l’immigration. Si Marine Le Pen n’a en face d’elle que des Barroso pour représenter l’Europe, alors c’est qu’elle a déjà gagné. Remplaçons au plus vite à Strasbourg et à Bruxelles ces mondialistes, libéraux autant qu’atlantistes, par des européistes authentiques et l’extrême-droite retournera dans les oubliettes de l’histoire.

Thomas Ferrier
Secrétaire général du PSUNE

PS: l'image à l'envers, c'est voulu ;)

09/04/2012

Marine Le Pen vs Jean-Luc Mélenchon (acte II scène 2)

Et le succès de Jean-Luc Mélenchon...

Mélenchon.jpgDans le même temps, et même si le passage d’électeurs de l’un à l’autre reste mineur, Jean-Luc Mélenchon est passé dans certains sondages en position de troisième homme, avec des pointes à 15 ou 16% d’intentions de vote, dépassant désormais Marine Le Pen. Il assèche le marais de l’extrême-gauche et des Verts, Joly étant même tombée à 1.5% des voix dans un sondage récent, tout en prenant des électeurs au PS et au FN. Il est clair que c’est notamment le cas de l’électorat ouvrier. Il y a deux mois, Marine Le Pen obtenait plus de 42% des voix au sein de cet électorat, alors qu’elle est désormais à environ 25%. Dans le même temps, Jean-Luc Mélenchon, qui était marginal parmi les ouvriers, représente désormais dans certains sondages le premier candidat ouvrier.

Comment cet électorat, souvent anti-immigration d’ailleurs, en vient-il à se tourner vers un candidat fanatiquement pro-immigration ? Parce que cette thématique a été abandonnée par Marine Le Pen, ce que son père a déploré à juste titre d’un point de vue tactique, et qu’en conséquence l’électorat populaire fait passer le vote social avant le volet « national ». Or sur le terrain de la défense du peuple, des acquis sociaux, de l’imagerie révolutionnaire et « national-communiste », et ce malgré un discours libertaire, Jean-Luc Mélenchon est plus crédible que Marine Le Pen. Il bénéficie en outre des réseaux communistes, qui restent efficaces. Enfin, il a surtout pris la dimension d’un tribun populaire, provocateur, outrancier et donc nécessairement populiste. En incarnant le vote protestataire auquel le FN renonce par sa politique de « dédiabolisation » extrême, il commence à en récolter les fruits. Avant, pour « emmerder le système », on votait Le Pen. Aujourd’hui, on vote Mélenchon.

Les affiches de campagne du Front de Gauche et du Front National illustrent remarquablement cet état de fait. Nathalie Pingeot, responsable du FNJ, était outrée qu’un politologue explique que les jeunes votaient d’autant plus FN qu’ils étaient socialement ou intellectuellement limités. Ce politologue, à savoir Sylvain Crépon, faisait remarquer qu’il ne se basait que sur des données statistiques et s’étonnait que le FN ne soit pas fier de représenter le peuple, y compris dans ses couches les plus populaires. C’est en effet un motif de fierté que de prendre la défense des démunis, ce que Jean-Luc Mélenchon sait parfaitement faire. Les affiches de Marine Le Pen, avec le choix du bleu droitier, sont insipides, avec des slogans sans saveur et à la limite du bon français. « La révolution bleu marine » ne signifie pas grand-chose et rappelle la « révolution bleue » de l’ultra-libéral Claude Reichman. « Oui, la France », présentée comme une réponse à une question qui n’est pas posée, n’est pas un slogan compréhensible ni accrocheur. Il témoigne juste de l’obsession nationalitaire de Marine Le Pen, expliquant son europhobie mais aussi ses clins d’œil appuyés aux communautés issues de l’immigration francophone. Son comité de soutien, tel qu’apparu médiatiquement, mettait d’ailleurs en avant notamment des franco-ivoiriens et des franco-camerounais, alors même qu’elle avait précédemment prôné la fin de la double nationalité. Le choix d’un comité de soutien très divers ne pouvait que déstabiliser son électorat qui n’attend pas cela du FN. En privilégiant l’appartenance administrative à la France au détriment de l’appartenance historique, elle déboussole son électorat.

En revanche, avec son slogan « Prenez le pouvoir », le doigt inquisiteur, le regard dur, Jean-Luc Mélenchon incarne un courant anticapitaliste sans concession. Il se place véritablement dans une démarche révolutionnaire, quoi qu’on pense par ailleurs du personnage, de ses idées, et de son évident ralliement du second tour au candidat Hollande, ralliement certes qui sera âprement négocié. Alors qu’Eva Joly représente l’écologie punitive, selon le bon mot de Frédéric Nihous, Mélenchon, qui a annexé son programme, ne passe pas pour tel.

Le programme de Mélenchon est à vrai dire parfaitement démagogique et odieux à plus d’un titre. Mais ce n’est pas son discours qui attire à lui les électeurs, à part une minorité d’extrémistes de « gauche », d’éco-sectaires et d’anarcho-libertariens. C’est son style, et ne dit-on pas que le style, c’est l’homme. Il est insupportable, il a l’insulte facile, et c’est ce côté « Marchais » qui plaît. C’est donc fondamentalement une image qu’il vend et une idéologie de façade, celle du méchant rouge. Mais les communistes, du temps de Marchais, étaient opposés à l’immigration ou aux revendications homosexuelles. Mélenchon, lui, a repris les revendications communautaires du PS (pro-immigrés, pro-gays), le programme écologique des Verts, et la radicalité anticapitaliste des trotskystes. Et y a ajouté un côté plébéien et provocateur qui séduit la frange la plus protestataire de l’électorat FN.

Il y a d’ailleurs de fait une alliance tacite entre Mélenchon et Sarkozy, à la fois contre Hollande et contre Marine Le Pen. Ces derniers ont aussi fait une alliance de revers, puisque « Marine » épargne totalement le PS, ne tape que sur Sarkozy, et accessoirement sur Mélenchon, et souhaite clairement la défaite du candidat de droite. Mais cette stratégie déplaît à beaucoup de ses électeurs, qui craignent une victoire du PS, et notamment à ses électeurs les plus « droitiers », c'est-à-dire les plus anti-immigration. Si le bilan de Sarkozy en la matière ne saurait les séduire, bien au contraire, le président sortant apparaît comme un moindre mal. Et lui a de réelles possibilités d’être (ré)élu. Par ailleurs, la chute dans les sondages du FN peut engendrer un effet domino en sa défaveur. A partir du moment où la possibilité d’un FN au second tour est exclue, et que Mélenchon lui-même peut la devancer, son électorat peut davantage être sensible aux arguments de Sarkozy qui affirme, à raison, que le vote FN ne peut plus servir qu’à favoriser le PS de Hollande.

Rappelons d’ailleurs à ce titre le programme du PS, qui ne peut que glacer de sang l’électorat « FN » et de la droite de l’UMP, à savoir le vote des étrangers extra-communautaires aux élections municipales, le mariage gay avec adoption, le soutien à l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne, et bien sûr les évidentes régularisations de clandestins que le PS s’empressera de réaliser, sans parler de la question des hausses d’impôts ou encore de celle de la légalisation des drogues douces. Si Jean-Luc Mélenchon a réussi à servir d’aiguillon pour le PS, Marine Le Pen, par sa critique systématique de l’UMP, ne peut plus jouer le même rôle.

Ainsi, Jean-Luc Mélenchon a parfaitement réussi dans sa stratégie opportuniste, piochant ici et là des éléments de programme des autres formations, alors que Marine Le Pen a fait de l’€ et de l’UE un point de fixation, parce qu’elle est certainement plus sincère, et que son europhobie est un postulat de principe, une conviction profonde autant qu’idiote. Or son électorat ne souhaite pas d’une dévaluation, qui ruinerait les petits épargnants, et comprend bien que l’€ est protecteur et que sa disparition serait tout sauf une bénédiction, d’où l’attachement des Grecs par exemple à cette monnaie. Mélenchon aussi, au départ, voulait jouer cette carte de l’europhobie, qu’il partage fondamentalement avec elle, mais a compris très vite que ce serait une impasse, et affirme maintenant que l’euro est notre monnaie. De la même façon, Dupont-Aignan, dont le cœur du projet est fanatiquement souverainiste, ne décolle pas. Ce n’est pas une ligne porteuse, et certainement pas dans ce contexte économique.

Bien sûr, Mélenchon est un attrape-gogos, tout comme l’est d’ailleurs « Marine », et incarne une incapacité française à sortir d’une forme de communisme mental, le fétichisme du drapeau rouge du premier ayant en face celui du drapeau tricolore. Deux fronts populistes et démagogiques s’affrontent, le dindon de la face étant l’électeur qui y perd son vote. Mais à ce jeu, Mélenchon semble plus fort. Seul le Le Pen des années 1988 et 1995 aurait été en mesure de l’affronter. Mais on ne devient pas tribun par l’ascendance.

Thomas FERRIER (PSUNE)

Marine Le Pen vs Jean-Luc Mélenchon (acte II scène 1)

L’échec stratégique de Marine Le Pen.

2052-le-pen-melenchon-jpg.jpgEntre début janvier et début avril, en trois mois, en moyenne Marine Le Pen a perdu entre cinq et six points d’intentions de vote dans les sondages. Désormais, elle paraît nettement distancée par les deux principaux prétendants au trône, Nicolas Sarkozy et François Hollande. Si François Bayrou semble marginalisé par le binôme UMP/PS, Marine Le Pen semblait résister davantage. Mais c’était avant qu’un candidat qui capitalisait entre 8 et 9% d’intentions de vote ne connaisse une progression significative, et c’était aussi avant que le président en exercice ne place la barre bien à droite. Marine Le Pen a ainsi été attaquée à la fois par Nicolas Sarkozy sur les problématiques d’immigration, d’islamisation et d’insécurité, et à la fois par Jean-Luc Mélenchon sur celles du social, de la défense de la fonction publique, et globalement sur le volet anticapitaliste de l’opposition au mondialisme. Dans le même temps, sur des thèmes économiques difficiles et peu porteurs, comme la crise des dettes souveraines et la problématique de l’€, elle n’a pas été à la hauteur des enjeux. Son europhobie obsessionnelle, responsable également de dérives idéologiques insupportables aux yeux de nombre de ses électeurs, est la principale source de ce désaveu.

Pas assez socialiste face à Mélenchon, alors qu’elle aurait eu beau jeu de dénoncer le nanti derrière le pseudo-socialiste, mais elle a préféré refuser de débattre face à ce petit candidat, qui désormais la dépasse dans la plupart des sondages, elle a abandonné le thème traditionnel de l’opposition à l’immigration, implicitement extra-européenne chez son père, pour un thème économique sur lequel elle n’est pas experte, loin s’en faut. Elle répète ainsi les erreurs de son père en 2007, erreurs qui on le sait aujourd’hui étaient essentiellement dues au fait qu’elle était sa directrice de campagne, à savoir un recentrage politique sur les thèmes où ses adversaires politiques dominent, et surtout, quitte à citer des intellectuels d’extrême-gauche, elle aurait dû songer au mot de Trotski, « celui qui s’incline devant des règles établies par d’autres ne vaincra jamais ».

Dans l’affaire Merah, elle a dénoncé le caractère islamique des crimes commis, mais sans jamais remettre en cause la francité du criminel. Elle qui prétend vouloir refonder le code de la nationalité sur le droit du sang aurait pu contester cet état de fait, en affirmant par exemple qu’il n’était pas français per iurem sanguinis. Ce que son électorat reprochait à son père, ce sont les provocations liées à la seconde guerre mondiale et les clins d’œil appuyés à différents dictateurs ou extrémistes. En expliquant aux « jeunes de banlieue » qu’eux-aussi profiteraient de la « priorité nationale », ce qui ne lui apportera aucun électeur issu de ces milieux, car ils savent qu’ils bénéficieraient avec Hollande comme président de bien davantage, cela lui aliène un électorat populaire « petit blanc », qui justement ne veut pas partager les avantages d’une telle « priorité » avec les populations issues de l’immigration extra-européenne. Marine Le Pen oublie qu’on ne gagne pas une élection en ayant raison d’un point de vue juridique ou administratif, mais en tenant au peuple le discours qu’il a envie d’entendre et surtout des propositions qu’il a envie de voir mettre en œuvre.

Si le vote FN ne permet même pas à l’électorat populaire de protester contre cette immigration là, alors il ne sert plus à rien du tout, c’est simplement le discours de l’UMP en légèrement plus dur. Par ailleurs, Marine Le Pen a voulu à tout prix apporter à son nouveau FN une culture de gouvernement. Mais quand on veut jouer dans la cour des grands, il faut avoir les armes adéquates, or le FN est une coquille vide, avec des bons techniciens de la politique mais aucun cadre d’envergure. Un gouvernement FN ? Mais avec qui ? En l’état, le FN ne peut être qu’un parti protestataire, et s’il cesse de l’être, il n’est plus attractif car confronté à des machines politiques de guerre beaucoup plus puissantes. Marine Le Pen est venue sur le terrain de ses adversaires et il est donc logique qu’elle s’y casse les dents.

Une bonne stratégie aurait en revanche été d’être à la fois plus socialiste que Mélenchon, en condamnant libéralisme économique et libertarisme moral, alors que ce dernier n’est anti-libéral que sur un seul des ces plans, et plus identitaire que Nicolas Sarkozy. C’est là où l’europhobie de Marine lui a été funeste. En refusant de reconnaître la parenté entre européens, elle est forcée de jouer sur la carte pseudo-républicaine en s’adressant aux plus europhobes des europhobes, l’électorat domien et celui de souche non-européenne. Elle commet en la matière la même bévue que Dupont-Aignan, qui se retrouve ainsi à applaudir une officine appelée « Fils de France » destinée à promouvoir les « musulmans patriotes » mais qui n’est qu’un faux-nez du groupuscule de Soral.

La Hellfest sous le feu de la critique chrétienne

gundestrup.jpgComme chaque année, ce festival français de musique metal est attaqué par des organisations manifestement chrétiennes, comme le collectif « Provocs Hellfest, ça suffit ». Par le passé, j’avais déjà réagi à ce sujet, expliquant qu’il ne fallait pas confondre par exemple Pagan metal et « Satanic » metal. Il y a plusieurs années, j’avais en outre écrit « sur la toile » un article de fond dénonçant explicitement le satanisme.

Toutefois, je ne suis pas dupe des manœuvres qui se cachent derrière des appels à censure qui cachent leur nom. Je n’ai aucune envie de défendre des groupes musicaux provocateurs, même si je leur reconnais le droit à l’expression, dans la mesure où aucun préjudice n’est à déplorer. Or, à ma connaissance, aucun chrétien n’est obligé d’assister à ce festival, n’est obligé de se procurer les CD des groupes qui vont y jouer. On pourrait certes me rétorquer que ce festival reçoit des financements publics et que les chrétiens n’ont pas envie de le payer dans leurs impôts, ce qui est compréhensible. Mais les païens payent bien, comme tous les citoyens responsables, leurs impôts, qui servent aussi à financer la réfection des églises.

Au moment où j’écris ces lignes, je suis d’ailleurs en train d’écouter l’excellent album Helvetios du groupe suisse de pagan metal Eluveitie, album portant sur le récit de la Guerre des Gaules et écrit en collaboration avec des historiens. Il symbolise bien toutes les qualités artistiques et intellectuelles de ce courant musical original. Il n’y a pas un mot sur le christianisme, ni en positif ni en négatif, dans cet opus. C’est pourquoi je ne peux que déplorer et dénoncer les amalgames.

Si je boycotte personnellement les groupes d’inspiration satane, qui musicalement me paraissent en outre assez pauvres, je sais aussi que les amalgames ont lieu dans tous les sens. Ainsi, sur le site du collectif chrétien, le 24 mars 2012, je découvre un article attaquant le paganisme et le reliant explicitement à la Nouvelle Droite et au GRECE d’Alain de Benoist (écrit chez eux Benoît). On comprend bien la manœuvre, qui relève d’une double reductio ad hitlerum. On fascise le GRECE, qui sert ensuite à fasciser le paganisme. Or les groupes païens n’attaquent jamais le christianisme, ou alors se limitent à dénoncer les effets objectivement désastreux de la christianisation du continent. Le récapitulatif des destructions dues au christianisme sous l’empire romain est fourni par l’historien grec Vlassis Rassias dans son ouvrage de 2000 intitulé « Ες Έδαφος Φέρειν… » (mot à mot « détruisez les… »).

L’auteur chrétien de cet article relie donc le paganisme à la Nouvelle Droite, et s’il est vrai que ce courant de pensée a jadis fait promotion d’un paganisme intellectualisé, il n’est absolument pas lié au courant de paganisme reconstructionniste qui émerge depuis plusieurs décennies, reconnu comme religion dans plusieurs pays européens, à commencer par l’Islande en 1973, date de la reconnaissance par les autorités du paganisme germano-scandinave reconstitué, Asatru (« foi envers les dieux Ases »). Je rappelle qu’il y a quelques années Benoist lui-même avait déclaré qu’il était ridicule « de croire en Jupiter ». L’auteur évoque ensuite la revue du GRECE, Eléments, pour n’en retenir que la promotion supposée du dieu Cronos – ce qui ne repose objectivement sur rien – et des allusions à Drieu La Rochelle et à Gripari.

Tant que ces pétitionnaires dénonçaient une atteinte à leur foi, ils étaient cohérents. Désormais, ils chassent aussi l’islamophobie, ce qui est nouveau. Et surtout, ils dévoilent désormais leurs objectifs, en s’en prenant aux païens. Pour dénoncer les excès de la Hellfest, il ne faut pas être juge et partie. Et sous couvert de les critiquer à juste titre, ils en profitent pour régler leurs comptes avec les païens. Cela invalide il me semble l’ensemble de leur démarche.

Thomas Ferrier (PSUNE)

La Colère des Titans ou l’athéisme militant

wrathofthetitans03.jpgLa suite du Choc des Titans était attendue ; malheureusement, le changement de réalisateur a modifié en profondeur de nombreux aspects du premier film, au point tel que la jonction entre les deux n’est pas des plus aisées, et en premier lieu, la vision donnée des dieux olympiens n’est plus du tout la même.

Dans le premier film, à l’exception des scènes coupées où les dieux sont omniprésents, les olympiens en armures divines apparaissent inspirées en partie de l’univers de Saint Seiya, mais leur divinité n’est en aucune manière niée, même si leur puissance semble dépendre de la foi des mortels à leur égard. Dans le second film, la plupart des dieux ont disparu ou sont déchus. Et surtout l’étrange principe de dieux mortels est affirmé. Cela va même beaucoup plus loin. Si les mortels ont une âme immortelle, les dieux n’auraient qu’une âme éphémère. Une fois morts, ils disparaissent purement et simplement. Or, dans la religion grecque, c’est la mortalité et uniquement elle qui distingue dieux et hommes, les dieux étant éternellement jeunes, et de corps comme d’âme, immortels. Non seulement les dieux peuvent vieillir et s’affaiblir, mais dans le film ils meurent et se transforment en poussière.

La négation de la divinité des dieux est la principale caractéristique d’un film qui est réussi sur un plan graphique, et aussi sur l’utilisation de la 3D, et qui offre de belles scènes d’action. Revenons sur les principaux aspects de ce thème dans le film. En premier lieu, Zeus est trahi par son propre fils, Arès, le dieu de la guerre, trahison qui ne s’explique pas par la nature même du dieu mais par le fait qu’il est un fils mal aimé, jaloux de l’amour qu’a Zeus pour son autre fils, le héros Persée. Des autres fils de Zeus il n’est plus fait question, ni d’Apollon ni d’Athéna, que l’on voit dans le premier film. Il est également trahi par son frère Hadès, qui se venge ainsi de s’être vu reléguer aux enfers, ceux-ci étant d’ailleurs d’esprit fort chrétien, à la fois sombres et rougeoyant de lave incandescente. L’objectif des deux comploteurs est de libérer Cronos, père de Zeus, d’Hadès et de Poséidon. Il faudrait d’ailleurs m’expliquer comment une forme de géant de lave a pu donner naissance à des dieux anthropomorphes ayant la même taille et apparence que les mortels.

Au final, Arès est tué par Persée en combat singulier, et Zeus et Hadès combattent ensemble leur père une dernière fois, même si c’est là encore Persée muni d’un trident de combat synthétisant les trois sceptres des trois dieux principaux (Zeus, Hadès et Poséidon), idée tout à fait originale d’ailleurs. Héphaïstos quant à lui apparaît comme un vieillard un peu fou mais courageux, tué au final par Arès. Les dieux apparaissent donc davantage comme de puissants êtres, mais fondamentalement mortels, rappelant ainsi l’évhémérisme antique, ce courant de pensée repris par les chrétiens et présentant les dieux comme des anciens rois et héros divinisés. C’est la vision exactement contraire de celle du film « Les immortels », où les héros rejoignent les dieux en accédant ainsi à l’immortalité par le fait de mourir au combat. Le directeur de la Colère, Jonathan Liebesman, n’a pas choisi d’adopter la même approche que celui des Immortels, l’indien Tarsem Singh. Le fait que ce dernier soit un indien, certes sikh, a certainement joué de manière déterminante dans la vision qu’il offre des dieux, dont la divinité n’est pas remise en question.

A la fin du film, le père (Zeus) et le fils (Persée) se réconcilient avant que le dieu suprême ne meure dans ses bras. De mémoire, c’est la première fois dans un film que le dieu du ciel meure. Il y a toutefois une allusion christique qui est faite à plusieurs reprises. Au début du film, Zeus est ainsi attaché à une forme d’arbre au cœur du Tartare et voit ses forces littéralement absorbées par Cronos. L’image rappelle étrangement la crucifixion. En outre, à plusieurs reprises, Zeus apparaît comme un vieillard à la barbe blanche, image classique qu’on utilise pour représenter Dieu dans la tradition chrétienne, à rebours du premier film où il apparaît sous une forme majestueuse.
titans.jpgLa Colère des Titans se révèle donc un film profondément athée et dans lequel le héros agit sans noblesse et en ne s’affirmant tel qu’à l’extrême fin, où il accepte enfin son destin. Il paraît vraiment de plus en plus difficile aux Etats-Unis de proposer un film, ou une série télévisée, dans lequel on prend les dieux vraiment au sérieux, et on les présente conformément à leur nature telle que présentée dans la tradition gréco-romaine, ou même germano-scandinave. Le film de Leterrier n’était pas tombé dans ses travers, mais les annonçait par ce lien fait entre la foi des mortels et la puissance des dieux. Liebesman pousse le raisonnement jusqu’au bout, les mortels n’ayant plus besoin des dieux. Le seul cas de prière, une femme priant Arès de la secourir, n’est d’ailleurs pas récompensé, puisque Arès intervient mais dans le sens exactement contraire, exécutant cette fidèle de son épée. Ceci dit, l’image selon laquelle prier une divinité lui permet de venir à vous immédiatement et en personne est assez innovante.

Il faut enfin souligner que dans la vision donnée des dieux olympiens, le film original « La Colère des Titans », avec notamment Ursula Andress dans le rôle d’Aphrodite et Laurence Olivier dans celui de Zeus, restait conforme à la tradition antique quant à la vision qu’il proposait des dieux. On aurait pu moderniser cette image sans pour autant remettre en question le caractère divin des Olympiens. Il est dommage qu’en la matière il y ait eu régression. De tous les péplums modernes, Gladiator reste un film inégalé, par les manifestations de piété religieuse de base qui s’y trouvent. La scène où le chef des gladiateurs prie Mars en touchant le pied d’une statue du dieu en l’appelant « vieux camarade » est mémorable. Maximus honorant les dieux lares, c'est-à-dire ses ancêtres morts, à plusieurs reprises, en est une autre. Dans la version originelle, Scott avait su également ne pas du tout évoquer le christianisme. Dans la version longue en revanche, les poncifs classiques sur les persécutions réapparaissent, avec notamment une scène coupée puis réintroduite où un enfant chrétien est dévoré par un lion. Il est plus que probable que Scott ait au final voulu céder au lobby chrétien.

Thomas Ferrier (PSUNE)

Un parlement européen à la démarche totalitaire ?

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Je me suis très souvent élevé contre cette comparaison aberrante à laquelle procèdent les souverainistes et autres europhobes consistant à mettre en parallèle l’Union Européenne et l’Union Soviétique. Mais lorsque malheureusement certains parlementaires européens cherchent à tout prix, par leurs actions, à leur donner raison, alimentant ainsi la mauvaise réputation d’une pourtant vénérable institution, il faut aussi le dénoncer. Et c’est en l’occurrence le cas concernant les subventions accordées aux partis européens.

Rappelons les données générales. Par la faute des Etats, la notion d’association européenne à caractère politique, donc de parti politique européen, n’existe pas. Elle aurait pourtant le mérite de donner vraiment à l’Europe une dimension politique dans l’opinion publique continentale. En son absence, la notion la plus proche est celle d’une coalition de partis politiques de différents pays d’Europe, comme c’est le cas par exemple du PPE (« Parti populaire européen ») ou du PSE (« Parti socialiste européen »), qui coalisent les partis conservateurs et les partis sociaux-démocrates. Dans ce cadre, Bruno Gollnisch (FN) est parvenu à coaliser au moins sept partis politiques nationalistes dans le cadre d’une AEMN (« Alliance européenne des mouvements nationaux »), et a donc obtenu conformément aux règles en vigueur une subvention de l’Union Européenne.

Quoi qu’on puisse penser de cet homme politique et du rassemblement de mouvements pour la plupart résolument eurosceptiques si pas totalement europhobes, opposants donc aux institutions dont ils bénéficient des fonds, à partir du moment où une formation respecte les règles en vigueur lui accordant cette subvention, elle est de droit. Or, une majorité de parlementaires européens a voté un texte dénonçant cet état de fait, au motif qu’il ne faudrait accorder de subvention qu’à des partis qui, je cite, « respectent les principes fondateurs de l’Union ainsi que la charte des droits fondamentaux », et demande une révision de fait rétroactive des statuts.

C’est là que nous tombons bel et bien dans une forme de totalitarisme, car pour être un « parti politique » européen reconnu, c'est-à-dire une alliance de partis (pour être précis), il faudrait respecter une idéologie d’état et des tables de la loi. Ce n’est pas seulement un état totalitaire en gestation, mais aussi une théocratie. Rappelons en premier lieu que la Pologne et le Royaume-Uni ont obtenu concernant la charte des droits fondamentaux une clause d’exemption, ce qui nuance fortement la valeur du dit texte. La Pologne notamment craignait qu’on lui impose par ce biais d’autoriser l’avortement. Un parti politique doit pouvoir, librement, contester une « vérité politique établie », considérer que les valeurs dominantes actuelles ne sont pas les bonnes, et souhaiter réorienter l’Union Européenne dans une autre direction que celle qu’elle prend actuellement. Si on ne se reconnaît pas dans tout ou partie des principes fondateurs de l’Union, si on considère que la charte des droits fondamentaux n’est pas satisfaisante ou que le principe même d’une telle charte est contestable du point de vue de la démocratie et de la liberté d’opinion, on doit pouvoir le faire.

Tout cela est déplorable. Là encore, les institutions européennes sont confrontées à des stratégies habiles de la part des droites nationales-populistes qui savent « jouer le jeu ». Et au lieu d’y répondre en se montrant plus démocrates qu’elles, elles tombent dans le même excès, à savoir l’intolérance. Ce faisant, elles donnent raison aux eurosceptiques qui dénoncent le déficit démocratique de l’Union Européenne. Il y aurait pourtant une autre réponse à apporter, c’est d’enfin autoriser le principe de véritables partis européens, déclarés en tant que tels au niveau de l’Union, et seuls habilités à obtenir des subventions européennes aux prorata de leurs résultats électoraux. Il est évident que les mouvements europhobes auraient été incapables de se dissoudre au profit d’un mouvement unique, leur souverainisme leur interdisant de mettre en place une « droite euro-populiste ».

Le PSUNE, en tant que parti européen par ses objectifs et ses idées, mais pas au niveau de son statut juridique, pour les raisons évoquées précédemment, demande au parlement européen de revoir rapidement sa copie, et souhaite que les états membres de l’Union Européenne mettent en place le statut d’association européenne, et par ce biais de parti politique européen. A terme, ce sont ces partis là qui devraient se présenter aux élections européennes, mais aussi aux élections nationales. Sarkozy n’aurait plus besoin de se justifier lorsqu’il appelle Merkel à son aide, puisque celle-ci ferait partie de la même formation politique que lui.

Dotons enfin l’Europe d’authentiques partis européens qui devront s’opposer réellement, au lieu de négocier en catimini dans l’enceinte du parlement de Strasbourg les bonnes places ; mettons fin à ce système de présidence tournante du parlement européen (deux ans et demi le PPE, deux ans et demi le PSE), et faisons enfin rentrer au parlement européen une véritable opposition politique, résolument européiste, au lieu de voir s’affronter nationalistes et mondialistes dans une arène sans pouvoir législatif, l’initiative des lois venant de la commission européenne, qui n’a rien de démocratique.

Thomas Ferrier
Secrétaire général du PSUNE

01/04/2012

L’ « initiative européenne citoyenne » (ICE), une fausse bonne idée

phoenixpsd1recadreeclairepng.pngComment remédier au déficit démocratique de l’Union Européenne, principal axe d’ailleurs, et seul vraiment efficace, de la dénonciation eurosceptique ? Le traité de Lisbonne introduit une nouvelle disposition, applicable dès aujourd’hui, à savoir l’initiative européenne citoyenne qui permet aux citoyens de l’UE de disposer d’un droit de pétition, afin de faire remonter une problématique au niveau des institutions. Hélas, dans une Union Européenne qui n’est ni une nation, ni une république, à la différence de la Suisse, ce dispositif n’a véritablement aucun sens.

En premier lieu, même si l’initiative a obtenu le nombre de signatures requises, elle ne donne lieu à un débat qu’à la condition que la commission de Bruxelles considère la question comme légale puis comme légitime. En premier lieu, il existera une procédure d’enregistrement de l’initiative, ce qui constituera un premier sas. De l’aveu même de ses promoteurs, tout ce qui ne rentrera pas dans les compétences de l’UE telles que définies par les traités sera rejeté. De même, toute disposition qui voudra s’opposer à l’idéologie dominante, par exemple en vue de restaurer la peine de mort, de s’opposer au laxisme migratoire, de relancer la natalité européenne par exemple, sera également rejetée, au motif de non-respect de la Charte des Droits Fondamentaux par exemple ou de toute autre disposition contenue dans un traité.

Quel peut être le sens d’une « initiative citoyenne » qui n’a aucun droit de remettre quoi que ce soit de pré-établi en cause ? En clair, on pourra proposer par exemple une ICE pour légaliser le mariage gay ou régulariser les clandestins, mais pas une ICE en sens contraire. Et surtout, une initiative souhaitant engager l’UE dans un autre chemin que celui défini par les traités actuels sera neutralisée. Les citoyens de l’UE pourront faire une pétition qui ou bien ira dans le sens du vent, et ne servira donc à rien, ou ira à rebours et finira dans la déchetterie de Bruxelles.

La vraie innovation aurait été le référendum européen d’initiative populaire, nécessitant de récolter un million de signataires, référendum contraignant que des institutions non démocratiques ne pourraient pas empêcher. Ce référendum reposera sur le principe d’une liberté totale d’opinion et d’expression, dont les institutions actuelles de l’UE prétendent être défenseurs alors qu’elles le bafouent constamment. Tout ce qui a pu être décidé doit pouvoir être annulé. Toute erreur doit pouvoir être corrigée à tout moment et ce par l’assentiment populaire.

Moralité : il n’y a qu’une seule façon de mettre en place une véritable démocratie européenne, un pouvoir réel de contrôle des institutions par les citoyens, c’est d’instaurer la République Européenne, de mettre fin au pouvoir exorbitant de la commission, des deux conseils représentant les Etats, et des Etats eux-mêmes, qui en matière de démocratie ne peuvent d’ailleurs pas donner de leçons à l’UE. Il suffit de songer au mode de fonctionnement des institutions françaises, et notamment au mode de scrutin en vigueur aux élections présidentielles et législatives. Ce carcan juridique, ce totalitarisme nouveau d’un droit devenu fou, est le principal ennemi de la démocratie et un argument offert aux europhobes de tous poils.

Il ne faut pas opposer une prétendue démocratie des Etats membres avec une prétendue oligarchie bruxelloise. Ce sont en vérité les deux faces de la même pièce. L’ICE est une tromperie sur la marchandise, une ouverture « démocratique » qui cache une démarche liberticide, une façon de faire croire aux gens qu’ils auront du pouvoir alors qu’on les dupe sciemment. Il y a pire que l’absence explicite de démocratie, c’est de faire croire aux citoyens qu’ils sont en démocratie. Le meilleur esclave est celui qui ne sait pas qu’il l’est. Contre ces ersatz de pseudo-démocratie, opposons leur un projet démocratique européen de grande envergure. A l’Union Européenne des ventres mous et des pieds tendres, opposons leur la République Européenne, union européenne en mode fédéral et unitaire, l’Europe des Européens, par le peuple, pour le peuple.

Thomas Ferrier
Secrétaire général du PSUNE

Elections présidentielles 2012 : état de la situation à trois semaines du premier tour

 
Image-3-copie-2.pngA maintenant vingt et un jours du premier tour des élections présidentielles, plusieurs tendances semblent caractériser l’état de la campagne. Bien qu’il faille demeurer méfiant par rapport aux données fournies par les instituts de sondage, ils constituent malgré tout des outils d’analyse dont il convient de tenir compte. Le sondage quotidien IFOP/Fiducial/Paris Match me paraît en ce sens le plus pertinent pour déterminer les tendances générales à l’œuvre, sans préjuger du résultat.

En janvier 2012, Marine Le Pen se situait dans ce sondage aux alentours de 21,5% en moyenne au premier tour, ce qui faisait dire à la candidate sa certitude d’être au second tour. Si les sondages sont erronés, alors ils le sont dans tous les cas de figure, et pas seulement quand ils sont en défaveur d’un candidat. Cette semaine, elle se trouvait entre 16 et 16,5% selon les jours, ce qui constitue une baisse de près de cinq points en trois mois. Entre temps, la campagne a commencé, et la stratégie entreprise par Marine Le Pen dans le cadre de sa politique dite de « dédiabolisation » commence à montrer ses limites. Dans le sondage LH2 d’avril 2012, Marine Le Pen tombe même à 13,5%, score pronostiquée le 20 mars par CSA, avant qu’elle ne remonte dans le sondage CSA suivant (Vague 20) à 15%. Harris Interactive lui pronostiquait cette semaine un score de 16%. Enfin, dans le sondage BVA du mois de mars, Marine Le Pen n’est créditée que de 13% des intentions de vote. Malgré et peut-être même à cause des évènements de Toulouse, sa cote est désormais fortement dévaluée.

Dans le même temps, Jean-Luc Mélenchon progresse nettement dans tous les sondages. Il atteint désormais 15% des intentions de vote dans le sondage LH2 du 1er avril 2012, 14% dans le dernier sondage BVA, 14% puis 13,5% chez IFOP jeudi et vendredi derniers, 12,5% seulement chez CSA (contre 13% une semaine auparavant). Cette progression d’environ quatre points résulte d’une excellente campagne, très à gauche, du candidat du Front de Gauche. Alors que des pans entiers de son programme devraient faire fuir les électeurs populaires, en raison d’une démarche libertaire, défendue notamment par Clémentine Autain pour qui, la première mesure n’est pas d’ordre économique, pour combattre le chômage ou la précarité, mais le mariage gay, en complet décalage des aspirations des électeurs les plus modestes, le meeting de Bastille du 18 mars, à forte coloration symbolique, a été très efficace. Il faut dire que dans le même temps Marine Le Pen a déboussolé son électorat ouvrier par un discours incohérent sur les problématiques migratoires. Le « lepénisme de gauche » lorsqu’il se réduit à un discours socialisant ne tient pas longtemps face au « mélenchonisme » d’un homme politique crédible sur son terrain naturel.

Expliquer le recul de Marine Le Pen et parallèlement la montée de Jean-Luc Mélenchon n’est pas chose facile. On peut en premier lieu considérer que la candidate du FN est attaquée sur ses deux fronts, d’une part par Nicolas Sarkozy qui a repris à son compte un discours plus dur sur l’immigration, et surtout plus ethnicisant, d’autre part sur le terrain social par le candidat de la « gauche » radicale, au détriment également des deux candidats trotskystes, réduits à peau de chagrin (entre 0% et 1% chacun dans les sondages pour Arthaud et Poutou), et de la candidate « pastèque » Eva Joly. Il faudrait donc à la candidate du FN mettre en œuvre une double contre-offensive, à savoir être plus socialiste que Mélenchon et en même temps plus dure sur la question de l’immigration extra-européenne que Sarkozy, ce qui ne serait tout de même peu difficile. Lors des évènements de Toulouse, la modération de Marine Le Pen l’a desservie. Ses appels à l’aide des « français musulmans » contre le « fascisme vert » sont incompréhensibles aux yeux d’un électorat populaire de souche européenne excédé. Sa promesse d’appliquer la « priorité nationale » en faveur des français d’origine immigrée ne lui apporte aucun crédit au sein des populations concernées, mais en revanche là encore la dessert vis-à-vis de l’électorat populaire. En se défendant, certes à juste titre, de prôner une « priorité ethnique » aux indigènes, elle n’a pas compris que son électorat souhaitait en vérité une telle politique.

Sa volonté de dédiabolisation, qui aurait pu se limiter à arrêter tout excès de langage et à se démarquer des positions idéologiques de la vieille extrême-droite, tout en restant dure sur son fond de commerce, rappelle les égarements d’Argenteuil de son père en 2007. En reproduisant les mêmes erreurs qu’en 2007, en abandonnant son électorat naturel aux habiles conseillers sarkozystes, comme l’a théorisé Patrick Buisson, elle fait une campagne à contre courant de ce que souhaitent ses électeurs traditionnels. Ce n’est pas sa campagne « à gauche » en matière économique qui lui nuit, bien au contraire, mais d’abord sa confusion sur les problématiques migratoires, et surtout son europhobie quotidienne, liée d’ailleurs « paradoxalement » au thème précédent. C’est bien parce qu’elle se refuse à opposer européens et non-européens, qu’elle ne voit l’Europe que comme un mal insupportable, qu’elle ne parle même plus de la question de l’adhésion turque, que Sarkozy devrait relancer d’ailleurs, qu’elle baisse sensiblement dans les sondages. Une analyse de la French Politics de Londres propose une prospective intéressante à ce sujet. Selon eux, Marine Le Pen devrait faire environ entre 15 et 17% des voix, avec une forte probabilité à 15%. Pour eux, cela signerait une « sous-performance » et donc la manifestation d’un « échec patent de la stratégie personnelle de Marine Le Pen (pour) dédiaboliser le parti ». Cette hypothèse n’est pas à exclure. Jean-Marie Le Pen n’avait-il pas prédit qu’un « Front gentil » n’intéresserait personne ?

Mélenchon, lui, n’est pas « gentil », au point d’en inquiéter la patronne du MEDEF, Laurence Parisot, qui le compare à un révolutionnaire de la Terreur (1793). C’est sans doute à ses yeux le plus grand compliment qu’on peut lui faire. Et pourtant, il serait facile de le démasquer, notamment en s’attaquant à son soutien à l’immigration massive et aux excentricités libertaires de son programme, mais aussi à son enrichissement personnel. Seul Jean Quatremer, journaliste à Libération, est parvenu à trouver son point faible, déclenchant contre lui l’ire du disciple français de Die Linke. Reste qu’un Oskar Lafontaine sera mille fois plus sympathique, et vraiment socialiste, que « Jean-Luc ». La gauche « Sarrazin » (du nom de ce social-démocrate allemand) serait d’ailleurs facilement prête à voter FN ou UMP dans un autre contexte. Mais la crise économique a abouti à une radicalisation de l’opinion. Si les extrémistes de l’Aube dorée sont aux portes du parlement à Athènes, c’est dire ce qu’un discours « FN old school » aurait pu obtenir dans ces élections.

Le souverainisme n’a vraiment aucune espèce d’avenir en France. Dupont-Aignan, dernier vestige du triumvirat Pasqua-Seguin-Villiers de 1992, est promis à une déculottée électorale, crédité qu’il est dans les sondages d’entre 0,5% et 1,5% maximum. C’est d’ailleurs la campagne anti-€ qui plombe notamment Marine Le Pen. Mélenchon, tenté de les suivre sur cette voie, a rapidement compris l’impasse. Sarkozy quant à lui choisit un positionnement euro-critique, proposant ainsi de rétablir les contrôles aux frontières s’il ne parvient pas à obtenir des garanties contre l’immigration clandestine de la part de ses partenaires de l’UE, mais sans tomber dans l’europhobie qui caractérise NDA et MLP.

Les évènements de Toulouse ont profité nettement à Nicolas Sarkozy, qui est désormais en tête dans la plupart des sondages, en tout cas pour le premier tour, le second annonçant toujours une victoire du candidat du PS, mais de moins en moins large. Président en exercice, choisissant une position rassurante face à la crise comme face à cette tragédie, même si ses services n’ont pas été capables de détecter le terroriste avant qu’il ne frappe, il donne le sentiment d’incarner mieux que les autres candidats la fonction de président. Hollande est très loin d’avoir la même crédibilité, sa cote s’expliquant d’abord par le rejet viscéral du style Sarkozy par beaucoup d’électeurs. On vote Hollande non pour lui mais contre Sarkozy, et ce phénomène, lors du débat du second tour, peut s’effondrer si le programme du PS apparaît trop mortifère.

Le choix du PS de soutenir le vote des étrangers extra-communautaires aux élections locales ou encore sa position sur le mariage gay et l’adoption, sans parler de son choix d’une imposition accrue, peuvent être rédhibitoires pour Hollande au second tour. Les résultats du premier tour auront une incidence décisive. Si Mélenchon obtient un gros score, Hollande en bénéficiera nettement et deviendra le nouveau président de la république. Si Le Pen réussissait, il n’est pas sûr qu’elle ne parviendrait pas à, de fait, contribuer à la défaite de Sarkozy. En revanche, si elle connaît une déconvenue, son électorat pourrait considérer Sarkozy comme le seul recours et se reporter très massivement vers lui, assurant ainsi sa réélection.

Enfin, François Bayrou ne parvient pas à créer de sursaut en sa faveur. Après avoir bien progressé, une fois sa candidature annoncée, il stagne entre 10,5% et 13% des intentions de vote. Il sera certainement victime, plus que tout autre candidat, du vote utile, son positionnement idéologiquement illisible le desservant. Sa grande année a été 2007. L’électorat de centre-droit choisira Sarkozy par défaut, d’ailleurs toutes ses figures se rallient, les unes après les autres, le dernier ralliement en date étant celui de Rama Yade. L’électorat de centre-gauche sera naturellement porté vers le candidat Hollande. Dans ce contexte, on peut considérer que si Bayrou parvient à obtenir 12% des voix, ce sera malgré tout un moindre mal.
 

Thomas Ferrier
Secrétaire général du PSUNE

14/03/2012

Portrait de candidats au scalpel: Front vs Front

jean-luc mélenchon,marine le pen,populisme,démagogie,caricature,thomas ferrierMarine Le Pen, 43 ans, candidate du Front National aux élections présidentielles 2012.

Après de nombreuses épurations internes, la plus hémorragique étant celle de 1998 où les partisans de Bruno Mégret ont quitté un navire qui leur apparaissait à la dérive, en janvier 2011, Marine Le Pen, fille du président en exercice depuis la fondation du parti en 1972, devient officiellement dirigeante du FN et en conséquence candidate à l’élection présidentielle de 2012. Sa victoire interne n’est pas le résultat d’une ascension naturelle, d’une circulation des élites au sein de l’appareil politique qui aurait bien fonctionné, ou d’une joute d’égal à égal face à un adversaire déterminé. 

Elle est en vérité un constat d’échec, l’incapacité d’un parti politique à renouveler ses cadres et à proposer un autre contrat à ses militants et ses électeurs. En quarante ans d’âge, le FN n’a rien de mieux à proposer que la propre fille du chef, héritière d’une boutique familiale. Ce résultat est aussi la conséquence d’une structure en déliquescence, avec un nombre d’adhérents dérisoire par rapport aux grosses machines électorales que sont le PS et l’UMP. Ce fait est apparu notamment lors du processus de collecte des parrainages d’élus, et notamment de maires, préalable à la candidature proprement dite. Elle payait là la dernière épuration en date, celle des militants catholiques traditionnalistes qui avaient choisi Bruno Gollnisch comme président, celle aussi de Carl Lang et de ses partisans, idéologiquement peu compatibles avec une ligne pacifiée, mais agents de terrain efficaces.

Adepte d’une ligne plutôt nationale-libérale, Jean-Marie Le Pen s’était présenté comme le rassembleur de la « droite nationale », toutes tendances confondues, atténuant en cela sa démarche autocratique et népotique. Il savait flatter les différents camps, et souvent pardonner après chaque crise. Il était l’artisan d’une « union patriotique » en 2007, sachant tendre la main au « félon » Mégret, union qui fut sciemment sabotée par Marine Le Pen. Cette dernière a privilégie au contraire une ligne plutôt nationale-sociale, son « nationalisme » se limitant à une dénonciation permanente, et caricaturale, de l’Union Européenne, son « socialisme » se résumant quant à lui à une démagogie de tous les instants et à des plagiats du programme du Front de Gauche, énervant passablement ce dernier.

Ce virage « ethno-socialiste », ainsi que l’a qualifié Dominique Reynié, mais qu’on ne saurait certainement pas interpréter comme une nouvelle forme de fascisme, se retrouve en vérité dans tous les partis politiques, et tout particulièrement chez Mélenchon et Dupont-Aignan. Le côté « ethno » est de toute façon très discutable puisque la candidate du FN défend en vérité une conception purement administrative de la nationalité, comme tous ses adversaires. Si un ethno-libéralisme tente péniblement de la concurrencer à sa droite, autour du candidat Carl Lang, d’ethno-socialisme au sens strict, il n’y a pas. En revanche, aux yeux de la majorité de son électorat, et qu’importent les déclarations sincères mais en sens contraire de Marine Le Pen, elle est perçue comme détentrice d’une ligne mêlant nationalisme ethnique et démagogie socialisante.

Son ascension politique s’apparente à celle qui permit à Ségolène Royal de devenir la candidate du PS en 2007. Elle est en effet strictement médiatique, mais à la différence de Royal, Marine Le Pen a pu en outre bénéficier de l’aide directe d’une partie de l’appareil politique, et notamment de sa direction. Dès 2002, « Marine » apparaît aux yeux des media comme la plus apte à remplacer un vieux chef usé, à l’issue d’un second tour désastreux. En 2007, elle accompagne son père vers le seul véritable échec de sa carrière, un score qui ramène le parti à son démarrage de 1984. Adepte d’une dédiabolisation de forme comme de fond, Marine Le Pen, formée idéologiquement dans la continuité de son ex-beau-frère Samuel Maréchal, va alors connaître une ascension interne extrêmement rapide, alors même que la vieille garde tente par tous les moyens de l’en empêcher. Mais face à elle, le timide Gollnisch, incapable de s’opposer à son président, ne fait pas le poids et abandonne les uns après les autres, par son inertie, tous ses partisans. Si Jean-Marie Le Pen n’est au départ pas vraiment enthousiaste face à la montée de sa fille, il ne s’y oppose pas et finalement l’encourage en ce sens.

Bien que Marine Le Pen ait bénéficié d’une victoire résultant d’une confrontation aux apparences démocratiques face à Bruno Gollnisch, un rapport 2/3 contre 1/3, on peut considérer ce dernier davantage comme un sparring partner qui a surtout permis à « Marine » de débusquer ses adversaires à l’intérieur du parti, tous rapidement amenés à quitter le FN, de manière volontaire ou contrainte. A aucun moment, il n’a pris les traits d’un combattant déterminé à proposer une vraie alternative. Résigné, il devra subir les vexations de son ancienne adversaire, mais il est vrai qu’on est généralement son propre bourreau.

A la différence de son père, qui a cinquante ans de vie politique derrière lui, cinquante ans aussi de combat, à Suez comme en Algérie, et qui peut apparaître comme un self made man, Marine Le Pen n’a pas eu à se construire et a récolté essentiellement les fruits d’une œuvre paternelle. Ses lacunes idéologiques apparaissent évidentes et seront difficiles à combler, malgré les fiches que lui rédigent ses conseillers politiques. Par ailleurs, l’appareil dont elle jouit désormais de l’usage exclusif n’est pas en très bon état. L’apparition de nouveaux dirigeants à ses côtés, l’équipe d’Hénin-Beaumont en tête, le médiatique Gilbert Collard, et le technocratique Florian Philippot, et sans oublier son propre compagnon, Louis Aliot, ne suffit pas à masquer les faiblesses d’un parti qui se prétend « de gouvernement » alors qu’il n’a simplement pas les hommes de la situation.

La ligne politique choisie par Marine Le Pen est la fameuse « dédiabolisation », qui est la continuité de la démarche de 2007 qui n’a pas convaincu ses électeurs. Persuadée d’être inattaquable sur des thèmes comme l’immigration et l’insécurité, alors que Nicolas Sarkozy a prouvé qu’il était facile de détourner des électeurs en reprenant ces thèmes, elle a choisi d’adopter un ton violemment eurosceptique, reprenant cette idée réactionnaire par nature du « retour du franc », tout en l’associant à un discours sur l’état social, reprenant ainsi au PS et au Front de Gauche le thème de la défense de la fonction publique, celui de la laïcité, et enfin celui du rôle de l’état. Ce néo-gauchisme à la sauce nationale de Marine Le Pen prend une dimension ouvriériste. Mais l’ouvrier qui vote FN, bien qu’attaché au modèle social à la française, le fait avant tout en raison de l’immigration, et tout spécifiquement de l’immigration extra-européenne.

Croire, comme elle le fait, que l’ouvrier français est europhobe et étatiste, c’est mal le connaître. Et si Mélenchon ne parvient pas à (re)conquérir cet électorat, ce n’est pas en reprenant son discours, même en l’associant plus fortement à la dénonciation de l’Union Européenne, qu’elle sera convaincante.

Alors, bien sûr, elle est rappelée à l’ordre par le contre-modèle de 2007, et régulièrement se voit contrainte de revenir aux fondamentaux du parti, de reprendre un discours plus ferme sur l’immigration et sur l’insécurité. Mais est-elle crédible aux yeux d’un électorat excédé lorsqu’elle prend une défense forcenée des DOM-TOM, renonçant par exemple à instrumentaliser la départementalisation de Mayotte contre le président sortant, façon de prouver par l’exemple qu’il ne défend pas notre « identité nationale », ou lorsqu’elle explique qu’elle sera la candidate de l’égalité entre « français de souche » et « français immigrés », cette dernière notion étant contradictoire, ce qui est exactement le discours de tous les autres partis.

 

 

jean-luc mélenchon,marine le pen,populisme,démagogie,caricature,thomas ferrierJean-Luc Mélenchon, 60 ans, candidat du Front de Gauche aux élections présidentielles 2012.

C’est parce que son avenir au sein du Parti Socialiste était bouché que, dévoré par une ambition personnelle évidente, « humain trop humain », le sénateur Jean-Luc Mélenchon, homme du sérail mitterrandien, et pouvant espérer une retraite extrêmement confortable, ses émoluments nationaux et européens lui permettant d’espérer 10.000 € par mois de retraite, selon le journaliste Jean Quatremer, décide de quitter son parti. Il s’inspire ce faisant de l’émergence d’une gauche radicale en Allemagne réunissant des ex-SPD du WASG autour du sympathique Oskar Lafontaine et des anciens communistes d’Allemagne de l’Est de l’ex-SED, devenu PDS, autour du moins sympathique Gregor Gysi. Son « Parti de Gauche », qui correspond plus ou moins à une traduction de « Die Linke » en Allemagne, s’élargit en Front de Gauche lorsqu’il s’associe avec le PCF, comme c’est le cas pour ces élections présidentielles.

Oskar Lafontaine a conservé le sens du peuple, et n’a jamais hésité à tenir des discours pouvant plaire à une gauche allemande qui apprécie les analyses du social-démocrate Thilo Sarrazin sur l’immigration extra-européenne, ayant même scandalisé les bien pensants en évoquant de manière négative les Fremdarbeiter, « travailleurs étrangers », expression connotée que les conformistes préfèrent qualifier de Gastarbeiter, « travailleurs hôtes ». Jean-Luc Mélenchon, qui aspire à ramener dans son giron les électeurs ouvriers tentés par un vote FN, en revanche, ne comprend pas le peuple. L’électorat populaire est en vérité sur la même ligne que cet élu communiste courageux qu’est André Gérin.

L’électorat communiste des années 70 et 80 soutenait une démarche socialiste autoritaire mais aussi patriotique, à l’instar du modèle soviétique. Toutes les propositions libertaires du candidat Mélenchon auraient été passibles des tribunaux en URSS. Ce régime interdisait l’avortement, réprimait l’homosexualité, défendait la patrie « soviétique », et n’était pas loin sur certains points de la ligne idéologique de Pamyat, mouvement culturel adepte d’un nationalisme radical. C’est encore la ligne politique de l’actuel candidat communiste russe Guennadi Ziouganov. Ce « communisme Labiche », que vantait Céline, se retrouve aujourd’hui proche des thèses du FN. L’électeur « national-communiste » abandonné par son parti, qui défend désormais les thèses trotskystes, s’est naturellement tourné vers ce qu’il pensait trouver de plus proche, le discours social-national de Marine Le Pen, qui est certes un écran de fumée, mais pas davantage que les promesses socialistes de Jean-Luc Mélenchon. André Gérin, proche de la ligne historique du PCF, serait bien davantage capable de proposer à cet électorat une alternative à Marine Le Pen, mais il est isolé au sein d’un appareil s’offrant désormais aux thèses les plus libertaires de la radicalité gauchiste.

En reprenant les thèses de l’extrême-gauche trotskyste, faites de féminisme radical, d’islamophilie béate, l’un et l’autre unis paradoxalement contre la société occidentale, de pro-avortement extrême, d’égalitarisme transgenres, défendant le mariage pour les homosexuels tout en dénonçant dans le même temps l’institution du mariage (traditionnel) comme ringarde, d’apologie du métissage cachant en vérité un racisme europhobe, Mélenchon éloigne de lui des électeurs qui pourraient être lassés par la démagogie trop apparente de « Marine ». La légitimité de Mélenchon aux yeux de l’électorat est sur la question sociale, son libertarisme lui permettant certes d’assécher le marais gauchiste, LO et NPA étant promis à un score aux alentours de 0.5% chacun, et de marginaliser Eva Joly, privée d’une partie de l’électorat bobo en faveur de toutes les « excentricités morales ».

Or sur cette question du socialisme, quelle est la référence absolue de Jean-Luc Mélenchon ? François Mitterrand. En matière de socialisme, on a connu mieux qu’un ex-volontaire national, ex-cagoulard, ex-pétainiste, mais réel opportuniste. Mais il est vrai que le machiavélisme du premier peut inspirer le second. Car, et avec un certain succès, atteignant désormais 10% dans les sondages, Jean-Luc Mélenchon se crée un nouvel espace politique lui permettant de négocier pour lui une bonne place au sein d’un gouvernement socialiste que mettrait en place François Hollande s’il était élu. Il pourrait ainsi remplacer Europe Ecologie, dont la candidate est créditée dans les sondages de 2 à 3% des voix, comme partenaire principal d’une gauche plurielle. Il a ainsi su remarquablement rebondir.

Si on compare Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen, on constate que leur principale différence porte sur les choix de société, même si Marine Le Pen est beaucoup plus « progressiste » en matière de mœurs que le FN, mais pas sur les questions économiques. Tenté de rejoindre sur l’Europe les mêmes positions que Marine Le Pen - on se souvient en 2005 de sa tirade méprisante contre le peuple lituanien - il a néanmoins compris qu’un programme économique anti-€ et anti-UE ne serait pas crédible. Son internationalisme marxiste l’amène par exemple à se sentir proche du travailleur grec, comme il pourrait l’être autant ceci dit du travailleur nord-coréen ou vénézuélien, mais il ne comprend rien à la question européenne. C’est en outre un immigrationniste forcené, le terme même de « français » l’insupportant, favorable à l’ouverture des frontières nationales et européennes à la pauvreté mondiale, même si cela ruine les travailleurs français dont il se prétend le défenseur.

A l’europhobie de Marine Le Pen, qui ne va pas jusqu’à s’attaquer à l’idée même de civilisation européenne, répond l’europhobie fondamentale de Jean-Luc Mélenchon, qui au fond de lui-même, autant par son internationalisme idéologique que par son franchouillardisme pro-diversité, déteste l’Europe sous toutes ses formes, même s’il prétend s’en défendre.

Par ailleurs, chose qu’il partage là encore avec « Marine », Mélenchon ne supporte pas la contradiction. Tout comme elle qui dit « non » avec fureur lorsqu’un journaliste la met devant ses contradictions, à l’instar de Michel Field lui rappelant le sens des bals nationalistes de Vienne, Mélenchon s’énerve et menace. Jean Quatremer en a fait à plusieurs reprises les frais, pour avoir eu le tort de mettre en exergue la mansuétude supposée du candidat vis-à-vis des régimes populistes d’Amérique du sud. Or en démocratie le débat libre est essentiel. Ce style qu’on pourrait penser plébéien ne dessert toutefois par le candidat du Front de Gauche, qui aime à dénoncer les comportements arrogants de l’hyper-classe. Il parvient, alors que Carla Bruni n’arrive pas à faire croire que Nicolas Sarkozy et lui forment une famille « modeste », à accréditer son image d’homme du peuple, tout comme la fille du milliardaire de Saint-Cloud. Au moins Philippe Poutou, à défaut de penser comme un homme du peuple qu’il est pourtant, est un vrai ouvrier. Gauchiste certes, et donc complètement déconnecté des souhaits de l’ouvrier français, il ne trompe néanmoins pas sur la marchandise.

Thomas Ferrier
Secrétaire général du PSUNE

13/03/2012

Bilan provisoire de la campagne présidentielle française au 13 mars 2012

RF.gifCe 16 mars, nous devrions connaître la liste officielle et définitive des candidats aux élections présidentielles d’avril 2012. Marine Le Pen a annoncé ce mardi qu’elle avait enfin obtenu le précieux sésame, à savoir les 500 parrainages d’élus, mettant fin ainsi à un suspense qui durait depuis plusieurs semaines sur l’éventualité de son absence de la compétition. Philippe Poutou les aurait également, et Nicolas Dupont-Aignan assure « à 99,9% » qu’il aura les parrainages nécessaires avant cette date fatidique. Les seules inconnues sont de savoir si Dominique de Villepin et Corinne Lepage disposeront des signatures requises et à temps. Leur absence ne bouleverserait toutefois pas l’échiquier politique.

Certaines tendances commencent à apparaître à la lecture des différents sondages que publient les instituts statistiques. En premier lieu, Nicolas Sarkozy, notamment suite à son discours de Villepinte, remonte la pente, puisqu’il est crédité aujourd’hui selon IFOP de 28,5% des voix, alors que son adversaire « socialiste », François Hollande, est désormais dépassé, avec seulement 27% des intentions de vote.

Marine Le Pen voit son potentiel électoral s’effriter en faveur du président sortant. Entre le 12 janvier 2012 et le 13 mars 2012, elle est ainsi passée de 21,5% (résultat maximal) à 16% des voix, selon cet institut qui procède à un sondage quotidien. Ce tassement, que constatent les autres instituts, semble donner raison aux conseillers droitiers de Nicolas Sarkozy, à savoir Patrick Buisson et Guillaume Peltier. Buisson dans Le Monde daté du 14 mars annonce qu’au final François Hollande sera battu plus nettement que Ségolène Royal. Cela paraît néanmoins difficile à croire, même si la victoire du « socialiste » semble moins nette (54,5% contre 46,5%) qu’il y a quelques semaines. Le « hold-up » de 2007 semble néanmoins en passe de se réaliser à nouveau, Marine Le Pen, visiblement éprouvée par une campagne démarrée très tôt, ayant du mal à retrouver un nouveau souffle. Même si elle a durci le ton sur la question migratoire, son europhobie plus générale, que ne partage pas le président, ne la rend pas crédible. Par ailleurs, son entêtement à apparaître comme la plus anti-raciste des candidates de la droite rend son discours confus vis-à-vis de son électorat naturel, pour qui cette subtilité de langage ne correspond pas aux attentes qu’il exprime. Elle a été notamment silencieuse sur la question de Mayotte, qui est pourtant un moyen efficace de critiquer Nicolas Sarkozy.

Jean-Luc Mélenchon fait quant à lui une campagne très dure à gauche. Il est désormais crédité de 10% d’intentions de vote par plusieurs instituts de sondage. Cela s’explique essentiellement par les maladresses d’Eva Joly, qui s’est mise à dos beaucoup d’électeurs, et par l’assèchement de l’extrême-gauche. Arthaud (LO) est à 0.5% d’intentions de votes, et Poutou (NPA) est régulièrement à 0%. Ainsi, Mélenchon est-il parvenu à rassembler sur son nom toute l’extrême-gauche. Eva Joly quant à elle sombre, incapable de dépasser les 2.5% et commence à être lâchée par son propre camp. Noël Mamère a ainsi récemment exprimé son souhait de voir cette candidate se retirer au profit du candidat du PS. En se maintenant jusqu’au bout, et en réalisant un piètre résultat, Joly met en danger l’accord électoral Europe Ecologie/Parti socialiste pour les législatives. Toutefois, Cécile Duflot maintient sa confiance dans la candidate franco-norvégienne à l’accent si particulier.

François Bayrou, qui alterne des positions européistes, comme l’élection du président européen au suffrage universel direct, et des positions francocentrées, comme un protectionnisme national, qui est analogue à celui prôné par Marine Le Pen, pouvait profiter d’un affaiblissement de Nicolas Sarkozy pour apparaître comme le seul capable d’empêcher François Hollande d’accéder à l’Elysée. Le sursaut de l’UMP rend sa stratégie difficile à crédibiliser. Il est crédité dans ce sondage de 13% des voix, ce qui est un signal encourageant mais insuffisant. Villepin est à 1% et Dupont-Aignan oscille entre 0.5 et 1%. Son propos selon lequel il pourrait prendre Marine Le Pen comme premier ministre, même s’il a tenté par la suite de préciser son propos en l’élargissant à Chevènement et Montebourg, pourrait amener ses électeurs à lui préférer Marine Le Pen, seule en mesure, bien que cela apparaisse de plus en plus comme hors de portée, d’être au second tour. La candidature de Corinne Lepage, dont on peine à déterminer le sens, est limitée quant à elle à un 0.5% honorifique, mais il n’est pas sûr qu’elle puisse être présente dans cette compétition.

2012 apparaît donc comme la manifestation du retour en force du clivage UMP/PS, le FN apparaissant comme un outsider à la peine, après un démarrage en fanfare. Les faiblesses de la candidate Le Pen apparaissent au fur et à mesure de ses prestations télévisées, dans un contexte où Sarkozy durcit le ton. La volonté de « dédiabolisation » de cette candidate, à peine entamée par quelques provocations de son père, n’a pas que des effets positifs, surtout lorsque celle-ci se fait non seulement sur la forme mais aussi sur le fond. Sarkozy, remarquablement aiguillé par ses conseillers, semble en passe, du moins pour le premier tour, de contenir la poussée nationaliste et peut-être au final de l’endiguer. Marine Le Pen est attendue au tournant par son électorat, et si elle retrouvait le score paternel de 15% des voix, qui reste un bon résultat sur le principe, elle aurait du mal à s’en relever et le paierait aux législatives. Quant à Mélenchon, le PCF peut-être satisfait, n’en déplaise au courageux André Gérin, de son choix qui pour le moment semble payant, à la différence des Verts, qui semblent perdre tout crédit.

Thomas Ferrier
Secrétaire général du PSUNE

08/01/2012

Des élections présidentielles (bilan de début d’année)

AGMA_Jetons_vote.jpgLa multiplication des candidatures a engendré un phénomène naturel de lassitude de la part des édiles susceptibles d’apporter leur parrainage aux candidats aux élections présidentielles. Même s’il ne faut pas être dupe des annonces alarmistes de Marine Le Pen, il est évident que le risque pour beaucoup de candidats marginaux de ne pas être en mesure de se présenter est réel. La colère de Christine Boutin, qui aura beaucoup de mal à obtenir les 500 signatures nécessaires, annonçant une « bombe atomique » et laissant entendre qu’elle serait prête à se rallier à François Bayrou, qui a fait savoir qu’il n’en voulait pas, n’est pas feinte.

Un autre problème est que le vote utile va être extrêmement fort cette année, même si on peut aussi s’attendre à une participation en nette baisse. Le jeu politique est désormais à quatre ; il était encore à trois au mois de novembre 2011, chacun dans son espace privilégié et étouffant toute concurrence. François Hollande réduit l’extrême-gauche à une marginalité totale, bénéficiant en outre du retrait d’Olivier Besancenot. Joly s’effondre dans les sondages (3%) et Mélenchon recule légèrement. François Bayrou est passé de 6% à 12% des intentions de vote en seulement deux mois, asséchant le potentiel électoral de Morin, Villepin, Lepage ou encore Boutin. Marine Le Pen maintient Dupont-Aignan à 0,5%, Nihous en dessous même de ce seuil, obtient le soutien du mouvement Nissa Rebela, rattaché à la mouvance identitaire, et ne risque pas d’avoir un concurrent à sa droite, Carl Lang étant absent des sondages et incapable de toute évidence d’obtenir le nombre de parrainages requis. Nicolas Sarkozy a quant à lui réussi à éviter les candidatures à droite, limitant la nocivité de la candidature de Dominique de Villepin, bloquant celle de Christine Boutin, et ayant convaincu Borloo de renoncer à être candidat.

A l’issue de 2012, il est probable que plusieurs formations politiques succombent, comme le NPA dont le candidat Poutou devrait atteindre péniblement 0,5% des voix, s’il obtient les signatures pour se présenter, ou encore comme Debout la République (DLR), le Mouvement des Citoyens (MDC) et le Parti Chrétien Démocrate (PCD). Lutte Ouvrière retombera à la marginalité extrême, mais comme il s’agit d’un objet politique non identifié, ce mouvement ne disparaîtra pas et sa candidate, Nathalie Arthaud, qui obtiendra très certainement ses parrainages, sera présente en 2017.

Dans un tel contexte, se porter candidat à l’élection présidentielle relève du suicide politique. Europe-Ecologie va regretter amèrement de ne pas avoir apporté son soutien dès le premier tour à François Hollande, car l’accord signé avec les Verts par le candidat socialiste sera caduque si les écologistes font un score dérisoire. Leur intérêt serait d’ailleurs de retirer rapidement leur candidate du jeu, Eva Joly n’étant manifestement pas la personne adéquate pour permettre une percée électorale de leur mouvement. Chevènement n’ira pas au bout, sa candidature étant un moyen de pression sur le PS. Jean-Luc Mélenchon, qui a le mérite de proposer une ligne plus cohérente, devrait résister davantage à l’effet de vote utile en faveur d’Hollande, mais dépassera péniblement les 5%.

La barre de qualification du second tour paraît haute, aux alentours de 25%. Même si François Bayrou réalisait 18% des voix, en prenant de manière égale à la gauche et à la droite, Hollande serait aux alentours de 25% et Nicolas Sarkozy aux alentours de 23%. Marine Le Pen, créditée par IFOP d’un score compris entre 19% et 20%, même si ce score est peut-être sous-estimé, ne devrait donc pas pouvoir se qualifier, à moins d’une poussée de Bayrou telle qu’on se retrouverait dans un cas de figure inédit, un second tour sans PS et UMP opposant le MD (Mouvement démocrate) de Bayrou au FN de Marine Le Pen. Ce cas extrême paraît toutefois peu probable, à moins que la colère des Français, qui s’exprime davantage dans l’abstention, explose. En tout cas, Bayrou, qui n’a rien de sérieux à proposer, pourrait à nouveau réaliser une certaine percée, alors que le FN devrait dépasser ses scores antérieurs et probablement la barre des 20%. Autant dire que les petits candidats seront laminés comme jamais ils l’ont été aux élections présidentielles. Gare au score à la Cheminade pour plusieurs d’entre eux.

Thomas Ferrier
Secrétaire général du PSUNE

07/01/2012

Jeanne d’Arc ou le fétiche nationaliste

Jeanne d'Arc,Nicolas Sarkozy,Front National,Europa,Athéna,nationaliste,européiste,Thomas FERRIER,PSUNEDominique de Villepin se fait poète pour chanter la geste johannique, alors que Nicolas Sarkozy vient de lui rendre hommage comme symbole de la France, suivi par Jean-Marie Le Pen qui la fête depuis maintenant près de trente ans chaque premier mai. Pour les 600 ans d’anniversaire de sa naissance, la droite encense la pucelle de Domrémy. Elle est un odieux symbole ultra-nationaliste selon Eva Joly, toujours mal à l’aise vis-à-vis de l’histoire nationale, et qui devrait s’intéresser aussi au saint patron de la Norvège, le roi Olaf, honni à juste titre par les Asatruar (néo-païens scandinaves) pour avoir voulu imposer de force la religion chrétienne à ses compatriotes.

A la différence de l’actuel président français, je ne me réveille pas européiste le matin pour me faire nationaliste le soir. Je suis européiste du soir au matin, au lever et au coucher. Croire, comme doivent le penser ses conseillers issus de l’extrême-droite, que la récupération du mythe johannique amènerait les électeurs nationaux à voter UMP au premier ou au second tour des élections présidentielles, est d’une naïveté confondante. Si MLP capitalise malheureusement, de plus en plus, les voix populaires, c’est parce que l’immigration n’est pas maîtrisée et que l’insécurité explose. Les paroles comptent moins que les actes, et Nicolas Sarkozy a certes beaucoup parlé mais n’a guère agi. Qu’il explique aux français ce qui l’a enchaîné serait la seule façon de se justifier. Mais cela l’obligerait à remettre en question tout le cadre constitutionnel français et institutionnel européen.

Aussi Jeanne d’Arc n’est-elle pas une figure semi-historique qui m’intéresse beaucoup, à vrai dire. Je n’oublie pas qu’à la cour du roi d’Angleterre on parlait français, que Richard Cœur de Lion, qui était suzerain dans tout l’ouest de la France, parlait donc la même langue que son complice des croisades et ennemi mortel Philippe Auguste. L’image d’une Jeanne libératrice de la France est elle aussi lorraine, d’Epinal pour être précis. Et d’ailleurs, ce ne sont pas des « anglais » qui l’ont mise à mort, même s’ils ont intrigué en ce sens, mais des « français ». Ici l’usage des guillemets est indispensable, car ces notions n’étaient pas si popularisées à l’époque, et le mythe de Jeanne prend tout son sens au XIXème siècle.

En fait, lorsqu’on connaît bien les mythologies indo-européennes, on repère immédiatement derrière Marianne et Jeanne des figures bien connues. Symbole de la république, Marianne n’est que Cérès, la fameuse semeuse de la pièce de 1 Franc, et son nom, certes issu de Marie, devrait au contraire être rapproché du mot « mère ». C’est Déméter qui nourrit et protège le peuple, et qui est la mère de tous les citoyens. La déesse Raison mise en avant par les hébertistes n’était-elle pas Minerve/Athéna. Et Jeanne la pucelle rappelle la version guerrière de la déesse indo-européenne de l’aurore. C’est Artémis la déesse vierge, chasseresse et sauvage, l’amazone par excellence. C’est surtout Athéna Parthenos, c'est-à-dire « Pucelle », avec son casque, sa lance et son bouclier, déesse de la guerre galvanisant les guerriers. C’est la Morrigan celte accompagnée de ses corbeaux, ou la Valkyrie envoyée sur le champ de bataille par Odhinn.

Jeanne n’est donc de fait qu’un énième avatar de la déesse Athéna, et de ses homologues modernes, à l’instar de Britannia et de Germania. C’est ainsi que Jeanne est Francia, de même que Francus, tout comme Enée, aurait amené en Gaule la statue de la déesse, le fameux Palladion de Troie, selon une version médiévale tardive de l’origine de la nation, reprise par Ronsard. A l’époque des nationalismes d’Europe du XIXème siècle, la nation devient une sorte de déité païenne à laquelle il faut rendre un culte. Jeanne n’est donc en aucune manière un symbole catholique, les « anglais » de l’époque étant d’ailleurs autant catholiques que les « français » et on pourrait en faire une sorte de prêtresse guerrière païenne ayant entendu sous un chêne le dieu Taranis en personne lui demander de défendre les Gaulois contre l’envahisseur (grand-)breton.

Mais le symbole de Jeanne aujourd’hui est nécessairement europhobe, et c’est en ce sens qu’il est exploité par le Front National. Elle est celle qui a chassé des frères européens, dont les élites parlaient français, de notre sol, au service d’un souverain qui ne valait pas plus qu'un autre. C’est de cette guerre de cent ans que naît d’ailleurs l’animosité entre anglais et français, et que l’Angleterre commence à se détourner du continent pour devenir la thalassocratie qu’on connaît.

Jeanne d'Arc,Nicolas Sarkozy,Front National,Europa,Athéna,nationaliste,européiste,Thomas FERRIER,PSUNENotre symbole c’est Europa, qui est à la fois mère et guerrière, en tant que Déméter nourricière fécondée par le génie créateur de Zeus apparu sous forme taurine, et en même temps Athéna, guerrière en armes, incarnation de la suprême sagesse, protectrice des fils d’Arès que nous sommes, nous Européens, gardienne souveraine de la démocratie, qui fait de notre continent la terre de la liberté par excellence, conformément à notre nature, comme l’avait bien compris le premier européiste, Hippocrate. Et le 9 mai de chaque année, nous défilerons pour elle et pour personne d’autre.

Nicolas Sarkozy a commis une erreur majeure en voulant se jouer plus nationaliste que les nationalistes, alors même qu’il prétend défendre l’Union Européenne dans cette crise des dettes souveraines qui nous touche de plein fouet. Français, encore un effort pour (re)devenir vraiment européens ! Car c’est au niveau de l’Europe que pourra venir le salut et nulle part ailleurs. Il n’y gagnera aucun électeur supplémentaire, mais contribuera au contraire à l’europhobie ambiante.

Ni la France ouverte sur le monde entier des prétendus « socialistes » ni la France fermée de la droite ne doivent devenir notre avenir. C’est à la « France européenne » que nous nous adressons, c’est à l’Europe toute entière.

Thomas Ferrier
Secrétaire général du PSUNE

01/01/2012

ZEUS/ΖΕΥΣ (et son ancêtre indo-européen *dyeus)

zeus_cc03.jpgZeus Patêr, « père des dieux et des hommes », était le dieu suprême du panthéon grec, et il peut être intéressant de retrouver la vision originelle que les anciens Grecs avaient de lui. La méthode comparative a permis de le relier au dieu romain Jupiter, dans sa forme originelle Diespiter, et au dieu indien Dyaus Pitar, reconstituant un ancien *dyeus pəter (*dieŭs pəter), qui est mot à mot « le ciel diurne père ». En tant que dieu du ciel lumineux, il s’oppose en théorie à un dieu du ciel étoilé, qui serait *werunos, et qu’on retrouve sous le nom grec d’Ouranos et sous le nom indien Varuna, dont le sens signifierait « le dieu vaste », même si certains spécialistes pensent que *werunos n’était au final qu’un aspect de *dyeus.

Alors que l’image classique d’un Zeus foudroyant nous vient naturellement à l’esprit, comme pour son homologue latin Jupiter, Zeus était au départ, on l’a vu, un dieu du ciel lumineux, privé ainsi de la fonction orageuse qu’on lui connaîtra. Ainsi, son homologue indien Dyaus, mais aussi le hittite Sius, le lituanien Dievas, et enfin le dieu germano-scandinave Tius/Tyr, sont des dieux purement célestes, alors que la foudre relève du dieu de deuxième fonction, dieu à la fois de l’orage et de la guerre, à l’instar de l’indien Indra, du hittite Tahrunt, du lituanien Perkunas ou encore du dieu germano-scandinave Donar/Thor. En revanche, ni l’Arès grec ni le Mars romain ne semblent disposer d’une telle fonction, même si certains mythes italiques dédiés au second relient bien ce dernier, de manière discrète, à ce rôle.

La religion proto-indo-européenne témoigne ainsi d’une opposition entre le dieu du ciel lumineux et le dieu du ciel orageux, entre *dyeus et *maworts, opposition qui sur un plan symbolique distingue le père et le fils. En tant que dieu d’un ciel intermédiaire, *maworts est lié à la déesse aurorale *ausos et s’il a pour père le maître des cieux, il a pour mère la déesse de la terre, parfois représentée dans ce rôle par l’épouse officielle du dieu souverain, à l’instar d’Héra. Thorr est ainsi le fils d’Odhinn, qui a repris une partie des rôles de Tyr, et de Jörd, la Terre personnifiée. Indra apparaît aussi comme le fils du couple ciel/ terre, c'est-à-dire Dyaus/Pŗthivi.

Une explication possible est de considérer cette évolution de *dyeus par l’influence des populations pré-indo-européennes de la région, et en particulier des Crétois. En effet, il ne semble pas que chez ces derniers le dieu du ciel et le dieu de l’orage aient été deux divinités identiques, et qu’un dieu guerrier ait existé privé de ce rôle. Cela pourrait expliquer pourquoi Zeus possède la foudre mais qu’Arès est cantonné à un rôle strictement militaire. Une autre explication serait qu’Héraclès, dont le nom signifie « gloire d’Héra », peut-être épiclèse à l’origine d’Arès, et dont l’héroïsme et l’usage d’une massue le rapprochent du Thor scandinave, ait fait concurrence au dieu guerrier. Mais, à aucun moment, et dans aucun mythe, Héraclès n’apparaît lançant la foudre.

Dans la mythologie grecque, Zeus a eu plusieurs épouses successives, sans parler de nombreuses maîtresses parmi les déesses et les mortelles. En premier lieu, il a épousé Thémis, la Justice, puis Mêtis, la Sagesse, correspondant ainsi aux principales valeurs incarnées par Zeus, à savoir la sagesse infinie, « Ahura Mazda » en vieil iranien, et la justice divine. Parmi ses maîtresses, Léda et Léto ont eu du dieu des jumeaux, les Dioscures (Castor et Polydeucès) de la première, Apollon et Artémis de la seconde. Léda et Léto semblent correspondre linguistiquement à deux divinités indiennes, à savoir Rati, déesse de l’amour, et Ratri, déesse de la nuit.

Les autres épouses et maîtresses apparaissent comme autant d’incarnations de la déesse-mère par excellence, la Terre. C’est bien sûr le cas de Déméter, de l’indo-européen *dhghōm məter, « terre-mère », mais aussi de Maia (la « Mère »), et probablement d’Héra, si on relie cette dernière à la racine *er(t)a qui désigne également la Terre. Les Indo-Européens pouvaient nommer l’épouse de *dyeus par du nom de *diwnī, « celle de *dyeus », désignant cette déesse dans son rôle de parèdre du dieu. On la retrouve sous les traits de la grecque Dioné, mère d’Aphrodite, alors que Danaé en revanche provient du nom de la déesse indo-européenne des eaux, *Danu.

Dans la tradition grecque, Zeus est bien géniteur de plusieurs dieux de seconde génération (Arès, Héphaistos, Apollon, Hermès, Aphrodite) mais partage le pouvoir avec ses frères (Poséidon et Hadès) et ses sœurs (Héra, Hestia et Dêmêtêr) et par ailleurs n’est pour rien dans l’existence des dieux célestes (Hélios, Séléné et Eôs) qui semblent même préexister à sa naissance.

En fait, la mythologie grecque aime à dédoubler ces trois divinités en autant de versions. Le Soleil est ainsi Hypérion sous sa forme titanienne, Apollon sous sa forme olympienne, et Hélios en général. La Lune est Phébé sous cette première forme, Artémis sous la seconde, et simplement Séléné. Quant à l’Aurore, Eôs, elle apparaît sous une forme olympienne à la fois sous les traits de la déesse guerrière Athéna et de la déesse amoureuse Aphrodite. En effet, la déesse indo-européenne de l’aurore, *ausos, possède ces deux dimensions simultanément. Le lien entre la déesse aurorale et le dieu orageux est assuré par l’existence culturelle d’une Athéna Areia et d’une Aphrodite Areia, toutes deux en relation avec Arès, et par un mythe faisant d’Arès l’amant d’Eôs, comme il l’a été selon cette fameuse version odysséenne, d’Aphrodite elle-même.

Sous l’influence anatolienne en effet, Zeus lui-même n’est pas le premier dieu, même si la tradition indo-européenne évoque certes un dieu des commencements, qui serait *yanos, d’où viendrait le nom du Janus latin, dieu antérieur à *dyeus mais sans filiation avec ce dernier, et qu’on pourrait retrouver avec Chaos en grec. Le premier dieu du ciel est ainsi Ouranos, suivi de son fils Cronos et enfin de son petit-fils Zeus. Cela ne correspond pas à la tradition indo-européenne où *dyeus est bien *pəter au sens fort, la seule exception étant alors l’existence d’une épouse, parce qu’elle-même *məter, et engendre tous les autres dieux et déesses composant le panthéon. Maître de la lumière, c’est sous la forme de ses trois fils principaux que se partage la chaleur divine, entre le feu céleste (*sawel, « l’astre solaire »), l’éclair ou feu de l’espace intermédiaire (*maworts) et le feu terrestre (*egnis, « le feu »). Ainsi Zeus est-il bien père d’Apollon, d’Arès et d’Héphaistos, qui correspondent à l’origine à ces trois dimensions ignées.

Enfin, de toutes les filles de *dyeus, la plus estimée est celle qui est qualifiée de *dhughətêr *diwos (fille de *dyeus), à savoir la déesse de l’aurore *ausos. On retrouve cette dimension chez les Grecs puisque Athéna, déesse la plus estimée par son père, est qualifiée elle aussi de « Fille de Zeus ».

Thomas Ferrier

Addendum:

Certains affirment que "Dieu" viendrait du nom de Zeus, alors que c'est plus complexe. On l'a vu, Zeus vient du nom indo-européen du dieu du ciel, *Dyeus. Ce dernier nom a servi pour former le terme générique en usage pour désigner un dieu ou une déesse, *deywos et *deywi (ou *deywa). Le *deywos est une émanation de *Dyeus. Alors que le nom de *Dyeus a donné le grec Zeus et le latin Dies (nominatif de Ju-piter), le mot *deywos a donné le latin deus, le celte devos, le sanscrit devas, le mot *deywi/*deywa ayant de son côté abouti au latin dea, au celte deva, au sanscrit devi. Sous l'empire romain, le mot Dieu (avec d majuscule), latin Deus (en grec Theos, bâti sur un autre terme indo-européen pour désigner une divinité, *dhesos), a été employé par les "païens" pour désigner le dieu suprême, Zeus/Jupiter, parfois remplacé par Hélios Anikêtos/Sol Invictus par certains païens de l'antiquité tardive, et a aussi été repris par les chrétiens pour désigner leur dieu unique.