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29/08/2011

Petrobey, un héros européen !

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(Article d'octobre 2008)

petrobey,mavromichalis,thomas ferrier,psune,grèce,1830,missologghiLa Laconie. Province du sud-est du Péloponnèse, elle abrite en son sein la célèbre cité de Lacédémone, là où Ménélas et Hélène ont été inhumés, plus connue sous son nom de Sparte. A côté des ruines de Sparte se trouvent les ruines de la cité des philosophes byzantins, Mistra, dont ne subsistent plus que quelques monastères. Alors qu’Athènes nous a laissé des ruines imposantes, il ne reste plus grand chose de l’ancienne Sparte, si ce n’est la poésie de Tyrtée.

Le peuple laconien a su résister et vaincre les troupes perses de Darius, côté à côte avec le peuple attique, et du temps d’Alexandre est resté le seul peuple indépendant d’Hellade. Lorsque les Romains prirent des siècles après la Grèce aux Macédoniens, Sparte, jugée comme une sorte de Rome plus ancienne, fut protégée par le pouvoir impérial. Ses traditions furent préservées et il n’est pas étonnant que de toutes les provinces de l’empire romain, ce soit elle qui ait le plus longtemps résisté à la christianisation. En effet il faudra attendre la fin du Xème siècle pour que Nikôn l’Arménien, accompagné de troupes byzantines, convertisse de force la Laconie à la nouvelle religion, non sans mal puisqu’il lui faudra plus de trente ans pour y parvenir, de 950 à 988 après J.C.

Par la suite, sept ans après la chute de Constantinople, en 1460, le despote de Morée, autre nom du Péloponnèse, Dimitrios Paleoloyos, doit baisser les bras devant les troupes turco-musulmanes de Mehmed II. Mistra, cité qui a abrité le grand philosophe néo-païen Gémiste Pléthon, celui-là même qui voulait revenir à la conception spartiate de la société pour vaincre l’ennemi ottoman menaçant, tombe. La Grèce est soumise. Elle demeurera aux mains de la Sublime Porte pendant près de trois siècles.

petrobey,mavromichalis,thomas ferrier,psune,grèce,1830,missologghiIl n’est dès lors pas étonnant que le cri de la liberté provienne de cette contrée réputée pour le courage de ses combattants. C’est le 17 mars 1821, ce mois consacré au dieu romain de la guerre, que le « bey » du Péloponnèse, le grec Petros Mavromichalis (1765-1848), décide de lever bien haut le drapeau de la révolte. Il le fait au cœur de sa petite ville de Laconie, Areopoli, un nom prédestiné puisque cette « cité d’Arès » honore par son nom le dieu grec de la guerre, Aris. Et le drapeau qu’il lève n’est pas innocent. Il est blanc avec une croix bleue en son sein, ce qui nous rappelle le drapeau de la Grèce contemporaine. Et sur ce drapeau, deux inscriptions en caractère hellénique rayonnent. La première est niki i thanatos, « la victoire ou la mort », et la seconde est tan i epi tas, « reviens avec ton bouclier ou sur lui », célèbre devise de l’antique Sparte. C’est ainsi que la Grèce courageuse leva l’épée face à l’empire ottoman. Le courage des combattants hellènes à Missolonghi, galvanisés par Lord Byron, et le sort tragique qui fut le leur, amena l’Europe occidentale à intervenir et à forcer les Ottomans à accorder à la Grèce son indépendance. Il faudra neuf ans de combat, neuf ans de souffrance, pour qu’Athènes et Sparte soient à nouveau libres.

Petros Mavromichalis était un véritable héros européen qui jamais ne renonça à la liberté de sa patrie. Il mourut le 6 août 1848 à Athènes, après avoir connu une brillante carrière politique. Il avait choisi de ne jamais se coucher devant l’ennemi, fut-il en surnombre, et avait cru à l’impossible. Et l’impossible se réalisa. Ceux qui jettent leur bouclier à terre, ceux qui renoncent au combat, ceux qui « prennent acte » c'est-à-dire subissent le réel au lieu de le dominer, ceux-là sont indignes de se dire européens. Mavromichalis, tout comme Mazzini, Garibaldi ou Blanqui, nous montre la voie. Il n’y a aucune récompense au renoncement. Nous ne renoncerons donc jamais.

Thomas Ferrier

Mise à jour: alors que la Grèce subit un diktat économique terrible du fait de la mondialisation économique et de l'incapacité de l'Europe à s'unir et à opposer un front commun aux spéculateurs, l'exemple de Petros Mavromichalis face à un empire oppresseur, celui des Ottomans, rappelle à quel point il ne faut rien céder face à l'ennemi mais bien au contraire lui prendre tout. Le combat grec pour l'indépendance fut d'ailleurs aussi un combat européen, l'engagement à Missologghi de Lord Byron notamment, qui a été au bout de ses idées, et qui est mort au nom de la Grèce authentique, nous le rappelant. Le combat des travailleurs grecs et de la jeunesse courroucée est aussi le nôtre. Mais il ne pourra s'exprimer que dans le cadre d'une action européiste résolue, intransigeante tant vis à vis des gouvernants en place que des institutions "internationales" et lucide sur ce qui ronge l'Europe de l'intérieur. 

20/08/2011

Une introduction à Conan malmenée en français au nom du politiquement correct

"Know, oh prince, that between the years when the oceans drank Atlantis and the gleaming cities, and the years of the rise of the Sons of Aryas..." (Sache, ô prince, qu'entre l'époque où les océans engloutirent Atlantis et ses cités étincelantes, et l'ascension des fils d'Aryas...). C'est par ces mots tirés des fictives "Chroniques némediennes" que Robert Howard introduisit le personnage de Conan dans sa nouvelle The Phoenix on the Sword ("Le Phénix sur l'épée") en 1932. Aryas est un personnage légendaire introduit par Howard comme ancêtre des Indo-Européens, ceux-ci apparaissant toujours selon lui bien plus tard comme le résultat de la fusion des derniers Cimmériens avec les derniers Aesir (habitants du royaume nordique d'Asgard selon Howard).

Mais comment ce personnage est-il appelé dans le film "Conan the barbarian" de John Milius sorti en 1981 avec Arnold Schwarzenegger dans le rôle phare, puisque l'introduction du long métrage commence par ces mêmes mots, à une époque où le politiquement correct impose de censurer certains passages dérangeants de Voltaire.

La version anglophone est fidèle à Howard et évoque bel et bien Aryas. La version francophone est, mais ce n'est pas étonnant, en revanche, la moins fidèle, évoquant Arius, un nom latinisé qui fait plutôt référence au fondateur d'un courant chrétien hétérodoxe à l'époque de l'antiquité tardive (l'arianisme). Si les Grecs proposent Areios (qui signifie en grec ancien, "d'Arès"), les Russes évoquent quant à eux les fils d'Arès, le dieu grec de la guerre. L'image est intéressante puisqu'elle rejoint probablement l'étymologie, Arès étant très certainement lié, par l'étymologie, au terme indo-européen *aryos, dans le sens de "noble, brave". Plus surprenant, la version allemande est fidèle à l'oeuvre originale et écrit bien Aryas. Il est vrai que le risque de confusion avec un autre terme très connoté, aryen, qui explique à lui seul la probable censure française, est moins problématique en allemand puisque le terme tabou y est Arier.

Dans le nouveau film "Conan" qui vient de sortir ce 17 août, l'introduction du film reprend partiellement le même extrait mais cette fois en respectant le texte original de Robert Howard. Il faut dire que si le héros est désormais davantage fidèle à l'oeuvre du texan, le scénario du film de Milius reste inégalé et continue de déranger les esprits inquisitoriaux.

16:17 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : conan, aryas, censure, arès, barbare | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

12/08/2011

Interview de Thomas Ferrier par Jean Robin


Quart d'heure de célébrité de Thomas Ferrier par enquete-debat

Conformément à son combat pour la liberté d'expression, et afin de permettre le plus large débat, Jean Robin m'a invité pour présenter dans son émission "Le Quart d'heure de célébrité" le PSUNE et le combat européiste qui est le notre.

Bonne écoute !

TF

07/08/2011

La Turquie et l’Union Européenne : état des lieux en août 2011

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erdogan-1.jpgAprès le troisième succès électoral de l’AKP turc de Recep Erdogan, réunissant près de 50% des voix aux élections législatives, qu’en est-il de la question de l’adhésion turque à l’Union Européenne, principale revendication du parti lorsqu’il s’est imposé la première fois ?

Nous, euro-socialistes, avons toujours considéré que le pro-européisme d’Erdogan n’était qu’une façade pour dissimuler un calendrier islamiste de moins en moins caché d’ailleurs, et une stratégie pour affaiblir le principal contre-pouvoir turc, et défenseur de l’héritage kémaliste, l’armée. Bien sûr, dans un état démocratique digne de ce nom, il n’est pas normal que l’armée puisse déterminer la politique de la nation, et bien évidemment qu’elle intervienne pour démettre un gouvernement qui lui déplairait. Mais la démocratie est un combat de tous les jours, résulte toujours d’une démopédie efficiente, et ne se décrète pas. Rome ne s’est pas faite en un jour.

Lorsque Mustafa Kemal fonda l’état turc moderne, il savait que le pays n’était pas encore prêt pour la démocratie, de même que le maréchal Pilsudski en Pologne avait été contraint de tenir le pays avec une certaine poigne à une époque où certains autoritarismes populaires voulaient s’imposer. Il avait analysé le principal obstacle à sa politique d’européanisation, qui restait néanmoins nationaliste, à savoir l’islamisme. Il avait cependant été contraint de tempérer son hostilité à l’islam par réalisme politique, dans un pays très majoritairement musulman et qui liait son identité nationale à cette religion. Pour Kemal, islam et démocratie étaient incompatibles, et la démocratie ne résulterait que de la victoire des idées nationales en version européanisées sur cette tradition qui lui paraissait étrangère.

Ainsi Kemal Atatürk voulut-il enraciner la tradition nationale turque dans le passé anatolien pré-islamique, fondant sa capitale sur les ruines de l’antique Ancyre (devenue Ankara) au cœur de la Cappadoce, et pas très loin d’Hattusa, l’ancienne capitale de l’empire hittite, en même temps que dans la turcité centre-asiatique et païenne, valorisée aujourd’hui encore par une partie du MHP, le parti nationaliste des « loups gris » (Bozkurtlar). Cette révolution morale, que Reza Shah tentera d’imiter en Iran et plus tard Zaher Shah en Afghanistan, impliquait de longues années de travail politique pour qu’enfin la démocratie émerge. Vouloir hâter la démocratie alors que le peuple n’est pas encore prêt, en revanche, c’est au final amener une nouvelle autocratie au pouvoir. En Iran, il y a eu Khomeiny. En Turquie, il y a Erdogan.

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Jules César, né sous le signe de Mars

Mars.jpgCaius Iulius Caesar, membre de la maison des Iulii, descendait selon la tradition romaine d’Iulus, ou Ascagne, fils d’Enée et surtout petit-fils de la déesse Venus elle-même. Ce lignage mythique, que même ses adversaires lui reconnaissaient, n’était pas pour rien dans l’engouement qu’il avait su susciter au sein du peuple. Alexandre lui-même n’avait-il pas laissé la rumeur publique le prétendre fils de Zeus, ce dernier ayant pris les traits d’une couleuvre pour s’unir à sa mère. Il était donc naturel que César rende hommage à cette déesse, qu’il lui construise un temple en tant que Genetrix, « génitrice » de la gens Iuliorum. Mais la piété personnelle de César était-elle entièrement dévouée à la déesse de l’amour, alors qu’il devait sa célébrité à son sens aigu de la stratégie militaire ? On peut certes admettre le caractère vénérien du grand homme lors de sa célèbre romance avec la reine gréco-macédonienne d’Egypte, Cléopâtre.

Mais César n’était pas seulement un membre des Iulii, car il descendait également de manière matrilinéaire du quatrième roi latin de Rome, Ancus Marcius, dont le nom originel «*Mart-cius » contenait le théonyme du dieu de la guerre en personne, Mars, ainsi que l’indique l’historien Robert Etienne. Ainsi César ne descendait-il pas seulement de Venus mais aussi de Mars qui, à Rome du moins, comme dans la tradition grecque mais pas dans sa mythologie, est son époux et non son amant. César ne fut pas le seul à revendiquer cette double origine, puisque son oncle L. Iulius Caesar, plusieurs décennies auparavant, avait fait émettre des monnaies à l’effigie aussi bien de ce dieu que de son épouse en tant que genetrix.

C’est à la veille de la bataille de Pharsale face aux troupes républicaines de Pompée que César va évoquer un autre protecteur officiel que la seule déesse Venus. Selon Appien, «procédant à des sacrifices au milieu de la nuit, il (César) invoqua Arès et son aïeule Aphrodite ». Déjà, lorsque César franchit le Rubicon, lors de la fuite de Pompée et de ses partisans hors de Rome, Dion Cassius évoque deux signes divins spécifiques, la foudre s’abattant sur un casque de Mars au Capitole et la présence massive de loups en ville. Or, bien avant que Jupiter, sous l’influence du grec Zeus, apparaisse comme le dieu de la foudre, le Mars romain, conforme en cela à son ancêtre indo-européen *Maworts, n’était pas seulement dieu de la guerre mais aussi dieu de l’orage. En outre, le loup est l’animal emblématique de Mars chez les peuples latins, les guerriers étant comparés à des loups en raison du caractère belliqueux de ces derniers. Ainsi, les légionnaires de César qui s’apprêtent à pénétrer dans Rome sont-ils assimilés aux loups de Mars, et le conquérant au dieu guerrier en personne.

A peine César à Rome, suite à des rébellions hostiles, il décide de pratiquer un rite particulièrement sauvage, puisqu’il voue à la mort trois contestataires, sacrifiés par le flamine de Mars lui-même au dieu. Ce rite étrange, dans une société romaine qui condamne le sacrifice humain et le reproche aux Celtes, s’apparente certes davantage à une exécution publique à laquelle on fait assister la divinité.

La présence de Mars réapparaît à la fin de la vie du dictateur. N’oublions pas qu’il meure assassiné lors des Ides de Mars, ce qui n’est pas un hasard. En effet, Brutus se revendique du patronage de son ancêtre, Brutus l’Ancien, qui avait établi la république et chassé les rois étrusques au nom du dieu Mars, à qui il avait voué le poignard dont Lucrèce souillée s’était servie pour mettre fin à ses jours. Or, la tradition historique rapporte l’existence de plusieurs signes prémonitoires, des avertissements envoyés par les dieux pour mettre en garde le conquérant. Ainsi, Dion Cassius évoque le fait que les lances du dieu Mars au sein de la Regia se sont animés la nuit précédente, occasionnant un bruit retentissant. Or César, par hybris, choisit de négliger les signes envoyés, considérant que lui, César, ne risque rien. L’erreur se soldera par une vingtaine de coups de poignard sénatorial déchirant sa tunique et mettant fin à sa vie.

Ce lien sacré entre César et Mars apparaît aussi dans l’évocation par Suétone d’un projet de construction d’un temple immense dédié au dieu Mars à Rome, au cœur même de la cité. En effet, César avait comme ambition de réussir là où Crassus avait échoué, à savoir mettre fin aux menaces parthes sur la partie orientale de l’empire. Ce qu’Auguste obtiendra par la paix, lui voulait l’obtenir par la guerre, espérant en triomphant des Iraniens dépasser Alexandre, le héros modèle de sa jeunesse. Il avait donc besoin de l’aide maximale de son protecteur attitré, Mars. Mais c’est pour avoir négligé ses avertissements qu’il perdra la vie un jour consacré à son divin protecteur. Car Brutus se prévalait lui aussi de Mars, mais le dieu le punira pour son geste, en se mettant du côté d’Octavien et d’Antoine lors de la bataille de Philippes en Macédoine. Octavien l’honorera comme Mars Ultor, le vengeur de César assassiné. Répétant la geste de son père adoptif, il mettra à mort les sénateurs responsables du césaricide en l’honneur du dieu guerrier.

Avant la bataille, Ovide rapporte qu’Octavien s’adressa en personne au dieu Mars lors d’une prière publique devant son armée. « Si c’est mon père, si c’est le prêtre de Vesta qui m’appelle au combat, et si je me prépare à venger ces deux divinités, Mars, viens à mon aide et rassasie mon épée d’un sang criminel ; que ta faveur aille à la meilleure cause ! ». Le dieu guerrier répondit à son appel.

Thomas Ferrier

17:00 Publié dans Analyses, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jules césar, mars, thomas ferrier | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

5 août 2011: mort d'Andrzej Lepper, fondateur de Samoobrona

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Andrzej_Lepper_ministrem_1229694_400x400-large.jpgUne figure historique du populisme de gauche en Pologne s’est éteinte ce 5 août 2011. Andrzej Lepper, fondateur et dirigeant du mouvement Samoobrona Rzeczposolitej Polskiej (« Auto-défense de la République de Pologne »), s’est éteint à l’âge de 57 ans, laissant femme et enfants. Selon les premiers éléments de l’enquête de police, il se serait suicidé. Ainsi se clôt une aventure politique de près de vingt ans pour un parti politique qui a vraiment émergé en 2001 pour s’effondrer en 2007. Lepper était un ancien membre du parti communiste polonais (PZPR, POUP en français) à la fin des années 70. C’est en 1992 qu’il entreprend de mettre en place un nouveau parti politique destiné à défendre les intérêts des paysans polonais.

Samoobrona se présente pour la première fois aux élections législatives en 1993, atteignant le score de 2.78% des voix. Son dirigeant est ensuite candidat deux ans après aux élections présidentielles mais ne réalise qu’un score médiocre de 1.32% des voix. En 1997, le parti ne réalise que 0.08% des voix aux législatives, un résultat dérisoire, et encore bien inférieur aux résultats des années précédentes. Tout indique que Samoobrona va disparaître, jusqu’à ce que Lepper trouve la juste mélodie pour séduire un électorat populaire polonais. C’est par l’action révolutionnaire, le blocage des routes principales du pays, qu’il réussit à se faire vraiment connaître du plus grand nombre. Avec 3.05% des voix aux présidentielles de 2000, Lepper ne réussit pas à transformer cette nouvelle audience en vote. Pourtant, un an après, Samoobrona devient un des principaux partis politiques du pays, faisant entrer à la Sejm (le parlement) une cinquantaine de députés. Avec 10.5% des voix en 2001, Samoobrona devient un acteur clé de la vie politique nationale, apportant son soutien aussi bien à l’opposition de droite qu’à la majorité sociale-démocrate, dont elle assure le maintien au pouvoir.

Inclassable, ce mouvement populiste de défense de la paysannerie, que l’on peut classer à gauche en raison d’un positionnement social très avancé, proposant une forme de troisième voie entre le socialisme et le capitalisme, rappelle par certains aspects le mouvement russe Rodina de Dmitri Rogozine, qui avait connu un succès analogue et un score à plus de 10%.

En 2004, aux élections européennes, Samoobrona confirme son ascension, avec 10,8% des voix et six députés. Certains d’entre eux siègeront dans le groupe « Union pour l’Europe des nations », aux côtés de souverainistes comme Nicolas Dupont-Aignan ou le parti suédois Juni List. D’autres en revanche feront partie du groupe socialiste européen (PSE). Samoobrona n’est pourtant pas un mouvement souverainiste, et se définit comme euroréaliste. Ainsi, lors du référendum national polonais sur l’adhésion à l’Union Européenne, Lepper donne comme consigne aux électeurs se reconnaissant dans son action de voter librement. La majorité des électeurs du SRP apporteront ainsi leur soutien au processus d’intégration européenne.

Populiste, Samoobrona n’est en revanche guère nationaliste et fort peu europhobe. Toutefois, après son nouveau succès aux élections parlementaires puis présidentielles de 2005, recueillant respectivement 11.4% pour le parti et 15% pour le candidat Lepper, Samoobrona souhaite enfin accéder à des fonctions politiques afin d’appliquer son programme. Alors que le parti avait su rester neutre durant les années précédentes, il choisit de rejoindre la coalition de droite conservatrice menée par Jaroslaw Kaczynski et par la Ligue des Familles Polonaises, représentante d’une droite ultra-conservatrice et catholique intégriste.

Or, l’électorat populaire de Samoobrona est composite, et assez éloigné de la droite, de même que la plupart de ses membres, Lepper et le porte-parole du parti Piskorski en tête. En s’associant à un gouvernement eurosceptique, libéral en matière d’économie, atlantiste et russophobe, Samoobrona déçoit considérablement ses électeurs, ceux-ci retournant pour une bonne partie à gauche. Lepper sera d’ailleurs le seul membre important du gouvernement à soutenir un rapprochement diplomatique avec la Russie et les autres pays slaves. Il est tout de même difficile de défendre ses convictions tout en soutenant une coalition gouvernementale qui en bafoue les principes même.

En 2007, les législatives qui amèneront la droite libérale au pouvoir aboutissent à un véritable effondrement de Samoobrona, au même titre que la LPR cléricale d’ailleurs, avec 1.53% des voix, résultat confirmé aux européennes avec 1.46%. Dans le même temps, Lepper est désavoué par une bonne partie de la classe politique et de l’opinion publique à la suite d’un scandale sexuel, un acte de harcèlement à l’encontre d’une collaboratrice du parti. En première instance, il est ainsi condamné à 18 mois de prison, mais suite à sa décision de faire appel, le nouveau procès devait avoir lieu cette année.

piskorski.jpgMateusz Piskorski, 34 ans, docteur en sciences politiques, ancien porte-parole de Samoobrona, est l’incarnation même du positionnement authentique du mouvement de Lepper. Piskorski vient de la gauche nationaliste, proche de l’ancienne Union Sociale Nationale, et du mouvement culturel identitaire Niklot. C’est un socialiste patriote, à la fois europhile, russophile et slavophile, s’inscrivant dans l’héritage politique d’Ian Stachniuk, qui était un penseur de la gauche nationale, résistant à la fois aux nazis et aux soviétiques, et promoteur du paganisme slave reconstructiviste, fondant en ce sens le mouvement païen Zadruga, interdit par le régime communiste.

Mateusz Piskorski est demeuré le plus proche conseiller d’Andrzej Lepper jusqu’à sa mort, malgré le fait qu’il ait cessé ses activités politiques, et a aujourd’hui du mal à croire à la thèse retenue par les enquêteurs d’un suicide. Avant sa mort, Lepper avait en effet décidé de réformer en profondeur son mouvement, dans l’optique des élections législatives du mois d’octobre, afin de recréer une dynamique en sa faveur. Dans ce cadre, Lepper souhaitait associer des syndicats de travailleurs à sa structure, unissant ainsi sous une même bannière populaire paysans et ouvriers, retrouvant ainsi les accents de gauche qui étaient les siens à l’origine.

Avec la disparition du fondateur, alors même que Samoobrona a connu deux échecs électoraux particulièrement dévastateurs en 2007, le mouvement aura bien du mal à s’en remettre. Il est probable que, victime déjà d’une scission en 2007, Samoobrona risque de connaître de multiples divisions finissant d’anéantir l’héritage politique de Lepper. Pourtant, il existe toujours une place en Pologne pour un mouvement social, populaire et européen, car la « gauche » sociale-démocrate est en train d’évoluer à l’occidentale, délaissant le combat socialiste au profit de thématiques libertaires et immigrationnistes. Dans ce cadre, il est probable que Mateusz Piskorski pourrait avoir un rôle décisif à jouer.

Thomas Ferrier
Secrétaire général du PSUNE

01/08/2011

Valéry Giscard d’Estaing: l’Europe et son identité

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digit-images-stories-valery-giscard-d-estaing-2-9bb0e.jpgValéry Giscard d’Estaing a été un président au bilan contrasté et à l’image brouillée. S’il est devenu après sa défaite aux présidentielles de 1981 face à François Mitterrand une des figures les plus marquantes du projet européiste, beaucoup de français se souviennent des affaires (notamment la fameuse affaire Bokassa) et de quelques mesures anecdotiques (en particulier des modifications apportées à la Marseillaise). Le fameux « au revoir » mettant fin à son septennat restera célèbre.

Bien loin de cette imagerie d’Epinal, l’ancien président a pourtant souhaité mettre en place une politique tout à fait différente de celle qu’on a pu imaginer. C’est ainsi que l’historien Patrick Weil, dans plusieurs ouvrages consacrés aux questions d’immigration et de nationalité, évoque des faits méconnus de l’écrasante majorité des Français. Explications.

Le président Giscard d’Estaing, à la fin des années 70, met en place une politique de rapprochement familial. Fervent partisan de l’idée d’Europe unie, qu’il partage avec son ami Helmut Schmidt, authentique socialiste allemand, il lui semblait naturel que les nombreux travailleurs européens, notamment espagnols, portugais et italiens, puissent bénéficier de cette mesure, d'autant plus qu'elle commençait à être prise dans les autres pays d’Europe occidentale. Parallèlement, avec les premiers chocs pétroliers, la crise économique commençait à engendrer une hausse du chômage, rendant inutile l’immigration de travail au sens strict.

Or, à sa grande surprise, Valéry Giscard d’Estaing constate que les travailleurs venus du Maghreb font venir leur famille en France. Lorsqu’il mettait en place sa politique de rapprochement familial, il ne visait en vérité que les travailleurs européens, n’imaginant personne d’autre. Immédiatement, il entend corriger le tir, puisque à l’instar de De Gaulle, il ne met pas du tout sur le même plan l’immigration européenne, laquelle existe depuis le XIXème siècle, et l’immigration non européenne, laquelle est uniquement de travail et pensée comme provisoire. Il tente donc de restreindre la mesure de rapprochement familial aux seuls Européens. Patrick Weil rappelle d’ailleurs qu'en 1946 déjà, le général De Gaulle voulait limiter l’immigration de travail aux seuls Européens mais en avait été empêché suite au refus conjoint non seulement du PCF et de la SFIO mais aussi du patronat. A l'inverse, dans l’esprit d’un grand patron comme Francis Bouygues, le rapprochement familial devait profiter aux travailleurs maghrébins, comme il le déclarait dans un entretien à la télévision.

Le Conseil d’état, consulté, estime la mesure discriminatoire et s’y oppose avec force. Face à ce refus, sachant aussi qu’une partie de la majorité parlementaire était réticente à sa politique, Giscard d’Estaing décide que la seule solution est de mettre fin à l’immigration maghrébine. Patrick Weil indique ainsi que, je cite : « Seule en Europe, sous l’impulsion de Valéry Giscard d’Estaing, elle [la France] tenta d’organiser , entre 1978 et 1980, le retour volontaire, puis forcé, c'est-à-dire le renvoi de la majorité des Nord-Africains, puis particulièrement des Algériens. » (in Patrick WEIL, « La République et sa diversité », page 17). Plus précisément il souhaite organiser le départ de 500.000 maghrébins sur une période de cinq ans, mettant en place une politique d’inversion massive des flux migratoires. Sans soutien de la part de ses partenaires européens, combattu par une partie de sa majorité, aussi bien par les milieux gaullistes que par les démocrates-chrétiens, mais aussi par le PS et l’Eglise, le président doit finalement renoncer. Notons toutefois qu'à la même époque, le dirigeant du PCF, Georges Marchais, demandait l’arrêt de l’immigration.

Ironie de l’histoire, François Mitterrand, qui militait avec les nationalistes dans les années 30 « contre l’invasion métèque » (selon l'inscription qu’il portait sur une pancarte dans une manifestation des Volontaires Nationaux dont il était membre), à peine élu comme le premier président « socialiste » en 1981, annoncera, bien au contraire, que les immigrés étaient « chez eux chez nous ».

Ces faits historiques permettent de mieux comprendre le propos de Valéry Giscard d’Estaing en 1991, lorsqu'il expliquait que « bien que dans cette matière sensible il faille manipuler les mots avec précaution, en raison de la charge émotionnelle ou historique qu’ils portent, ce type de problème actuel auquel nous aurons à faire face se déplace de celui de l’immigration vers celui de l’invasion. » (Le Figaro Magazine, 21 septembre 1991). Il ne souhaitait pas réagir ainsi à la montée du Front National dans les sondages, mais bien exposer son point de vue personnel sur la question. Il ajoutait même qu’il convenait selon lui « de revenir à la conception traditionnelle de l’acquisition de la nationalité française : celle du droit du sang ». Cette proposition a d’ailleurs figuré dans le programme du RPR de Jacques Chirac en 1986.

L’ancien président était conscient des problématiques migratoires, le succès du FN à partir de 1984 étant l’illustration d'un malaise, et il entendait y apporter une réponse résolue, qu'il pensait certainement conforme à l’esprit républicain et aux principes fondamentaux de la démocratie. De fait, son choix politique était exactement celui de Périclès en 451 avant J.C. Personne n’a d’ailleurs dénoncé chez l’ancien président une tentation extrémiste sur la base des discours cités.

Pour finir, les media ont présenté Giscard d’Estaing comme le « père de la constitution européenne », la fameuse constitution rejetée par le peuple français en 2005 avec 56% de vote négatif. Certes, il a fait partie avec bien d’autres personnalités politiques européennes de la « convention » chargée de sa rédaction. Mais, ce faisant, il a très clairement fait entendre sa différence. Ainsi, a-t'il souhaité que la référence aux valeurs chrétiennes soit inscrite dans le texte. Compte tenu de ce qui précède, il convient d'interpréter sa défense du christianisme non pas sur le plan religieux mais sur le plan identitaire, comme une façon de rappeler, à côté des valeurs gréco-romaines et humanistes, que l’Europe avait une spécificité que n’avaient pas les continents voisins. Dans le même esprit, Giscard d’Estaing s’est déclaré explicitement opposé à toute adhésion de la Turquie à l’Union Européenne, ce pays n’étant pas européen à ses yeux. Son vieux complice Helmut Schmidt affirmait la même chose outre-rhin, au grand dam d’une SPD qui y était en revanche ouvertement favorable.

Partisan résolu de l’Europe unie, défendant un fédéralisme européen pur et dur face aux prérogatives des Etats, Valéry Giscard d’Estaing a ainsi montré qu’il ne concevait pas l’Europe sans son identité européenne spécifique.