07/08/2012
De la Hongrie et de son caractère prétendument « asiatique »
Viktor Orban, le chef d’état hongrois, a expliqué récemment sa conception de la démocratie, opposant la notion de volonté qu’il prête aux démocraties scandinaves avec la notion de force qu’il prête au peuple hongrois, qu’il qualifie de peuple « semi-asiatique ». Recyclant le thème classique d’une conception asiatique fondée sur l’autorité, Orban nie dans le même temps le caractère strictement européen de la Hongrie.
Cette erreur d’analyse historique profonde du dirigeant n’est que le reflet d’une conception tordue propre au nationalisme hongrois contemporain. Le mouvement nationaliste Jobbik, qui a pris le relai avec davantage de succès du MIEP, et qui obtiendrait plus de 20% des voix en cas d’élections législatives anticipées, défend ainsi des conceptions pantouraniennes qu’on retrouvera aussi au sein de l’extrême-droite turque, le MHP.
Le Jobbik, dernier né de l’extrême-droite hongroise, a construit une partie de son succès sur la problématique de la criminalité tzigane et sur les nostalgies de la Grande Hongrie d’avant 1918 ou tout au moins sur l’idée d’un regroupement de tous les Hongrois, y compris ceux de Slovaquie et de Roumanie, dans un même état. Cette idéologie est donc totalement incompatible avec l’Union Européenne, dont le Jobbik est un opposant absolu, allant jusqu’à faire brûler le drapeau bleu étoilé.
En outre, paradoxalement, ce parti est favorable à l’adhésion turque à l’UE, par pantouranisme, et soutient la scandaleuse occupation de Chypre par l'armée turque, rêvant même d'une "Union touranienne". En tournant le dos à l'Europe, la Hongrie selon le Jobbik se vend à l'Asie, comme le nationalisme français europhobe implique au final de soutenir la "Françafrique". C'est ainsi que le nationalisme, en rejetant l'Europe, trahit la nation qu'il prétend défendre.
En effet, certaines écoles linguistiques avaient par le passé postulé l’existence d’un groupe linguistique ouralo-altaïque comprenant les langues finno-ougriennes et les langues turques. Cette théorie est désormais totalement abandonnée par l’écrasante majorité des linguistes au profit d’une vision selon laquelle les langues ouraliennes (ou finno-ougriennes) constituent un groupe à part, avec une certaine proximité avec le groupe indo-européen.
En conséquence, les nationalistes hongrois, à l’instar de Gabor Vona déguisé en guerrier hun (voir image), prétendent être parents des Turcs par leur prétendue ascendance hunnique. Vona a même déclaré cette contre-vérité ridicule, "je suis hongrois, petit-fils d'Attila". En réalité, Hongrois et Huns n’ont aucun rapport et ne relèvent pas de la même matrice civilisationnelle. Les Hongrois ne viennent pas d’Asie centrale mais de l’ouest de l’Oural, et sont proches des Finlandais et des Estoniens. Lorsqu’ils sont arrivés en Europe centrale, ils ne différaient en aucune manière des populations européennes présentes, même si leur langue n’était pas indo-européenne. En outre, les envahisseurs ont toujours été peu nombreux, et il est donc permis de considérer les Hongrois modernes comme des Pannoniens magyarisés. Les Pannoniens (Pannonii) étaient un peuple indo-européen dont la langue était proche de l’illyrien et qui ont ensuite perdu leur langue native au profit du latin puis du hongrois. Ils sont les ancêtres des Hongrois, comme les Daces sont ceux des Roumains (de langue latine) et comme les Thraces le sont des Bulgares (même si ces derniers sont de langue slave et que leur nom ethnique est turc).
En outre, la mythologie hongroise, malgré ses spécificités, n’est pas fondamentalement différente des mythologies indo-européennes, avec l’importance accordée au dieu du ciel (Isten) mais aussi à la déesse de la terre, aux divinités astrales (soleil, lune) et surtout au dieu de l’orage et de la guerre, Hadur. La christianisation de la Hongrie, qui a suscité les mêmes révoltes païennes que dans le reste de l’Europe, s’est rajoutée à cette mythologie traditionnelle, faisant qu’en religion les Hongrois ne diffèrent là encore en rien des autres Européens. Quant aux runes hongroises, très en l’honneur chez les nationalistes hongrois se réclamant du paganisme, elles ne différent guère des runes germano-scandinaves ou des runes balto-slaves, et ne matérialisent pas une quelconque ascendance asiatique du peuple hongrois.
Enfin, rappelons que les Huns, peuple eurasiate nomade de langue turque, mais dont l’essentiel des troupes était constitué de peuples soumis, essentiellement germaniques et sarmatiques, ne se sont pas implantés durablement dans l’ancienne Pannonie romaine puisque, vaincus par les légions romaines d’Aetius, et à la suite de la mort d’Attila, elles sont retournées vers l’Asie. Les Bulgares slaves, radicalement turcophobes, sont les seuls qui pourraient éventuellement se réclamer d’une parenté extrêmement mineure d’avec les nomades turcs d’Asie Centrale. Mais ils sont au contraire fiers d’affirmer leur européanité, comme d’ailleurs la majorité des Hongrois.
Par ailleurs, l’extrême-droite hongroise prend en la matière des positions contraires au mouvement hungariste d’avant-guerre, qui se réclamait au contraire de l’ « aryanité », même si déjà une petite tendance associait, contre les évidences et tout bon sens, les Hongrois à des peuples asiatiques… et même aux Japonais. Il est vrai que « nos ancêtres les Pannoniens » n’a pas été le mantra éducatif de la Hongrie historique.
Le Jobbik, qui par ailleurs a pris des positions plutôt pro-turcs et même pro-islam, a enfin une autre caractéristique détestable, un antisémitisme sous-jacent. Il est vrai que ce parti se réclame d’un christianisme plutôt dur, même s’il contient en son sein une tendance néo-païenne, mais aussi de cet hungarisme qui dès les années 20 s’était coloré de cette haine. Mais le récent scandale Szegedi a démontré à quel point ce positionnement était grotesque. Csanad Szegedi est ce jeune député européen du Jobbik qui a découvert récemment qu’il avait aussi des origines juives, un point problématique pour quelqu’un qui avait défendu auparavant les thèses du Jobbik à ce sujet. Désormais en rupture de ban de son parti, il a retourné sa veste à 180 degrés et vient même de présenter ses excuses à la communauté juive de Budapest.
L’europhobie, dont le nationalisme du Jobbik témoigne de manière systématique, montre bien qu’elle ne peut amener au final qu’à tourner le dos aux intérêts des Européens dans leur ensemble et de son propre peuple en particulier. Et voilà que le chef du gouvernement, l’eurosceptique Viktor Orban, prend la suite.
Il convient donc de rappeler le caractère strictement européen du peuple hongrois, sa plus longue mémoire, son identité profonde, qu’elle soit pannonienne, romaine ou magyare, contre ces prétendus nationalistes qui font le jeu de l’islamisme et remettent en cause les frontières en Europe centrale, ranimant des haines endormies. En promettant la nationalité hongroise à tous les citoyens slovaques d’origine hongroise, le gouvernement hongrois avait déjà créé des tensions avec son voisin, et de même le soutien aux Hongrois de Roumanie n’est pas un facteur de paix, à l’heure où la classe politique roumaine se déchire entre les partisans du président Basescu d’un côté et la majorité gouvernementale de l’autre. Entre le mondialisme qui livre l’Europe pieds et mains liés aux flux migratoires et à la concurrence déloyale des pays émergents, et le nationalisme rétrograde qui menace, la crise de l’€ et de l’Union Européenne aidant, de relancer les conflits du XIXème siècle, seul un européisme pur et dur permettra de renouer avec la paix, la prospérité et un avenir à nouveau rayonnant.
Thomas FERRIER (LBTF/PSUNE)
16:33 Publié dans Analyses, Elections en Europe, Histoire, Mes coups de gueule | Lien permanent | Commentaires (36) | Tags : nationalisme hongrois, gabor vona, jobbik, viktor orban, eurasisme, csanad szegedi, runes hongroises, pantouranisme, mouvement hungariste |
Chroniques européennes du 7 août 2012

ITALIE
Alors que Mario Monti semble décidé à ne pas se présenter devant les suffrages des électeurs italiens et que Silvio Berlusconi sort à nouveau du bois, aspirant à diriger la campagne de la droite mais sur une ligne plutôt europhobe, l’opinion italienne apparaît bouleversée, même si la « gauche » semble disposer d’un certain avantage.
Selon les différents instituts de sondage (SWG, Data Monitor…) sur la période comprise entre la fin juillet et le début août, le Parti Démocrate est crédité d’entre 24 et 27,9% des voix, ce qui le place largement devant le Peuple de la Liberté (PdL), crédité quant à lui d’entre 17% et 20,3% des voix, subissant une véritable hémorragie électorale. La situation de la droite parlementaire est encore plus dramatique si on songe que son allié traditionnel, la Ligue du Nord, oscille entre 4,5% et 7,6% des voix, avec une moyenne autour de 5%, barre fatidique s’il en est, et est donc durablement fragilisée par sa crise interne et surtout par la perte de crédit de son ancien dirigeant, devenu président d’honneur, et accusé de corruption, le populiste Umberto Bossi, et ce malgré l’élection comme nouveau président de Roberto Maroni.
Cet affaiblissement de la Ligue profite essentiellement à La Destra (« La Droite »), formation nationaliste issue d’une scission d’Alliance Nationale, qui est annoncée à entre 3% et 4,5% des voix, alors qu’en revanche les néo-fascistes de Fiamme Tricolore stagnent à 0,7% des voix environ. En outre, la formation Futuro e Liberta de Gianfranco Fini se situe entre 2,5 et 3,4% des voix, et échoue à représenter une quelconque alternative à la droite « berlusconienne ». De même, les centristes de l’UDC, avec entre 5 et 5,5% des voix, ne réussissent pas à peser, et ce malgré l’affaiblissement considérable du PdL. Enfin, l’Italie des Valeurs de l’ancien juge Di Pietro, associée à la gauche démocratique, avec entre 4,4 et 7% des voix, ne parvient pas à retrouver son plus haut niveau.
Cette situation étrange, avec une droite en pleine récession et une gauche qui ne parvient pas au plus haut niveau, s’explique avant tout par l’apparition d’une formation politique populiste, difficile à classer à gauche ou à droite, à savoir le mouvement « 5 étoiles » du trublion Beppe Grillo, axé sur une ligne radicalement europhobe et notamment sur l’abandon contre tout bon sens de l’€. Grillo a bénéficié en outre des sorties €-phobes d’un Berlusconi voulant faire parler de lui. Si l’ancien président du conseil adopte les mêmes thèses que Grillo, celui-ci devient automatiquement plus crédible. Son mouvement, nouveau et sans niche électorale précise, est crédité d’entre 13,9 et 19,5%. Il s’inscrit dans cette longue tradition italienne d’émergence régulière de mouvements protestataires, à savoir le fascisme première version de 1919, le qualunquisme (mouvement Uomo Qualunque) d’après-guerre ou encore la Ligue du Nord.
L’extrême-gauche quant à elle continue de faire dans la figuration. Sinistra e Liberta (SeL) obtiendrait entre 5,5 et 6,2% des voix, et Refondation Communiste (RC + PDCI) est située aux alentours de 3,5% des voix, alors que le parti des Pirates, avec 1,8% des voix, échouerait à obtenir des députés, à la différence de l’Allemagne, tout en pesant infiniment plus que son homologue français. Enfin, le PSI réapparaît sous sa forme traditionnelle mais est situé entre 0,4 et 2% selon les différents instituts de sondages.
Malgré le succès croissant de la formation de Beppe Grillo, si des élections législatives avaient lieu ce mois-ci, c’est la « gauche » qui l’emporterait, tout en s’alliant avec le « troisième pôle » centriste. En effet, la traditionnelle alliance entre les centristes et la droite ne permettant pas à cette dernière d’accéder au pouvoir, il est très vraisemblable que le centre se tourne vers la « gauche », exactement comme François Bayrou en France a appelé à soutenir le candidat du PS au second tour des élections présidentielles.
Tout comme en France, les conséquences d’une victoire de la « gauche » en Italie seraient à peu près semblables, à savoir mariage homosexuel, régularisation massive des clandestins (mais à ce sujet, Monti semble ne pas attendre la victoire du PD pour y procéder), abandon du droit du sang (ce que prône par exemple un Gianfranco Fini, passé du post-fascisme au néo-centrisme) et laxisme migratoire sous toutes ses formes.
ALLEMAGNE
Malgré une opinion très favorable en faveur de la chancelière allemande Angela Merkel, les élections législatives allemandes, prévues en 2013, paraissent mal engagées, et ce si la situation de l’opinion demeure semblable à celle d’aujourd’hui.
La CDU/CSU reste largement dominante avec 36% des voix environ, mais ce n’est plus le grand parti démocrate chrétien qu’on a connu, et surtout sa composante CSU, de plus en plus eurosceptique, apparaît affaiblie. Cependant, son principal allié, qui avec près de 16% aux dernières élections législatives lui avait offert la chancellerie, le parti libéral (FDP), est considérablement décrédibilisé, avec entre 4 et 5% d’opinions favorables. Il pourrait ainsi être exclu du parlement, empêchant ainsi à une alliance CDU + FDP de se former à nouveau.
La SPD (sociaux-démocrates) reste assez forte, avec entre 27 et 29% d’opinions favorables, mais ne semble pas actuellement en mesure de disputer la première place avec la CDU. En revanche, son allié traditionnel écologique, Die Grünen, est crédité d’environ 13% des voix, et en outre, Die Linke (« La Gauche »), avec laquelle la SPD refuse par principe toute alliance, est en perte de vitesse, annoncé entre 6 et 7% seulement.
En revanche, un nouvel allié potentiel en la personne du « Parti des Pirates » (Piraten Partei) est apparu. Crédité d’entre 7 et 9% des voix, ce parti est quasiment assuré de rentrer au parlement, et il est probable qu’il rejoigne une coalition formée de la SPD et des Verts. Premier parti du pays, la CDU serait pourtant exclu du pouvoir, au profit d’une SPD qui se veut davantage fédéraliste européenne, mais qui est surtout prête à faire le jeu du PS français. Or, dans la situation actuelle, la mutualisation des dettes serait une erreur si préalablement une politique européenne convergente en matière de réduction des déficits n’était pas mise en œuvre. Le PS français souhaite ainsi faire payer aux contribuables allemands son laxisme migratoire débridé et son achat de la paix civile dans les banlieues.
FRANCE
Alors que les propositions allemandes en faveur d’une fédéralisation accrue de l’Europe sont de plus en plus pressantes, la SPD et la CDU en soutenant fermement l’idée, même si sur des bases différentes, le gouvernement français fait dans l’hexagonalisme le plus obtus. Hollande veut bien que l’Allemagne paie, reprenant à sa manière ce vieux slogan germanophobe des années 20, mais ne veut surtout pas céder le moindre pouce de souveraineté. En effet, dans une Europe fédérale, il est probable qu’Hollande ne pourrait plus mener la politique démagogique qu’il souhaite.
J’avais craint ici même qu’une élection de la « gauche » française n’apporte que des catastrophes. Le premier mois du nouveau président avait paru invalider ma réflexion, celui-ci semblant faire preuve d’une certaine inertie qui n’était pas forcément la pire des politiques. Malheureusement, j’avais eu raison, et le véritable visage du PS a fini par réapparaître.
Sur la Turquie, il est évident que François Hollande semble ménager Erdogan. Il s’était pourtant engagé auprès de la communauté arménienne à faire rapidement voter une nouvelle loi pour sanctionner le négationnisme du génocide dont les Arméniens ont été victimes dans l’empire ottoman en 1915. Même si j’ai expliqué par ailleurs être opposé au principe des lois mémorielles, je suis aussi partisan de tout ce qui peut éloigner la Turquie de l’Europe. Hollande temporise et je ne sais pas ce qu’il a cédé pour obtenir la libération de cette jeune franco-kurde détenue en Turquie. En vérité, je crains qu’avec Hollande, dont le parti est férocement partisan de l’adhésion turque, tout comme la SPD allemande, la cause d’Erdogan soit bien défendue.
Sur la problématique migratoire, le « dur » Manuel Valls est en train d’encourager à nouveau l’immigration, légale comme clandestine, puisqu’il s’attaque déjà à la maigre politique préventive de son prédécesseur Claude Guéant. Alors que le projet de vote des étrangers extra-communautaires aux élections municipales semble en difficulté, car il faudrait le proposer aux électeurs par référendum, et tout le monde en connaît le résultat par avance, la « gauche » préfère donc une politique de régularisation des clandestins et de naturalisation de masse des étrangers. En outre, le garde des sceaux, Christine Taubira, ne cesse de fragiliser un peu plus l’appareil judiciaire. Elle s’oppose par ailleurs à toute politique répressive, et semble ne considérer les délinquants que comme des victimes de l’injustice sociale, ce qui s’applique en particulier aux gens issus de la diversité que la « gauche » voit avant tout comme victimes de discrimination. Les délinquants ont d’ailleurs parfaitement compris le message.
Enfin, le projet de mariage homosexuel est désormais en chantier. Le ministre chargé de le porter annonce son vote pour l’automne 2013. A ce sujet, ce ministre, Dominique Bertinotti, a été explicite, de même que le premier ministre. Il s’agira de permettre aux personnes homosexuelles de se marier, avec tous les droits inhérents, et d’adopter. Mme Kosciusko-Morizet, qui est à la droite ce que le lapin est au renard, vient de se déclarer favorable au mariage, mais pas à l’adoption. Le problème c’est que l’un va avec l’autre. A partir du moment où les couples mariés peuvent adopter, le refuser aux couples mariés homosexuels serait illégal car discriminatoire. C’est donc l’un et l’autre ou bien ni l’un ni l’autre. La droite la plus bête du monde est donc, sur cette question comme sur tant d’autres, en train de ramper devant les idées de son adversaire.
Sabotage du mariage, sabotage de la nationalité, laxisme migratoire et sécuritaire généralisé, refus de la politique allemande de fédéralisation européenne, écrasement par l’impôt des classes moyennes pour financer les banlieues, la « gauche» la plus folle du monde est de retour. Félicitations aux électeurs qui ont rendu tout cela possible.
Thomas FERRIER (LBTF/PSUNE)
14:50 Publié dans Analyses, Elections en Europe, Mes coups de gueule | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : italie, allemagne, europe fédérale, immigration, insécurité, françois hollande, christine taubira, adhésion turque, mariage gay |


