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13/03/2012

Bilan provisoire de la campagne présidentielle française au 13 mars 2012

RF.gifCe 16 mars, nous devrions connaître la liste officielle et définitive des candidats aux élections présidentielles d’avril 2012. Marine Le Pen a annoncé ce mardi qu’elle avait enfin obtenu le précieux sésame, à savoir les 500 parrainages d’élus, mettant fin ainsi à un suspense qui durait depuis plusieurs semaines sur l’éventualité de son absence de la compétition. Philippe Poutou les aurait également, et Nicolas Dupont-Aignan assure « à 99,9% » qu’il aura les parrainages nécessaires avant cette date fatidique. Les seules inconnues sont de savoir si Dominique de Villepin et Corinne Lepage disposeront des signatures requises et à temps. Leur absence ne bouleverserait toutefois pas l’échiquier politique.

Certaines tendances commencent à apparaître à la lecture des différents sondages que publient les instituts statistiques. En premier lieu, Nicolas Sarkozy, notamment suite à son discours de Villepinte, remonte la pente, puisqu’il est crédité aujourd’hui selon IFOP de 28,5% des voix, alors que son adversaire « socialiste », François Hollande, est désormais dépassé, avec seulement 27% des intentions de vote.

Marine Le Pen voit son potentiel électoral s’effriter en faveur du président sortant. Entre le 12 janvier 2012 et le 13 mars 2012, elle est ainsi passée de 21,5% (résultat maximal) à 16% des voix, selon cet institut qui procède à un sondage quotidien. Ce tassement, que constatent les autres instituts, semble donner raison aux conseillers droitiers de Nicolas Sarkozy, à savoir Patrick Buisson et Guillaume Peltier. Buisson dans Le Monde daté du 14 mars annonce qu’au final François Hollande sera battu plus nettement que Ségolène Royal. Cela paraît néanmoins difficile à croire, même si la victoire du « socialiste » semble moins nette (54,5% contre 46,5%) qu’il y a quelques semaines. Le « hold-up » de 2007 semble néanmoins en passe de se réaliser à nouveau, Marine Le Pen, visiblement éprouvée par une campagne démarrée très tôt, ayant du mal à retrouver un nouveau souffle. Même si elle a durci le ton sur la question migratoire, son europhobie plus générale, que ne partage pas le président, ne la rend pas crédible. Par ailleurs, son entêtement à apparaître comme la plus anti-raciste des candidates de la droite rend son discours confus vis-à-vis de son électorat naturel, pour qui cette subtilité de langage ne correspond pas aux attentes qu’il exprime. Elle a été notamment silencieuse sur la question de Mayotte, qui est pourtant un moyen efficace de critiquer Nicolas Sarkozy.

Jean-Luc Mélenchon fait quant à lui une campagne très dure à gauche. Il est désormais crédité de 10% d’intentions de vote par plusieurs instituts de sondage. Cela s’explique essentiellement par les maladresses d’Eva Joly, qui s’est mise à dos beaucoup d’électeurs, et par l’assèchement de l’extrême-gauche. Arthaud (LO) est à 0.5% d’intentions de votes, et Poutou (NPA) est régulièrement à 0%. Ainsi, Mélenchon est-il parvenu à rassembler sur son nom toute l’extrême-gauche. Eva Joly quant à elle sombre, incapable de dépasser les 2.5% et commence à être lâchée par son propre camp. Noël Mamère a ainsi récemment exprimé son souhait de voir cette candidate se retirer au profit du candidat du PS. En se maintenant jusqu’au bout, et en réalisant un piètre résultat, Joly met en danger l’accord électoral Europe Ecologie/Parti socialiste pour les législatives. Toutefois, Cécile Duflot maintient sa confiance dans la candidate franco-norvégienne à l’accent si particulier.

François Bayrou, qui alterne des positions européistes, comme l’élection du président européen au suffrage universel direct, et des positions francocentrées, comme un protectionnisme national, qui est analogue à celui prôné par Marine Le Pen, pouvait profiter d’un affaiblissement de Nicolas Sarkozy pour apparaître comme le seul capable d’empêcher François Hollande d’accéder à l’Elysée. Le sursaut de l’UMP rend sa stratégie difficile à crédibiliser. Il est crédité dans ce sondage de 13% des voix, ce qui est un signal encourageant mais insuffisant. Villepin est à 1% et Dupont-Aignan oscille entre 0.5 et 1%. Son propos selon lequel il pourrait prendre Marine Le Pen comme premier ministre, même s’il a tenté par la suite de préciser son propos en l’élargissant à Chevènement et Montebourg, pourrait amener ses électeurs à lui préférer Marine Le Pen, seule en mesure, bien que cela apparaisse de plus en plus comme hors de portée, d’être au second tour. La candidature de Corinne Lepage, dont on peine à déterminer le sens, est limitée quant à elle à un 0.5% honorifique, mais il n’est pas sûr qu’elle puisse être présente dans cette compétition.

2012 apparaît donc comme la manifestation du retour en force du clivage UMP/PS, le FN apparaissant comme un outsider à la peine, après un démarrage en fanfare. Les faiblesses de la candidate Le Pen apparaissent au fur et à mesure de ses prestations télévisées, dans un contexte où Sarkozy durcit le ton. La volonté de « dédiabolisation » de cette candidate, à peine entamée par quelques provocations de son père, n’a pas que des effets positifs, surtout lorsque celle-ci se fait non seulement sur la forme mais aussi sur le fond. Sarkozy, remarquablement aiguillé par ses conseillers, semble en passe, du moins pour le premier tour, de contenir la poussée nationaliste et peut-être au final de l’endiguer. Marine Le Pen est attendue au tournant par son électorat, et si elle retrouvait le score paternel de 15% des voix, qui reste un bon résultat sur le principe, elle aurait du mal à s’en relever et le paierait aux législatives. Quant à Mélenchon, le PCF peut-être satisfait, n’en déplaise au courageux André Gérin, de son choix qui pour le moment semble payant, à la différence des Verts, qui semblent perdre tout crédit.

Thomas Ferrier
Secrétaire général du PSUNE

Législatives slovaques : une élection au cœur de la crise

Fico.jpgLes élections parlementaires slovaques qui se sont déroulées samedi dernier se plaçaient dans le cadre de la crise des dettes souveraines. Elles résultent d’une décision contrainte de la coalition de droite sortante dans le cadre de la mise en place d’un fonds européen que le parlement de Bratislava devait voter. La gauche sociale-démocrate (SMER) incarnée par son dirigeant Robert Fico (photo) avait exigé des élections anticipées si elle apportait son soutien au dit FESF, ce qu’elle avait obtenu.

Le résultat est sans appel. La coalition de droite, réunissant plusieurs partis libéraux et conservateurs, a été laminée, alors que le SMER a réalisé un score historique de plus de 44% des voix, 44.41% pour être précis, lui permettant de gouverner seul. Il progresse de 9.62% en deux ans, et 21 sièges de plus (pour un total de 83 sièges / 150). Le principal parti de droite, l’Union démocratique et chrétienne (SDKU-DS), dont le premier ministre sortant était le représentant, n’a obtenu que 6,09% des voix contre 15.42% des voix il y a deux (-9.33 points). C’est un désaveu total et une sanction électorale sans appel. Le parti « Liberté et solidarité », associé à la coalition sortante, est pareillement sanctionné en n’obtenant que 5.88% des voix contre 12.14% en 2010 (-6.26 points). En revanche, le Mouvement Démocratique Chrétien (KDH), progresse légèrement avec 8.82% des voix contre 8.52% en 2010 (+0.3 points). Des trois partis vainqueurs de 2010, il est le seul à résister à cette vague d’alternance.

Deux autres victimes de ces élections sont à signaler. Il s’agissait d’anciens alliés de la coalition de gauche de Robert Fico au pouvoir avant 2010. Ces partis populistes et/ou nationalistes avaient résisté à la victoire de la démocratie chrétienne mais n’ont pas pu renouveler cet exploit face à la montée de la gauche. Le HZDS de Meciar n’obtient que 0.93% des voix contre 4.32% des voix il y a deux, confirmant ainsi son déclin. Il paye le prix de son échec de 2010, car en Slovaquie il faut 5% des voix pour faire rentrer des députés de son parti au parlement. Le SNS (Parti national slovaque), allié du FN français, perd quant à lui sa représentation nationale car, avec 4.55% des voix contre 5.07% en 2010, il tombe en dessous du même seuil. Il est notamment victime de la progression d’un petit parti nationaliste, le LSNS, qui avec 1.58% des voix contre 1.33% en 2010, progresse légèrement au détriment du SNS. Ce dernier paye sans doute son alliance précédente avec le SMER, qui rendait compliqué son positionnement politique. Sa campagne, axée notamment sur la lutte contre l’islamisation, thème un peu hétérodoxe dans un pays d’Europe centrale, et contre la minorité hongroise, n’a pas convaincu. Toutefois, les partis défendant les minorités ont plutôt régressé électoralement d’environ 1.5 points (4.28% pour le MKP-SMK, 6.89% pour le MOST-HID).

La surprise électorale provient de nouvelles formations politiques, comme la coalition Ol’ano, qui défend les « gens ordinaires » et les « personnalités indépendantes », qui connaît un net succès en obtenant 8.55% des voix, et comme le mouvement 99% qui obtient 1.58% des voix.

Enfin, le KSS (communistes) avec 0.72% des voix, contre 0.83% en 2010, continue de perdre année après année son capital de sympathie, victime essentiellement de la ligne politique du SMER-SD, une ligne socialiste assez affirmée, mais dans un cadre européen et en conservant les réformes libérales des coalitions le précédant.

Dans une Union Européenne où la droite est nettement dominante, en attente d’un résultat éventuellement contraire en France en 2012 puis en Allemagne en 2013, cette victoire de la gauche sociale-démocrate, avec la figure controversée de Robert Fico à sa tête, est comme le signe d’une perturbation profonde des électorats en période de crise budgétaire. Le principe poujadiste du « sortons les sortants » s’applique à nouveau dans un tel contexte. Cette victoire présage-t-elle d’un virage à « gauche » de l’opinion publique européenne ? Ou bien s’agit-il au contraire d’un vote circonstanciel, d’une façon peut-être aussi de donner tort au voisin hongrois, dont la droite parlementaire, incarnée par le Fidesz, avec sur son côté le parti nationaliste Jobbik, est dominante ?

Les prochaines élections présidentielles françaises pourraient répondre à cette question. En revanche, les élections grecques devraient amener la gauche classique (PASOK) à connaître une sévère défaite, au profit non seulement de la droite et de l’extrême-droite mais des « gauches » radicalisées. Enfin les élections autrichiennes, qui se profilent à l’horizon, devraient amener la gauche SPÖ à s’imposer et à fonder une nouvelle grande coalition, car les nationalistes du FPÖ (et du BZÖ) ont le vent en poupe, tout particulièrement Heinz-Christian Strache, qui a connu une légère baisse dans les sondages suite à plusieurs déclarations controversées mais qui retrouve à nouveau le plus haut niveau d’opinions favorables.

Thomas Ferrier
Secrétaire général du PSUNE