20/02/2011
Dieux et déesses indo-européens

Pour reconstituer les noms et fonctions des divinités primordiales des Indo-Européens avant leur différenciation en sous-groupes, il faut associer comparatisme linguistique et comparatisme mythologique, car le premier ne fournit que des renseignements assez limités, ne permettant de retrouver qu’une petite dizaine de divinités originelles, notamment celles liées aux forces de la nature et aux astres. Une des raisons principales de cette difficulté tient au fait que les héritiers mythologiques de ces dieux et ces déesses n’ont pas forcément conservé leur nom principal, lui préférant celui d’une de leurs épiclèses ou « surnoms ». C’est notamment le cas du dieu de l’orage et de la guerre des peuples indo-européens.
Depuis les premiers travaux de linguistique comparée au XIXème siècle, tous les spécialistes du sujet s’accordent à reconnaître comme dieu principal des peuples indo-européens le dieu du « ciel-diurne », le souverain des dieux, le *dyeus *pater (gen. *diwos), que l’on retrouve sous la forme du Zeus grec, du Jupiter latin, du Tius germanique (devenu Tyr dans le monde scandinave), du Dievas lituanien ou encore du Dyaus védique. Néanmoins, même dans le cas de ce dieu suprême, certains peuples indo-européens ont choisi d’insister sur certains aspects de ce dieu céleste, soit en le rattachant au soleil (Svarog slave), soit à la lumière (Lugh celte). Dieu souverain du ciel de jour, père des dieux et des hommes (le grec « patêr tôn theôn kai tôn anthropôn »), époux de la terre nourricière, *dyeus *pater apparaît toutefois comme un dieu distant des hommes, éloigné de leurs préoccupations premières, et qui n’est même pas l’incarnation de la fertilité, puisque la pluie, qui est l’apanage du Zeus grec, n’était pas l’une de ses fonctions. C’est bien le ciel bleu, sans nuages, qu’il incarne, à l’instar du « loup bleu » des peuples Turcs, forme prise par leur dieu céleste Tanri. Ses animaux symboliques sont donc limités, il n’est même pas sûr que l’aigle, qu’on associe généralement à son héritier gréco-romain, lui soit originellement dédié.
Le second dieu en importance, mais premier dieu vraisemblablement dans le cœur de nos ancêtres, est le dieu de l’orage et de la guerre, qui est aussi le dieu du ciel intermédiaire « rouge », auroral et crépusculaire, nuageux et colérique. La vision qu’on peut avoir de ce dieu a été souvent altérée par le rôle exclusivement guerrier de l’Arès grec et du Mars romain, mais aussi par le fait que selon les peuples indo-européens il dispose de noms très variés, en raison des nombreuses épiclèses dont il disposait à l’époque primitive décrivant ses fonctions. Son nom originel semble bien être celui de *maworts (gen. *mawortos), qui a été conservé par les Romains sous les traits de Mars (auparavant Mavors), par les Indiens sous la figure de petites divinités belliqueuses, les Maruts, enfin par les Lettons sous celle du dieu mineur Martins, frère d’Usins, dédié à la protection des frontières.
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