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02/01/2011

Zemmour est-il €urophobe ?

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eric_zemmour.jpgEn ce 1er janvier 2011, jour du nouvel an, un débat a opposé Eric Zemmour et Nicolas Domenach sur la chaîne i-Télé et on y a parlé de l’€uro. A première vue les choses sont simples. Pour pallier les défauts de cette monnaie, selon Domenach il faudrait plus d’Europe, pour Zemmour ce serait, comme toujours, insister dans une voie qui a échoué. Ainsi Zemmour dénigrerait-il l’€uro quand Domenach l’encenserait. La réalité est plus complexe et en même temps surprenante.

Ainsi Zemmour fait-il trois constatations à propos de l’Euro. D’abord il reconnaît à cette monnaie un grand mérite, celui d’avoir fait profiter tous les pays de la zone des taux d’intérêt de l’Allemagne. Ensuite il relève deux défauts. Le premier est la rançon du mérite. Pouvant emprunter à faible coût, beaucoup de pays peu vertueux ont dépensé sans compter, jusqu’au moment où leur dette colossale s’est rappelée à eux, par le biais des agences de notation. Le second défaut est structurel. L’€uro a été bâti sur une zone économique hétérogène, dans laquelle d’un côté l’Irlande pratique un dumping fiscal et la Grèce triche sur les chiffres et de l’autre l’Allemagne joue la rigueur budgétaire.

Tout cela est incontestable. Ce ne serait pas défendre l’€uro que le nier. A quoi peut-on attribuer les deux défauts signalés ? Simplement à l’insuffisance des critères de convergence et de leur suivi. Comment a-t-on pu laisser la Grèce tricher alors que chacun en était parfaitement informé ? Comment a-t-on pu tolérer la politique fiscale laxiste de l’Irlande ? Le grand responsable est, cette fois-ci, l’Allemagne, qui a accepté un peu trop facilement la monnaie européenne à un moment où sa réunification brutale l’avait affaiblie. Ce n’est pas l’idée de l’€uro qui a failli ; ce sont les dirigeants des nations européennes qui ont fauté.

Quand Domenach répond à Zemmour qu’il faudrait davantage d’Europe, il insiste sur la seule harmonisation sociale. Fondamentalement, il ne veut pas d’une harmonisation économique et ne propose rien qui corrige les défauts signalés. Il laisse même entendre que Zemmour aurait supporté l’€uro si la France et l’Allemagne avaient une meilleure convergence. C’est tout juste s’il ne le traite pas de germanophile.

Face à un Zemmour qui serait donc presque europhile sans le savoir, Domenach témoigne d’un mélange entre la nostalgie d’une France forte, pleine d’idées à montrer au monde, et le patriotisme tiers-mondiste d’une France ouverte sur les pays pauvres. Or nous avons vu que ce mélange était précisément le ferment de l’europhobie.

Cela étant, Zemmour envisage l’hypothèse, peu probable à ses yeux, d’une intégration politique européenne, pour en montrer les dangers. Les Allemands et même les Français devraient payer très longtemps pour les turpitudes des Grecs et des Irlandais. Ce n’est pas tout à fait vrai : ils devront largement payer de toute façon. Mais ce n’est pas faux non plus : aujourd’hui ces pays seront durement sanctionnés et ne recommenceront peut-être plus.

Il faut reconnaître que l’émergence d’une Europe politique sous la forme d’une République (unitaire ou fédérale), selon le projet du PSUNE, ne doit pas se faire n’importe comment. Si l’écueil actuel d’un marché et d’une monnaie uniques sans intégration politique sera écarté, il en est un autre dont il faut se prémunir ; il ne faut pas reproduire l’erreur qui a consisté, lors de la réunification allemande, à donner immédiatement au Mark de l’Est la même valeur que celui de l’Ouest et à harmoniser les salaires. Le premier écueil défavorise l’emploi dans les zones initialement à hauts revenus. Le second défavorise l’emploi dans les zones initialement à faibles revenus.

Ainsi si toutes les régions de la future République européenne voulue par le PSUNE partageront la même monnaie, elles n’auront pas nécessairement tout de suite la même liberté pour en faire usage, même si elles disposaient déjà de ladite monnaie. Il conviendra de maintenir pendant un temps au moins une certaine viscosité à l’intérieur de la future République. Notamment on ne favorisera pas exagérément les transports, ce qui aura des conséquences heureuses en fait d’environnement.

De toutes les façons, il faudra être impitoyable sur les questions de convergence. En aucun cas le fait acquis ne pourra y être opposé, dans quelque domaine que ce soit. C’est une condition incontournable pour que les Etats actuels acceptent de se fondre dans une entité unique. Cette dernière doit s’écrire sur une page blanche, même si elle reprend quelques symboles comme le drapeau, l’hymne et la monnaie. Mais cela ne suffira pas. Il faudra d’abord une volonté politique, donc une conscience européenne.

Voilà qui répond aux critiques. Pour le reste, la différence essentielle entre Zemmour et le PSUNE est que le premier est un commentateur de la politique alors que le second se prépare à en être un acteur. Le premier peut être pessimiste. Le second se doit d’être optimiste. Faire de la politique, c’est proposer des solutions et, une fois au pouvoir, les mettre en œuvre sans faiblir face aux obstacles, aux critiques. Le succès viendra si l’on y croit suffisamment. Comme l’a dit Marcel Pagnol : "Tout le monde savait que c'était impossible. Il est venu un imbécile qui ne le savait pas et qui l'a fait".

Peter Eisner (PSUNE/LBTF)

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